Ce qui nous pousse à croire aux théories du complot concernant la pandémie mondiale de coronavirus est lié à l’angoisse d’un phénomène hors du commun

Alors que la plupart des scientifiques semblent s’accorder pour dire que le coronavirus n’a pas été créé par l’homme en laboratoire, beaucoup de gens continuent de croire aux théories du complot. Cependant, avant de dénigrer ceux qui croient aux théories du complot concernant ce virus (car le complotisme n’est-il pas signe de curiosité intellectuelle, de vivacité d’esprit et de refus des vérités conventionnelles?), essayons de comprendre les raisons qui poussent une partie de la population à adhérer à ces thèses complotistes. Car, cela va de soi, le complotisme n’apparaît pas comme par magie dans l’esprit des gens. Il apparaît notamment quand il y a un manque d’information, ou des informations contradictoires, une gestion de crise inefficace, des retards de décisions, etc.

Toutes ces différentes raisons poussent les gens à croire aux thèses complotistes, qui permettent de donner une explication à des phénomènes angoissants et de nous rassurer inconsciemment. Ainsi il en va de la nature humaine, car nous cherchons souvent les thèses les plus simples, qui sont les plus logiques, pour nous rassurer. Mais la réalité n’est pas toujours logique et simple, elle est parfois complexe.

Bien qu’un article du Monde qualifie ce phénomène « d’étrange obsession », comme s’il n’y avait pas d’explication à cette angoisse de la population qui s’exprime dans la croyance aux théories du complot, il faudrait néanmoins relativiser les choses et admettre que la probabilité qu’un virus créé en laboratoire échappe à ses « créateurs » existe bel et bien. C’est le journal Le Monde qui d’ailleurs nous le rappelle et nous donne de précieuses informations à ce sujet dans un autre article démêlant le vrai du faux, donnant plusieurs exemples d’accidents de laboratoires, dont celui-ci:

« En 2014, deux tubes contenant respectivement une souche d’Ebola active et l’autre inactive avaient ainsi été intervertis par inadvertance et le virus actif, envoyé dans un laboratoire P2 ».

Dans le même article, le journal Le Monde nous apprend d’autre part qu’un laboratoire P4 existe bien à Wuhan depuis 2015, ce qui aurait de quoi alimenter les thèses complotistes, mais confirme aussi que ce laboratoire P4 n’est pas à l’origine du coronavirus actuel.

Le virus du covid 19 aurait muté naturellement, mais serait une recombinaison entre deux virus existants, selon la thèse la plus probable exposée dans cet article de Santé Magazine. Une mutation intriguante, car: « pour qu’une recombinaison se produise, il faut que les deux virus divergents aient infecté le même organisme de façon concomitante. »

Cependant, pour en revenir aux expériences qui ont lieu en laboratoire, celles-ci sont parfois controversées, y compris au sein de la communauté scientifique, car le risque qu’un virus s’échappe et devienne incontrôlable existe, et ceux qui étudient les virus s’en rendent compte certainement mieux que nous.

Que penser, par exemple, de ce scientifique japonais, Yoshihiro Kawaoka, cité dans cet article daté de l’année 2014 (soit presque 6 ans avant l’apparition du coronavirus), qui explique les mutations génétiques du virus H1N1:

« Pour améliorer les vaccins contre la grippe, des chercheurs américains ont créé une version mutée et très virulente du virus de la grippe H1N1. Des travaux très risqués qui font polémique »

Dans la fiche Wikipedia du scientifique japonais, on apprend que « Kawaoka a réinventé un nouveau virus basé sur le H5N1, qu’il a révélé au public en 2011. Pour l’instant, aucun vaccin connu n’a été trouvé. […] Ses recherches ont été interrompues par un moratoire émis par le gouvernement américain en 2014. Cependant, en 2019, il a été autorisé à reprendre la recherche. » « L’étude des techniques visant à rendre certains virus plus meurtriers et plus transmissibles, voire mortels » ainsi que la levée du moratoire américain sont également évoqués dans cet autre article, citant « le directeur des National Institutes of Health (NIH), Francis S. Collins ».

L’exemple de ce scientifique et virologue japonais nous montre que les risques face aux virus et au risque de pandémie mondiale sont connus et pris en compte, mais que certains Etats choisissent parfois de reprendre ce type de recherches controversées, visiblement après avoir eu quelques hésitations. Le risque de fuite d’un laboratoire existe donc et ceux qui croient aux théories du complot croient finalement à quelque chose qui reste possible. Mais comme pour le nucléaire et la course à l’armement, la course aux virus semble privilégiée, témoignant d’une sorte de peur qu’un autre Etat ne prenne les devants dans un contexte mondial politiquement instable. Continuer ce type de recherches apparaît comme un choix géopolitique, et pas seulement scientifique. Et on le voit aujourd’hui, un virus peut provoquer autant de dégâts et de morts qu’une guerre.

Qui aurait d’ailleurs cru que, depuis toutes ces années où le monde est tiraillé par des affrontements idéologiques comme celui qui oppose, par exemple, les Etats-Unis, la Corée du Sud et la Corée du Nord, menaçant d’un possible conflit nucléaire, ou encore celui qui oppose l’Iran et l’Arabie Saoudite, qu’un simple virus viendrait bouleverser l’ordre mondial en l’espace de quelques jours, sans qu’aucune guerre ne soit déclarée, sans qu’aucun pays ne soit envahi et sans qu’aucune armée de soldats ne soit envoyée au front pour combattre? Voilà comment l’histoire nous apprend que l’imprévisible et l’impossible font aussi partie de la réalité, mais pour le coup Bill Gates nous avait prévenu donc cette pandémie n’était pas totalement imprévisible. Cette pandémie reste un phénomène angoissant et c’est normal que cela provoque autant de réactions dans l’esprit des gens, y compris des réactions complotistes.

Source image: Wikipedia

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