Rappel des faits: Quand les préservatifs d’Assange deviennent un enjeu d’information – Viol, ou sexe par surprise?

Article initialement publié le 08/12/2010 – Gilles Klein, 12/08/2012

Son préservatif a-t-il craqué ? A-t-il refusé d’en remettre un ? Quelles sont les motivations de ses partenaires féminines ? La presse britannique, et quelques sites et blogs français, commencent à détailler les charges suédoises qui pèsent contre Julien Assange. Ces accusations à caractère sexuel ont été présentées le 7 décembre devant un tribunal londonien par les autorités suédoises, ce qui a conduit le juge Howard Riddle à placer le porte-parole de Wikileaks en détention à Londres jusqu’au 14 décembre, en attendant un jugement sur son éventuelle extradition.

Compte-tenu des enjeux géopolitiques de l’affaire, chaque détail de ces faits intimes va certainement devenir, dans les prochains jours, un âpre enjeu d’information.

Le Daily Mail du mardi 7 décembre raconte longuement de manière un peu confuse le parcours d’Assange en Suède (le journal avait déja résumé le 29 août dernier l’histoire d’Assange avec ces deux femmes).

Assange (39 ans) est arrivé le 11 août à Stockholm pour une conférence. Son point de contact était Miss A. qui ne l’avait jamais rencontré auparavant. Elle lui avait proposé de l’héberger dans son petit appartement de Stockholm. Là, ils auraient eu une relation sexuelle librement consentie, au cours de laquelle un préservatif se serait rompu.

Miss A. (de son vrai nom, Anna Ardin) a été une militante connue pour sa lutte pour l’égalité entre les sexes dans son université, certains la présentent comme une féministe convaincue (etLa Tribune de Genève rappelle que Miss A avait publié sur son blog un texte intitulé les 7 étapes de la vengeance légale après une rupture, en janvier 2010). Ardin a une trentaine d’années. Malgré l’incident de la nuit (préservatif rompu), Assange et Ardin restent en bons termes.

Au cours de son intervention publique, Assange remarque une autre personne, une jeune fille d’une vingtaine d’années, Miss W. au premier rang. Il déjeune avec elle, avant de l’accompagner au cinéma, où elle lui fait (librement) une fellation. Le soir, Assange participe à une réception chez Ardin (qui le loge toujours). Lundi 16 août, nouvelle rencontre à Stockholm avec la jeune Miss W. qui habite en dehors de la ville. Assange prend le train (aux frais de la jeune fille, car il dit ne pas avoir d’argent liquide et ne veut pas laisser de trace avec sa carte de crédit) et dort avec elle. Leur relation de la nuit se déroule avec préservatif (sans incident, apparemment). Mais le lendemain matin, il aurait eu une relation sexuelle avec elle sans préservatif alors qu’elle dormait Le mardi, Assange rentre à Stockholm. Miss W. (qui aurait payé son billet de retour) lui aurait demandé si elle pouvait le rappeler, il aurait répondu oui, mais n’aurait finalement jamais retourné ses appels. Miss W
Assange à la tribune, Miss W. (blonde queue de cheval) au premier plan visage flouté

Les deux femmes, qui se sont rencontrées lors de la réunion publique du samedi, se téléphonent et parlent de leur aventure respective avec Assange. Ardin aurait alors demandé à Assange de quitter son appartement pour dormir ailleurs. Il aurait refusé. Les deux femmes lui auraient demandé, en outre, de faire un test de détection de maladies sexuelles, mais il aurait également refusé. Le vendredi 20 août, les deux femmes se rendent au commissariat pour évoquer des rapports sexuels non protégés subis lors de leurs nuits avec Assange. C’est cette visite au commissariat qui déclenche l’enquête de la police suédoise, ainsi que le souligne le blogueur hébergé sur le site du Monde, Jean-Marc Manach. La déposition de Miss W devant la police suédoise est notamment diffusée en France sur Rue89.

Daily Mail

Daily Mail mardi 7 décembre 2010

Le Guardian raconte lui aussi les aventures de Miss A et Miss Wet ajoute que Ardin aurait travaillé pour l’ambassade de Suède aux États-Unis, qu’elle aurait fait une thèse sur « Cuba après Castro » financée par des anti-castristes, tous détails qui ne sont évidemment pas indifférents dans l’affaire.The Guardian mercredi 8 décembre 2010 Guardian

Guardian

The Guardian mercredi 8 décembre 2010

The Independent « Assange pourrait être jugé aux USA pour espionnage » titre The Independent, si la Grande Bretagne extradait Assange vers la Suède, et si la Suède recevait ensuite une demande d’extradition des USA.
« Le juge enferme Assange de crainte qu’il ne prenne la fuite. » titre la page 2. »Cette affaire ne doit pas faire oublier ce que Wikileaks nous a appris » titre la page 3 en faisant allusion aux échanges aux détails sur des bavures commises lors des guerres en Irak et en Afghanistan, avant de parler du cas Assange.

« La CIA est connue pour ses campagnes de rumeurs contre les personnes qui osent se mettre en travers de la machine d’Etat des Etats-Unis. Il est possible que les accusations contre Assange en soient un exemple supplémentaire. Mais il y a aussi une longue histoire d’hommes, par ailleurs admirables, qui sont des violeurs et il se peut aussi qu’il s’agisse d’un exemple supplémentaire. Tout ceci doit être vérifié devant un tribunal – et le procès devrait être surveillé de très près pour s’assurer qu’il ne s’agit pas de manipulations ou de menaces. » analyse The Independent en page 3

The Independent

The Independent mercredi 8 décembre 2010

« Mardi, devant la cour anglaise, la représentante des autorités suédoises a détaillé les quatre chefs d’accusation qui ont semblé assez sérieux outre-Manche pour refuser la libération sous caution de Julian Assange » explique Rue89
« • la contrainte sexuelle («tvang» en suédois): Assange est accusé par une première femme -«Miss A» – d’avoir usé du poids de son corps pour la maintenir couchée d’une certaine manière sexuelle, le 14 août; »
« • l’agression sexuelle : Assange aurait fait l’amour avec Miss A sans préservatif alors qu’elle avait exprimé le souhait d’en utiliser un. Selon Me Pernilla Dahlrot, avocate suédoise du barreau de Paris, cet acte peut être qualifié de viol en Suède; »
« • l’agression, encore, pour le «viol de son intégrité sexuelle» le 18 août, soit quatre jours plus tard; »
« • relations sexuelles avec Miss W, le 17 août dans sa maison de Stockholm, sans préservatif alors qu’elle était endormie. D’après l’acte d’accusation, la qualification retenue serait le viol. »
Rue89,

Rue89 cite aussi Christian Diesen, professeur de droit à l’université de Stockholm, interrogé par Libération : « «Aujourd’hui, les femmes en Suède considèrent qu’elles ont le droit de dire “non” à n’importe quel moment d’un rapport et qu’une relation forcée, même sans menace ou violence, est un viol qui doit faire l’objet de poursuites.»

En l’état actuel du dossier, sont donc reprochés à Assange d’avoir imposé des relations sexuelles non protégées (mais le point de savoir si la partenaire a effectivement demandé à Assange de remettre un préservatif sera certainement disputé) et une relation avec une femme endormie. Même si le code pénal suédois, sous réserve de vérifications, qualifie ces faits de viols, cette qualification peut-elle être utilisée par des médias appartenant à des pays dans lesquels le terme a une acception bien différente ?

Source: http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3591

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :