Un militant du Bahreïn arrêté pour avoir dénoncé le rôle de son pays dans la montée de l’Etat Islamique

220px-Nabeel_Rajab_at_his_officeNabeel Rajab, militant des droits de l’homme au Bahreïn, a été arrêté le 1er octobre pour un tweet qui a déplu aux autorités de son pays. Sans doute habitué aux arrestations et aux réactions excessives de son gouvernement, dans un monde incompréhensible où les réseaux sociaux ont été créés pour la liberté de tous mais où même l’informatique ne peut résoudre l’obscurantisme de certains esprits qui nous gouvernent, Nabeel Rajab a été « convoqué pour expliquer des tweets offensants », d’après un communiqué officiel. Dans ce tweet, « il affirme que d’anciens membres des services de sécurité du Bahreïn sont partis se battre en Syrie, dans les rangs de l’organisation Etat Islamique » (RFI) et il soulève ainsi un problème plus large concernant l’Etat Islamique, celui du rôle de certains gouvernements dans la montée du terrorisme au Moyen-Orient.

« Beaucoup de Bahreïniens qui ont rejoint le terrorisme et l’Etat islamique viennent des institutions sécuritaires. Elles ont été leur premier incubateur idéologique » (Source: Twitter)

Il est étonnant de voir que cette arrestation de Nabeel Rajab n’a pas été largement relayée dans les médias occidentaux, y compris les grandes chaînes audiovisuelles, comme un signe de soutien à toute forme de liberté d’expression, et que l’attention des journalistes se soit uniquement focalisée sur les frappes aériennes et le conflit avec la Turquie. Tout au plus, peut-on trouver le communiqué d’Amnesty International qui appelle à sa libération et celui de RSF qui condamne son arrestation arbitraire. Mais du côté des gouvernements et des institutions internationales, c’est le grand silence. Aucun communiqué ne semble avoir été publié.

Pourquoi les gouvernements européens n’apportent pas un soutien médiatique et politique à Nabeel Rajab, un militant qui a soulevé une question importante sur l’origine et la montée de l’Etat Islamique? Pourquoi n’y a-t-il pas d’appui direct pour soutenir ces voix dissidentes qui se font arrêter dans des pays qui prétendent lutter contre l’Etat Islamique, mais qui en contrepartie arrêtent toute personne qui remet en cause la logique de ce gouvernement? Des personnes comme Nabeel Rajab devraient être au centre du débat sur l’Etat Islamique, car son exemple prouve que des pays participant à la coalition anti-Etat Islamique censurent eux-mêmes leurs propres citoyens. Comment croire de ce fait à la sincérité et à l’efficacité d’une telle coalition, quand la base même de ce débat est censuré?

Alors que les Etats-Unis ont mené des frappes contre les positions de l’Etat Islamique à Kobané, ces derniers jours, et que la coalition internationale s’est réunie à Washington pour discuter de ce qui se passe au Moyen-Orient, avec parmi eux des pays qui ont des intérêts directs dans cette région du monde, à savoir l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Bahreïn et les Emirats arabes unis, on constate parallèlement peu de soutien et peu de volonté de prise de conscience internationale face à l’origine de cette crise militaire et politique qui plonge dans le chaos l’Irak et la Syrie. La censure du débat sur la montée de l’Etat Islamique et l’arrestation de certains dissidents au Bahreïn n’aidera pas à résoudre ce conflit, qui est devenu trop complexe aujourd’hui pour que seule l’élite gouvernementale puisse choisir et diriger le destin de populations entières dans une situation aussi grave.

Résoudre un conflit lié au terrorisme et à une guerre qui semble s’étendre sur toutes les frontières, cela passe aussi par l’information des citoyens et par le débat sur les vraies origines de ce conflit, un débat critique où chaque pays devrait admettre son rôle dans la montée de l’Etat Islamique. Ce n’est pas uniquement un problème de terrorisme. C’est aussi, par exemple, le problème face à la vente des armes au Moyen-Orient, le fait que des pays occidentaux vendent de plus en plus d’armes comme seule méthode pour apaiser des régions en guerre, et le fait qu’un groupe terroriste ait pu s’emparer d’armes sophistiquées à grande échelle.

D’autre part, beaucoup d’armes ont été vendues à des pays qui ne sont pas encore des modèles à suivre en matière de droits de l’homme: que ce soit la Syrie, l’Irak ou d’autres pays confrontés à des rébellions et à des guerres civiles, les gouvernements occidentaux devraient d’autant plus s’interroger sur le sens réel du commerce des armes, quand on sait qu’il faudra deux fois plus d’armement pour arrêter des groupes faisant un usage démesuré de la violence face à des populations civiles.

Il faut peut-être remettre en cause le commerce des armes à un niveau international. Nos démocraties sont sans doute encore trop soumises au pouvoir de l’industrie de l’armement, mais l’armement et la défense ne doivent pas devenir les buts de nos démocraties et ne doivent pas s’imposer comme une logique gouvernementale dans le monde. De la même manière que les technologies de surveillance ne résoudront pas les problèmes de pauvreté et la corruption, il faut trouver d’autres objectifs plus nobles pour nos démocraties. Il faut se détourner de cette logique de l’armement qui ne fait qu’augmenter les guerres et le terrorisme dans le monde. Il faut remettre en cause les profits des sociétés d’armement qui, au lieu d’oeuvrer pour le bien de l’humanité, ne font que contribuer à sa destruction.

Il ne s’agit pas pour une société ou un gouvernement de faire des profits rapides et de développer des technologies militaires pour imposer sa suprématie politique dans le monde. Il ne s’agit pas de montrer qu’un pays est capable de produire des milliers d’armes nucléaires ou des quantités infinies de substances chimiques, car la sophistication des armes n’est pas un signe de progrès de l’humanité ni un signe que nos sociétés seraient devenues plus démocratiques que dans le passé. Nos gouvernements sont déjà capables de produire des armes à l’infini, mais parallèlement ils n’ont toujours pas appris à dialoguer entre eux de manière pacifique et ils n’ont toujours pas appris à privilégier la diplomatie et la négociation y compris dans la résolution de conflits liés au terrorisme. En témoigne la situation actuelle dans le monde.

Le chaos actuel au Moyen-Orient témoigne à quel point les Etats-Unis et les grandes puissances sont incapables de s’entendre sur une stratégie pour sortir de cette guerre et à quel point les gouvernements du Moyen-Orient ont du mal à sortir de l’opposition entre les régimes chiites et les régimes sunnites, à dépasser leur intérêt national et leur intérêt individuel pour penser à l’intérêt de tous les pays. Mais c’est aussi la faute de nos gouvernements en Occident qui n’ont pas su imposer leur vision d’une démocratie égalitaire et qui n’ont pas su demander à ces pays de faire plus d’efforts pour améliorer la situation des droits de l’homme, alors que cette chose était tout à fait à leur portée.

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