La liberté de la presse menacée aux USA par l’attaque du gouvernement contre les lanceurs d’alerte

Lors de l’audience préliminaire de Bradley Manning cette semaine (à l’heure d’écriture de l’article, le 10/01/2013 – ndt), le gouvernement a accentué sa guerre contre les lanceurs d’alerte, plaidant que l’accusation de « secours à l’ennemi » devrait être portée contre quiconque partage du matériel confidentiel avec des journalistes – même s’il s’agit du New York Times. Le Juge Lind a demandé à l’accusation si les charges retenues contre Manning seraient les mêmes si l’on échangeait WikiLeaks par le New York Times, et l’accusation fut prompte à répondre « Oui ».

Jesselyn Radack du Government Accountability Project (Projet pour la Responsabilité du Gouvernement, ndt), écrit que cet argument menace les journalistes autant que les lanceurs d’alerte:

La portée de cette phrase est stupéfiante et devrait alarmer tous les journalistes. Elle rend réelle une chose que j’ai dite depuis longtemps concernant la guerre menée aux lanceurs d’alerte – que l’Espionage Act sera bientôt utilisé pour poursuivre les journalistes, tout comme il sert à taper sur les sources.

Elle souligne que « le raisonnement qui émerge de l’affaire Manning servira de restriction de facto de l’expression politique, qui est au coeur d’une société libre et démocratique » et elle cite le travail d’un auteur néo-conservateur, Gabe Schoenfeld, qui a argué que l’Espionage Act devrait être utilisé pour poursuivre les journalistes. Aussi tiré par les cheveux que cela ait pu paraître à l’époque, Radack commente que c’est exactement ce que le président Obama a fait par sa série fortement médiatisée de poursuites judiciaires à l’encontre de lanceurs d’alerte gouvernementaux. (Lien)

Le gouvernement a donné « Un Dérangeant Avertissement aux Médias à l’Audience de Bradley Manning », écrit Greg Mitchell pour The Nation. Il met l’accent sur l’argument du gouvernement selon lequel qui que ce soit diffusant des informations classées confidentielles à un organe de presse peut et devrait être accusé de « secours à l’ennemi ». Il s’accorde avec Radack sur le fait qu’il s’agit là d’une menace glaçante au journalisme, et il en parcourt certaines réactions de la part des médias « mainstream » (« grands » médias « classiques », ou « consensuels », ndt). (Lien)

Glenn Greenwald demande rhétoriquement pourquoi les sources de la Maison Blanche qui ont diffusé des informations aux journalistes ne sont pas en procès, dans son article « Pourquoi les sources à la Maison Blanche de Bob Woodward – ou Woodward lui-même – ne sont-elles pas à la barre à côté de Bradley Manning? » (Bob Woodward est reporter au Washington Post et a travaillé sur l’affaire du Watergate, ndt) Étant donné que Bradley Manning n’avait aucun désir d’apporter secours à l’ennemi, le fait que le gouvernement essaye de l’en accuser démontre que quiconque expose la malfaisance gouvernementale à un journaliste peut alors être accusé d’avoir secouru l’ennemi.

La théorie est que, même si ce n’était pas son intention, les informations que Manning a dévoilées peuvent aboutir à avoir de la valeur pour l’organisation terroriste: un argument qui s’applique à quasiment toutes les fuites d’informations confidentielles à n’importe quelle organisation médiatique, transformant ainsi le fait classique de lancer l’alerte en un équivalent de trahison.

Il s’interroge pour savoir pourquoi, vue cette attaque significative contre à la fois le journalisme et les lanceurs d’alerte, il se constate si peu d’intérêt de la part des diffuseurs médiatiques mainstream. (Lien)

Il n’y a pas que l’avenir d’un lanceur d’alerte héroïque en jeu, mais aussi celui de la liberté de la presse.

Source: http://www.bradleymanning.org/news/press/update-11013-freedom-of-the-press-threatened-take-action

Traduit depuis le web par Will Summer

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