Stratfor Files: Re: [alpha]APERÇU – TURQUIE – la politique étrangère de l’AKP

Email-ID 73390
Date 2011-06-02 19:04:18
From bokhari@stratfor.com
To alpha@stratfor.com

Mes commentaires ci-joint

Le 01/06/2011  17h02, Michael Wilson écrit:

PUBLICATION: historique/analyse
ATTRIBUTION: n/a
DESCRIPTION de la SOURCE:
Chef de la branche DC de SETA, principal groupe de réflexion de l’AKP;
grand sympathisant de l’ AKP, proche de Davutoglu
Crédibilité : B
CRÉDIBILITÉ DE L’INFORMATION : 2-3
DISTRIBUTION: Alpha
CONTRÔLEUR  de la SOURCE: Reva

2012-634853902646114570-611_485x310Je reviens à l’instant d’un déjeuner qui a duré près de 3 heures avec cette source turque. Il dirige le principal groupe de réflexion de l’AKP (Adalet ve Kalkinma Partisi, parti pour la justice et le développement, ndt) pour le SETA de DC (*), et est le représentant de la politique étrangère de la Turquie aux USA. Davutoglu et lui sont proches (la source prend toujours la défense de Davutolgu et pense que (notre) George et D sont des âmes sœurs) et vient juste de rentrer d’Ankara, où il a beaucoup travaillé avec Davutoglu. SETA est l’objet d’une importante expansion en ce moment. Au lieu d’être simplement un groupe de réflexion turc, ils sont en train de le transformer en un groupe de réflexion régional avec des bureaux au Caire, à Bruxelles et à Moscou (qui s’ajoutent aux deux de Washington et Ankara).

L’AKP injecte énormément d’argent dans l’institut, essayant de le renforcer pour en faire une extension de la politique étrangère du gouvernement. Ayant moi-même été impliqué dans un important projet visant à développer un groupe de réflexion il y a quelques années, je sais que c’est une entreprise financière énorme! Même pour un seul bureau, et à présent il s’agit de passer de 2 à 5. D’où viennent les fonds? Ils ne peuvent sans doute pas utiliser les moyens financiers de l’état. L’AKP et Gülen disposent de fonds limités qui sont réservés aux dépenses de fonctionnement et aux projets en cours. Ou bien l’argent provient d’hommes d’affaires turcs pro-AKP ou bien de sources Khaleeji (Golfe Persique, ndt) qui partagent leurs idées.

(Parenthèse – j’ai demandé pourquoi à ces sites-là; il m’a répondu que la Turquie ne veut pas être établie dans le Caucase afin de ne pas « offenser » la Russie dans sa périphérie; le Caire est une bonne option parce que cela permet à la Turquie de se mettre à la portée du monde arabe, l’Afrique du Nord en particulier; la Turquie peut facilement être en contact avec l’Irak depuis Ankara et SETA ne veut pas être considéré comme une agence de renseignements dans ces pays). Le Caire a été choisi parce que C’EST LE LIEU où les Turcs (en particulier l’AKP) veulent étendre leurs activités en accord avec leur politique étrangère et également pour des raisons historiques.

Ils pensent maintenant que la transition vers un système multipartite est une opportunité à saisir. Il y a beaucoup à y gagner en utilisant leur influence pour façonner les différents courants de pensée. Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, Gamal Moubarak a dit que l’Égypte est prête à accepter la Turquie en tant qu’acteur régional majeur, mais pas l’Iran. Dans le secteur civil égyptien, beaucoup voient la Turquie comme un modèle de développement politique où islamistes et laïcs peuvent coexister dans un cadre politique. De la même façon, durant la période post-Moubarak, l’armée égyptienne va regarder du côté de la TSK (les forces armées turques, ndt) pour voir comment elle a pu guider le processus démocratique.

De plus, en étant basé au Caire, on peut avoir une très bonne idée des courants géopolitiques qui traversent le monde arabe. L’Égypte est en voie de devenir le principal interlocuteur concernant la question israélo-palestinienne. Cela va également contribuer à atténuer les tensions découlant du fait que ni l’Égypte ni le monde arabe ne veulent d’une hégémonie turque. Donc, il y a beaucoup d’avantages à être installé dans la capitale égyptienne. Bruxelles est un choix logique en raison des relations avec l’OTAN. Il faut également se souvenir qu’une affiliation à l’OTAN va imposer des limites à une politique étrangère indépendante turque. Donc, l’AKP va vouloir comprendre comment faire face à cette situation. Leur présence à Bruxelles va les aider à réfléchir à l’OTAN. C’est beaucoup mieux que d’avoir un bureau à Londres, Paris ou Berlin. Moscou, ce n’est pas seulement parce qu’ils ne veulent pas faire chier les Russes en ouvrant un bureau dans le Caucase. Le Kremlin est une grande puissance à qui les Turcs auront toujours à traiter. Par ailleurs, l’état turc, l’AKP, SETA, tous ont une présence considérable à Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan, ndt). Et puisque le bureau d’Ankara s’occupe de l’Irak, il peut également s’occuper du Caucase. Ce qui serait intéressant, c’est de découvrir quels sont leurs liens avec l’Iran. Il y a des groupes de réflexion en Iran et je suis pratiquement certain qu’il y a des relations entre ces derniers et SETA.

La Turquie, plus précisément l’AKP, se surmène en ce moment. Davutoglu dit que c’est étourdissant, mais que la Turquie doit saisir l’opportunité qui vient de s’offrir à elle. Auparavant, par exemple, il était très difficile pour la Turquie d’étendre son influence en Afrique du Nord. L’AKP n’avait pas de bonnes relations avec l’Égypte, pratiquement rien avec la Tunisie, &c. Maintenant, tout s’ouvre. SETA a organisé toutes sortes de conférences – plus spécifiquement sur les islamistes « réformés » – pour les groupes de l’opposition, dans presque tous les pays arabes. Certains de ces événements doivent être gérés avec le Centre pour l’Étude de l’Islam et de la Démocratie (CSID), auquel je suis affilié.

Le CSID travaille avec le DoS (Department of State, ministère des affaires étrangères US, ndt), la NED (National Endowment for Democracy, fondation nationale pour la démocratie, ndt), l’USIP (United States Institute of Peace, institut des USA pour la paix, ndt), le CIPE (Center for International Private Enterprise, centre international pour l’entreprise privée, ndt), et d’autres entités similaires de Washington DC. L’accent est mis sur les éléments post-islamistes qui partagent la position idéologique de l’AKP au niveau de l’interaction entre la religion et les affaires publiques. Ils les amènent à Ankara, leur font visiter des ministères, leur font observer les travaux parlementaires, leur enseignent la gouvernance, &c. (ils ne font pas de publicité, mais la source a déclaré que la NED a financé une de ces conférences avec un institut jordanien et a demandé à ce que la Turquie soit aux commandes). Tout cela dure depuis un certain temps. En 2006, je faisais partie du comité d’organisation impliquant SETA et l’Institut International de la Pensée Islamique qui a organisé une conférence sur le thème « Sécurité, Démocratie et Gouvernance ».

À l’époque, il y avait juste le bureau SETA à Ankara. Le nombre d’activités menées depuis lors a énormément augmenté. Les forces intérieures de la sécurité turque forment les forces de sécurité dans des pays comme la Syrie, pour leur apprendre à gérer la désobéissance civile (par ex.: ne pas tirer sur les manifestants). La préférence naturelle de l’AKP est de cultiver une opposition islamiste modérée ou « réformée » dans ces pays, la Turquie servant de modèle. Il est dans l’intérêt de la Turquie (AKP) d’aider les forces islamistes modérées à se diriger vers le post-islamisme. Cela les aide à contrôler les islamistes dans la région ainsi que les états arabes. Cela leur permet également de pouvoir dire aux USA: laissez-nous gérer cela à votre place. La Syrie sera difficile parce que là les MB (Muslim Brotherhood, les frères musulmans, ndt) n’est pas structuré: c’est principalement une entité exilée. L’Égypte sera beaucoup plus facile, surtout avec la jeune génération des MB, désireuse d’imiter l’expérience post-islamiste de l’AKP.

L’attitude de la source sur cette question est quelque chose que j’ai souvent remarqué lorsque j’étais en Turquie. C’est cette attitude de « tous les Arabes veulent être comme les Turcs » dans la région. Les Arabes sont perçus comme étant arriérés, et si vous en parlez aux militaires turcs, ils sont considérés comme étant sales, même pas dignes d’attention. Mais l’AKP dit que puisque nous avons un lien islamiste, nous pouvons faire tomber les barrières entre la Turquie et le monde islamique, nous POUVONS travailler avec eux, faire des affaires avec eux, leur apprendre à gouverner démocratiquement et mettre leurs forces armées sous contrôle civil, mais ils seront toujours inférieurs à nous. Comme il le dit lui-même, tout ce Printemps Arabe sera un Printemps Turc, ce qui signifie que la Turquie va transformer le Printemps Arabe selon le modèle de l’AKP et ils en seront tous reconnaissants. Cette dynamique est beaucoup plus nuancée. Cette idée que les Arabes sont arriérés est un sentiment très partagé en Asie du Sud et en Perse plutôt qu’en Turquie. Il existe en Turquie, mais parmi la vieille garde kémaliste étant donné que le mouvement d’Ataturk était basé sur un rejet de l’héritage religio-culturel arabe. Ceci étant dit, il y a eu beaucoup de contacts entre les peuples turcs et arabes en raison de fréquents voyages aller et retour, ce qui a contribué à changer les attitudes. Nous devons garder à l’esprit que, du côté arabe, il y a également un mépris historique pour les Turcs qui étaient considérés comme Isti’maar (impérialistes) suite aux 4 siècles de domination ottomane, qui a finalement pris fin avec l’alignement entre les Arabes, les Britanniques et les Français durant la Première Guerre Mondiale. Cette attitude arabe s’est également tempérée au fil des décennies.

L’islamisme a en effet joué un rôle clé en éliminant ces attitudes, mais le lien islamique a également été ravivé par l’augmentation de la religiosité en Turquie et dans le monde. À ne pas confondre avec le pan-islamisme, qui est une tendance politique. Il y a aussi la diversité au sein du monde arabe qui façonne cette relation naissante.

L’Arabie Saoudite et le CCG (Conseil de Coopération du Golfe, ndt) ne regardent pas la Turquie, par exemple, de la même manière que l’Égypte, l’Irak et les états arabes du Levant. Les Turcs sont peu susceptibles d’être capables de jouer le rôle de Big Brother de manière significative en raison de ces différences. Le fait que les états qui peuvent y prétendre n’ont pas été balayés, plus le fait que nous voyons un processus évolutif du changement dans la région, signifient que la Turquie devra naviguer avec précaution entre les états et les acteurs non-étatiques, notamment les islamistes modérés.

L’AKP n’a pas vraiment de liens étroits avec Ikhwan (MB) dans ces pays, Gülen non plus, mais ils travaillent à la construction de ces liens en ce moment. Ce n’est pas vraiment exact. L’AKP et les MB ont des liens historiques de longue date (cela remonte à l’époque où l’ancien mentor de Erdogan/Gul, le regretté Necemittin Erbakan, avait lancé son premier parti politique à la fin des années 60, début 70), mais indirectement. Je fais partie de ce réseau informel international d’islamistes modérés et post-islamistes qui s’étend de l’Indonésie/Malaisie à l’Amérique du Nord et des régions musulmanes russes à l’Afrique.

Les partis MB égyptien et syrien (c’est un peu différent pour la Jordanie) ont longtemps été verrouillés par leurs gouvernements respectifs, et l’AKP et ses prédécesseurs, le Fazeelat et le Refah &c., ont été verrouillés par l’armée turque. Mais ils communiquent via la diaspora occidentale des MB et de leurs alliés. Donc oui, bien que des liens structurels ne soient pas présents (tout comme pour les MB dans les pays arabes), des liens généraux et forts existent. Une autre source à qui je parlais l’autre jour (un ancien Güleniste) m’a expliqué les grandes différences idéologiques entre le Mouvement Gülen et les MB, pourquoi les Gülenistes ne sont pas d’accord avec Sayyid Qutb sur la ligne de pensée de l’Islam politique et pourquoi les islamistes devraient rester en dehors de la gouvernance. Encore une fois, c’est une version très simpliste des choses. Tout d’abord, Sayyid Qutb est un individu extrêmement mal compris, notamment parce qu’il a été dépeint comme le parrain idéologique d’al-Qaeda dans le monde post-11 septembre. Deuxièmement, la pensée de Qutb constitue l’un des nombreux volets des MB. Troisièmement, Qutb est un phénomène passager en ce qui concerne les MB. Les MB sont beaucoup plus proches de l’AKP que ce que l’on veut bien admettre en général, en particulier chez les jeunes et les jeunes générations qui poussent l’AKP comme un modèle à imiter. Il m’a expliqué comment ils étaient bien dressés dans leur jeunesse par les mentors Gülenistes et comment cela a été un grand obstacle idéologique entre le mouvement et les MB (remarque: les MB n’ont jamais existé en Turquie). Faux. L’AKP est le successeur des homologues turcs des MB. Les conditions politiques en Turquie ainsi que les états arabes les ont évidemment façonnés différemment.

Les islamistes turcs ont évolué beaucoup plus rapidement à cause de la laïcité et à cause de la démocratie alors que les partis MB sont restés tels quels à cause du socialisme autoritaire des états arabes. Il faut aussi rappeler que Gülen est un rejeton du mouvement originel islamiste turc. Les partis Saadet ou l’AKP n’en font pas partie. On peut discuter du fait que cette aversion de « l’Islam politique » par les Gülenistes n’est pas aussi forte qu’avant, étant donné que les Gülenistes s’appuient sur L’AKP comme véhicule politique principal et vous-même avez 2 Gülenistes en course dans la prochaine élection turque à Istanbul. Techniquement, Gülen est un mouvement social donc non-islamiste.

Jusqu’à présent, il s’est appuyé sur l’AKP pour infiltrer le parti et les autres secteurs de l’état en passant par la petite porte. Je suis certain que ce n’est pas la première fois que les Gülenistes sont en lice pour des élections. Il y a beaucoup de AKPistes qui sont Gülenistes. Cette fois, la différence est peut-être que ces gars peuvent être une indication que l’AKP et ses alliés encouragent les groupes d’opposition islamistes dans ces pays qui émergent du Printemps Arabe et veut les modeler à son image avec un Islam modéré (vous pouvez imaginer comment cela pourrait considérablement compliquer les choses avec Israël et les USA). Je ne pense pas que les USA et Israël y soient totalement opposés. Ils n’ont pas vraiment le choix en la matière. Ainsi, de leur point de vue, il est préférable d’avoir affaire à des islamistes à la turque plutôt que du style arabes ou d’Asie du Sud. Je sais que l’administration Obama le voit certainement de cette manière et je crois aussi que les Israéliens sont trop intelligents et les mieux placés pour s’en rendre compte.

La source dit que la Turquie met une énorme pression sur la Syrie pour qu’elle s’engage dans de véritables réformes. Ce n’est pas que l’AKP cherche à renverser Assad, mais ils considèrent que la suppression de l’opposition par le régime syrien pose un plus grand risque sécuritaire. Il m’a dit qu’un nombre croissant de PKK viennent de Syrie, et que les politiques de la Syrie envers ses Kurdes mènent à la radicalisation, ce qui crée des problèmes de sécurité pour la Turquie. Les Turcs savent que le régime va tomber s’il ne change pas de direction. Ils ne veulent pas que cela se produise. Comme je l’ai déjà dit, l’opposition syrienne n’est pas dans une position où les Turcs peuvent la soutenir afin de remplacer le régime al-Assad. Le cauchemar turc est d’avoir une Libye à leur porte et ils sont donc frustrés par le manque de coopération des Syriens pour éviter un effondrement potentiel. Le deuxième discours de Bachar a été écrit par les Turcs. L’AKP était derrière la politique sur la citoyenneté des Kurdes, et Bachar a écouté. Tu te souviens que j’avais dit que la dernière délégation turque qui s’est rendue à Damas pour discuter de la situation intérieure était composée de fonctionnaires de niveau 2 dont le travail consiste à mettre en place les actions déjà convenues par les décideurs. Donc, il est logique que la pensée d’al-Assad soit façonnée par les Turcs, l’AKP veut voir plus de vraies réformes qui permettent de légaliser l’opposition. C’est pourquoi l’AKP donne une plateforme d’expression aux groupes d’opposition syriens en Turquie – le but est d’intimider le régime al-Assad et d’établir des liens avec les alternatives à al-Assad. Cela ne signifie pas que la politique de transition va se produire du jour au lendemain, mais la Turquie tente de pousser le régime à s’émanciper politiquement afin de s’ouvrir à la concurrence et à d’autres groupes politiques, comme les MB (c’est principalement le groupe SETA qui s’est impliqué dans l’organisation de ces conférences avec l’opposition syrienne).

Il dit que les USA poussent la Turquie à faire encore plus de pression sur la Syrie, et que la pression vient d’en haut. La Turquie proteste en disant qu’ils veulent décider de la manière dont ils traitent avec la Syrie et qu’ils ne veulent pas pousser le régime syrien à bout.

L’AKP veut aider l’Égypte à prendre de l’essor dans la région. Ce n’est pas que la Turquie considère l’Égypte comme un concurrent sérieux, mais si l’Égypte pouvait se démerder sous la tutelle turque, cela permettrait à la Turquie de mieux gérer la région, en particulier le contrôle et la réforme du Hamas, face à la Libye, la Tunisie, &c. (Il est intéressant de noter que les Turcs pensent déjà dans ce sens – au moment où les USA se tournent vers la Turquie pour partager le fardeau, la Turquie est déjà à la recherche de mandataires pour partager le fardeau au sein de la région). Les choses vont très mal se passer si les militaires égyptiens ne tiennent pas les promesses faites lors des élections. La Turquie veut s’assurer que l’opposition, en particulier les MB, a assez de place pour se développer. Peu importe si cela ne plaît pas à Israël – c’est leur problème.

Il a beaucoup exprimé sa frustration tout au long de la discussion – que les USA considèrent toujours la Turquie comme un subalterne, et lui dit « fais ceci » ou « fais cela » en matière de politique étrangère. L’AKP n’aime pas être traité de cette façon, ce qui a comme résultat de créer un grand nombre de litiges lorsque les responsables turcs et US se rencontrent. Davutoglu estime que les quesitons de sécurité dans la région du Golfe Persique sont exagérées, et que les USA jouent de la fracture arabo-perse en essayant d’obtenir de la Turquie qu’elle fasse quelque chose. Du point de vue de l’AKP, la question est « que voulez-vous que nous fassions? ». L’AKP veut calmer le conflit sectaire, et non pas l’aggraver en prenant ouvertement position et en présentant l’Iran comme le grand méchant loup.

La discussion s’est alors élargie pour aborder le discours « zéro problèmes avec les voisins » de Davutoglu. La source a expliqué que beaucoup de gens pensent que cette politique étrangère est naïve, mais il dit que Davutoglu n’est pas aussi naïf qu’il y paraît. C’est peut-être un universitaire, mais il est rusé. Il sait qu’il y a des problèmes avec ses voisins, mais à son avis, il n’est pas dans l’intérêt de la Turquie d’aborder ces problèmes de vive voix et de considérer certains de ses voisins comme des rivaux. Si la Turquie dit à ses voisins que l’objectif de sa stratégie est de résoudre les problèmes et de supprimer les conflits, alors elle pourra travailler avec eux d’une manière plus efficace. C’est la démarche qu’elle a adopté avec l’Iran, la Russie, &c., en évitant ainsi la confrontation. Il dit qu’en surface, la Turquie ne prendra pas de mesures agressives contre l’Iran, mais en attendant, bien sûr, l’AKP va encourager les Sunnites en Irak.

J’ai répliqué qu’il suppose que les événements autour de la Turquie auront lieu selon le calendrier de la Turquie et lorsque la Turquie sera prête à faire face à ces problèmes – le monde ne fonctionne pas de cette façon. Lorsque des problèmes iront à l’encontre des intérêts de la Turquie, la Turquie devra répondre d’une manière ou d’une autre, même si ce n’est pas du « bon voisinage ». Dans l’ensemble, l’impression que j’ai est que les gars de la politique étrangère de l’AKP sont encore sous l’impression que cette doctrine de politique étrangère de Davutoglu est toujours la meilleure façon de s’y prendre pour la conduite de la politique étrangère. Organiser l’ordre de priorité des intérêts de politique étrangère n’est pas une préoccupation. La Turquie semble encore être en train de courir partout en essayant d’éteindre les incendies tout en saisissant des opportunités, mais manque encore cruellement de discipline et de direction. Apparemment, Davutoglu compare l’expérience de la Turquie aux USA de l’après Seconde Guerre Mondiale, quand les USA n’avaient même pas une agence de renseignements. Il croit que tous ces développements régionaux vont pousser la Turquie à l’action et forcer la Turquie à apprendre rapidement à gérer son mauvais voisinage.

(Parenthèse ( Davutoglu ne veut pas que Strategic Depth, son livre de 500 pages, soit traduit en anglais mais il a été traduit en arabe et en russe. J’ai demandé pourquoi, d’autant plus que l’anglais est la lingua franca, n’y aurait-il pas plus de personnes qui comprendraient les choix de la politique étrangère de la Turquie si elles pouvaient lire le livre écrit par le responsable de la politique étrangère? Il ne veut pas admettre que l’anglais est la lingua franca – cette forte aversion à reconnaître la puissance états-unienne est toujours perceptible, ainsi que la volonté de faire valoir la Turquie indépendamment des USA.)

Il pense que l’AKP va connaître une grosse victoire lors de la prochaine élection. L’établissement séculaire laïque e peut vraiment pas faire grand chose pour saper leur soutien. Tant que l’économie va bien, l’AKP est en sécurité. Les divisions politiques et idéologiques au sein de la Turquie sont encore très importantes. Ce fut particulièrement évident après la récente tentative d’assassinat contre Erdogan. Il parle avec dégoût du fait que l’armée ne pourrait jamais faire ce que l’AKP a fait au cours de la dernière décennie. Quand les militaires étaient au pouvoir, ils ne se souciaient que d’eux-mêmes alors que l’AKP renforce la confiance entre l’état et le peuple. Il a dit que les groupes laïques refusent toujours de traiter avec les pays islamiques. Même quand SETA essaie de tendre la main aux groupes de réflexion laïques, aux associations professionnelles qui ont des projets comme en Tunisie, en Égypte &c., ils sont rejetés avec le sentiment que les Arabes leur sont inférieurs, nous n’avons pas besoin de travailler avec eux. Il dit (et c’est ce que Davutoglu affirme) que la mentalité de l’AKP est ce qui permet à la politique étrangère turque de se développer.

L’armée n’a pas beaucoup de possibilités pour tenter de saper l’AKP avant les élections. Il a souligné les fuites récentes au sujet de certains retraités de l’armée qui ont eu des contacts avec les dirigeants du PKK, l’allégation étant que l’armée « état profond » tente d’orchestrer des attaques pour saper la politique kurde de l’AKP/

*Ndt: la fondation SETA à Washington, DC, est un groupe de réflexion à but non lucratif, indépendant et non partisan basé à Washington, DC, dédié aux études novatrices sur des question internationales concernant la Turquie et les relations turco-états-uniennes au niveau national, régional et international.

Traduit depuis l’anglais sur le forum WikiLeaks par Mayya

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,19351.0.html

http://search.wikileaks.org/gifiles/?viewemailid=73390

Pour faire votre propre recherche: http://search.wikileaks.org/gifiles/

Stratfor Files: Syrie/Turquie – Détails sur les barbouzes du régime et tensions avec la Turquie

Le président syrien Bachar al-Assad et le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan

Email-ID 1162867
Date 2011-05-18 16:19:17
From bhalla@stratfor.com
To watchofficer@stratfor.com

PUBLICATION: topo/analyse

ATTRIBUTION: source STRAFOR

DESCRIPTION DE LA SOURCE: analyste politique syrien bien connecté

Crédibilité: B

CRÉDIBILITÉ DE L’INFO: 2-3

DISTRIBUTION: Alpha

CONTRÔLEUR SOURCE: Reva

(suite…)

Stratfor Files: le directeur de Google Ideas fricote avec le « changement de régime »

Le 27 février 2012, Wikileaks a lancé la publication des « Global Intelligence Files » (petits papiers du renseignement mondial), plus de 5 millions d’emails de la société de renseignement privée Stratfor, basée au Texas. Les emails couvrent une période allant de juillet 2004 à fin décembre 2011. Ils révèlent le fonctionnement interne d’une entreprise qui annonce être un service de renseignement privé, mais qui fournit des services de renseignement confidentiels à de grandes entreprises, comme Dow Chemical Corporation à Bhopal (Inde), Lokheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, ainsi qu’à des agences gouvernementales, telles que le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS), les « Marines » et l’Agence du renseignement pour la défense (DIA).

Eric Schmidt, président du conseil d’administration de Google – Photo Reuters/Fabian Bimmer

Par Yazan al-Saadi, le 14 mars 2012

Certains des cadres les plus haut placés de Google, dont le président du conseil d’administration et l’un des donateurs majeurs de la campagne présidentielle de Barack Obama Eric Schmidt, ont informé la firme de renseignements Stratfor sur les activités et les communications internes de Google sur le sujet du « changement de régime » au Moyen-Orient, selon des emails de Stratfor publiés par WikiLeaks et obtenus par al-Akhbar. L’autre source citée était le directeur de Google pour la sécurité Marty Lev.

Les échanges se sont surtout focalisés sur les actions de Jared Cohen, actuellement directeur de Google Ideas, un « think/do tank » étiqueté comme véhicule de la diffusion de la démocratie libérale à l’états-unienne. Cohen a aussi fait partie de l’équipe de prospective politique du Secrétaire d’État US (ministre des affaires étrangères, ndt) et été conseiller pour Condoleeza Rice et Hillary Clinton.

Les échanges d’emails, commençant en février 2011, suggèrent que les cadres de Google redoutaient que Cohen ait été en train de coordonner ses actes avec la Maison Blanche et avaient parfois raccourci sa mission, de peur qu’il ne prenne trop de risques. Le vice-président de Stratfor pour le contre-terrorisme Fred Burton, qui semblait opposé au rôle dissimulé et allégué à Google dans l’excitation des soulèvements, décrit Cohen comme un « électron libre » dont le meurtre ou l’enlèvement « pourraient être la meilleure chose qui puisse arriver » à Google.

(suite…)

L’enquête anti-fuites d’Obama (usage interne uniquement – svp ne pas transmettre)

Email-ID 1210665
Date 2010-09-21 21:38:37
From burton@stratfor.com
To secure@stratfor.com
Brennan is behind the witch hunts of investigative journalists learning
information from inside the beltway sources. 

Note -- There is specific tasker from the WH to go after anyone printing
materials negative to the Obama agenda (oh my.)   Even the FBI is
shocked.  The Wonder Boys must be in meltdown mode...
 (suite…)

WikiLeaks et les Jeux Olympiques de Sotchi de 2014

Un bobsleigh portant le logo de Dow Chemical pour les JO d’hiver de Sotchi – Photo secretlondon123, 2012, Wikimedia Commons

Par Jules Boykoff, le 7 avril 2013

Dans exactement 10 mois aujourd’hui, les Jeux Olympiques d’hiver ouvriront à Sotchi, en Russie. Ce week-end marque également le troisième anniversaire de l’une des interventions les plus controversées de WikiLeaks: la publication d’une vidéo démontrant des soldats US à l’intérieur d’hélicoptères Apache abattant douze personnes – dont deux employés de Reuters – à Baghdad.

Il s’avère que les histoires de WikiLeaks et des Jeux Olympiques s’entremêlent de manière révélatrice. Et les révélations de WikiLeaks sur les olympiades passées nous aident à mieux comprendre ce qui se passe en ce moment en Russie, alors que le président Vladimir Poutine &co. se préparent à accueillir les Jeux.

Fin février 2011, WikiLeaks commença à publier les « Global Intelligence Files« , un butin de plus de cinq millions de mails internes de Stratfor Global Intelligence, une entreprise privée d’espionnage dont le siège est au Texas. Les documents contenaient des informations politiquement explosives, y compris des spéculations sur une mise en accusation imminente de Julian Assange par le Department of Justice US. Les Stratfor Files ont aussi mis à jour l’obsession des sponsors olympiques vis-à-vis des activistes politiques.

(suite…)

Stratfor Files: la mainmise des services secrets sur le pouvoir en Algérie

par Eva Blum-Dumontet, le 17 novembre 2012

Des manifestants à Alger et à Oran appelaient à la démission du gouvernement – Source, al Jazeera

Le 27 février 2012, WikiLeaks a commencé à publier 5 millions de courriels – appelés les Global Intelligence Files, ou Stratfor Files – de la firme états-unienne Stratfor, qui a fourni des renseignements à des entreprises privées ainsi qu’au gouvernement US. Plusieurs des courriels s’intéressent à une personnalité peu connue par les médias, le général Mohamed Mediène – aussi connu sous le nom de Toufik – qui est pourtant un acteur-clé de la vie politique algérienne. Chef des puissants services secrets algériens, Mediène est l’une des personnalités publiques les plus discrètes d’Algérie: il n’y a que deux photos officielles de lui, et durant les cérémonies officielles, les caméras évitent systématiquement son visage. Toutefois, Mediène est considéré être la main de fer du pouvoir, contrôlant les militaires et l’intelligentsia. Stratfor a fait très attention à son rôle et en particulier celui qu’il a eu dans le mouvement contestataire mineur qui avait décollé pendant le Printemps Arabe, ainsi qu’à sa relation avec le président algérien, Abdelaziz Bouteflika.

Comment Stratfor a pisté Mediène et le Printemps Arabe

Le 9 février 1992, peu après le commencement de la guerre civile en décembre 1991, un état d’urgence a été décrété en Algérie, qui suspendit beaucoup de libertés civiles pour les citoyens pendant les deux décennies qui ont suivi. Bien que l’état d’urgence interdise aux gens de manifester, l’Algérie vit le début d’un Printemps Arabe « léger » à la fin de décembre 2010, avec des manifestations contre l’augmentation du prix des biens de première nécessité et le problème du chômage.. Stratfor resta très attentif à ce mouvement, bien qu’il n’y eut jamais plus de 3000 manifestants rassemblés dans les rues. Avec la guerre civile de 1990 à l’esprit, le gouvernement fut prompt à réagir: l’état d’urgence fut abrogé le 25 février 2011 comme une concession aux manifestants, et des mesures sociales, telles qu’un prêt à taux zéro pour les étudiants, furent instaurées. Dans le même temps, toutes les manifestations furent déclarées illégales et Bouteflika mobilisa les forces de police en masse pour les empêcher de se propager. En dépit de ces actions du gouvernement, des grèves réclamant davantage de mesures sociales furent poursuivies jusqu’en juin 2011.

Au-delà du mouvement lui-même, qui n’a jamais atteint l’étendue des manifestations vues en Tunisie, en Égypte, et plus tard, en Libye, ce qui intéressait Stratfor était comment cela devenait encore matière à conflit entre le président Bouteflika et le patron des services secrets, Mediène. Celui-ci était en fait soupçonné de participer à l’instigation de manifestations pour déstabiliser le régime, comme l’organisateur principal du mouvement était Saeed Sadi, un activiste Berbère et ami de Mediène.

En février 2011, Stratfor a envoyé un « guide du renseignement » à son équipe d’analystes. Le courriel soulevait une série de questions spécifiques au sujet de l’état actuel de pays dont Israël, la Chine, l’Iran et l’Irak, ainsi que des thèmes à portée internationale, tels que l’approvisionnement en nourriture. Il était donc demandé aux analystes de prendre en compte ces éléments lors de leurs enquêtes et publications de rapports. L’Égypte était le souci principal, mais l’Algérie était néanmoins surveillée avec attention. Nate Hughes, qui a envoyé le courriel, a rappelé aux analystes que « la situation en Algérie requiert une grande attention. »

Hughes a décrit comment les manifestations pouvaient être utilisées à des fins politiques par le pouvoir perpétuellement divisé: « les troubles civils pourraient être exploités par des membres de l’élite au pouvoir. Spécifiquement, nous gardons un œil sur les motivations du chef du renseignement militaire le général Toufik Mediène, qui semble être enferré dans une bataille de succession avec le président. » Les analystes furent aussi instruits de « surveiller étroitement la taille et l’étendue des manifestations en même temps que la bataille interne du régime, » puisque les troubles civils et le conflit entre Mediène et le président Bouteflika pouvait être « inter-connecté ». De plus, alors que l’attention était sur la demande aux analystes de Stratfor de définir le pouvoir de Mediène, Hughes a aussi demandé toutes informations concernant l’identité des meneurs des manifestations.

Le général Mohamed « Toufik » Mediène

Un autre courriel de février 2011 témoigne d’un intérêt pour la santé de Mediène. Le courriel affirme que Mediène connaissait de sérieux problèmes de santé et encourait certainement un décès imminent. Les sources ont également suggéré que le vrai conflit au sein de l’élite dirigeante n’était pas entre Mediène et le président Bouteflika, mais entre Mediène et le frère de Bouteflika, Saeed. Décrit comme la personnalité omnipotente du régime, il est dit de Saeed qu’il attend la mort de Mediène pour acquérir davantage de pouvoir.

Ici encore, le lien entre les manifestations et les élites en conflit est souligné. La source a affirmé que Saeed Bouteflika avait convaincu les syndicats de se dissocier des mouvements de contestation. Cette action devait être perçue comme une victoire, démontrant ainsi la part que Mediène avait pu prendre dans l’incitation aux manifestations.

L’utilisation des médias pour l’assistance de leurs clients, le travail des analystes de Stratfor

Les clients de Stratfor ont aussi exprimé leur intérêt pour la situation en Algérie pour leurs propres buts. Le 22 février, Reva Bhalla a envoyé un courriel s’enquérant de la situation à Oran et des risques potentiels pour un client en relation avec l’armée algérienne.

« Un client envisage d’envoyer un employé dans la zone à l’extérieur de la ville pour faire du travail pour le compte de l’armée algérienne et souhaiterait avoir une escorte militaire. Y a-t-il un fort sentiment anti-militaire/régime comme nous en avons vu en Libye avec du personnel militaire se faisant attaquer et même tuer? Le fait d’être affilié à l’armée en ce moment augmente-t-il le niveau de menace de quelque façon? »

Alors que la réponse fournie par les analystes était que la situation était suffisamment sécurisée, du fait que les manifestations avaient été plutôt contenues et concentrées sur la fin de l’état d’urgence, la conversation se tourna à nouveau vers le rôle ambigu joué par Mediène, avec un salarié de l’équipe demandant: « Y a-t-il une possibilité que certains éléments de l’armée, y compris ceux travaillant dans des escortes telles qu’utiliserait le client, s’alignent avec Mediène et puissent faire quelque chose pour mettre en danger la sécurité du client? »

Le travail de Stratfor à garder la trace de Mediène nous aide aussi à comprendre la façon dont travaille la firme de renseignements. En effet, une bonne part de leur travail s’appuie sur ce qu’ils lisent dans les médias locaux et nationaux, ainsi que le démontre ce courriel. Des articles du magazine en ligne Tout Sur l’Algérie y sont utilisés pour confirmer le récit ébauché par les analystes de Stratfor. En se basant sur ces articles, ils donnent aussi le conseil de surveiller Mouloud Hamrouche et Ali Benflis, deux politiciens que le journal avait déclaré être des successeurs potentiels de Bouteflika. Un autre courriel mentionne aussi que les liens entre le meneur des manifestations Saeed Sadi et Mediène ont initialement été révélés par des câbles de WikiLeaks.

Mediène et Bouteflika, les ennemis mourants qui règnent sur l’Algérie

La relation entre Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, et Mediène, chef du Département du Renseignement et de la Sécurité (aussi connu comme le DRS) depuis 1990, a en fait été cruciale dans l’analyse de la vie politique algérienne. Dans un rapport publié par Stratfor de février 2011, Mediène est décrit comme un personnage dont le soutien est essentiel pour réussir au sein de l’élite algérienne, bien qu’il soit maintenant trop vieux pour devenir président.

Selon les analystes de Stratfor, Bouteflika a conforté sa légitimité en réduisant les forces armées en politique et en offrant l’amnistie à nombre de radicaux islamistes. Mediène détient sa légitimité de son rôle-clé dans la lutte contre la menace islamiste, alors que ses liens avec AQMI (al Qaïda au Maghreb Islamique) demeurent malgré tout obscurs.

Le même rapport décrit la relation entre les deux hommes comme plus agitée que jamais durant les dix-huit mois qui ont précédé le Printemps Arabe, alors que tous deux commençaient à songer à leur succession. Saeed Bouteflika, le frère du président, se voit comme successeur potentiel de Mediène, d’où la suggestion évoquée par des sources que le réel conflit se situe entre ces deux hommes.  Mediène a tenté de réaffirmer sa position en « punissant » le camp Bouteflika: un certain nombre de membres éminents du régime, proches du président et de son frère, ont donc été accusés de corruption et le ministre de l’énergie, Chekib Khelil, a été forcé de démissionner. Le rapport suggère encore qu’alors que les discussions de succession ont maintenant été mises de côté, le meurtre du chef de la police Ali Tounsi en février 2010 fut encore un autre signe du conflit non-résolu de succession.

Ces accusations de corruption sont, selon Jeremy Keenan, professeur d’anthropologie à la School of Oriental and African Studies de Londres, un protocole courant des services secrets: « Le DRS contrôle le pays, ou ce qui est maintenant mieux décrit comme un état « mafieux », et le fait par une combinaison de ‘peur’, de ‘terreur’ et de ‘chantage’ – financier, sexuel ou autre. Comme Sid Ahmed Ghozali, l’ancien premier ministre, le disait récemment, parlant peut-être par métaphore, le DRS a 2 millions d’informateurs! Il a des dossiers et garde la trace de tout le monde, depuis le président et le chef de l’armée jusqu’au plus vil fonctionnaire. »

Le rôle de Mediène au cours du Printemps Arabe

La plupart des courriels concernant Mediène remontent au temps du Printemps Arabe, alors que les analystes de Stratfor s’attendaient à une explosion potentielle du mécontentement citoyen. Pourtant, ils ont relevé qu’alors que les manifestations en Égypte et en Tunisie s’attaquaient au thème global de la justice sociale, celles d’Algérie se focalisaient sur la levée de l’état d’urgence qui avait été en place depuis 1992. Les analystes insistent sur les motivations politiques derrière le mouvement. L’un des meneurs en était effectivement Saeed Sadi, un activiste berbère de la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie et de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, un ami de Mediène, qui est aussi un Berbère et bénéficie du soutien de sa communauté.

Mais Bouteflika est sorti grand gagnant des mouvements de manifestations: en accédant aux demandes des manifestants, il est apparu comme un dirigeant plutôt démocratique ouvert au compromis. En même temps, il a réduit l’influence du DRS emmené par Mediène. En effet, l’état d’urgence avait permis aux services secrets de contrôler la société algérienne: les citoyens pouvaient être placés en détention provisoire à volonté et les forces militaires étaient utilisées par les autorités civiles. Les analystes suggèrent donc qu’en mettant fin à l’état d’urgence, Bouteflika se protégeait lui-même de Mediène autant que les citoyens algériens.

Les analystes de Stratfor rappellent également que, dans sa déclaration annonçant la fin de l’état d’urgence, Bouteflika avait annoncé que le contre-terrorisme et la contre-subversion ne seraient plus sous la responsabilité conjointe de l’Armée Nationale du Peuple (ANP, contrôlée par Bouteflika) et le Département du renseignement et de la Sécurité (DRS) et tomberaient désormais sous la seule responsabilité de l’ANP.

La publication des courriels de Stratfor sur Mediène constituent l’exposé le plus approfondi sur les élites algériennes à ce jour, comme le chef des services secrets a toujours compté sur le secret, se donnant du mal pour prévenir toute couverture médiatique de ses activités. Stratfor fournit donc une description à jour et fiable du conflit entre Bouteflika et Mediène et leur combat pour affirmer leurs successeurs. Ils fournissent aussi une nouvelle perspective de laquelle voir le Printemps Arabe comme une opportunité pour Mediène et pour Bouteflika de réorganiser la structure du pouvoir à la tête du pays.

Écrit par Eva Blum-Dumontet et Marina Daras, édité par WikiLeaks Press.

Source: http://wikileaks-press.org/stratfor-algerian-secret-services-grip-on-power/

Et: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,16140.0.html

Traduit depuis le web par willsummer

Communiqué de presse: Publication des GIFiles à l’occasion de la campagne présidentielle (américaine)

Mercredi 10 Octobre 17 h BST

Aujourd’hui, Mercredi 10 Octobre, WikiLeaks entame la publication de plus de 200 000 Global Intelligence Files (GIFiles) (Fichiers de Renseignement Global) en relation avec les élections présidentielles Américaines. Chaque jour de la semaine, nous publierons des milliers de mails qui se réferent à Obama, Biden, Romney, et les partis Républicain et Démocrate. Aujourd’hui, nous publions 13 734 mails au sujet des républicains, Romney, le RNC (Republican national Commitee) et/ ou le GOP (Grand Old Party, autre nom du Parti Républicain) allant du 17 Septembre 2011 au 19 Décembre 2011.

Les GIFiles totalisent plus de cinq millions de mails de la firme privée Américaine de renseignement Stratfor. Stratfor est une société privée de renseignement, multi nationale et secrète, qui fait bénéficier de ses services de grandes entreprises et des agences gouvernementales. Bien qu’elle procure au gouvernement US des services de « renseignement global », il n’y a pas de contrôle public de Stratfor. Les mails mettent en lumière les entrées de la direction de Stratfor dans les organismes gouvernementaux. Le Vice-Président de Statfor chargé du renseignement, Fred Burton, était autrefois un agent du Service de Sécurité Diplomatique et était le responsable de leur division antiterroriste. Bien que Stratfor se réfère à des sources gouvernementales et affirme avoir beaucoup d’influence sur les décideurs occidentaux, leurs mails révèlent des méthodes de travail et de sécurité de mauvaise qualité, et montrent une forte orientation politique au sein de l’organisation.

Cette proche relation avec le gouvernement US signifie que la publication de ces GIFiles va donner un aperçu sur des acteurs clés de l’élection présidentielle. Le seul gouvernement légitime est celui qui est élu par une population bien informée. Par cette publication, WikiLeaks veut informer l’électorat US d’une manière impartiale en rendant publics les document d’une des compagnies les plus étrangement influentes aujourd’hui aux Etats Unis. Nous appelons tous les citoyens du monde entier à chercher dans ces mails et à publier leurs découvertes en utilisant le hashtag #wlfindGI.

Quel que soient ceux que vous porterez au pouvoir, demandez leur de rendre des comptes en soutenant WikiLeaks. Votez avec votre porte-monnaie, Votez WikiLeaks.

GI Files: http://wikileaks.org/the-gifiles.html
Vote WikiLeaks: http://wikileaks.org/donate2012/
Donate to WikiLeaks: http://shop.wikileaks.org/donate
WL Friends: https://wlfriends.org/

Lien vers le communiqué original sur le site de WikiLeaks : http://wikileaks.org/WikiLeaks-GI-Files-Presidential.html
Lien vers le post sur le forum :
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,15280.msg40725.html#new

  • Creative Commons

    Ce blog est mis à disposition selon les termes de la Licence CC-BY-SA 4.0, sauf pour les contenus traduits depuis d'autres sites internet et qui restent la propriété des médias qui les ont publiés à l'origine.
  • Articles récents

  • Catégories

  • Archives