Human Rights Watch: « Qui est Bradley Manning? »

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Posté le 7 juin 2013

Le mercredi 5 juin, Amnesty4Manning a demandé aux supporters de Pfc. Bradley Manning de participer aux APPELS POUR MANNING – une journée destinée à prendre son téléphone pour appeler les branches locales d’Amnesty International et Human Rights Watch. L’objectif était de recueillir des informations sur la manière dont les deux plus grandes organisations de défense des droits de l’homme évaluent les violations des droits humains, le soutien à Manning, et pourquoi il n’a pas été reconnu comme prisonnier politique ou prisonnier de conscience.

Plusieurs participants ont rapporté sur le compte Twitter @Amnesty4Manning que les représentants d’Amnesty International ont demandé leur nom et leur adresse e-mail promettant de revenir vers eux à un moment ultérieur. Plusieurs personnes ayant appelé ont été renvoyées au communiqué de presse d’Amnesty publié le premier jour du procès de Manning en cour martiale. Certains ont dit à @Amnesty4Manning que leurs appels sont restés sans réponse ou sont directement arrivés sur une messagerie vocale.

Ce qui suit est le récit d’un supporter de Manning qui a téléphoné aux branches américaines de Human Rights Watch:

« J’ai appelé plusieurs des bureaux de Human Rights Watch, hier, pour exprimer mon soutien de Bradley Manning et demander pourquoi HRW n’avait pas reconnu Manning comme prisonnier de conscience. Le bureau de New York a été particulièrement malhonnête les deux fois où j’ai appelé. La première fois que j’ai appelé, on m’a dit que le site de HRW a déjà abordé cette question, et qu’ils ont reçu « déjà plusieurs appels à ce sujet aujourd’hui ». L’associé de HRW m’a alors dit qu’il me serait plus utile de diriger ce type de demande à l’ACLU [Americain Civil Liberties Union]. Je lui ai répondu que, indépendamment de la position de l’ACLU au sujet de Manning, HRW avait l’obligation de prendre des mesures et de dire son soutien à Manning. Il n’a pas fallu beaucoup plus de temps avant que l’associé me réponde qu’il allait me transférer vers quelqu’un qui serait mieux capable de m’aider. J’ai ensuite été transféré vers un numéro qui a sonné pendant environ cinq minutes avant que je raccroche.

J’ai attendu environ une heure avant de rappeler le bureau de New York. Cette fois, j’étais un peu mieux préparé pour le détour par l’ACLU. Une femme a répondu au téléphone cette fois, et il est bien évident que je n’étais pas la première personne à qui elle avait parlé de Manning. Elle était nerveuse, et a rapidement pris la route de l’ACLU.

« Est-ce que Human Rights Watch a une affiliation quelconque avec l’ACLU? » demandai-je.

« Non. »

« Mais votre organisation dirige directement vers eux les appels du plaidoyer de toute manière? Que fait d’autre HRW pour les êtres humains qui ont besoin d’amnistie? »

« Je vais devoir vous mettre en attente. »

Quelques minutes plus tard, la belle dame est revenue en ligne et m’a dit qu’elle allait me transférer vers quelqu’un qui pourrait m’aider, car elle « ne pouvait pas me garder sur la même ligne avec elle ».

Après plusieurs minutes d’attente, une voix différente est venue au téléphone et a demandé comment elle pouvait m’aider. Je lui ai expliqué pourquoi la femme précédente avec qui je parlais m’a transféré vers elle. Elle m’a alors dit qu’elle était juste une secrétaire à la réception. Je l’ai entretenu pendant plusieurs minutes, juste pour m’assurer qu’elle connaissait les faits autour de l’affaire Manning. J’ai été poli, mais persistant. Je l’ai finalement remercié pour son temps accordé, et j’ai sollicité auprès d’elle, en tant que citoyen américain, de pouvoir parler à une personne de son organisation au sujet de Manning.

L’appel le plus troublant que j’ai fait a été de loin delui du bureau de Los Angeles de Human Rights Watch. Après que j’ai dit à l’associé qui a répondu au téléphone la raison de mon appel, j’ai reçu une réponse imprévue.

« Qui est-ce? »

« Bradley Manning. »

« Oui, qui est Bradley Manning? »

J’étais abasourdi. J’ai regardé mon téléphone pour m’assurer que j’avais composé le bon numéro.

« Est-ce que c’est Human Rights Watch? », ai-je demandé.

« Oui. »

« Et vous ne savez pas qui est Bradley Manning? »

« Non. Qui est-ce? »

Je devais rester calme. Ce que je voulais vraiment, c’était de dire à cette femme que les gens comme elle sont la vraie raison pour laquelle notre gouvernement s’en tire avec ce genre de choses, et qu’il n’y a rien de réel sur les femmes au foyer ou quoi que ce soit d’autre de l’enfer avec lequel elle remplit sa tête, quand elle devrait prêter attention aux droits du 1er amendement qui sont volés. Je voulais lui dire que sa compagnie me fait chier, et qu’elle me fait chier de ne pas avoir la moindre idée d’une chose si importante directement liée à sa profession. Cependant, blâmer cette femme pour son ignorance ne ferait rien pour le héros que je voulais aider. Alors, j’ai répondu rapidement et calmement.

« C’est un patriote, m’dame. Un vrai héros qui a exposé les crimes de guerre au monde, et maintenant le gouvernement US va l’enfermer pour le reste de sa vie. Les organisations comme la vôtre sont censées venir à son secours, mais il est désormais clair pour moi que HRW n’a même pas mentionné cette affaire à ses employés. »

Elle a poursuivi en expliquant que le bureau de Los Angeles était « juste un bureau de collecte de fonds », et n’avait aucune implication dans le choix des causes à plaider. Encore une fois, j’ai pris une profonde inspiration, puis j’ai expliqué lentement à la femme que nous, en tant que citoyens américains, nous devons défendre toutes les vies innocentes qui ont été perdues en exprimant notre soutien à Pfc. Bradley Manning. Après plusieurs minutes de harangue contrôlée, j’ai conclu ma conversation avec la femme en la remerciant de son temps, et en l’encourageant à parler avec quelqu’un de HRW à ce sujet.

Bien que tout cela me rende furieux, je ne suis pas surpris. Je suis en fait encore plus porté par cette expérience que tout le reste. Nous devons continuer à appeler ces organisations, et nous avons besoin d’ÊTRE GENTILS AVEC EUX quand nous remplissons notre objectif. J’ai travaillé dans un centre d’appels avant. C’était un centre d’appels pour une entreprise qui faisait des choses que je n’approuvais pas moralement. Cela étant dit, si je savais que le client avait été traité de manière injuste, mais que ce client m’avait traité comme un idiot, ce client aurait eu un moment beaucoup plus difficile à passer pour obtenir réparation. D’un autre côté, si le client était poli et qu’il avait compris le fait que j’étais juste un gars en plus en bas du totem qui se faisait défoncer par la même société, je faisais tout ce qu’il fallait pour cette personne à part entière. Avec un peu de chance, je peux parler à une personne avec le même esprit quand j’inonde ces organisations avec des appels.

« Oui, qui est Bradley Manning? » Il est difficile d’imaginer que la deuxième plus grande organisation des Droits de l’homme dirigerait ses membres à contacter l’ACLU, quand elle est interrogée sur le soutien à Manning. L’ACLU est une organisation avec laquelle ils affirment n’avoir aucune affiliation. Une recherche rapide sur leur site web affichera un résultat. Human Rights Watch a publié un article sur Pfc. Bradley Manning pendant les trois ans où il a été placé en détention. Un seul. Il a été écrit en mars 2011.

Source: http://amnesty4manning.wordpress.com/2013/06/07/hrw-who-is-bradley-manning/

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« Si vous étiez témoins de crimes de guerre, qu’auriez-vous fait? »


« Je suis Bradley Manning »,
parce que je crois que le public mérite la vérité et que les lanceurs d’alerte méritent des procès équitables – 1106 jours de détention injuste, c’est assez! Abandonnez la charge d' »aide à l’ennemi »

Au milieu du secret de la salle d’audience, le lanceur d’alerte et nominé pour le Prix Nobel de la Paix, Bradley Manning, est jugé après trois ans de détention.

Les informations que Bradley Manning a transmis au public ont été un catalyseur pour les mouvements pro-démocratie dans le monde arabe, elles ont exposé la détention injuste de personnes innocentes à Guantanamo Bay, nous ont montré le vrai coût humain de nos guerres en Irak et en Afghanistan, et ont changé le journalisme pour toujours.

Il n’y a aucune preuve que quelqu’un soit mort à la suite de l’information qui a été publiée, mais Bradley fait face à la prison à vie ou peut-être la mort. La plus grande accusation contre lui est celle d’avoir « aidé l’ennemi », un crime capital. En tant que public ayant bénéficié de cette information, est-ce que cela fait de nous des ennemis? Quel prix vont payer les futurs lanceurs d’alerte?

Tweetez vos messages et envoyez vos photos sur le site: http://iam.bradleymanning.org/

Traduit de l’anglais depuis le site http://iam.bradleymanning.org/

Faire un don à la Freedom of the Press Foundation pour la transcription du procès de Bradley Manning: https://pressfreedomfoundation.org/

« Le Confident Privé de Manning », par Bill Keller (New York Times)

Bill Keller, Le Confident privé de Manning

Par Bill Keller, 10 mars 2013

Au début de 2010, le PFC. Bradley Manning a méthodiquement envoyé un filon numérique principal de documents classifiés, militaires et diplomatiques américains aux insurgés Internet de WikiLeaks. Comme chacun le sait, WikiLeaks a rendu ces archives secrètes disponibles à quelques publications majeures de l’actualité, dont celle-ci. Beaucoup d’histoires troubles et éclairantes ont été publiées, et Washington a depuis grincé des dents.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, d’aussi loin que nous pouvons le savoir, est toujours réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, effrayé qu’il puisse être extradé pour son rôle dans cette hémorragie de secrets, bien que les seules allégations en suspens contre lui n’impliquent que des allégations de crimes sexuels en Suède. Pendant ce temps, Manning, un geek de faible intelligence, âgé de 25 ans, est en audiences préliminaires à Fort Meade, dans le Maryland. Il a plaidé coupable pour des crimes pouvant conduire jusqu’à 20 ans d’emprisonnement, et le gouvernement mise sur des accusations supplémentaires, incluant l’Article 104 du code militaire, « l’aide à l’ennemi », ce qui pourrait le mener à perpétuité sans libération conditionnelle.

Dans sa déclaration devant le tribunal militaire, Manning a dit qu’avant de tomber dans les guérillas anti-secrets chez WikiLeaks, il a essayé de livrer son trésor de documents dérobés au Washington Post et au New York Times. Au Post [Washington Post], il a été découragé par une journaliste qui lui a dit qu’avant de pouvoir s’engager dans quoi que ce soit, elle devait d’abord obtenir la décision d’un rédacteur en chef senior. Au Times [New York Times], Manning dit avoir laissé un message sur la boîte vocale, mais il n’a jamais été rappelé. C’est surprenant pour moi de voir qu’un expert doué en technologie, capable de gérer l’une des fuites les plus monumentales qui aient existé, n’ait pas réussi à résoudre comment envoyer un e-mail ou un message téléphonique au Times, un exploit réussi par des dizaines de lecteurs chaque jour.

Mais qu’en serait-il s’il l’avait fait? Qu’en serait-il s’il avait réussi à livrer ses documents dérobés au Times? Qu’est-ce qui aurait changé pour Manning et pour le reste d’entre nous?

Tout d’abord, je peux dire avec une certaine assurance que le Times aurait fait exactement ce qu’il a fait avec l’archive, quand celle-ci a été fournie par l’intermédiaire de WikiLeaks: affecter des journalistes à la recherche de matériel d’intérêt public véritable, prendre soin d’omettre les informations qui auraient pu faire tuer les troupes sur le terrain ou des informateurs innocents, et publier nos rapports avec grand geste. Les documents auraient fait l’actualité — la une de l’actualité.

Mais un peu moins que ça, en quelque sorte. Alors qu’en réalité le Times et le public ont bénéficié d’un partenariat collégial avec le Guardian de Londres et d’autres journaux qui ont pris part à la fête de WikiLeaks, je suis quasiment sûr que si nous avions été le seul destinataire, nous n’aurions pas partagé le cadeau de Manning avec d’autres organismes d’actualités. C’est en partie pour des raisons de concurrence, mais aussi parce que le partage d’un trésor de renseignement brut, en particulier avec des médias étrangers, aurait augmenté le risque juridique pour le New York Times et pour notre source. Ainsi, notre exclusivité aurait été un joli coup pour le Times, mais quelque chose aurait été perdu. En partageant les données de manière très large — y compris avec toute une gamme de médias locaux qui ont exploité le matériau sur des histoires qui avaient peu d’intérêt pour une opération globale d’informations — WikiLeaks a obtenu une répercussion kilométrique beaucoup plus grande de ses câbles secrets que nous ne l’aurions fait.

Si Manning était entré en contact avec le Times, nous nous serions retrouvés dans une relation, face à un jeune soldat de l’armée, inquiet, nerveux et en colère, qui n’offrait pas tellement de documentation sur les délits d’un gouvernement particulier, comme étant une chance de pouvoir pêcher dans une mer de secrets. N’ayant jamais rencontré Manning (il était en détention au moment où nous avons reçu les documents de WikiLeaks), je peux seulement deviner à quoi aurait pu ressembler cette relation. Compliquée. Probablement tendue. Nous aurions, bien sûr, respecté tout accord pour protéger son identité, même si Manning n’était pas si bon pour couvrir ses propres pistes. (Il a déversé l’histoire de sa fuite dans de longues conversations de messagerie instantanée, avec un ex-hacker qui l’a dénoncé.) Après qu’il ait été arrêté, nous aurions sûrement écrit un éditorial contre la brutalité de sa détention à l’isolement — comme le Times l’a déjà fait — et peut-être aurions-nous protesté contre l’excès inquiétant de l’accusation d’« aide à l’ennemi ». (Si la fuite de Manning a apporté un point de réconfort à l’ennemi, alors il en est de même pour toute histoire d’actualité sur les coupes dans les budgets de la défense, l’opposition aux attaques de drones, ou les revers en Afghanistan.) Au-delà de ça, nous nous serions assurés que Manning savait dès le départ qu’il était seul, comme nous l’avons fait pour le dernier lanceur de fuites de cette ampleur, Daniel Ellsberg, rendu célèbre avec les Pentagon Papers.

« Quand le gouvernement a décidé de poursuivre Ellsberg, nous ne nous sommes pas sentis obligés de l’assister », a rappelé l’autre jour Max Frankel, qui était à l’époque chef de bureau au Times à Washington. « Il était en train de commettre un acte de désobéissance civile et il savait sans doute que cela demandait d’accepter la punition. Nous étions heureux intérieurement de voir que les poursuites ont échoué en voulant aller trop loin, mais nous ne nous considérions en aucune manière comme son partenaire. »

La chose la plus importante qui n’aurait pas été trop différente si le Times avait été son journal, aurait été la responsabilité civile de Manning. La loi prévoit la protection du Premier Amendement pour une presse libre, mais pas pour ceux qui ont prêté serment à protéger les secrets des gouvernements. Cette administration a une intolérance particulière qui donne le frisson à l’égard des lanceurs de fuites — et les empreintes digitales les rendent plus faciles à attraper de nos jours — mais je ne peux pas imaginer qu’une autre administration aurait hésité à poursuivre Manning.

Mais si Manning avait été notre source directe, les conséquences auraient pu être légèrement atténuées. Bien que, du point de vue du droit, je sois certain que WikiLeaks et le New York Times sont protégés de manière égale par le Premier Amendement, il est possible que le jugement du tribunal envers le lanceur de fuites ait une couleur qui prenne compte du fait qu’il a livré les données à un groupe d’anciens hackers avec une sensibilité de hors-la-loi et une antipathie à l’égard des intérêts américains. Est-ce que cela va coûter à Manning au moment de la sentence? Je me le demande. Et cela pourrait expliquer l’accumulation de charges maximum. Pendant le pré-procès, la juge, Col. Denise Lind, a demandé si les poursuites se seraient appuyées sur les mêmes accusations, si Manning avait transmis les documents au Times. « Oui, M’dame », fut la réponse. Peut-être en aurait-il été ainsi. Mais je soupçonne le fait de Manning d’avoir choisi l’anti-système WikiLeaks en tant que collaborateur, comme ce qui a rendu le gouvernement encore plus avide à vouloir ajouter cette accusation douteuse d’« aide à l’ennemi ».

Si Manning avait livré son matériel au Times, WikiLeaks n’aurait pas été en mesure de publier les câbles inédits, comme il l’a fait au final, sans se soucier du risque pour les défenseurs des droits de l’homme, les dissidents et les informateurs qui y sont nommés. En fait, vous n’auriez peut-être pas entendu parler de WikiLeaks. Le groupe avait eu d’autres scoops médiocres, mais Manning les a rendus célèbres.

Et, en fin de compte, s’il avait traité avec le Times, nous aurions peut-être mieux compris Bradley Manning. Adulé par WikiLeaks et sa base de fans comme un lanceur d’alerte et un martyr, considéré comme un traître infâme par ses procureurs, il est devenu un duel de caricatures. Jusqu’aux procédures de la cour, la seule fenêtre donnant à voir la psyché de Manning était la transcription volumineuse de ses discussions en ligne avec l’ex-hacker Adrian Lamo, publiées par le magazine Wired. Cela dresse le portrait d’un jeune homme, selon ses propres mots, « émotionnellement fracturé » — un homme gay dans une institution où les gays ne sont pas les bienvenus, un homme fragile, solitaire, un peu satisfait de sa propre intelligence, un peu vague au sujet de ses motivations. Ses opinions politiques apparaissent comme inachevées. Quand on lui a posé la question, il avait des difficultés à se rappeler aucun des délits spécifiques qui devaient être exposés. Son motif était la « diplomatie ouverte », ou bien — peut-être, juste pour plaisanter — « l’anarchie mondiale ».

A Fort Meade, Manning a livré une explication plus cohérente de ce qui l’a motivé. Consterné par les dommages humains collatéraux du contreterrorisme et de la contre-insurrection, dit-il, il avait l’intention de « documenter le vrai coût des guerres en Irak et en Afghanistan. » Intrigué en lisant les câbles du Département d’Etat, il a senti le besoin de laisser entrer les contribuables dans « les négociations d’arrière-porte et de toute évidence l’activité criminelle » qui sont la face sombre de la diplomatie. Est-ce que ce sens de la mission était là depuis le début, ou est-ce que cela a été déterminé par la suite par les attentes des partisans de Free Bradley Manning? La réponse ne ferait probablement pas de différence pour la cour. Mais il se peut que cela aide à définir le verdict de l’histoire.

Source: http://www.nytimes.com/2013/03/11/opinion/keller-private-mannings-confidant.html?smid=tw-share

Voir le Tweet de Bill Keller

La Juge réduit de 112 jours la peine que Bradley Manning peut encourir

 

par David Dishneau, le 8 janvier

Fort Meade, Maryland. Une Juge militaire a réduit ce mardi la condamnation potentielle d’un soldat du rang de l’armée US, accusé d’avoir transmis de grandes quantités de documents confidentiels au site web WikiLeaks.

Le colonel Denise Lind a rendu cette décision pendant une audience préliminaire à Fort Meade, pour Bradley Manning.

Lind a estimé que Manning avait subi des punitions illégales avant procès durant neuf mois dans une prison militaire du corps des Marines à Quantico, Virginie. Elle lui a accordé une relaxe de 112 jours sur toute peine de prison à laquelle Manning puisse être condamné.

Manning fut contraint à l’isolement dans une cellule sans fenêtres 23 heures par jour, parfois sans ses vêtements. Les responsables de la prison disent que c’était pour l’empêcher de se faire du mal ou d’en faire à autrui.

La Juge a dit que les conditions de détention de Manning étaient « plus rigoureuses que nécessaire ». Elle a ajouté que ces conditions « sont devenues excessives en rapport aux intérêts légitimes du gouvernement. »

Manning fait face à 22 plaintes, dont celle de « secours à l’ennemi », qui peut amener à la perpétuité derrière les barreaux. Son procès commence le 6 mars.

L’analyste du renseignement de 25 ans avait espéré faire tomber les charges contre lui, plaidant que l’amrée le détenait dans des conditions indues avant son procès suite à son arrestation en 2010.

Les geôliers de la prison militaire de Quantico, Virginie, ont témoigné qu’ils avaient estimé Manning à risque de se suicider et qu’ils avaient juste essayé de l’empêcher de se faire du mal ou d’en faire aux autres en l’enfermant dans une cellule sans fenêtres de 2m par 2,50m 23h/24.

L’accusation avait concédé en décembre que Manning avait été détenu dans des conditions indues, en « vigilance anti-suicide » pendant sept jours et ont demandé qu’il reçoive une grâce de sept jours à l’énoncé de la condamnation.

Manning est de retour à Fort Meade pour une audience préliminaire qui comprend un débat sur la pertinence de ses motivations.

L’accusation veut que la défense soit interdite de produire des éléments au procès de Manning concernant ses motivations pour avoir peut-être communiqué des centaines de milliers de messages de guerre secrets et de câbles diplomatiques. Ils affirment que la motivation n’importe pas sur la question, sachant que l’information devenait disponible pour al-Qaïda.

Manning aurait dit à un confident-devenu-informateur qu’il avait communiqué ce matériel parce que « je veux que les gens voient la vérité » et « l’information devrait être libre ».

L’avocat de la défense David Coombs a dit mardi que l’interdiction de tels éléments entraveraient la capacité de la défense à argumenter que Manning n’avait communiqué que des informations qu’il pensait ne pas pouvoir nuire aux USA ou aider une nation étrangère.

Manning a offert de prendre la responsabilité pour les fuites dans une plaidoirie à venir mais il pourrait encore faire face à des accusations qui incluent le secours à l’ennemi.

L’audience de quatre jours a débuté ce mardi.

Source: http://bigstory.ap.org/article/gis-hearing-wikileaks-case-focuses-motive

Traduit depuis le web par Will Summer

Conférence sur l’affaire Bradley Manning à Washington, le 3 décembre 2012, en présence de David Coombs

Le 3 décembre 2012, a eu lieu à Washington, en l’église de « All Souls Church », une conférence sur l’affaire Bradley Manning, dont le procès débute en mars 2013, en Cour martiale, aux Etats-Unis.

L’affaire Bradley Manning, liée à la divulgation des documents WikiLeaks, pose en ce moment le débat autour des conditions de sa détention, qui sont comparables à de la torture, selon un rapporteur spécial de l’ONU.

Lors de cette conférence, Emma Cape, représentante de l’association « Courage to resist », s’est exprimée en soutien à Bradley Manning, auprès de Michael Ratner du Centre pour les Droits Constitutionnels, et de l’avocat David Coombs, qui a parlé pour la première fois en public.

David Coombs, qui défend Bradley Manning, a commencé son discours à la 23ème minute, en rappelant que le soldat Manning « mérite un avocat qui se préoccupe, et ne se préoccupe uniquement, que de ce qui se passe dans la salle d’audience », et que c’est une des raisons pour lesquelles il a évité les interviews des médias jusqu’à présent.

David Coombs a aussi évoqué la nécessité pour Bradley Manning d’obtenir « un procès équitable ». « Cela a été un dur combat », selon lui.

Sur son site officiel, David Coombs a partagé des chiffres qui montrent le soutien important des Américains envers Bradley Manning: 764 000 personnes ont visité le site et lu des articles sur Bradley Manning en une seule journée, 72 000 personnes ont envoyé des e-mails de soutien, 14 000 personnes ont fait un don aux associations et 754 personnes ont directement soutenu le Fonds Légal pour la Défense de Bradley Manning.

David Coombs a remercié toutes les personnes qui ont soutenu le jeune soldat Bradley: les représentants du gouvernement l’ayant soutenu, ainsi que les manifestants, les signataires de pétitions, les donateurs, les volontaires, etc.

En revanche, il s’est dit intimidé dans le passé par ce qu’il avait entendu de la part du Président des Etats-Unis, qui aurait dit au sujet de Manning: « Votre client a enfreint la loi ». Ou encore par les paroles de membres du Congrès ayant affirmé: « Votre client mérite la peine de mort ». David Coombs a affirmé qu’il n’était plus intimidé aujourd’hui par ce genre de paroles et qu’il sait que les gens soutiennent Manning.

« Son rêve est d’aller à l’université », a encore déclaré David Coombs, de « travailler pour le service public et peut-être même, un jour, d’être candidat » à une élection, car il « veut faire la différence dans ce monde ».

Lire l’annonce de la conférence: http://www.bradleymanning.org/activism/exclusive-presentation

Le contrôle de l’information, autour de Bradley Manning

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Publié le 2 décembre 2012 par CaT.V

La propagande autour de l’affaire Bradley Manning a commencé. Le journal MailOnline du Daily Mail au Royaume-Uni rend sa cage métaphorique, et donne l’impression que Quantico, après une semaine, était bien, avec la description, prêtant à confusion, de « moindres restreintes ». Il faut s’engager à diffuser TOUS les faits concernant le traitement inhumain et cruel enduré par Bradley Manning. Le seuil à partir duquel la défense peut en faire la démonstration est heureusement bas, et ils ont l’opinion de Juan Mendez, Rapporteur Spécial de l’ONU sur la torture, de leur côté.

Toutefois le monde doit savoir, puisque nous venons de l’apprendre, que la cage de Manning au Koweït était une vraie cage, et très, très petite – à peu près 2,5m²! Elle servait d’habitude pour les animaux, et était située sous une tente. Il y était détenu en permanence, sauf pendant 20 minutes par jour, et y était même nourri. Il était forcé d’être éveillé durant la nuit et d’y dormir durant le jour, dès 13h, dans des températures atteignant les 40°C. Manning n’a eu presque aucun contact humain pendant 2 mois et il n’avait pas la moindre idée de ce qui pouvait lui arriver. C’est alors qu’il a ressenti que son « monde avait rétréci ». Son espace de vie ainsi que sa perception du monde avaient littéralement rétréci. C’est à ce moment-là qu’il songea au suicide.

À Quantico la cellule de Manning était vraiment du « luxe » en comparaison: 2,70m par 1,80m sous vigilance anti-suicide, il y était détenu 24/24.

« La vigilance anti-suicide implique que je sois assis dans ma cellule 24 heures sur 24. Je suis privé de tous mes vêtements à l’exception de mes sous-vêtements. Mes lunettes de vue me sont retirées. Je suis contraint d’être assis dans une quasi-obscurité, sauf aux moments où je lis ou suis accordé des privilèges limités où je peux regarder la télévision. Mes lunettes me sont alors rendues. De plus, il y a un garde assis devant la porte de ma cellule en permanence. »

Source: Bradley Manning, Plainte Article 138

La vie n’était pas vraiment meilleure pour moi sous le régime de vigilance précédent, « POI » (Prevention Of Injury, prévention de blessure, ndt). Comme pour la vigilance anti-suicide, j’étais tenu à l’isolement. Pendant 23 heures par jour, j’étais assis dans ma cellule. Les gardes venaient vérifier mon état toutes les cinq minutes en me demandant si j’allais bien. J’étais requis de fournir une espèce de réponse affirmative. La nuit, si le garde ne pouvait pas me voir clairement, parce que j’avais une couverture sur la tête ou que j’étais tourné vers le mur, ils me réveillaient afin de pouvoir être sûrs que j’allais bien. Je recevais chacun de mes repas dans ma cellule. Je n’avais pas le droit d’avoir des oreillers ou des draps. Je n’avais pas le droit d’avoir des effets personnels dans ma cellule. Je n’avais droit qu’à un seul magazine ou livre à lire à la fois.. Le livre ou le magazine m’étaient retirés à la fin de chaque journée avant que je ne m’endorme. J’étais quotidiennement empêché de faire de l’exercice. Les gardes m’emmenaient vers une pièce vide et me permettaient de marcher. Je faisais le plus souvent des huit autour de la pièce. Quand je me couchais pour dormir, il fallait que je me déshabille jusqu’à mes sous-vêtements et donne mes vêtements aux gardes. Ils m’étaient alors rendus le lendemain matin.

Source: Bradley Manning, Plainte Article 138

Nous avons également appris que la lumière électrique de la cellule était perpétuellement allumée. Manning n’avait pas le droit de détourner la tête de cette lumière ou de recouvrir sa tête avec sa couverture rugueuse pendant qu’il dormait, et s’il le faisait, les gardes découvraient ou forçaient sa tête vers l’ampoule.. Lorsqu’il était réveillé à 5h du matin, il devait soit rester debout toute la journée, ou être assis sur le lit avec les pieds sur le sol mais sans que son dos ne s’appuie sur le mur. Ce sont, d’après l’avocat Michael Ratner, des « positions de stress » et il a spécifié qu’elles rappellent les techniques de Rumsfeld pour briser un prisonnier. Ratner est aussi président émérite du Center for Constitutional Rights (CCR, centre pour les droits constitutionnels, ndt) à New York, et président du Centre Européen pour les Droits Constitutionnels et Humains à Berlin. Il est actuellement conseiller juridique pour WikiLeaks et Julian Assange.

Sous les termes « prévention de blessure », ce traitement fut maintenu à Quantico pendant le restant des neuf mois qu’y passa Manning, allant contre les avis répétés de psychiatres, dont l’un déclara que son opinion avait été ignorée pour la première fois en 24 années de service. Manning fut aussi contraint de signer des déclarations, administré des anti-dépresseurs et d’autres médicaments. Ses toilettes étaient à côté de son lit et il était observé pendant qu’il s’en servait.

Les militaires sont en train d’affirmer que l’ensemble de ce traitement était « approprié ».

Source: http://thing2thing.com/?p=2884

Traduit depuis le web par Willsummer