Mads Andenæs, du Groupe de Travail de l’ONU sur la Détention Arbitraire, explique le cas Assange

Interview publiée le 15 mars 2016 dans Pravda Report

L’avocat norvégien, le Professeur Mads Andenæs, est un juriste chercheur et Rapporteur Spécial de l’ONU sur la détention arbitraire; il siégeait depuis 2009 au Groupe de Travail des Nations Unies sur la Détention Arbitraire (GTDA), un panel d’experts qui a appelé les autorités suédoises et britanniques à mettre un terme à la privation de liberté de Julian Assange, à respecter son intégrité physique et sa liberté de mouvement, ainsi qu’à lui laisser la possibilité de réclamer des compensations.

Julian AssangeM. Assange, tout d’abord détenu en prison puis assigné à résidence, s’est réfugié à l’intérieur de l’Ambassade d’Équateur à Londres en 2012 après avoir perdu son appel devant la Cour Suprême du Royaume-Uni contre son extradition vers la Suède, où une enquête judiciaire a été initiée contre lui en rapport avec des allégations de comportement sexuel illégal. Toutefois, il n’a pas été formellement mis en accusation.

Dans le rendu de son opinion officielle, le Groupe de Travail a considéré que M. Assange avait été soumis à diverses formes de privation de liberté: la détention initiale à la prison de Wandsworth à Londres, suivie d’une assignation à résidence puis ensuite la réclusion dans l’ambassade équatorienne.

Selon un communiqué de presse émis par le Bureau de l’ONU du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme (OHCHR), les experts ont également conclu que la détention était arbitraire parce que M. Assange avait été détenu en isolement à la prison de Wandsworth, et à cause de la négligence du Bureau du Procureur suédois dans ses investigations, qui ont abouti à sa longue privation de liberté.

Le Groupe de Travail a, en outre, établi que cette détention viole deux articles de la déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et six articles de la Convention Internationale sur les Droits Civiques et Politiques.

M. Assange, fondateur et rédacteur de WikiLeaks, a par ailleurs dévoilé plus de 250 000 câbles diplomatiques secrets et confidentiels, émis par des ambassades US tout autour du monde.

Dans cette interview exclusive, le Professeur Andenæs commente sa participation au Groupe de Travail de l’ONU, expliquant pourquoi le panel défend la liberté pour M. Assange, et en présentant les considérations juridiques entourant l’affaire.

« Il y a de nombreuses fautes de procédure qui ont été commises par les autorités », affirme le Professeur, qui commente également son point de vue sur le rôle que joue le fondateur de WikiLeaks dans la politique internationale, sur l’importance de la solidarité mondiale envers lui, et comment il considère les récentes révélations de WikiLeaks: l’espionnage US du Secrétaire-Général de l’ONU Ban Ki-Moon et de la Chancelière allemande Angela Merkel.

Le Professeur Andenæs, qui présente également dans cette interview sa perception de la couverture médiatique mainstream concernant l’affaire Assange, est professeur à la Faculté de Droit de l’Université d’Oslo, l’ancien directeur de l’Institut Britannique de Droit International et Comparatif à Londres et l’ancien directeur du Centre de Droit Européen de King’s College, à l’Université de Londres. Il est aussi Chargé de Recherche à l’Institut de Droit Européen et Comparatif de l’Université d’Oxford, et Chargé de Recherche Principal à l’Institut d’Études de Droit Avancé de l’Université de Londres.

Il a été le Rédacteur-en-Chef du Trimestriel de Droit International et Comparatif (Cambridge University Press), Rédacteur-en-Chef de la Revue de Droit des Affaires Européen (Kluwer Law International) et présent dans les conseils de rédaction de dix autres journaux et séries de livres, dont la Série Nijhoff sur le Droit Commercial International.

Il est Membre Honoraire de la Société d’Études de Droit (Royaume-Uni), Membre de l’Académie Internationale de Droit Commercial et du Consommateur (où il est membre du conseil), Membre Honoraire de l’Institut Britannique de Droit International et Comparatif, et Membre de l’Académie Royale des Arts.

Il a été Secrétaire Général de la Fédération Internationale de Droit Européen de 2000 à 2002, Secrétaire de l’Association Britannique de Droit Européen de 1997 à 2008 et Secrétaire du Comité Britannique de Droit Comparatif de 1999 à 2005. Il a été le Président de l’Association des Instituts de Défense des Droits de l’Homme en 2008.


Edu Montesanti (EM): Cher Professeur Mads Andenæs, merci d’accorder cette interview. Pouvez-vous s’il vous plaît nous parler de vos travaux au sein du Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire (GTDA), pendant la phase initiale de l’affaire Assange devant les Nations Unies (ONU)?

Prof. Mads Andenæs (MA): Je siégeais au Groupe de Travail de l’ONU quand la plainte a été reçue, et que les échanges entre l’ONU et les parties se sont déroulés. Je n’ai pas pris part aux discussions du Groupe de Travail qui ont abouti à l’opinion sur l’affaire Assange. Mon mandat s’est terminé en août 2015, et la décision a été rendue en février 2016.

EM: Pourquoi vous positionnez-vous en défense de M. Assange?

MA: Je me suis exprimé en soutien à l’opinion rendue par le Groupe de Travail de l’ONU. M. Assange est en état de détention arbitraire, le Royaume-Uni et la Suède devraient se plier à la décision de l’ONU à leur encontre et prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à cette détention.

EM: S’il vous plaît, Professeur, veuillez spécifier les accusations contre Julian Assange, et qui sont ceux qui les portent contre lui.

MA: L’affaire actuelle où il est question d’extradition concerne des allégations de comportement sexuel illégal. Évidemment, les allégations relatives à WikiLeaks comprennent un puissant intérêt pour l’appareil sécuritaire de nombreux pays.

La crainte est qu’il ait été permis que celui-ci influence le processus et l’issue de la première affaire.

EM: Comment percevez-vous les allégations de Washington selon lesquelles Assange a mis en péril la sécurité des USA?

MA: Ce sont des allégations qui sont habituellement présentées face à l’exercice du droit à présenter des informations et du droit à la liberté d’expression. Il y a toutes les raisons d’être sceptique de ces présomptions.

EM: Comment percevez-vous la décision de l’ONU en faveur de la libération de M. Assange?

MA: C’est très clair. Le GTDA de l’ONU avait à trancher sur deux questions. La première, décider s’il y avait eu une « privation de liberté » plutôt qu’une « restriction de liberté ». La deuxième, décider si cette privation de liberté était « arbitraire ».

Le GTDA de l’ONU a clairement accepté l’argument que les conditions dans lesquelles vit Assange n’ont pas été imposées par lui-même, c’est-à-dire que s’il faisait un pas dans la rue, il se ferait arrêter. Il y a aussi eu un « échec substantiel » de la part des autorités « pour exercer une diligence raisonnable » dans « l’exercice de l’administration judiciaire » (par. 98).

La frontière entre une « restriction de liberté » et une « privation de liberté » est finement définie dans la jurisprudence européenne des droits de l’homme. La privation de liberté ne consiste pas seulement en des conditions aisément reconnaissables d’incarcération par l’Etat. Il faut prendre en compte le laps de temps qu’Assange est resté à l’intérieur de l’ambassade équatorienne, et ses circonstances présentes.

La liberté doit pouvoir être exercée dans l’immédiateté. Quand l’exercice d’une telle liberté aurait des résultats particulièrement coercitifs, tels que davantage de privations de liberté ou la mise en péril d’autres droits, cela ne peut être décrit comme la pratique de la liberté. Le fait qu’Assange résiste à une arrestation ne résout pas le problème, puisque cela entendrait que la liberté est un droit conditionné par sa coopération.

Assange n’est pas libre de quitter l’ambassade équatorienne de son propre gré. Il craint l’extradition vers les USA et un procès pour son implication avec WikiLeaks. Les autorités suédoises ont refusé de fournir des garanties de non-refoulement qui répondent à cette crainte. La détention d’Assange est « arbitraire ». Une raison en est qu’elle est disproportionnée.

Il existe d’autres moyens de procédure moins restrictifs. Avant d’émettre un Mandat d’Arrêt Européen, les autorités suédoises auraient pu suivre la pratique courante d’interviewer Assange dans une salle d’entretien de la police britannique.

Après qu’Assange eut établi résidence dans l’ambassade équatorienne ils auraient pu compter sur des protocoles « d’assistance mutuelle », interroger Assange par liaison vidéo, et lui offrir une chance de répondre aux allégations portées contre lui.

EM: S’il vous plaît, Professeur Andenæs, clarifiez le terme de « privation de liberté ».

MA: La Convention Internationale de l’ONU sur les Droits Civiques et Politiques et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme interdisent les privations arbitraires de liberté dans leur Article 9. C’est plus qu’une simple « restriction de liberté ». Cela inclut l’assignation à résidence.

EM: Quelle est votre opinion sur le choix du Royaume-Uni et de la Suède de ne pas respecter la décision de l’ONU?

MA: Les décisions rendues par le GTDA de l’ONU ne sont pas toujours suivies par les Etats, mais elles aboutissent rarement en des attaques aussi personnelles, telles que celles faites par des politiciens britanniques après la délivrance de l’opinion sur Assange.

Je sais que les mots employés par le Ministre des Affaires Étrangères et par le Premier Ministre n’étaient pas ceux qui ont été fournis par les fonctionnaires qui sont conseillers sur les droits de l’homme et sur le droit international. Les politiciens britanniques ont visé à affaiblir l’autorité de cet organe de l’ONU pour un bénéfice opportuniste à court terme.

Je crains que ces politiciens n’aient affaibli la possibilité, pour la communauté internationale, de protéger certaines des victimes les plus vulnérables aux violations des droits de l’homme.

Leurs paroles ont circulé au sein des Etats responsables des pires violations des droits de l’homme. Les paroles de ces politiciens britanniques coûteront des vies et de la souffrance humaine.

Le Royaume-Uni peut exercer des pressions pour glaner quelque soutien quand l’affaire est apportée devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, mais le Royaume-Uni sera assurément critiqué par d’autres Etats pour sa réaction, et le méritera clairement.

Les dommages causés au Royaume-Uni à l’ONU et à son autorité morale en matière des droits de l’homme sont un autre sujet, mais il ne fait pas de doute sur les dommages faits à l’autorité du Royaume-Uni.

EM: S’il vous plaît, Professeur, pouvez-vous commenter le statut actuel de l’enquête « préliminaire » en Suède, ainsi que la « mise en accusation en attente » US contre WikiLeaks.

MA: Pour ceux qui sont convaincus qu’Assange est coupable de viol, que vous pensiez ou non qu’il fait son intéressant en résistant délibérément à son arrestation (ce qui n’est pas mon cas), le fait demeure que les autorités pourraient employer des moyens moins restrictifs sans compromettre l’enquête initiale sur les allégations portant sur son comportement sexuel en Suède.

C’est le moment de nous rappeler qu’Assange n’a pas été déclaré coupable de viol: à ce stade, le procureur et les tribunaux en Suède ont établi que ces charges étaient peut-être fondées. Le Professeur Andrew Asquith, d’Oxford, a déclaré dans une Opinion d’Expert en 2011 à laquelle l’équipe d’Assange a fait référence, que « Je ne considère pas que le moindre des incidents allégués dans le contenu du Mandat d’Arrêt Européen (c’est à dire les allégations citées dans le mandat d’arrêt) suffise en lui-même à constituer un quelconque délit selon la loi britannique. »

Le Vice-Président de la Cour Suprême de Suède nous a rappelé que l’accusé est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit démontrée, et que lorsqu’il y a des déclarations contradictoires, il revient aux tribunaux de décider si les éléments requis pour une mise en accusation sont satisfaisants.

Les tribunaux suédois, ainsi que la majorité de la Cour Suprême suédoise, le Vice-Président n’était pas sur ce panel, ont fait savoir que le mandat d’arrêt, même s’il ne pouvait pas être exécuté contre Assange, limitait sa liberté d’une manière ouvrant la question de sa proportionnalité. La majorité a noté avec approbation que des mesures étaient désormais prises pour interroger Assange à Londres.

Avec le temps, la Cour Suprême suédoise pourrait bien voir croître sa sympathie pour le jugement dissident du Juge Svante Johansson, pour qui les conditions de l’enquête sont désormais disproportionnées (une opinion présentée par Anne Ramberg, directrice de l’Association du Barreau suédois et par le Juge Charlotte Edvardsson, Juge rapporteuse de la Cour Suprême, dans sa proposition (publique) au tribunal dans cette affaire).

Assurément, l’ancien Conseiller Juridique aux Nations Unies et Conseiller Juridique du Ministère des Affaires Étrangères de Suède, Hans Corell, a déclaré qu’il « ne comprend pas pourquoi le procureur n’a pas interrogé Julian Assange pendant toutes les années où il a été à l’Ambassade d’Équateur. »

Des esprits raisonnables et judiciaires ont divergé sur beaucoup de ces questions. Sans doute ont-ils été influencés par des opinions sur l’intégrité d’Assange lui-même. Mais les droits de l’homme ne sont pas conçus pour favoriser les plus populaires d’entre nous; ils sont conçus pour nous favoriser tous.

EM: Pourquoi pensez-vous que le gouvernement britannique agisse tellement en faveur des intérêts US dans cette affaire?

MA: WikiLeaks a fait des contributions très importantes à notre connaissance du processus diplomatique et politique. Elles ont changé ma perception d’événements majeurs et d’institutions. WikiLeaks fait qu’il est beaucoup plus difficile de nous manipuler.

La communauté du renseignement repose sur des méthodes de travail qui sont secrètement cachées. Il y a de puissantes forces institutionnelles qui veulent mettre un terme aux activités de M. Assange. Ceci est vrai pour de nombreux pays.

EM: Que pensez-vous de l’Équateur en ce qui concerne M. Assange, et de l’importance de la solidarité mondiale envers lui non seulement de la part d’autres gouvernements, mais aussi de la part d’activistes et des citoyens en général, Professeur Andenæs?

MA: Le gouvernement de l’Équateur a fait une contribution très importante à la protection d’une sphère publique internationale, ainsi qu’à la protection de la liberté de l’information, de la liberté d’expression et de la responsabilité face aux violations des droits de l’homme. Les expressions de solidarité en sa faveur, non seulement de la part d’autres gouvernements, mais également d’activistes et d’autres autour du monde sont très importantes.

EM: Comment évaluez-vous l’approche des médias grand public concernant les révélations de WikiLeaks, particulièrement en ce qui concerne la décision Assange?

MA: Je m’étais attendu à une défense plus musclée du droit à fournir des informations et à la liberté d’expression. Mais les médias dans tous les pays opèrent en interaction complexe avec les gouvernements, pour prendre en compte les intérêts de l’Etat de façons différentes. Selon moi, dans cette affaire, avec trop d’égards pour l’intérêt présumé de l’état.

EM: Quel est votre avis sur les récentes révélations de WikiLeaks d’espionnage US du Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon et de la Chancelière allemande Angela Merkel, pendant une réunion privée sur la stratégie face au changement climatique à Berlin, ainsi que du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés?

MA: Elles révèlent des pratiques totalement inacceptables. Elles justifient également le travail de WikiLeaks.

Source: http://www.cercledesvolontaires.fr/2016/03/17/mads-andenaes-du-groupe-de-travail-de-lonu-sur-la-detention-arbitraire-explique-le-cas-assange/ et http://www.pravdareport.com/world/europe/15-03-2016/133811-assange_lawyer-0/

Traduit par Lawrence Desforges

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Un câble diplomatique dévoilé par WikiLeaks révèle la volonté du Royaume Saoudien de renverser Bachar al-Assad

Par Brad Hoff, le 25 février 2016

[Présentation du traducteur: Le texte ci-dessous est la traduction partielle d’un câble diplomatique saoudien, faisant partie du lot des « Saudi Cables » rendus publics par WikiLeaks à l’été 2015. Il est daté de 2012 et évoque ce qui est perçu comme la nécessité absolue, pour le régime saoudien, de parvenir au renversement du régime en place à Damas, par crainte des rétributions du régime « brutal et violent » de Bachar al-Assad, cherchant à « se venger des pays qui se sont dressés contre lui » – c’est en soi un aveu de culpabilité dans le déclenchement du conflit et de sa perpétuation… Si l’Occident – dont la France – souhaite véritablement vaincre Daesh et trouver une solution équitable aux troubles qui ravagent la Syrie, il s’agirait de demander des comptes à Riyad, ainsi qu’aux pays du Golfe qui sont évoqués dans ce câble…! Comme l’analyse Brad Hoff dans l’article de Levant Report, ce que l’Arabie Saoudite craignait le plus dans cette guerre, c’étaient « une intervention militaire russe et des représailles syriennes »]

Renverser le régime syrien par « tous les moyens mis à disposition »

[…] intérêt partagé, et pense que la position russe actuelle ne représente qu’un mouvement pour faire pression sur lui [Assad] et que la force de sa propre position ne tiendra pas, étant donnés les liens russes aux intérêts avec des pays occidentaux et les pays du Golfe.
S’il plaît à votre Majesté, j’appuie l’idée d’entrer dans un dialogue profond avec la Russie par rapport à sa position vis-à-vis de la Syrie*, la Seconde Conférence Stratégique se tenant à Moscou, pour oeuvrer à orienter la discussion sur le sujet de la Syrie, et d’exercer toute pression qui s’avère possible pour la détourner de sa position actuelle. Je vois également une opportunité pour inviter le chef du Comité des Relations Internationales de la Douma à visiter le Royaume. Comme il vaut mieux rester en communication avec la Russie et d’ordonner aux médias de ne pas s’opposer aux personnalités russes et de s’abstenir de les insulter, afin qu’aucun tort ne puisse advenir aux intérêts du Royaume, il est possible que le nouveau président russe change la politique russe envers les pays arabes dans un meilleur sens. Toutefois, notre position actuellement en pratique, qui est de critiquer la politique russe envers la Syrie et ses positions qui sont contraires à nos principes déclarés, demeure. Il est aussi avantageux d’augmenter la pression sur les Russes en encourageant l’Organisation des Etats Islamiques à exercer une forme de pression en brandissant fortement l’opinion publique islamique, puisque la Russie craint la dimension islamique davantage que la dimension arabe.
En ce qui concerne la crise syrienne, le Royaume est ferme dans sa position et il n’y a plus aucun espace pour reculer. Le fait doit être souligné que, dans le cas où le régime syrien était capable de traverser sa crise présente sous quelque forme que ce soit, son premier objectif sera de se venger des pays qui se sont dressés contre lui, avec le Royaume et certains pays du Golfe arrivant en haut de cette liste. Si nous considérons la brutalité et la violence de ce régime et son absence d’hésitation à avoir recours à tous les moyens pour parvenir à ses fins, alors la situation aura atteint un haut niveau de péril pour le Royaume, qui doit chercher par tous les moyens et biais possibles à renverser le régime actuel en Syrie.
Pour ce qui est de la position internationale, il est claire qu’il y a un manque de « désir » et pas un manque de « capacité » de la part des pays occidentaux, en premier lieu des Etats-Unis, à prendre des mesures fermes… […]

*[dans le texte arabe: Russie, mais il s’agit d’une coquille]

Traduit de l’anglais par Lawrence Desforges

Source: http://levantreport.com/2016/02/25/newly-translated-wikileaks-saudi-cable-overthrow-the-syrian-regime-but-play-nice-with-russia/

 

Le chaos est la nature de l’enjeu pour l’Empire, pas la victoire

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Global Research, Par Peter Koenig, le 6 mai 2015

Une fois de plus, un pays « libéré » par l’Occident sombre de plus en plus profondément dans le chaos.
Ceci peut s’appliquer à tous les pays actuellement en conflit, où Washington et ses sbires occidentaux et moyen-orientaux ont imposé la guerre – le chaos perpétuel, la misère et la mort – et l’asservissement.

C’est là que se trouve toute la question: la stratégie de Washington et de l’OTAN n’est pas de « gagner » une guerre ou un conflit, mais de susciter un chaos continuel, sans fin. C’est la façon de contrôler les gens, les nations et leurs ressources; de garantir à l’Occident un besoin incessant en troupes et en équipement militaire – souvenez-vous que plus de 50% du PIB des USA dépend du complexe militaro-industriel et des industries et services connexes; et enfin , qu’un pays dans la détresse ou le chaos est ruiné et a besoin d’argent – de l’argent sous des conditions de nécessité, des conditions « d’austérité » du sulfureux FMI, de la Banque Mondiale et d’autres malfaisantes « institutions de développement » et de prêteurs d’argent; de l’argent qui équivaut à un esclavage, surtout avec des dirigeants corrompus qui ne se soucient pas de leurs populations.

C’est la nature de l’enjeu – au Yémen, en Ukraine, en Syrie, en Irak, au Soudan, en Afrique Centrale, en Libye… faites votre choix. Qui se bat contre qui n’a pas d’importance. ISIS / EIIL / EI / Daesh / al-Qaeda et quels que soient les noms des organisations de tueurs mercenaires que vous voulez ajouter à la liste – ce ne sont que des étiquettes pour distraire votre attention. Vous pouvez tout aussi bien y ajouter Blackwater, Xe, Academi et tous ces noms successifs choisis pour ne pas être facilement reconnus. Ce sont des prostituées de l’Empire Anglo-Saxon/Sioniste, des prostituées de raz-de-trottoir. Arrivent ensuite les prostituées de luxe comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Bahreïn et d’autres États du Golfe; puis le Royaume-Uni et la France, bien sûr.

Le Président Hollande vient de signer un contrat de plusieurs milliards d’euros avec le Qatar pour la vente de 24 avions de combat Rafale. Il se dirige à présent vers Riyad (à l’heure d’écriture, ndlr) pour des discussions avec le Roi saoudien Salmane, et pour lui vendre davantage de Rafales – c’est bon pour le commerce et ça contribue à tuer les ennemis fabriqués au fur et à mesure; et aussi pour se rendre à un sommet du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), le 5 mai. Parmi les sujets abordés lors de la réunion figurent les « crises » de la région dont celle du Yémen, provoquée par l’Occident pour le compte de Washington et imputée aux « rebelles » qui ne font que chercher à avoir un gouvernement plus juste.

L’Occident a inventé un vocabulaire si ignoble, c’est comme un virus qui s’incruste dans nos cerveaux – ou ce qu’il en reste – faisant que nous ne connaissons même plus le vrai sens des mots. Nous les répétons et nous y croyons. Après tout, les médias de masse nous les assènent tous les jours jusqu’à l’abrutissement. Les personnes qui se battent pour leur liberté, pour leur survie contre des régimes oppresseurs sont des « terroristes », des « rebelles ». Les réfugiés d’Afrique, fuyant les pays dévastés par les conflits provoqués par Washington, ces réfugiés dont plus de 4000 ont déjà péri cette année en essayant de traverser la Méditerranée à la quête d’une « vie meilleure » – ils ont opportunément été requalifiés « d’immigrants ». Souvent le terme « illégal » est ajouté. Ainsi, la conscience de l’Occident est blanchie de toute culpabilité. Les immigrants sont des clochards. Les immigrants illégaux ont leur place en prison. Ils n’ont rien à voir avec le désordre et le chaos déclenchés par l’Occident dans les pays d’origine de ces « immigrants ». Honte sur vous, Bruxelles!

On revient au chaos – M. Hollande sait pertinemment que ses avions sont utilisés pour servir son maître et faire davantage de ravages dans la région, plus de mort, de désastre, de misère et d’asservissement – davantage de réfugiés dans la Mer Méditerranée – encore plus de chaos perpétuel, des gens aux limites de la survie, des gens qui ne peuvent plus se battre pour leur pays, pour leurs ressources, pour leur liberté – parce qu’il faut qu’ils se battent rien que pour pouvoir survivre, pour la survie de leurs enfants et de leurs familles. C’est ça l’Empire.

Dites-moi – un homme qui vend des armes, des avions de combat – et d’autres sortes de machines à tuer, à des pays en sachant très bien que ces armes servent à tuer des gens, à détruire des pays – un tel homme n’est-il pas un boucher? Un criminel de guerre de la pire espèce?

Hollande, en plus d’être un criminel de guerre, est un bigot refait qui s’imagine qu’à la fin des comptes, quelques miettes du Grand Butin vont retomber dans son assiette – et qu’il pourra nager en compagnie de ses maîtres dans une voluptueuse mer de lait et de miel. Pense-t-il devoir préserver l’économie de son grand pays qui a produit des hommes comme Victor Hugo, Stendhal, Balzac, Dumas – en vendant des machines à tuer à d’autres sbires de l’empire? Ne se soucie-t-il pas du fait que 83% de son électorat le méprise?

Répandre le désordre, le chaos et la misère – c’est ce que Washington et ses vassaux font le mieux. Ils ne désirent pas « gagner » les guerres; ils veulent un chaos sans fin et la misère; des gens pouvant facilement être soumis – la domination à large spectre (full spectrum dominance, ndlr), comme ils disent.

Et puisque l’armée US et son grand frère (ou grande sœur) l’OTAN ne peuvent pas être partout et ne veulent pas être vus partout, ils payent pour tuer. Washington invente et crée, puis finance avec ses ressources inépuisables d’argent les EIIL, Daesh, al-Qaeda – et le répertoire grandit selon la fantaisie de leurs maîtres – pour qu’ils se battent pour eux, tuent pour eux, provoquent le chaos et des attaques sous fausse bannière – afin qu’éventuellement ils, l’OTAN et le bulldozer du Pentagone, puissent débarquer et faire croire qu’ils « détruisent » ces mercenaires qu’ils ont, dès le départ, implantés. Mais les médias de masse ne vont diront pas la vérité.

Ils vous font croire que les Houthis, un groupe de Chiites laïcs, humanistes et socialistes se battent contre les Sunnites au Yémen pour le pouvoir; que les Saoudiens et leurs acolytes du CCG ne font que libérer le Yémen d’une bande de terroristes; que les Houthis sont soutenus par l’Iran (un pays à majorité Chiite) – ce qui a récemment été contesté avec véhémence par un responsable de l’ONU – et donc, que les Houthis doivent être soumis. Par la même occasion, cela fournit à Washington une raison supplémentaire pour porter encore un autre blâme à l’Iran. Une fois que les Houthis ont été assujettis et décimés en quantité suffisante, un pantin de président sera installé au pouvoir comme l’ancien président Saleh ou son successeur Hadi, afin que Washington puisse continuer à mener la danse – en opprimant la population du pays pour garder un accès sans entraves au port stratégique d’Aden et au Golfe Persique.

C’est pareil en Ukraine: est-ce qu’ISIS / EIIL / Daesh / al-Qaeda, ou quel que soit leur nom se trouve en Ukraine? Vous plaisantez, sous le commandement de la CIA avec quelques 6000 soldats US – des instructeurs bien entendu. Ils entraînent les troupes de Kiev à mieux et plus rapidement tuer leurs frères dans le Donbass; ils les entraînent à susciter un chaos qui perdure. Et si les soldats refusent d’être entraînés à tuer leurs frères, le régime nazi de Kiev les abattra en tant que traîtres. À bout portant. C’est si facile. Comme ça personne ne résistera plus.

En outre, les « conseillers » militaires US et la CIA, avec le concours de leurs tueurs à gages – ISIS / Daesh /al-Qaeda – cherchent à provoquer le Président Poutine à entrer en guerre – éventuellement une Troisième Guerre Mondiale. Oui, la troisième en moins d’un siècle, pouvant potentiellement dévaster l’Europe et peut-être le monde. Jusqu’ici le monde a été préservé de ce désastre, grandement grâce à la sagesse de la stratégie de M. Poutine de non-affrontement.

Donc – pas de doute qu’ISIS / Daesh / al-Qaeda soit en Ukraine. Ils sont là où l’Empire leur ordonne d’être. C’est ce pourquoi ils sont payés. C’est ce que font les prostituées. Surtout des prostituées fabriquées pour l’occasion; des prostituées bien payées. L’idéologie n’est qu’une feuille de vigne, commodément reprise par les médias occidentaux – afin que nous puissions tous croire que les Musulmans sont mauvais, certains encore plus que les autres. L’Occident doit les combattre, parce qu’ils représentent un véritable et palpable danger à l’encontre de notre liberté, de notre indépendance et de notre démocratie – et surtout de nos valeurs néolibérales de marché complètement débridées.

Parce que c’est l’objectif ultime: des êtres humains comme biens de marché monnayables, sacrifiables, réduits à de la chair à canon, à se faire décimer en masse par des aliments génétiquement modifiés (et empoisonnés), par des drones, des bombes, par des famines provoquées artificiellement, pour qu’en définitive les survivants soient les serfs d’une petite élite qui contrôle les quatre coins de la Terre et TOUTES ses ressources, pour entretenir le style de vie de gens exceptionnels – oui, la nation exceptionnelle, qui sera réduite à une troupe de gens exceptionnels vivant dans une splendeur opulente.

Souvenez-vous des fameuses paroles de Henry Kissinger, de la vision de l’un des criminels de guerre les plus atroces encore vivants aujourd’hui – un autre Lauréat du Prix Nobel (sic) – énoncées il y a une cinquantaine d’années: « Celui qui contrôle l’alimentation contrôle la population; celui qui contrôle l’énergie contrôle des continents entiers; celui qui contrôle l’argent peut contrôler le monde entier. »

Ces mots sonnent de plus en plus vrais, à chaque jour qui passe. Mais seulement tant que nous le permettons; tant que Nous, le Peuple, Nous les 99.999% des habitants de la planète, l’autorisons.

Peter Koenig est un économiste et un analyste géopolitique. Il a également fait partie de l’encadrement de la Banque Mondiale, travaillant intensivement autour du monde dans les domaines de l’environnement et des ressources en eau. Il écrit régulièrement pour Global Research, ICH, RT, Sputnik News, the Voice of Russia / Ria Novosti, TeleSur, The Vineyard of The Saker Blog, et d’autres sites internet. Il est l’auteur de « Implosion – Un Thriller Économique sur la Guerre, la Destruction Environnementale et l’Avidité Corporatiste », une fiction inspirée de faits réels et de 30 ans d’expérience auprès de la Banque Mondiale autour du monde.

Source: http://www.globalresearch.ca/chaos-not-victory-is-the-empires-name-of-the-game/5447540

« Nouvel Ordre Mondial: Les Pères Fondateurs », ou l’histoire d’une élite secrète

Par Gerry Docherty et Jim Macgregor, le 26 avril 2015

Note du traducteur: L’article qui suit offre une perspective historique sur de nombreux événements survenus loin des yeux du public des années qu’il évoque – de 1891 à 1914 – mais ayant eu pour conséquence le déclenchement de la Première Guerre Mondiale puis par extension de la Deuxième. Les conséquences de ces événements secrets se retrouvent dans l’émergence de la Guerre Froide et même d’une grande partie des troubles que nous connaissons à l’heure actuelle. Il est presque exclusivement centré sur les ambitions impérialistes du Royaume-Uni et des USA, et donc ne peut suffire à expliquer la totalité des problèmes de notre époque: d’autres nations ont eu des tentations impériales, et les ont encore; chaque pays, en particulier ceux qui ont eu le plus d’impact sur l’histoire récente, doit faire un perpétuel examen de ses objectifs et de ses ambitions. M’enfin comme dirait l’autre, moi je dis ça je dis rien… Will Summer.

Les élites riches et puissantes ont toujours rêvé du contrôle du monde. Les ambitieux Romains, Attila le Hun, les grands califes musulmans de l’Espagne médiévale, les Moghols en Inde ont tous exercé une influence considérable sur diverses régions du monde, au cours de périodes d’expansion historiquement reconnues.

Tantôt tribale, parfois nationale ou encore religieuse, souvent dynastique, leur réussite a façonné des époques mais n’a, dans les faits, jamais été d’une portée planétaire avant le vingtième siècle. Dès lors, alors que la primauté de l’Empire britannique était menacée par d’autres nations en plein essor, dont l’Allemagne en particulier, un groupe d’hommes puissants et déterminés a fait un choix aux conséquences phénoménales afin que des actions concrètes soit entreprises pour garantir leur domination – ainsi que celle de la race britannique – sur tout le monde civilisé. Ce choix a évolué, à partir de cette minuscule cabale triée sur le volet, pour devenir un monstre qui est peut-être déjà hors de contrôle.

Lors d’un après-midi hivernal de février 1891, trois hommes s’engagèrent à Londres dans une conversation intense. De cette conversation allaient découler des conséquences de la plus grande importance pour l’Empire britannique, et pour le monde entier en général.

Ainsi commence le livre du Professeur Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment. Cela peut ressembler à un roman de John Le Carré, mais il ne s’agit pas d’une fiction d’espionnage. Les trois fervents impérialistes britanniques qui se sont rencontrés à Londres ce jour-là, Cecil Rhodes, William Stead et Lord Esher, ont vite été rejoints par Lord Rothschild, Lord Salisbury, Lord Rosebery et Lord Milner, des hommes que la puissance financière, politique et administrative les avaient détachés du sort du commun des mortels. Certains de ces noms peuvent ne pas vous être familiers, mais c’est là une marque de l’entière réussite de ce groupe. Dès le départ ils ont mis l’accent sur le secret, ont agi en secret et se sont assuré que les traces de leur influence se fassent gommer de l’histoire. Ils croyaient que les hommes blancs de lignée anglo-saxonne siégeaient tout en haut de la hiérarchie raciale et que c’était justifié; en outre, ils comprenaient très bien la menace pressante venant d’une Allemagne en plein essor dont l’économie moderne bourgeonnante commençait à menacer l’hégémonie britannique sur la scène mondiale.

Les membres des élites précités ont élaboré une conspiration de société secrète dont le but était de renouer les liens entre la Grande-Bretagne et les États-Unis [1], pour amener toutes les parties habitables du monde sous leur influence et leur contrôle. Les USA avaient rapidement crû en confiance, en richesses et en opportunités depuis la Déclaration d’Indépendance, mais les liens anglo-US étaient restés forts et allaient les entraîner dans un complot à long terme de formation d’un gouvernement mondial unique. La réunion de 1891 a été, en quelque sorte, un acte de naissance du Nouvel Ordre Mondial.

Sir Cecil Rhodes

Les grands financiers se servaient fréquemment de leurs fortunes pour peser sur des questions de guerre et de paix, et pour contrôler la politique à leur profit. Cecil Rhodes était différent. Il était résolu à utiliser sa vaste fortune non seulement pour générer un profit toujours croissant mais aussi pour réaliser son rêve, un rêve qu’il partageait avec ses co-conspirateurs. Rhodes renversa la question de la production de bénéfices et chercha à rassembler des sommes colossales au sein de sa société secrète, afin d’accomplir des objectifs politiques, acheter des gouvernements et des politiciens, acheter l’opinion publique et les moyens de l’influencer [2]. Il voulait que sa fortune serve à prendre le contrôle du monde, en secret. Le secret était la pierre angulaire. Personne, hors de quelques rares privilégiés, ne connaissait l’existence du groupe. Il y a depuis été fait référence de façon obscure dans les discours et les livres comme « le Pouvoir de l’Argent », « la Puissance Cachée », ou « ceux qui tirent les ficelles ». Toutes ces étiquettes sont valables, mais nous les avons collectivement appelés l’Élite Secrète.

Carroll Quigley révèle que l’influence de l’Élite Secrète était surtout visible dans les exclusives écoles privées anglaises d’Eton et de Harrow ainsi qu’à l’Université d’Oxford, principalement dans les Collèges d’All Souls et de Balliol [3]. Ce groupe immensément riche et puissant a reçu l’appui académique et l’inspiration intellectuelle de la philosophie de John Ruskin, professeur des beaux arts à Oxford. Celui-ci parlait aux étudiants diplômants d’Oxford comme aux membres d’une classe dirigeante privilégiée, leur disant qu’ils possédaient une magnifique tradition d’éducation, de règle du droit et de liberté. Il encensait tout ce qui était noble dans l’éthique du service public, du devoir et de l’auto-discipline et professait que la tradition de la classe dirigeante anglaise devait être imposée aux populations de tout l’Empire [4].

Mais derrière des mots si bienveillants se cachait une philosophie fortement opposée à l’émancipation de la femme, qui n’avait pas de temps pour la « démocratie » et croyait en la guerre « juste » [5]. Ruskin affirmait que le contrôle de l’état devait être mis entre les mains d’une petite classe dirigeante. L’ordre social devait être construit par l’autorité des supérieurs imposant à leurs inférieurs une obéissance absolue et inconditionnelle. Il était épouvanté par la notion d’égalité des classes et par la désintégration de l’autorité « légitime » de la classe dirigeante [6]. La philosophie de Ruskin était comme de la musique, aux oreilles des élitistes. Elle donnait à leur soif de puissance globale la bénédiction d’un appui intellectuel. Ce qu’ils faisaient, se disaient-ils, ce n’était pas pour eux mais pour l’humanité. Ils allaient prendre le pouvoir en se justifiant fallacieusement que le monde en deviendrait meilleur pour toute l’humanité.

S’inspirant de Ruskin, Cecil Rhodes et ses complices ont créé la société secrète avec un noyau central d’associés de confiance dénommé « The Society of the Elect » (La Société des Élus, ndlr), dont les membres savaient, sans l’ombre d’un doute, qu’ils étaient membres d’une cabale exclusive vouée à prendre et conserver le pouvoir à une échelle mondiale [7]. Un deuxième cercle, plus grand et assez fluide quand à ses affiliations de membres, se nommait « The Association of Helpers » (L’Association des Aidants, ndlr). À ce niveau, les membres pouvaient ne pas savoir qu’ils faisaient partie intégrante d’une société secrète, ou que celle-ci se servait d’eux à leur insu. Beaucoup, aux franges extérieures du groupe, ne se sont peut-être jamais aperçu que les vraies décisions étaient prises par une clique sans pitié, et dont ils ne savaient rien [8].

L’homme qui exposa la société secrète, Carroll Quigley (1910-1977), était le professeur d’histoire hautement respecté de l’Université de Georgetown; il a également enseigné à Princeton et à Harvard. Il révéla que l’organisation avait réussi à « cacher son existence avec beaucoup de succès, et que certains de ses membres les plus influents… sont inconnus même aux étudiants les plus assidus de l’histoire britannique » [9]. La plus grande contribution de Quigley à notre compréhension de l’histoire moderne nous est venue avec ses livres, The Anglo-American Establishment et Tragedy and Hope, A History of the World in Our Time (« la classe dirigeante anglo-US », et « tragédie et espoir, une histoire du monde à notre époque », ndlr). Le premier fut écrit en 1949, mais il ne fut publié qu’après sa mort. Ses révélations l’exposaient à une réaction si potentiellement dangereuse de la part de l’establishment qu’elles ne furent jamais publiées de son vivant. Dans une émission de radio en 1974, Quigley disait à celui qui l’interviewait, « Il vous faut être discret. Il vous faut protéger mon avenir ainsi que le vôtre » [10].

Quigley avait reçu une aide d’une « nature personnelle » de la part d’individus proches de ce qu’il avait appelé le « Groupe »; et pour « des raisons évidentes », il ne pouvait pas révéler leurs noms [11]. Il disait clairement que les preuves les concernant n’étaient pas difficiles à trouver, « tant que vous savez où chercher » [12], et le fait que des générations d’historiens n’aient pas suivi ses traces soulève bien des questions. Quoique tenu au secret, le Professeur Quigley révéla lors de l’interview à la radio que Sir Alfred Zimmern, l’historien britannique et politologue, avait confirmé les noms des principaux protagonistes de la société secrète. Sans l’ombre d’un doute, Zimmern était lui-même un proche associé de ceux qui se trouvaient au cœur du vrai pouvoir en Grande-Bretagne. Il en connaissait la plupart des principaux personnages en personne, ayant lui-même été membre du noyau central de la société secrète entre 1910 et 1922 [13].

Les interrogations soulevées par le travail du Professeur Quigley reposent dans sa déclaration que, bien que la cabale secrète ait presque réussi à détruire certaines des choses qui lui tenaient le plus à cœur, il était, dans l’ensemble, en accord avec ses buts et ses ambitions [14]. S’agissait-il de mots visant à préserver sa propre sécurité? Gardez à l’esprit son avertissement à Rudy Maxa (lors de l’interview à la radio, ndlr) , aussi tard qu’en 1974. Quigley sentait clairement que ces révélations le mettaient en danger. Des inconnus ont soustrait son ouvrage de référence, Tragedy and Hope, des étagères des librairies aux USA, et il fut retiré des ventes sans justification peu de temps après sa publication. Les plaques originales du livre furent détruites par l’éditeur de Quigley, la Macmillan Company, sans autre explication; l’entreprise lui a ensuite « menti, menti, menti » pendant les six années suivantes, lui faisant croire à tort qu’il serait réimprimé [15]. Pourquoi? Quelles pressions ont pu contraindre une maison d’édition majeure à prendre des mesures aussi extrêmes? Quigley déclara explicitement que des personnes puissantes avaient réprimé le livre parce qu’il exposait des sujets qu’ils ne voulaient pas voir ébruités. Le lecteur doit comprendre que nous parlons d’individus dont le pouvoir, l’influence et le contrôle étaient incomparables.

Dès le départ, chacun de ces conspirateurs initiaux a apporté des qualités et des relations de valeur pour la société secrète. Cecil Rhodes était le Premier Ministre de la Colonie du Cap, et il était le maître et le commandeur d’une vaste portion de l’Afrique Australe que certains commençaient déjà à appeler la Rhodésie. Sa fortune avait été construite par la répression brutale des autochtones [16] et les intérêts miniers mondiaux de la Maison de Rothschild [17], à qui il rendait des comptes. William Stead était le journaliste le plus connu de son époque et une voix que les gens ordinaires écoutaient. Lord Esher a représenté les intérêts de la monarchie depuis les dernières années de la Reine Victoria, tout au long des excès exubérants du Roi Édouard VII jusqu’au plus calme mais plus malléable Roi Georges V. Son influence était immense parce qu’il naviguait entre les monarques, l’aristocratie et les personnages politiques les plus éminents. Il présidait des comités secrets importants, était responsable des nominations au Cabinet Ministériel, aux rangs élevés du corps diplomatique et exprimait de fortes opinions personnelles à propos des plus hauts postes militaires [18]. Esher exerçait un pouvoir depuis derrière le trône dépassant de loin sa fonction constitutionnelle. Son rôle en tant que courtier d’influence pour le compte de l’Élite Secrète était sans égal. En effet, le Professeur Quigley l’avait surnommé « le plus grand des tireurs de ficelles de l’époque » [19].

Nathaniel « Natty » Rothschild

Un autre nom qui transpirait tout ce qui était puissant et possédait de l’influence en ce temps-là était celui de la dynastie Rothschild, et Quigley plaçait Lord Nathaniel (Natty) Rothschild au cœur même de l’organisation secrète [20]. Rothschild était tout-puissant dans le milieu bancaire britannique et mondial, et virtuellement intouchable.

La Maison de Rothschild était immensément plus puissante que tout empire financier l’ayant jamais précédé. Elle commandait une fortune gigantesque. Elle était internationale. Elle était indépendante. Les gouvernements monarchistes en étaient nerveux parce qu’ils ne pouvaient pas la contrôler. Les mouvements populaires la haïssaient parce qu’elle ne rendait pas de comptes au peuple. Les constitutionnalistes s’en défiaient parce que son influence s’exerçait dans les coulisses, en secret [21].

Pris tous ensemble les acteurs principaux, Rhodes, Stead, Esher, Rothschild et Milner représentaient une nouvelle force émergeant de l’intérieur du monde politique britannique; mais de puissantes et vieilles familles aristocratiques traditionnelles qui, depuis longtemps, avaient dominé Westminster – souvent de mèche avec le monarque régnant – étaient aussi intensément impliquées et parmi elles, aucune ne l’a autant été que la famille Cecil. Robert Arthur Talbot Gascoyne-Cecil, le patriarcal troisième Marquis de Salisbury, dirigea le parti Conservateur à la fin du dix-neuvième siècle. Il occupa la fonction de Premier Ministre par trois fois pour un total de quatorze années, entre 1885 et 1902 (plus longtemps que tout autre Premier Ministre de l’histoire récente). Quand il se retira du poste de Premier Ministre en juillet 1902, il confia les rênes du gouvernement au fils de sa sœur, Arthur Balfour. Lord Salisbury avait quatre frères et sœurs, cinq fils et trois filles qui étaient tous liés et croisés par mariage à des individus des plus hauts échelons de la classe dirigeante anglaise. Des postes gouvernementaux importants furent offerts à des relations, à des amis et à des appuis fortunés qui témoignaient de leur reconnaissance en s’assurant que ses opinions devenaient la politique du gouvernement, du service public et des cercles diplomatiques. Ce « Bloc pro-Cecil » était intimement lié à la « Société des Élus » et aux ambitions de l’Élite Secrète pendant la première moitié du vingtième siècle [22].

Un autre membre du noyau central, Lord Alfred Milner, requiert bien davantage d’attention parce qu’il a presque été effacé de l’histoire. Alfred Milner était un autodidacte et un fonctionnaire ayant connu une réussite remarquable, et qui est devenu une figure-clé de l’Élite Secrète, extrêmement puissant parmi les rangs de ces individus privilégiés. Rhodes et lui avaient été à Oxford au même moment, et étaient

Lord Alfred Milner

inextricablement liés par les événements en Afrique du Sud. Rhodes voyait en lui le genre d’acier nécessaire à la poursuite du rêve de domination planétaire: « Je soutiens Milner absolument et sans réserve. S’il dit paix, je dis paix; s’il dit guerre, je dis guerre. Quoiqu’il arrive, je suis d’accord avec Milner » [23]. Milner en vint, avec le temps, à être le plus capable d’entre eux, et à jouir du privilège et des appuis du pouvoir, un homme vers lequel se tournaient les autres, pour l’orientation et la direction.

Pendant qu’il était Gouverneur-Général et Haut-Commissaire en Afrique du Sud, Milner délibérément provoqué la Guerre des Boers afin de mettre la main sur l’or du Transvaal et utiliser les ressources de l’Afrique du Sud afin d’étendre et pérenniser le contrôle de l’Élite Secrète sur l’Afrique Australe. Il eut l’honnêteté de confesser dans une lettre à Rhodes, commandant-en-chef en Afrique du Sud, que

J’ai précipité la crise, qui était inévitable, avant qu’il ne soit trop tard. Ce n’est pas très agréable, du moins à mes yeux, pas l’exemple d’une affaire à mettre à mon crédit, que d’avoir été un accessoire important dans le déclenchement d’une grande guerre [24].

Il ne pérorait pas là sans euphémisme. L’explication détachée de Milner démontrait la froide objectivité qui animait la cause de l’Élite Secrète. La guerre était fâcheuse, mais nécessaire. Elle avait lieu d’être, et ils n’en avaient pas peur.

La guerre de l’Élite Secrète contre les Néerlandais commença en octobre 1899 et se termina avec la signature du Traité de Vereeniging, le 31 mai 1902. Les Républiques Boers (la République du Transvaal et l’État Libre d’Orange, ndlr) furent annexées à l’Empire britannique. L’or du Transvaal était enfin entre les mains de l’Élite Secrète, au prix de quelques 70.000 morts sur les champs de bataille, 32.000 morts dans les camps de concentration britanniques, dont plus de 20.000 enfants d’ascendance batave. Quelques trente mille fermes Boers furent brûlées jusqu’au sol, le bétail fut massacré et les femmes et enfants placés dans des camps de concentration. Dans les camps, les familles d’hommes combattant pour l’armée Boer étaient punies en ne recevant que la moitié de rations déjà maigres, sans aucune viande [25]. W.T. Stead, ancien membre du noyau central de l’Élite Secrète qui avait démissionné de dégoût face à la Guerre des Boers, fut bouleversé par les preuves qui lui étaient présentées. Il écrivit,

Chacun de ces enfants, mort par suite de la réduction par moitié des rations, ce qui exerçait  une pression sur leurs familles encore sur le champ de bataille, a été délibérément assassiné. Le système des demies-rations est exposé, nu et sans honte comme un acte politique d’état exécuté de sang-froid, employé dans le but d’assurer la reddition d’hommes que nous n’étions pas capables de vaincre sur le terrain [26].

Des tombes de victimes des camps de concentration britanniques lors de la Guerre des Boers

20.000 enfants, mourant dans des camps de concentration britanniques, ne revêtaient que peu d’importance pour Milner. Il était si fanatisé qu’il faisait fi de la pression de l’opposition qui montait contre lui. Il a averti son ami, Richard Haldane: « Si nous devons construire quoique ce soit en Afrique du Sud, nous devons ignorer, et complètement ignorer, les hurleurs » [27]. Il faut être un homme très fort pour ignorer les hurleurs, pour ignorer l’indignation morale, pour placer sa cause avant les considérations humanitaires. Certains politiciens de première ligne trouvent qu’il est presque impossible de résister au torrent de l’outrage public. Mais ceux qui sont derrière les rideaux, dans les coulisses secrètes du pouvoir parviennent facilement à dédaigner le « sentimentalisme ».

La période où Milner dirigea l’Afrique du Sud eut des conséquences très importantes pour le pays. Il administra les États vaincus de la République du Transvaal et de l’État Libre d’Orange en tant que territoires occupés et recruta pour les plus hauts postes de fonctionnaires une bande de jeunes hommes issus de familles aisées des classes supérieures, portant souvent des titres et qui devinrent connus sous le nom de « Maternelle de Milner » [28]. Ils remplacèrent le gouvernement et l’administration des Républiques Boers, et travaillèrent avec acharnement  à reconstruire le pays brisé [29]. Cette Maternelle était composée de sang neuf; des jeunes hommes éduqués – la plupart des diplômés d’Oxford – ayant un profond sens du devoir, de loyauté envers l’Empire et aptes à peupler la prochaine génération de la société secrète [30]. Dans la période entre 1909 et 1913, la Maternelle instaura des groupes semi-secrets connus sous le nom de Round Table Groups (Groupes de la Table Ronde, ndlr), aux USA et dans les principaux dominions britanniques.

Prenons l’exemple du Canada. De nombreux groupes de la table ronde canadiens ont été établis à partir de 1909. Lionel Curtis et Philip Kerr, du noyau central de l’Élite Secrète [31], partirent pour un périple de quatre mois au Canada en compagnie de William Morris de l’ « Association d’Aidants ». Le but de leur voyage était d’y poser les fondations de groupes de la Table Ronde, d’y renforcer les valeurs de l’Empire britannique et de les préparer à une guerre contre l’Allemagne. Ils portaient une lettre d’Alfred Milner à son vieil ami Arthur J. Glazebrook, lui demandant de l’aide pour établir les groupes. Glazebrook devint l’un des amis les plus loyaux et dévoués à la mission de l’Élite Secrète, et accomplit la tâche tant et si bien qu’il resta directeur des groupes de tout le Canada pendant vingt ans. Vincent Massey, un diplômé de Balliol College à Oxford et conférencier à l’Université de Toronto, fut un autre agent actif important pour l’Élite Secrète au Canada. Il allait continuer en tenant des postes ministériels et diplomatiques élevés, et devenir le Doyen de la prestigieuse école privée d’Upper Canada College, et de l’Université de Toronto [32]. Sir Edward Peacock, responsable d’une section d’internes (housemaster, ndlr) à l’Upper Canada College et Edward Rogers Wood, un homme d’affaires et financier éminent, étaient également très proches de la branche canadienne du groupe Milner [33]. Parmi les autres membres de l’Élite Secrète en lien avec le Canada figuraient Sir George Parkin, Percy Corbett, Sir Joseph Flavelle et George P. de T. Glazebrook [34]. Ce dernier était le fils du vieil ami de Milner, Arthur Glazebrook. Il avait aussi étudié au Balliol College d’Oxford, et en vint à enseigner l’histoire à l’Université de Toronto.

Les Groupes de la Table Ronde au Canada, comme ailleurs, n’étaient que d’autres appellations de l’ « Association d’Aidants », et seulement une portion de la société secrète puisque le vrai pouvoir résidait toujours auprès de la « Société des Élus ». Ce noyau central tout-puissant intégrait en son sein de nouveaux membres depuis le cercle extérieur comme le besoin s’en faisait sentir [35]. L’alliance de puissants banquiers d’investissement, politiciens, diplomates et barons de la presse partageait la même ambition tacite: la destruction de la puissance impériale allemande et la confirmation de la domination anglo-saxonne sur le monde.

L’argent n’a jamais été un problème pour l’Élite Secrète. Comme nous l’avons vu Natty Rotshchild, l’homme le plus riche du monde, était impliqué dès le départ, mais le « Pouvoir de l’Argent » s’étendait bien au-delà de cette unique source. Les multi-millionnaires du Rand (région aurifère d’Afrique du Sud, ndlr) Sir Abe Bailey et Sir Alfred Beit étaient membres du noyau central [36], et toujours prêts à soutenir financièrement les propositions de l’Élite Secrète et leurs groupes de propagande, ainsi qu’à appuyer Milner. Sir Ernest Cassel, un banquier d’investissement et l’un des hommes les plus riches de l’Europe d’avant-guerre, était lui aussi impliqué. Cassel, un ami proche du Roi Édouard VII, servait d’intermédiaire avec le gouvernement britannique et fournissait des fonds personnels à Lord Esher [37].

D’autres grands financiers et banquiers centrés autour de la City, le district financier et bancaire de Londres, partageaient la vision d’une puissance mondiale unique reposant sur les valeurs de la classe dirigeante britannique. Le monde était entré dans une ère de capitalisme financier où ces riches banquiers d’affaires internationales étaient capables de dominer en même temps l’industrie et le gouvernement, s’ils avaient la volonté conjointe de le faire [38]. Ce « Pouvoir de l’Argent » s’est infiltré dans l’establishment britannique, y rejoignant les familles aristocratiques de propriétaires fonciers qui avaient gouverné l’Angleterre pendant des siècles. Ensemble, ils siégeaient au cœur de l’Élite Secrète.

Dans sa « Confession de Foi », Cecil Rhodes avait écrit en faveur de la soumission du monde civilisé dans sa totalité au règne britannique, et à la « récupération » des États-Unis afin de faire de « la race anglo-saxonne un seul Empire » [39], entendant par là une Amérique blanche, anglo-saxonne et Protestante travaillant de tandem avec des esprits semblables en Angleterre. Clairement les États-Unis ne pouvaient pas être « récupérés » par la force des armes, et le rêve de Rhodes fut donc étendu pour inclure les élites fortunées des USA qui partageaient la même tournure d’esprit.

Rhodes souffrait de problèmes cardiaques et pulmonaires, et il était conscient que son espérance de vie était limitée. Il écrivit de nombreux testaments pour s’assurer que sa fortune allait servir à poursuivre son rêve. Sa stratégie a consisté en partie à doter de bourses d’études son Alma Mater, l’Université d’Oxford, croyant que l’exposition à la culture britannique, à sa philosophie et son éducation affermirait les meilleurs jeunes esprits des colonies et, plus important encore, des USA. Les bourses de Rhodes favorisaient les étudiants US; deux places étant allouées pour chacun des cinquante états et territoires, mais seulement soixante pour l’Empire britannique dans son ensemble. Les « meilleurs talents » des « meilleures familles » des USA devaient être nourries à Oxford, foyer spirituel de l’Élite Secrète et imbue d’une perception bien particulière de « l’anglicité » et de la « conservation de l’unité de l’Empire » [40]. Le Professeur Quigley a révélé que « les bourses n’étaient qu’une façade servant à cacher la société secrète ou plus précisément, elles allaient être l’un des instruments par lesquels les membres de la société secrète allaient mener l’objectif de Rhodes jusqu’à son terme » [41].

L’Élite Secrète avait évalué le vaste potentiel de l’Amérique, et avait ajusté le concept de suprématie de la race britannique à celui d’une suprématie de la race anglo-saxonne. Le rêve de Rhodes n’avait besoin que d’une légère modification. Le monde devait être uni par le biais des nations anglophones en une structure fédérale centrée autour de la Grande-Bretagne [42]. Alfred Milner devint le chef incontesté de la société secrète quand Cecil Rhodes mourut en 1902. Comme Rhodes, il croyait que l’objectif devait être poursuivi par une élite politique et économique secrète influençant « les agences de journalisme, de l’éducation et de la propagande », par les coulisses [43].

Le flux d’argent qui est entré aux USA au cours du dix-neuvième siècle a alimenté le développement industriel pour l’immense bénéfice de millionnaires qu’il a créés – Rockefeller, Carnegie, Morgan, Vanderbilt et consorts. Les Rothschild représentaient les intérêts britanniques soit directement avec des entreprises ayant pignon sur rue, soit indirectement via des agences qu’ils contrôlaient. Les voies ferrées, l’acier, la construction navale, le BTP, le pétrole et la finance ont fleuri dans un environnement de coupe-gorges dont certaines furent tranchées, bien que ce fut en fait plus apparent que réel. Ces petits groupes d’individus des deux côtés de l’Atlantique riches à outrance se connaissaient bien, et l’Élite Secrète à Londres initia un club très privé et secret, The Pilgrims (les pèlerins, ndlr), qui par la suite les a réunis de façon régulière.

L’Hôtel Carlton de Londres, en 1905

Le 11 juillet 1902, une réunion inaugurale fut tenue à l’Hôtel Carlton [44] de ce qui devint connu sous le nom de Chapitre Londonien de la Pilgrims Society, dotée d’une liste de membres sélectionnés limitée à 500, après examen individuel des candidats. En apparence, la société avait été créée pour « promouvoir la bonne volonté, la bonne amitié et la paix perpétuelle » [45] entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, mais son recrutement hautement confidentiel et exclusif laisse peu de doutes quand à son objectif réel. C’était là le vivier de richesse et de talent que l’Élite Secrète avait réuni pour promouvoir son agenda dans les années qui ont précédé la Première Guerre Mondiale. Derrière l’image des Pilgrim Fathers (Pères Fondateurs Pélerins des USA, allusion aux passagers du « Mayflower » en 1620, ndlr), des pionniers persécutés de valeurs chrétiennes, cette cabale d’élite défendait l’idée que « les Anglais et les Américains allaient promouvoir l’amitié internationale par leurs pèlerinages mutuels de part et d’autre de l’Atlantique » [46]. Elle s’est présentée comme un mouvement spontané de promotion de la démocratie à travers le monde [47] et nul doute que nombreux furent ses membres qui y ont cru, mais les Pilgrims comprenaient une collection triée sur le volet de certains des personnages les plus riches autant de Grande-Bretagne que des USA, qui étaient profondément impliqués dans l’Élite Secrète. Ils partageaient le rêve de Rhodes et voulaient y prendre part.

La branche de New York des Pilgrims fut lancée au Waldorf-Astoria le 13 janvier 1903 [48] et était constituée des banquiers, politiciens et avocats les plus importants de la Côte Est des USA. Ils ont établi une tradition d’étroite communication avec les Ambassadeurs de Grande-Bretagne et des USA [49]. Les connexions d’Ambassade des Pilgrims allaient s’avérer véritablement cruciales pour relier entre eux le Foreign Secretary (ministre des affaires étrangères britannique, ndlr) à Londres et le Secretary of State (son homologue aux USA, ndlr) à l’Élite Secrète et à son agenda belliciste. De nombreux Pilgrims US avaient également d’étroits liens avec la branche new-yorkaise de la Round Table de l’Élite Secrète.

En Grande-Bretagne, au moins dix-huit membres de l’Élite Secrète dont les Lords Rothschild, Curzon, Northcliffe, Esher et Balfour assistaient aux dîners des Pilgrims, bien que la régularité de leur présence soit difficile à établir. Tel est le problème persistant avec les groupes secrets. Nous savons certaines choses à propos des convives invités à dîner, mais rien du contenu de leurs discussions entre les services [50]. À New York, les membres comprenaient les dynasties Rockefeller et Morgan, ainsi que beaucoup d’hommes occupant des postes élevés au gouvernement. Au départ, le nombre de membres était ici aussi limité à 500 [51]. L’élite du pouvoir aux USA était concentrée à New York, possédait une influence considérable sur la politique domestique et internationale, et était fortement généreuse envers les Universités de Yale, Harvard et Princeton. Ils ont créé une version US de ce que Carroll Quigley avait appelé la pénétration sur trois fronts de l’Élite Secrète dans les domaines de la politique, de la presse et de l’enseignement [52]. La Pilgrims Society réunissait l’argent US et l’aristocratie britannique, la royauté, les ministres de gouvernement et les plus hauts diplomates. C’était une relation spéciale, à tous les égards.

De tous les établissements bancaires US, aucun n’était plus anglo-centré que la J.P. Morgan Bank, en outre profondément liée aux Pilgrims. Un citoyen US, George Peabody, fonda la banque à Londres en 1835. En 1854 il s’associa avec un partenaire, Junius Spencer Morgan (le père de John Pierpont Morgan); la banque fut renommée Peabody, Morgan & Co. et quand Peabody prit sa retraite en 1864, elle devint la J.S. Morgan Bank.

Les Rothschild avaient développé une relation étroite avec Peabody et Morgan, et en 1857 sauvèrent la banque à la suite d’un krach en organisant un énorme sauvetage financier venant de la Banque d’Angleterre. Bien que native des USA, la famille Morgan portait son affection pour l’Angleterre comme un insigne honorifique. En dépit de critiques cinglantes de la part de Thomas Jefferson comme quoi le beau-père de Junius, le Rév. John Pierpont, était « sous l’influence de la prostituée anglaise » [53], Junius envoya son fils à l’English High School de Boston. J.P. Morgan passa une grande part de ses tendres années à absorber les traditions anglaises, et il était un ardent anglophile et admirateur de l’Empire britannique.

John Pierpont Morgan

En 1899 J.P. Morgan voyagea en Angleterre pour assister à la Convention Internationale des Banquiers; il revint en Amérique promu représentant des intérêts des Rothschild aux États-Unis [54]. C’était la couverture parfaite. Morgan, qui se présentait comme un noble gardien Protestant du capitalisme et qui pouvait tracer ses origines familiales plus loin que l’époque révolutionnaire, agissait pour le compte des Rothschild et protégeait leurs bénéfices aux USA du poison de l’antisémitisme. En 1985, les Rothschild avaient secrètement regonflé leurs réserves en or aux USA par l’entremise de J.P. Morgan; ce faisant, ils l’ont élevé jusqu’aux premières loges du système bancaire international [55]. En retour, sa reconnaissance s’étendit à un autre protégé des Rothschild et figure éminente de l’Élite Secrète, Alfred Milner. En 1901, Morgan offrit à Milner un revenu énorme pour l’époque de $100.000 par an pour devenir un associé dans sa branche londonienne [56], mais Milner ne voulut pas que son attention soit distraite de l’affaire vitale de la Guerre des Boers. J.P. Morgan était un homme loyal à l’Empire, installé au cœur de l’Establishment US.

Une autre banque puissante de Wall Street, la Kuhn, Loeb & Co., servait également de façade pour les Rothschild. Jacob Schiff, un Allemand à la tête de a banque, était issu d’une famille proche des Rothschild [57], il était né dans la maison que ses parents partageaient avec les Rothschild dans le quartier juif de Francfort [58]. Schiff était un banquier européen expérimenté dont la carrière enjambait les deux continents, il avait des contacts à New York, Londres, Hambourg et Francfort. Son ami de longue date, Edward Cassel de l’Élite Secrète, fut engagé comme agent de la Kuhn, Loeb à Londres. Schiff dîna même avec le Roi Édouard sur les bases de la proche amitié qui liait Cassel avec le Roi [59]. Jacob Schiff avait épousé la fille de Solomon Loeb et, soutenu par l’or des Rothschild, avait rapidement pris le contrôle total de la Kuhn, Loeb & Co. Bank [60]. Schiff amena à son tour un jeune banquier allemand, Paul Warburg, jusqu’à New York pour l’aider à gérer la banque. Paul et son frère Max avaient fait une partie de leur apprentissage bancaire avec Natty Rothschild, à Londres. Comme la Peabody-Morgan Bank de Londres, la banque familiale Warburg de Hambourg avait été sauvée par une très grosse injection d’argent des Rothschild, et dès lors avait assurément servi de façade aux Rothschild.

En surface il y a eu des périodes de compétition acharnée entre les maisons d’investissement bancaire et les géants internationaux du pétrole, J.D. Rockefeller et les Rotshchild, mais au tournant du siècle ils avaient adopté une relation beaucoup plus subtile qui évitait toute réelle compétition. Une décennie plus tôt, le Baron Alphonse de Rothschild avait accepté l’invitation de rencontrer Rockefeller à New York dans la confidentialité des bureaux new-yorkais du siège de la Standard Oil, sur Broadway. Le porte-parole de Standard, John D Archbold [61], avait rapporté qu’ils avaient rapidement trouvé un accord de principe, et pensaient de part et d’autre qu’il était préférable que le sujet reste confidentiel. Clairement les deux comprenaient l’avantage de la collusion monopolistique. C’était une tendance de l’époque qu’ils ont par la suite développé à leur propre avantage. Dès les premières années du vingtième siècle la majeure partie de la rivalité supposée entre actionnaires majeurs de la banque, de l’industrie et du commerce était une façade bien commode, malgré leur vœu de voir les gens y songer tout autrement.

Songez, s’il vous plaît, à cette façade si pratique. Les biographes officiels des Rothschild affirment que les intérêts de la dynastie aux USA étaient limités, et que la Guerre Civile Américaine avait mené à « un déclin permanent de l’influence transatlantique des Rothschild » [62]. Toutes nos preuves attestent du contraire. Leurs associés, agents et sociétés-écran infiltraient la finance et l’industrie US. Leur influence était littéralement partout. J.P. Morgan, le chef reconnu de l’Establishment financier anglo-US était le relais principal du capital britannique [63] et l’ami personnel des Rothschild. Jacob Schiff de Kuhn, Loeb, un autre ami proche de la famille Rothschild, travaillait main dans la main avec Rockefeller dans le pétrole, les voies ferrées et les investissements bancaires. Jacob Schiff le Pilgrim était à la fois l’agent des Rothschild et un associé de confiance de J.D. Rockefeller, le Pilgrim. Morgan, Schiff et Rockefeller, les trois acteurs majeurs de Wall Street, s’étaient installés à la tête d’un confortable cartel derrière lequel la famille Rothschild restait cachée dans l’ombre, tout en conservant une influence et un pouvoir immenses. Le contrôle du capital et du crédit était de plus en plus concentré entre les mains de moins en moins d’hommes jusqu’à ce que les groupes de banques rivales cessent d’opérer dans des conditions de réelle compétition [64].

Cette collusion financière transatlantique sous-tendait le lien anglo-US par lequel l’Élite Secrète construisait son rêve de domination mondiale. Le contrôle politique avançait bras-dessus, bras-dessous avec le pouvoir financier. L’un des problèmes que devait gérer l’Élite Secrète était la démocratie, même le choix très limité qu’avaient à offrir les démocraties US et britannique. Le Professeur Quigley observa qu’Alfred Milner, et apparemment d’autres membres de l’Élite Secrète, croyait que « la démocratie n’est pas un bien sans mélange, ou même un bien, et est très inférieure au règne des meilleurs… » [65]. Ils y croyaient eux-mêmes, bien entendu, « les meilleurs »; et leur moralité n’excluait pas l’usage de la guerre pour accomplir ce qu’ils estimaient être leur mission civilisatrice: un nouvel ordre mondial reposant sur des valeurs de la classe dirigeante dans laquelle ils seraient les premiers parmi les hommes.

En Grande-Bretagne, confronté à un électorat qui changeait fréquemment d’allégeance entre le parti Conservateur et le parti Libéral, l’Élite Secrète sélectionna des hommes fiables et de confiance pour tenir des postes élevés dans les deux partis. Le Premier Ministre Arthur Balfour, un membre du noyau central de l’Élite Secrète [66] et le Foreign Secretary Lord Lansdowne commencèrent la réorientation de la politique étrangère britannique vers la guerre contre l’Allemagne, en ayant déjà la certitude que les Libéraux continueraient cette politique si et quand le peuple votait pour le changement. Herbert Henry Asquith, Richard Haldane et Sir Edward Grey furent les hommes choisis par Milner au sein du parti Libéral et « les objets de son attention spéciale » [67]. Leur devoir était de s’assurer qu’un gouvernement Libéral prenant le pouvoir suivrait une politique étrangère sans accroc qui servait le grand projet. Leurs relations avec l’Élite Secrète étaient impeccables. Ensemble, avec leur bon ami Arthur Balfour, ils ont été intimement impliqués dans les cercles intérieurs de la cabale. Leur allégeance allait au Roi, à l’Empire, au rêve de Milner et à l’héritage de Rhodes. Ils ont confronté les mêmes problèmes, analysé les mêmes alternatives et convenu des mêmes solutions. L’Allemagne devait tomber.

Les pontes des Libéraux Asquith, Grey et Haldane ont conspiré pour saper le leader anti-guerre du parti Libéral Campbell-Bannerman depuis l’intérieur de sa formation; ils y ont été soutenus à la fois par les chefs du parti Conservateur et par le Roi Édouard VII, lui-même un personnage-clé de l’Élite Secrète. Chaque acte majeur entrepris par le Foreign Office (Ministère des Affaires Étrangères britannique, ndlr) britannique à partir de 1902 était fondamentalement dicté par le but de destruction de l’Allemagne. Les Traités avec le Japon, l’Entente Cordiale avec la France ainsi que toutes ses clauses secrètes, les conventions secrètes conclues entre le Roi Édouard et le Tsar russe servaient cet unique objectif. En clair, les grandes armées terrestres de la France et de l’Allemagne étaient requises pour écraser l’Allemagne.

Aux USA comme en France, le pouvoir politique était garanti par des incitations financières et la désignation des candidats appropriés, en d’autres termes par des pots-de-vin et par la corruption. Le Sénateur Nelson Aldrich de Rhode Island fut choisi par l’Élite Secrète pour être au Sénat la voix d’une « économie saine ». Riche homme d’affaires et beau-père de J.D. Rockefeller Jr., Aldrich était connu comme « le courtier de Morgan au Sénat » [68]. Sans honte dans ses excès, il utilisait la fonction publique pour améliorer encore

Le Sénateur Nelson Wilmarth Aldrich

davantage son sort déjà confortable. La fonction publique n’était guère plus pour lui qu’une vache à lait, avec laquelle il s’est fait construire un château de 90 chambres, et voguait sur un yacht de 70 mètres [69]. En l’espace de deux ans le Pouvoir de l’Argent travailla patiemment sur son Sénateur d’élection pour en faire un « expert » des systèmes bancaires. Le Congrès nomma une Commission Monétaire Nationale en 1908 avec Aldrich comme Président, afin de revoir le système bancaire US. Ses membres ont fait le tour de l’Europe, soi-disant pour recueillir des données sur divers systèmes bancaires. Le rapport final d’Aldrich cependant, ne fut pas le résultat d’une tournée d’études européennes, mais celui d’une conspiration collective.

En novembre 1910, cinq banquiers représentant les intérêts de Morgan, de Rockefeller et de la Kuhn Loeb, rencontrèrent dans le plus grand secret le Sénateur Aldrich et le Ministre Adjoint au Trésor US sur Jekyll Island, un terrain de jeu pour ultra-riches non loin des côtes de Géorgie. Des sept conspirateurs cinq, le Sénateur Aldrich, Henry Davison, Benjamin Strong, Frank Vanderclip et Paul Warburg, étaient des membres des Pilgrims [70]. Leur objectif était de formuler une Loi de Banque Centrale pouvant être présentée au Congrès comme si elle était l’enfant de la Commission Monétaire d’Aldrich.

Le « Système de Réserve Fédérale » proposé devait entièrement être la propriété de banques privées, bien que son nom suggère qu’il s’agissait d’une institution publique. Des personnes issues des dynasties bancaires US dont Morgan, Warburg, Schiff et Rockefeller, en détiendraient les parts. Cela devait être une banque émettrice centrale qui disposerait du monopole sur tout l’argent et le crédit du peuple des USA. Elle contrôlerait les taux d’intérêts ainsi que le volume d’argent en circulation. Le Système de Réserve Fédérale élaboré sur Jekyll Island disposait de pouvoirs dont le Roi Midas n’eut pu imaginer. L’objectif était d’établir une franchise pour créer de l’argent à partir de rien pour pouvoir ensuite le prêter, faire en sorte que le contribuable endosse toutes les pertes, et convaincre le Congrès que le but était la protection du public [71].

Les propositions d’Aldrich n’ont jamais été votées. Le Président Taft refusa de soutenir le texte de loi parce qu’il n’imposait pas suffisamment de contrôle gouvernemental sur les banques. Le Pouvoir de l’Argent décida que Taft devait partir. Leur soutien lors de l’élection présidentielle de 1912 s’est porté sur Woodrow Wilson, un homme presque inconnu. La vitesse avec laquelle Wilson fut transféré de son poste à l’Université de Princeton en 1910 à celui de Gouverneur du New Jersey en 1911, puis à la candidature du Parti Démocrate en 1912 a fait de lui le Solomon Grundy de la politique US.

Le Président US Woodrow Wilson (à droite) et Edward Mandell House (à gauche)

Non seulement l’Élite Secrète avait placé son homme à la Maison Blanche, ils lui ont aussi donné un surveillant en la personne d’Edward Mandell House. Woodrow Wilson était le Président des États-Unis mais ce personnage dans l’ombre se tenait à ses côtés, contrôlant chacun de ses gestes. House, un anglophile qui avait partiellement été éduqué en Angleterre, fut crédité d’avoir influencé la Convention Démocrate de 1912 à Baltimore en faveur de Wilson [72]. Il devint dès lors le compagnon constant de Woodrow Wilson, avec sa propre suite de pièces à la Maison Blanche. Il était aussi en contact direct, parfois quotidien, avec J.P. Morgan Jr, Jacob Schiff, Paul Warburg et des Sénateurs Démocrates qui appuyaient la Loi de Réserve Fédérale [73]. Mandell House orientait le Président dans tous les aspects de la politique domestique et étrangère, il sélectionna son gouvernement et formula les premières politiques de son Administration [74]. Il était le principal intermédiaire entre le Président et ses sponsors de Wall Street [75]. Le Pouvoir de l’Argent anglo-centré possédait un contrôle total sur la Maison Blanche, et parvint finalement à établir sa banque centrale à temps pour la guerre de l’Élite Secrète.

Considérez le sens de cette coïncidence. Alimentés par de vastes sommes d’argent de l’Élite Secrète transférées via St. Pétersbourg des politiciens français, des journaux et des journalistes ont été corrompus afin d’élire le revanchard va-t-en guerre Raymond Poincaré à la Présidence de la République Française. En

Le Président français Raymond Poincaré

février 1913 deux puissances majeures, les USA et la France, avaient de nouveaux Présidents élus à cette fonction par le biais des machinations de l’Élite Secrète. Ils avaient positionné des acteurs essentiels au sein des gouvernements britannique, français et des USA, et exerçaient une influence considérable sur le ministère russe des affaires étrangères. La politique, l’argent et le pouvoir étaient les piliers sur lesquels l’élite anglo-saxonne allait détruire l’Allemagne et prendre le contrôle du monde.

Tout ce qu’il manquait, c’était de concocter un prétexte à la guerre. Les refus du Kaiser de se laisser entraîner dans la guerre contre la France et la Grande-Bretagne à travers les crises au Maroc de 1905 et 1911 ont exigé de reconsidérer le problème. L’hystérie publique en Grande-Bretagne à propos d’espions fut développée en une industrie artisanale, avec la publication de livres à peine lettrés et d’articles insensés dans les journaux de Northcliffe, qui dépeignaient l’Allemagne comme une nation belliciste et dangereuse de Huns se préparant à bondir sur une Grande-Bretagne ne se doutant de rien, et mal préparée. Pareillement en France, à travers des pots-de-vin flagrants et par le biais de la corruption, à la fois la presse et les revanchards du paysage politique français alimentaient un sentiment germanophobe. Mais l’Allemagne n’était résolument pas disposée à s’impliquer dans une guerre européenne.

À partir de 1912 l’Élite Secrète orienta son regard vers les Balkans pour trouver une excuse à la guerre. Alexandre Isvolski, leur meilleur agent russe, avait été stratégiquement placé à Paris d’où il a dirigé l’agitation dans les Balkans.

Le mélange de diversité ethnique, d’animosités religieuses, d’intrigue politique et de nationalisme brut a délibérément été fouetté pour produire deux guerres balkaniques brutales qui d’elles-mêmes auraient pu entraîner une guerre pan-européenne, mais le Kaiser refusa de prendre l’appât.

Il y avait besoin de quelque chose de plus dramatique, de plus sensationnel. La notion propagée par de nombreux historiens, selon laquelle une guerre mondiale était « inévitable » ou que le monde était en train de « glisser » vers la guerre est inepte. La chance n’a pas fait partie de l’équation. Il a fallu un jeu complexe d’événements manipulés et activés par des hommes déterminés pour installer la mèche. Ensuite, il ne restait plus que l’étincelle devant l’allumer. Celle-ci survint avec l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand, héritier du trône de l’Empire d’Autriche-Hongrie, à Sarajevo le 28 juin 1914. Des mots ont été écrits par millions pour décrire les événements de Sarajevo de cette journée, mais aucun n’a jamais révélé la piste de complicité menant des forcenés jusqu’à l’Élite Secrète, à Londres. Soyez sûrs d’une chose. Ce n’est pas l’homme qui a tiré la balle qui a déclenché la guerre mondiale.

L’arrestation de Gavrilio Princip, l’homme qui tua l’Archiduc François Ferdinand d’Autriche-Hongrie à Sarajevo, le 28 juin 1914

Ainsi la guerre a englouti le monde connu à un degré jusqu’alors sans précédent. Des récits historiques ont été écrits afin d’en expliquer les causes, des récits favorisant les vainqueurs et tordant la vérité pour placer le blâme sur les épaules des Allemands. La façon dont l’histoire a été manipulée, les preuves soustraites, brûlées, détruites ou encore refusées à de vrais chercheurs demeure un crime contre la vérité, un crime contre l’humanité. Le récit historique que nous avons reçu de la Première Guerre Mondiale est un mensonge dont la fabrication fut délibérée; mais ce n’était pas le cas des sacrifices, de l’héroïsme, de l’atroce gâchis de vies humaines et de la misère qui l’ont suivi. Non, ceux-ci étaient très réels, mais la vérité sur l’origine de cette guerre et la façon dont elle fut inutilement et délibérément prolongée au delà de 1915 a été camouflée avec succès pendant un siècle.

Le Professeur Quigley affirmait,

Aucun pays chérissant sa sécurité ne devrait permettre ce qu’a accompli le groupe de Milner – c’est-à-dire qu’un petit groupe d’hommes soit à même de manier un tel pouvoir dans l’administration et dans la politique, obtienne un contrôle presque total sur la publication de documents relatifs à ses actes, puisse exercer une telle influence sur les avenues de l’information qui suscitent l’opinion publique, et soit capable de monopoliser si entièrement l’écriture et l’enseignement de l’histoire de sa propre époque [76].

Jamais des mots aussi vrais n’ont été exprimés en un avertissement si pressant. Ces Pères Fondateurs, l’Élite Secrète, ont démarré avec la société secrète de Rhodes et se sont répandus de l’autre côté de l’Atlantique, toujours à l’abri du regard du public. Ils étaient des fossoyeurs de démocratie, des hommes qui ont toujours suivi leur propre agenda maléfique; ils se sont servis des procédés décrits ci-dessus pour promouvoir et asseoir leur pouvoir. Ce qu’ils ont accompli en provoquant la Première Guerre Mondiale n’a été que la première étape de leur effort à long terme de création d’un Nouvel Ordre Mondial.

Source: http://www.globalresearch.ca/new-world-order-the-founding-fathers/5445255

Note de Global Research: Gerry Docherty est un ancien directeur d’école. Jim Macgregor a été médecin généraliste. Ils ont pris leur retraite avec de l’avance et ont travaillé ensemble à plein temps ces cinq dernières années, faisant des recherches pour écrire « Hidden History – The Secret Origins of the First World War » (histoire cachée – les origines secrètes de la Première Guerre Mondiale, ndlr), décrit au Festival International du Livre d’Édimbourg comme un « livre fascinant et incendiaire ». Il révèle comment la relation historique des origines de la guerre a été falsifiée pour dissimuler la culpabilité d’une cabale secrète d’hommes riches et puissants (décrits dans cet article), et explique leurs manipulations et leurs duperies. Peut-être souffrira-t-il le même destin que le travail de Carroll Quigley, car d’aucuns ont intérêt à ce qu’il soit caché sous le boisseau. Si vous avez un esprit ouvert et cherchez des réponses qui résistent à venir, si vous êtres prêt(e)s à creuser davantage un aspect immensément important de l’histoire, nous vous invitons à le lire.

Pour davantage de détails visitez le blog des auteurs à http://firstworldwarhiddenhistory.wordpress.com/

Article initialement publié en juillet 2013

Notes:

[1] W.T. Stead, The Last Will and Testament of Cecil John Rhodes, p. 62

[2] Ibid., p. 55

[3] Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment, p. 6

[4] Carroll Quigley, Tragedy and Hope, pp. 130-131

[5] Joan Veon, The United Nations Global Straightjacket, p. 68

[6] J.A. Hobson, John Ruskin, Social Reformer, p. 187

[7] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 3

[8] Edward Griffin, The Creature from Jekyll Island, p. 272

[9] Quigley, Anglo-American Establishment, pp. 4-5

[10] L’interview peut être écoutée à http://www.youtube.com/watch?v=JeuF8rYgJPk

[11] Quigley, Anglo-American Establishment, p. x

[12] Ibid.

[13] http://www.youtube.com/watch?v=JeuF8rYgJPk

[14] Quigley, Anglo-American Establishment, p. xi

[15] http://www.youtube.com/watch?v=JeuF8rYgJPk

[16] Neil Parsons, A New History of Southern Africa, pp. 179-181

[17] Niall Ferguson, The House of Rothschild, The World’s Banker, p. 363

[18] James Lees-Milne, The Enigmatic Ewdardian, pp. 162-168

[19] Quigley, Tragedy and Hope, p. 216

[20] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 311

[21] Derek Wilson, Rothschild: The Wealth and Power of a Dynasty, pp. 98-99

[22] Quigley, Anglo-American Establishment, pp. 16-17

[23] Stead, Last Will and Testament, p. 108

[24] Thomas Pakenham, The Boer War, p. 115

[25] Emily Hobhouse, The Brunt of War and Where It Fell, p. 174

[26] W.T. Stead, cité par Hennie Barnard dans The Concentration Camps 1899-1902 à www.boer.co.za/boerwar/hellkamp.htm

[27] Pakenham, The Boer War, p. 483

[28] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 7

[29] Quigley, Tragedy and Hope, p. 138

[30] William Nimocks, Milner’s Young Men, p. 21

[31] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 312

[32] Ibid., p. 7

[33] Ibid., pp. 86-87

[34] Ibid., p.314

[35] Ibid., p. 4

[36] Ibid., p. 312

[37] Quigley, Tragedy and Hope, p. 216

[38] Ibid., pp. 60-61

[39] Stead, The Last Will and Testament, p. 59 http://www.publicintelligence.net/the-last-will-and-testament-of-cecil-john-rhodes-1902/

[40] Ibid., p. 34

[41] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 33

[42] Ibid., p. 49

[43] Ibid.

[44] Anne Pimlot Baker, The Pilgrims of Great Britain, p. 12

[45] New York Times, 3 mars 1903

[46] Baker, Pilgrims of Great Britain, p. 13

[47] E.C. Knuth, The Empire of The City, P. 64

[48] Baker, The Pilgrims of the United States, p. 3

[49] Baker, Pilgrims of Great Britain, p. 16

[50] Bien qu’il soit possible de faire la liste des personnes en l’honneur de qui ces dîners ont été organisés, l’identité des membres individuels qui y ont assisté demeure un secret.

[51] Baker, Pilgrims of The United States, p. 9

[52] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 15

[53] Webster G Tarpley et Anton Chaitkin, George Bush: The Unauthorised Biography, p. 136

[54] W.G. Carr, Pawns in the Game, p. 60

[55] G. Edward Griffin, interview http://www./educate-yourself.org/cn/gedwardgriffininterview02apr04.shtml

[56] Quigley, Tragedy and Hope, p. 951

[57] Ron Chernow, The Warburgs, pp. 46-48

[58] Stephen Birmingham, Our Crowd, p. 175

[59] Chernow, The Warburgs, p. 51

[60] Carr, Pawns in the Game, p. 61

[61] Initialement ouvertement critique à l’égard de Standard Oil, Archbold fut recruté par Rockefeller à un poste de direction de l’entreprise, où il officia plus tard en tant que vice-président puis président, jusqu’à sa ‘chute’ en 1911.

[62] Ferguson, House of Rothschild, p. 117

[63] Chernow, Titan, The Life of John D Rockefeller Sr., p. 390

[64] Edward Griffin, The Creature from Jekyll Island, p. 436

[65] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 134

[66] Ibid., p. 312

[67] Terence H. O’Brien, Milner, p. 187

[68] Gary Allen, None Dare Call it Conspiracy, Chapter 3, p. 8

[69] Chernow, Titan, p. 352

[70] Organisation for the Study of Globalisation and Covert Politics, https://wikispooks.com/ISGP/organisations/Pilgrims_Society02.htm

[71] Griffin, Creature from Jekyll Island, p. 23

[72] Ibid., p. 240

[73] Ibid., p. 458

[74] George Sylvester Viereck, The Strangest Friendship in History: Woodrow Wilson and Colonel House, p. 4

[75] Ibid., pp. 35-37

[76] Quigley, Anglo-American Establishment, p. 197

Comment le gouvernement US a créé WikiLeaks par inadvertance

julian_assange

Par Peiter Zatko, le 14 septembre 2013

J’étais en Allemagne pour le Congrès du Chaos Computer Club 2009, une conférence de hackers, et après avoir assisté à une série de réunions je rentrais vers mon hôtel quand j’ai aperçu Julian Assange. Ceci était antérieur à mon travail en tant que directeur de projet à DARPA comme hacker-en-résidence, si vous voulez. C’était aussi avant que WikiLeaks ne publie la vidéo « Collateral Murder » et des centaines de milliers de câbles diplomatiques, les allégations de viol suédoises, et Julian se retrouvant prisonnier virtuel, cloîtré dans la mission diplomatique équatorienne à Londres.

Comme je n’avais pas vu Julian depuis plus d’une décennie, je le saluai, et nous convînmes d’aller dîner et de rattraper le temps passé. Après avoir repensé à l’ancien gang – lui et moi avions fait partie du même « milieu » de hackers, comme dirait Julian – je lui demandai pourquoi il s’était esquivé du monde des hackers pour former WikiLeaks.

Ce que je savais, c’est que Julian était parti étudier les mathématiques et la physique à l’Université de Melbourne. Il travaillait sur un système de cryptage de fichiers « résistant », aussi connu sous le nom de système de « tuyau en caoutchouc ». La théorie était que si votre disque était crypté et que quelqu’un vous menaçait de vous frapper avec un tuyau en caoutchouc si vous ne le décryptiez pas, vous pouviez le berner en décryptant un système de fichiers secondaire et inoffensif sans révéler le réel contenu de tous vos fichiers encore cryptés. (Il y a un problème avec ceci, bien sûr. Si les méchants pensent que vous avez un système de tuyau en caoutchouc, même si vous décryptez votre disque dur, ils pourront penser que vous leur cachez toujours des choses et continuer à vous rouer de coups. Mais je m’égare.)

Julian m’expliqua que son travail universitaire était financé par une bourse du gouvernement US, spécifiquement de l’argent de la NSA et de DARPA, et qui devait servir à de la recherche fondamentale en sécurité. C’était une époque où l’administration Bush et le ministère de la Justice étaient en train de classer confidentielles beaucoup de recherches fondamentales et de tarir les financements universitaires. Ces Universités reçurent le message qu’ils ne pouvaient plus travailler sur les recherches qu’ils avaient menées, et que ce qu’ils avaient déjà fait était classé confidentiel. Dans un rebondissement à la Joseph Heller, ils n’avaient même pas le droit de savoir ce que c’était qu’ils avaient déjà découvert.

Selon Julian, le gouvernement US a étendu un filet si vaste que même la recherche scientifique généraliste, dont les productions ont toujours été publiées ouvertement, se trouvait prise dans les filets états-uniens du secret. Comme vous pouvez l’imaginer, ceci n’était pas trop du goût de Julian, parce que son travail avait également été financé par l’une de ces filières de financement de recherche fondamentale et celle-ci sucrée.

Voici donc un citoyen non-US dans une Université à l’étranger menant des études de quatrième cycle, et les USA sont venus bouler là-dedans et n’ont pas seulement soufflé le financement et tué ses études, ils l’ont aussi empêché de savoir ce qu’il avait été financé à rechercher.

C’est à ce moment-là, me dit Julian, qu’il décida de se vouer à exposer les organisations qui essayent de conserver des secrets et de retenir l’information dans un effort pour garder les masses ignorantes et dans le désavantage.

Donc vous voyez, en fonction de la personne à qui vous posez la question, le gouvernement US a en fait contribué à la création de WikiLeaks. Et le reste, comme ils disent, c’est de l’histoire.

Source: http://pandodaily.com/2013/09/14/how-the-us-government-inadvertently-created-wikileaks/

Julian Assange : “La vraie guerre, c’est la guerre de l’information”

Julian Assange lors d’une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 – AFP

Julian Assange lors d’une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 – AFP

Le codage des messages, ou cryptographie, doit permettre aux petits Etats de se défendre contre les plus grands, assure le fondateur de WikiLeaks dans une tribune exceptionnelle. Car, de Pékin à Washington, le contrôle des communications est aujourd’hui une arme de guerre.

La plupart des premiers “cypherpunks” [groupes de personnes intéressées par la cryptographie, l’ensemble des techniques de codage et de décodage de messages] étaient des militants libertariens de Californie. Je n’étais pas issu de la même tradition, mais nous étions tous unis par notre volonté de protéger les libertés individuelles contre la tyrannie de l’Etat. La cryptographie était notre arme secrète.

Les gens ont oublié à quel point cet outil était subversif. A l’époque, la cryptographie était la propriété exclusive des Etats, qui s’en servaient pour conduire leurs guerres. En concevant notre propre logiciel et en le diffusant au maximum, nous avons libéré la cryptographie. Nous l’avons démocratisée et disséminée à travers les frontières du nouvel Internet.

(suite…)

Armes silencieuses pour guerres tranquilles

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Le document suivant, daté de Mai 1979, a été trouvé le 7 Juillet 1986 dans un photocopieur IBM acheté à une vente de surplus militaire. Négligence ou fuite intentionnelle, il semble que ce document ait été en la possession des services secrets de l’US Navy. Le document, par sécurité, ne porte pas la signature de l’organisation dont il provient. Mais des recoupements d’informations et de dates laissent supposer qu’il pourrait s’agir du Groupe de Bildergerg, un « club de réflexion » qui rassemble des personnes extrêmement puissantes des mondes de la finance, de l’économie, de la politique, de l’armée et des services secrets. Le document se présente comme un « manuel de programmation » de la société, apparemment destiné aux nouveaux membres de l’organisation. Ce document pourrait aussi avoir été écrit par un auteur de science-fiction inspiré, ou par un journaliste bien informé.

Vrai ou faux, l’important est que les stratégies qui sont décrites ici sont très largement appliquées dans les orientations de l’économie et de la société depuis 30 ans, dans tous les pays occidentaux, et avec une remarquable synchronisation. Publié en annexe du livre « Behold a pale horse » de William Cooper, Light Technology Publishing, 1991 TOP SECRET Silent weapons for quiet wars (Armes silencieuses pour guerres tranquilles), An introductory programming manual Operations Research Technical Manual TM-SW7905.1 Bienvenue à bord. Cette publication marque le 25ème anniversaire de la Troisième Guerre Mondiale, appelée « guerre tranquille », et conduite en utilisant des armes biologiques subjectives, qualifiées « d’armes silencieuses ». Sécurité. Il est manifestement impossible de parler d’engineering social, ou d’automatisation d’une société (engineering des systèmes d’automatisation sociale ou « armes silencieuses ») sur une échelle nationale ou internationale sans impliquer de vastes objectifs de contrôle social et de destruction de la vie humaine (c’est à dire d’esclavage et de génocide).

Ce manuel est en lui-même une déclaration d’intention de ce type. Un tel écrit doit être tenu à l’abri du regard du public. Autrement, il pourrait être reconnu comme une déclaration formelle et technique de guerre intérieure. De plus, dans le cas où une personne ou un groupe de personnes dans une position de pouvoir importante utiliseraient une telle connaissance et une telle méthodologie pour la conquête économique, il doit être compris qu’un état de guerre intérieure existe alors entre ce groupe de personnes et le public. La solution aux problèmes de notre époque requièrent une approche impitoyablement franche, sans s’embarrasser de valeurs religieuses, morales, ou culturelles. Vous avez été sélectionné pour ce projet en raison de votre capacité à regarder la société humaine avec une froide objectivité, et encore d’analyser ou de discuter de vos observations et conclusions avec des capacités intellectuelles similaires sans la perte de la discrétion ou de l’humilité. De telles vertus sont exercées dans votre propre intérêt supérieur. Ne déviez pas d’elles. Introduction historique. La technologie des armes silencieuses a évolué à partir d’Operations Research (O.R.), une méthodologie stratégique et tactique développée par l’état-major militaire en Angleterre durant la Seconde Guerre Mondiale.

Le but original d’Operations Research était d’étudier les problèmes stratégiques et tactiques de défense aérienne et terrestre avec pour objectif l’utilisation effective de ressources limitées contre des ennemis étrangers. Il fut bientôt reconnu par ceux en position de pouvoir que les mêmes méthodes pouvaient être utiles pour contrôler totalement une société. Mais de meilleurs outils étaient nécessaires. L’engineering social (l’analyse et l’automatisation d’une société) requièrent la mise en relation d’une grande quantité d’informations économiques toujours changeantes, si bien qu’un système ultra-rapide de traitement de l’information était nécessaire pour prendre de vitesse la société, et prédire quand celle-ci sera parvenue à sa capitulation. Les calculateurs à relais étaient trop lents, mais l’ordinateur électronique, inventé en 1946 par J.Presper Eckert et John W.Mauchly remplit la mission.

L’étape décisive suivante fut le développement d’une méthode de programmation par lignes en 1947, par le mathématicien George B. Dantzig. Puis en 1948, le transistor, inventé par J. Bardeen, W. H. Battrain, and W. Shockley, promit le champ d’action de l’ordinateur à une expansion rapide grâce à la réduction de l’espace et de l’énergie nécessaires. Avec ces trois inventions sous leur direction, ceux qui étaient en position de pouvoir pressentirent fortement qu’il était possible pour eux de contrôler l’ensemble du monde en appuyant sur un bouton. Immédiatement, la Fondation Rockfeller mit ceci en application en subventionnant un cycle d’études de 4 ans au Harvard College, fondant le Harvard Economic Research Project pour étudier la structure de l’économie américaine. Un an plus tard, en 1949, l’US Air Force se joignait au projet. En 1952, la période d’études se termina, et une rencontre à haut niveau de l’Elite était conduite pour déterminer la prochaine phase des recherches en opérations sociales.

Le projet Harvard avait été très fructueux, et quelques uns de ses résultats furent publiés en 1953, suggérant la possibilité d’un engineering socio-économique (*). Avec la fusion nucléaire en 1954, la promesse de sources d’énergie illimitées à partir de l’hydrogène lourd de l’eau de mer, et en conséquence la disponibilité d’un pouvoir social illimité, était une possibilité éloignée de seulement quelques décennies. La combinaison était irrésistible. La « Guerre Tranquille » fut tranquillement déclarée par l’Elite Internationale lors d’une rencontre tenue en 1954. Bien que le système des armes silencieuses fut presque conçu 13 ans plus tôt, l’évolution de ce nouveau système d’armes n’a jamais souffert de revers ou de contretemps majeurs. Ce volume marque le 25ème anniversaire du début de la « Guerre Tranquille ». D’ores et déjà, cette guerre intérieure a remporté beaucoup de victoires sur beaucoup de fronts à travers le monde. (*) « Studies in the Structure of American Economy » (1953), par Vassili Leontief (directeur du Harvard Economic Research Project), International Science Press Inc., White Plains, New York. Introduction politique

http://www.fichier-pdf.fr/2012/08/20/armes-silencieuses-pour-guerres-tranquilles/

Source: http://globalepresse.com/2013/07/08/1241/

Déclaration de WikiLeaks sur la sortie de M. Edward Snowden de Hong-Kong

snowdenapDimanche 23 juin, 13:00

POUR DIFFUSION IMMÉDIATE

M. Edward Snowden, le lanceur d’alerte états-unien qui a dévoilé les preuves d’un régime global de surveillance conduit par les agences de renseignement des USA et du Royaume-Uni, a quitté Hong-Kong en toute légalité. Il est en route vers une nation démocratique via un itinéraire sûr pour des raisons d’asile, et est escorté par des diplomates et des conseillers juridiques de WikiLeaks.

M. Snowden a demandé à ce que WikiLeaks fasse usage de son expertise juridique et de son expérience pour assurer sa sécurité. Une fois que M. Snowden sera arrivé à sa destination finale sa requête sera formellement adressée.

L’ancien Juge espagnol M. Baltasar Garzon, directeur juridique de WikiLeaks et Avocat de Julian Assange, a fait la déclaration qui suit:

L’équipe juridique de WikiLeaks et moi-même sommes intéressés par la sauvegarde des droits de M. Snowden et par la protection de sa personne. Ce qui est fait à M. Snowden et à M. Assange – pour avoir fait ou facilité des révélations dans l’intérêt du public – est un assaut contre le peuple.

Source: http://wikileaks.org/WikiLeaks-Statement-On-Edward.html

Et: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,19759.0.html

Stratfor Files: Re: [alpha]APERÇU – TURQUIE – la politique étrangère de l’AKP

Email-ID 73390
Date 2011-06-02 19:04:18
From bokhari@stratfor.com
To alpha@stratfor.com

Mes commentaires ci-joint

Le 01/06/2011  17h02, Michael Wilson écrit:

PUBLICATION: historique/analyse
ATTRIBUTION: n/a
DESCRIPTION de la SOURCE:
Chef de la branche DC de SETA, principal groupe de réflexion de l’AKP;
grand sympathisant de l’ AKP, proche de Davutoglu
Crédibilité : B
CRÉDIBILITÉ DE L’INFORMATION : 2-3
DISTRIBUTION: Alpha
CONTRÔLEUR  de la SOURCE: Reva

2012-634853902646114570-611_485x310Je reviens à l’instant d’un déjeuner qui a duré près de 3 heures avec cette source turque. Il dirige le principal groupe de réflexion de l’AKP (Adalet ve Kalkinma Partisi, parti pour la justice et le développement, ndt) pour le SETA de DC (*), et est le représentant de la politique étrangère de la Turquie aux USA. Davutoglu et lui sont proches (la source prend toujours la défense de Davutolgu et pense que (notre) George et D sont des âmes sœurs) et vient juste de rentrer d’Ankara, où il a beaucoup travaillé avec Davutoglu. SETA est l’objet d’une importante expansion en ce moment. Au lieu d’être simplement un groupe de réflexion turc, ils sont en train de le transformer en un groupe de réflexion régional avec des bureaux au Caire, à Bruxelles et à Moscou (qui s’ajoutent aux deux de Washington et Ankara).

L’AKP injecte énormément d’argent dans l’institut, essayant de le renforcer pour en faire une extension de la politique étrangère du gouvernement. Ayant moi-même été impliqué dans un important projet visant à développer un groupe de réflexion il y a quelques années, je sais que c’est une entreprise financière énorme! Même pour un seul bureau, et à présent il s’agit de passer de 2 à 5. D’où viennent les fonds? Ils ne peuvent sans doute pas utiliser les moyens financiers de l’état. L’AKP et Gülen disposent de fonds limités qui sont réservés aux dépenses de fonctionnement et aux projets en cours. Ou bien l’argent provient d’hommes d’affaires turcs pro-AKP ou bien de sources Khaleeji (Golfe Persique, ndt) qui partagent leurs idées.

(Parenthèse – j’ai demandé pourquoi à ces sites-là; il m’a répondu que la Turquie ne veut pas être établie dans le Caucase afin de ne pas « offenser » la Russie dans sa périphérie; le Caire est une bonne option parce que cela permet à la Turquie de se mettre à la portée du monde arabe, l’Afrique du Nord en particulier; la Turquie peut facilement être en contact avec l’Irak depuis Ankara et SETA ne veut pas être considéré comme une agence de renseignements dans ces pays). Le Caire a été choisi parce que C’EST LE LIEU où les Turcs (en particulier l’AKP) veulent étendre leurs activités en accord avec leur politique étrangère et également pour des raisons historiques.

Ils pensent maintenant que la transition vers un système multipartite est une opportunité à saisir. Il y a beaucoup à y gagner en utilisant leur influence pour façonner les différents courants de pensée. Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, Gamal Moubarak a dit que l’Égypte est prête à accepter la Turquie en tant qu’acteur régional majeur, mais pas l’Iran. Dans le secteur civil égyptien, beaucoup voient la Turquie comme un modèle de développement politique où islamistes et laïcs peuvent coexister dans un cadre politique. De la même façon, durant la période post-Moubarak, l’armée égyptienne va regarder du côté de la TSK (les forces armées turques, ndt) pour voir comment elle a pu guider le processus démocratique.

De plus, en étant basé au Caire, on peut avoir une très bonne idée des courants géopolitiques qui traversent le monde arabe. L’Égypte est en voie de devenir le principal interlocuteur concernant la question israélo-palestinienne. Cela va également contribuer à atténuer les tensions découlant du fait que ni l’Égypte ni le monde arabe ne veulent d’une hégémonie turque. Donc, il y a beaucoup d’avantages à être installé dans la capitale égyptienne. Bruxelles est un choix logique en raison des relations avec l’OTAN. Il faut également se souvenir qu’une affiliation à l’OTAN va imposer des limites à une politique étrangère indépendante turque. Donc, l’AKP va vouloir comprendre comment faire face à cette situation. Leur présence à Bruxelles va les aider à réfléchir à l’OTAN. C’est beaucoup mieux que d’avoir un bureau à Londres, Paris ou Berlin. Moscou, ce n’est pas seulement parce qu’ils ne veulent pas faire chier les Russes en ouvrant un bureau dans le Caucase. Le Kremlin est une grande puissance à qui les Turcs auront toujours à traiter. Par ailleurs, l’état turc, l’AKP, SETA, tous ont une présence considérable à Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan, ndt). Et puisque le bureau d’Ankara s’occupe de l’Irak, il peut également s’occuper du Caucase. Ce qui serait intéressant, c’est de découvrir quels sont leurs liens avec l’Iran. Il y a des groupes de réflexion en Iran et je suis pratiquement certain qu’il y a des relations entre ces derniers et SETA.

La Turquie, plus précisément l’AKP, se surmène en ce moment. Davutoglu dit que c’est étourdissant, mais que la Turquie doit saisir l’opportunité qui vient de s’offrir à elle. Auparavant, par exemple, il était très difficile pour la Turquie d’étendre son influence en Afrique du Nord. L’AKP n’avait pas de bonnes relations avec l’Égypte, pratiquement rien avec la Tunisie, &c. Maintenant, tout s’ouvre. SETA a organisé toutes sortes de conférences – plus spécifiquement sur les islamistes « réformés » – pour les groupes de l’opposition, dans presque tous les pays arabes. Certains de ces événements doivent être gérés avec le Centre pour l’Étude de l’Islam et de la Démocratie (CSID), auquel je suis affilié.

Le CSID travaille avec le DoS (Department of State, ministère des affaires étrangères US, ndt), la NED (National Endowment for Democracy, fondation nationale pour la démocratie, ndt), l’USIP (United States Institute of Peace, institut des USA pour la paix, ndt), le CIPE (Center for International Private Enterprise, centre international pour l’entreprise privée, ndt), et d’autres entités similaires de Washington DC. L’accent est mis sur les éléments post-islamistes qui partagent la position idéologique de l’AKP au niveau de l’interaction entre la religion et les affaires publiques. Ils les amènent à Ankara, leur font visiter des ministères, leur font observer les travaux parlementaires, leur enseignent la gouvernance, &c. (ils ne font pas de publicité, mais la source a déclaré que la NED a financé une de ces conférences avec un institut jordanien et a demandé à ce que la Turquie soit aux commandes). Tout cela dure depuis un certain temps. En 2006, je faisais partie du comité d’organisation impliquant SETA et l’Institut International de la Pensée Islamique qui a organisé une conférence sur le thème « Sécurité, Démocratie et Gouvernance ».

À l’époque, il y avait juste le bureau SETA à Ankara. Le nombre d’activités menées depuis lors a énormément augmenté. Les forces intérieures de la sécurité turque forment les forces de sécurité dans des pays comme la Syrie, pour leur apprendre à gérer la désobéissance civile (par ex.: ne pas tirer sur les manifestants). La préférence naturelle de l’AKP est de cultiver une opposition islamiste modérée ou « réformée » dans ces pays, la Turquie servant de modèle. Il est dans l’intérêt de la Turquie (AKP) d’aider les forces islamistes modérées à se diriger vers le post-islamisme. Cela les aide à contrôler les islamistes dans la région ainsi que les états arabes. Cela leur permet également de pouvoir dire aux USA: laissez-nous gérer cela à votre place. La Syrie sera difficile parce que là les MB (Muslim Brotherhood, les frères musulmans, ndt) n’est pas structuré: c’est principalement une entité exilée. L’Égypte sera beaucoup plus facile, surtout avec la jeune génération des MB, désireuse d’imiter l’expérience post-islamiste de l’AKP.

L’attitude de la source sur cette question est quelque chose que j’ai souvent remarqué lorsque j’étais en Turquie. C’est cette attitude de « tous les Arabes veulent être comme les Turcs » dans la région. Les Arabes sont perçus comme étant arriérés, et si vous en parlez aux militaires turcs, ils sont considérés comme étant sales, même pas dignes d’attention. Mais l’AKP dit que puisque nous avons un lien islamiste, nous pouvons faire tomber les barrières entre la Turquie et le monde islamique, nous POUVONS travailler avec eux, faire des affaires avec eux, leur apprendre à gouverner démocratiquement et mettre leurs forces armées sous contrôle civil, mais ils seront toujours inférieurs à nous. Comme il le dit lui-même, tout ce Printemps Arabe sera un Printemps Turc, ce qui signifie que la Turquie va transformer le Printemps Arabe selon le modèle de l’AKP et ils en seront tous reconnaissants. Cette dynamique est beaucoup plus nuancée. Cette idée que les Arabes sont arriérés est un sentiment très partagé en Asie du Sud et en Perse plutôt qu’en Turquie. Il existe en Turquie, mais parmi la vieille garde kémaliste étant donné que le mouvement d’Ataturk était basé sur un rejet de l’héritage religio-culturel arabe. Ceci étant dit, il y a eu beaucoup de contacts entre les peuples turcs et arabes en raison de fréquents voyages aller et retour, ce qui a contribué à changer les attitudes. Nous devons garder à l’esprit que, du côté arabe, il y a également un mépris historique pour les Turcs qui étaient considérés comme Isti’maar (impérialistes) suite aux 4 siècles de domination ottomane, qui a finalement pris fin avec l’alignement entre les Arabes, les Britanniques et les Français durant la Première Guerre Mondiale. Cette attitude arabe s’est également tempérée au fil des décennies.

L’islamisme a en effet joué un rôle clé en éliminant ces attitudes, mais le lien islamique a également été ravivé par l’augmentation de la religiosité en Turquie et dans le monde. À ne pas confondre avec le pan-islamisme, qui est une tendance politique. Il y a aussi la diversité au sein du monde arabe qui façonne cette relation naissante.

L’Arabie Saoudite et le CCG (Conseil de Coopération du Golfe, ndt) ne regardent pas la Turquie, par exemple, de la même manière que l’Égypte, l’Irak et les états arabes du Levant. Les Turcs sont peu susceptibles d’être capables de jouer le rôle de Big Brother de manière significative en raison de ces différences. Le fait que les états qui peuvent y prétendre n’ont pas été balayés, plus le fait que nous voyons un processus évolutif du changement dans la région, signifient que la Turquie devra naviguer avec précaution entre les états et les acteurs non-étatiques, notamment les islamistes modérés.

L’AKP n’a pas vraiment de liens étroits avec Ikhwan (MB) dans ces pays, Gülen non plus, mais ils travaillent à la construction de ces liens en ce moment. Ce n’est pas vraiment exact. L’AKP et les MB ont des liens historiques de longue date (cela remonte à l’époque où l’ancien mentor de Erdogan/Gul, le regretté Necemittin Erbakan, avait lancé son premier parti politique à la fin des années 60, début 70), mais indirectement. Je fais partie de ce réseau informel international d’islamistes modérés et post-islamistes qui s’étend de l’Indonésie/Malaisie à l’Amérique du Nord et des régions musulmanes russes à l’Afrique.

Les partis MB égyptien et syrien (c’est un peu différent pour la Jordanie) ont longtemps été verrouillés par leurs gouvernements respectifs, et l’AKP et ses prédécesseurs, le Fazeelat et le Refah &c., ont été verrouillés par l’armée turque. Mais ils communiquent via la diaspora occidentale des MB et de leurs alliés. Donc oui, bien que des liens structurels ne soient pas présents (tout comme pour les MB dans les pays arabes), des liens généraux et forts existent. Une autre source à qui je parlais l’autre jour (un ancien Güleniste) m’a expliqué les grandes différences idéologiques entre le Mouvement Gülen et les MB, pourquoi les Gülenistes ne sont pas d’accord avec Sayyid Qutb sur la ligne de pensée de l’Islam politique et pourquoi les islamistes devraient rester en dehors de la gouvernance. Encore une fois, c’est une version très simpliste des choses. Tout d’abord, Sayyid Qutb est un individu extrêmement mal compris, notamment parce qu’il a été dépeint comme le parrain idéologique d’al-Qaeda dans le monde post-11 septembre. Deuxièmement, la pensée de Qutb constitue l’un des nombreux volets des MB. Troisièmement, Qutb est un phénomène passager en ce qui concerne les MB. Les MB sont beaucoup plus proches de l’AKP que ce que l’on veut bien admettre en général, en particulier chez les jeunes et les jeunes générations qui poussent l’AKP comme un modèle à imiter. Il m’a expliqué comment ils étaient bien dressés dans leur jeunesse par les mentors Gülenistes et comment cela a été un grand obstacle idéologique entre le mouvement et les MB (remarque: les MB n’ont jamais existé en Turquie). Faux. L’AKP est le successeur des homologues turcs des MB. Les conditions politiques en Turquie ainsi que les états arabes les ont évidemment façonnés différemment.

Les islamistes turcs ont évolué beaucoup plus rapidement à cause de la laïcité et à cause de la démocratie alors que les partis MB sont restés tels quels à cause du socialisme autoritaire des états arabes. Il faut aussi rappeler que Gülen est un rejeton du mouvement originel islamiste turc. Les partis Saadet ou l’AKP n’en font pas partie. On peut discuter du fait que cette aversion de « l’Islam politique » par les Gülenistes n’est pas aussi forte qu’avant, étant donné que les Gülenistes s’appuient sur L’AKP comme véhicule politique principal et vous-même avez 2 Gülenistes en course dans la prochaine élection turque à Istanbul. Techniquement, Gülen est un mouvement social donc non-islamiste.

Jusqu’à présent, il s’est appuyé sur l’AKP pour infiltrer le parti et les autres secteurs de l’état en passant par la petite porte. Je suis certain que ce n’est pas la première fois que les Gülenistes sont en lice pour des élections. Il y a beaucoup de AKPistes qui sont Gülenistes. Cette fois, la différence est peut-être que ces gars peuvent être une indication que l’AKP et ses alliés encouragent les groupes d’opposition islamistes dans ces pays qui émergent du Printemps Arabe et veut les modeler à son image avec un Islam modéré (vous pouvez imaginer comment cela pourrait considérablement compliquer les choses avec Israël et les USA). Je ne pense pas que les USA et Israël y soient totalement opposés. Ils n’ont pas vraiment le choix en la matière. Ainsi, de leur point de vue, il est préférable d’avoir affaire à des islamistes à la turque plutôt que du style arabes ou d’Asie du Sud. Je sais que l’administration Obama le voit certainement de cette manière et je crois aussi que les Israéliens sont trop intelligents et les mieux placés pour s’en rendre compte.

La source dit que la Turquie met une énorme pression sur la Syrie pour qu’elle s’engage dans de véritables réformes. Ce n’est pas que l’AKP cherche à renverser Assad, mais ils considèrent que la suppression de l’opposition par le régime syrien pose un plus grand risque sécuritaire. Il m’a dit qu’un nombre croissant de PKK viennent de Syrie, et que les politiques de la Syrie envers ses Kurdes mènent à la radicalisation, ce qui crée des problèmes de sécurité pour la Turquie. Les Turcs savent que le régime va tomber s’il ne change pas de direction. Ils ne veulent pas que cela se produise. Comme je l’ai déjà dit, l’opposition syrienne n’est pas dans une position où les Turcs peuvent la soutenir afin de remplacer le régime al-Assad. Le cauchemar turc est d’avoir une Libye à leur porte et ils sont donc frustrés par le manque de coopération des Syriens pour éviter un effondrement potentiel. Le deuxième discours de Bachar a été écrit par les Turcs. L’AKP était derrière la politique sur la citoyenneté des Kurdes, et Bachar a écouté. Tu te souviens que j’avais dit que la dernière délégation turque qui s’est rendue à Damas pour discuter de la situation intérieure était composée de fonctionnaires de niveau 2 dont le travail consiste à mettre en place les actions déjà convenues par les décideurs. Donc, il est logique que la pensée d’al-Assad soit façonnée par les Turcs, l’AKP veut voir plus de vraies réformes qui permettent de légaliser l’opposition. C’est pourquoi l’AKP donne une plateforme d’expression aux groupes d’opposition syriens en Turquie – le but est d’intimider le régime al-Assad et d’établir des liens avec les alternatives à al-Assad. Cela ne signifie pas que la politique de transition va se produire du jour au lendemain, mais la Turquie tente de pousser le régime à s’émanciper politiquement afin de s’ouvrir à la concurrence et à d’autres groupes politiques, comme les MB (c’est principalement le groupe SETA qui s’est impliqué dans l’organisation de ces conférences avec l’opposition syrienne).

Il dit que les USA poussent la Turquie à faire encore plus de pression sur la Syrie, et que la pression vient d’en haut. La Turquie proteste en disant qu’ils veulent décider de la manière dont ils traitent avec la Syrie et qu’ils ne veulent pas pousser le régime syrien à bout.

L’AKP veut aider l’Égypte à prendre de l’essor dans la région. Ce n’est pas que la Turquie considère l’Égypte comme un concurrent sérieux, mais si l’Égypte pouvait se démerder sous la tutelle turque, cela permettrait à la Turquie de mieux gérer la région, en particulier le contrôle et la réforme du Hamas, face à la Libye, la Tunisie, &c. (Il est intéressant de noter que les Turcs pensent déjà dans ce sens – au moment où les USA se tournent vers la Turquie pour partager le fardeau, la Turquie est déjà à la recherche de mandataires pour partager le fardeau au sein de la région). Les choses vont très mal se passer si les militaires égyptiens ne tiennent pas les promesses faites lors des élections. La Turquie veut s’assurer que l’opposition, en particulier les MB, a assez de place pour se développer. Peu importe si cela ne plaît pas à Israël – c’est leur problème.

Il a beaucoup exprimé sa frustration tout au long de la discussion – que les USA considèrent toujours la Turquie comme un subalterne, et lui dit « fais ceci » ou « fais cela » en matière de politique étrangère. L’AKP n’aime pas être traité de cette façon, ce qui a comme résultat de créer un grand nombre de litiges lorsque les responsables turcs et US se rencontrent. Davutoglu estime que les quesitons de sécurité dans la région du Golfe Persique sont exagérées, et que les USA jouent de la fracture arabo-perse en essayant d’obtenir de la Turquie qu’elle fasse quelque chose. Du point de vue de l’AKP, la question est « que voulez-vous que nous fassions? ». L’AKP veut calmer le conflit sectaire, et non pas l’aggraver en prenant ouvertement position et en présentant l’Iran comme le grand méchant loup.

La discussion s’est alors élargie pour aborder le discours « zéro problèmes avec les voisins » de Davutoglu. La source a expliqué que beaucoup de gens pensent que cette politique étrangère est naïve, mais il dit que Davutoglu n’est pas aussi naïf qu’il y paraît. C’est peut-être un universitaire, mais il est rusé. Il sait qu’il y a des problèmes avec ses voisins, mais à son avis, il n’est pas dans l’intérêt de la Turquie d’aborder ces problèmes de vive voix et de considérer certains de ses voisins comme des rivaux. Si la Turquie dit à ses voisins que l’objectif de sa stratégie est de résoudre les problèmes et de supprimer les conflits, alors elle pourra travailler avec eux d’une manière plus efficace. C’est la démarche qu’elle a adopté avec l’Iran, la Russie, &c., en évitant ainsi la confrontation. Il dit qu’en surface, la Turquie ne prendra pas de mesures agressives contre l’Iran, mais en attendant, bien sûr, l’AKP va encourager les Sunnites en Irak.

J’ai répliqué qu’il suppose que les événements autour de la Turquie auront lieu selon le calendrier de la Turquie et lorsque la Turquie sera prête à faire face à ces problèmes – le monde ne fonctionne pas de cette façon. Lorsque des problèmes iront à l’encontre des intérêts de la Turquie, la Turquie devra répondre d’une manière ou d’une autre, même si ce n’est pas du « bon voisinage ». Dans l’ensemble, l’impression que j’ai est que les gars de la politique étrangère de l’AKP sont encore sous l’impression que cette doctrine de politique étrangère de Davutoglu est toujours la meilleure façon de s’y prendre pour la conduite de la politique étrangère. Organiser l’ordre de priorité des intérêts de politique étrangère n’est pas une préoccupation. La Turquie semble encore être en train de courir partout en essayant d’éteindre les incendies tout en saisissant des opportunités, mais manque encore cruellement de discipline et de direction. Apparemment, Davutoglu compare l’expérience de la Turquie aux USA de l’après Seconde Guerre Mondiale, quand les USA n’avaient même pas une agence de renseignements. Il croit que tous ces développements régionaux vont pousser la Turquie à l’action et forcer la Turquie à apprendre rapidement à gérer son mauvais voisinage.

(Parenthèse ( Davutoglu ne veut pas que Strategic Depth, son livre de 500 pages, soit traduit en anglais mais il a été traduit en arabe et en russe. J’ai demandé pourquoi, d’autant plus que l’anglais est la lingua franca, n’y aurait-il pas plus de personnes qui comprendraient les choix de la politique étrangère de la Turquie si elles pouvaient lire le livre écrit par le responsable de la politique étrangère? Il ne veut pas admettre que l’anglais est la lingua franca – cette forte aversion à reconnaître la puissance états-unienne est toujours perceptible, ainsi que la volonté de faire valoir la Turquie indépendamment des USA.)

Il pense que l’AKP va connaître une grosse victoire lors de la prochaine élection. L’établissement séculaire laïque e peut vraiment pas faire grand chose pour saper leur soutien. Tant que l’économie va bien, l’AKP est en sécurité. Les divisions politiques et idéologiques au sein de la Turquie sont encore très importantes. Ce fut particulièrement évident après la récente tentative d’assassinat contre Erdogan. Il parle avec dégoût du fait que l’armée ne pourrait jamais faire ce que l’AKP a fait au cours de la dernière décennie. Quand les militaires étaient au pouvoir, ils ne se souciaient que d’eux-mêmes alors que l’AKP renforce la confiance entre l’état et le peuple. Il a dit que les groupes laïques refusent toujours de traiter avec les pays islamiques. Même quand SETA essaie de tendre la main aux groupes de réflexion laïques, aux associations professionnelles qui ont des projets comme en Tunisie, en Égypte &c., ils sont rejetés avec le sentiment que les Arabes leur sont inférieurs, nous n’avons pas besoin de travailler avec eux. Il dit (et c’est ce que Davutoglu affirme) que la mentalité de l’AKP est ce qui permet à la politique étrangère turque de se développer.

L’armée n’a pas beaucoup de possibilités pour tenter de saper l’AKP avant les élections. Il a souligné les fuites récentes au sujet de certains retraités de l’armée qui ont eu des contacts avec les dirigeants du PKK, l’allégation étant que l’armée « état profond » tente d’orchestrer des attaques pour saper la politique kurde de l’AKP/

*Ndt: la fondation SETA à Washington, DC, est un groupe de réflexion à but non lucratif, indépendant et non partisan basé à Washington, DC, dédié aux études novatrices sur des question internationales concernant la Turquie et les relations turco-états-uniennes au niveau national, régional et international.

Traduit depuis l’anglais sur le forum WikiLeaks par Mayya

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,19351.0.html

http://search.wikileaks.org/gifiles/?viewemailid=73390

Pour faire votre propre recherche: http://search.wikileaks.org/gifiles/

Interview avec Julian Assange sur Lateline Australia

Lateline - Interview de Julian Assange

Le fondateur de WikiLeaks a jeté à la poubelle le « soi-disant soutien consulaire » du gouvernement australien durant son séjour à l’intérieur de l’Ambassade équatorienne de Londres.

Ce mois de juin marque l’anniversaire de l’entrée de M. Assange dans l’Ambassade de l’Équateur londonienne, y demandant l’asile politique.

Le lanceur d’alerte australien est responsable de la publication des 700 000 documents diffusés par le soldat américain Bradley Manning, qui a plaidé coupable pour ces fuites de matériel et qui est actuellement en cour martiale aux USA pour aide à l’ennemi.

M. Assange est convaincu qu’il y a un acte d’accusation secret issu d’un grand jury qui l’attend aux USA et redoute l’extradition si le gouvernement britannique le déporte en Suède, où il est confronté à des accusations d’agression sexuelle.

(suite…)