Talking Heads avec Mark Danner: Comment les Etats-Unis ont contribué à créer l’Etat Islamique

Talking Heads avec Mark Danner

VICE News et The New York Review of Books se sont associés pour créer Talking Heads, une série sur les grandes questions de l’actualité analysées par les contributeurs les plus renommés de la revue.

Dans cet épisode de Talking Heads, Mark Danner évoque son essai du New York Review of Books, « Irak: La nouvelle guerre ». Danner a écrit cet essai à la mi-2003, décrivant la façon dont la politique américaine, pendant la guerre en Irak, a effectivement contribué à bien des égards à inciter ce qui était alors une insurrection naissante.

Pour commencer, l’occupation de l’Irak après le 11 septembre a créé un large front où les jihadistes militants ont commencé à affluer. La mauvaise gestion de l’armée irakienne a renvoyé des milliers d’hommes en colère hautement qualifiés dans les rues et sans emplois. Et les photos d’Irakiens torturés par le personnel américain à la prison d’Abou Ghraib a fourni des images télégéniques qui ont aidé ces groupes à recruter un public de plus en plus indigné.

L’analyse que Danner fait de l’insurrection a anticipé la manière dont celle-ci a évolué vers ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom d’État Islamique, plus d’une décennie avant que cela arrive.

VICE News s’est assis avec Danner pour discuter de la façon dont l’invasion américaine de l’Irak et la guerre qui a suivi ont fourni ce qu’il décrit comme une boîte de Pétri chaleureuse dans laquelle les éléments insurgés pourraient croître.

Lire l’essai de Mark Danner « Irak: La nouvelle guerre » – http://bit.ly/1tA7jdY

Lire « La menace est réelle: L’État Islamique tente d’influencer les partis politiques en Malaisie « – http://bit.ly/1yvc1Ou

(youtube)

La prison d’Abu Ghraib – Irak – Documentaire intégral

La prison d’Abu Ghraib, documentaire édité et présenté par Javed Khan Dawlatzai

La prison centrale de Bagdad, autrefois connue comme la prison d’Abou Ghraib (Abu Ghurayb ou Abu Ghuraib, ou «Lieu des Corbeaux ») est située à Abou Ghraib, une ville irakienne à 32 km (20 miles) à l’ouest de Bagdad. Elle a été construite par des entrepreneurs britanniques dans les années 1950.

Au cours de la guerre en Irak, l’armée américaine et la Central Intelligence Agency (CIA américaine) ont commis des violations des droits de l’homme contre les prisonniers détenus dans la prison d’Abou Ghraib. Ils ont physiquement et sexuellement abusé, torturé, violé, sodomisé et assassiné d’innocents prisonniers musulmans irakiens.

Voici quelques informations de base sur le scandale d’abus de prisonniers à Abu Ghraib qui a eu lieu au cours de la guerre en Irak.

30 avril 2004 – Le rapport du Major-Gén. Antonio Taguba qui détaille son enquête sur la 800e brigade de police militaire est publié.

Le rapport Taguba [à consulter en ligne] déclare que les violations suivantes se sont produites dans cet incident [cf. les éléments de la liste sont traduits depuis l’article du journal Le Monde]:

A. Donner des coups de poings et de pieds et des gifles aux détenus; sauter sur leurs pieds nus;

B. Enregistrer des cassettes vidéo et photographier des détenus hommes et femmes nus;

C. Forcer les détenus à adopter diverses postures sexuellement explicites pour êtres photographiés;

D. Forcer les détenus à enlever leurs vêtements et à rester nus pendant plusieurs jours d’affilée;

E. Forcer des détenus hommes nus à porter des sous-vêtements féminins;

F. Forcer des groupes de détenus hommes à se masturber tout en étant photographiés et filmés;

G. Obliger des détenus hommes nus à s’entasser pour sauter à pieds joints sur leurs corps;

H. Placer un détenu sur une boîte de rations, avec un sac de sable sur sa tête, puis attacher des fils à ses doigts, ses orteils, et son pénis afin de simuler une torture électrique;

I. Faire porter l’inscription  » je suis un violeure » (sic) sur la jambe d’un détenu accusé d’avoir violé un autre détenu âgé de 15 ans, en le photographiant nu;

J. Passer une chaîne ou une laisse autour du cou d’un détenu nu et faire poser une femme soldat pour une photo;

K. Des relations sexuelles entre un garde militaire homme et une femme détenue;

L. Utilisation des chiens militaires (sans muselière) pour intimider et effrayer les détenus, suivie, dans au moins un cas, de la morsure d’un détenu, le blessant gravement;

M. Photographie de détenus irakiens morts.

(texte présentant la vidéo sur youtube)

La prison d’Abu Ghraib – Irak – Documentaire

La prison d’Abu Ghraib, documentaire édité et présenté par Javed Khan Dawlatzai

La prison centrale de Bagdad, autrefois connue comme la prison d’Abou Ghraib (Abu Ghurayb ou Abu Ghuraib, ou «Lieu des Corbeaux ») est située à Abou Ghraib, une ville irakienne à 32 km (20 miles) à l’ouest de Bagdad. Elle a été construite par des entrepreneurs britanniques dans les années 1950.

Au cours de la guerre en Irak, l’armée américaine et la Central Intelligence Agency (CIA américaine) ont commis des violations des droits de l’homme contre les prisonniers détenus dans la prison d’Abou Ghraib. Ils ont physiquement et sexuellement abusé, torturé, violé, sodomisé et assassiné d’innocents prisonniers musulmans irakiens.

Voici quelques informations de base sur le scandale d’abus de prisonniers à Abu Ghraib qui a eu lieu au cours de la guerre en Irak.

30 avril 2004 – Le rapport du Major-Gén. Antonio Taguba qui détaille son enquête sur la 800e brigade de police militaire est publié.

Le rapport Taguba [à consulter en ligne] déclare que les violations suivantes se sont produites dans cet incident [cf. les éléments de la liste sont traduits depuis l’article du journal Le Monde]:

A. Donner des coups de poings et de pieds et des gifles aux détenus; sauter sur leurs pieds nus;

B. Enregistrer des cassettes vidéo et photographier des détenus hommes et femmes nus;

C. Forcer les détenus à adopter diverses postures sexuellement explicites pour êtres photographiés;

D. Forcer les détenus à enlever leurs vêtements et à rester nus pendant plusieurs jours d’affilée;

E. Forcer des détenus hommes nus à porter des sous-vêtements féminins;

F. Forcer des groupes de détenus hommes à se masturber tout en étant photographiés et filmés;

G. Obliger des détenus hommes nus à s’entasser pour sauter à pieds joints sur leurs corps;

H. Placer un détenu sur une boîte de rations, avec un sac de sable sur sa tête, puis attacher des fils à ses doigts, ses orteils, et son pénis afin de simuler une torture électrique;

I. Faire porter l’inscription  » je suis un violeure » (sic) sur la jambe d’un détenu accusé d’avoir violé un autre détenu âgé de 15 ans, en le photographiant nu;

J. Passer une chaîne ou une laisse autour du cou d’un détenu nu et faire poser une femme soldat pour une photo;

K. Des relations sexuelles entre un garde militaire homme et une femme détenue;

L. Utilisation des chiens militaires (sans muselière) pour intimider et effrayer les détenus, suivie, dans au moins un cas, de la morsure d’un détenu, le blessant gravement;

M. Photographie de détenus irakiens morts.

(texte présentant la vidéo sur youtube)

Le journaliste Seymour Hersh: Pourquoi les médias ne posent-ils jamais aucune question à Obama?

Investig’Action, 1er octobre 2013

Seymour Hersh a des idées extrêmes pour régler les problèmes du journalisme – fermer les rédactions de NBC et ABS, virer 90% des directeurs de rédaction et revenir au travail de base du journalisme qui, selon lui, consiste à être un outsider.

Il n’en faut pas beaucoup pour énerver Hersh, le journaliste d’investigation qui a été le cauchemar des présidents US depuis les années 60 et fut un jour décrit par le parti républicain comme « ce que le journaliste compte de plus proche d’un terroriste ».

Il est en colère contre la frilosité des journalistes aux États-Unis, contre leur incapacité à défier la Maison Blanche et à incarner un messager impopulaire de la vérité. Ne lui parlez même pas du New York Times qui, d’après lui, passe « tellement plus de temps à servir les intérêts d’Obama que je n’aurais jamais pu l’imaginer » – ou de la mort d’Oussama Ben Laden. « Rien n’a été fait à propos de cette histoire, c’est un gros mensonge, pas un seul mot n’est vrai », dit-il à propos du raid des US Navy Seals en 2011.

Seymour Hersh Photo: Seymour Hersh a exposé le massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam, qui lui a valu le prix Pulitzer.

Hersh est en train d’écrire un livre à propos de la sécurité nationale et y consacre un chapitre à la mort de Ben Laden. Il dit qu’un rapport récent produit par une commission pakistanaise « indépendante  » sur la vie dans le quartier où était terré Ben Laden ne tient pas la route. « Les Pakistanais ont sorti un rapport, ne m’en parlez pas. Disons-le ainsi: il a été réalisé avec un apport américain considérable. C’est un rapport bidon,  » déclare-t-il en mentionnant des révélations à paraître dans son livre.

L’administration Obama ment systématiquement, déclare-t-il, mais aucun des ténors des médias américains, des chaînes de télé à la grande presse papier, ne remet en question ce qu’elle affirme.

« C’est pathétique, ils sont plus qu’obséquieux, ils ont peur de s’en prendre à ce mec (Obama),  » affirme-t-il dans une interview accordée au Guardian.

« Il fut un temps où, lorsque des événements dramatiques se produisaient, le président et ses larbins avaient le contrôle de la manière de raconter l’histoire, on savait plus ou moins qu’ils feraient de leur mieux pour la raconter correctement. Ça n’arrive plus désormais. Maintenant, ils tirent profit de la situation et travaillent à la réélection du président. »

Il n’est même pas certain que les révélations à propos de l’ampleur et de la profondeur de la surveillance qu’exerce la NSA aient des répercussions durables.

Snowden a changé le débat autour de la surveillance

Il est persuadé que le dénonciateur de la NSA Edward Snowden « a changé la nature du débat » sur la surveillance. Hersh dit que lui-même et d’autres journalistes ont écrit à ce sujet, mais Snowden était pertinent car il a fourni des preuves documentées – bien qu’il soit sceptique quant à l’effet que cela aura sur la politique du gouvernement américain.

« Duncan Campbell [le journaliste d’investigation britannique qui a révélé l’affaire Zircon], James Bamford [journaliste américain] et Julian Assange et moi et le New Yorker, nous avons tous décrit cet état de surveillance constante, mais il [Snowden] a fourni un document et cela a changé la nature du débat, c’est désormais une réalité,  » déclare Hersh.

« Les directeurs de rédaction adorent les documents. Les directeurs de merde qui n’auraient jamais approché ce type de sujet, ils adorent les documents, et il a donc changé la donne,  » ajoute-t-il, avant de préciser sa pensée.

« Mais je ne sais pas si cela aura une influence à long terme parce que d’après les sondages que je vois aux États-Unis, le président peut se contenter de dire ‘Al-Qaïda, Al-Qaïda’ et le public votera à deux contre un pour ce genre de surveillance, ce qui est tellement idiot.  »

Devant un public dense lors des cours d’été de la City University à Londres, Hersh, 76 ans, met le paquet, avec une déferlante d’histoires étonnantes sur ce que le journalisme était par le passé ; comment il a révélé le massacre de My Lai au Vietnam, comment il a obtenu les photos de soldats américains brutalisant des prisonniers irakiens à Abu Ghraïb, et ce qu’il pense d’Edward Snowden.

Espoir de rédemption

En dépit de ses inquiétudes quant à la témérité du journalisme, il croit que la profession présente encore un espoir de rédemption.

« J’ai cette espèce de vision heuristique du journalisme, nous offrons potentiellement un peu d’espoir parce que le monde est plus que jamais dirigé par de véritables nigauds… Pas que le journalisme soit toujours merveilleux, ce n’est pas le cas, mais au moins nous proposons une sorte d’alternative, une certaine intégrité.  »

Son histoire à propos de sa révélation de l’atrocité de My Lai est un exemple de journalisme à l’ancienne et de persévérance. En 1969, il reçoit un tuyau à propos d’un chef de peloton de 26 ans, William Calley, inculpé par l’armée de meurtre d’assassinats en masse.

Au lieu de téléphoner à un officier de presse, il est monté dans sa voiture et est parti en quête du soldat à la base de Fort Benning, en Géorgie, où Hersh avait entendu qu’il était détenu. Il a arpenté toute la vaste base de porte en porte, parfois en baratinant pour arriver à ses fins, fonçant à la réception, tapant du poing sur la table en hurlant : « Sergent, faites sortir Calley tout de suite. »

Finalement, ses efforts auront payé avec son premier article publié dans le St Louis Post-Dispatch, publié par intermédiaires à travers tout le pays, qui lui vaudra le Prix Pulitzer. « J’en ai fait cinq articles. J’ai demandé 100 dollars pour le premier, et à la fin le [New York] Times payait 5000 dollars par article.  »

Il fut engagé par le New York Times pour couvrir les conséquences du scandale du Watergate et finit par traquer Nixon au Cambodge. Près de 30 ans plus tard, Hersh a refait les gros titres en révélant les abus sur les prisonniers irakiens à Abu Ghraïb.

Y consacrer le temps nécessaire

Son message aux étudiants en journalisme est de consacrer du temps et des kilomètres. Il était au courant de l’affaire d’Abu Ghraïb cinq mois avant de pouvoir écrire à ce propos, ayant été tuyauté par un officier de haut rang de l’armée irakienne qui a risqué sa vie en quittant Bagdad pour Damas afin de lui raconter que les prisonniers écrivaient à leur famille pour leur demander de venir les tuer parce qu’ils avaient été « dépouillés ».

« J’ai passé cinq mois à chercher une preuve, parce que sans preuve documentée, il n’y a rien, ça ne mène à rien.  »

Hersh en revient au président Obama. Il a déclaré par le passé que la confiance de la presse à remettre en cause le gouvernement s’est écroulée à près le 11 septembre 2001, mais il affirme catégoriquement qu’Obama est pire que Bush.

« Pensez-vous qu’Obama ait été jugé selon des normes rationnelles? Guantanamo est-il fermé? La guerre est-elle finie? Qui fait un peu attention à ce qu’il se passe en Irak? Parle-t-il sérieusement d’intervenir en Syrie? Nous ne sommes pas en très bonne position dans les 80 guerres où nous sommes impliqués en ce moment, pourquoi diable veut-il donc aller en faire une nouvelle? Que se passe-t-il [du côté des journalistes]?  » demande-t-il.

Il dit que le journalisme d’investigation américain est en train de mourir étouffé par la crise de confiance, le manque de moyens et une notion erronée de ce que signifie être journaliste.

« Une bonne part consiste désormais à remporter des prix. C’est du journalisme à la recherche d’un Pulitzer, » ajoute-t-il. « Un journalisme sur mesure, donc vous choisissez une cible comme – je ne veux pas dénigrer parce que ceux qui le font travaillent dur – mais comme la sécurité des passages à niveaux des chemins de fer et des trucs du genre, c’est un sujet sérieux mais il y a d’autres problématiques que celle-là. »

« Comme tuer des gens, comment Obama s’en sort-il avec le programme des drones, pourquoi n’en faisons-nous [les journalistes, ndt] pas plus à ce sujet? Comment justifie-t-il cela? Quels sont les renseignements? Pourquoi n’examinons-nous pas cette politique pour déterminer si elle est bonne ou mauvaise? Pourquoi les journaux citent-ils sans cesse les deux ou trois groupes qui supervisent les assassinats par drone interposé? Pourquoi ne faisons-nous pas notre travail?  »

« Notre boulot est de découvrir par nous-mêmes, et non de se contenter de dire ‘il y a débat’ – notre boulot est d’aller au-delà du débat et de découvrir qui a raison et qui a tort à propos de ces problématiques. Cela n’arrive pas assez souvent. Cela coute du temps, de l’argent, cela comporte des risques et met en danger. Le New York Times a encore dans son équipe des journalistes d’investigation, mais ils servent plus les intérêts du président que je ne l’aurais jamais imaginé… Plus personne n’ose être un outsider.  »

Il dit que dans certains aspects, l’administration Bush était un sujet plus facile à traiter. « Durant l’ère Bush, j’ai le sentiment qu’il était plus facile d’être critique qu’avec Obama. C’est bien plus difficile sous Obama. »
Interrogé à propos de la solution à ces problèmes, Hersh trouve la plupart des directeurs de rédaction pusillanimes et pense qu’ils devraient être virés.

« Je vais vous donner la solution, débarrassez-vous de 90% des directeurs de rédaction qui sont en place actuellement et commencez à promouvoir ceux que vous ne savez pas contrôler. Je l’ai vu au New York Times, je voyais que ceux qui recevaient des promotions étaient ceux qui étaient les plus soumis à l’éditeur et étaient ce que leurs supérieurs voulaient et les fauteurs de trouble n’étaient pas promus.

Commencez à promouvoir ceux qui vous regardent droit dans les yeux et vous disent ‘Je m’en fous de ce que vous dites’. »

Hersh ne comprend pas non plus pourquoi le Washington Post a gardé pour lui les fichiers de Snowden jusqu’à ce qu’ils apprennent que le Guardian allait les publier.

S’il était patron d’US Media Inc., sa politique de la terre brûlée ne s’arrêterait pas aux journaux.

« Je fermerais les rédactions des chaînes d’information et repartirais à zéro, tabula rasa. Les majors, NBC, ABC, ils n’apprécieront pas cela – faites juste quelque chose de différent, faites quelque chose qui rend les gens furieux à votre égard, c’est ce que nous sommes censés faire. »

Hersh a fait une pause en tant que reporter, occupé qu’il est avec l’écriture d’un livre qui sera sans aucun doute inconfortable à lire tant pour Bush que pour Obama.

« La république est en danger, nous mentons à propos de tout, le mensonge est devenu la matière première. » Et il implore les journalistes de réagir.

Traduction par le collectif Investig’Action: http://www.michelcollon.info/Seymour-Hersh-a-propos-de-la-mort.html

Source originale : The Guardian, « Seymour Hersh sur Obama, la NSA et les médias « pathétiques » américains

Stratfor Files: George Tenet, défenseur de la torture et ex-directeur de la CIA

George Tenet – Directeur de la CIA de 1997 à 2004 – se faisant remettre une décoration par George W. Bush

Email-ID 1075
Date 2005-12-01 17:40:31
From Will.Allensworth@haynesboone.com
To foshko@stratfor.com, bill@indexaustin.com

Ce type vit dans un monde utopique. Sa proposition, quoique assez raisonnable selon moi, est un vrai cauchemar politique. En aucun cas le tribunal ne pouvait annoncer publiquement les critères, donc la question a été totalement éludée. Si les gens sont en colère à propos de la torture, c’est que nous avons découvert que les États-Unis ont adopté un comportement qu’ils jugent « nécessaire » et que les Américains estiment être de la « torture ». Face à cette question, le Directeur de la CIA George Tenet a récemment répondu en substance : je ne peux parler d’aucune forme particulière de torture parce que cela la rendrait inefficace sur le terrain, mais ce que nous faisons n’a rien à avoir avec la torture. En effet, George Tenet reconnaît la torture quand il la voit, mais ce que vous ne saurez jamais c’est pourquoi, en quoi ou comment il détermine ce qu’est la torture.

Ce qui fait la beauté de l’amendement McCain, c’est son côté catégorique. Toutes les branches de l’armée reçoivent des directives claires sur la façon de traiter les prisonniers (manuel pratique), même la CIA. George Tenet a déclaré sa NEUTRALITE vis à vis de l’amendement McCain. L’éventualité qu’il soit source de restrictions ne l’a certainement pas inquiété au point qu’il le critique de façon virulente. Il ne pense pas qu’il limite sa capacité à lutter contre le terrorisme.

Je suis persuadé que le scénario de la bombe à retardement n’est pas pertinent, mais même s’il ne l’est pas dans la pratique l’amendement McCain ne limite en aucun cas l’action de la personne. Si sur le terrain un agent doit faire face à un scénario où ils doivent torturer quelqu’un pour sauver des millions de vies, alors ils le feront. Nous attendons d’eux qu’ils le fassent. Dans quasiment aucune loi il n’y a de disposition pénale ; introduction par effraction, vol de voiture, agression, etc. qui précise que la CIA déroge à ces lois. Pourquoi ? Parce que nous savons et nous attendons de la CIA qu’elle exécute des basses œuvres pour mener à bien la tâche.

L’amendement McCain clame haut et fort au reste du monde que les États-Unis ont des normes pour les détenus qui n’incluent pas la torture. Il suit des directives internationales interdisant la torture. Son impact psychologique et social sur nos prises de position face au reste du monde constitue une véritable protection pour les États-Unis contre de futures attaques sans limiter inutilement les possibilités d’application de notre loi antiterroriste.

Ce type et le président jouent à un jeu politique dangereux. Chaque homme politique sait que s’il n’est pas en faveur de l’amendement sur la torture, leur campagne de réélection devra faire le poids face à un type qui dit tout de go : «Mon adversaire autorise la torture des êtres humains. Est-ce que c’est ça que nous défendons ? » Aussi simpliste soit cette attaque, le vote du sénat à 90-9 en faveur de l’amendement McCain laisse à penser qu’il est incontournable aux yeux de nos représentants.

Message d’origine
De : Bill Ott [mailto : bill@indexaustin.com]
Envoyé le : Jeudi 01 décembre 2005 10 : 29
Pour : Allensworth, Will W. ; foshko@stratfor.com
Sujet : Défenseur de la torture

Abu Ghraib était une parodie et une tragédie. Cela a terni la réputation et la crédibilité de l’Amérique. Cela a fourni des munitions aux ennemis et aux critiques de l’Amérique. Cela a retardé le progrès en Irak.

Ce qui s’est passé à Abou Ghraib était illégal, et les responsables ont, à juste titre, été poursuivis et punis.

Alors quel est l’objectif de l’amendement du sénateur John McCain visant à interdire « le traitement cruel, inhumain ou dégradant » d’un prisonnier par un agent des États-Unis?

Sa proposition pourrait être considérée comme un signal, une manière de réparer les dégâts causés par Abou Ghraïb, une législation au service des relations publiques.

Le problème, c’est que l’amendement ne fait aucune distinction entre deux situations pourtant très différentes (1) des prisonniers ordinaires purgeant des peines pour avoir commis des crimes ou tout simplement pour les empêcher de retourner sur le champ de bataille et (2) des terroristes capturés en possession d’informations qui pourraient sauver des vies.

Dans le premier cas, McCain a raison. On ne doit jamais abuser de ces prisonniers, certainement pas pour se divertir ou se livrer à des pulsions sadiques (comme cela se passe néanmoins dans des prisons à travers le monde).

Le deuxième cas n’est pas si simple. Le scénario le plus notoire est, bien sûr, celui de la « bombe à retardement ». Que devrait-on autoriser lorsqu’une menace est imminente et que le fait de faire parler un suspect peut être une question de vie ou de mort ? De telles circonstances ne sont pas aussi rares que certains le prétendent.

Il y a deux ans, par exemple, il y avait une controverse à propos des mesures prises par le lieutenant- colonel de l’armée Allen B.West. Il servait près de Tikrit, luttant contre les insurgés fidèles au dictateur déchu Saddam Hussein. Alors qu’il interrogeait un suspect hostile, il dégaina son pistolet et tira deux fois.

Son intention n’était pas de tuer ou de blesser, mais seulement de faire peur. Il a réussi. Le suspect a révélé les détails d’un projet d’embuscade. Le lieutenant-colonel West a sauvé la vie d’hommes qui étaient sous ses ordres, des hommes dont il se sentait responsable. Il a été accusé de « torture », d’agression et révoqué de l’armée.

L’amendement McCain confirmerait ce résultat. Il condamnerait d’autres agents dans des situations semblables à s’en aller, et que cela soit synonyme de massacre d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, ça n’y change rien.

Est-ce que cela devrait vraiment être notre politique ? Peut-on mener et gagner une guerre avec de telles limitations ? Est-ce que c’est vraiment une approche morale ?

Mettez ces questions-là de côté un moment et prenons en considération le scénario le plus courant : le « suspect important », quelqu’un en possession d’informations non pas sur une menace imminente mais sur la façon, par exemple, dont les dirigeants terroristes transmettent leurs ordres, comment ils collectent des fonds et distribuent des armes, comment ils recrutent, forment et déploient des kamikazes et ceux qui posent des charges explosives le long des routes.

Il est peu probable que provoquer un accès de panique, comme le lieutenant colonel West l’a fait, pousse les suspects à révéler tout ce qu’ils savent. Et des formes plus sévères de « torture », déjà illégales au regard du droit américain, ne seraient certainement pas la meilleure façon de les inciter à coopérer. Ce qui peut réussir, ce sont les interrogatoires techniques se rapprochant de la torture : le « stress » physique combiné à la « pression » psychologique. Mais de telles techniques pourraient être considérées comme « dégradantes » et seraient susceptibles d’être interdites par l’amendement McCain.

De toute évidence, des limites doivent être fixées et il faut que quelqu’un ait à la fois la compétence et l’autorité pour les fixer. Il y a plus d’un an, l’ancien Procureur fédéral et juriste Andrew C.McCarthy proposait la création d’un « tribunal de sécurité national », un tribunal qui aurait pour fonction de « surveiller la détention des prisonniers terroristes. »

Il pourrait également être habilité à décider, en accord avec des médecins, des psychologues et des experts du renseignement, quelles techniques sont à proscrire définitivement (par exemple, celles qui sont susceptibles de causer la mort ou un handicap permanent), et celles qui sont acceptables, et efficaces.

Des interrogateurs gouvernementaux formés devraient être tenus de demander au tribunal l’autorisation d’utiliser des techniques spécifiques dans des cas particuliers. Ce que le tribunal autoriserait dans le cas d’une « bombe à retardement » serait différent de ce qu’il permettrait contre un lieutenant de Ben Laden, et ces deux cas se distingueraient de ce qui serait permis pour soutirer de l’information à un combattant de faible valeur.

Les décisions importantes ne seraient pas la responsabilité d’un officier de l’armée isolé, aucun officier ne devrait endurer ce que le lieutenant colonel West a vécu. Mais les décisions de sacrifier des vies innocentes ne seraient pas non plus prises par des bureaucrates internationaux ou des avocats représentant des organisations autoproclamées des « droits de l’homme ».

Ne serait-ce pas mieux qu’une approche où tous les coups sont permis ? Ne serait-ce pas mieux que de traiter les terroristes avec précaution ? Ne serait-ce pas préférable à l’amendement McCain ?

Clifford D.May est le président de la Fondation pour la Défense des Démocraties, un institut politique axé sur le terrorisme et une organisation partenaire Townhall.com.

Bill Ott
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Traduit via le Forum WikiLeaks par Dragonfly84

Lien vers l’article original: https://wikileaks.org/gifiles/docs/1075_re-torture-supporter-.html

Traduit en français: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14681.0.html