Le nouveau président français pourrait-il accorder l’asile politique à Edward Snowden, comme un signe de rupture face au gouvernement socialiste?

Nous sommes en mai 2017, un nouveau président vient d’être élu en France. L’affaire Snowden remonte au printemps 2013, et depuis le 23 juin 2013, Snowden est réfugié en Russie, à Moscou – alors qu’étrangement le monde occidental si prompt à défendre les opposants politiques russes, chinois, etc, dans les médias, devient soudain bien muet quand il s’agit de défendre politiquement des lanceurs d’alerte dénonçant les injustices du monde occidental et la surveillance de masse.

Nous nous rappelons que le gouvernement socialiste avait refusé de « donner suite » à la demande d’asile politique d’Edward Snowden en France — mais alors même que le candidat Emmanuel Macron a souhaité marquer une rupture face au parti socialiste et la politique qui a été menée par le gouvernement précédent, saura-t-il marquer également une rupture face à la manière dont le gouvernement précédent a traité les lanceurs d’alerte? Saura-t-il marquer son indépendance face aux Etats-Unis et face aux pressions politiques qui n’ont pas permis jusqu’à aujourd’hui qu’Edward Snowden puisse se réfugier en Europe, que ce soit en France ou dans un autre pays.

Il ne s’agit pas seulement d’avoir un président neuf qui est perçu comme une personnalité neuve, il ne s’agit pas seulement d’avoir un visage neuf en politique, il faut aussi avoir des idées neuves et que les choix politiques soient neufs et osent être plus indépendants que les choix qui ont été menés par le gouvernement de François Hollande.

Se démarquer d’un gouvernement précédent, ce n’est pas seulement changer de visage, comme on changerait un masque au théâtre en gardant les mêmes acteurs et les mêmes paroles pour accomplir le même jeu. Se démarquer, c’est savoir au contraire changer l’esprit du gouvernement français, ne pas commettre les mêmes erreurs commises dans les guerres multiples auxquelles notre pays a participé, c’est savoir renouveler la manière de penser la politique, c’est savoir être à l’écoute de la contestation sociale dans notre pays (et ne pas mépriser ceux qui défendent leurs droits), ou encore savoir renouveler notre vision des droits de l’homme dans un pays lui-même touché par la pauvreté et le chômage de masse, c’est savoir également accorder la première place aux lanceurs d’alerte et les accueillir si leurs droits sont menacés.

Si le nouveau gouvernement français qui a été élu accordait l’asile politique à Edward Snowden, cela serait une preuve concrète qu’il y a une forme de changement dans la politique menée par ce pays et une forme d’indépendance face aux Etats-Unis qui ont mené la « chasse aux sorcières », ces dernières années, contre les lanceurs d’alerte, en contradiction totale avec les valeurs démocratiques prônées par les sociétés occidentales et par nos gouvernements.

De plus, ces derniers mois ont vu apparaître des articles prétendant que la Russie pourrait envisager d’extrader Snowden vers les Etats-Unis, dans une démarche de rapprochement envers le président Donald Trump. Ce qui n’a pas été complètement démenti par la porte-parole des affaires étrangères de la Russie, Maria Zakharova, qui citée dans un article de Newsweek du 28 avril 2017, tout en assurant que Snowden pouvait rester aussi longtemps qu’il le souhaitait, « a refusé de fournir des commentaires supplémentaires sur la question de savoir si la Russie envisageait ou non de l’extrader vers les États-Unis où il serait jugé, en disant: «Cela ne relève pas de mon domaine» ».

En tant que citoyens français, nous devons continuer à rester vigilants et à considérer de quelle reconnaissance fera preuve le nouveau président français pour ces lanceurs d’alerte. Si rien n’est fait pour Edward Snowden, et si aucun soutien n’est apporté à d’autres lanceurs d’alerte comme Julian Assange qui est toujours réfugié dans une ambassade à Londres, alors seul le visage d’un président aura changé, mais les politiques menées par la France n’auront sans doute rien de neuf et nous verrons continuer la même histoire qui s’est écrite pendant ces dernières années, faite de scandales de surveillance de masse, de lanceurs d’alerte et de groupes Anonymous persécutés en Europe, voire extradés vers les Etats-Unis, etc.

Un tel monde n’est pas le nôtre et nous ne voulons pas d’une France qui refuse l’asile politique au lanceur d’alerte Edward Snowden, ni d’une France qui n’est pas non plus en mesure de dénoncer la manière dont Julian Assange est privé de sa liberté, menacé d’extradition vers la Suède ou les Etats-Unis, s’il sortait de l’ambassade où il s’est réfugié à Londres. Nous voulons une France qui défend tous les lanceurs d’alerte, que ceux-ci dénoncent des injustices commises par des régimes autoritaires ou des injustices commises par des pays occidentaux.

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Pourquoi HADOPI porte en soi sa propre fin et nous pousse à aller vers un monde en Creative Commons

Toute chose porte en soi sa propre fin, sa propre contradiction. Ainsi pourrait-il en être d’Hadopi. Si Hadopi a beaucoup été évoquée dans les médias et si ce nom peu sympathique a marqué plus ou moins les esprits (si je n’en avais jamais entendu parler, j’aurais peut-être pensé qu’Hadopi est le nom d’un animal sorti de la jungle tropicale…), on ne se souvient pas vraiment de ce que signifie cette loi. On comprend généralement Hadopi comme une loi qui lutte contre le partage illégal de contenus protégés par le droit d’auteur (notamment des fichiers de musique, films, etc). Mais alors que la majorité de nos communications et de nos activités passent par Internet, à quel niveau commence le téléchargement illégal? Pour en avoir longtemps entendu parler dans les médias, c’est seulement grâce à un article récent de Numerama que j’ai réussi à y voir un peu plus clair: « Non, il n’est pas possible de recevoir un courrier d’avertissement Hadopi si l’on fait du téléchargement direct (HTTP, FTP, Newsgroups), ou si l’on regarde des films ou des séries TV sur un site de streaming », notamment en précisant que « seuls BitTorrent, eMule et d’autres réseaux P2P permettent de trouver l’adresse IP » et d’envoyer des notifications Hadopi. Au final, ceux qui me disaient que regarder des films ou des documentaires sur des sites de streaming n’étaient pas une chose légale avaient donc tort. J’ai mis du temps à comprendre cette simple chose, car pendant longtemps la médiatisation autour d’Hadopi m’avait fait penser que beaucoup de ces choses légales ne l’étaient pas.

Le problème d’Hadopi ne réside pas principalement dans les avertissements ou les condamnations, car ceux qui connaissent bien la loi sont conscients des responsabilités tandis que la plupart d’entre nous ne téléchargent pas des contenus protégés par le droit d’auteur de cette manière (il faut déjà avoir de bonnes bases en informatique pour pouvoir le faire). En fait, la plupart des gens vont certainement aller sur youtube ou des sites de streaming gratuits pour voir des films et des documentaires, et si certains téléchargent de temps en temps des titres de musique, cela nous est sans doute arrivé à tous au moins une fois de manière accidentelle, parce qu’un site web à l’apparence légale proposait un titre à télécharger. Mais même de tels cas de téléchargements via une connexion http ne seraient pas concernés par des notifications Hadopi, comme le décrit Numerama. Non, le problème d’Hadopi réside plutôt dans l’image négative que cela donne d’Internet et du partage sur Internet, d’abord parce que la médiatisation de cette loi a eu tendance à faire l’amalgame entre toutes ces formes de téléchargement (http, BitTorrent, P2P, etc) qui ne sont pas toutes concernées par Hadopi, et ensuite parce que cette médiatisation a eu tendance à véhiculer un stéréotype selon lequel toute personne qui télécharge des choses sur Internet ferait potentiellement une chose illégale. C’est l’impression que j’ai eu pendant ces dernières années.

Hadopi imprègne l’inconscient collectif et aurait tendance à donner une mauvaise image du téléchargement gratuit sur Internet, une image qui s’éloigne de plus en plus de l’idéal de partage qu’Internet représentait à l’origine de sa création. Toute chose téléchargée gratuitement n’est pas illégale, et avec Hadopi on a tendance à retenir surtout ce qui pourrait être illégal, plutôt que d’insister sur tous les autres aspects du partage gratuit et du téléchargement légal, par exemple pour tous les contenus publiés en licence Creative Commons. Et le nom même qui a été choisi, « Hadopi », un nom intriguant qui rappelle étrangement le nom de cette divinité grecque « Hadès [qui] règne sous la terre et pour cette raison est souvent considéré comme le « maître des Enfers » (Wikipedia), Hadopi comme une sorte de bête monstrueuse sortie du fond d’une grotte obscure (la grotte d’Internet), pour venir traquer les utilisateurs jusque sur leur ordinateur personnel… plus de peur que de mal, au final.

Mais alors qu’on entend beaucoup parler de cette loi Hadopi et qu’on se pose des questions à ce sujet, pourquoi ne remettons-nous pas plus en cause nos modes de consommation culturelle sur Internet? peut-être qu’une manière efficace de se libérer de ces lois qui tendent à criminaliser le téléchargement gratuit sur Internet, serait tout simplement de télécharger davantage de contenus en licences libres, comme l’Art Libre, ou le Creative Commons? peut-être que nos propres modes de création devraient être remis en cause: et si les créateurs, qu’ils soient musiciens, photographes, réalisateurs de vidéos, écrivains, artistes de toute nature, et si ces créateurs partageaient davantage leurs oeuvres en permettant la réutilisation gratuite (à usage non-commercial, ce qui leur permettrait de continuer à être rémunérés sur la vente de leurs oeuvres, mais sans criminaliser ceux qui partagent et téléchargent ces oeuvres à des fins non-commerciales, ou créent d’autres oeuvres à partie de ces oeuvres mais sans fins commerciales), alors il n’y aurait pas besoin de lois Hadopi dans ce monde, car une telle loi n’aurait aucun sens. La création de contenus culturels serait plus libre et davantage libérée de l’aspect économique et financier qui est actuellement au coeur du problème.

Heureusement, beaucoup de contenus culturels sont déjà publiés dans ce type de licences qui permettent le téléchargement et la réutilisation gratuites des oeuvres, et il faut espérer que cela continuera dans les années à venir. Par exemple, il y a toutes les oeuvres qui sont déjà dans le domaine public (une oeuvre tombe automatiquement dans le domaine public 70 ans après la mort de l’auteur), qu’on peut trouver en partie sur des sites comme Wikimedia, Wikisource, Gallica ou des portails d’oeuvres mises à disposition par les musées. Mais nous n’avons peut-être pas tous encore l’habitude d’aller consulter de tels sites Internet pour chercher des oeuvres qui sont déjà dans le domaine public et ainsi apprécier le téléchargement légal et la possibilité de réutiliser ces oeuvres de manière tout aussi légale.

Ensuite, pour les oeuvres qui ne sont pas encore dans le domaine public, mais dont le téléchargement est légal et gratuit, on trouve toutes ces oeuvres publiées en Creative Commons, on en trouve toujours sur Wikimedia pour les images et les photographies, et pour la musique on en trouve par exemple sur Free Music Archive avec des titres de musique Creative Commons de tous styles de musique pour n’en citer que quelques-uns parmi les milliers de titres disponibles au téléchargement légal, comme « Reliable Source« , « Universal Libraries« , « Sky of blue« , « Eighty Waves« , « Easter Island« , « I know your name« , « I before E« , « La paloma de la paz« , « Rarified« , « Philae« , « Justice« , « We’ll never dream again« , ainsi que des playlists sur Soundcloud (qui propose des groupes en Creative Commons), mais aussi des labels moins connus comme Danosongs (« Sunspark« ) ou Dramacore avec de la musique à l’accent plus expérimental, mais parfois il arrive qu’on tombe sur une perle rare, comme Ghouliez.

En conclusion, mieux faire face à des lois comme Hadopi (que cette loi nous semble justifiée ou pas, même si l’on n’est pas concernés par les notifications) nécessite de mieux connaître le droit d’auteur et les licences disponibles pour partager une oeuvre. Mais comme beaucoup de gens font encore mal la distinction entre ce que ces lois qualifient de légal ou pas, Hadopi aurait eu sans doute plus de mérite à commencer son travail en éduquant d’abord les usagers Internet aux nombreuses licences qui permettent le partage gratuit et le téléchargement légal en ligne, à nous apprendre davantage tout ce qui est disponible légalement, tout ce qui relève de licences libres, plutôt que de se lancer dans une forme de répression de ceux qui ne respectent pas la loi à travers ces messages négatifs diffusés dans les médias.

En outre, une loi comme Hadopi nous fait mieux prendre conscience de l’utilité des licences libres et Creative Commons pour sortir du système qui tend à criminaliser le partage gratuit et le téléchargement en ligne de la culture dans certains cas précis. Les licences libres mènent la société vers plus de progrès culturel et scientifique. Du côté culturel, ces licences permettent d’effacer durablement les inégalités entre des populations qui ont accès à la culture et les populations qui, pour des raisons économiques, n’ont pas toujours accès à cette culture et n’ont pas les moyens d’en consommer. Mais du côté de la science, les licences libres pourraient impacter encore plus durablement le monde, plus que pour la sphère culturelle: si des vaccins ou des médicaments étaient partagés en licence libre, par exemple, on en verrait vite les bénéfices pour des pays qui n’ont pas assez d’argent pour soigner leur population, qui pourraient recréer ces médicaments à tarif abordable (voire gratuitement) et sauver les vies de millions de personnes. Cela créerait moins d’inégalités entre les pays développés et les pays plus pauvres et on pourrait facilement soigner les populations d’un côté à l’autre de la planète. Mais cela relève peut-être d’une utopie de pouvoir partager intégralement le savoir de l’humanité, la culture et la science en licence libre?

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Comment rendre les hommes politiques français plus vertueux (pour ceux qui ne le sont pas encore)

Alors que nous vivons dans une époque où les scandales politiques font partie de notre quotidien, peut-être qu’il suffirait d’une idée simple pour rendre les hommes politiques français plus vertueux (pour ceux qui ne le sont pas encore): et si on alignait le salaire présidentiel sur le Smic? Au lieu d’augmenter le salaire des présidents ou de le comparer aux salaires internationaux (le salaire du président français actuel est évalué à « 179.000 euros bruts annuels », selon La Tribune), ce serait sans doute plus simple de l’aligner sur le Smic national à 9,76 euros montant horaire au 1er janvier 2017. Comme ça, le jour où le Smic est réévalué, on saura que l’augmentation du salaire présidentiel sera comparable à celle des autres citoyens français et cela créera une forme d’égalité à l’échelle nationale.

Derrière leurs bureaux, les employés, ouvriers, étudiants, chômeurs, retraités, etc – quelle que soit l’origine sociale, chaque citoyen en France pourrait potentiellement se dire qu’il ou elle se sent l’égal(e) d’un(e) président(e) qui serait à leur niveau, qui vivrait avec un salaire semblable et qui vivrait proche de la réalité quotidienne des français. Pourquoi ne pas imaginer que le salaire d’un président puisse être réévalué par rapport au Smic? Aux Etats-Unis, on a bien vu Donald Trump renoncer à son indemnité présidentielle évaluée à 400 000 dollars et cela n ’empêche pas la Maison Blanche de fonctionner normalement et d’intervenir sur la scène politique internationale.

Cela pourrait aussi rendre les représentants politiques plus vertueux, et même si certains d’entre eux le sont déjà (et ne méritent pas d’être comparés à tous ceux qui sont empêtrés dans des scandales), leur image n’en serait que plus vertueuse. Qu’aurait en effet à gagner un président payé au Smic, si ce n’est l’honneur même de servir la nation française et d’oeuvrer pour le bien de son pays, sans aucune prétention à s’enrichir personnellement ou de bénéficier de privilèges que les autres n’ont pas? Pourquoi ne pas rétablir une forme de modestie dans la fonction de président, ainsi qu’une forme d’égalité entre ceux qui ont voté pour un représentant politique et ceux même qui ont été élus et exercent leur fonction au plus haut de l’échelle du pouvoir politique?

Une égalité de salaire donnerait peut-être une image plus noble de la fonction présidentielle, une image désintéressée, donc plus vertueuse. Plus personne ne pourrait dire, par exemple, à un président payé au Smic: « vous faites ce métier pour l’argent, ou pour les privilèges liés à ce métier ». Dans un tel monde, avec un salaire présidentiel aligné sur le Smic, ce genre de remarque n’aurait plus de sens. Mais il y aurait peut-être des polémiques sur d’autres sujets dans ce monde différent du monde actuel, car l’être humain aime les polémiques et pourrait difficilement s’en passer.

Mais si notre blog pouvait poser une question aux candidat(e)s à la présidentielle, ce serait donc la suivante: accepteriez-vous d’être payé(e)s au Smic si vous étiez élu(e)s président(e)? seriez-vous toujours dans la course aux élections présidentielles, si demain le salaire d’un président en France ne valait pas plus que ce que perçoit un employé de bureau, un ouvrier, un retraité, un chauffeur de taxi, un boulanger, un vendeur en magasin, etc? … est-ce qu’un tel salaire changerait votre vision de la politique et votre vision du monde?…

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Le changement climatique pourrait conduire à l’augmentation des tremblements de terre et de l’activité volcanique

Les conséquences du changement climatique sont multiples. Dans les médias, on parle principalement de la montée du niveau des océans, ou encore de la fonte des glaces, du dérèglement du climat à l’échelle mondiale et des ours blancs en voie de disparition. Mais quels seront les autres effets du changement climatique? Certains sont parfois évoqués dans des articles, mais sont moins connus du public. Nous avons essayé de rassembler ce que nous avons lu ici et là pour tenter de comprendre le changement climatique dans une perspective plus globale. Le changement climatique impacte toute la terre, et ce qui arrive de manière ponctuelle dans certains pays peut aussi nous donner signe de ce qui peut arriver ailleurs dans les années à venir.

1. Le niveau des océans, des prédictions « dépassées » 

Pour commencer, avons-nous suffisamment conscience de l’ampleur que peut prendre la montée des océans? Il y a 15,000 ans, un changement climatique est supposé avoir fait monter le niveau des océans de plusieurs mètres sur une période de quelques siècles, un changement comparable à ce qui se déroule aujourd’hui sur notre planète comme l’explique un article de Science Daily. Les scientifiques actuels font-ils des prédictions suffisamment réalistes en ce qui concerne la rapidité avec laquelle ces événements vont se produire sur notre planète? Il y a une différence entre un réchauffement climatique qui mettrait quelques siècles, ou quelques décennies à se produire, ou s’il devait au plus tard se réaliser dans une vingtaine d’années. Les mesures pour déplacer et reloger les populations, par exemple, devraient déjà commencer à être envisagées, si un réchauffement climatique brutal devait se produire d’ici 20 ans. Or, aucun modèle ne permet de savoir précisément comment va se dérouler ce changement climatique. Tout semble incertain en ce qui concerne la montée des océans, beaucoup de villes pourraient être concernées, y compris des villes comme Londres, qui pourrait être une ville fortement impactée par la montée des océans, comme l’explique également un autre article de Science Daily:

Il existe un risque important que les mers autour de la Scandinavie, de l’Angleterre, des Pays-Bas et du nord de l’Allemagne augmentent d’environ 1,5 mètres au cours de ce siècle.

« Les prédictions d’il y a quelques années sont déjà dépassées », mais tant d’incertitude peut faire craindre le pire, et rien n’est fait pour nous rassurer, comme le rappelle un article du National Geographic:

Le niveau des océans augmente plus rapidement qu’il y a 50 ans, et il est très probable que cela s’aggravera, selon un scientifique de la NASA.

En attendant d’en savoir plus de la part des scientifiques, on peut calculer en ligne la montée des océans, par exemple sur Flood Map, un site qui permet d’enregistrer un niveau de montée des océans allant de 0 à 800 mètres. Parmi les prédictions évoquées, certains avancent des chiffres d’1 mètre, 3 mètres, 9 mètres, voire 65 mètres. Avec ce logiciel, chacun peut se faire une petite idée de la montée des océans et sélectionner la valeur voulue.

capture-decran-2017-02-12-a-20-35-34Mais prenons simplement 1 mètre de montée des océans, il y aurait déjà de graves conséquences sur nos villes, même en Europe (ici, une copie écran de Flood Map montrant la Belgique, les Pays-Bas et le Nord de la France affectés par une montée d’un mètre du niveau de la mer). Ce genre d’outils permettent d’imaginer de manière plus réaliste les conséquences du changement climatique, d’autant que certains estiment qu’une montée d’un mètre serait tout à fait probable d’ici la fin de notre siècle:

Une telle élévation [1 mètre] du niveau de la mer inonderait les zones côtières fortement peuplées du monde, ce qui pourrait forcer le déplacement de 187 millions de personnes (selon une étude)

D’autres estiment que la montée des océans pourrait même atteindre 65 mètres, avec la fonte de toutes les glaces sur terre (modifiant peut-être aussi par endroits la répartition de la masse de la croûte terrestre là où d’importantes quantités de glace auront disparu), ou encore comme on peut le voir dans cette animation vidéo:

A quoi ressemblerait la Terre si toute la glace fondait

2. L’augmentation des tremblements de terre (l’exemple de l’Himalaya)

Le changement climatique n’est pas seulement responsable de la montée des océans. Il pourrait aussi augmenter le nombre des tremblements de terre. Comme on peut le constater, la fréquence des tremblements de terre semble avoir augmenté ces dernières années à l’échelle mondiale, comme en Amérique Latine (Equateur, Chili, Colombie), en Asie (Japon, Indonésie), ou en Europe (Italie). Revenons sur le cas de l’Himalaya pour comprendre l’impact du climat sur les tremblements de terre.

Un article de Live Science explique comment l’eau qui s’écoule des montagnes fait trembler la terre, en Himalaya, après la saison des pluies. Les « variations saisonnières », le passage d’une saison plus froide à une saison plus chaude, mais aussi la variation des pluies et des températures, modifient la structure des sols et les fragilisent par endroits. L’hiver est la saison où se produisent ces variations, ce qui conduit à une augmentation des tremblements de terre pendant la saison hivernale dans l’Himalaya.

A l’échelle mondiale, on sait que le changement climatique va modifier les variations saisonnières dans certaines régions. Par un méchanisme semblable à celui de l’Himalaya (et cela reste une hypothèse), on peut imaginer que des tremblements de terre pourraient aussi s’intensifier dans d’autres régions montagneuses, y compris en Europe, où les variations saisonnières interviennent plutôt au printemps. En modifiant le cycle des pluies à l’échelle de la planète, le changement climatique pourrait aussi augmenter la fréquence des tremblements de terre dans d’autres pays lors des changements saisonniers.

3. Les éruptions volcaniques (l’exemple de l’Islande)

En Islande, les volcans font partie du paysage et de la vie quotidienne. Mais ils sont aussi surveillés par les scientifiques, et ce qui inquiète depuis ces dernières années, c’est que les volcans les plus importants d’Islande « sont tous dans une phase inhabituelle d’activité », selon ce que rapporte le WND.

L’explication donnée à cette activité volcanique inhabituelle pourrait se trouver dans le réchauffement climatique. En effet, tout en rappellant l’éruption du volcan islandais qui avait paralysé les aéroports européens en 2010, un article du Yale Scientific explique les liens entre l’activité des volcans et la fonte des glaciers:

Alors que la planète souffre d’un climat de plus en plus chaud, une hausse des niveaux de magma en Islande pourrait causer un pic d’activité volcanique

L’article détaille le mécanisme qui conduit les glaciers à augmenter l’activité volcanique en Islande. En fondant, les glaciers exercent en effet moins de pression sur les roches, laissant ainsi le magma remonter plus facilement à la surface, ce qui entraîne une activité volcanique plus intense. Par un méchanisme semblable, la fonte des glaciers pourrait augmenter la fréquence des éruptions volcaniques dans d’autres régions du monde, donc pas seulement en Islande.

4. L’affaissement des sols avec la fonte du permafrost (le cas de la Russie)

Plus inquiétant, « des villes en Russie pourraient s’effondrer d’ici 2050, à cause de la fonte du permafrost », annonce un article du Daily Mail. Ce problème pourrait se poser plus tôt que prévu, d’ici à 2020, pour des régions et des villes situées à l’est de la Russie, proches du cercle polaire arctique.

Le changement climatique risque, en effet, de changer la structure des sols et de rendre instable la base sur laquelle reposent les villes et les bâtiments qui ont été construits. En fondant, le permafrost va ramollir et déstabiliser les sols sur des régions entières. Soient les bâtiments devront être reconstruits, soit il faudra déplacer des populations entières vers d’autres villes.

Mais la fonte du permafrost ne concerne pas seulement la Russie. La fonte du permafrost et les émissions de méthane qui en résultent ont été étudiées plus largement « sous les lacs de l’Arctique en Alaska, en Sibérie et au Canada », et l’étude suggère que « l’Arctique se réchauffe plus vite qu’aucune autre région du monde », selon un article du National Geographic.

Si le Daily Mail évoque la possibilité que des villes s’effondrent en Russie, on peut imaginer que la même chose pourrait se produire en Alaska (nord des Etats-Unis), et au Canada, même si ces régions sont peut-être moins peuplées que la Sibérie, en Russie.

Dans tous les cas, les effets n’en seraient pas moins désastreux sur les écosystèmes, comme on peut le lire dans un article du CCIN [Canadian Cryospheric Information Network] qui explique l’impact de la fonte du permafrost au Canada (la même chose vaut pour les autres régions du monde concernées par la fonte du permafrost, que ce soient la Russie, ou l’état de l’Alaska aux Etats-Unis):

Cette dégradation du permafrost a des implications importantes pour les processus du paysage (terrain, pente et stabilité côtière), l’hydrologie (régimes d’eaux de surface et souterraines), les caractéristiques de surface (végétation, albédo), les sources de gaz à effets de serre et les puits (tourbières, sols, hydrates de gaz), ainsi que pour les écosystèmes, l’ingénierie et l’infrastructure.

5. La modification du champ magnétique terrestre

Enfin, dans les prédictions les plus pessimistes, des articles font aussi le lien entre le réchauffement climatique et la modification du champ magnétique terrestre. Un article de Discover Magazine soulève une hypothèse intéressante:

Pour établir un lien causal direct entre la diminution du champ magnétique terrestre et l’augmentation des niveaux du Co2 dans l’atmosphère, Vares et Persinger citent un document de 2008 qui a constaté que le magnétisme affecte la solubilité du Co2 dans l’eau.

Le Co2 serait moins soluble dans les océans avec un champ magnétique plus faible. Et comme on constate ces dernières décennies une baisse significative du champ magnétique terrestre, ceci pourrait donc avoir un impact sur le réchauffement climatique et accentuer ses effets sur la planète. Mais cela ne suffirait pas à expliquer l’importance du changement climatique à l’échelle de la planète.

D’autres études font plus directement le lien entre le réchauffement climatique et « les variations du champ géomagnétique trouvées à des intervalles irréguliers au cours des derniers millénaires, en utilisant le dossier archéologique de l’Europe jusqu’au Moyen-Orient. Ces phénomènes semblent corrélés à des événements climatiques importants dans la région de l’Atlantique Nord », selon le résumé d’un article de Science Direct.

Si le champ magnétique terrestre s’est régulièrement inversé au cours de l’histoire, une animation vidéo résume ce qui pourrait arriver sur Terre:

L’inversion des pôles magnétiques terrestres

L’inversion des pôles magnétiques qui a eu lieu il y a 13 000 ans, et il y a 26 000 ans, comme l’explique la vidéo, conduirait soit à une inversion complète des pôles soit à un basculement de la Terre sur 90°. Pendant ce temps, le noyau de la Terre ne serait en rien affecté, car seule la croûte terrestre viendrait, en quelque sorte, à dériver, jusqu’à un point où elle se stabilise de nouveau pour quelques milliers d’années. Mais pour ceux qui vivent à la surface de la terre, ce serait une période difficile à survivre.

Un changement des pôles magnétiques serait catastrophique, car la brutalité du phénomène créerait des tremblements de terre et des tsunamis sur toute la planète. Des articles n’hésitent pas non plus à imaginer qu’avec le réchauffement climatique et l’inversion des pôles magnétiques, d’anciennes zones volcaniques éteintes pourraient éventuellement se réactiver. Mais on peut aussi imaginer qu’un changement des pôles magnétiques pourrait faire entrer en éruption un supervolcan.

On constate aujourd’hui que les phénomènes d’éruptions volcaniques et de tremblements de terre occupent une place importante dans l’actualité et ces phénomènes semblent augmenter leur fréquence, comme on a pu le voir ces derniers mois avec les tremblements de terre à répétition en Italie ou dans d’autres régions du monde. On fait rarement le lien de ces phénomènes avec le changement climatique. Pourtant, en dehors de la montée des océans (phénomène le plus visible), le changement climatique aura un impact sur le fonctionnement global du système terrestre et l’augmentation actuelle de ces catastrophes peut aussi être liée au changement climatique déjà en cours. L’ensemble des conséquences directes (montée des océans, catastrophes naturelles, etc) et indirectes (conséquences sociales et politiques) du changement climatique nous font mieux comprendre l’ampleur de ce phénomène et les dangers que cela représente à l’échelle mondiale.

Texte CC BY-SA

Vidéos: youtube
image: Floodmap

Trois vidéos pour illustrer un esprit contestataire et la dénonciation de la guerre

Dans ce post, nous vous présentons un choix de vidéos sur le thème de la dénonciation de la guerre. Le point commun entre toutes ces vidéos, c’est que le montage a été réalisé en mêlant les images d’événements historiques marquants avec de la musique, des chansons dont les paroles traduisent le plus souvent une dénonciation de la guerre ou du système qui engendre les inégalités, les injustices, les conflits, dont sont victimes les sociétés humaines. Ces vidéos datent d’époques différentes, mais le message est toujours le même aujourd’hui: dénoncer la guerre dans ce qu’elle a de plus absurde, les victimes civiles, l’aveuglement des armées, les guerres pour le pétrole déguisées sous le nom de « guerre contre le terrorisme ». A chaque guerre, ce sont des générations entières qui meurent. Aujourd’hui, de telles vidéos pourraient-elles encore avoir un impact sur la conscience humaine, pour que les milliers de gens qui protestent, par exemple, contre Donald Trump dans plusieurs pays, se mettent plutôt à protester contre la guerre au Yémen, ou contre d’autres guerres dans le monde? Pourquoi si peu de mobilisations massives contre la guerre?

« Bullets » d’Archive (vidéo de Zunamkiagna)

"Bullets" du groupe ArchivePour commencer, notre vidéo préférée (qui a déjà fait l’objet d’un article sur ce blog). Il s’agit d’une vidéo réalisée avec des images de la guerre en Irak. Celle qui nous parle le plus, étant donné la proximité des événements. Il est difficile de ne pas avoir vu au moins une de ces images dans les médias occidentaux (qui montrent George Bush, l’armée américaine, la chute de Saddam Hussein, les prisonniers irakiens, etc). Les images parlent à tous et rappellent aussi les révélations WikiLeaks sur l’Irak, mais entrent d’autant plus en résonnance avec les paroles de la chanson qui a été choisie pour illustrer la vidéo. La chanson est celle du groupe Archive, un groupe britannique (de rock progressif), qui d’après Wikipedia, sort l’album « Controlling Crowds » dont est issue la chanson en mars 2009. Le titre lui-même pourrait sembler militant: « controlling crowds » ou « en contrôlant les foules », n’est-ce pas ainsi d’ailleurs que les foules sont menées inexorablement vers la guerre, parce que nous sommes d’une certaine manière tous contrôlés par le discours des hommes politiques, par le discours officiel des médias, etc? Les paroles de la chanson ont une raisonnance forte avec la vidéo, même si le groupe Archive n’en est pas à l’origine: comment ne pas penser dès les premières lignes à ce soldat américain parti faire la guerre en Irak et « qui a cette violence sous la peau » (« underneath my skin there is a violence »), mais qui de manière tout aussi absurde peut considérer la beauté d’un ciel qui explose au milieu des balles et des bombes (« bullets are the beauty of the blistering sky », dit le refrain). Soldat coupable des crimes qu’il commet, ou simplement ignorant parce qu’il a obéi aux ordres sans réfléchir, ou impuissant face à des événements internationaux qui le dépassent? Les paroles se confrontent aux images, comme si deux mondes s’affrontaient, mais l’un et l’autre tout aussi absurdes: l’absurdité de la guerre.

Lien de la vidéo: https://rutube.ru/video/9080c9c0512f8240c10ba69573cc28d8/

« The 4th Branch » d’Immortal Technique

Une autre vidéo qui nous a plu par son message pacifique et révolutionnaire est une vidéo du groupe Immortal Technique, classé dans la catégorie « Rap politique ». On retrouve un montage vidéo semblable à celui de la vidéo précédente, avec des images reprises des médias et des actualités, mêlées à d’autres images de protestations dans les rues, de bombes qui explosent dans le ciel, de parades militaires, symboles religieux, etc. La chanson utilisée dans cette vidéo vient d’un album sorti en novembre 2003, d’après Wikipédia, ce qui peut expliquer pourquoi ici les paroles de « The 4th branch » évoquent la guerre en Irak et Saddam Hussein: « Ils ont bombardé des innocents, tout en essayant d’assassiner Saddam; Lorsque vous lui avez donné ces armes chimiques pour aller en guerre contre l’Iran » (« They bombed innocent people, tryin’ to murder Saddam; When you gave him those chemical weapons to go to war with Iran »). Le texte fait aussi mention de « Guantanamo Bay », de « violations des droits de l’homme » et du « terrorisme ». On a donc une résonnance directe entre la vidéo qui montre des images de guerre et les paroles écrites pour dénoncer la guerre, ou en tout cas, semblant vouloir faire passer ce message contestataire. On retrouve aussi l’idée du contrôle de masse, l’idée que l’humanité suit aveuglément les actualités, la politique, sans se questionner. Depuis cette chanson datée de 2003, il y a eu sans doute un réveil politique avec des mouvements comme Anonymous, Occupy Wall Street, etc. Pour autant, gardons à l’esprit le message de la chanson: « C’est comme le MK-ULTRA, qui contrôle ton cerveau; Penser de façon suggestive, c’est ce qui fait changer la perspective de ta pensée » (« It’s like MK-ULTRA, controlling your brain; Suggestive thinking, causing your perspective to change ») et « Arrêtez de laisser les grands médias raconter des mensonges à vos enfants » (« stop letting corporate news tell lies to your children »). De telles vidéos contestataires s’adressent à notre conscience et à notre inconscient, par le pouvoir des mots et des images qui y sont exposés.

Lien de la vidéo: https://youtu.be/GSfk0wLs4EE

« Holiday in Cambodia » de Dead Kennedys

Pour finir, une troisième et dernière vidéo, « Holiday in Cambodia » de Dead Kennedys, un groupe de musique américain (classé « anarcho-punk »). Il nous sera plus difficile d’en parler, étant donné que la vidéo date d’une autre époque (mai 1980). Mais le message contestataire et anti-guerre est tout aussi évident, comme l’explique Wikipedia: « La chanson est une attaque contre l’étudiant américain stéréotypé, moralisateur et privilégié. Ses paroles offrent une vision satirique des jeunes américains aisés et intransigeants, un tel mode de vie contrastant avec la dictature génocidaire des Khmers Rouges, menée par Pol Pot (représenté sur l’étiquette du single original et mentionné dans les paroles), qui est responsable de la mort de quelque deux millions de personnes au Cambodge entre 1975 et 1979. »

Lien de la vidéo: https://youtu.be/KRwUlLahpiI

De telles vidéos sont nécessaires pour permettre une prise de conscience dans le monde: prendre conscience que la guerre ne mène qu’au chaos, que la majorité des victimes de la guerre sont des victimes civiles y compris des enfants, que ceux qui s’enrichissent dans ces guerres ne sont pas les mêmes que ceux qui combattent dans ces guerres, et que les soldats qui participent aux combats sont aussi le plus souvent victimes de ces guerres, car certains sont blessés, handicapés à vie, et parfois souffrent de troubles psychiques bien des années après être revenus dans leur pays, tandis que d’autres y ont laissé leur vie. Ce sont de beaux messages qui ont été adressés contre la guerre dans ces vidéos, même si les images sont parfois violentes. Un militant indigné m’a dit, un jour, que l’art nous détourne du combat politique, de la réalité, mais dans ce type de vidéos, l’art est aussi capable de rejoindre le combat politique en libérant nos esprits et en nous montrant la vérité.

kimono

Texte CC-BY-SA

Vidéos: youtube/rutube

 

 

Gandhi au pays de l’Etat Islamique, ou comment enseigner la non-violence à des terroristes (fiction politique)

800px-Syrian_Desert_(5079168819)Gandhi reposait dans sa tombe depuis de nombreuses années… Le corps inerte de celui qui avait rêvé de la non-violence et d’une révolution pacifique dans le monde fut réveillé un jour par des cris inhumains et des prières qui venaient de tous les coins de la terre, des appels à l’aide qui demandaient que la paix revienne enfin et que l’on arrête les meurtres et les destructions. Cette chose qui empêcha Gandhi de profiter du repos éternel était appelée l’Etat Islamique. Au plus haut du ciel, montaient le bruit des bombes et la souffrance des êtres humains. Et si l’existence des anges pouvait être prouvée, alors ceux-ci étaient sans doute en train de lancer une alerte dans l’univers contre toute cette violence.

Effrayé et impuissant, Dieu convoqua Gandhi qui reposait dans sa tombe. Il lui dit: « Je te redonne la vie et je t’envoie sur terre pour aller enseigner la paix et la non-violence à l’Etat Islamique. Apprends-leur ce que tu sais. Si tu n’arrives pas à pacifier la terre, je détruirai l’humanité pour toujours, car depuis des milliers d’années j’ai essayé en vain d’améliorer l’espèce humaine, mais encore une fois, je constate mon échec millénaire. »

Gandhi prit peur. Pourquoi devrait-il aller là-bas? Tout avait changé sur terre. Le monde était bien plus cruel qu’à l’époque où il avait vécu.

Dieu lui répondit: « A quoi te sert de vivre dans l’éternité? à quoi te sert toute cette paix éternelle où tu reposes dans les nuages? tu as déjà atteint la sagesse ultime, tu as la connaissance de l’infini et la maîtrise de ce qui est juste, que veux-tu de plus? ne veux-tu pas partager avec eux la paix et l’éternité, leur ouvrir les portes du savoir, les guider vers la justice, maintenant que tu sais exactement ce que c’est? Ne veux-tu pas pacifier le monde avec tes paroles, comme tu l’as fait dans le passé? »

Gandhi comprit qu’il n’avait pas le choix face à tant d’arguments. Il fit battre ses ailes, soupira légèrement et se posa sur un nuage.

Dieu souffla sur lui. Il fit disparaître ses ailes. Il lui redonna une forme humaine. Il lui redonna un corps, il réactiva son cœur et réchauffa son sang, pour qu’il puisse redevenir comme les hommes qui vivent sur la terre. Il le fit descendre là où régnait une violence sans nom, sur ce territoire sans frontières où les armes et les bombes avaient remplacé les rires des enfants, les chants des femmes et les paroles des poètes.

Gandhi, dans un souffle divin, arriva sur terre, au milieu d’un désert syrien — sans ses livres et sans aucune idée de ce qu’il allait dire aux terroristes de l’Etat Islamique. Il se rappelait vaguement de ses discours qu’il avait prononcés il y a très longtemps, dans une autre vie, sur la non-violence. Mais il ne se souvenait plus très bien de ses discours. Peut-être que c’était mieux ainsi, car en les oubliant, cela le forçait à réinventer ses idées et à redevenir un créateur. Maintenant, comment parler à des terroristes? Qui étaient donc ces terroristes? La plupart d’entre eux furent des enfants et des êtres qui partageaient des rêves d’un monde meilleur, avant d’avoir sombré dans la folie du terrorisme. Gandhi considérait que le terrorisme était une forme de suicide, un suicide de la conscience, un renoncement à l’humanité. Et selon lui, il n’y avait que deux chemins dans la vie: celui de la violence et de la guerre qui ne mène qu’à la destruction, et celui de la paix et de la révolution pacifique qui mène à un monde meilleur. Et tandis que le chemin de la violence ne s’appuie que sur les armes et la guerre pour arriver à son but, celui de la paix avance par le dialogue, l’intelligence et la conviction des idées.

Dieu avait donné à Gandhi la capacité de comprendre parfaitement la langue arabe, pour qu’il puisse parler à tous les hommes et à tous les habitants de cette région du monde. Ainsi, Gandhi n’aurait aucun problème pour enseigner la non-violence aux terroristes de l’Etat Islamique. En même temps que son âme revenue à la vie, tous ses rêves de révolution pacifique étaient aussi revenus à la vie avec lui. Ce qui n’avait pas été possible dans le passé le serait peut-être aujourd’hui. Peut-être que le monde entier allait enfin renoncer à la violence et aux guerres, si seulement son enseignement était enfin écouté et apprécié à sa juste valeur. Et comme il était déjà mort une fois, il savait qu’il n’avait plus peur de la mort et de mourir pour ses idées.

Gandhi arriva aux portes de la ville de Raqqa. Un frisson lui parcourut les épaules. Il n’avait pourtant pas vu ces milliers d’images et de vidéos que les gens voyaient chaque jour sur Internet. Il était couvert d’un châle de couleur jaune. Il avait des lunettes et il scrutait l’horizon. Le soleil de Raqqa en Syrie lui rappelait le soleil qu’il avait vu en Inde.

Soudain, une voiture arriva pour le contrôler parce qu’il n’avait pas l’habit conventionnel. La police de l’Etat Islamique le remarqua tout de suite avec son habit indien jaune vif. Le jaune, c’était plutôt mal vu ici, surtout pour un homme. On aurait pu l’accuser d’homosexualité. Gandhi expliqua qu’il était musulman, qu’il venait de l’Inde et qu’il voulait servir la paix au nom de Dieu et qu’il venait enseigner la révolution pacifique dans le monde.

Avec ses belles paroles, Gandhi ajouta: « mais une révolution sans les armes — car on m’a confié une mission pour enseigner la paix et la non-violence à l’Etat Islamique. Je vous apprendrai comment régner avec le cœur, et non par les armes, à régner avec les idées, plutôt que par la guerre, et vous verrez qu’ainsi le monde musulman sera rassemblé dans la paix pour les années à venir, si vous faites les bons choix ». La brigade de police de l’Etat Islamique l’écoutait avec attention.

Gandhi saisit sa chance pour continuer son discours:

« Je veux vous enseigner la non-violence comme un moyen d’unifier le Moyen-Orient et de pacifier le monde musulman, car le monde musulman est déchiré depuis de trop nombreuses années; je veux vous enseigner la non-violence pour rassembler les foules et pour unir les chiites et les sunnites qui ne sont qu’un seul peuple, le peuple musulman, et je veux vous enseigner la paix comme le seul outil de la victoire, et la révolution pacifique comme le seul outil de votre volonté — et je vous enseignerai la victoire sans les armes, et je vous enseignerai la vraie justice: celle qui vient du cœur. Car la vraie justice règne sur l’intelligence des hommes, et elle n’a recours à aucune violence ni à aucun crime. Le jour où vous aurez renoncé à la violence et aux armes, vous aurez ramené la paix sur la terre et vous aurez rassemblé le monde musulman. Renoncez à la violence, et la paix reviendra sur terre en un seul jour et elle se lèvera comme un soleil sur votre pays, en réchauffant les âmes de ceux que vous avez perdus et de tous ceux que vous aimiez et qui sont morts dans les combats. La guerre, c’est le retour vers le passé. La guerre, c’est le temps disparu. La seule réalité, c’est la paix. Le seul présent, c’est celui d’un monde pacifié. »

La brigade de l’Etat Islamique l’embarqua dans la voiture et l’emmena auprès du Calife pour que Gandhi explique son charabia idéologique.

Gandhi fut très content d’avoir touché la sensibilité des terroristes et il se dit que c’était un bon début. Ça ne pouvait pas mieux commencer. Ses mots avaient touché le fond de leurs cœurs. Son discours avait changé quelque chose dans leurs regards.

Une fois devant le Calife, Gandhi dut expliquer à nouveau ses idées. Il répéta tout ce qu’il avait déjà dit auparavant, avec encore plus d’espoir et de conviction que le monde pouvait changer grâce à la non-violence. Oui, le monde pouvait changer en un seul jour. Il commença à enseigner dès le lendemain matin.

Il eut une chambre privée, avec un brigadier à l’entrée qui devait l’accompagner partout où il voulait aller et qui lui servait de guide dans la cité islamique.

Le lendemain matin, Gandhi arriva dans le bâtiment de l’université où était enseigné l’islam. On le surnomma « l’Arabe jaune », à cause de son vêtement au style particulier. Malgré les mesures sévères, il fut autorisé à porter son habit traditionnel.

Gandhi entra dans la salle de cours. Il dit aux hommes de l’Etat Islamique de sortir du bâtiment. « Nous allons étudier dehors, à la lumière du soleil: car le soleil, c’est le symbole de la vérité. Dieu est la lumière, et il est la vérité. Ainsi, toute vérité ne peut être enseignée qu’à la lumière du soleil, et non plus à l’intérieur de vos bâtiments. C’est ainsi que naîtra la vérité dans le monde. »

Et Gandhi leur dit encore, à ces hommes de l’Etat Islamique: « Tout comme Zarathoustra est, un jour, descendu parmi les hommes pour leur enseigner le surhumain, moi je descends parmi les terroristes pour vous enseigner la non-violence, c’est-à-dire que je vous enseigne à dépasser votre condition, en renonçant à tous vos instincts violents et primitifs, pour devenir des êtres supérieurs dont le seul but dans la vie sera de mener une révolution pacifique dans le monde entier. Libérez vos esprits, libérez-vous du terrorisme, libérez-vous de tout ce qui empêche vos âmes de voler vers la paix. »

« Ici, au milieu des sables du désert, là où vous avez exécuté des prisonniers et des innocents, rappelez-vous du message implacable de la vérité, de cette vérité qui règne au-dessus de vos têtes comme la lumière du soleil. »

« Personne n’est éternel sur cette terre. Le soleil brille, et la vie est notre destin. Mais au bout, chacun devra affronter la mort. Si les dictateurs ont tué vos familles, ne prenez pas exemple sur eux pour vous venger et donner la mort à votre tour. Montrez au monde que vous êtes plus intelligents que les dictateurs et que vous ne tuerez pas les populations. Ne commettez pas les mêmes erreurs que les dictateurs et les criminels de guerre: ne tuez pas, ne torturez pas, même quand il s’agit de vos ennemis.

Car le monde ne pourra être sauvé que le jour où les hommes auront renoncé à leurs instincts les plus meurtriers.

Le jour où même les terroristes les plus violents auront renoncé à tuer, alors nous vivrons dans un monde libre et pacifié. »

Gandhi parlait ainsi:

« Je suis venu vous enseigner le surhumain, l’homme qui renonce au terrorisme et à la violence. Et en chacun de vous, je vois déjà le questionnement: Qui suis-je face au terrorisme? Suis-je encore cet homme qui voulait tuer l’autre, mon voisin? Suis-je encore cet homme qui voulait se suicider et s’autodétruire, sans vouloir connaître les joies de la vie et l’avenir que Dieu m’avait réservé? Suis-je encore cet homme qui voulait disparaître de la terre et abandonner ma propre liberté? »

« Mais je vous le dis: Est-ce que le terroriste le plus dangereux de la terre ne peut pas devenir un homme pacifique voué entièrement à la paix? Pourquoi cette chose serait impossible? Pourquoi l’homme qui s’est trompé de chemin n’aurait pas le droit de revenir en arrière et de choisir le chemin de la paix? »

Et alors, les yeux de ceux qui écoutaient se levèrent. Les hommes de l’Etat Islamique commencèrent à se poser des questions. Des milliers d’entre eux étaient morts dans la souffrance, mais chacun d’eux voulait vivre, au contraire, dans un monde en paix. On leur avait enseigné la guerre. Mais pourquoi tout ce temps perdu, alors qu’on pouvait vivre en paix?

Gandhi arrivait au bout de son discours:

« Regardez tout ce que vous pouvez faire dans un monde en paix. Regardez combien vous serez plus appréciés par la population, si vous la traitez avec justice plutôt qu’en utilisant la violence et la mort contre les civils. Voyez comme ceux qui sont différents de vous peuvent aussi vous aimer, quand vous laissez vos armes sur le côté. « 

« Les peuples ont peur de vous, c’est pourquoi ils vous fuient. Or, ce n’est pas la peur que vous devez inspirer aux peuples, mais la confiance et la paix. »

« N’enfermez pas des prisonniers dans des cages pour les brûler, arrêtez de sacrifier et de torturer les peuples. Arrêtez de poser des bombes sur vos corps, car vous devez vivre et porter votre message vers le monde. Si vous renoncez à la vie, personne ne pourra défendre vos idées et vos rêves à votre place. »

« Quand vous deviendrez entièrement pacifiques, votre peuple vous suivra, et des milliers de peuples vous suivront dans le chemin de la non-violence. »

« Celui qui règne n’impose pas son pouvoir par les armes, la violence ou la mort. Celui qui règne n’a pour seule arme que sa parole qui prône la justice et la paix. Il n’y a de vérité que dans la non-violence. Et ceux qui choisissent la violence seront écartés de ce monde et ils périront dans les flammes de la guerre. Et ceux qui choisissent la paix vivront longtemps sur cette terre et ils construiront le monde de demain. Tel est l’enseignement que vous devez retenir aujourd’hui. »

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Les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite avaient-ils préparé une guerre au Yémen?

Carte: Les sunnites et les chiites au Moyen-Orient

Après l’Irak et la Syrie, une nouvelle guerre se dessine au Moyen-Orient avec le Yémen. Dans toutes ces guerres, on constate que l’Arabie Saoudite et les Américains ont eu des intérêts communs à renverser des régimes qui ne leur étaient pas favorables ou à bombarder des pays qui possédaient certaines richesses, comme le pétrole.

Quand les Etats-Unis ont envahi l’Irak en 2003, on sait bien qu’il y a eu une volonté de changement de régime, au nom de la démocratie. Cependant, on constate aussi que l’Irak est un pays riche en pétrole et à majorité chiite, à l’opposé de l’Arabie Saoudite qui est sunnite.

De même, le régime syrien est dirigé par une minorité religieuse alaouite qui n’est pas un allié habituel des Etats-Unis ou de l’Arabie Saoudite.

Dans ces guerres au Moyen-Orient, on pourrait donc voir une volonté américano-saoudienne de renverser tous les régimes politiques qui seraient chiites, alliés de l’Iran ou de la Russie, dans le but d’imposer une nouvelle majorité politique dans ces pays, une majorité qui serait désormais favorable à la fois aux intérêts saoudiens et aux intérêts américains.

L’invasion du Yémen semble poursuivre la logique américaine qui avait commencé avec l’invasion de l’Irak en 2003. Et si on reprend les propos du général Wesley Clark, qui évoquait la guerre planifiée au Moyen-Orient:

« Nous allons prendre sept pays en 5 ans, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan, et en finissant par l’Iran. » (Global Research)

Si c’était bien l’intention des Etats-Unis, peut-être que le Yémen se trouvait aussi sur cette liste secrète et qu’il y avait un plan pour prendre le contrôle de tout le Moyen-Orient.

Une idée semblable a été exprimée dans un article sur « Les projets secrets pour le Yémen », publié le 27 mars 2011 — soit 4 ans avant les bombardements qui sont en cours —, et qui parle de « l’agenda secret du Pentagone et des services secrets états-uniens ». Mais l’article en question justifie ces projets américains au Yémen par rapport au pétrole, car « les États-Unis visent à militariser l’une des voies d’acheminement de pétrole les plus vitales ». L’invasion saoudienne actuelle n’aurait peut-être que ce seul but: le contrôle de l’exportation du pétrole.

En prenant en compte les arguments sur les différences religieuses (chiites/sunnites), on constate une autre coïncidence, c’est que l’Etat Islamique est sunnite, tout comme l’Arabie Saoudite, et qu’ils avaient le même but: renverser le régime syrien de Bachar al-Assad. De nombreux articles américains se sont penchés sur cette question du financement saoudien de l’Etat Islamique. Cela donnait aussi la possibilité à l’Arabie Saoudite d’étendre son influence sur toute la région.

Ce qui arrive au Moyen-Orient, ce serait donc toujours la continuité de cette guerre entre, d’un côté, les Etats-Unis et leurs alliés, l’Arabie Saoudite et les régimes sunnites arabes, et de l’autre, la Russie et les pays qui lui sont proches, comme l’Iran et la Syrie — mais tout cela sur fond d’une guerre pour le contrôle des ressources stratégiques comme le pétrole. Sur BFM Business, on apprend aussi que « l’Arabie Saoudite cherche à affaiblir la Russie, qui est un concurrent géopolitique redoutable dans la région » — la Russie étant l’ennemi géopolitique de l’Arabie Saoudite, mais aussi l’ennemi diplomatique des Etats-Unis.

L’Arabie Saoudite a-t-elle volontairement déclenché la guerre au Yémen? Il y avait une possibilité de régler le conflit politiquement, pourtant l’Arabie Saoudite a choisi l’option du bombardement. Les civils se font tuer, comme cela a été le cas en Irak et en Syrie. Le Yémen présente un intérêt stratégique et géopolitique pour l’Arabie Saoudite, « premier exportateur mondial d’or noir » (BFM Business).

Prendre le contrôle du Yémen ou y installer un régime qui lui serait entièrement favorable permettrait à l’Arabie Saoudite de maîtriser une zone géographiquement très importante pour l’exportation du pétrole, « l’un des goulots d’étranglement stratégiques du trafic mondial de pétrole, Bab el-Mandab ». « Plus encore, les réserves de pétrole non-exploitées au Yémen et en Arabie Saoudite seraient les plus importantes au monde » (« Les projets secrets pour le Yémen« , Voltaire.net).

Au mépris de toute diplomatie et de toute solution pacifique, l’Arabie Saoudite semble être en train d’imposer un chaos total au Moyen-Orient, dans tous les pays qui ne sont pas des alliés traditionnels ou qui ne sont pas de la même majorité sunnite. Et les Etats-Unis semblent être un soutien stratégique dans cette guerre au Yémen: selon un diplomate français, les « militaires américains supervisent cette guerre en tant qu’associés ». (Marianne.net).

Au final, on trouve beaucoup de points communs entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis dans ces guerres au Moyen-Orient, et si on remonte aux attentats du 11 septembre 2001, beaucoup de gens ont aussi dénoncé l’implication saoudienne dans ces attentats et le fait que le gouvernement américain ait refusé de publier le rapport confidentiel de 28 pages qui mettait en cause l’Arabie Saoudite, comme le révèle le New York Times.

Alors, on devrait se demander pourquoi la France apporte aussi ce soutien à l’Arabie Saoudite, auprès des Etats-Unis, dans cette « nouvelle guerre américaine ». S’il y a aussi un intérêt commercial pour le gouvernement français dans le soutien de la guerre au Yémen, est-ce que nous devons continuer à accepter ces guerres, et que pouvons-nous faire en tant que citoyens pour nous opposer à ces conflits qui semblent avoir uniquement pour but le contrôle des ressources pétrolières?

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Image: wikimedia

Pourquoi l’affaire Snowden a été utile au gouvernement américain

Tout a commencé à Hong Kong, en juin 2013, quand Laura Poitras et Glenn Greenwald ont dévoilé l’identité d’un jeune analyste des services secrets américains qui lançait l’alerte sur le programme Prism de la NSA. Edward Snowden est très vite qualifié de « traître », dès le début de l’affaire, par certains hommes politiques aux Etats-Unis, notamment par Dick Cheney. En août 2013, Obama affirme, tout en engageant des promesses de réformes au sein de la NSA: « Non, je ne pense pas que M. Snowden a été un patriote. » (CNN) Mais cet avis négatif contraste, malgré tout, avec les premiers idéaux défendus par Obama, quand il parlait de la défense des lanceurs d’alerte:

« Protéger les lanceurs d’alerte: Souvent, la meilleure source d’information sur les pertes, la fraude et les abus au sein du gouvernement, c’est un employé du gouvernement existant commis à l’intégrité publique et disposé à parler. De tels actes de courage et de patriotisme, qui peuvent parfois sauver des vies et souvent faire économiser des dollars au contribuable, devraient être encouragés plutôt qu’étouffés. Nous devons responsabiliser les employés fédéraux comme garde-fous face à des actes répréhensibles et des partenaires qui agissent. Barack Obama va renforcer les lois sur les lanceurs d’alerte pour protéger les travailleurs fédéraux qui exposent les pertes, la fraude et l’abus de pouvoir au sein du gouvernement. Obama fera en sorte que les organismes fédéraux accélèrent le processus d’examen des demandes en matière de divulgation et que les lanceurs d’alerte aient pleinement accès aux tribunaux et à une procédure régulière ». (Policy.Mic)

Un article du Guardian daté de janvier 2014 montre bien cette contradiction entre, d’un côté, les critiques et les attaques contre Snowden dans les médias, et de l’autre, un gouvernement américain qui admet timidement que cette affaire a été utile à ouvrir le débat, un gouvernement qui avoue d’une certaine manière qu’ils n’auraient pas pu réformer le monde du renseignement sans tout le chaos de cette affaire:

Malgré sa critique de la divulgation des documents par Snowden, Obama a reconnu l’importance du débat sur la surveillance du gouvernement.

« Une chose dont je suis certain: c’est que ce débat nous rendra plus forts », a déclaré Obama. (The Guardian)

De là, à demander: le chaos de l’affaire Snowden a-t-il été savamment orchestré pour conduire à des réformes réfléchies et projetées par le gouvernement américain depuis une assez longue période?… On ne pourra jamais l’affirmer avec certitude, mais le gouvernement américain a certainement pu en tirer plus d’avantages qu’on ne pense.

Si on résume quelques aspects de l’affaire Snowden qui ont pu profiter au gouvernement américain:

– Cela a permis d’informer le grand public sur les programmes de surveillance, alors que jamais une telle prise de conscience ne s’est accomplie au niveau mondial dans les médias. Si l’objectif était l’information de masse sur la surveillance, on peut dire que c’est réussi.

– Le débat sur la vie privée a pu être lancé au niveau mondial, tout en exposant le caractère technique de ce problème. Les technologies qui protègent l’anonymat, comme le logiciel TOR, ont pu être mieux connues et expliquées au grand public.

– Le débat éthique a pu se poser au sein des services de renseignement, tout en posant la question de l’efficacité des méthodes de surveillance. La collecte des données n’améliore pas forcément la sécurité, comme on l’a appris en ce qui concerne le terrorisme.

– La NSA a pu attirer de jeunes recrues au sein de ses services de renseignement, grâce à la médiatisation des révélations d’Edward Snowden, en exposant le travail des services secrets et en utilisant l’image d’un lanceur d’alerte auquel n’importe quel adolescent peut s’identifier.

– Les Etats-Unis ont pu relancer une forme de guerre froide avec la Russie, quelques mois à peine avant le conflit en Ukraine. Etait-ce une coïncidence si Snowden a trouvé refuge à Moscou? Sa mission aurait-elle pu être d’infiltrer le renseignement russe au profit des services secrets américains?

– Les médias ont pu montrer Hong Kong comme une ville de liberté d’expression qui a largement soutenu le lanceur d’alerte, dans un contexte de domination et de conflit idéologique avec la Chine, un conflit qui a récemment pris la forme de la « révolution des parapluies » en septembre-octobre 2014, soit un an après l’affaire Snowden.

Ce sont autant d’éléments qui peuvent indiquer que les révélations d’Edward auraient pu être planifiées au plus haut niveau du gouvernement américain, dans un objectif calculé de réformes politiques. Mais, d’un autre côté, on ne peut pas exclure la possibilité que tout cela soit dû au hasard et à la bonne conscience d’un ancien agent de la NSA dont le courage servira de modèle aux générations futures.

A tout cela vient s’ajouter aujourd’hui une réforme de la CIA, ainsi qu’une réforme qui a – semble-t-il – échoué pour les agents du Pentagone en novembre dernier:

Le Pentagone a revu à la baisse son plan pour assembler un service d’espionnage à l’étranger capable de rivaliser en taille avec la CIA (Washington Post)

Mais si le Pentagone semble avoir abandonné son projet de réforme, la réforme de la CIA a sans doute plus de chances d’être mise en place par le gouvernement américain:

Le directeur de la CIA John Brennan fait la promotion d’un plan de réorganisation de la Central Intelligence Agency qui rendra plus probable que l’analyse du renseignement sera politisée afin de soutenir les intérêts de la Maison Blanche et des décideurs de haut niveau. (Counterpunch)

On peut donc effectivement dire que l’affaire Snowden a bouleversé le monde du renseignement américain et que toutes ces réformes n’auraient pas eu lieu sans une prise de conscience collective face aux défis de la surveillance.

Il y a eu non seulement un renforcement du débat sur la surveillance, mais aussi un renforcement du rôle des services secrets, grâce à la modernisation et aux réformes en cours qui ont pour but d’améliorer leur efficacité, tout en respectant mieux la vie privée des citoyens.

Au bout du compte, Snowden a simplement mis en évidence les failles du système de surveillance américain. Et comme tout système, il y a toujours des choses à améliorer.

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« Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret »

la propagande en couleursIllustration: la propagande en couleurs, autrement dit une manière simple de comprendre comment nos esprits sont manipulés par les médias

« Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret »

Ceci pourrait être la nouvelle devise de citoyens qui ont décidé de libérer leur esprit de toute forme de propagande médiatique, de ceux surtout qui veulent sortir de l’opposition entre point de vue pro-occidental (ou pro-américain) et point de vue des pays non-occidentaux. En Europe, nous sommes dans une logique occidentale, mais sans nous en rendre compte, beaucoup des points de vue de nos médias sont calqués sur les Etats-Unis. Trop de gens croient aux médias, et même ceux qui militent et pensent être indépendants dans leur esprit sont aussi influencés par la propagande médiatique occidentale. Exemple: la Palestine qui reste encore aujourd’hui un sujet problématique en Occident à cause du soutien américain à Israël, d’autres sujets aussi comme la prison de Guantanamo, les révélations Wikileaks, la cyber-surveillance, la place des lanceurs d’alerte dans nos sociétés modernes, et le 11 septembre, sont également des sujets peu débattus en Europe.

Dans le cas de la NSA, par exemple, il y a un débat sur l’espionnage américain, mais parallèlement il y a peu d’informations sur l’implication du gouvernement français dans ce partenariat américain. De la même manière, il n’y a quasiment aucun gouvernement européen (sinon aucun) qui a remis en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, alors que de nombreux américains dénoncent une enquête insuffisante. Nous avons la liberté d’expression en Europe, mais certains sujets restent malgré tout trop peu analysés dans nos pays, sans que ce soit pour autant une censure officielle.

Dans cette logique, les blogs sont parfois des moyens d’information très utiles qui peuvent soulever des questions qui n’ont pas été évoquées par les grands médias. Si vous pensez qu’il n’y a pas d’informations utiles sur un sujet que vous maîtrisez, créez un blog et prenez la parole, ce sera le meilleur moyen de rompre le silence! Vous pourrez ainsi écrire sans aucune pression politique et au rythme que vous voulez.

C’est pourquoi nous disons: « Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret », parce qu’il faut apprendre à exiger toujours plus d’informations, toujours plus de vérité. Parce qu’il ne faut pas avoir peur de critiquer. Parce qu’il faut apprendre aussi à collecter toutes ces informations qui nous bombardent à la télévision ou sur Internet, apprendre à les classer, à différencier les rumeurs par rapport aux vérités, savoir aussi se poser des questions sur d’éventuelles manipulations médiatiques qui sont là pour provoquer un débat ou détourner l’attention des citoyens face à un sujet plus préoccupant.

Finalement, le citoyen doit parfois faire comme la NSA face à l’information médiatique: il doit tout analyser, stocker dans sa tête pendant des mois, voire des années, s’il est un vrai passionné d’actualité et s’il veut arriver à une vision logique et raisonnable du monde moderne. Au bout de plusieurs années, ce citoyen qui n’aura fait confiance qu’à sa propre intelligence, qui aura parfois eu le courage d’écrire de lui-même des articles, sera sans doute plus objectif que n’importe quel journaliste qui aura seulement passé son temps à obéir à sa rédaction en rédigeant les sujets qu’on lui aura imposés.

Peu importe le sujet ou l’orientation politique: il faut comparer l’information sur beaucoup de sites internet et comparer les idées de différents mouvements politiques, pour arriver à une idée cohérente où nous pouvons discerner les intérêts d’un Etat qui produit de la propagande face à sa population. Il faut être suffisamment ouvert d’esprit pour comparer des informations très différentes et se faire sa propre version de la vérité. Il faut aussi savoir être suffisamment courageux pour avoir des idées différentes face au plus grand nombre et ne pas se laisser intimider par les réactions parfois négatives des personnes qui nous entourent. Si vous soutenez la Russie, dites-le, personne ne vous censurera en Occident, de toute manière les Américains vous auraient mis sur écoute pour moins que ça. Si vous pensez que la Corée du Nord mérite plus d’attention et de respect de la part de la communauté internationale, si vous soutenez la paix en Corée, dites-le aussi. Il n’y a pas de mal à partager ses idées, surtout quand elles sont pacifiques, et vous trouverez certainement des individus qui seront d’accord avec vous.

Il ne faut pas avoir peur de la controverse et d’aller contre les idées du plus grand nombre. De la même manière, notre blog qui soutient Wikileaks – et qui continue à soutenir sa lutte pour la transparence politique – n’a pas hésité à analyser toutes sortes d’informations pour montrer que cette organisation n’a pas forcément expliqué ses vrais liens avec les gouvernements occidentaux ou, du moins, avec certains services secrets américains, comme le FBI (avec Sabu), et d’anciens employés de la NSA ou de la CIA. Parce que le devoir d’information exige que l’on soit critique, même face aux organisations que l’on soutient et même si l’on admire ces personnes. C’est à ce prix-là qu’il y aura de plus en plus de liberté d’expression dans le monde.

Il faut aussi savoir rester critique face aux médias indépendants, qui parfois peuvent avoir été créés ou manipulés par des services secrets afin de collecter des informations sur certains sujets, dans le but de manipuler l’opinion ou pour infiltrer des réseaux militants. C’est pourquoi même l’information indépendante doit rester dans votre esprit une information susceptible de contenir autant de propagande que ce que vous voyez à la télévision.

Le mieux est qu’un citoyen compare et collecte son information comme s’il était à lui-même son propre service secret, là où sa réflexion et sa pensée seront toujours indépendantes de toute manipulation et à l’abri de toute forme de propagande, que cette propagande vienne à l’origine d’un Etat, d’un parti politique ou d’une organisation militante. C’est en développant ces capacités d’analyse que vous serez en mesure de faire les meilleurs choix dans votre engagement politique et de défendre les idées qui vous correspondent le plus.

Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret. La vérité est à portée de tout le monde. Le lavage de cerveau accompli par les médias n’est pas une fatalité. Sachez réagir!

kimono

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Image CC BY-SA créée par l’auteur de l’article

Anonymous, prenez le mur de Berlin!

C’est en allant pour la première fois à Berlin que je me suis rendue compte que dans cette ville qui accueille toutes sortes de graffitis sur ses murs, comme autant de témoignages d’un passé marqué par la chute du communisme, il n’y a en même temps aucun graffiti rappelant la révolution sociale actuelle qui se déroule dans le monde et dont le symbole est le masque des Anonymous. Je parle notamment de l’East Side Gallery, car je n’ai pas eu le temps de voir tous les graffitis qui existent à Berlin.

Quand vous marchez sur l’East Side Gallery, certes vous voyez toutes ces oeuvres qui recouvrent les restes du mur de Berlin, mais c’est un peu dommage de ne croiser aucun tag Anonymous ni aucun signe qui évoque le combat de la génération d’aujourd’hui, une génération qui voit chaque jour dans les médias des images de la guerre au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak et à Gaza, des arrestations de jeunes hackers et l’inquiétude face à la montée de la surveillance Internet et des lois antiterroristes. Ne devrait-il pas y avoir un lien entre le combat d’hier pour la liberté en Europe et celui d’aujourd’hui pour la liberté dans le monde?

C’est étrange de constater que les Anonymous n’ont jamais pensé à laisser leur empreinte sur l’East Side Gallery à Berlin, alors qu’on trouve leurs masques un peu partout dans le monde et dans des milliers de vidéos sur Internet, des vidéos qui témoignent du même idéal que celui qui était partagé par ceux qui ont voulu la liberté en Europe et la fin de l’oppression d’un système de surveillance basé sur le pouvoir des services secrets et de la Stasi en Allemagne de l’Est. Ceux qui, il y a 25 ans, ont vécu la chute du mur de Berlin le 9/11/1989 voulaient aussi, comme aujourd’hui les Anonymous, un monde sans surveillance, sans oppression politique et sans pauvreté, un monde de liberté d’expression et de liberté de mouvement, un monde sans frontières entre les peuples.

L’East Side Gallery ne témoigne d’aucune oeuvre en hommage aux hackers Anonymous, ni d’aucune oeuvre en hommage aux lanceurs d’alerte: Julian Assange, Manning ou Snowden, pour ne citer que les plus célèbres. Aucune oeuvre non plus qui rappelle le scandale de la NSA et l’importance de ce débat en Europe sur les abus commis par nos services secrets occidentaux, alors même que l’Allemagne a été touchée par ce scandale au sein même de son propre gouvernement.

Est-ce que le mur de Berlin ne restera que ça: le témoignage d’un épisode passé de l’histoire et de la réunification de l’Europe, mais sans faire de lien avec les combats du présent, sans rappeler que tous ces combats continuent aujourd’hui sous d’autres formes? ou bien faudrait-il peupler les restes de ce mur avec de nouvelles oeuvres artistiques, pour que tout ce que nous faisons aujourd’hui soit fait en quelque sorte en hommage à tous ceux qui ont eux-mêmes milité pour nos libertés dans le passé? Recouvert de nouvelles oeuvres évoquant les Anonymous et les révélations sur la NSA, ce qui reste du mur de Berlin sur l’East Side Gallery serait ainsi la continuité du dialogue qui s’est ouvert comme une brèche en 1989, quand des milliers de gens ont franchi une frontière sans attendre la réaction de leur gouvernement et sans attendre qu’on leur dise s’ils avaient le droit d’être libres ou pas.

Parce que ce dialogue doit continuer, il est important que les artistes créent de nouvelles oeuvres et qu’ils nous fassent réfléchir sur tous ces thèmes liés à notre société actuelle: la surveillance numérique, la protection de la vie privée sur Internet, les abus commis par les services secrets et par la NSA, la destruction de la vie de milliers d’individus ciblés par l’espionnage, les millions qui sont consacrés à la surveillance de masse alors même que si peu d’argent est consacré à la lutte contre la pauvreté ou à la lutte pour la protection de l’environnement. Il semble que notre époque est confrontée à un mur virtuel, celui de la surveillance Internet, mais comme dans le passé, les murs tomberont et il faut utiliser Internet comme un outil de libération sociale.

kimono

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