Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Lemaillonfaible_jeu_televiseAlors que l’affaire des écoutes Sarkozy bouscule l’opinion publique française, la Turquie, quant à elle, est déjà la proie, depuis fin février, d’un vaste scandale politique qui concerne le 1er ministre Recep Tayyip Erdogan et le système de corruption mis en place dans le pays. Ces deux affaires qui n’ont pas de lien direct ensemble révèlent pourtant des problèmes identiques au sein de nos démocraties: que ce soit en Turquie, ou en France, la corruption au plus haut niveau du pouvoir menace l’équilibre des pouvoirs et peut gravement nuire aux règles fondamentales de la démocratie.

Affaire Sarkozy/Affaire Erdogan: mêmes méthodes, même style de révélations

Même si Nicolas Sarkozy et Recep Tayyip Erdogan ne sont pas accusés des mêmes choses, on peut comparer ces deux personnages dans le fait qu’ils sont tous deux soupçonnés de corruption. Mises en évidence de la même manière, à travers des écoutes téléphoniques diffusées sur Internet, les affaires sont devenues très médiatiques. La manière dont les écoutes Sarkozy sont apparues sur le web rappelle, en effet, l’affaire des écoutes Erdogan en Turquie, puisque là-bas aussi, les écoutes ont été mises en ligne du jour au lendemain dans les médias, sans pouvoir identifier la source exacte des enregistrements. La seule différence, c’est qu’en France, on sait que c’est le conseiller de Nicolas Sarkozy qui avait enregistré les conversations avec un dictaphone, mais néanmoins on ne sait pas qui est à l’origine de la fuite de ces enregistrements dans la presse. En Turquie, les révélations et les écoutes sont apparues sur Twitter, à travers des comptes anonymes, ce qui a conduit Erdogan à appliquer une censure du réseau social.

Nicolas Sarkozy et Erdogan rejettent chacun de leur côté les accusations de corruption, chacun à leur manière: Nicolas Sarkozy choisit de s’exprimer à travers une tribune du Figaro, en s’adressant au public français; tandis qu’Erdogan a rejeté les accusations de corruption portées contre lui  lors d’un meeting, le jeudi 20 mars, et lors d’un autre meeting à Ankara, le 22 mars, en accusant l’opposition politique de « complot contre le gouvernement« .

Sarkozy et Erdogan se débattent à leur manière

Les deux hommes politiques se débattent chacun à leur manière face aux accusations qui les concernent, mais leur méthode consiste notamment à décrédibiliser ces accusations, même si le public aura bien compris que les enjeux de ces affaires sont sérieux et que la mise sur écoutes d’un ex-président ou d’un 1er ministre ne se fait jamais sans raison. Erdogan accuse l’opposition de « comploter contre le gouvernement en coopération avec le mouvement Gulen qu’il a appelé d’organisation terroriste », mais qui pourrait croire la validité de ces paroles? Quel rapport entre la lutte anti-corruption et le terrorisme, M. Erdogan? Tandis que pour dénigrer les écoutes et les procédés de la justice, Sarkozy accuse un système comparable à la Stasi: « Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France. » Toutes ces techniques visent seulement à impressionner l’auditoire, à nous donner le sentiment que ces hommes politiques ont de bons sentiments à notre égard, envers la population, mais leurs paroles ne reposent pas sur des arguments solides.

Quand Sarkozy parle du droit à la « vie privée » dans sa tribune, on aurait bien envie de lui demander: « mais de quel droit à la vie privée, si la justice enquête sur des crimes et des accusations très graves de corruption? » De plus, ne croyez pas que Sarkozy va défendre les citoyens français contre l’espionnage de la NSA: il dénonce l’espionnage pour autant que cela le concerne, mais il n’a jamais pris la parole pour dénoncer l’espionnage massif pratiqué par la NSA, ou même pour défendre Edward Snowden. M. Sarkozy, si vous êtes tellement attaché à la vie privée, pourquoi n’avez-vous pas demandé l’asile politique pour Edward Snowden en France? Si vous êtes un militant de la vie privée, alors soyez plus convaincant aux yeux des français. Mais si vous utilisez le prétexte du droit à la vie privée pour empêcher la justice de faire son travail, alors c’est indigne de votre rôle et de votre passé politique.

Dans les deux cas, il y a visiblement de la mauvaise foi de la part des hommes politiques qui peinent à admettre que la justice puisse faire son travail et que le peuple ait droit à la vérité sur les affaires et les crimes commis dans nos pays respectifs. Rappelons que plusieurs affaires de corruption planent autour de Nicolas Sarkozy, et pas seulement le scandale des écoutes: « les sondages de l’Elysée, l’affaire Bernard Tapie, le financement libyen de la campagne de 2007, le volet financier de l’affaire Karachi », comme le rappelle le Figaro. De son côté, Erdogan est aussi impliqué dans plusieurs affaires.

Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Il est surprenant de voir à quel point des figures du pouvoir peuvent être affaiblies du jour au lendemain par ce genre de révélations retentissantes, alors que ces deux personnages sont plutôt caractérisés par une vision relativement autoritaire du pouvoir. En effet, Sarkozy a renforcé, du temps de sa présidence, les pouvoirs de la police et du parquet, et notamment le contrôle d’Internet, avec « à partir de 2008, des moyens colossaux d’écoute et de surveillance d’Internet, sans autre contrôle que celui du coordonateur du renseignement, un proche du chef de l’Etat », souligne Le Monde. De la même manière, le gouvernement islamo-conservateur dont fait partie Erdogan a aussi voté une loi de contrôle beaucoup plus strict de l’Internet. Même si le contenu n’est pas le même que celui de la loi française, on perçoit bien la volonté du pouvoir à vouloir contrôler la société, à partager une même volonté de contrôler l’information ou de mieux contrôler l’opposition politique, ce qui n’est pas toujours la meilleure des solutions pour améliorer la démocratie. Mais cette volonté de tout contrôler, y compris Internet, ne rend pas ces pouvoirs plus forts. Au contraire, elle en révèle la faiblesse et le manque de compréhension face aux vrais problèmes de la démocratie.

Erdogan, face au scandale de corruption qui a largement affaibli sa crédibilité, a récemment choisi la censure de Twitter, au mépris de tout respect de la liberté d’expression: « Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque des réactions de la communauté internationale », a-t-il déclaré, il y a quelques jours, lors d’un meeting électoral. Il n’a pas manqué d’ajouter: « Ils verront alors la force de la Turquie », comme si les accusations de corruption portées contre sa propre personne étaient un coup porté à la souveraineté de la Turquie. En censurant Twitter, il a conduit et révélé son propre isolement face à la population turque. De la même manière, Sarkozy, dans la décision de publier une tribune médiatique et en attaquant directement le fonctionnement de la justice, un des symboles de la démocratie, a révélé, au contraire, sa faiblesse politique et son isolement face à la population: l’ex-président a tenté de se raccrocher à l’opinion publique comme à une dernière bouée de sauvetage, mais cette tribune n’aura aucun impact sur les enquêtes de la justice. Tout le jeu des politiciens consiste, comme on le voit, à décrédibiliser les accusations portées contre eux, à en éloigner la perspective et en minimiser les conséquences, à essayer de nous faire oublier les fondements de l’accusation, à faire croire que ce sont des rumeurs ou des complots, à faire croire qu’à travers eux, c’est le peuple qui est menacé. Et tout en prétendant dans un langage parfois excessif que les accusations sont fausses ou qu’il n’y a pas de preuves, ils se débattent pourtant dans les médias comme s’ils avaient commis quelque chose.

Ainsi, en tant que citoyens, nous pouvons seulement conseiller à M. Erdogan et à M. Sarkozy de laisser la justice faire son travail. Laissez faire la justice qui, pour le bien de la démocratie, a besoin d’enquêter sur la corruption qui existe dans nos pays, et n’essayez pas de manipuler l’opinion publique, en vous appuyant sur de belles paroles. Les premières victimes de la corruption, c’est le peuple et les citoyens. Nous ne sommes donc pas là pour soutenir le droit ou non à la vie privée de M. Sarkozy et M. Erdogan. Nous ne sommes pas là pour les protéger de ce qu’ils ont pu faire dans l’exercice de leur pouvoir. Nous ne sommes pas là pour empêcher la justice de faire son travail, mais au contraire nous soutenons le droit à la vérité. Les citoyens ne croient plus à la rhétorique. Le temps des rhéteurs qui enseignaient l’art de persuader dans l’antiquité est fini. Il n’est plus question de charmer l’auditoire, mais de pouvoir apporter des preuves et des arguments véritables.

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