« The World Tomorrow », épisode 1 – Julian Assange interviewe Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah

Image

Février 2012 – (vidéo de l’interview, en anglais et en arabe, en fin d’article)

[Voix off ] Je suis Julian Assange, directeur de la publication de WikiLeaks. Nous avons dévoilé les secrets du monde, attaqués par les puissants. Depuis 500 jours, maintenant, je suis détenu sans mise en examen, mais cela ne nous a pas arrêtés. Aujourd’hui, nous sommes en quête d’idées révolutionnaires qui pourraient changer Le Monde de Demain.

Cette semaine, je suis rejoint par un invité depuis un lieu gardé secret au Liban. Il est l’un des plus extraordinaires personnages du Moyen-Orient. Il a livré de nombreuses batailles armées contre Israël et est maintenant impliqué dans une lutte internationale en Syrie. Je veux savoir : pourquoi est-il qualifié de combattant de la Liberté par des millions de gens, et en même temps traité de terroriste par des millions d’autres. C’est sa première interview à l’Ouest depuis la guerre israélo-libanaise de 2006. Son parti, le Hezbollah, est membre du gouvernement libanais. Il en est le chef, Sayyed Hassan Nasrallah.

JA : Êtes-vous prêt ?…Quelle est votre vision du futur d’Israël et de la Palestine ? Qu’est ce que le Hezbollah considérerait comme une victoire ? Et, si vous obteniez cette victoire, désarmeriez-vous ?

SHN : L’État d’Israël n’est pas un…c’est un État illégal, c’est un État qui a été établi sur la base de l’occupation des territoires des autres, l’usurpation des territoires des autres, le contrôle par la force des territoires des autres, en commettant des massacres contre les Palestiniens qui ont été expulsés, et ceci inclut aussi des Musulmans et des Chrétiens, donc pour cette raison, la justice est…la justice reste…reste dans le fait que, même passé dix ans, le passage du temps ne transforme pas la justice en…ne nie pas la justice. Si c’est ma maison…mettons votre maison…et je viens, et je l’occupe par la force, elle ne devient pas mienne en 50 ou 100 ans juste parce que je suis plus fort que vous et que j’ai été capable de l’occuper, cela ne me donne pas…cela ne légalise pas ma possession de votre maison. Du moins, ceci est notre point de vue idéologique, et notre point de vue légal, et nous croyons que la Palestine appartient au peuple palestinien. Mais, si nous voulions combiner l’idéologie et la loi avec les réalités politiques, et les mettre en relation sur le terrain, nous pourrions dire que la seule solution est que nous ne voulons tuer personne, nous ne voulons traiter personne injustement , nous voulons que la justice soit restaurée pour… et la seule solution est l’établissement d’un État, un État sur le territoire de la Palestine dans lequel les Musulmans, les Juifs et les Chrétiens vivent en paix dans un État démocratique. Toute autre solution ne serait simplement pas viable, et ne sera pas soutenable.

JA : Israël dit que le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël dans des zones civiles – est-ce vrai ?

SHN : Tout au long des années passées, et même depuis 1948, quand l’État d’Israël a été créé sur le territoire de la Palestine, les forces israéliennes ont bombardé des civils, des civils libanais, et des villages libanais et des bourgades libanaises. Dans les années de résistance, c’est à dire entre 1982 et…92. Après dix ans de résistance, nous avons commencé à réagir – mais purement et seulement et strictement pour empêcher Israël de bombarder nos civils. Ainsi donc, en 1993, il y a eu une entente, elle était tacite entre la résistance et Israël, et cette entente a été réaffirmée en 1996, et cette entente implique que les deux côtés évitent de bombarder des civils, et nous avons toujours dit « si vous ne bombardez pas nos bourgs et nos villages, nous ne ferons rien à vos bourgs et vos villages » Ainsi, voyez-vous, le Hezbollah a recouru à cette méthode après de longues années d’agression contre des civils libanais, et son objectif est purement d’instituer une sorte d’équilibre de dissuasion pour empêcher Israël de tuer des civils libanais.

JA : Selon les télégrammes diplomatiques de WikiLeaks provenant de l’ambassade des États-Unis au Liban, vous auriez dit que vous étiez choqué par le degré de corruption que les membres du Hezbollah sont en train d’atteindre. Ils disent que vous avez dit « Que sommes-nous devenus ? » parce que certains membres du Hezbollah roulent dans des 4X4, des grosses voitures, portent des tenues en soie, achètent de la nourriture à emporter. Est-ce une conséquence naturelle de l’intégration du Hezbollah dans le système politique électoral libanais ?

SHN : D’abord, ce qu’ils disent à ce sujet n’est pas correct . Cela fait partie des rumeurs qu’ils ont voulu utiliser pour discréditer le Hezbollah et nuire à son image. Cela fait bien entendu partie de la guerre des médias contre nous. Vous savez qu’ils parlent de nous, ils disent que nous agissons, vous savez, comme des organisations mafieuses, et euh, avec des trafics de drogue dans le monde entier, ce qui cependant dans notre religion et notre morale est absolument l’un des interdits les plus ultimes, c’est quelque chose contre quoi nous nous battons. Ils disent un tas de choses qui sont sans fondement, et je veux ici vous affirmer que cela n’est pas vrai.

En second lieu, ce qu’ils ont dit récemment, je dirais que c’est juste très….C’est un phénomène limité, et sa raison est qu’il y a, vous savez, des familles riches qui n’étaient pas…..qui dans le passé ne soutenaient pas le Hezbollah, ou ne soutenaient pas sa ligne, ni son idéologie ni son programme . Vous savez, quand, après l’an 2000, quand la résistance au Liban et le Hezbollah, – et le Hezbollah est la composante principale de la résistance -, arrivèrent à libérer le sud Liban, cela a été vu comme une sorte de miracle, cela a créé un grand choc dans la société libanaise, parce que, comment un petit groupe comme celui-là avait-il pu se dresser pendant 33 jours en face de la plus grande, la plus puissante armée de la région, et sans être vaincu ? Ainsi, des composantes de la société commencèrent à se considérer elles-mêmes comme pro-Hezbollah ou des soutiens au Hezbollah, et elles viennent de, vous voyez…de milieux aisés qui vivent une vie facile avec leurs capacités financières, et ainsi, voyez-vous, c’est c’est… Ils disent que ce phénomène a pénétré le Hezbollah, mais ce n’est pas vrai – je dis cela vraiment en confiance avec les informations qui me sont disponibles – ce n’est vraiment pas un problème auquel nous devons remédier.

JA : Pourquoi avez-vous soutenu le Printemps Arabe en Tunisie, au Yémen,….en Égypte et dans d’autres pays, mais pas en Syrie ?

SHN: Les raisons sont claires. D’abord, c’est que…Originairement, parce que, en principe, nous ne voulons pas nous ingérer dans la politique intérieure des États arabes. Cela a toujours été notre politique. Il y a eu des événements dans le monde arabe…qui ont été très sérieux et très importants, au point que personne, aucun parti, aucun mouvement, ne peut s’abstenir de prendre position par rapport à eux. En Syrie, tout le monde sait que le régime de Bachar al-Assad a soutenu la résistance au Liban, soutenu la résistance en Palestine, il ne s’est pas couché sous la pression israélienne et américaine, aussi, c’est un régime qui sert très bien la cause palestinienne. Ce à quoi nous appelons pour la Syrie est la négociation…c’est le dialogue, c’est la réforme, et que les réformes soient engagées, parce que, l’alternative à cela, à cause des diversités en Syrie, à cause du caractère sensible des situations en Syrie, l’alternative est de pousser la Syrie dans une guerre civile, et c’est exactement ce qu’Israël et les États-Unis veulent en Syrie.

JA : Sayyed, pendant le week-end, plus de 100 personnes ont été tuées à Homs, y compris une journaliste avec qui j’avais déjeuné il y a un an, Mary Colvin. Je peux comprendre votre logique quand vous dites que nous ne pouvons pas juste détruire un pays sans raison et qu’il est préférable de réformer un pays si possible. Mais le Hezbollah a-t-il une limite à ne pas dépasser ? S’il y a 100 000 personnes tuées, un million de personnes tuées, quand le Hezbollah dira-t-il que cela suffit ?

SHN: Depuis le début des événements en Syrie, nous avons eu des contacts – des contacts constants – avec les dirigeants syriens, et nous avons parlé en amis, échangeant des avis sur l’importance de mettre en œuvre des réformes depuis le tout début. J’ai personnellement trouvé que le Président Assad était très désireux de mettre en place des réformes radicales et importantes, et ceci nous a rassurés, euh… eu égard aux positions que nous avions prises. En plus d’une occasion, publiquement, j’ai fait des discours où j’ai dit ceci – et ceci exactement – et dans mes rencontres avec divers hommes politiques libanais, arabes, ou autres, je leur ai dit la même chose : Que je suis sûr que le Président Assad veut la réforme et veut engager des réformes, des réformes réalistes et authentiques, mais l’opposition doit accepter le dialogue.

Je dirais plus que cela, et c’est la première fois que je le dis, nous avons même contacté des éléments de l’opposition pour les y encourager et faciliter le processus de dialogue avec le régime. Mais eux, ils ont rejeté le dialogue, et depuis le tout début, nous avons eu un régime qui veut accepter des réformes et est prêt au dialogue. De l’autre côté, vous avez une opposition qui n’est pas prête au dialogue et qui… n’est pas prête a accepter de… d’accepter les réformes, tout ce que l’opposition veut, c’est de renverser le régime, donc, nous avons un problème… Autre chose, ce qui est en train d’arriver en Syrie doit être… nous devons le regarder avec deux yeux, pas seulement d’un seul point de vue. Les groupes armés en Syrie ont tué beaucoup de civils.

JA : Comment voyez-vous l’évolution de la situation en Syrie ? Que devrions-nous faire pour arrêter les tueries ? Vous avez parlé de dialogue, et le dialogue est une chose dont il est facile de parler, mais y a-t-il des mesures pratiques pour arrêter… le bain de sang qui a lieu en Syrie ?

SHN: Pour la question précédente, il y a quelque chose que je n’ai pas mentionné, et je vais l’ajouter à cette réponse. Il y a certainement des États qui offrent de l’argent, qui procurent de l’argent, qui procurent des armes, qui encouragent les combats à l’intérieur de la Syrie, et certains de ces États sont  des … pays arabes, et il y a aussi des pays non-arabes. Premier point. Il y a aussi une situ… euh, un fait préoccupant également, qui est confirmé, et nous avons tous entendu Dr Ayman al-Zawahiri, le leader d’ al-Qaïda quand il…. quand il a appelé au combat en Syrie, au… au…. aux armes en Syrie, alors il y a des combattants d’al-Qaïda qui sont arrivés en Syrie, et d’autres qui sont… qui les suivent, de plusieurs pays, et ils sont en train d’essayer de faire de la Syrie un champ de bataille.

Donc, les pays qui procurent des armes et de l’argent devraient être capables d’amener les groupes d’opposition qu’ils soutiennent à s’asseoir à la table des négociations et résoudre les choses politiquement. J’ai dit cela il y a quelques jours, certains pays arabes sont prêts… prêts à avoir dix ans….à s’engager dans des discussions politiques avec Israël pendant des dizaines d’années non stop, malgré tout ce qu’Israël a fait dans la région, mais ils n’accorderont pas un an ou deux ans – voire juste quelques mois – pour une solution politique en Syrie, et cela n’a absolument aucun sens et c’est injuste.

JA : Seriez vous disposé à exercer une médiation entre ces groupes d’opposition et le régime d’Assad? Les gens savent que vous n’êtes pas un agent des États-Unis, ou d’Arabie Saoudite, ou d’Israël, mais croiront-ils que vous n’êtes pas un agent du régime d’Assad ? S’ils peuvent en être convaincus, accepteriez-vous de négocier la paix ?

SHN: L’expérience de trente ans d’existence du Hezbollah prouve qu’il est un ami de la Syrie, et non un agent de la Syrie. Vous savez, il y a eu des périodes de la vie politique libanaise pendant lesquelles notre relation avec la Syrie n’était pas bonne. Euh… nous avons eu des problèmes, il y a eu des problèmes entre nous, et ceux qui ont tiré des bénéfices de la politique et de l’influence de la Syrie et du Liban, sont ceux maintenant qui étaient nos opposants quand nous étions sous la pression de la Syrie. Voyons, nous sommes amis, nous ne sommes pas des agents. Le moindre groupe de… l’opposition syrienne sait cela et toutes les forces politiques de la région aussi. Nous sommes amis.

C’est le premier point. En second lieu, quand je dis que nous soutenons une solution politique, alors, très certainement, nous serions heureux de faire tous les efforts ou d’apporter toute contribution pour que cette solution politique voie le jour. Dans le passé, je vous l’ai dit, nous avons contacté certains éléments qui ont refusé d’entrer dans un dialogue avec le régime. Alors, si un de ces groupes voulait dialoguer avec le régime et voulait que nous soyons des intermédiaires dans ce rapprochement, nous serions plus qu’heureux d’avoir ce rôle de médiateurs. Mais nous demandons aux autres de faire, euh… de faire des efforts pour créer cette solution politique.

JA : Je crois que ces groupes d’opposition,… [l’interprète traduit] trouveraient le rôle du Hezbollah plus crédible… si vous disiez que le régime syrien d’Assad… qu’il y a une limite à ne pas dépasser. Est-ce que le régime syrien est libre de faire ce qu’il veut par rapport au Hezbollah ? Ou y a -t-il des choses que le Hezbollah n’accepterait pas ?

SHN : Oui, naturellement, Je pense que le Président Bachar al-Assad s’est donné ces limites, et nos frères en Syrie ont ces limites, et nous réaffirmons ces limites, que nous devrions tous respecter… Mais le problème est qu’il y a des combats qui ont lieu, et par conséquent, quand un côté recule, l’autre avance. Aussi longtemps que la porte pour une solution politique est fermée et verrouillée, cela va… cela va continuer, parce que même si une des parties concède un recul, l’autre va avancer.

JA : La Tunisie a déclaré qu’elle ne reconnaîtrait plus le régime syrien. Pourquoi la Tunisie a-t-elle pris cette position forte pour se désolidariser de la Syrie ?

SHN : Je crois que la position qui a été prise à Tunis ou ailleurs était fondée d’une façon ou d’une autre sur des [inaudible] incomplètes. Je ne dirais pas incorrectes, je dirais des preuves incomplètes.
Naturellement il y a de l’information fausse, incorrecte qui a été présentée aux gouvernements arabes et occidentaux quand on a dit… quand on leur a dit que le régime allait tomber en l’espace de quelques semaines, alors beaucoup d’entre eux ont voulu participer à cette victoire anticipée. Je ne cache pas aussi que je crois que peut-être la raison de quelques-unes de ces positions qui ont été prises… parce que les jeunes nouveaux gouvernements ont dû faire face à de dures épreuves, et que maintenant ce n’est pas le moment d’entrer dans des disputes avec les États-Unis et l’Occident, et des choses comme cela, et qu’il est préférable de les apaiser et d’être avec eux sur beaucoup de ces questions.

JA : Vous avez fondé une chaîne de télévision internationale. Les États-Unis empêchent al Manar de diffuser aux US. En même temps, Les États Unis déclarent être un bastion de la liberté d’expression. Pourquoi, à votre avis, le gouvernement US a-t-il si peur d’al Manar ?

SHN: Ils veulent pouvoir dire aux gens que le Hezbollah est…est une organisation terroriste, qui tue et assassine, mais ils ne veulent pas laisser les gens nous écouter. Par exemple, s’il s’agissait d’ un procès juste, alors, au moins les accusés auraient le droit de se défendre, mais…mais l’administration états-unienne… Nous sommes accusés, mais nous n’avons même pas ce droit le plus élémentaire de nous défendre nous-mêmes, et de donner notre point de vue aux peuples du monde. Ainsi, ils empêchent cette voix de se faire entendre.

JA : Sayyed, en tant que chef de guerre, comment êtes-vous arrivé à garder la cohésion de votre peuple sous le feu ennemi ?

SHN : La chose la plus importante, autant que je puisse dire, est que nous avions un objectif, nous avons déterminé notre objectif. Cet objectif est à la fois humain, moral, basé sur la foi, et patriotique. Il n’y a pas débat. L’objectif est de libérer notre terre de l’occupation. C’est la… c’est la raison originelle, la raison réelle, pour laquelle le Hezbollah a été fondé en premier lieu, et il n’y a aucune discussion là-dessus parmi les Libanais. Nous, nous ne voulions pas être… nous ne voulions pas entrer au gouvernement, nous ne voulions pas lutter pour le pouvoir politique.

La première fois que nous sommes entrés au gouvernement, dans le gouvernement libanais, c’était en 2005, et le but alors n’était pas d’avoir notre part du pouvoir, mais de protéger… de protéger les arrières de la résistance afin que ce gouvernement, le gouvernement qui était entré en fonctions en 2000, ne fasse pas d’actions erronées contre la résistance, nous avions des craintes de cette sorte, et donc, quand vous avez un objectif, un objectif correct, et j’en fais ma priorité, et j’évite toutes les autres rivalités pour la sauvegarde de cet objectif, et jusqu’à maintenant, nous sommes… nous évitons de nous laisser entraîner dans des querelles internes, autant que nous pouvons. Vous pouvez voir qu’il y a beaucoup de questions au Liban sur lesquelles il y a d’énormes discussions et des différences de point de vue. Nous… nous évitons quelquefois de seulement exprimer notre avis ou de prendre position pour ne pas être impliqués dans des querelles. Notre priorité reste la libération de notre terre, et la protection du Liban contre la menace israélienne, car nous croyons que le Liban est encore confronté à cette menace.

JA: Je voudrais revenir sur votre enfance. Vous étiez le fils d’un marchand de fruits et légumes. Quels sont vos premiers souvenirs en tant qu’enfant dans ce foyer au Liban, et ces souvenirs d’enfance affectent-ils votre pensée politique ?

SHN : Naturellement, quand j’étais enfant, quand j’étais un petit enfant, je suis né et j’ai vécu…J’ai vécu 15 ans après ma naissance dans un quartier de Beyrouth Est. Ce quartier avait certaines particularités, et naturellement, l’environnement laisse… une empreinte sur la personnalité de quelqu’un. Une des caractéristiques de ce quartier était que c’était un endroit pauvre. Il y avait des Musulmans, chiites, et il y avait des Musulmans sunnites, il y avait des Chrétiens, il y avait des Arméniens, des Kurdes, et il y avait aussi des Libanais et des Palestiniens, tous ensemble, aussi, je suis né et j’ai vécu dans cet environnement très varié et mélangé. Donc naturellement, cela a fait… cela m’a, en quelque sorte, alerté et préoccupé au sujet de la Palestine, et de l’injustice à laquelle le peuple palestinien avait été soumis, et j’ai réalisé très tôt pourquoi les Palestiniens étaient dans notre quartier, ils avaient tous été expulsés de leurs villages, de Haïfa, d’Acre, de Jérusalem, de Ramallah. Ils étaient… C’était cet environnement-là dans lequel je suis né et où j’ai grandi.

JA: J’ai lu une plaisanterie plutôt amusante que vous avez faite sur le cryptage et le décryptage par les Israéliens. Cela m’intéresse, parce que je suis un expert en cryptage, et WikiLeaks est en proie à une surveillance de tous les instants. Vous souvenez-vous de cette plaisanterie?

SHN : Oui, je parlais de… de la manière dont la simplicité peut mettre en défaut la complexité. Par exemple, les forces israéliennes au Liban utilisent une technologie très sophistiquée, dans leurs armes ou dans leurs télécommunications. La résistance, de l’autre côté, est une résistance populaire, et la plupart des jeunes hommes qui participent sont seulement des villageois ordinaires, et ils viennent de fermes, ou de petits villages, ou de communautés agricoles.

Et ils… ils communiquent avec des talkie-walkies ordinaires, il n’y a rien de compliqué à çà, ce sont des outils simples, mais quand ils utilisent des codes, ils utilisent simplement une sorte de langue qui… l’argot qui est utilisé dans leur village et dans leurs familles, et ainsi, quelqu’un qui écoute… quelqu’un qui écoute à travers les outils de surveillance et avec les ordinateurs qui vont avec… en essayant de décoder cette sorte de langue, ne sera jamais capable de… Ils ne pourront pas facilement trouver ce que cela signifie, à moins d’avoir vécu pendant des années dans ces villages. Ainsi, par exemple, ils utilisent certains mots, juste des termes de village, vous voyez, la marmite, l’âne, ou même des termes propres au village, comme, oui comme, le père du poulet ou quelque chose comme ça, vous voyez, aucun agent de renseignement ou informaticien Israélien ne peut comprendre qui est le père du poulet, et pourquoi il l’appellent comme ça… Mais cela ne vous servira à rien pour WikiLeaks, dans tous les cas d’utiliser (rires) ce dialecte !

JA : Je vous poserai juste une question provocante… mais elle n’est pas politique. Vous avez combattu contre l’hégémonie des États-Unis. Est-ce que Allah ou la notion d’un Dieu n’est pas l’ultime super pouvoir ? Et ne devriez-vous pas, en tant que combattant de la liberté, vous battre aussi pour chercher à libérer les gens du concept totalitaire que représente un Dieu monothéiste ?

[L’interprète ne sait pas trop comment traduire]

SHN : Nous croyons que Dieu, Tout-Puissant, est le créateur de cette existence, des êtres humains, et de toutes les créatures. Quand il nous a créés, il nous a donné des capacités, il nous a donné des corps, il nous a donné des capacités psychologiques et spirituelles, nous appelons cela l’instinct, l’inclination. Les gens qui sont à l’écart… à l’écart des lois religieuses, ont seulement un instinct, mais ils ont l’instinct de dire la vérité, ils ont une inclination… leur inclination leur dit que la vérité est bien, que le mensonge est mal, que la justice est bien, que l’injustice est mal, qu’aider les gens pauvres ou les gens injustement traités et les défendre est une bonne chose, mais qu’attaquer les autres et répandre leur sang est une chose horrible. La question de résister à l’hégémonie états-unienne, ou de résister à l’occupation, ou de résister à toute attaque contre nous ou contre notre peuple, c’est une question morale, une question d’instinct, une question humaine.

Maintenant Dieu a voulu aussi cela ainsi, dans le sens que, les principes moraux et humains sont cohérents avec la loi du paradis, parce que les… les religions d’Abraham ne sont pas apparues avec quoi que ce soit qui contredise l’esprit ou qui contredise l’instinct humain, parce que le créateur de ces religions est aussi le créateur des humains, et les deux choses sont complètement cohérentes.
Même dans un pays donné, même dans une maison ou un pays, s’il y a deux leaders, c’est une cause de ruine, alors comment l’univers pourrait-il durer depuis des millions d’années dans une si belle harmonie et avoir davantage qu’un seul Dieu? S’il y avait plus qu’un Dieu, il aurait été mis en pièces, nous en avons donc la preuve. Nous ne… nous ne nous battons pas pour imposer une croyance religieuse à qui que ce soit. Abraham, le prophète Abraham était toujours en faveur du dialogue, et de la démonstration, et nous sommes tous… nous sommes tous des successeurs de ce prophète.

JA: Merci Sayyed… Merci aussi à nos interprètes.

La version originale est disponible en cliquant sur le lien suivant:

http://worldtomorrow.wikileaks.org/episode-1.html

Lien sur le forum WikiLeaks: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,10877.0.html

Traduit sur WikiLeaks par Irien

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :