La procureur d’Assange démissionne, tandis que l’accusatrice renvoie son avocat

Julian Assange au Royaume-Uni

Philip Dorling, 28 mars 2013

La procureur supérieure suédoise qui poursuit des accusations d’agression sexuelle contre Julian Assange a brusquement quitté l’affaire, et l’une des accusatrices d’Assange a renvoyé son avocat.

Les tensions dans l’effort de l’Autorité de Poursuite Judiciaire suédoise pour extrader M. Assange interviennent au moment où un autre juge suédois se prépare à délivrer la semaine prochaine une conférence publique sans précédent en Australie sur l’affaire de l’éditeur de WikiLeaks.

L’Autorité de Poursuite Judiciaire suédoise veut extrader M. Assange pour l’interroger à Stockholm en relation à des accusations d’agression sexuelle par deux femmes.

Fairfax Media a obtenu des documents de la cour suédoise qui révèlent que la procureur suédoise de grande envergure Marianne Nye a quitté de manière inattendue le traitement de l’affaire Assange, à compter de mercredi, et a été remplacée par une procureur plus jeune, Ingrid Isgren. Les raisons de ce changement n’ont pas encore été révélées.

L’une des deux accusatrices d’Assange, l’activiste politique Anna Ardin, a également fait une demande aux tribunaux suédois, le 28 février, pour remplacer son avocat controversé Claës Borgström. Mme Ardin s’est plaint d’avoir trouvé que M. Borgström passait beaucoup plus de temps à parler aux médias qu’avec elle, qu’il remettait ses demandes à sa secrétaire ou à son assistante, et qu’elle avait perdu confiance en lui comme représentant légal.

En plus des poursuites à l’égard de M. Assange, M. Borgström a été vivement critiqué pour sa gestion d’une autre affaire très médiatisée impliquant un tueur en série présumé, avec un éminent commentateur suédois qui le décrit comme faisant  » le pire travail de défense judiciaire dans l’histoire moderne de la Suède ».

L’engagement par Mme Ardin d’une nouvelle avocate, Elisabeth Massi Fritz, a maintenant été approuvé.

Les nouvelles des changements dans les poursuites suédoises contre M. Assange viennent peu de temps avant qu’un juge suédois de la Cour Suprême, Stefan Lindskog, donne une conférence publique sur « l’affaire Assange, et la liberté d’expression, d’un point de vue suédois » à l’Université d’Adélaïde, mercredi prochain.

Parlant à Fairfax Media, M. Assange a dénoncé le débat planifié sur son affaire.

Si un juge de la Haute-Cour en Australie venait et parlait d’une affaire que la cour est devrait ou est susceptible de juger, ce serait considéré comme absolument scandaleux », a-t-il dit.

« Ce développement s’inscrit dans le cadre d’un modèle où des personnalités suédoises, y compris le Ministre des Affaires Etrangères suédois, le Premier Ministre et le Ministre de la Justice, m’ont tous attaqué ou attaqué WikiLeaks en public. »

Le juge Lindskog est président de la Cour Suprême de Suède, la plus haute cour d’appel du pays. En annonçant sa conférence à venir, l’Université d’Adélaïde a fait remarquer qu’« en tant que l’un des juristes les plus éminents de la Suède, il est uniquement en mesure de fournir un point de vue officiel de l’affaire Assange. »

Dans un article paru aujourd’hui dans l’Australian Financial Review [Revue Financière Australienne], le juge remarque qu’il trouve « amusant de voir comment l’affaire Assange offre des possibilités de retournements serrés quand il s’agit de sujets qui doivent être abordés. D’un côté, il est question de savoir si les mensonges sur les préservatifs peuvent conduire à un crime sexuel, et d’un autre côté, la question de savoir si dire la vérité, en publiant des informations classifiées, peut équivaloir à un crime qui permet l’extradition vers un Etat qui dit avoir subi des préjudices. »

Greg Barns, un avocat porte-parole pour l’Alliance des Avocats Australiens, a dit que c’est un principe fondamental de la loi que les juges ne parlent pas publiquement sur des affaires qui sont susceptibles d’être devant les tribunaux ou qui n’ont pas encore été jugées.

Source: http://www.smh.com.au/opinion/political-news/assange-prosecutor-quits-while-accuser-sacks-lawyer-20130328-2gwjk.html

Ribéry, Benzema, DSK, Assange : des hommes célèbres sous le feu des scandales sexuels

Ribéry, Benzema, DSK, Assange: si ces noms vous évoquent encore quelque chose, si vous écoutez de temps en temps les médias, ces noms doivent forcément vous évoquer le déluge médiatique qui a entouré ces hommes connus en 2010 et 2011. Mais nous avons tous certainement oublié le contexte de ces scandales sexuels, car les médias passent vite à autre chose. Certains ont été jugés, d’autres affaires ont été classées sans suite, et d’autres sont encore en cours pour des faits qui ne sont pas encore prouvés.

Pourtant ces footballeurs, hommes politiques, journalistes, ont tous été impliqués dans des scandales qui ont éclaté ces dernières années, c’était il y a tout juste deux ans : Julian Assange, rédacteur en chef de WikiLeaks, accusé de viol en août 2010 par des collaboratrices, DSK ex-directeur du Fonds Monétaire International, accusé et arrêté à New-York en mai 2011, Ribéry et Benzema, deux footballeurs de l’équipe de France, mis en examen depuis avril 2010.

Zahia, Nafissatou Diallo, Anna Ardin et Sofia Wilen, autant de femmes qui ont accusé de viol ou d’agression sexuelle des hommes puissants et influents.

Chronologie des événements :

1)      L’affaire Zahia

L’affaire Zahia devient publique le 17 avril 2010, et met en cause plusieurs footballeurs, dont Ribéry et Benzema. L’affaire n’est pas encore terminée. « Le joueur du Real Madrid et celui du Bayern Munich risquent une peine maximale de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende, à condition que l’accusation parvienne à prouver que le client savait que la prostituée était mineure. » Ribéry et Benzema sont pour le moment mis en examen. « Chacun, rappelons-le, est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés jusqu’à ce que la justice ne rende une décision définitive. »

2)      L’affaire DSK

L’affaire DSK éclate le 14 mai 2011, alors que DSK est arrêté à l’aéroport aux Etats-Unis et inculpé pour agression sexuelle, tentative de viol et séquestration d’une femme de chambre, Nafissatou Diallo, à l’hôtel Sofitel de New-York. Les charges sont abandonnées le 23 août 2011, sans doute suite à un arrangement entre avocats. Mais DSK est toujours inculpé dans l’affaire Carlton de Lille, mis en examen pour « proxénétisme aggravé en bande organisé », où le procès est en cours.


3)      L’affaire Assange

L’affaire Assange éclate le 21 août 2010 en Suède, il est accusé de viol après qu’il ait séjourné au domicile de deux collaboratrices qui l’ont invité. La Suède est un pays où les lois en matière sexuelle sont beaucoup plus strictes qu’en France. Assange a parlé de complot mené contre WikiLeaks, les deux collaboratrices seraient selon lui des recrues de la CIA. La bataille juridique continue jusqu’en août 2012, où Julian Assange obtient l’asile politique en Equateur, mais il est toujours réfugié dans l’ambassade à Londres. Par ailleurs, il a été défendu par la féministe suédoise Helene Bergman. S’il est arrêté, il risque l’extradition en Suède, plusieurs années de prison, mais il risque aussi l’extradition vers les Etats-Unis et l’inculpation pour la diffusion de documents secrets.

Pourtant, fait-on bien la différence dans ces trois affaires ? Si les médias cherchent avant tout à faire de l’audience et semblent mettre dans le même panier Ribéry, Benzema, DSK et Assange, et à les montrer comme des agresseurs sexuels, le public devrait savoir que ces affaires n’ont pourtant rien en commun, car les contextes sont très différents.

Il y a déjà la fonction des personnes qui est différente : DSK œuvrait dans le milieu politique international, Julian Assange est un militant et un hacker qui a diffusé des documents secrets sur les guerres en Irak et en Afghanistan, Benzema et Ribéry des sportifs qui avaient l’habitude de solliciter des prostituées.

Il y a aussi le fait que certains d’entre eux sont mariés, comme Ribéry et DSK, alors que Julian Assange, par exemple, ne l’est pas et s’est trouvé accusé de viol par des collaboratrices féministes qui avaient peut-être un compte à régler avec les hommes (Anna Ardin a écrit un texte qui dit « Comment se venger contre ton petit ami
qui te trompe »).

Il y a aussi l’âge et la fonction des accusatrices : Nafissatou Diallo est une femme de chambre qui avait un enfant, Zahia une prostituée mineure qui a peut-être cacher son âge aux footballeurs, Anna Ardin et Sofia Wilen des jeunes femmes autour de 30 ans qui avaient des habitudes sexuelles relativement libérées en Suède et qui fréquentaient des milieux féministes.

Enfin, les accusations ne sont pas les mêmes : DSK s’est trouvé accusé d’agression sexuelle, tentative de viol et séquestration de Nafissatou Diallo, femme de chambre, au Sofitel. DSK est, en outre, inculpé pour une affaire de proxénétisme en bande organisé dans l’affaire du Carlton de Lille, une affaire plutôt grave. Benzema et Ribéry, toujours mis en examen, sont inculpés pour sollicitation de prostituée mineure. Julian Assange, quant à lui, est accusé d’agression sexuelle et de « sexe par surprise » (terme de la justice suédoise), dans des relations qui étaient consentantes avec deux collaboratrices, et qui n’avaient rien à voir au départ avec une relation forcée ou un viol.

On voit bien que les médias ne font pas toujours la différence dans ces affaires. Si DSK est libre aujourd’hui, alors qu’il a été inculpé d’agression sexuelle et qu’il est encore sous le coup d’une inculpation pour proxénétisme en France, on se demande pourquoi Julian Assange, dans son cas, est accusé de viol dans des relations qui étaient consentantes. Ce qui entre en jeu ici, c’est la loi suédoise, bien plus stricte qu’en France. En France, sans doute, une accusation de viol pour rupture d’un préservatif et « sexe par surprise » n’aurait peut-être pas été prise au sérieux par un juge. Mais en Suède, la loi est différente. Le souci dans l’affaire Assange, c’est que les médias l’ont tout de suite fait passer pour un « violeur », alors qu’il n’y a eu aucun procès en Suède, et sans préciser également que ce qui est reconnu comme une agression sexuelle en Suède, ne l’est pas forcément en France. D’où l’importance d’être informé.

La question aujourd’hui est de savoir : pourquoi Julian Assange se trouve prisonnier d’une ambassade à Londres, réfugié politique, sans le droit de sortir, alors qu’il n’a pas été jugé et qu’il n’est pas accusé de viol pour le moment. DSK, Ribéry et Benzema sont libres : inculpés, certes, mais libres de circuler et libres de voir leurs familles, de voyager, alors qu’Assange est reclus dans une ambassade, menacé par la police de Londres et privé de ses droits. Il y a une sorte d’injustice que personne n’ose dénoncer, car tout le monde a peur de défendre Julian Assange, un homme accusé de viol (à tort peut-être), et qui pour le moment, jusqu’à preuve du contraire, est toujours innocent.

J’aurais envie de demander aux associations de Droits de l’homme : « Pourquoi Julian Assange ne peut pas prétendre à un traitement plus humain, que celui qu’il a subi jusqu’à présent ? Pourquoi est-il traité de manière dégradante ? Pourquoi a-t-il été dénigré par les médias, alors même que ni DSK, ni Benzema et Ribéry n’ont subi autant d’attaques? Pourquoi, même en Europe, aucune association des Droits de l’homme ne dénonce la manière dont il est traité et ne dénonce cet acharnement contre lui? »

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