Quatre choses que les médias ne vous disent pas sur Assange

Manifestation en soutien à Julian Assange devant l’Hôtel de Ville de Sydney, le 10 décembre 2010 (photo: Wikipedia)

par Nicholas Mead, journaliste, le 19 août 2012

L’intérêt des médias pour l’affaire Julian Assange a encore atteint des hauteurs de fébrilité la semaine dernière avec la décision du gouvernement équatorien d’accorder l’asile politique à Julian Assange. Cependant, comme d’habitude, une bonne partie de la couverture médiatique continue d’ignorer les faites importants et le contexte, tournant l’histoire d’une manière qui seille à leurs agendas politiques et économiques ou simplement attaquer Assange ou quiconque est en désaccord avec eux. Il est important de souligner certains faits importants qui sont sempiternellement ignorés des médias concernant la situation actuelle du fondateur de WikiLeaks.

1. Assange a déjà une fois été questionné en Suède.

L’accusation est tout à fait dans ses droits de demander à ré-interroger Assange mais presque aucun diffuseur médiatique ne met la situation en contexte en mentionnant le fait qu’il a déjà été interrogé une fois en Suède et relâché sans suites. Peu de temps après, la transcription de l’entretien fuita mystérieusement vers la presse suédoise. Et aucun média ne souligne qu’Assange a attendu pendant 5 semaines avant d’obtenir la permission de quitter le pays et de continuer son travail sur les publications des War Logs et du CableGate avec le journal The Guardian au Royaume-Uni. Quelques journaux, surtout en Suède, ont plutôt dit qu’il avait "fui" le pays impliquant qu’il est en quelque sorte "en cavale" devant les accusations.

2. Assange a exprimé sa volonté de retourner en Suède mais les enquêteurs peuvent aussi l’interroger au Royaume-Uni.

Assange a déclaré son plein gré de retourner en Suède si une garantie légale est faite qu’il ne sera pas extradé vers les USA pour son travail avec WikiLeaks. Toutefois, il n’y a aucune obligation pour lui de se trouver ne Suède pour un interrogatoire. C’est usuel dans la pratique suédoise quand il n’y a pas d’accusation formelle et qu’une personne est voulue pour simple interrogatoire, et il peut être effectué dans n’importe quel pays du monde y compris par téléphone ou visio-conférence. Les procureurs suédois voyagent souvent vers d’autres pays comme ils l’ont fait récemment pour interroger un homme soupçonné de meurtre en Serbie. Par contre, dans le cas d’Assange, la procureure suédoise Marianne Ny insiste qu’Assange doit physiquement être en Suède pour être interrogé. Aucune raison n’a été fournie pour cette inflexibilité mais le journal suédois Dagens Nyheter le justifie en disant qu’il s’agit d’une question relative au prestige de la Suède.

3. Il y a une accumulation de preuves que les USA compilent un dossier de plainte criminelle contre Assange.

Il y en a suffisamment pour suggérer que les craintes de l’équipe de défense juridique d’Assange sont justifiées. Des câbles diplomatiques australiens diffusés au Sydney Morning Herald selon la loi [australienne] sur la liberté de l’information révèlent que le gouvernement australien a confirmé que WikiLeaks a été la cible d’une enquête du Département de la Justice US en Australie "sans précédent à la fois dans son étendue et sa nature". Le gouvernement australien suggère également que les rapports des médias selon lesquels un grand jury secret a été convoqué à Alexandria en Virginie, étaient "sûrement vrais". De plus, les publications par WikiLeaks des Stratfor Intelligence Files ont révélé que le vice-président de Stratfor Fred Burton a déclaré que: "Nous avons un acte d’accusation scellé contre Assange". En sus de cela, prenant en compte le traitement atroce auquel a été soumis Bradley Manning actuellement dans une prison militaire aux USA pour avoir peut-être transmis à Assange des documents confidentiels, vous n’avez pas besoin de vous coiffer d’une passoire et de papier alu pour croie que les USA feront n’importe quoi pour mettre la main sur Assange et faire de lui un "exemple".

4. C’est en réalité plus facile pour les USA de faire extrader Assange depuis la Suède que depuis le Royaume-Uni.

Beaucoup de gens rejettent les craintes d’extradition d’Assange du fait que s’ils le voulaient, il leur serait plus facile de l’avoir depuis le Royaume-Uni de toute façon. Mais en fait, il est considérablement plus difficile de l’extrader depuis le Royaume-Uni pour diverses raisons. Une est que le Royaume-Uni n’a pas l’accord d’extradition "d’abandon temporaire" (par lequel un suspect dans deux pays différents se trouvant dans l’un d’entre eux peut être ‘temporairement’ extradé vers l’autre, ndt) qui existe entre la Suède et les USA qui puisse outrepasser les accords internationaux d’extradition et effectivement donner aux USA des pouvoirs "immédiats" d’extradition. Un autre problème est  que si les USA devaient émettre une demande d’extradition pour Assange depuuis le Royaume-Uni vers les USA, cela mettrait le Royaume-Uni dans une position très difficile parce que normalement, la première demande d’extradition reçue de la Suède devrait être honorée en premier. Par ailleurs, la plus grande diversité médiatique et le plus grand soutien du public au Royaume-Uni sont des facteurs qui rendraient plus difficile encore pour les USA d’extrader Assange depuis la Grande-Bretagne. Et pour tous ceux qui pensent que le système judiciaire suédois est d’une quelconque manière le meilleur du monde, les archives de Human Rights Watch sur la Suède offrent de la lecture intéressante.

24-08-12: Il est depuis venu à mon attention que l’accord "d’abandon temporaire" existe aussi entre les USA et le Royaume-Uni ce qui est certainement quelque chose que beaucoup de supporters d’Assange ne semblent pas savoir. Cependant, le même problème s’appliquerait – puisque la Suède a déjà émis une demande d’extradition, cela mettrait assurément le gouvernement britannique dans une situation très compliquée. Il y a une discussion intéressante là-dessus ici.

Il y a plein d’autres exemples de faits et de mises en contexte régulièrement ignorés dans la couverture médiatique qui sont importants pour la compréhension de l’affaire Assange. Voici certains des plus importants mais alors que la guerre de propagande continue dans cette bataille juridique de plus en plus dramatique, ils ne seront certainement pas les derniers.

Postscriptum: Si vous voulez un éclairage réellement révélateur et dérangeant sur la façon dont les accusations de crimes sexuels contre Assange en Suède se sont déroulées, lisez le fil de commentaires du post original sur Assange publié [par l'auteur] il y a maintenant presque exactement deux ans.

Source: http://nicholasmead.com/2012/08/19/4-things-the-media-wont-tell-you-about-assange/

Traduit depuis le web par willsummer

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3 Commentaires

  1. Je suis impressionné ! Blog très instructif sur wikileaksactu.wordpress.com mon ami. Je voulais juste commenter et dire maintenir la qualité du travail . cordialement

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  2. Nous te remercions pour ce commentaire appréciateur! La qualité du travail est une nécessité, c’est une marque de respect envers les lanceurs d’alerte et envers le lectorat, comme envers nous-mêmes… ;)

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  3. J’aime l’info précieuse que vous fournissez sur wikileaksactu.wordpress.com . Je vais signet votre blog et vérifiez à nouveau ici régulièrement . Je suis assez sûr que je vais apprendre beaucoup de nouvelles choses ici ! Bonne chance pour la prochaine ! bonne chance!

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