Ce qui nous pousse à croire aux théories du complot concernant la pandémie mondiale de coronavirus est lié à l’angoisse d’un phénomène hors du commun

Alors que la plupart des scientifiques semblent s’accorder pour dire que le coronavirus n’a pas été créé par l’homme en laboratoire, beaucoup de gens continuent de croire aux théories du complot. Cependant, avant de dénigrer ceux qui croient aux théories du complot concernant ce virus (car le complotisme n’est-il pas signe de curiosité intellectuelle, de vivacité d’esprit et de refus des vérités conventionnelles?), essayons de comprendre les raisons qui poussent une partie de la population à adhérer à ces thèses complotistes. Car, cela va de soi, le complotisme n’apparaît pas comme par magie dans l’esprit des gens. Il apparaît notamment quand il y a un manque d’information, ou des informations contradictoires, une gestion de crise inefficace, des retards de décisions, etc.

Toutes ces différentes raisons poussent les gens à croire aux thèses complotistes, qui permettent de donner une explication à des phénomènes angoissants et de nous rassurer inconsciemment. Ainsi il en va de la nature humaine, car nous cherchons souvent les thèses les plus simples, qui sont les plus logiques, pour nous rassurer. Mais la réalité n’est pas toujours logique et simple, elle est parfois complexe.

Bien qu’un article du Monde qualifie ce phénomène « d’étrange obsession », comme s’il n’y avait pas d’explication à cette angoisse de la population qui s’exprime dans la croyance aux théories du complot, il faudrait néanmoins relativiser les choses et admettre que la probabilité qu’un virus créé en laboratoire échappe à ses « créateurs » existe bel et bien. C’est le journal Le Monde qui d’ailleurs nous le rappelle et nous donne de précieuses informations à ce sujet dans un autre article démêlant le vrai du faux, donnant plusieurs exemples d’accidents de laboratoires, dont celui-ci:

« En 2014, deux tubes contenant respectivement une souche d’Ebola active et l’autre inactive avaient ainsi été intervertis par inadvertance et le virus actif, envoyé dans un laboratoire P2 ».

Dans le même article, le journal Le Monde nous apprend d’autre part qu’un laboratoire P4 existe bien à Wuhan depuis 2015, ce qui aurait de quoi alimenter les thèses complotistes, mais confirme aussi que ce laboratoire P4 n’est pas à l’origine du coronavirus actuel.

Le virus du covid 19 aurait muté naturellement, mais serait une recombinaison entre deux virus existants, selon la thèse la plus probable exposée dans cet article de Santé Magazine. Une mutation intriguante, car: « pour qu’une recombinaison se produise, il faut que les deux virus divergents aient infecté le même organisme de façon concomitante. »

Cependant, pour en revenir aux expériences qui ont lieu en laboratoire, celles-ci sont parfois controversées, y compris au sein de la communauté scientifique, car le risque qu’un virus s’échappe et devienne incontrôlable existe, et ceux qui étudient les virus s’en rendent compte certainement mieux que nous.

Que penser, par exemple, de ce scientifique japonais, Yoshihiro Kawaoka, cité dans cet article daté de l’année 2014 (soit presque 6 ans avant l’apparition du coronavirus), qui explique les mutations génétiques du virus H1N1:

« Pour améliorer les vaccins contre la grippe, des chercheurs américains ont créé une version mutée et très virulente du virus de la grippe H1N1. Des travaux très risqués qui font polémique »

Dans la fiche Wikipedia du scientifique japonais, on apprend que « Kawaoka a réinventé un nouveau virus basé sur le H5N1, qu’il a révélé au public en 2011. Pour l’instant, aucun vaccin connu n’a été trouvé. […] Ses recherches ont été interrompues par un moratoire émis par le gouvernement américain en 2014. Cependant, en 2019, il a été autorisé à reprendre la recherche. » « L’étude des techniques visant à rendre certains virus plus meurtriers et plus transmissibles, voire mortels » ainsi que la levée du moratoire américain sont également évoqués dans cet autre article, citant « le directeur des National Institutes of Health (NIH), Francis S. Collins ».

L’exemple de ce scientifique et virologue japonais nous montre que les risques face aux virus et au risque de pandémie mondiale sont connus et pris en compte, mais que certains Etats choisissent parfois de reprendre ce type de recherches controversées, visiblement après avoir eu quelques hésitations. Le risque de fuite d’un laboratoire existe donc et ceux qui croient aux théories du complot croient finalement à quelque chose qui reste possible. Mais comme pour le nucléaire et la course à l’armement, la course aux virus semble privilégiée, témoignant d’une sorte de peur qu’un autre Etat ne prenne les devants dans un contexte mondial politiquement instable. Continuer ce type de recherches apparaît comme un choix géopolitique, et pas seulement scientifique. Et on le voit aujourd’hui, un virus peut provoquer autant de dégâts et de morts qu’une guerre.

Qui aurait d’ailleurs cru que, depuis toutes ces années où le monde est tiraillé par des affrontements idéologiques comme celui qui oppose, par exemple, les Etats-Unis, la Corée du Sud et la Corée du Nord, menaçant d’un possible conflit nucléaire, ou encore celui qui oppose l’Iran et l’Arabie Saoudite, qu’un simple virus viendrait bouleverser l’ordre mondial en l’espace de quelques jours, sans qu’aucune guerre ne soit déclarée, sans qu’aucun pays ne soit envahi et sans qu’aucune armée de soldats ne soit envoyée au front pour combattre? Voilà comment l’histoire nous apprend que l’imprévisible et l’impossible font aussi partie de la réalité, mais pour le coup Bill Gates nous avait prévenu donc cette pandémie n’était pas totalement imprévisible. Cette pandémie reste un phénomène angoissant et c’est normal que cela provoque autant de réactions dans l’esprit des gens, y compris des réactions complotistes.

Source image: Wikipedia

Comment les nuggets de poulet sont devenus le véritable symbole de notre époque

C’est ce qui arrive lorsque vous transformez le monde naturel en une machine à faire du profit.

The Guardian, 8 mai 2018, Par Raj Patel et Jason W Moore

Le symbole le plus parlant de l’ère moderne n’est ni l’automobile ni le smartphone. C’est le nugget de poulet. Le poulet est déjà la viande la plus populaire aux États-Unis et devrait devenir la viande préférée sur la planète d’ici 2020. Les civilisations futures trouveront des traces de l’humanité et des 50 milliards d’oiseaux par an dans les fossiles, un marqueur de ce que nous appelons maintenant l’anthropocène. Et pourtant, le changement radical de notre consommation repose, non pas sur l’activité humaine en général, mais sur le capitalisme. Bien que nous ayons appris à le comprendre en tant que système économique, le capitalisme n’organise pas seulement les hiérarchies du travail humain. Le capitalisme est ce qui se produit lorsque le pouvoir et l’argent se combinent pour transformer le monde naturel en une machine à faire du profit. En effet, notre vision de la nature doit beaucoup au capitalisme.

Chaque civilisation a rendu son interprétation de la différence entre «nous» et «eux», mais ce n’est que sous le capitalisme qu’il existe une frontière entre la «société» et la «nature» – une frontière violente et étroitement surveillée, profondément enracinée dans le colonialisme.

Prenant forme à l’ère de Christophe Colomb, le capitalisme a créé une opposition binaire particulière. La «nature» est devenue l’antonyme de la «société» dans l’esprit des philosophes, dans la politique des empires européens et dans les calculs des centres financiers mondiaux. La «nature» était un lieu de profit, une vaste frontière de cadeaux gratuits en attente d’être acceptés par les conquérants et les capitalistes.

C’était une vision dangereuse de la nature pour toutes sortes de raisons, notamment parce qu’elle dégradait simultanément les vies humaines et animales de toutes sortes. Ce que nous appelons la «nature bon marché» englobait non seulement les forêts, les champs et les ruisseaux, mais également la grande majorité de l’humanité. Au cours des siècles entre Colomb et la révolution industrielle, des Africains, des Asiatiques, des peuples autochtones et pratiquement toutes les femmes, esclaves et soumis à la servitude, sont devenus partie intégrante de la «nature» – et ont donc été traités à moindre coût. Lorsque les humains peuvent être traités avec si peu de soin, il n’est pas surprenant que des animaux le soient encore moins face au capitalisme, en particulier ceux que nous finissons par acheter pour les manger.

Les animaux ont été au centre de cinq siècles de transformation alimentaire, qui s’est fortement accélérée après la seconde guerre mondiale. La création du monde moderne dépendait du mouvement du bétail, des moutons, des chevaux, des porcs et des poulets vers le nouveau monde, renforçant ainsi la progression meurtrière des microbes, des soldats et des banquiers après 1492. «L’empreinte écologique du capitalisme», expression utilisée par le spécialiste de l’alimentation Tony Weis, est devenue radicalement mondialisée depuis. Selon Weis, dans le demi-siècle qui a suivi 1961, la consommation de viande et d’œufs par habitant a doublé et le nombre d’animaux abattus a été multiplié par huit, passant de huit à 64 milliards.

Lire la suite: https://www.theguardian.com/news/2018/may/08/how-the-chicken-nugget-became-the-true-symbol-of-our-era

illustration: wikimedia

Des vagues de chaleur insoutenables pourraient frapper le cœur de la Chine d’ici la fin du siècle

The Guardian, Damian Carrington, 31/07/2018

La région la plus peuplée du plus grand pollueur de la planète – la plaine du nord de la Chine – deviendra inhabitable si le changement climatique n’est pas enrayé

La plaine de la Chine du Nord, l’une des régions les plus densément peuplées du monde et la plus importante zone de production alimentaire de l’immense nation, sera l’endroit le plus meurtrier de la planète pour les futures vagues de chaleur.

De nouvelles recherches scientifiques montrent que les vagues de chaleur humides qui tuent même des personnes en bonne santé en quelques heures vont frapper la région à plusieurs reprises vers la fin du siècle suite au changement climatique, s’il n’y a pas d’importantes réductions des émissions de carbone.

« Cet endroit sera l’endroit le plus chaud pour les futures vagues de chaleur », a déclaré le professeur Elfatih Eltahir, du Massachusetts Institute of Technology, aux États-Unis, qui a dirigé la nouvelle étude. Les projections pour la plaine du nord de la Chine sont particulièrement préoccupantes car la plupart des 400 millions d’habitants de la région sont des agriculteurs et ont peu d’autre solution que de travailler en extérieur.

« La Chine est actuellement le principal contributeur aux émissions de gaz à effet de serre, avec des implications potentiellement graves pour sa propre population », a-t-il déclaré. « La poursuite des émissions mondiales actuelles pourrait limiter l’habitabilité de la région la plus peuplée dans le pays le plus peuplé de la planète. »

La nouvelle analyse évalue l’impact du changement climatique sur la combinaison mortelle de chaleur et d’humidité, mesurée en tant que « température humide » (WBT, Wet-Bulb Temperature). Une fois que le WBT a atteint 35°C, l’air est si chaud et humide que le corps humain ne peut plus se refroidir en transpirant, et même les personnes en bonne santé assises à l’ombre peuvent mourir en moins de six heures.

Un WBT supérieur à 31°C est classé par le US National Weather Service comme « danger extrême », avec son avertissement indiquant: « Si vous ne prenez pas immédiatement de précautions, vous risquez de tomber gravement malade ou même de mourir« .

Les recherches, publiées dans la revue Nature Communications, ont révélé que des températures WBT fatales de 35°C frapperaient le nord de la Chine à plusieurs reprises entre 2070 et 2100, à moins que les émissions de carbone ne soient réduites. Shanghai, par exemple, dépasserait le seuil fatal environ cinq fois et les températures WBT de « danger extrême » se produiraient des centaines de fois. Même si d’importantes réductions de carbone sont réalisées, le « danger extrême » du WBT serait dépassé à de nombreuses reprises.

Lire l’intégralité de l’article: https://www.theguardian.com/environment/2018/jul/31/chinas-most-populous-area-could-be-uninhabitable-by-end-of-century

Illustration: Wikimedia (la « North China Plain » au nord-est de la Chine)

« Le business de la guerre »: les employés de Google protestent contre le travail pour le Pentagone

New York Times, Par SCOTT SHANE et DAISUKE WAKABAYASHI, le 4 avril 2018

WASHINGTON – Des milliers d’employés de Google, dont des dizaines d’ingénieurs, ont signé une lettre pour protester contre l’implication de l’entreprise dans un programme du Pentagone utilisant l’intelligence artificielle pour interpréter des images vidéo et améliorer le ciblage des frappes de drones.

La lettre, qui circule au sein de Google et a recueilli plus de 3.100 signatures, reflète un conflit culturel entre la Silicon Valley et le gouvernement fédéral qui est susceptible de s’intensifier à mesure que l’intelligence artificielle de pointe sera de plus en plus utilisée à des fins militaires.

(Lire le texte de la lettre.)

« Nous pensons que Google ne devrait pas être impliqué dans le business de la guerre », indique la lettre adressée à Sundar Pichai, le directeur général de la société. La lettre demande à Google de se retirer du projet pilote du Pentagone, Project Maven, et d’annoncer une politique dans laquelle il ne «construira jamais de technologie de guerre».

Ce genre de position idéaliste, bien que certainement non partagée par tous les employés de Google, vient naturellement à une société dont la devise est «Ne faites pas le mal», une expression invoquée dans la lettre de protestation. Mais cela est clairement étranger à l’énorme industrie de la défense de Washington et certainement au Pentagone, où le secrétaire à la défense, Jim Mattis, a souvent déclaré qu’un objectif central était d’accroître la «létalité» de l’armée américaine.

Dès ses débuts, Google a encouragé les employés à s’exprimer sur les problèmes impliquant l’entreprise. Il fournit des forums de discussion internes et des réseaux sociaux où les travailleurs mettent en question la gestion et se défient les uns les autres sur les produits et les politiques de l’entreprise. Récemment, le débat houleux autour des efforts de Google pour créer une main-d’œuvre plus diversifiée s’est révélé dans la transparence.

Les employés de Google ont fait circuler des pétitions de protestation sur une série de questions, y compris concernant Google Plus, le concurrent à la traîne de la société Facebook, et le parrainage par Google de la Conférence d’action politique conservatrice.

Les employés ont soulevé des questions au sujet de la participation de Google au projet Maven lors d’une récente réunion à l’échelle de l’entreprise. À l’époque, Diane Greene, qui dirige les activités d’infrastructure cloud de Google, a défendu l’accord et a cherché à rassurer les employés concernés. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré que la plupart des signatures de la lettre de protestation avaient été recueillies avant que la société ait eu l’occasion d’expliquer la situation.

La compagnie a, par la suite, décrit son travail concernant le projet Maven comme «non offensif» par nature, bien que l’analyse vidéo du Pentagone soit couramment utilisée dans les opérations de contre-insurrection et de contre-terrorisme, et les publications du ministère de la Défense indiquent clairement que le projet soutient ces opérations. Google et le Pentagone ont tous deux déclaré que les produits de la société ne créeraient pas de système d’armes autonomes capable de tirer sans un opérateur humain, une possibilité très controversée utilisant l’intelligence artificielle.

Mais une meilleure analyse de la vidéo des drones pourrait être utilisée pour sélectionner des cibles humaines pour les frappes, tout en identifiant mieux les civils afin de réduire le nombre de victimes innocentes.

Sans se référer directement à la lettre à M. Pichai, Google a déclaré dans un communiqué, mardi, que « toute utilisation militaire de l’apprentissage automatique soulève des préoccupations valables. » Il a ajouté: « Nous sommes activement engagés à travers l’entreprise dans une discussion approfondie de ce sujet important. » L’entreprise a qualifié ces échanges d ‘«extrêmement importants et bénéfiques», bien que plusieurs employés de Google familiers avec la lettre n’en aient parlé que sous couvert d’anonymat, affirmant qu’ils étaient préoccupés par des représailles.

Selon le communiqué, la partie du projet Maven qui visait l’entreprise était « spécifiquement définie pour des buts non-offensifs », bien que les responsables aient refusé de mettre à disposition le langage pertinent du contrat. Le département de la Défense a déclaré que, parce que Google est un sous-traitant du Project Maven pour l’entrepreneur principal, l’ECS Federal, il ne pouvait pas fournir le montant ou la langue du contrat de Google. L’ECS Federal n’a pas répondu aux demandes de renseignements.

Google a déclaré que le Pentagone utilisait un « logiciel de reconnaissance d’objets open-source disponible pour tout client de Google Cloud » et basé sur des données non classifiées. « La technologie est utilisée pour signaler des images à des fins de revue humaine et vise à sauver des vies et à éviter aux gens d’avoir à faire un travail très fastidieux », a déclaré la compagnie.

Certains des plus hauts dirigeants de Google ont des liens importants avec le Pentagone. Eric Schmidt, ancien président exécutif de Google et toujours membre du directoire d’Alphabet, la société mère de Google, est membre d’un organe consultatif du Pentagone, le Defense Innovation Board, ainsi qu’un vice-président de Google, Milo Medin.

Dans une interview en novembre, M. Schmidt a reconnu « une préoccupation générale de la part de la communauté technologique dans une certaine utilisation par le complexe militaro-industriel de leurs trucs pour tuer les gens de manière incorrecte, si vous voulez. » Il a dit qu’il a siégé au conseil « pour au moins permettre que la communication se fasse » et a suggéré que l’armée « utiliserait cette technologie pour assurer la sécurité du pays ».

Lire la suite: https://www.nytimes.com/2018/04/04/technology/google-letter-ceo-pentagon-project.html

Ces suicides de hackers sont étrangement similaires

NY Post, Par Isabel Vincent, 27 janvier 2018

Les ambulances et les voitures de police s’arrêtèrent brutalement devant le Gowanus Inn & Yard, un hôtel branché et ultramoderne qui avait récemment ouvert ses portes dans une rue branchée de l’Union Street à Brooklyn.

Mais les premiers intervenants avaient 48 heures de retard. James Dolan, un ancien marine et expert de la sécurité informatique âgé de 36 ans, s’était pendu dans sa chambre deux jours auparavant, le 26 décembre, selon le NYPD.

Le bâtiment où James Dolan s’est pendu.

Des foules curieuses se sont rassemblées le 28 décembre devant le Dinosaur BBQ et un atelier de mécanique automobile en face du nouvel hôtel dont la façade industrielle grise et carrée lui donne un air institutionnel, comme un hôpital ou une prison.

« Ils viennent d’ouvrir cet endroit, et quelqu’un y va pour mourir », a déclaré un employé de la pizzeria Tomato N’Basil au coin de la rue, sur la Fourth Avenue. Il était parmi la foule quand ils ont sorti le corps de Dolan par la porte dans un sac.

« Qu’est-ce qu’il lui était arrivé de si mauvais pour faire ça? » demande-t-il.

La réponse peut ne jamais être connue. Ce que l’on sait, c’est que Dolan était le deuxième membre d’une petite équipe de brillants activistes Internet qui ont développé SecureDrop – un système de transfert en ligne pour lanceurs d’alerte – le deuxième qui se suicide en se pendant à Brooklyn.

Le premier était Aaron Swartz, le programmeur informatique prodige, entrepreneur et activiste qui a co-fondé le site d’informations sociales Reddit quand il était encore adolescent. Selon le NYPD, Swartz, 26 ans, s’est pendu avec une ceinture dans l’appartement de Crown Heights qu’il partageait avec sa petite amie, en janvier 2013. Son décès est survenu un mois avant son procès devant un tribunal fédéral pour fraude et piratage. des charges. Swartz faisait face à 35 ans de prison et plus de 1 million de dollars d’amendes pour avoir prétendument téléchargé des millions de fichiers en 2011 à partir des archives universitaires en ligne JSTOR au MIT [Massachusetts Institute of Technology]. Les procureurs ont déclaré que Swartz avait l’intention de distribuer les articles gratuitement en ligne.

Lire la suite: https://nypost.com/2018/01/27/these-hackers-suicides-are-eerily-similar/

Pensées d’une blogueuse à l’aube de 2018

Voici qu’approche la nouvelle année (encore quelques jours, et nous y serons…), et parce que peu de contenus ont été publiés sur ce blog ces derniers mois, il faut bien commencer l’année avec un nouveau texte. Aussi, chers lecteurs, lectrices de ce blog, ne soyez pas déçu(e)s si peu d’articles ont été écrits ces derniers mois sur ce blog, car tout simplement le rythme de publications a changé et nous allons nous recentrer sur des choses plus essentielles, publier moins en quantité, mais peut-être mieux en qualité.

Vous pouvez cependant retrouver les publications et les traductions de Will Summer qui a participé activement à ce blog ces dernières années et qui est présent sur un autre blog collectif globalepresse.

Avec une nouvelle année qui commence, je pense au mot « décroissance », avec tout ce que cela implique de changements dans la vie d’une société. Même si c’est un mot que l’on entend souvent, j’ai réellement commencé à comprendre le sens de ce mot lorsque je me suis intéressée aux assemblées des Indignés. Il y a des mots que l’on entend dans les médias, mais parfois sans vous les expliquer précisément. Décroissance, ce n’est pas seulement le fait d’acheter moins de choses au supermarché. Décroissance, c’est un mode de consommation, mais aussi un mode de pensée et une idéologie. C’est consommer autrement, consommer moins de produits issus du monde industriel, c’est consommer de manière locale, mais pas seulement, car pour moi, la décroissance c’est avant tout construire et créer les choses par soi-même.

Je ne vois pas, en effet, d’autre manière de se libérer de la société de consommation et de la consommation industrielle (et de la surexploitation des richesses naturelles), autrement qu’en créant les choses par soi-même, quel que soit le domaine concerné (le journalisme, la culture, la littérature, la musique, la mode, l’architecture, l’agriculture, etc). Ne voudrions-nous pas devenir une société de créateurs, plutôt qu’une société de consommateurs? C’est la création qui libère la pensée des êtres humains, c’est dans le fait de créer par soi-même que l’individu peut reconquérir sa propre pensée, reprendre le contrôle de sa pensée et de son destin.

Aussi, il y a ce philosophe, Nietzsche, qui parlait des créateurs, et qui les compare à la dureté, à la noblesse du diamant:

« Les créateurs, en effet, sont durs. Et cela doit vous paraître une félicité de presser votre main sur des millénaires comme sur de la cire »
(Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Troisième partie, « Des vieilles et des nouvelles tables », ch. 29, coll. Classiques de poche, Livre de poche, p. 258, traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, 1ère publication LGF, 1983, éd. août 2010)

Et de comparer le créateur à « celui qui brise les tables et les vieilles valeurs » (Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Troisième partie, « Des vieilles et des nouvelles tables », ch. 26, p.256):

« Le changement des valeurs, – c’est le changement des créateurs. Celui qui doit être un créateur, celui-là détruit toujours. » (Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Première partie, Les Discours de Zarathoustra, « Des mille et un buts », p. 78)

Et quand Nietzsche ajoute que « Pour l’instant encore l’humanité n’a pas de but », et bien, il y en a un aujourd’hui, c’est celui de créer et de libérer sa propre conscience par la création et la décroissance, car la décroissance est une valeur si on l’analyse dans la pensée de ce philosophe, une valeur qui libère l’être humain et qui le place dans une posture de créateur.

La décroissance est dans cette même démarche, de briser les vieilles valeurs, celles représentées par le monde industriel et la société de consommation (voire de surconsommation, car dans ce monde industriel, nous consommons souvent plus que ce dont nous avons réellement besoin). Et ce qu’a écrit Nietzsche peut trouver, selon moi, tant d’échos dans le monde actuel!

Si au lieu de passer deux heures quelque part, dans un magasin, à chercher ce produit idéal dont je rêve et que je ne vais peut-être pas trouver, si tout simplement je créais cette chose telle que je l’imagine… Ces deux heures que j’aurais perdues dans un magasin ou un centre commercial, si je les passais simplement dans une posture créative dans un atelier ou un cours à concevoir la même chose, mais avec toutes les particularités que j’imagine et que je veux créer – au final, je serais sans doute bien plus satisfait(e) du résultat obtenu, même si la peine et la fatigue intellectuelle auront été plus importante. C’est pourquoi je dis que la décroissance, c’est créer par soi-même, libérer sa créativité et libérer en même temps sa propre pensée. Cela va à rebours de la société de consommation telle qu’elle existe actuellement et qui nous présente des produits prêts à l’usage, où notre cerveau n’a pas été sollicité pour le concevoir et où nous n’avons pas été en mesure de participer à son élaboration, ni d’en comprendre les techniques de fabrication. Donc créer par soi-même, c’est sortir de cette logique de consommation aveugle. Créer par soi-même, c’est rejoindre la logique de la décroissance.
Soyez des créateurs, et non des consommateurs!

– Quand je dis « nourriture », je peux cuisiner par moi-même et consommer localement des produits qui ne sont pas issus du monde industriel, des produits dont je peux vérifier l’origine et la provenance. Mais pour cela, il faudra que j’entre dans une démarche créative et volontaire, cela me demandera plus d’effort que d’aller dans le rayon d’un supermarché et de laisser la publicité influencer mes choix de consommation.
– Si je dis « culture » ou « musique », « littérature », je peux aussi entrer dans cette démarche créative, décider que je peux consommer autre chose et devenir un créateur de culture, de musique ou de littérature.
– Si je dis « journalisme », je peux aussi entrer dans cette logique créative, et c’est d’ailleurs le choix qu’a fait ce blog en décidant de publier des traductions et des articles, pour offrir un autre point de vue que celui qui est servi dans les médias. Chacun peut entrer dans cette logique, créer un blog, poster des articles et des opinions, créer du contenu informatif.
– Si je dis « architecture », nous devrions être en mesure de construire également nos propres habitations, sans parler du fait que nos ancêtres (au début du 20ème siècle), eux, savaient encore construire leurs propres maisons, leurs propres habitations, mais que ce savoir est perdu dans le monde actuel, un monde où des centaines (voire des milliers) de gens vivent à la rue dans notre propre pays. Si nous avions les moyens de construire nos propres logements, y aurait-il encore cette crise du logement dans notre pays? Je pose simplement la question.
– Si je dis « mode », ne suis-je pas en mesure de créer mes propres vêtements sur mesure et d’apprendre à fabriquer toutes ces choses que j’achète régulièrement en magasin et qui ne correspondent pas toujours à ce que je cherche: à l’heure où l’on critique tellement le « made in China » et le fait que des enfants soient parfois employés dans des usines du tiers-monde pour fabriquer ces produits consommés dans les pays occidentaux, est-ce que la solution ne serait pas dans cette posture créative où je fabrique mes propres vêtements et où je peux les concevoir moi-même, en maîtrisant la technique, les coûts de fabrication et en maîtrisant les moyens de consommation?
– Si je dis « informatique », cette démarche créative est déjà à l’oeuvre dans tout ce qui relève des logiciels libres, par exemple, car c’est là aussi une démarche qui sort du système habituel de consommation.

En fait, on voit bien que la décroissance est un esprit qui peut s’appliquer à beaucoup de domaines et qui peut réellement changer notre mode de vie de A à Z, et donc changer le monde.

Voilà donc ces pensées pour 2018 et les fêtes de fin d’année, en espérant que tout ce que nous pourrons créer sera un pas de plus vers notre propre liberté (et quand je dis « nous », je veux dire « nous tous » en tant qu’individus, car nous avons tous cette capacité de créer des choses).

kimono

Le nouveau président français pourrait-il accorder l’asile politique à Edward Snowden, comme un signe de rupture face au gouvernement socialiste?

Nous sommes en mai 2017, un nouveau président vient d’être élu en France. L’affaire Snowden remonte au printemps 2013, et depuis le 23 juin 2013, Snowden est réfugié en Russie, à Moscou – alors qu’étrangement le monde occidental si prompt à défendre les opposants politiques russes, chinois, etc, dans les médias, devient soudain bien muet quand il s’agit de défendre politiquement des lanceurs d’alerte dénonçant les injustices du monde occidental et la surveillance de masse.

Nous nous rappelons que le gouvernement socialiste avait refusé de « donner suite » à la demande d’asile politique d’Edward Snowden en France — mais alors même que le candidat Emmanuel Macron a souhaité marquer une rupture face au parti socialiste et la politique qui a été menée par le gouvernement précédent, saura-t-il marquer également une rupture face à la manière dont le gouvernement précédent a traité les lanceurs d’alerte? Saura-t-il marquer son indépendance face aux Etats-Unis et face aux pressions politiques qui n’ont pas permis jusqu’à aujourd’hui qu’Edward Snowden puisse se réfugier en Europe, que ce soit en France ou dans un autre pays.

Il ne s’agit pas seulement d’avoir un président neuf qui est perçu comme une personnalité neuve, il ne s’agit pas seulement d’avoir un visage neuf en politique, il faut aussi avoir des idées neuves et que les choix politiques soient neufs et osent être plus indépendants que les choix qui ont été menés par le gouvernement de François Hollande.

Se démarquer d’un gouvernement précédent, ce n’est pas seulement changer de visage, comme on changerait un masque au théâtre en gardant les mêmes acteurs et les mêmes paroles pour accomplir le même jeu. Se démarquer, c’est savoir au contraire changer l’esprit du gouvernement français, ne pas commettre les mêmes erreurs commises dans les guerres multiples auxquelles notre pays a participé, c’est savoir renouveler la manière de penser la politique, c’est savoir être à l’écoute de la contestation sociale dans notre pays (et ne pas mépriser ceux qui défendent leurs droits), ou encore savoir renouveler notre vision des droits de l’homme dans un pays lui-même touché par la pauvreté et le chômage de masse, c’est savoir également accorder la première place aux lanceurs d’alerte et les accueillir si leurs droits sont menacés.

Si le nouveau gouvernement français qui a été élu accordait l’asile politique à Edward Snowden, cela serait une preuve concrète qu’il y a une forme de changement dans la politique menée par ce pays et une forme d’indépendance face aux Etats-Unis qui ont mené la « chasse aux sorcières », ces dernières années, contre les lanceurs d’alerte, en contradiction totale avec les valeurs démocratiques prônées par les sociétés occidentales et par nos gouvernements.

De plus, ces derniers mois ont vu apparaître des articles prétendant que la Russie pourrait envisager d’extrader Snowden vers les Etats-Unis, dans une démarche de rapprochement envers le président Donald Trump. Ce qui n’a pas été complètement démenti par la porte-parole des affaires étrangères de la Russie, Maria Zakharova, qui citée dans un article de Newsweek du 28 avril 2017, tout en assurant que Snowden pouvait rester aussi longtemps qu’il le souhaitait, « a refusé de fournir des commentaires supplémentaires sur la question de savoir si la Russie envisageait ou non de l’extrader vers les États-Unis où il serait jugé, en disant: «Cela ne relève pas de mon domaine» ».

En tant que citoyens français, nous devons continuer à rester vigilants et à considérer de quelle reconnaissance fera preuve le nouveau président français pour ces lanceurs d’alerte. Si rien n’est fait pour Edward Snowden, et si aucun soutien n’est apporté à d’autres lanceurs d’alerte comme Julian Assange qui est toujours réfugié dans une ambassade à Londres, alors seul le visage d’un président aura changé, mais les politiques menées par la France n’auront sans doute rien de neuf et nous verrons continuer la même histoire qui s’est écrite pendant ces dernières années, faite de scandales de surveillance de masse, de lanceurs d’alerte et de groupes Anonymous persécutés en Europe, voire extradés vers les Etats-Unis, etc.

Un tel monde n’est pas le nôtre et nous ne voulons pas d’une France qui refuse l’asile politique au lanceur d’alerte Edward Snowden, ni d’une France qui n’est pas non plus en mesure de dénoncer la manière dont Julian Assange est privé de sa liberté, menacé d’extradition vers la Suède ou les Etats-Unis, s’il sortait de l’ambassade où il s’est réfugié à Londres. Nous voulons une France qui défend tous les lanceurs d’alerte, que ceux-ci dénoncent des injustices commises par des régimes autoritaires ou des injustices commises par des pays occidentaux.

kimono

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Les médias étrangers, plus critiques à l’égard des candidats à la présidentielle française?

Alors que les médias et la presse centrent leur attention en France sur les appels à voter contre l’extrême-droite, les journalistes à l’étranger semblent plus libres dans leurs critiques à l’égard des deux candidats finalistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Nous revenons sur quelques points importants évoqués dans des articles parus récemment.

Le site Reuters tout d’abord rappelle dans cette présidentielle que les français sont avant tout « sceptiques » à l’égard des deux candidats, considérés comme n’ayant pas de vraie réponse sur des sujets aussi importants que le chômage et la sécurité, d’après un sondage récent.

En revanche, CNN n’hésite pas à révéler davantage les aspects négatifs du candidat Macron tel qu’il est perçu par une partie de la population française, soulignant par exemple que:

Macron a été soutenu par le président actuel François Hollande […] Souvent vu comme « l’élite », il est considéré comme faisant partie de l’establishment et hors du contact avec le public.

Et de préciser encore que:

Ancien ministre de l’économie qui a gagné des millions comme banquier d’investissement, Macron a été attaqué de la gauche comme de la droite pour son arrogance perceptible

Cette image de banquier colle à la peau du candidat Macron selon l’article de CNN et c’est là l’une des principales difficultés qui le sépare des électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, et comme le déclare Emmanuelle Schön-Quinlivan, conférencière en politique européenne au University College de Cork, interrogée par la chaîne américaine, Macron est encore perçu comme le « banquier », et ce n’est pas ce qu’il y a de plus positif dans ce contexte de crise économique mondiale.

Enfin, le média australien Financial Review s’interroge sur les soutiens des deux candidats à la présidentielle en titrant : « La charismatique Le Pen, l’ennuyeux Macron et le futur des sous-marins australiens » pointant les conséquences économiques qui pourraient se produire sur l’économie australienne en cas d’un repli protectionniste de la France.

Financial Review évoque en premier lieu la difficulté des deux candidats à s’identifier à une majorité politique dans les grands partis traditionnels, n’étant pas à proprement parler un combat classique ou « une course directe entre la gauche et la droite ». Alors que d’après cet article, Marine Le Pen aurait des soutiens principalement dans la classe ouvrière et parmi les chômeurs, « les principaux partisans de Macron [seraient] des managers et ceux qui gagnent de bons revenus ».

S’il n’y a pas de traditionnelle opposition entre un candidat de gauche ou de droite, comme le souligne cet article, il semble donc que l’opposition qui sépare Marine Le Pen et Emmanuel Macron serait davantage d’ordre économique et social, entre une France favorisée économiquement (qui voterait pour Macron) et une autre France victime de la crise économique où une partie de la population s’est profondément appauvrie et n’a pas trouvé l’idéal promis par l’Union Européenne (une population qui voterait pour des partis anti-système, dont celui de Marine Le Pen).

Financial Review insiste également sur l’opposition des deux candidats dans leur manière de parler et d’interagir avec le public:

« Macron l’ennuyeux », comme l’annonce Financial Review en titre de l’article, car lors du discours prononcé le 1er mai « beaucoup de ses déclarations étaient fades et manquaient définitivement d’éloquence politique » et sa jeunesse ne suffira peut-être pas à masquer le manque d’expérience qui lui fait défaut dans ce rôle de leader face à une foule nombreuse.

« En comparaison, Le Pen [serait, d’après l’article] polie, à l’aise, forte et convaincante » et aurait davantage « une dimension humaine » face au candidat Macron.

Financial Review rappelle au final que les investissements de l’Australie sont importants en France et qu’une sortie de l’euro pourrait avoir par exemple des effets très négatifs sur les entreprises australiennes qui ont investi de l’argent en France ou sur des entreprises françaises qui ont une activité économique en Australie.

De chaque vote dépendra donc l’avenir de la France, le 7 mai prochain!

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Pourquoi HADOPI porte en soi sa propre fin et nous pousse à aller vers un monde en Creative Commons

Toute chose porte en soi sa propre fin, sa propre contradiction. Ainsi pourrait-il en être d’Hadopi. Si Hadopi a beaucoup été évoquée dans les médias et si ce nom peu sympathique a marqué plus ou moins les esprits (si je n’en avais jamais entendu parler, j’aurais peut-être pensé qu’Hadopi est le nom d’un animal sorti de la jungle tropicale…), on ne se souvient pas vraiment de ce que signifie cette loi. On comprend généralement Hadopi comme une loi qui lutte contre le partage illégal de contenus protégés par le droit d’auteur (notamment des fichiers de musique, films, etc). Mais alors que la majorité de nos communications et de nos activités passent par Internet, à quel niveau commence le téléchargement illégal? Pour en avoir longtemps entendu parler dans les médias, c’est seulement grâce à un article récent de Numerama que j’ai réussi à y voir un peu plus clair: « Non, il n’est pas possible de recevoir un courrier d’avertissement Hadopi si l’on fait du téléchargement direct (HTTP, FTP, Newsgroups), ou si l’on regarde des films ou des séries TV sur un site de streaming », notamment en précisant que « seuls BitTorrent, eMule et d’autres réseaux P2P permettent de trouver l’adresse IP » et d’envoyer des notifications Hadopi. Au final, ceux qui me disaient que regarder des films ou des documentaires sur des sites de streaming n’étaient pas une chose légale avaient donc tort. J’ai mis du temps à comprendre cette simple chose, car pendant longtemps la médiatisation autour d’Hadopi m’avait fait penser que beaucoup de ces choses légales ne l’étaient pas.

Le problème d’Hadopi ne réside pas principalement dans les avertissements ou les condamnations, car ceux qui connaissent bien la loi sont conscients des responsabilités tandis que la plupart d’entre nous ne téléchargent pas des contenus protégés par le droit d’auteur de cette manière (il faut déjà avoir de bonnes bases en informatique pour pouvoir le faire). En fait, la plupart des gens vont certainement aller sur youtube ou des sites de streaming gratuits pour voir des films et des documentaires, et si certains téléchargent de temps en temps des titres de musique, cela nous est sans doute arrivé à tous au moins une fois de manière accidentelle, parce qu’un site web à l’apparence légale proposait un titre à télécharger. Mais même de tels cas de téléchargements via une connexion http ne seraient pas concernés par des notifications Hadopi, comme le décrit Numerama. Non, le problème d’Hadopi réside plutôt dans l’image négative que cela donne d’Internet et du partage sur Internet, d’abord parce que la médiatisation de cette loi a eu tendance à faire l’amalgame entre toutes ces formes de téléchargement (http, BitTorrent, P2P, etc) qui ne sont pas toutes concernées par Hadopi, et ensuite parce que cette médiatisation a eu tendance à véhiculer un stéréotype selon lequel toute personne qui télécharge des choses sur Internet ferait potentiellement une chose illégale. C’est l’impression que j’ai eu pendant ces dernières années.

Hadopi imprègne l’inconscient collectif et aurait tendance à donner une mauvaise image du téléchargement gratuit sur Internet, une image qui s’éloigne de plus en plus de l’idéal de partage qu’Internet représentait à l’origine de sa création. Toute chose téléchargée gratuitement n’est pas illégale, et avec Hadopi on a tendance à retenir surtout ce qui pourrait être illégal, plutôt que d’insister sur tous les autres aspects du partage gratuit et du téléchargement légal, par exemple pour tous les contenus publiés en licence Creative Commons. Et le nom même qui a été choisi, « Hadopi », un nom intriguant qui rappelle étrangement le nom de cette divinité grecque « Hadès [qui] règne sous la terre et pour cette raison est souvent considéré comme le « maître des Enfers » (Wikipedia), Hadopi comme une sorte de bête monstrueuse sortie du fond d’une grotte obscure (la grotte d’Internet), pour venir traquer les utilisateurs jusque sur leur ordinateur personnel… plus de peur que de mal, au final.

Mais alors qu’on entend beaucoup parler de cette loi Hadopi et qu’on se pose des questions à ce sujet, pourquoi ne remettons-nous pas plus en cause nos modes de consommation culturelle sur Internet? peut-être qu’une manière efficace de se libérer de ces lois qui tendent à criminaliser le téléchargement gratuit sur Internet, serait tout simplement de télécharger davantage de contenus en licences libres, comme l’Art Libre, ou le Creative Commons? peut-être que nos propres modes de création devraient être remis en cause: et si les créateurs, qu’ils soient musiciens, photographes, réalisateurs de vidéos, écrivains, artistes de toute nature, et si ces créateurs partageaient davantage leurs oeuvres en permettant la réutilisation gratuite (à usage non-commercial, ce qui leur permettrait de continuer à être rémunérés sur la vente de leurs oeuvres, mais sans criminaliser ceux qui partagent et téléchargent ces oeuvres à des fins non-commerciales, ou créent d’autres oeuvres à partie de ces oeuvres mais sans fins commerciales), alors il n’y aurait pas besoin de lois Hadopi dans ce monde, car une telle loi n’aurait aucun sens. La création de contenus culturels serait plus libre et davantage libérée de l’aspect économique et financier qui est actuellement au coeur du problème.

Heureusement, beaucoup de contenus culturels sont déjà publiés dans ce type de licences qui permettent le téléchargement et la réutilisation gratuites des oeuvres, et il faut espérer que cela continuera dans les années à venir. Par exemple, il y a toutes les oeuvres qui sont déjà dans le domaine public (une oeuvre tombe automatiquement dans le domaine public 70 ans après la mort de l’auteur), qu’on peut trouver en partie sur des sites comme Wikimedia, Wikisource, Gallica ou des portails d’oeuvres mises à disposition par les musées. Mais nous n’avons peut-être pas tous encore l’habitude d’aller consulter de tels sites Internet pour chercher des oeuvres qui sont déjà dans le domaine public et ainsi apprécier le téléchargement légal et la possibilité de réutiliser ces oeuvres de manière tout aussi légale.

Ensuite, pour les oeuvres qui ne sont pas encore dans le domaine public, mais dont le téléchargement est légal et gratuit, on trouve toutes ces oeuvres publiées en Creative Commons, on en trouve toujours sur Wikimedia pour les images et les photographies, et pour la musique on en trouve par exemple sur Free Music Archive avec des titres de musique Creative Commons de tous styles de musique pour n’en citer que quelques-uns parmi les milliers de titres disponibles au téléchargement légal, comme « Reliable Source« , « Universal Libraries« , « Sky of blue« , « Eighty Waves« , « Easter Island« , « I know your name« , « I before E« , « La paloma de la paz« , « Rarified« , « Philae« , « Justice« , « We’ll never dream again« , ainsi que des playlists sur Soundcloud (qui propose des groupes en Creative Commons), mais aussi des labels moins connus comme Danosongs (« Sunspark« ) ou Dramacore avec de la musique à l’accent plus expérimental, mais parfois il arrive qu’on tombe sur une perle rare, comme Ghouliez.

En conclusion, mieux faire face à des lois comme Hadopi (que cette loi nous semble justifiée ou pas, même si l’on n’est pas concernés par les notifications) nécessite de mieux connaître le droit d’auteur et les licences disponibles pour partager une oeuvre. Mais comme beaucoup de gens font encore mal la distinction entre ce que ces lois qualifient de légal ou pas, Hadopi aurait eu sans doute plus de mérite à commencer son travail en éduquant d’abord les usagers Internet aux nombreuses licences qui permettent le partage gratuit et le téléchargement légal en ligne, à nous apprendre davantage tout ce qui est disponible légalement, tout ce qui relève de licences libres, plutôt que de se lancer dans une forme de répression de ceux qui ne respectent pas la loi à travers ces messages négatifs diffusés dans les médias.

En outre, une loi comme Hadopi nous fait mieux prendre conscience de l’utilité des licences libres et Creative Commons pour sortir du système qui tend à criminaliser le partage gratuit et le téléchargement en ligne de la culture dans certains cas précis. Les licences libres mènent la société vers plus de progrès culturel et scientifique. Du côté culturel, ces licences permettent d’effacer durablement les inégalités entre des populations qui ont accès à la culture et les populations qui, pour des raisons économiques, n’ont pas toujours accès à cette culture et n’ont pas les moyens d’en consommer. Mais du côté de la science, les licences libres pourraient impacter encore plus durablement le monde, plus que pour la sphère culturelle: si des vaccins ou des médicaments étaient partagés en licence libre, par exemple, on en verrait vite les bénéfices pour des pays qui n’ont pas assez d’argent pour soigner leur population, qui pourraient recréer ces médicaments à tarif abordable (voire gratuitement) et sauver les vies de millions de personnes. Cela créerait moins d’inégalités entre les pays développés et les pays plus pauvres et on pourrait facilement soigner les populations d’un côté à l’autre de la planète. Mais cela relève peut-être d’une utopie de pouvoir partager intégralement le savoir de l’humanité, la culture et la science en licence libre?

kimono

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Comment rendre les hommes politiques français plus vertueux (pour ceux qui ne le sont pas encore)

Alors que nous vivons dans une époque où les scandales politiques font partie de notre quotidien, peut-être qu’il suffirait d’une idée simple pour rendre les hommes politiques français plus vertueux (pour ceux qui ne le sont pas encore): et si on alignait le salaire présidentiel sur le Smic? Au lieu d’augmenter le salaire des présidents ou de le comparer aux salaires internationaux (le salaire du président français actuel est évalué à « 179.000 euros bruts annuels », selon La Tribune), ce serait sans doute plus simple de l’aligner sur le Smic national à 9,76 euros montant horaire au 1er janvier 2017. Comme ça, le jour où le Smic est réévalué, on saura que l’augmentation du salaire présidentiel sera comparable à celle des autres citoyens français et cela créera une forme d’égalité à l’échelle nationale.

Derrière leurs bureaux, les employés, ouvriers, étudiants, chômeurs, retraités, etc – quelle que soit l’origine sociale, chaque citoyen en France pourrait potentiellement se dire qu’il ou elle se sent l’égal(e) d’un(e) président(e) qui serait à leur niveau, qui vivrait avec un salaire semblable et qui vivrait proche de la réalité quotidienne des français. Pourquoi ne pas imaginer que le salaire d’un président puisse être réévalué par rapport au Smic? Aux Etats-Unis, on a bien vu Donald Trump renoncer à son indemnité présidentielle évaluée à 400 000 dollars et cela n ’empêche pas la Maison Blanche de fonctionner normalement et d’intervenir sur la scène politique internationale.

Cela pourrait aussi rendre les représentants politiques plus vertueux, et même si certains d’entre eux le sont déjà (et ne méritent pas d’être comparés à tous ceux qui sont empêtrés dans des scandales), leur image n’en serait que plus vertueuse. Qu’aurait en effet à gagner un président payé au Smic, si ce n’est l’honneur même de servir la nation française et d’oeuvrer pour le bien de son pays, sans aucune prétention à s’enrichir personnellement ou de bénéficier de privilèges que les autres n’ont pas? Pourquoi ne pas rétablir une forme de modestie dans la fonction de président, ainsi qu’une forme d’égalité entre ceux qui ont voté pour un représentant politique et ceux même qui ont été élus et exercent leur fonction au plus haut de l’échelle du pouvoir politique?

Une égalité de salaire donnerait peut-être une image plus noble de la fonction présidentielle, une image désintéressée, donc plus vertueuse. Plus personne ne pourrait dire, par exemple, à un président payé au Smic: « vous faites ce métier pour l’argent, ou pour les privilèges liés à ce métier ». Dans un tel monde, avec un salaire présidentiel aligné sur le Smic, ce genre de remarque n’aurait plus de sens. Mais il y aurait peut-être des polémiques sur d’autres sujets dans ce monde différent du monde actuel, car l’être humain aime les polémiques et pourrait difficilement s’en passer.

Mais si notre blog pouvait poser une question aux candidat(e)s à la présidentielle, ce serait donc la suivante: accepteriez-vous d’être payé(e)s au Smic si vous étiez élu(e)s président(e)? seriez-vous toujours dans la course aux élections présidentielles, si demain le salaire d’un président en France ne valait pas plus que ce que perçoit un employé de bureau, un ouvrier, un retraité, un chauffeur de taxi, un boulanger, un vendeur en magasin, etc? … est-ce qu’un tel salaire changerait votre vision de la politique et votre vision du monde?…

kimono

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