« Quelles sont les origines de l’hacktivisme? », Julian Assange, 23 septembre 2006

L’hacktivisme réel est au moins aussi vieux que le mois d’octobre 1989, lorsque le DOE (Département  US de l’Énergie), et les serveurs VMS du HEPNET et SPAN (NASA) ont été pénétrés par le ver informatique WANK. Ce ver était le deuxième à avoir été libéré, mais sa provenance semblait différente de son ancêtre. Car voyez-vous, un premier ver avait été découvert au sein de la National Security Agency par le cryptographe en chef Robert Morris.

Ce ver informatique qui avait une intention politique courageuse a eu un impact immédiat. WANK a pénétré les machines et changé les écrans de connexion en affichant :

« WORMSCONTRELESTUEURSNUCLÉAIRES
Votre système a été officiellement hacké
Vous parlez de temps de paix pour tous, mais vous préparez la guerre. »

Dans notre livre Underground, Suelette Dreyfus et moi, nous avons pu remonter à la source du ver à Melbourne, en Australie. A l’époque, il avait beaucoup alimenté la Guerre froide et le sentiment anti-nucléaire dans le pays.

L’Australie avait (et a toujours) un certain nombre d’espions américains, et des bases de communications sous-marines nucléaires, dont la plupart étaient des cibles (objectifs) soviétiques. L’Australie ne serait pas autrement une cible nucléaire. Le charismatique ministre des Affaires étrangères soviétique de Gorbatchev, Édouard Chevardnadze a souvent attiré l’attention du peuple australien avant de devenir lui-même le président aimé et honni de la Géorgie.

De plus, en 1984, la Nouvelle-Zélande, un pays avec lequel les Australiens sentent une affinité spéciale, avait sous la présidence de David Lange, fait de la Nouvelle-Zélande, un territoire exempt d’armes nucléaires, écartant l’admission de navires de guerre armés ou alimentés par le nucléaire dans des ports néo-zélandais. En réponse, les Etats-Unis, furieux, ont annulé leur obligation de défense à la Nouvelle-Zélande, et couper les liens de renseignement (ou du moins fait semblant de, voir Nicky Hager et son excellent livre « Pouvoir Secret » pour plus de détails) et intenté un certain nombre de sanctions commerciales contre le pays.

Mais les malheurs nucléaires de la Nouvelle-Zélande ne devaient pas s’arrêter là. À 23h59 dans la nuit du 10 Juillet 1985, le vaisseau-amiral de Greenpeace « Rainbow Warrior », amarré dans le port d’Auckland se prépare à naviguer trois jours vers l’atol de Mururoa pour manifester contre les essais nucléaires français, a été attaqué par des éléments amphibie de la DGSE (services secrets français), tuant le photographe de Greenpeace Fernando Pereira.

Quelques jours plus tard, deux agents de la DGSE, Alain Mafart et Dominique Prieur ont été arrêtés, après une enquête du journaliste australien Chris Masters, ils ont plaidé coupables et ont été condamnés par la Cour Suprême néo-zélandaise à 10 ans. Les autres agents de la DGSE se sont échappés via sous-marin nucléaire français de la côte néo-zélandaise. La France, partenaire significatif de la Nouvelle-Zélande, a immédiatement mis en place des sanctions commerciales contre le pays. En juin 1986, un accord politique fut conclut: la France lèverait les sanctions, payerait quelques millions pour le sang versé, et les deux agents seraient transférés à l’atol de Hao, une base militaire française dans le Pacifique, où ils seraient supposés purger le reste de leur peine.

Cependant, en mai 1988, ils ont tous deux étés ramenés clandestinement en France.

L’examen du code source du ver montre des instructions spécifiques pour éviter d’infecter les machines en Nouvelle-Zélande.

La politique a toujours des conséquences imprévues, mais il ne faut pas oublier que certaines sont des bénédictions!

Julian Assange

Source de la traduction (revue et corrigée): http://www.larevuedesressources.org/the-curious-origins-of-political-hacktivism,2300.html

Post original sur le blog de Julian Assange:
http://web.archive.org/web/20071020051936/http://iq.org/#Whataretheoriginsofhacktivism?
http://www.counterpunch.org/2006/11/25/the-curious-origins-of-political-hacktivism/ (2ème version, avec de légères modifications)

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