L’Etat Islamique tente de recruter dans les pays les plus pauvres d’Afrique

isis-fightersLibye: L’Etat Islamique dresse les contours d’une « armée des pauvres » comme combattants de Daesh avec des dons en espèces de 1000$

IBTimes, le 2 février 2016, par Fiona Keating

L’État Islamique attire de nouvelles recrues pour les enrôler comme soldats à pied en provenance des pays les plus pauvres de l’Afrique, disent les chefs de renseignement libyens. Isis (Daesh) offre des sommes alléchantes en espèces à des personnes au Tchad, au Mali et au Soudan, où quelques centaines de dollars sont comparables au salaire d’une année.

Le califat autoproclamé de l’EI dans la ville natale du colonel Kadhafi à Syrte a maintenant un nombre croissant de combattants d’Afrique noire aux côtés des Syriens et des Irakiens qui composent le corps de son leadership.

Lire la suite: http://www.ibtimes.co.uk/libya-isis-drafting-army-poor-daesh-fighters-1000-cash-hand-outs-1541349

Torture en Libye: Abdel Hakim Belhaj remporte le droit de poursuivre le gouvernement du Royaume-Uni au sujet de son enlèvement

Le tribunal juge que le cas d’un exilé libyen, qui a été envoyé à Tripoli et torturé, peut aller de l’avant malgré les tentatives du gouvernement pour y mettre un terme

Owen Bowcott, The Guardian, 30 Octobre 2014

Abdel Hakim BelhajAbdel Hakim Belhaj et sa femme Fatima Bouchar ont été secrètement transportés à Tripoli en 2004, où ils ont été torturés par les forces de sécurité de Kadhafi.

Un homme politique libyen qui a été enlevé dans une opération conjointe de la CIA et du MI6 a reçu une décision de la cour d’appel qui lui permet de poursuivre le gouvernement britannique pour son transfert, une décision qui établit un précédent important pour d’autres demandes.

Abdel Hakim Belhaj et son épouse marocaine, Fatima Bouchar, ont été transportés secrètement en 2004 à Tripoli, où les forces de sécurité de Mouammar Kadhafi l’ont torturé, et, comme il est supposé, les agents du renseignement britannique ont participé à son interrogatoire.

La cour d’appel a décidé jeudi que l’affaire devait aller de l’avant, malgré les tentatives du gouvernement d’y résister en raison de l ‘ »acte de la doctrine de l’Etat », arguant que les tribunaux ne pouvaient pas enquêter sur ce qui est arrivé parce que cela impliquait un État étranger.

Parlant au Guardian depuis la Libye, Belhaj, 48 ans, dit: « J’ai toujours eu la foi dans la justice britannique. La bonne décision a été prise. Je sens que je me rapproche de la réalisation de la justice dans mon cas « .

Lire la suite: http://www.theguardian.com/world/2014/oct/30/abdel-hakim-belhaj-court-kidnap-mi6-cia-torture

Matthew Dunn, ancien agent du MI6, parle des services secrets agissant en Libye en 2011

Vidéo mise en ligne le 26 août 2011

Texte de présentation sur youtube:

Tiré de la télévision néerlandaise – les extraits dans lesquels Michael Dunn parle sont en anglais. Dans le Paradigme Fantaisiste de l’OTAN, il est parfaitement normal d’avoir des services secrets en Libye qui travaillent pour lutter contre le méchant dictateur.

Dans le nouveau paradigme, c’est un autre exemple de la façon dont l’Occident fait tout son possible pour prendre le contrôle des biens de la Libye, en donnant un entraînement à l’opposition et en ignorant les nombreuses personnes en Libye qui ne veulent pas de l’OTAN et de leurs Rebelles. Il n’y a pas justification pour cela de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies, mais personne ne semble se faire de soucis du lavage de cerveau qu’ils ont avec le Paradigme de l’OTAN.

Dans une autre vidéo, vous pouvez entendre [des informations] sur le rôle des agents du MI6 et de la CIA dans la lutte contre les journalistes indépendants qui ne sont pas d’accord avec le Paradigme de l’OTAN.

Voici quelques extraits de l’interview de Matthew Dunne:

« Je suis Matthew Dunne, je suis un ancien agent de terrain du renseignement britannique du Mi6. J’ai passé 5 ans à voyager autour du monde typiquement dans des positions ennemies. Si j’avais été au tribunal, j’aurais été torturé et exécuté.

J’ai la permission de parler à un certain niveau, mais évidemment je dois être très courtois au sujet de ce que je dis. Mais oui, c’est la première interview à la télévision avec un ancien agent du Mi6. Oui, certainement pour ce qui est de ma génération.

Ce que je peux dire, et ceci sans trahir aucun secret particulier, c’est que la situation en Libye serait suivie de très près par le Mi6 et évidemment d’autres services secrets occidentaux. Tout le monde sait qu’ils auraient probablement placé des gens sur le terrain, et qu’il y aurait d’autres manières de contrôler la situation sur place. Beaucoup de ce qu’ils essaient de faire serait de recueillir du renseignement, des informations secrètes, pas uniquement au sujet des actions spécifiques qui sont menées, comme les combats à Tripoli, à Benghazi ou ailleurs en Libye, mais aussi d’essayer vraiment de comprendre les groupes d’opposition.

La situation en Libye est une situation inhabituelle. Une chose que je peux dire, car tout le monde le sait, c’est qu’un agent du Mi6 avec son équipe de protection de 12 hommes du SAS ont été attrapés, si je puis dire, en allant en Libye aux premières étapes du conflit avec le but de chercher à engager un dialogue avec les groupes rebelles sur place. Cette situation était assez inhabituelle pour un agent du Mi6, parce qu’il allait là, non seulement pour recueillir de l’information de leur part, mais il était aussi clairement un représentant du gouvernement britannique.

Les Britanniques, les Américains, les Européens ont tous appris dans le passé qu’envoyer de l’argent, des armes ou de l’aide dans une situation, peut parfois rendre une situation plus difficile, à moins de la cibler de manière spécifique et de comprendre les gens que vous ciblez. Est-ce que les gens qui vont utiliser cet argent, ces armes ou n’importe quoi d’autre, vont les utiliser de la bonne manière?

J’aurais pensé que de nouveau, avec la vitesse des événements, il me semble que les rebelles avaient renouvelé un sens de l’objectif, ils ont été rassemblés, ils semblaient être hautement motivés, et ceci a manqué pendant les derniers mois. Et je pense qu’il y a une force motrice, et que cela aurait pu venir du soutien du Mi6, aussi bien que d’autres organisations.

Vous devez comprendre que, chaque fois que des questions sont soulevées au sujet du Mi6, le commentaire sera toujours celui qui a été fait et il n’y aura en effet pas de commentaire, donc ce commentaire [officiel, selon lequel il n’y a personne sur le terrain] ne me surprend pas du tout. Il peut y avoir des conséquences sévères: des opérations peuvent échouer, mais aussi des vies peuvent être perdues.

Oui, c’est un risque pour tout le monde. Vous opérez à l’étranger, vous n’êtez pas en territoires sûrs: tout le business de l’espionnage est extrêmement sérieux et extrêmement dangereux. Beaucoup de gens qui font partie du personnel ne feraient jamais l’actualité, parce que clairement en tant qu’agent, vous faites des choses que vous espérez ne jamais voir dans l’actualité pour des raisons évidentes. Donc oui, j’y pense. Est-ce que cela me manque? Non. Mes conditions sont très différentes maintenant. J’aimais faire ce travail à ce moment, mais mes conditions ont désormais changé. Je pense que ce serait très difficile de revenir vers ce monde.

Je ne peux pas commenter sur ce que le Mi6 fait en ce moment, mais en termes de savoir si Kadhafi sera trouvé, oui, il sera trouvé. Il n’y a pas de doute sur cette question. Au moment où le pays aura tout un plan, où plus de soldats loyalistes rejoindront le côté des rebelles, que les populations dans les villes et les villages se rendront compte qu’ils ne peuvent plus être persécutés, alors Kadhafi n’aura plus nulle part où aller, et il pourrait être trouvé dans un village par un berger avec un fusil, ou piégé par des soldats spécialisés, des forces spéciales, ou des agents du renseignement. »

[Comme le prédit Matthew Dunne dans cette interview, Kadhafi a effectivement été capturé par la suite, le 20 octobre 2011, à Syrte, où il meurt suite aux échanges de tirs].

Amesys n’est pas la seule entreprise à avoir vendu des logiciels de surveillance à Kadhafi

Une salle du centre de surveillance en Libye, explorée par le Wall Street Journal

FRANCE/LIBYE – L’entreprise française a aidé Kadhafi à espionner l’opposition: rapport

Publié le 12-03-2013 00h00 GMT

Email-ID 4119800
Date 2011-08-30 18:47:10
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L’entreprise française a aidé Kadhafi à espionner l’opposition: rapport

30/08/11

http://www.france24.com/en/20110830-french-firm-helped-kadhafi-spy-opposition-report

AFP – Une filiale de l’entreprise IT française Bull a aidé le régime de Mouammar Kadhafi à espionner les e-mails et les messages instantanés d’opposants de l’homme fort déchu de la Jamahiriya, selon un rapport de mardi.

Amesys, qui se décrit lui-même sur son site comme « un acteur-clé dans le domaine de la sécurité et des systèmes critiques au niveau national et international », a installé un centre de surveillance à Tripoli en 2009, selon le Wall Street Journal.

Le journal, citant des personnes proches du dossier, a déclaré que l’entreprise a équipé le centre avec une technologie d' »Inspection Approfondie des Paquets » pour espionner les activités en ligne des ennemis de Kadhafi.

Le régime libyen, au début de cette année, a eu des entretiens avec Amesys et d’autres entreprises, y compris l’unité Narus de Boeing, un fabricant de produits de surveillance du trafic internet, alors qu’ils cherchaient à accroître l’appareil de surveillance du régime, dit le Journal.

L’entreprise de télécommunications chinoise ZTE a également fourni de la technologie pour l’opération de surveillance, indique le rapport.

Bull a dit qu’il n’avait aucun commentaire à faire sur le rapport, lorsqu’il a été contacté par l’AFP.

Narus a déclaré au Wall Street Journal: « Il n’y a pas eu de ventes ou de déploiements de la technologie Narus en Libye », tandis que ZTE a refusé de commenter lorsqu’il a été sollicité par le quotidien.

Le Journal a dit que ses journalistes avaient fait le tour du centre de surveillance et trouvé des fichiers sur place qui incluent des e-mails écrits aussi récemment qu’en février, après le coup d’envoi du soulèvement libyen.


Yaroslav Primatchenko
Surveillance mondiale
Stratfor

Source: http://search.wikileaks.org/gifiles/?viewemailid=4119800

« La vie sous le regard des espions de Kadhafi » (Wall Street Journal): http://online.wsj.com/article/SB10001424052970203764804577056230832805896.html

Photos du centre de surveillance en Libye (Wall Street Journal): http://online.wsj.com/article/SB10001424052970203764804577056230832805896.html#slide/1

Articles OWNI sur Amesys: http://owni.fr/tag/amesys/

Articles Reflets.info sur Amesys: http://reflets.info/?s=amesys

Stratfor Files: la France était prête à livrer un réacteur nucléaire à Kadhafi, en Libye

[OS] FRANCE/LIBYE – MoU [Memorandum of Understanding, Mémorandum d’Entente] sur le projet d’énergie nucléaire Re: [OS] FRANCE/LIBYE: Sarkozy signe des contrats avec Kadhafi

Email-ID 350244
Date 2007-07-26 11:25:52
From os@stratfor.com
To analysts@stratfor.com

http://in.reuters.com/article/2007/07/25/idINIndia-28656520070725

France et Libye signent un accord sur le projet d’énergie nucléaire

Jeu. 26 juil. 2007, 05h38 GMT

Accord sur le nucléaire entre Sarkozy et KadhafiTRIPOLI (Reuters) – La Libye et la France ont signé mercredi un mémorandum d’accord pour la coopération sur un projet d’énergie nucléaire au cours d’une visite du président français Nicolas Sarkozy, a dit un collaborateur de Sarkozy.

Sarkozy s’est rendu en Libye en cherchant à approfondir les relations avec le pays Nord-Africain, après avoir aidé à résoudre une impasse diplomatique qui a heurté les liens de l’exportateur de pétrole avec l’Occident.

« L’objectif est de coopérer afin de travailler sur l’installation en Libye d’un réacteur nucléaire pour fournir de l’eau potable à partir d’eau de mer dessalée, » a déclaré aux journalistes Claude Guéant, secrétaire général au palais présidentiel français.

Guéant a indiqué que la compagnie française Areva pourrait fournir le réacteur.

« Quant à ce qui concerne les centrales nucléaires, il n’y a pas 50 constructeurs en France. Il n’y en a qu’un seul, c’est Areva », a-t-il dit.

La Libye a déclaré en février qu’elle avait signé un protocole d’entente avec Areva lui permettant l’exploration et l’extraction d’uranium « à des fins pacifiques ».

Un communiqué libyen, à l’époque, n’a pas précisé si l’uranium, s’il est trouvé, serait utilisé à des fins nucléaires domestiques ou s’il serait exporté.

Areva est le premier fabricant mondial de réacteurs nucléaires et ses activités couvrent l’ensemble du cycle de l’énergie nucléaire, depuis l’extraction jusqu’aux déchets.

La Libye et la France ont également signé mercredi un accord de coopération sur un partenariat militaro-industriel et un accord sur la coopération dans les domaines de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur.

La Libye s’est débarrassé de plus d’une décennie d’ostracisme international en 2003, lorsqu’elle a accepté la responsabilité et a commencé à verser une indemnisation pour les attentats d’avions de ligne sur l’Ecosse et le Niger en 1988 et 1989.

Sarkozy a dit qu’il veut aider la Libye à revenir au «concert des nations» après avoir libéré six médecins étrangers déclarés coupables d’avoir infecté des centaines d’enfants libyens avec le VIH.

Source: http://search.wikileaks.org/gifiles/?viewemailid=350244

Câbles Kissinger: La psychologie politique de Kadhafi en Libye, selon un document de 1973

Mouammar Kadhafi (1986)

Dans un câble diplomatique secret n°1973TRIPOL00512_b, datant du 23 avril 1973, les diplomates américains dressent un portrait de Kadhafi.

Quelques jours avant cette date, le 16 avril 1973, à Zouara, Kadhafi annonce dans un discours un plan pour mettre en place une Révolution Populaire en Libye, autrement dit une révolution culturelle, et dans les étapes de cette révolution, l’un des points consiste notamment à se libérer des influences étrangères.

Il demande ainsi au peuple libyen de « brûler les livres qui contiennent des idées importées de la réaction capitaliste ou du communisme juif », et que « La seule idéologie qui sera autorisée sera celle émanant du Livre de Dieu, le Coran. ».

Ce discours est sans doute la raison de l’analyse psychologique à laquelle se livrent les diplomates américains, inquiétés par l’annonce d’un changement politique en Libye. Ils essaient donc de comprendre la personnalité de Kadhafi et si cela peut représenter un danger pour leurs intérêts politiques au Moyen-Orient.

Voici la traduction de ce document dans son intégralité.

LA PSYCHOLOGIE POLITIQUE DE KADHAFI EN LIBYE

Date: 23 avril 1973, 8h32
(lundi)
ID: 1973TRIPOL00512_b
Classification d’origine: SECRET
Classification actuelle: DECLASSIFIE

Résumé:

On nous a fréquemment posé la question dans le passé, de savoir si le président du RCC [Conseil de Commandement de la Révolution], Mouammar Al-Kadhafi, était tout à fait sain d’esprit. La réponse de base que nous avons donné est « oui », bien qu’il doive être jugé selon ses propres standards, sa vision de l’Islam, etc. Nous nous demandons désormais, plus qu’à moitié sérieux, si cette réponse doit être révisée. Ses perceptions exprimées en public sont souvent réalistes, et souvent dans un sens dévastateur, mais sa posture devient de plus en plus incompatible avec les réalités politiques à la fois en Libye et dans le monde arabe. Fin du résumé.

Révolution Populaire en Libye

1. La psychologie anormale n’est pas notre fort, mais comme le sujet est d’une certaine importance, nous avons noté ce qui suit: plus que jamais, Kadhafi prétend être profondément frustré. Il reconnaît en public que tous les autres Etats Arabes ont rejeté le « Plan de Bataille Unifiée » pour l’extinction d’Israël qu’il leur a demandé pendant trois ans d’accepter, et qu’au lieu de cela, chaque Etat Arabe sauve la LAR [Ligue des Républiques Arabes] poursuit un objectif séparé, limité et « régional », acceptant au moins tacitement l’existence d’Israël. Il a aussi établi en public que son régime et sa créature l’ASU [Union Socialiste Arabe] ont perdu leur zèle révolutionnaire, dans la mesure où la bureaucratie et l’ASU sont maintenant tous deux soumis aux initiatives de comités populaires invités à les compléter, ou même à les remplacer sur des niveaux locaux. En attendant, il sous-entend que la fusion avec l’Egypte est une question de vie ou de mort, exécutoire au risque de la guerre civile, et que la purification de son régime doit être accomplie par l’écrasement de toute opposition, ou il quittera la scène.

2. Il y a à la fois de la réalité et de l’illusion dans ces perceptions et ces postures. Bien sûr, chaque Etat Arabe poursuit ses propres intérêts, et le peuple libyen a peu d’appétit que ce soit pour la révolution sociale ou pour l’union avec l’Egypte. Ils sont pour la plupart toujours aussi conservateurs, plus renfermés et xénophobes que jamais. Donc les perceptions de Kadhafi de ses problèmes fondamentaux sont en majeure partie réalistes. Les illusions interviennent quand il déclare en effet qu’il a échoué, à la fois en internet et en externe, et que par conséquent il doit redoubler ses efforts dans les deux directions ou bien partir. A vrai dire, Kadhafi a eu beaucoup de succès selon ses propres standards. Il a placé la Libye sur la carte, politiquement, militairement et économiquement; l’a libéré de plusieurs influences étrangères; a forgé des alliances et envahi les souverainetés d’autres nations, dans des manières difficilement concevables il y a trois ans; et a apporté des changements d’envergure dans l’économie libyenne, remarquables par des standards ordinaires. S’il était un homme ordinaire, il ne menacerait pas de partir pour un manque de progrès, mais douterait de professer une satisfaction considérable dans ses réalisations.

3. Le fait est que nous pensons, que Kadhafi n’est pas un homme ordinaire ou susceptible d’auto-satisfaction. Pendant longtemps, nous lui avons donné le bénéfice du doute sur ce fond: peut-être était-il « fou comme un renard » — pour être sûr d’exprimer des idéaux chimériques, toujours hors de portée, mais cherchant seulement en secret cette part qu’il demandait à être réalisable. Cela était particulièrement plausible car il semblait partager le pouvoir authentiquement avec les autres membres du RCC [Conseil de Commandement de la Révolution], dont aucun ne semblait particulièrement messianique. Cependant, il est de plus en plus apparu que, même collectivement, les autres membres du RCC [Conseil de Commandement de la Révolution] sont incapables d’imposer plus qu’un frein temporaire sur les accès de Kadhafi. Le dossier veut qu’il mène en bateau, mystifie et induit constamment en erreur.

4. Le projet comme révélé en mars 1972, octobre 1972, et maintenant avril 1973, et aucun doute qu’il a été joué en privé à beaucoup d’autres occasions, est le suivant: Kadhafi veut quelque chose qui soit au-dessus de ce que les autres membres du RCC [Conseil de Commandement de la Révolution] pensent être intelligent ou désirable. Quand il ne parvient pas à obtenir un consensus, il se retire du groupe, en colère, et disparaît peut-être dans le désert. Ses collègues « le dissuadent surtout » de partir, une réaction à laquelle il peut tout à fait s’attendre. Il retourne alors dans l’enclos et annonce au monde qu’une nouvelle ère, faite d’idéaux élevés et d’une nouvelle activité, a commencé. Cela doit commencer au niveau populaire, et toute opposition doit être écrasée — ou il va partir, comme il a menacé de le faire.

5. Tout ceci est une bonne tactique, aussi longtemps que ça fonctionne. Mais cela est-il juste une tactique? Nous ne le pensons plus désormais, ni ne le pensent vraisemblablement ses collègues du RCC [Conseil de Commandement de la Révolution]. Quelle que soit leur interprétation, laquelle est sans doute qu’ils ont un leader étrangement clairvoyant et efficace, nous pensons qu’il perd de plus en plus son emprise sur la réalité — pas autant dans ses perceptions que dans ses postures. Autorisant le succès de cette posture selon ses propres standards, il s’est désormais engagé à rien de moins que de liquider la personnalité libyenne au prix de l’ordre public. Cet appel pour l’ultime sacrifice de soi, en substance aussi bien que dans la forme, ne semble guère réaliste. Il y a beaucoup de choses au sujet du régime de Kadhafi que le libyen ordinaire peut et doit accepter, d’autant qu’il n’existe pas d’apparente alternative. Mais nous croyons que la plupart des Libyens n’accepteront pas en fin de compte A) d’être repris par les Egyptiens ou par quelques étrangers que ce soient, ou B) de perdre leur prospérité relativement et raisonnablement récente pour le bien de l’idéal suicidaire de « l’Unité Arabe » qui le menace apparemment. A ce jour, toutefois, l’écrasement est seulement dans le futur.

6. Qu’en est-il du futur, dans ce cas? Théoriquement, Kadhafi pourrait quitter la scène comme il le menace. Le manque de travail effectif des nouveaux comités populaires désormais formés pourrait être la cause réelle et invoquée. En fait, il est très improbable que le peuple libyen veuille mesurer son courage aux convictions de Kadhafi. Mais ce genre de défaillance du peuple n’est pas vraiment susceptible de faire renoncer Kadhafi; il a été cruellement déçu par eux avant, mais il les a toujours appelé à suivre un nouveau but. Il est plus vraisemblable que nous voyons plus des mêmes dynamiques entre le peuple, Kadhafi et le RCC [Conseil de Commandement de la Révolution]. (Nous supposons que l’armée, la bureaucratie et l’ASU [Union Socialiste Arabe] resteront basiquement inchangés.)

7. Cependant, avec le RCC [Conseil de Commandement de la Révolution], plus de cette même chose signifie plus de pouvoir pour Kadhafi. Cela a été le résultat de toutes ses crises précédentes avec lui. La collégialité va-t-elle s’effondrer? Elle est déjà bien érodée, un point que nous avons formulé dans notre dernier rapport d’évaluation, mais un peu plus de cette collégialité pourrait encore disparaître. Très prochainement, probablement en relation avec l’union formelle avec l’Egypte, à échéance du 1er septembre, le RCC [Conseil de Commandement de la Révolution] cessera virtuellement d’exister en tant que tel. Quand cela arrivera, cela ne devra pas être considéré comme stupéfiant. Cela sera, en fait, une ratification de ce qui s’est produit — une sorte de coup de grâce à une institution improbable, mais anciennement de poids, qui a gardé Kadhafi, et le pays, relativement en équilibre. Oui, ils pourraient devenir plus instables — comme nous commençons à le voir.

Josif

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/1973TRIPOL00512_b.html

Public Library of US Diplomacy: http://www.wikileaks.org/plusd/

Syrie: Les USA et l’OTAN ont soutenu des terroristes d’al-Qaeda dotés d’armes de destruction massive contre le peuple syrien

Par Tony Cartalucci, le 19 mars 2013

Après une guerre et une occupation sur 10 ans en Irak, la mort de plus d’un million de personnes dont des milliers de soldats US (et de la coalition, ndt), toutes basées sur des allégations pertinemment fausses de possession d’armes de destruction massive (ADM), c’est d’une outrageante hypocrisie que de voir l’Occident armer, financer, et soutenir politiquement des terroristes en Syrie qui en fait détiennent, et maintenant utilisent de telles armes contre le peuple syrien.

Au moins 25 personnes sont rapportées avoir été tuées après qu’une attaque chimique contre des soldats syriens fut lancée par des terroristes soutenus par l’OTAN dans la ville d’Alep, au nord.

Alep est située près de la frontière turco-syrienne. Si les stocks d’armes chimiques pillés en Libye avaient été envoyés en Syrie, ils seraient passés à travers la Turquie avec des armes envoyées de Libye par les USA et des milliers de terroristes libyens qui de leur propre aveu opèrent à l’intérieur de la Syrie, et seraient certainement utilisés pour cibler des villes comme Alep.

Encore pire, toute arme chimique importée à l’intérieur du pays impliquerait l’OTAN soit directement soit par négligence caractérisée, puisque les armes auraient dû transiter par la Turquie membre de l’OTAN, au nez et à la barbe d’agents de la CIA qui opèrent de façon connue le long de la frontière et aux côtés de terroristes soutenus par l’Occident à l’intérieur de la Syrie.

L’arsenal syrien était tombé aux mains d’extrémistes sectaires avec l’assistance de l’OTAN en 2011 au cours des points culminants des efforts menés pour renverser la nation nord-africaine. Depuis, les militants libyens menés par les chefs du LIFG (Libya Islamic Fighting Group, Groupe Libyen Islamique Armé, ndt) d’al-Qaeda ont armé des extrémistes sectaires à travers le monde arabe, aussi loin à l’ouest que le Mali, et à l’est qu’en Syrie.

En plus des armes légères, des armes lourdes trouvent également leur chemin au travers de ce réseau étendu. Le Washuington Post dans son article, « Des missiles libyens en cavale« , rapportait:

Deux anciens officiers du renseignement anti-terroristes m’ont dit la semaine dernière que des techniciens avaient récemment restauré 800 de ces systèmes de défense anti-aérienne portables par l’homme (connus comme des MANPADS) – quelques-uns pour un groupe djihadistes africain qui s’appelle Boko Haram qui est souvent vu comme un allié d’al-Qaeda – pour un possible usage contre des avions commerciaux entrant au Niger, au Tchad et peut-être au Nigéria.

Bien que ces armes soient sans aucun doute aussi destinées au Niger, au Tchad, et peut-être au Nigéria, elles sont véritablement destinées à la Syrie. Il est confirmé que des terroristes libyens du LIFG débarquent en Syrie depuis la Libye. En novembre 2011, le Telegraph rapportait dans son article, « Un Islamiste libyen majeur a rencontré le groupe d’opposition de l’Armée Syrienne Libre« :

Abdulhakim Belhadj, chef de Conseil Militaire de Tripoli et ancien leader du LIFG, « a rencontré des chefs de l’Armée Syrienne Libre à Istanbul et le long de la frontière avec la Turquie », a dit un officiel de l’armée travaillant avec M. Belhadj. « Mustapha Abdul Jalil (le président libyen par intérim) l’y a envoyé.

Un autre article du Telegraph, « Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens« , reconnaissait que:

Des rebelles syriens ont tenu des discussions secrètes avec les nouvelles autorités libyennes vendredi, cherchant à s’assurer d’armement et de financement pour leur insurrection contre le régime du président Bachar al-Assad, a appris le Daily Telegraph.

Lors de la réunion, qui s’est tenue à Istanbul et comprenait des officiels turcs, les Syriens ont demandé une « assistance » de la part des représentants libyens et il leur fut offert des armes, et potentiellement des volontaires.

« Il y a quelque chose qui est planifié pour envoyer des armes et même des combattants libyens en Syrie », a dit une source libyenne, parlant sous condition d’anonymat. « Il y a une intervention militaire à venir. D’ici quelques semaines vous verrez. »

Plus tard ce mois-là, quelques 600 terroristes libyens seraient entrés en Syrie pour commencer des opérations de combat et continueraient depuis à arriver en nombre dans le pays.

Le Libyen Mahdi al-Harati, de l’organisation terroriste listée par le Département d’Etat US, l’ONU et le Home Office britannique (page 5, .pdf) LIFG, s’adressant à des collègues terroristes en Syrie. Harati commande maintenant une brigade libyenne en opération à l’intérieur de la Syrie et cherchant à détruire le gouvernement syrien et à soumettre la population syrienne. Traditionnellement, cela s’appelle une « invasion étrangère ».

Les « missiles en cavale » relatés par le Washington Post en Libye apparaissent maintenant sur le champ de bataille en Syrie. Bien que des médias comme le Guardian, dans son article « Armes et Manpads: les rebelles syriens obtiennent des missiles anti-aériens« , rapportent que les missiles sont déployés à travers la Syrie, ils ont tenté de dénigrer toute connexion à l’arsenal libyen pillé et aux terroristes d’al-Qaeda qui les ont importés. Par contraste, le magazine Time a publié des confessions ouvertes de la part de terroristes eux-mêmes admettant qu’ils reçoivent des armes lourdes, y compris des missiles sol-air depuis la Libye.

Dans l’article de Time, « Les combattants libyens exportent leur révolution en Syrie« , il est rapporté que:

Quelques Syriens sont plus francs sur l’assistance que fournissent les Libyens. « Ils ont des armes plus lourdes que nous, » note Firas Tamim, qui a voyagé dans des zones contrôlées par les rebelles pour garder le contact avec les combattants étrangers. « Ils ont amené ces armes en Syrie, et elles servent sur le front, au combat. » Parmi ces armes, qu’a vu Tamim se trouvent des missiles sol-air de fabrication russes, connus sous le nom de SAM-7.

Les combattants ignorent en général les questions sur le transfert d’armement, mais en décembre ils ont affirmé que c’est précisément ce qu’ils faisaient. « Nous sommes en train de collecter des armements en Libye, » a dit un combattant libyen en Syrie au quotidien français Le Figaro. « Une fois que c’est fait, nous devrons trouver un moyen de les amener ici. »

Clairement, l’intervention de l’OTAN en Libye a laissé un vaste arsenal dévastateur entre les mains d’extrémistes sectaires, menés pas le LIFG, et qui exporte désormais cet armement et les militants vers l’autre front de l’OTAN en Syrie. Il est confirmé qu’à la fois des terroristes libyens et des armes passent la frontière turco-syrienne avec l’assistance de l’OTAN, et il est dorénavant clair que des armes lourdes, comprenant des armes anti-aériennes ont aussi traversé la frontière.

Le Guardian a rapporté dans un article de novembre 2011, « Les stocks d’armes chimiques libyennes sont intacts, affirment les inspecteurs« , que:

Les stocks libyens de gaz moutarde et de produits chimiques servant à produire de l’armement sont intacts et n’ont as été dérobés au cours du soulèvement qui a renversé Mouammar Qaddafi, ont déclaré les inspecteurs.

Mais tout en rapportant que:

L’abandon ou la disparition d’armement de l’ère Qaddafi a suscité des inquiétudes selon lesquelles une telle puissance de feu pourrait éroder la sécurité régionale si elle tombait entre les mains de militants islamistes ou de rebelles en Afrique du Nord. Certains craignent que des loyalistes à Qaddafi répandent l’instabilité en Libye.

Le mois dernier Human Rights Watch a pressé le conseil national de transition libyen au pouvoir de prendre des mesures au sujet des grandes quantités d’armes lourdes, comprenant des missiles sol-air, que l’organisation a dit étaient laissées sans surveillance plus de deux mois après que Qaddafi ait été renversé. Mercredi le secrétaire-général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a dit que l’ONU enverrait des experts en Libye pour s’assurer que des matériaux nucléaires et des armements chimiques n’étaient pas tombées entre les mauvaises mains.

Et alors que les inspecteurs affirment que les armes chimiques en Syrie sont « entre les mains du gouvernement » et pas entre celles « d’extrémistes », il est clair de par l’aveu du gouvernement libyen lui-même, qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans l’envoi de combattants et d’armement en Syrie.

Il reste à voir d’où provenaient ces armes chimiques. Si il s’avérait qu’elles viennent de l’arsenal libyen, l’OTAN, et surtout les USA et la Turquie, seraient impliqués dans la fourniture d’armes de destruction massive à des terroristes d’al-Qaeda, précisément le scénario face auquel l’Occident a depuis 10 ans été paralysé de peur, a délaissé ses propres libertés et répandu le sang de milliers de ses propres soldats, aux fins de l’empêcher.

Les implications de terroristes soutenus par l’Occident se servant d’armes chimiques, quelque soit leur origine, coûtent à l’Occident sa légitimité déjà affaiblie, mis ses institutions en danger, et a davantage ébranlé la confiance de beaucoup des actionnaires qui ont investi chez eux – politiquement, financièrement, industriellement, et stratégiquement. De tels actionnaires seraient sages de commencer à rechercher des issues et à cultiver des alternatives externes à l’ordre international Wall Street – Londres.

Source: http://www.globalresearch.ca/syria-us-nato-backed-al-qaeda-terrorists-using-wmds-chemical-weapons-against-the-syrian-people/5327507

Traduit depuis le web par Will Summer

Entretien avec Gilbert Achcar sur le Printemps Arabe: “Toute la région est en ébullition”

Protestation au Maroc, en 2011

Il y a beaucoup de choses à discuter. Le Moyen-Orient fait la une que ce soit pour l’attaque contre Gaza ou la situation en Tunisie, la prise du pouvoir de Morsi en Egypte ou les menaces contre l’Iran, un grand nombre d’événements. Je commencerai par une question portant sur une appréciation générale du Printemps arabe, de ce que l’on a appelé le Printemps arabe, qui a commencé il y a deux ans, presque jour pour jour, le 17 décembre 2010 en Tunisie. Peux-tu nous indiquer des éléments d’une compréhension générale de ce que cela a signifié pour la région?

Gilbert Achcar: Le commentaire le plus général que je puisse faire est que, pour la première fois dans l’histoire de la région, les choses sont vraiment en train de bouger et de changer, et cela à un rythme très rapide de surcroît, de sorte que la région est entrée dans ce que j’appelle un processus révolutionnaire à long terme. Il s’agit là d’un changement énorme dans l’histoire de la région. Des blocages de toutes sortes sont en train d’exploser. Je pense que cette situation se maintiendra pour de nombreuses années à venir.

Tu mentionnes des blocages, songes-tu en partie à l’existence des régimes dictatoriaux sclérosés et vieillissants? Le premier serait la Tunisie. Peux-tu nous dire quelque chose à ce sujet ainsi que sur la situation présente dans ce pays?

Gilbert Achcar: Oui, mais je dois dire qu’il s’agit de bien plus que des seuls régimes dictatoriaux. Bien entendu, ceux-ci constituent la partie la plus visible du blocage, celle qui a été le plus directement touchée par les soulèvements dans les pays où ils ont obtenu des victoires jusqu’ici. Mais il ne s’agit que d’une partie seulement d’un blocage plus général qui comprend un blocage économique. La région reste à la traîne par rapport au reste du monde en termes de croissance économique et, plus généralement, de développement, malgré le fait qu’elle est dotée de ressources naturelles très importantes. Elle détient le record mondial des taux de chômage et cela depuis des décennies. Nous sommes ainsi en présence d’un blocage social, sans même parler du blocage très évident lié à la condition des femmes. Il y a donc tout un ensemble de blocages et je n’en ai mentionné jusqu’ici que quelques-uns, les plus frappants. Tout cela est en train d’éclater en une gigantesque explosion qui a débuté en Tunisie.

Tout a commencé en Tunisie le 17 décembre 2010. C’est la date à laquelle Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu, mettant ainsi le feu à l’ensemble du pays, puis à toute la région.

Le fait que cela ait commencé en Tunisie est lié aux luttes qui se sont déroulées dans ce pays au cours des années 2000, luttes qui sont elles-mêmes liées à l’existence d’une importante tradition de gauche, principalement active dans la centrale syndicale du pays, l’UGTT [Union générale tunisienne du travail]. C’est cette situation spécifique qui explique pourquoi c’est dans ce pays avant les autres que l’explosion a eu lieu, mais cela ne signifie pas que les conditions étaient plus mûres en Tunisie que partout ailleurs, comme l’atteste le fait que l’explosion en Tunisie a déclenché une série d’autres dans différents pays. Il n’y a presque aucun pays de langue arabe qui n’a pas été touché par le soulèvement, de la Mauritanie et du Maroc à l’ouest de la région jusqu’à la Syrie et l’Irak à l’est.

Carte du Printemps ArabeIl est apparu, à un certain moment, sans doute en raison des résultats électoraux en Egypte et, auparavant, en Tunisie, que les vainqueurs immédiats du Printemps arabe ont été des organisations islamistes telles que les Frères Musulmans en Egypte. Peux-tu dire quelque chose à ce sujet, tout d’abord par rapport à la Tunisie et, ensuite, à propos de l’Egypte?

Gilbert Achcar: Oui. C’était tout à fait prévisible. La prévision la mieux partagée au sujet de la région était qu’il y aurait ou qu’il y aura des explosions sociales, des explosions politiques: en lisant les rapports des ambassades des Etats-Unis dans la région, rendus publics par Wikileaks, on peut voir que les Etats-Unis eux-mêmes ne se faisaient pas beaucoup d’illusions. On savait à quel point la situation était tendue et dangereuse. En rapport avec cela, la prévision la plus commune était que ces explosions propulseraient le mouvement intégriste islamique au-devant de la scène à une époque où – vu depuis Washington – cela était considéré comme une menace pour les intérêts américains. Mais une fois que le soulèvement a commencé, il y a eu tendance à prendre des désirs pour des réalités et croire que, par quelque miracle, de nouvelles forces émergentes seraient capables de diriger et conduire l’ensemble du processus, en poussant les forces islamiques à l’arrière-plan.

Il est vrai que de nouvelles forces ont émergé, en particulier parmi la nouvelle génération, parmi les jeunes. Il est vrai que de nouveaux réseaux de jeunes, utilisant toutes les ressources fournies par l’Internet, ont joué un rôle clé en façonnant, organisant et coordonnant tous ces soulèvements; il n’y a pas de doute à ce sujet. Mais avec des insurrections appelant à des élections libres – une revendication normale pour un peuple assoiffé de démocratie, comme c’est le cas – il était toutefois évident que des élections à court terme seraient remportées par ceux qui ont les moyens de les gagner. On ne peut gagner des élections par le seul moyen de l’Internet, comme vous le savez bien aux Etats-Unis. Il faut des appareils politiques, de l’argent, des organisations implantées à la base, là où se trouvent les masses d’électeurs, comme dans les régions rurales, etc. Cela ne peut pas s’inventer ou s’improviser en quelques semaines. Et c’est pourquoi il était tout à fait prévisible que les forces intégristes islamiques, en particulier les Frères musulmans avec leurs diverses branches et organisations, remporteraient les élections. Ces forces disposaient d’un potentiel accumulé au cours de nombreuses années consacrées à la construction de réseaux, en particulier dans des pays comme l’Egypte où ils pouvaient agir ouvertement. Ce n’était pas le cas en Tunisie, mais cela a été compensé par le fait que ces forces bénéficiaient de la manne des pays pétroliers et de l’impact de la télévision. Plusieurs chaînes de télévision dans la région servent ces types de groupes, que ce soit au travers de programmes religieux – il y a de nombreuses chaînes religieuses –  ou par le biais du rôle politique spécifique joué par la principale chaîne satellitaire de la région qui est Al Jazeera. Al Jazeera agit de façon tout à fait manifeste pour le compte des Frères Musulmans, lesquels ont une présence notable dans son équipe de journalistes et sont sponsorisés par le gouvernement du Qatar, qui possède et gère Al Jazeera. Ils disposaient donc de ces ressources cruciales, ainsi que, bien entendu, de beaucoup d’argent en provenance des monarchies du Golfe.

Il était tout à fait prévisible que les Frères Musulmans obtiendraient la plus grande part des votes, ce n’était donc pas une surprise. Les gens qui prennent facilement leurs désirs pour des réalités ont réagi à ces élections en abandonnant les visions idylliques auxquelles ils avaient adhéré pour adopter une vision très sombre de la situation, avec des commentaires du type «le printemps se transforme en hiver». Le plus surprenant, en vérité, a été la faiblesse des victoires électorales des forces religieuses. Le cas le plus frappant est, bien sûr, l’Egypte, où l’on a pu voir combien la chute de l’influence et des scores électoraux des Frères Musulmans a été rapide. Il n’y a qu’à considérer le nombre de votes dont les Frères Musulmans ont bénéficié aux élections parlementaires puis à l’élection présidentielle, au premier tour de la présidentielle, et enfin au référendum sur la Constitution: il est évident qu’ils perdent de l’influence à très grande vitesse. Ils perdent du terrain, et c’est cela qui est le plus surprenant.

On peut dire la même chose à propos de la Tunisie, malgré le problème des divisions au sein de la gauche – laquelle était ridiculement fractionnée en un nombre incroyable de groupes et d’organisations: des douzaines de listes de la gauche et de la gauche radicale se sont affrontées lors des élections dans la capitale. Si l’on additionne les voix portées sur les diverses listes de gauche, on obtient un résultat qui se serait traduit par un nombre important de sièges au parlement, si les votes avaient été combinés. En dépit de tout cela, les Frères Musulmans tunisiens du mouvement Ennahda ont obtenu 40% des votes avec une participation électorale inférieure à la moitié, ce qui signifie en fait qu’ils ont obtenu 20% des votes des inscrits. Il ne s’agit pas précisément d’un raz-de-marée. La Tunisie a connu, depuis lors, une détérioration des conditions sociales et la coalition qui a accédé au pouvoir, menée par la force islamique dominante, a perdu du terrain. Elle est de plus en plus discréditée à cause de son incapacité à apporter un quelconque début de solution aux problèmes réels auxquels le pays fait face, à savoir ceux que j’ai déjà mentionnés : chômage, problèmes économiques, problèmes sociaux, etc.

Nous avons assisté aussi bien en Tunisie qu’en Egypte à une montée des luttes sociales, des luttes des travailleuses et des travailleurs, avec des affrontements croissants entre ces luttes sociales et les gouvernements dominés par les Frères Musulmans dans les deux pays.

Ce phénomène a atteint des niveaux dramatiques en Tunisie avec un affrontement entre l’UGTT et le gouvernement qui est devenu violent. Le pays se dirige vers de nouvelles élections mais, avant même ce nouveau tour électoral, les affrontements sociaux et politiques font rage, de sorte que la situation d’ensemble a atteint le point d’ébullition. Tout change à très grande vitesse. Tant la tendance à prendre ses désirs pour des réalités au début que les commentaires catastrophistes par la suite sont impressionnistes et erronés. La réalité est que nous faisons face à un bouleversement révolutionnaire à long terme, un processus révolutionnaire au long cours qui a débuté en décembre 2010 et va se poursuivre tant dans les deux pays qui ont vu le soulèvement aboutir à de premières victoires que dans ceux qui n’ont pas encore été affectés à un niveau majeur. Toute la région est en ébullition.

Que s’est-il passé avec l’appel de l’UGTT pour une grève générale, début décembre? Je crois qu’il a été annulé?

Gilbert Achcar: En effet, il a été annulé à la suite d’un compromis. Dans le fond, la direction de l’UGTT a craint que la confrontation tourne mal parce qu’il n’y a eu qu’un seul appel précédent à la grève générale dans le pays, en 1978, qui a mené à un affrontement très dur. Il y avait donc quelques craintes vis-à-vis de ce qui pouvait se produire. C’est pourquoi ils ont accepté de se replier sur un compromis avec lequel aucune des deux parties n’a perdu la face. Mais l’avertissement a toutefois été émis et l’UGTT n’a pas mâché ses mots dans ses attaques contre le gouvernement, dans ses critiques de la manière dont ils se comportent au pouvoir. Elle continue d’exiger la dissolution des milices contrôlées par le parti islamique. Les Frères Musulmans, tant en Egypte qu’en Tunisie, se sont montrés plus efficaces même que Moubarak dans le recours à ce type d’organisation de casseurs.

Voilà donc comment la situation se présente. La perspective en Tunisie est très intéressante parce que c’est le seul pays de la région dans lequel un mouvement organisé de travailleurs dirige réellement le processus. Il se trouvait déjà à la tête du soulèvement de décembre 2010/janvier 2011. Ben Ali a fui le pays le jour où la grève générale a touché la capitale, le 14 janvier 2010. Ce sont les syndicalistes qui ont dirigé la lutte, de Sidi Bouzid, la ville où tout a débuté après le suicide de Bouazizi, jusqu’au jour où le soulèvement a culminé dans la capitale. Les militants syndicaux de base et cadres intermédiaires ont été la direction véritable de la lutte. Toutefois, après la chute de la dictature, il y a eu à la direction de l’UGTT un changement qui a placé la gauche, y compris la gauche radicale, à la barre. La gauche tunisienne a finalement tiré les leçons de son expérience récente et est parvenue à s’unifier dans ce qu’ils ont appelé Front populaire. Le fait que cette coalition des forces de gauche soit dominante au sein de l’UGTT est extrêmement important: cela place la Tunisie à un stade de la lutte plus avancé que dans n’importe quel autre pays de la région.

Si nous pouvons passer de la Tunisie à l’Egypte où, depuis l’élection de Morsi comme président l’été dernier, il y a eu une tentative d’unifier l’opposition contre les Frères Musulmans. Peux-tu nous dire quelque chose au sujet des forces de gauche depuis la révolution?

Gilbert Achcar: Oui, mais il y a une différence majeure entre l’Egypte et la Tunisie. Elle tient dans le fait que le rôle de la gauche en Tunisie est beaucoup plus important parce que la gauche y a été très active, pour une durée beaucoup plus longue, plusieurs décennies, au sein du mouvement syndical, dans la fédération syndicale, l’UGTT. Et cela même si, la plupart du temps, la direction bureaucratique du syndicat a été sous le contrôle ou l’influence du gouvernement. La gauche est constamment restée très active dans les sections syndicales locales; les militants syndicaux les plus connus appartiennent à la gauche.

Une telle situation n’existe malheureusement pas dans d’autres pays de la région, et cela comprend l’Egypte. En Egypte, l’opposition s’est organisée en une coalition de la gauche et des forces libérales, y compris certains restes de l’ancien régime. Bien sûr, cela pourrait se produire en Tunisie aussi dans la mesure où certains à gauche ou dans le syndicat pourraient être tentés par une alliance avec des restes de l’ancien régime dans la confrontation avec les Frères Musulmans, les forces intégristes islamiques. C’est déjà le cas, cependant, en Egypte, où Amr Moussa fait partie de la coalition. Moussa, il faut dire, représente la fraction libérale de l’ancien régime. Il n’est pas comme Ahmed Chafik, l’ancien candidat présidentiel, qui était perçu comme le représentant officiel de la continuité du régime Moubarak. Moussa, en fait, s’est porté candidat contre Ahmed Chafik à l’élection présidentielle. Ce que nous voyons en Egypte est donc une coalition gauche-libéraux. Dans la mesure où il s’agit d’un front uni autour de revendications démocratiques, l’alliance peut être perçue comme légitime. Le problème, toutefois, est qu’elle va bien au-delà de cela, en se transformant en alliance électorale.

La gauche large elle-même est surtout représentée par Hamdin Sabahi, le candidat qui a surpris tout le monde lors du premier tour de la présidentielle en arrivant en troisième position et en emportant même l’élection au Caire et à Alexandrie, les deux plus importantes concentrations urbaines. Ce fut une très grande surprise. Sabahi est parvenu à représenter ceux qui cherchent une alternative de gauche tant à l’ancien régime qu’aux forces islamiques. Il a fondé après les élections le Courant populaire, que la plupart des groupes de la gauche radicale ont rejoint. Le Courant populaire a, malheureusement, été éclipsé à présent par la coalition large plutôt que de développer le potentiel de gauche réuni autour de Sabahi lors du premier tour des présidentielles.

Protestation au MarocEn Egypte, l’affrontement avec le régime dirigé par les Frères Musulmans pose la question du rôle de l’armée. Pourrais-tu nous faire part de tes réflexions à ce sujet? C’est-à-dire autant sur le rapport des forces que sur les développements probables au regard des problèmes économiques et politiques non résolus et un régime qui perd son soutien électoral ainsi que, en quelque sorte, sa légitimité électorale et politique?

Gilbert Achcar: La rapidité avec laquelle Morsi perd du terrain et sa légitimité sont la véritable surprise. J’ai toujours estimé – et je ne suis pas le seul à l’avoir pensé – que les gens avaient besoin de passer par une expérience avec ces types au pouvoir de façon à comprendre ce qu’ils sont réellement et cessent d’être dupes de slogans creux tels que «l’islam est la solution», qui masquent l’absence de programmes alternatifs concrets. Mais cela se passe encore plus rapidement que prévu.

Une raison en est la façon très maladroite dont les Frères musulmans font face à la situation. Ils ont fait preuve de beaucoup d’arrogance, croyant qu’avec l’aide de Dieu leur jour était arrivé et qu’ils avaient les choses fermement en main. C’est là une très grande myopie politique. S’ils avaient été plus intelligents, ils auraient compris que c’était en réalité contraire à leurs intérêts de gouverner à ce stade. Quiconque essaye de diriger le pays avec le type de programme qu’ils ont – qui n’est rien d’autre que la poursuite du programme du régime précédent – est condamné à un échec cuisant. L’événement le plus significatif qui s’est déroulé dernièrement en Egypte a été le moment où Morsi a signé l’accord avec le FMI. Il a signé un accord qui comprend des conditionnalités considérées comme fondamentales par tous les bailleurs de fonds potentiels de l’Egypte. Ils ont signé l’accord parce qu’il correspond à leurs propres vues néolibérales, bien entendu, lesquelles ne sont pas différentes de celles de l’ancien régime. La signature de l’accord est intervenue au plus mauvais moment. Alors même que les Frères Musulmans commençaient leur affrontement avec l’opposition, le gouvernement Morsi a décidé d’augmenter les prix des aliments de base et de modifier le système des impôts d’une façon qui n’affecte pas les plus riches. Cela a suscité un tel tollé que Morsi a dû annuler ces mesures quelques jours plus tard – sur sa page Facebook! C’est devenu une blague. Cela montre à quel point ces types n’ont pas la moindre idée quant à une solution réelle aux problèmes sociaux et économiques profonds du pays.

J’en viens maintenant à l’armée. Il y a eu beaucoup d’agitation autour du «coup d’Etat révolutionnaire» qu’aurait été l’écartement par Morsi de Tantaoui et de son adjoint à la tête du Conseil suprême des forces armées, le CSFA. Le fait est toutefois que cela a été fait en plein accord avec la hiérarchie militaire, qui tenait vraiment à se débarrasser de ces types qui se trouvaient en poste uniquement parce qu’ils avaient été imposés par Moubarak contre la volonté des militaires. Il n’a qu’à voir l’âge de Tantaoui, bien supérieur à la limite d’âge pour un poste dans l’armée. Nous savons, sur la base des rapports diplomatiques américains publiés par Wikileaks, que les officiers appelaient Tantaoui le «caniche de Moubarak». Le fait de l’envoyer à la retraite n’avait donc absolument rien de «révolutionnaire». Les deux officiers ont reçu des médailles et obtenu de généreuses sinécures, ainsi qu’une immunité les dispensant de rendre compte de ce qu’ils ont fait lorsqu’ils étaient à la tête du CSFA. La conviction selon laquelle la position de l’armée a été affaiblie est donc bien erronée.

Pensons à ce que s’est produit récemment lorsque l’affrontement entre Morsi et l’opposition a paru culminer. Le nouveau chef de l’armée a pris l’initiative de se présenter ouvertement comme arbitre de la situation et a appelé à une conférence qui aurait réuni, d’un côté, le président et le gouvernement et, de l’autre, l’opposition. Avant cela l’armée avait fait des commentaires qui sont la réplique exacte de ceux qu’elle avait faits lors de l’insurrection contre Moubarak en disant qu’ils ne réprimeraient pas le peuple. Le message était le suivant: «Nous n’avons pas accepté d’être utilisé politiquement par Moubarak et nous n’accepterons pas de l’être par Morsi.» L’armée joue donc ce jeu. On peut supposer que Washington lui conseille instamment de rester en dehors de la querelle, de se maintenir en position d’arbitre de sorte à ce qu’elle puisse jouer le rôle des «sauveurs» si la situation en venait à dégénérer complètement, avec la répétition de la séquence traditionnelle révolution, chaos, coup d’Etat. Le peuple égyptien est toutefois, à ce stade en tout cas, trop critique envers l’armée pour que quelque chose de ce type se produise à brève échéance. Mais personne ne peut prédire ce qui se passera à long terme.

Avant de te poser une question sur la Syrie, je voudrais juste te demander quel rôle est joué par la question des Palestiniens et de Gaza dans cette situation? La façon dont Morsi a aidé à la négociation d’un accord a été interprétée comme un bon coup pour lui. Le magazine Time, comme tu le sais, a baptisé Morsi l’homme le plus important du Moyen-Orient avant de le critiquer une semaine plus tard. L’ensemble de la question d’Israël et des Palestiniens occupe une place plus importante dans ce tableau. Peux-tu nous dire quelque chose à ce sujet?

Gilbert Achcar: Cette question porte en effet sur un point important. J’ai mentionné la morgue et l’arrogance des Frères Musulmans. Or, un élément clé qui explique leur attitude est le soutien dont ils disposent de la part de Washington. C’est un élément central dans leur conviction qu’ils sont aux commandes, qu’ils peuvent diriger. Washington a été en fait pris de court par le soulèvement à un moment où les Etats-Unis se trouvaient – et demeurent – à leur point le plus bas depuis l’apogée de leur influence en 1991, sous Bush père, lorsqu’un demi-million de soldats états-uniens furent déployés dans le Golfe lors de la première guerre dirigée par les Etats-Unis contre l’Irak. A cette époque, cet apogée de l’hégémonie des Etats-Unis a également conduit au soi-disant processus de paix entre Israël et les Etats arabes, puis à l’accord d’Oslo de 1993. Tout cela se trouve désormais derrière nous. Le facteur principal dans ce résultat est la politique menée par l’administration de George W. Bush et la catastrophe majeure pour l’Empire américain en général, pour l’impérialisme des Etats-Unis, que l’occupation de l’Irak s’est avérée être. Elle a tourné au désastre. Les forces armées des Etats-Unis ont dû se retirer d’Irak sans avoir atteint ne serait-ce qu’un seul des objectifs fondamentaux qu’ils s’étaient fixés en occupant le pays. Ils ont dû le quitter sans même y maintenir une seule base, rien, sans même exercer un contrôle sur le gouvernement, qui est bien plus sous l’influence de l’Iran. La première chose que le gouvernement irakien a faite à la suite du départ des troupes américaines a été de négocier un accord d’armement avec nulle autre que la Russie. L’Irak a été un désastre pour les Etats-Unis.

Ils se trouvent donc vraiment dans une position de grande faiblesse. Les Etats-Unis se sentent bien faibles dans la région et sont restés au deuxième rang lors des opérations de l’OTAN en Libye, gardant profil bas, contrairement à n’importe quelle opération précédente, qu’elle ait été menée par l’OTAN (comme au Kosovo ou en Afghanistan) ou non (comme en Irak). On peut constater très clairement l’impuissance de Washington dans le cas de la Syrie. Dans cette situation, la seule force sur laquelle ils pouvaient miser est constituée par les Frères Musulmans.

C’est l’émir du Qatar, en vertu de sa position de principal sponsor des Frères Musulmans depuis le milieu des années 1990, qui a arrangé l’entente. Washington en est venu à miser sur les Frères Musulmans parce qu’il a perdu ses alliés habituels tels que Moubarak et Ben Ali. Comme nous entrons dans une nouvelle phase dans l’histoire de la région, Washington a besoin désormais d’une force disposant d’une réelle base populaire. La seule force disponible qu’ils ont trouvée est celle des Frères Musulmans, envers lesquels ils sont d’autant mieux disposés qu’ils ont avec eux une longue histoire de collaboration. Au cours des années 1950, 60 et 80 et jusqu’aux années 1990, les Frères Musulmans étaient alignés en fait sur les Etats-Unis, en particulier durant les années 1950 et 1960, lorsqu’ils étaient vus dans l’ensemble de la région comme des collaborateurs de la CIA. C’est le rôle qu’ils ont joué en réalité, travaillant contre le président égyptien Nasser ainsi que contre l’influence soviétique en étroite collaboration avec la CIA, avec les Etats-Unis ainsi qu’avec le royaume saoudien. Ils étaient alors sponsorisés par les Saoudiens avant qu’ils ne passent au Qatar au cours des années 1990.

Washington mise donc à nouveau sur eux. Le rôle joué par Morsi dans l’épisode de Gaza n’est en fait que la poursuite du rôle que jouait le régime Moubarak par le passé avec toutefois une efficacité plus grande du fait que le Hamas constitue la branche palestinienne des Frères Musulmans. Ils disposent donc d’une plus grande influence sur le Hamas et ont pu, par conséquent, négocier cet accord et obtenir les félicitations des Etats-Unis. Washington mise sur ces types, que cela soit en Tunisie, en Egypte ou à l’avenir en Syrie, lorsque le régime tombera. Il n’y a pas un pays de la région dans lequel les Frères Musulmans ne sont pas présents et ne jouent un rôle important. C’est pour cela que Washington mise sur eux et s’est montré extrêmement réservé dans ses commentaires sur ce qui se passe en Egypte. L’administration Obama s’est montrée en fait plus dure dans ces critiques contre Moubarak que dans celles qu’elle adresse aux Frères Musulmans.

Peux-tu dire quelque chose au sujet de la Syrie? En ce moment précis l’ensemble du processus est incroyablement difficile et violent du côté du gouvernement et il n’existe pas d’unanimité au sein de l’opposition, ni même au sein de la gauche opposée au régime dans la mesure où des segments de la gauche semblent soutenir le régime. Peux-tu commenter les développements en Syrie?

Gilbert Achcar: La Syrie ne fait pas exception par rapport à l’ensemble des soulèvements de la région en ce sens que nous nous trouvons face à un régime dictatorial, en réalité l’un des plus despotiques de la région (aux côtés de la Libye de Kadhafi et du Royaume saoudien). D’autre part, il s’agit d’un pays dans lequel la crise socio-économique a été très profonde, avec un taux de chômage très élevé, un taux de pauvreté s’élevant à 30%, et, en outre, une famille régnante concentrant le pouvoir et la richesse à un degré incroyable. Le cousin du président syrien contrôle 60% de l’économie du pays. Sa richesse personnelle est estimée à 6 milliards de dollars. Les ingrédients d’un cocktail explosif étaient réunis. Et il a explosé.

A gauche, il y a les communistes qui participent au gouvernement syrien. C’est une tradition qui existe depuis le temps de l’Union soviétique, qui entretenait des relations étroites avec le régime syrien – des relations qui se sont poursuivies avec la Russie de Poutine. La majorité de la gauche, pour ne pas dire toute la gauche au sens vrai du terme, est contre le régime. Le parti de gauche le plus important est représenté au sein du Conseil national syrien: il s’agit de l’aile dissidente des communistes, qui a scissionné dans les années 1970 et s’est opposée à la collaboration avec le régime.

Croire que le régime syrien est «de gauche» ou, pire, qu’Assad est « un socialiste, un humaniste et un pacifiste », ainsi que Chavez l’a déclaré de manière si embarrassante, est au mieux de l’ignorance. Quiconque se réclame de la gauche ne devrait pas avoir la moindre hésitation à soutenir complètement le peuple syrien dans sa lutte contre cette dictature brutale, exploiteuse et corrompue. Au-delà de cela, en Syrie comme dans n’importe quel pays de la région, on trouve parmi les forces qui luttent contre le régime des intégristes islamiques. C’était le cas aussi bien en Tunisie qu’en Egypte. Cela ne doit pas être pris comme prétexte pour dénigrer l’ensemble du soulèvement. En Syrie, comme partout ailleurs, la gauche doit soutenir sans hésitation le mouvement populaire contre la dictature et, ce faisant, encore plus lorsque les dictatures sont renversées, elle doit soutenir les forces les plus progressistes au sein du mouvement, en suivant ce processus de radicalisation au sein même de la révolution que Marx a nommé « révolution permanente ». (Traduction A l’Encontre, révisée par G. Achcar; entretien initial publié dans International Socialist Review, revue de l’ISO, Etats-Unis, entretien effectué en décembre 2012)

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Gilbert AchcarGilbert Achcar est professeur au SOAS-Université de Londres. Dans les jours qui viennent va paraître son dernier ouvrage, aux éditions Acte Sud, Sinbad, intitulé : « Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe. » Il est présenté ainsi: «La première étude de fond sur les soulèvements populaires dans le monde arabe, inaugurés par la révolution tunisienne en décembre 2010. L’auteur analyse les conditions économiques, sociales, politiques et idéologiques qui expliquent ces soulèvements et qui ont déterminé les formes particulières qu’ils ont revêtues dans chaque pays.»

Source: http://alencontre.org/laune/toute-la-region-est-en-ebullition.html

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En fuite, Qaddafi aurait tenté de trouver refuge auprès des autorités algériennes

Initialement publié en anglais le 24-07-2012 sur Liberté-info.net

Peu d’informations étaient jusque-là disponibles concernant l’éventuelle tentative par l’ancien dictateur libyen de trouver refuge hors du pays qu’il a commandé d’une main de fer pendant quarante-deux années.

Grâce à la publication par WikiLeaks de la suite des GIFiles (les Global Intelligence Files, nom prêté à l’importante masse d’e-mails de la société de renseignement américaine Stratfor, considérée comme étant la CIA de l’ombre, car elle renseigne entre autres le Homeland Security et la Defense Intelligence Agency américains), le public, les journalistes, et les historiens vont pouvoir mieux comprendre et enquêter sur ce qui s’est passé lors de cet épisode de la révolution libyenne, et plus spécialement au regard du rôle joué par l’Algérie.

Liberté-info, association pour la défense des libertés informatiques, a pu obtenir l’accès à la suite des GIFiles, grâce à un partenariat d’investigation organisé par WikiLeaks et impliquant des journalistes, des universitaires, et des organisations de défense des droits de l’homme.

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Après son renversement et sa fuite, il y a eu beaucoup de spéculation si et où Qaddafi chercherait refuge en quittant le territoire libyen. Mais nous savons peu, sinon que finalement il n’a pas quitté le territoire, où il fût rattrapé par les frappes aériennes de l’OTAN avant de tomber et d’être tué entre les mains des rebelles révolutionnaires.

L’Algérie, pays voisin dont la classe dirigeante a observé avec effroi la propagation de la vague démocratique et révolutionnaire qui a débuté en Tunisie et s’est étendue jusqu’à la frontière ouest, au Maroc, a donné l’asile aux principaux proches de Qaddafi: sa femme Safia, ses deux fils Mohamed et Hanibal, et sa fille Aicha. La raison de ce geste seraient d’ordre « humanitaire », d’après l’ambassadeur algérien aux Nations Unies. La grossesse avancée d’Aicha – elle donnera naissance à une fille peu après avoir pénétré le territoire algérien – peut effectivement justifier son entrée à elle, mais pas celle du reste de la famille. La corruption endémique de l’Etat algérien, ainsi que la richesse amassée et probablement en partie transportée par la famille en fuite expliqueraient cet apparent excès de générosité.

Ceci eut lieu à la fin du mois d’août 2011, et mit le gouvernement algérien dans une position fâcheuse envers l’organe provisoire gouvernant la Libye, le Conseil National de Transition (CNT). En effet, la famille de Qaddafi, jugée complice de nombreux crimes du patriarche, était et est toujours voulue en Libye pour y être jugée. Les quatres proches ainsi que la fille d’Aicha se trouvent toujours en Algérie.

En dépit de ses déclarations affirmant qu’il ne quitterait jamais le territoire libyen, des informations provenant des nouvelles publications des GIFiles suggèrent le contraire: le Colonel aurait tenté de trouver l’asile au moins en Algérie.

L’e-mail dont l’identifiant est 120909, daté du 1er septembre 2011 et envoyé par un employé de Stratfor (un « watch officer », qui est le grade au-dessus d’analyste et en-dessous de directeur) à la mailing-liste interne nommée Alpha (qui comprend les analystes, les rédacteurs, et les employés de plus haut niveau) cite une source diplomatique algérienne qui aurait affirmé que Qaddafi (dont le nom de code utiilisé dans la correspondance est « Q », initiale de Qaddafi) aurait tenté de trouver refuge en Algérie en contactant le président algérien Bouteflika. La source déclare que Bouteflika a ignoré les appels répétés du dictateur déchu. Elle suggère aussi que les services de renseignement algériens auraient partagé la localisation du Colonel (qu’ils ont estimé être la ville de Béni Walid) avec leurs confrères britanniques, et aurait prédit qu’il « serait abattu tôt ou tard ».

Malgré la notation moyenne par l’employé de Stratfor de sa source (crédibilité estimée à C, A étant le mieux et F le pire) et de la crédibilité du renseignement (noté à 3-4, 1 étant le mieux sur une échelle de dix), il semblerait avec le recul que le renseignement était plutôt fiable: Qaddafi fût abattu peu après, le 20 octobre 2011 près de Syrte, à moins de 300 kilomètres de Béni Walid.

L’employé de Stratfor a précisé que sa source lui a été présentée par une autre source, ME1 (pour Middle East 1), qui semble être une importante source de Stratfor car il/elle apparaît dans de nombreux mails remontant au moins jusqu’à 2006.

Source: http://blogs.mediapart.fr/blog/mehdi-taileb/260712/exclusif-alors-quil-etait-en-fuite-kadhafi-aurait-tente-en-vain-de-tro

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,13271.0.html

Publié sur Mediapart par Mehdi Taileb

Qaddafi a cherché refuge en Algérie avant de se faire rattraper en route

L’email ayant l’ID 120909 rendu public ce lundi 24 juillet 2012 par WikiLeaks, daté du premier septembre 2011 et échangé entre l’Officier de contrôle (Watch officer) Ben Preisler et les services de la société de renseignement privée Stratfor, reflète un peu de lumière sur les derniers jours du dictateur libyen déchu, Mouammar Qaddafi.

Selon des informations recueillies par un des agents de Stratfor auprès d’un diplomate algérien, le guide libyen Mouammar Qaddafi a tenté de trouver refuge en Algérie ; l’email daté du 1 septembre 2011, soit deux jours après l’arrivée la famille Qaddafi en Algérie, nous révèle que le président algérien Abdelaziz Bouteflika a refusé de répondre aux appels répétés de Qaddafi, la source diplomatique algérienne avait affirmé aussi que les services de renseignements algériens ont localisé l’emplacement du guide libyen et ils l’ont transmis à l’intelligence britannique, cette information a permis à des unités spéciales britanniques de l’attraper et de l’exécuter.

Le document original du site WikiLeaks est accessible ici :
http://wikileaks.org/gifiles/docs/120909_-alpha-insight-libya-algeria-q-seeking-refuge-in-algeria-me1.html

Email-ID : 120909
Date : 2011-09-01 17:07:49
De : ben.preisler@stratfor.com
A : alpha@stratfor.com
Liste-Nom : alpha@stratfor.com

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SOURCE : Sous-source via ME1 (Middle East 1)
ATTRIBUTION: STRATFOR source
SOURCE DESCRIPTION: Diplomate algérien via ME1
PUBLICATION: Oui
FIABILITÉ DE LA SOURCE: C
CRÉDIBILITÉ DE L’ÉLÉMENT: Pourrait être un cover-up (un camouflage) puisque l’Algérie été sous pression pour avoir soutenu Q (Qaddafi)
TRAITEMENT SPÉCIAL : Alpha
GESTIONNAIRE DE SOURCE : Reva
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La source confirme des nouvelles sur les tentative de Mouammar Qaddafi a cherché refuge en Algérie. Le président algérien Abdulaziz Boutafliqa a refusé de répondre aux appels répétés de Qaddafi. La fille et la première épouse de Qaddafi ont été autorisés à rentrer en Algérie après que le conseil provisoire libyen avait renoncé à son opposition à l’affaire. Les services de renseignements algériens ont déterminé la localisation du Qaddafii dans la ville de Bani Walid, qui se trouve à environ 100 miles (160 kilomètres) au sud-ouest de Tripoli. Il (La source) dit que les Algériens ont transmis l’information à l’intelligence britannique. La tâche de chasser Qaddafi a été confiée à des unités spéciales britanniques. Il (la source) est convaincu que les britanniques finiront par l’attraper (Qaddafi).

Qaddafi sera abattu tôt ou tard. La question en cours est la sécurisation de l’approbation des anciens de la tribu Warfala (une tribu libyenne) qui fournit un sanctuaire au Qaddafi. Le problème avec Warfala devra être résolu pacifiquement, car elle est la plus grande tribu de la Libye et aussi parce que beaucoup de ses jeunes hommes ont combattu aux côtés des forces du Conseil provisoire. L’Algérie a un intérêt direct dans l’élimination de Qaddafi afin de l’empêcher de s’allier avec Al-Qaeda au Maghreb.


Benjamin Preisler
+216 22 73 23 19

Source: https://operationleakspin.wordpress.com/2012/07/26/the-the-gifiles-alpha-insight-libyealgerie-q-qaddafi-a-cherche-refuge-en-algerie-me1/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,13286.0.html

Publié par W sur WikiLeaks