Gandhi au pays de l’Etat Islamique, ou comment enseigner la non-violence à des terroristes (fiction politique)

800px-Syrian_Desert_(5079168819)Gandhi reposait dans sa tombe depuis de nombreuses années… Le corps inerte de celui qui avait rêvé de la non-violence et d’une révolution pacifique dans le monde fut réveillé un jour par des cris inhumains et des prières qui venaient de tous les coins de la terre, des appels à l’aide qui demandaient que la paix revienne enfin et que l’on arrête les meurtres et les destructions. Cette chose qui empêcha Gandhi de profiter du repos éternel était appelée l’Etat Islamique. Au plus haut du ciel, montaient le bruit des bombes et la souffrance des êtres humains. Et si l’existence des anges pouvait être prouvée, alors ceux-ci étaient sans doute en train de lancer une alerte dans l’univers contre toute cette violence.

Effrayé et impuissant, Dieu convoqua Gandhi qui reposait dans sa tombe. Il lui dit: « Je te redonne la vie et je t’envoie sur terre pour aller enseigner la paix et la non-violence à l’Etat Islamique. Apprends-leur ce que tu sais. Si tu n’arrives pas à pacifier la terre, je détruirai l’humanité pour toujours, car depuis des milliers d’années j’ai essayé en vain d’améliorer l’espèce humaine, mais encore une fois, je constate mon échec millénaire. »

Gandhi prit peur. Pourquoi devrait-il aller là-bas? Tout avait changé sur terre. Le monde était bien plus cruel qu’à l’époque où il avait vécu.

Dieu lui répondit: « A quoi te sert de vivre dans l’éternité? à quoi te sert toute cette paix éternelle où tu reposes dans les nuages? tu as déjà atteint la sagesse ultime, tu as la connaissance de l’infini et la maîtrise de ce qui est juste, que veux-tu de plus? ne veux-tu pas partager avec eux la paix et l’éternité, leur ouvrir les portes du savoir, les guider vers la justice, maintenant que tu sais exactement ce que c’est? Ne veux-tu pas pacifier le monde avec tes paroles, comme tu l’as fait dans le passé? »

Gandhi comprit qu’il n’avait pas le choix face à tant d’arguments. Il fit battre ses ailes, soupira légèrement et se posa sur un nuage.

Dieu souffla sur lui. Il fit disparaître ses ailes. Il lui redonna une forme humaine. Il lui redonna un corps, il réactiva son cœur et réchauffa son sang, pour qu’il puisse redevenir comme les hommes qui vivent sur la terre. Il le fit descendre là où régnait une violence sans nom, sur ce territoire sans frontières où les armes et les bombes avaient remplacé les rires des enfants, les chants des femmes et les paroles des poètes.

Gandhi, dans un souffle divin, arriva sur terre, au milieu d’un désert syrien — sans ses livres et sans aucune idée de ce qu’il allait dire aux terroristes de l’Etat Islamique. Il se rappelait vaguement de ses discours qu’il avait prononcés il y a très longtemps, dans une autre vie, sur la non-violence. Mais il ne se souvenait plus très bien de ses discours. Peut-être que c’était mieux ainsi, car en les oubliant, cela le forçait à réinventer ses idées et à redevenir un créateur. Maintenant, comment parler à des terroristes? Qui étaient donc ces terroristes? La plupart d’entre eux furent des enfants et des êtres qui partageaient des rêves d’un monde meilleur, avant d’avoir sombré dans la folie du terrorisme. Gandhi considérait que le terrorisme était une forme de suicide, un suicide de la conscience, un renoncement à l’humanité. Et selon lui, il n’y avait que deux chemins dans la vie: celui de la violence et de la guerre qui ne mène qu’à la destruction, et celui de la paix et de la révolution pacifique qui mène à un monde meilleur. Et tandis que le chemin de la violence ne s’appuie que sur les armes et la guerre pour arriver à son but, celui de la paix avance par le dialogue, l’intelligence et la conviction des idées.

Dieu avait donné à Gandhi la capacité de comprendre parfaitement la langue arabe, pour qu’il puisse parler à tous les hommes et à tous les habitants de cette région du monde. Ainsi, Gandhi n’aurait aucun problème pour enseigner la non-violence aux terroristes de l’Etat Islamique. En même temps que son âme revenue à la vie, tous ses rêves de révolution pacifique étaient aussi revenus à la vie avec lui. Ce qui n’avait pas été possible dans le passé le serait peut-être aujourd’hui. Peut-être que le monde entier allait enfin renoncer à la violence et aux guerres, si seulement son enseignement était enfin écouté et apprécié à sa juste valeur. Et comme il était déjà mort une fois, il savait qu’il n’avait plus peur de la mort et de mourir pour ses idées.

Gandhi arriva aux portes de la ville de Raqqa. Un frisson lui parcourut les épaules. Il n’avait pourtant pas vu ces milliers d’images et de vidéos que les gens voyaient chaque jour sur Internet. Il était couvert d’un châle de couleur jaune. Il avait des lunettes et il scrutait l’horizon. Le soleil de Raqqa en Syrie lui rappelait le soleil qu’il avait vu en Inde.

Soudain, une voiture arriva pour le contrôler parce qu’il n’avait pas l’habit conventionnel. La police de l’Etat Islamique le remarqua tout de suite avec son habit indien jaune vif. Le jaune, c’était plutôt mal vu ici, surtout pour un homme. On aurait pu l’accuser d’homosexualité. Gandhi expliqua qu’il était musulman, qu’il venait de l’Inde et qu’il voulait servir la paix au nom de Dieu et qu’il venait enseigner la révolution pacifique dans le monde.

Avec ses belles paroles, Gandhi ajouta: « mais une révolution sans les armes — car on m’a confié une mission pour enseigner la paix et la non-violence à l’Etat Islamique. Je vous apprendrai comment régner avec le cœur, et non par les armes, à régner avec les idées, plutôt que par la guerre, et vous verrez qu’ainsi le monde musulman sera rassemblé dans la paix pour les années à venir, si vous faites les bons choix ». La brigade de police de l’Etat Islamique l’écoutait avec attention.

Gandhi saisit sa chance pour continuer son discours:

« Je veux vous enseigner la non-violence comme un moyen d’unifier le Moyen-Orient et de pacifier le monde musulman, car le monde musulman est déchiré depuis de trop nombreuses années; je veux vous enseigner la non-violence pour rassembler les foules et pour unir les chiites et les sunnites qui ne sont qu’un seul peuple, le peuple musulman, et je veux vous enseigner la paix comme le seul outil de la victoire, et la révolution pacifique comme le seul outil de votre volonté — et je vous enseignerai la victoire sans les armes, et je vous enseignerai la vraie justice: celle qui vient du cœur. Car la vraie justice règne sur l’intelligence des hommes, et elle n’a recours à aucune violence ni à aucun crime. Le jour où vous aurez renoncé à la violence et aux armes, vous aurez ramené la paix sur la terre et vous aurez rassemblé le monde musulman. Renoncez à la violence, et la paix reviendra sur terre en un seul jour et elle se lèvera comme un soleil sur votre pays, en réchauffant les âmes de ceux que vous avez perdus et de tous ceux que vous aimiez et qui sont morts dans les combats. La guerre, c’est le retour vers le passé. La guerre, c’est le temps disparu. La seule réalité, c’est la paix. Le seul présent, c’est celui d’un monde pacifié. »

La brigade de l’Etat Islamique l’embarqua dans la voiture et l’emmena auprès du Calife pour que Gandhi explique son charabia idéologique.

Gandhi fut très content d’avoir touché la sensibilité des terroristes et il se dit que c’était un bon début. Ça ne pouvait pas mieux commencer. Ses mots avaient touché le fond de leurs cœurs. Son discours avait changé quelque chose dans leurs regards.

Une fois devant le Calife, Gandhi dut expliquer à nouveau ses idées. Il répéta tout ce qu’il avait déjà dit auparavant, avec encore plus d’espoir et de conviction que le monde pouvait changer grâce à la non-violence. Oui, le monde pouvait changer en un seul jour. Il commença à enseigner dès le lendemain matin.

Il eut une chambre privée, avec un brigadier à l’entrée qui devait l’accompagner partout où il voulait aller et qui lui servait de guide dans la cité islamique.

Le lendemain matin, Gandhi arriva dans le bâtiment de l’université où était enseigné l’islam. On le surnomma « l’Arabe jaune », à cause de son vêtement au style particulier. Malgré les mesures sévères, il fut autorisé à porter son habit traditionnel.

Gandhi entra dans la salle de cours. Il dit aux hommes de l’Etat Islamique de sortir du bâtiment. « Nous allons étudier dehors, à la lumière du soleil: car le soleil, c’est le symbole de la vérité. Dieu est la lumière, et il est la vérité. Ainsi, toute vérité ne peut être enseignée qu’à la lumière du soleil, et non plus à l’intérieur de vos bâtiments. C’est ainsi que naîtra la vérité dans le monde. »

Et Gandhi leur dit encore, à ces hommes de l’Etat Islamique: « Tout comme Zarathoustra est, un jour, descendu parmi les hommes pour leur enseigner le surhumain, moi je descends parmi les terroristes pour vous enseigner la non-violence, c’est-à-dire que je vous enseigne à dépasser votre condition, en renonçant à tous vos instincts violents et primitifs, pour devenir des êtres supérieurs dont le seul but dans la vie sera de mener une révolution pacifique dans le monde entier. Libérez vos esprits, libérez-vous du terrorisme, libérez-vous de tout ce qui empêche vos âmes de voler vers la paix. »

« Ici, au milieu des sables du désert, là où vous avez exécuté des prisonniers et des innocents, rappelez-vous du message implacable de la vérité, de cette vérité qui règne au-dessus de vos têtes comme la lumière du soleil. »

« Personne n’est éternel sur cette terre. Le soleil brille, et la vie est notre destin. Mais au bout, chacun devra affronter la mort. Si les dictateurs ont tué vos familles, ne prenez pas exemple sur eux pour vous venger et donner la mort à votre tour. Montrez au monde que vous êtes plus intelligents que les dictateurs et que vous ne tuerez pas les populations. Ne commettez pas les mêmes erreurs que les dictateurs et les criminels de guerre: ne tuez pas, ne torturez pas, même quand il s’agit de vos ennemis.

Car le monde ne pourra être sauvé que le jour où les hommes auront renoncé à leurs instincts les plus meurtriers.

Le jour où même les terroristes les plus violents auront renoncé à tuer, alors nous vivrons dans un monde libre et pacifié. »

Gandhi parlait ainsi:

« Je suis venu vous enseigner le surhumain, l’homme qui renonce au terrorisme et à la violence. Et en chacun de vous, je vois déjà le questionnement: Qui suis-je face au terrorisme? Suis-je encore cet homme qui voulait tuer l’autre, mon voisin? Suis-je encore cet homme qui voulait se suicider et s’autodétruire, sans vouloir connaître les joies de la vie et l’avenir que Dieu m’avait réservé? Suis-je encore cet homme qui voulait disparaître de la terre et abandonner ma propre liberté? »

« Mais je vous le dis: Est-ce que le terroriste le plus dangereux de la terre ne peut pas devenir un homme pacifique voué entièrement à la paix? Pourquoi cette chose serait impossible? Pourquoi l’homme qui s’est trompé de chemin n’aurait pas le droit de revenir en arrière et de choisir le chemin de la paix? »

Et alors, les yeux de ceux qui écoutaient se levèrent. Les hommes de l’Etat Islamique commencèrent à se poser des questions. Des milliers d’entre eux étaient morts dans la souffrance, mais chacun d’eux voulait vivre, au contraire, dans un monde en paix. On leur avait enseigné la guerre. Mais pourquoi tout ce temps perdu, alors qu’on pouvait vivre en paix?

Gandhi arrivait au bout de son discours:

« Regardez tout ce que vous pouvez faire dans un monde en paix. Regardez combien vous serez plus appréciés par la population, si vous la traitez avec justice plutôt qu’en utilisant la violence et la mort contre les civils. Voyez comme ceux qui sont différents de vous peuvent aussi vous aimer, quand vous laissez vos armes sur le côté. « 

« Les peuples ont peur de vous, c’est pourquoi ils vous fuient. Or, ce n’est pas la peur que vous devez inspirer aux peuples, mais la confiance et la paix. »

« N’enfermez pas des prisonniers dans des cages pour les brûler, arrêtez de sacrifier et de torturer les peuples. Arrêtez de poser des bombes sur vos corps, car vous devez vivre et porter votre message vers le monde. Si vous renoncez à la vie, personne ne pourra défendre vos idées et vos rêves à votre place. »

« Quand vous deviendrez entièrement pacifiques, votre peuple vous suivra, et des milliers de peuples vous suivront dans le chemin de la non-violence. »

« Celui qui règne n’impose pas son pouvoir par les armes, la violence ou la mort. Celui qui règne n’a pour seule arme que sa parole qui prône la justice et la paix. Il n’y a de vérité que dans la non-violence. Et ceux qui choisissent la violence seront écartés de ce monde et ils périront dans les flammes de la guerre. Et ceux qui choisissent la paix vivront longtemps sur cette terre et ils construiront le monde de demain. Tel est l’enseignement que vous devez retenir aujourd’hui. »

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CC BY-SA

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