Sécurité des données, renseignement, société: ce que Wikileaks a changé (ou pas)

Lci.tf1.fr, par Fabrice Aubert, le 03 décembre 2013

Monde: Wikileaks a montré que n’importe qui pouvait désormais facilement révéler au monde entier des informations confidentielles, qu’elles proviennent de secrets d’Etat ou de sociétés privées. Mais, au-delà, qu’a vraiment changé l’affaire Manning?

Des « taupes » donnant aux médias des documents truffés d’informations confidentielles, cela a toujours existé. En 1971, Daniel Ellsberg, un analyste, fournissait ainsi au New York Times des rapports du ministère de la Défense sur l’implication des Etats-Unis au Vietnam. Il avait tout simplement photocopié plus de 7.000 pages de ces « Pentagon papers »!

Wikileaks n’a donc rien inventé. Julian Assange a en revanche facilité le processus, désormais grandement numérique, et renforcé sa caisse de résonance médiatique au niveau mondial. L’affaire Bradley Manning, qui a fourni les câbles diplomatiques du ministère des Affaires étrangères et des rapports sur les guerres en Irak et en Afghanistan, en est aujourd’hui l’exemple le plus frappant.

Sur ce point, plus rien ne sera jamais comme avant pour le journalisme, c’est une certitude. Il doit s’adapter à cette nouvelle donne. C’est en revanche moins évident dans plusieurs domaines, touchés plus ou moins directement par l’émergence du site et les révélations de  Bradley Manning. A l’occasion de la sortie du film « Le Cinquième pouvoir », MYTF1News se penche sur trois d’entre eux.

Wikileaks et la société américaine: un débat entre sécurité et liberté

Comment les Américains, plutôt patriotiques en règle générale, ont-ils perçu l’affaire? « Dans un premier temps, ils ont tout d’abord été sensibles à l’argumentation de l’administration sur la traîtrise du soldat Manning, sans voir la dimension nouvelle de l’affaire et ses implications en matière de sécurité et liberté », analyse pour MYTF1News François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et auteur de l’article L’historien à l’ère de Wikileaks.

« Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont compris l’impossibilité  de l’Etat à garantir une sécurité absolue pour ses citoyens, et donc sa fragilité, même en restreignant les libertés. Ces derniers mois, l’affaire Snowden est venue se greffer à ces interrogations sur le Bien et le Mal ou la patrie et la traîtrise », ajoute-t-il. Résultat: l’opinion publique a évolué sur cette affaire Wikileaks. « Elle est aujourd’hui divisée. Mais pas au sens tranché d’un bloc pour et d’un autre bloc contre. Dans les sondages, selon la question posée ou la formule utilisée, la même personne peut en fait à la fois applaudir Manning ou le critiquer », précise François Durpaire.

Sur un plan plus sociétal, Bradley Manning, homosexuel, a aussi accéléré la fin du « tabou gay » qui régnait dans l’armée américaine. Certes, le « don’t ask, don’t tell », qui permettait aux gays d’exercer dans l’armée à condition de ne pas le révéler, était en cours d’abolition en 2010. « Mais le fait que Manning ait en partie agi pour se venger a permis au processus législatif d’aller plus vite », estime François Durpaire.

Wikileaks et les protections des données: une prise de conscience

Même si la victime est l’armée américaine, qui possède probablement les meilleures défenses informatiques, le monde de la protection des données n’a pourtant pas été fondamentalement surpris. « L’affaire Wilikeaks n’a pas révélé ce que l’on ne connaissait déjà pas en matière de violation de protection de données sur le plan technique. Nous discutions déjà depuis un certain temps de possibles infractions similaires », explique à MYTF1News Lazaro Pejsachowicz, président du Clusif (Club de la sécurité de l’information française), l’association qui regroupe les responsables de sécurité informatique.

Grâce à son retentissement médiatique, l’affaire a eu cependant un mérite selon Lazaro Pejsachowicz: « elle a fait prendre conscience aux dirigeants d’entreprises et d’organismes publics des risques encourus ». « Certes, ils connaissent les dangers. Mais il est leur parfois difficile d’arbitrer sur le plan financier face à d’autres priorités. Notre dialogue avec eux a donc été facilité. Depuis, des projets ont été mis en route plus rapidement qu’ils ne l’auraient été », révèle-t-il.

Lazaro Pejsachowic souligne également que les professionnels de la sécurité ont quant à eux pris conscience que le « monde est une gigantesque database ». Avec pour conséquence de rendre l’information encore plus vulnérable car le risque ne peut être limité au risque technique confiné à l’intérieur de la seule entreprise. « Sur ce point, le maillon faible restera l’humain, rouage essentiel de la sécurité. Sensibiliser le personnel est donc primordial », conseille le patron du Clusif. Rappelons en effet que Bradley Manning était habilité à accéder aux informations qu’il a données à Julian Assange… Tout comme Edward Snowden, qui a révélé l’espionnage de la NSA, pour celles publiées par The Guardian. « Plus globalement, sans faille humaine, il est aujourd’hui très difficile de lancer une attaque ou piratage informatique », martèle Lazaro Pejsachowicz.

Wikileaks et le monde du renseignement: circulez, il n’y a rien à voir

Pour le monde du renseignement, l’affaire Wikileaks n’est tout simplement pas… une affaire. « Certes, elle a eu un retentissement médiatique et ceux qui en sont à l’origine se prennent pour des chevaliers blancs », explique à MYTF1 News Eric Denecé, patron du Centre français sur la recherche et le renseignement (CF2R).

« Mais rappelons que d’un point de vue technique, il ne s’agit pas d’une opération de piratage. C’est tout simplement un homme seul, bénéficiant de certaines habilitations -une lacune-, qui a voulu mettre le bazar pour des raisons personnelles. Le paradoxe, c’est qu’il avait l’intention de nuire. Or, contrairement à Edward Snowden,  il ne l’a pas vraiment fait puisqu’aucune information capitale n’a été révélée. Il aurait pu donner à Julian Assange le carnet intime d’une adolescente, cela aurait eu le même effet. La seule chose que cette affaire a peut-être changée, c’est la manière dont le ministère des Affaires étrangères protège désormais ses télégrammes diplomatiques », ajoute-t-il.

Sur le plan diplomatique justement, en dehors des protestations de circonstances pour la forme à destination de leur opinion publique, Eric Denecé rappelle que cela n’a pas créé de réelles tensions entre les Etats-Unis et leurs alliés. Avant d’avancer une théorie développée dans les milieux du renseignement: beaucoup s’y étonnent de la concomitance entre la publication de ces télégrammes diplomatiques dans lesquels les dictateurs arabes comme Ben Ali apparaissent peu à l’avantage et les révolutions arabes. Les Etats-Unis auraient-ils alors en fait manipulé Manning et Wikileaks pour « préparer » le printemps arabe -ou du moins ont-ils exploité le contenu des révélations ? « Il n’y a pas de preuve, mais cela reste une possibilité », note le patron du CF2R.

Vidéo: Wikileaks: « Tout se sait ou se saura un jour »

Vidéo: Wikileaks, tempête médiatique dans un verre d’eau?

Source: http://lci.tf1.fr/monde/securite-des-donnees-renseignement-societe-ce-que-wikileaks-8322249.html

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1 commentaire

  1. Bonjour,
    Suite à ces affaires de piratage, j’estime que les Hommes d’Etats des quatre coins de la planète feront tout leur possible pour renforcer leur sécurité sur le plan informatique. Toutefois, j’espère que les pirates informatiques ne vont pas employer les mêmes techniques pour pirater les données personnelles des célébrités ou des Hommes d’Etats car s’ils utilisent des méthodes de ce niveau là, les gens auraient peur de l’Internet et de nombreux informaticiens perdront leur travail. Je sais que je vois les choses différemment mais, moi personnellement, cela ne me dit rien de très positif surtout que la situation commence à s’aggraver avec les sites de piratage et tout. Je crois qu’il est temps de commencer la lutte acharnée contre les cybercriminels et cela dans les 5 continents. Quant aux Etats-Unis, peut-être que la révision de la loi sur la liberté individuelle et sur l’espionnage serait la solution. Sinon, il faudra trouver des moyens efficace pour faire taire les ex-employés des agences d’espionnage qui voudrait nuire au gouvernement.

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