Le silence de l’UE sur les réclamations d’Assange

par Ana Palacio, le 23 août 2012 – NOTE: cet article reflète l’opinion circonstanciée de son auteure, et non celle de Wikileaks Actu, qui ne saurait en être tenu pour responsable. Il est traduit et publié à titre d’information – willsummer.

 

Le brouhaha entourant l’octroi de l’asile politique par l’Équateur au fondateur de WikiLeaks Julian Assange a laissé dans l’ombre d’énormes incohérences. C’est seulement en les examinant que nous comprendrons ce qui est réellement en jeu.

Pour commencer, un gouvernement avec une réputation douteuse sur le maintien de la liberté, et de la liberté de la presse en particulier, prend fait et cause pour la règle du droit et la liberté d’expression, tout en provoquant des doutes sur la Suède, un pays qui mène le monde par son respect de la procédure légale et de la loi internationale.

Ce n’est pas tout. Le chef de l’équipe légale d’Assange, Baltasar Garzón, a été un fervent défenseur de l’interprétation la plus étroite de l’asile politique, gagnant une prestance internationale avec sa pétition couronnée de succès pour extrader le dictateur chilien Augusto Pinochet. Maintenant, par contre, il en défend l’exact opposé.

Le refus d’Assange d’être extradé en Suède pour interrogatoire sur des accusations d’agression sexuelle est basé sur l’interférence supposée des USA. Mais aucune telle interférence ne s’est matérialisée. Donc, alors que l’Équateur brandit la bannière de l’anti-colonialisme contre la Grande-Bretagne, la chute de l’histoire en est qu’Assange et le président équatorien Rafael Correa jouent la vieille carte « c’est la faute des Ricains » pour échapper à un mandat d’arrêt international, soutenu par la Cour Suprême britannique.

Au-delà des faits de l’affaire Assange, son sens plus profond repose en l’émergence d’une forme de populisme qui s’habille avec la règle du droit et la loi internationale tout en minant par conséquent la portée de la loi et de son application. La position de l’Équateur sur cette affaire a trouvé un soutien chez d’autrfes membres de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), comprenant Cuba et le Venezuela. Et pourtant, selon Reporters Sans Frontières, l’Équateur se classe 104ème sur 179 pays pour la liberté de la presse en 2011-12. De la même façon, l’Index Freedom House classe l’Équateur comme « partiellement libre ».

Il est également intéressant de noter que le Venezuela, membre leader de l’ALBA, n’est pas mieux noté (117ème sur l’échelle de RSF et aussi « partiellement libre » sur le IFH 2012). Dans un contraste saisissant, la Suède mène le classement de RSF, et est l’un des deux pays auxquels le score « excellent » à la fois sur les libertés politiques et civiles ait été attribué par Freedom House.

RSF et Freedom House ont noté une régression des libertés en Équateur récemment, désignant la campagne persistante des médias envers les critiques des médias, l’usage par son gouvernement de ressources nationales pour influencer un référendum, et la réorganisation du système judiciaire en infraction flagrante des provisions constitutionnelles. Entre-temps, un nouveau rapport sur le Venezuela par l’International Crisis Group dénote des conditions injustes dans les préparatifs des prochaines élections présidentielles et l’absence de conditions équitables dans les médias.

Les déclarations récentes de Correa incarnent ces contradictions. Aussi récemment qu’en mai, il a dit « Le gouvernement essaye de faire quelque chose pour la majorité de la population qui est persécutée par les journalistes, qui pensent que, en ayant un stylo et un micro, ils peuvent diriger leurs ressentiments même envers vous. Ils insultent fréquemment et diffament par pur dédain. Ce sont des médias de masse qui servent des intérêts particuliers. »

Cette déclaration est venue lors d’un échange avec nul autre que Julian Assange pendant une émission télévisée diffusée par la chaîne russe contrôlée par le gouvernement de Vladimir Poutine.

Malheureusement, l’espèce de règle de droit promue par Assange, Correa, et d’autres populistes gagne de plus en plus d’adhérents dans le monde globalisé d’aujourd’hui.

Ceci est dangereux, car leur approche signée est l’application sélective et inconstante de préceptes ou de principes légaux ou quasi-légaux, ce qui est l’exact inverse de la dépendance de la règle du droit sur la prévisibilité et la généralité. En distordant la réalité et en offensant le système juridique suédois, les champions de cette subversion minent les fondations d’un système international qui sert de rempart contre les pulsions totalitaires.

Mais l’aspect le plus étrange de l’affaire Assange est le silence assourdissant de la part de ces acteurs et institutions dont l’existence et la légitimité émanent de la complétude de la règle du droit. Le silence de l’UE est peut-être le plus dérangeant.

Le site Internet du Service d’Action Extérieure Européen contient une pléthore de déclarations sur des sujets allant de la Syrie à Madagascar au Texas, mais une recherche avec le mot-clé « Julian Assange » ne rend qu’une seule entrée datant d’avril sur la réaction à WikiLeaks du leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah. (qui a aussi répondu à une interview de Julian Assange dans « Le Monde Demain », ndt)

En effet, aucun leader européen  – pas plus le verbeux président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, que le toujours-gris président du Conseil de l’Europe, Herman von Rompuy, ou la prudente Haute Représentante pour l’Union dans le domaine des Affaires Étrangères et de la Politique de Sécurité, Catherine Ashton – n’a jugé bon de contrer des attaques sans fondement envers deux états membres. Ou se sont-ils souciés de défendre un outil grandement annoncé et pierre d’achoppement de l’UE – le mandat d’arrêt par lequel le Royaume-Uni détint initialement Julian Assange.

Comment se fait-il que l’UE, beaucoup critiquée pour sa propension aux commentaires et déclarations, soit silencieuse sur un sujet où entendre sa voix non seulement tomberait sous le sens, mais pourrait aussi faire la différence? Qu’elle qu’en soit la raison, il est temps pour que les leaders de l’UE se prononçent.

Ana Palacio, ancienne Ministre espagnole des affaires étrangères et ancienne vice-présidente de la Banque Mondiale, est sur le Conseil d’État espagnol. Copyright: Project Syndicate, 2012

Source: http://www.project-syndicate.org/commentary/julian-assange-s-misrule-of-law-by-ana-palacio

Traduit depuis le web par willsummer

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