Citizen Four: Le documentaire sur Edward Snowden en ligne

https://citizenfourfilm.com/

Voir le documentaire intégral: http://documentaryheaven.com/citizenfour/

Pourquoi l’affaire Snowden a été utile au gouvernement américain

Tout a commencé à Hong Kong, en juin 2013, quand Laura Poitras et Glenn Greenwald ont dévoilé l’identité d’un jeune analyste des services secrets américains qui lançait l’alerte sur le programme Prism de la NSA. Edward Snowden est très vite qualifié de « traître », dès le début de l’affaire, par certains hommes politiques aux Etats-Unis, notamment par Dick Cheney. En août 2013, Obama affirme, tout en engageant des promesses de réformes au sein de la NSA: « Non, je ne pense pas que M. Snowden a été un patriote. » (CNN) Mais cet avis négatif contraste, malgré tout, avec les premiers idéaux défendus par Obama, quand il parlait de la défense des lanceurs d’alerte:

« Protéger les lanceurs d’alerte: Souvent, la meilleure source d’information sur les pertes, la fraude et les abus au sein du gouvernement, c’est un employé du gouvernement existant commis à l’intégrité publique et disposé à parler. De tels actes de courage et de patriotisme, qui peuvent parfois sauver des vies et souvent faire économiser des dollars au contribuable, devraient être encouragés plutôt qu’étouffés. Nous devons responsabiliser les employés fédéraux comme garde-fous face à des actes répréhensibles et des partenaires qui agissent. Barack Obama va renforcer les lois sur les lanceurs d’alerte pour protéger les travailleurs fédéraux qui exposent les pertes, la fraude et l’abus de pouvoir au sein du gouvernement. Obama fera en sorte que les organismes fédéraux accélèrent le processus d’examen des demandes en matière de divulgation et que les lanceurs d’alerte aient pleinement accès aux tribunaux et à une procédure régulière ». (Policy.Mic)

Un article du Guardian daté de janvier 2014 montre bien cette contradiction entre, d’un côté, les critiques et les attaques contre Snowden dans les médias, et de l’autre, un gouvernement américain qui admet timidement que cette affaire a été utile à ouvrir le débat, un gouvernement qui avoue d’une certaine manière qu’ils n’auraient pas pu réformer le monde du renseignement sans tout le chaos de cette affaire:

Malgré sa critique de la divulgation des documents par Snowden, Obama a reconnu l’importance du débat sur la surveillance du gouvernement.

« Une chose dont je suis certain: c’est que ce débat nous rendra plus forts », a déclaré Obama. (The Guardian)

De là, à demander: le chaos de l’affaire Snowden a-t-il été savamment orchestré pour conduire à des réformes réfléchies et projetées par le gouvernement américain depuis une assez longue période?… On ne pourra jamais l’affirmer avec certitude, mais le gouvernement américain a certainement pu en tirer plus d’avantages qu’on ne pense.

Si on résume quelques aspects de l’affaire Snowden qui ont pu profiter au gouvernement américain:

– Cela a permis d’informer le grand public sur les programmes de surveillance, alors que jamais une telle prise de conscience ne s’est accomplie au niveau mondial dans les médias. Si l’objectif était l’information de masse sur la surveillance, on peut dire que c’est réussi.

– Le débat sur la vie privée a pu être lancé au niveau mondial, tout en exposant le caractère technique de ce problème. Les technologies qui protègent l’anonymat, comme le logiciel TOR, ont pu être mieux connues et expliquées au grand public.

– Le débat éthique a pu se poser au sein des services de renseignement, tout en posant la question de l’efficacité des méthodes de surveillance. La collecte des données n’améliore pas forcément la sécurité, comme on l’a appris en ce qui concerne le terrorisme.

– La NSA a pu attirer de jeunes recrues au sein de ses services de renseignement, grâce à la médiatisation des révélations d’Edward Snowden, en exposant le travail des services secrets et en utilisant l’image d’un lanceur d’alerte auquel n’importe quel adolescent peut s’identifier.

– Les Etats-Unis ont pu relancer une forme de guerre froide avec la Russie, quelques mois à peine avant le conflit en Ukraine. Etait-ce une coïncidence si Snowden a trouvé refuge à Moscou? Sa mission aurait-elle pu être d’infiltrer le renseignement russe au profit des services secrets américains?

– Les médias ont pu montrer Hong Kong comme une ville de liberté d’expression qui a largement soutenu le lanceur d’alerte, dans un contexte de domination et de conflit idéologique avec la Chine, un conflit qui a récemment pris la forme de la « révolution des parapluies » en septembre-octobre 2014, soit un an après l’affaire Snowden.

Ce sont autant d’éléments qui peuvent indiquer que les révélations d’Edward auraient pu être planifiées au plus haut niveau du gouvernement américain, dans un objectif calculé de réformes politiques. Mais, d’un autre côté, on ne peut pas exclure la possibilité que tout cela soit dû au hasard et à la bonne conscience d’un ancien agent de la NSA dont le courage servira de modèle aux générations futures.

A tout cela vient s’ajouter aujourd’hui une réforme de la CIA, ainsi qu’une réforme qui a – semble-t-il – échoué pour les agents du Pentagone en novembre dernier:

Le Pentagone a revu à la baisse son plan pour assembler un service d’espionnage à l’étranger capable de rivaliser en taille avec la CIA (Washington Post)

Mais si le Pentagone semble avoir abandonné son projet de réforme, la réforme de la CIA a sans doute plus de chances d’être mise en place par le gouvernement américain:

Le directeur de la CIA John Brennan fait la promotion d’un plan de réorganisation de la Central Intelligence Agency qui rendra plus probable que l’analyse du renseignement sera politisée afin de soutenir les intérêts de la Maison Blanche et des décideurs de haut niveau. (Counterpunch)

On peut donc effectivement dire que l’affaire Snowden a bouleversé le monde du renseignement américain et que toutes ces réformes n’auraient pas eu lieu sans une prise de conscience collective face aux défis de la surveillance.

Il y a eu non seulement un renforcement du débat sur la surveillance, mais aussi un renforcement du rôle des services secrets, grâce à la modernisation et aux réformes en cours qui ont pour but d’améliorer leur efficacité, tout en respectant mieux la vie privée des citoyens.

Au bout du compte, Snowden a simplement mis en évidence les failles du système de surveillance américain. Et comme tout système, il y a toujours des choses à améliorer.

kimono

CC BY-SA

L’Equateur envisage d’exclure les offres comme Wikileaks, bien qu’il « loge » Assange

Mike Masnick, 22 août 2013

depuis le département faites-attention-à-qui-sont-vos-amis

Nous avons toujours souligné que l’Equateur était un choix quelque peu étrange de Julian Assange pour demander l’asile, étant donné que le pays ne dispose pas d’une grande expérience sur la liberté de la presse. Et certaines actions récentes ont suggéré que, même si Assange est retranché dans l’ambassade équatorienne à Londres, la relation entre Assange et l’Equateur est tendue. Considérant cela, peut-être n’est-il pas surprenant que l’Équateur envisage maintenant un nouveau projet de loi qui criminaliserait la publication de documents classifiés, ce qui certainement ferait devenir une partie importante de Wikileaks en une opération criminelle:

Pablo Romero, le directeur de l’agence de renseignement SENAIN de l’Équateur, a demandé au Comité de la justice de l’Assemblée nationale de l’Equateur, le 8 Août d’élaborer une législation qui «criminaliserait la divulgation de renseignements confidentiels de l’Etat» et exigerait d’éventuels éditeurs à obtenir l’approbation du gouvernement avant publication. Romero a donné comme exemple la publication hypothétique des salaires des agents spéciaux.

Le projet de loi interdirait la publication de documents classifiés, même s’ils avaient déjà été publiés à l’étranger.

Ceci est, bien sûr, une belle attaque d’envergure sur la liberté de la presse, ce qui semble un peu ironique. Je sais que les gens vont probablement l’utiliser pour attaquer Assange, tout comme ils attaquent Ed Snowden de se retrouver en Russie – mais, dans les deux cas, ceci semble de la colère mal placée. La colère doit être orientée vers les pays qui mettent en place de telles terribles politiques. Le fait qu’Assange ait fini avec l’Équateur et Snowden avec la Russie a beaucoup plus à voir avec les réalités politiques de gens qui essaient de rester à l’écart d’un gouvernement américain plus agressif que jamais et qui semble tenir mordicus à placer les deux hommes en prison aussi longtemps que possible. Compte tenu de cette réalité – combinée avec le fait que les États-Unis ont retiré le passeport de Snowden – ils avaient vraiment peu de choix. Oui, ce serait bien si les croyants à la liberté de la presse pouvaient aller dans un endroit qui respecte la liberté de la presse, mais il y en a, malheureusement, très peu qui se qualifient de nos jours – et lorsque le pays qui se met en place comme le plus grand protecteur de la liberté de la presse, les États-Unis, piétine ces libertés pour essayer d’obtenir ces deux gars, leurs options sont exceptionnellement restreintes.

Source: https://www.techdirt.com/articles/20130821/22402024279/ecuador-looks-to-ban-wikileaks-like-offerings-despite-housing-assange.shtml

Edward Snowden: « Si je finis à Guantanamo, je peux vivre avec »

Interview des journalistes du Guardian avec Edward Snowden, à Moscou, le 10 juillet 2014

Edward Snowden, le lanceur d’alerte de la NSA, parle exclusivement avec Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, et le journaliste Ewen MacAskill à Moscou. L’ancien analyste du renseignement, âgé de 31 ans, répond à la question de savoir s’il est un espion russe, sur son destin probable s’il retourne aux États-Unis et sur la pertinence du [roman] 1984 de George Orwell à l’ère de Google.

Lire la transcription intégrale de l’interview d’Edward Snowden à Moscou: http://www.theguardian.com/world/2014/jul/18/-sp-edward-snowden-nsa-whistleblower-interview-transcript

Source: http://www.theguardian.com/world/video/2014/jul/17/edward-snowden-video-interview

NSA: « Les réformes du gouvernement américain sont vides de sens » – Entretien avec Glenn Greenwald

On lui doit les révélations sur les programmes de surveillance de la NSA, à l’origine de l’affaire Snowden. Le journaliste américain Glenn Greenwald est actuellement en France à l’occasion de la sortie de son livre « Nulle part où se cacher », qui revient sur ce scandale. Rencontre.

Son nom est moins connu que celui Edouard Snowden. Pourtant, c’est lui, le journaliste américain Glenn Greenwald, qui est à l’origine des révélations fracassantes sur l’espionnage de la NSA (Agence nationale de la sécurité aux Etats-Unis), en 2013, dans « The Guardian ». Ce scandale a provoqué un séisme diplomatique à l’échelle mondiale mais aussi un vif débat sur les pratiques intrusives des États à l’encontre de leurs citoyens.

À l’occasion de la sortie en France de son livre « Nulle part où se cacher », qui retrace cette affaire au jour le jour, Glenn Greenwald revient, pour FRANCE 24, sur les conséquences de cette affaire. Morceaux choisis. 28/05/2014 L’ENTRETIEN

(youtube)

Les liens de WikiLeaks et de l’ONU

Personne ne s’est peut-être encore posé la question, mais à observer le phénomène Wikileaks depuis plusieurs années — le combat mené pour dénoncer les crimes de guerre, les attaques de drones, ou encore la défense de Bradley Manning —, on peut remarquer que les prises de position de Wikileaks tendent à rejoindre les centres d’intérêts de l’ONU et à coïncider avec une même perception des droits de l’homme. De là, peut-on dire que Wikileaks a des liens avec l’ONU? Aucun journaliste ne s’est jamais penché sur ce problème. Il n’y a rien d’évident dans une telle affirmation, si ce n’est que Julian Assange lui-même a affirmé, un jour, que lui et son organisation « travaillent avec des services secrets ». (TheLocal.se) Alors, pourquoi ne pas imaginer qu’il travaille aussi avec l’ONU ou certains de ses représentants dans la défense d’intérêts communs? En cinq points, nous tenterons d’élucider le problème.

1. En 2010, WikiLeaks révèle l’espionnage des représentants de l’ONU

A travers les séries de révélations du Cablegate, les fuites diplomatiques des Etats-Unis, WikiLeaks a rendu public le système d’espionnage qui avait été mis en place de manière illégale à l’égard des représentants de l’ONU. En juillet 2009, comme le précise Wikipedia, Hillary Clinton avait signé une directive qui ordonnait aux diplomates américains en fonction d’espionner leurs collègues à l’ONU, de collecter leurs « emails, mots de passe Internet et intranet, numéros de cartes bancaires, numéros de cartes de fidélité de compagnies aériennes et plannings de travail « . (Le Monde) Cette directive provient du Département d’Etat américain et a pour référence le câble n°09STATE80163 sur le site Wikileaks. Tout comme l’espionnage de la NSA révélé par Edward Snowden, l’espionnage des représentants de l’ONU avait aussi suscité la colère dans le monde politique. On peut aussi constater dans le wiki de Wikileaks que, bien avant l’année 2010, l’organisation a publié certains rapports confidentiels de l’ONU, notamment « 70 rapports d’enquête des Nations Unies classés strictement confidentiel »Ceci semble confirmer que l’ONU et Wikileaks poursuivent des intérêts communs dans la défense des droits de l’homme.

2. Le soldat Bradley Manning défendu par Juan Mendez, ancien conseiller spécial de l’ONU

Autre lien entre Wikileaks et l’ONU: Bradley Manning, qui est le soldat à l’origine de la plus grande fuite de documents secrets de l’histoire, le Cablegate. Le traitement inhumain de Bradley Manning après son arrestation par les Etats-Unis a été dénoncé par Juan Mendez, ancien conseiller spécial de l’ONU et « rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels » depuis 2010, comme on peut le lire dans la description de son parcours professionnel publié sur le site de l’ONU. Juan Mendez s’était exprimé au Guardian en avril 2011 sur l’affaire Manning: « Je suis profondément déçu et frustré par le manquement aux responsabilités du gouvernement américain à l’égard de mes tentatives pour rendre visite à M. Manning ».

3. Wikileaks, l’ONU et la dénonciation des attaques de drones

Une autre prise de position qui rapproche Wikileaks et l’ONU serait la dénonciation des attaques de drones et les nombreuses atteintes à la vie des civils. Les Nations Unies ont appelé par exemple à « la transparence dans l’utilisation des drones armés, en citant les risques d’une utilisation illégale » (Centre d’informations de l’ONU, 25 octobre 2013), et à ce que « la communauté internationale doit tenir compte des préoccupations du Pakistan sur les drones, selon un expert de l’ONU ». (Centre d’informations de l’ONU, 15 mars 2013) En décembre 2013, « l’ONU appelle à ce que les frappes de drones se conforment au droit international ». (Dawn.com) On se rappelle aussi qu’à la même période où l’ONU fait ces communiqués sur les attaques américaines, Julian Assange « dénonce les drones, les assassinats ciblés » et les « raisons arbitraires » qui conduisent les Etats-Unis à placer des personnes sur des listes d’assassinats programmés, dans une interview avec Bill Maher. Il avait appelé dans cette interview à ce que le gouvernement américain déclassifie les documents secrets sur les attaques de drones.

4. L’ONU défend et veut assurer la protection des lanceurs d’alerte

Comme nous l’avions traduit dans un article du 12 juillet 2013, « La Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a souligné vendredi la nécessité de protéger ceux qui révèlent des violations des droits de l’homme, citant le cas de l’Américain Edward Snowden », et plus largement se référant à tout type de lanceurs d’alerte qui pourraient révéler des abus sur les droits de l’homme. Les lanceurs d’alerte sont bien plus que de simples héros solitaires de la société, comme le décrivent certains médias: au contraire, rejoignant la vision de l’organisation Wikileaks, l’ONU voit clairement en eux des militants utiles à la défense des droits de l’homme, des citoyens qui doivent donc être protégés comme les autres par la Déclaration universelle des Droits de l’homme et bénéficier des mêmes droits à l’asile politique ou au statut de réfugié, etc. Les lanceurs d’alerte sont aussi perçus dans leur dimension pacificatrice, à savoir que les révélations politiques peuvent aussi aider à résoudre des conflits, à trouver l’origine réelle de certaines guerres et à favoriser ainsi la paix dans le monde. La moindre information, si insignifiante soit-elle, peut parfois changer le destin du monde — c’est pourquoi chaque lanceur d’alerte est important, et c’est pourquoi chaque être humain peut devenir un lanceur d’alerte.

5. L’ONU, comme Wikileaks, dénonce la surveillance numérique

Dans la suite du scandale de la NSA, l’ONU a pris la défense d’Edward Snowden, mais a aussi entamé toute une réflexion sur le droit à la vie privée à l’ère numérique. Dans notre dernier article, nous nous sommes penchés sur les récents communiqués de l’ONU qui proposent des résolutions pour que les droits de l’homme soient mieux pris en compte et respectés dans le cadre de la surveillance. Voici donc encore un point qui rapproche Wikileaks et l’ONU, même si beaucoup d’autres organisations défendent aussi le droit à la vie privée. Vous pouvez lire le document A/C.3/68/L.45 dont il est question sur le site de l’ONU (disponible en différentes langues, en cliquant ici). Tout cela fait beaucoup de points communs entre Wikileaks et l’ONU: la défense de Bradley Manning, Edward Snowden, la défense du statut des lanceurs d’alerte, la défense des droits de l’homme, la défense des droits à l’asile politique et au statut de réfugié (Julian Assange et Edward Snowden ne sont-ils pas aussi des demandeurs d’asile politique?), la dénonciation de la surveillance numérique, la dénonciation des guerres et des abus de toutes sortes commis pendant les conflits. A travers certains aspects, l’ONU apparaît comme une instance internationale qui permet de réguler les droits de l’homme et d’instaurer un équilibre politique entre les pays. Wikileaks a aussi eu un rôle semblable: en rendant publics l’espionnage des diplomates ou les crimes de guerre, l’organisation Wikileaks a permis de mettre fin à des abus et à réguler la politique internationale en faveur de plus de justice et d’une prise de conscience face aux enjeux de la démocratie dans le monde.

Finalement, ce qu’on peut en conclure, c’est qu’au vu de toutes les questions qui concernent les droits de l’homme, il est à peu près évident que l’ONU a des liens avec Wikileaks. Que tant de choses les rapprochent uniquement par le hasard serait peu probable. Comme les pièces d’un puzzle, tous les éléments prennent sens dans ce tableau: Wikileaks et l’ONU, on dirait que c’est un peu la même chose, avec un but commun dans la défense des droits de l’homme et l’instauration d’une paix mondiale. Mais de là à savoir si l’ONU a pu être à l’origine d’une idée comme Wikileaks, avoir incité ou eu une influence dans la création de l’organisation, lui fournir des documents secrets ou une quelconque forme d’assistance — pour le savoir, il faudrait le demander à Julian Assange lui-même, si seulement il se sentait le courage de faire toute la transparence sur son organisation! Si Wikileaks avait des liens avec l’ONU, pourquoi l’aurait-il caché? Est-ce que la défense des droits de l’homme serait une chose que l’on cache et que l’on dissimule au public?… Ce serait somme toute assez bizarre de se dire que Wikileaks a peut-être bénéficié de l’assistance d’une organisation internationale telle que l’ONU: d’un côté, cela paraîtrait normal puisqu’ils défendent tous deux les droits de l’homme; d’un autre côté, pourquoi Wikileaks se décrirait comme une organisation non-gouvernementale? S’il y avait un lien avec l’ONU, ce serait certainement préférable de dire les choses clairement au grand public et aux médias, pour permettre à chacun de comprendre le vrai sens du combat de Wikileaks.

kimono

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Le journal Haaretz prend la défense des lanceurs d’alerte

Gideon Levy, 27/10/2013

« Snowden, Assange, Manning, Vanunu – les vrais héros de notre temps »

Les lanceurs d’alerte sont encore considérés comme des traîtres, mais les vrais traîtres sont ceux qui ont été responsables des actes qu’ils ont exposés

Si la chancelière allemande était vraiment une femme d’Etat brave, elle inviterait Edward Snowden à demander l’asile politique dans son pays et à lui rendre hommage. Son collègue, le président français, devrait avoir fait de même. Angela Merkel et François Hollande auraient dû remercié Snowden – l’ex-employé de la CIA qui a révélé le système d’écoutes arrogant que les Etats-Unis ont exploité…

Source: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.554528

Snowden à Moscou: « Le lobby US a tout mis en branle pour le faire extrader »

Snowden à Moscou
Snowden à Moscou, par Israël Adam Shamir depuis Moscou.

Au milieu de son bref été, Moscou est frais et calme. Les trottoirs sont envahis par les tables des bistrots, les clients sont là, joyeux, et les encombrements diminuent quelque peu du fait des vacances. Le seul danger pour les hommes, ce sont les minijupes étourdissantes.

Dans quelques jours au plus tard, les charmes et les tentations de la ville seront à la portée d’Edward Snowden, qui va recevoir sa carte de réfugié lui permettant de marauder librement à travers toutes les Russies et de se familiariser avec les habitants.

Ce sera là un dépaysement bienvenu après l’aéroport international de Seremetyevo, où il a été longtemps relégué. C’est un vaste aéroport, et il y a là des malheureux, principalement des réfugiés sans papiers, qui y passent dix ans ou plus, en transit. On a cru un moment que notre héros serait retenu à jamais dans ces limbes. Les Russes et l’intrépide Snowden se regardaient en chiens de faïence, en maintenant les distances, jusqu’au moment où ils ont brisé la glace. Snowden est parvenu à rencontrer quelques représentants du public russe: des membres du Parlement (la douma, en russe), des militants pour les droits humains, des avocats prestigieux.

 Il leur a rappelé qu’il « était habilité à fouiller dans tous vos échanges, à lire vos messages et à entreprendre des poursuites, jusqu’à changer le destin des gens, sans avoir à se justifier. » Il a invoqué la Constitution US qui est constamment bafouée par les hommes de l’ombre, dans la mesure où celle-ci « interdit tous les systèmes de surveillance massifs et invasifs ». Il a rejeté très justement la ruse légale des tribunaux secrets d’Obama, car aucun secret ne saurait blanchir ce qui est impur. Il a rappelé le principe de Nuremberg: « les citoyens ont le devoir de violer les lois de leur pays pour  empêcher des crimes contre la paix et contre l’humanité ». Et ce système de surveillance totale est certainement un crime contre l’humanité, la pierre d’angle du régime implacable qu’ils projettent d’implanter sur toute la planète. Lorsque cette déclaration a été interrompue par les haut-parleurs annonçant mécaniquement  un vol imminent, il a eu un sourire exquis pour dire: « j’ai entendu cela si souvent pendant toute cette semaine ».

Les Russes l’ont adoré; ils se sont mis à le voir d’un autre œil, comme je le prévoyais quand j’ai lancé un appel pour cette rencontre dans les pages du principal quotidien russe, le KP  (Komsomolskaya Pravda). Et maintenant nous apprenons que les Russes ont décidé de lui donner le statut de réfugié et de lui garantir toute liberté de mouvement.

Pourquoi ont-ils hésité si longtemps?

 Snowden est un Américain, et les Américains, comme les Anglais, ont de forts préjugés contre la Russie, leur ennemi commun pendant la Guerre froide. Pour eux, c’est le pays du Goulag et du KGB. Les deux menaces se sont évanouies il y a plusieurs dizaines d’années, mais les traditions résistent, parfois sans fin. D’ailleurs le Goulag et le KGB n’étaient guère que des versions modernisées du knout des Tsars et de l’affreux régime des serfs au XIX° siècle, qui peut fort bien être remis à jour par la nouvelle mafia d’État brutale, telle que l’a mise à jour Luke Harding. Pour un Américain moyen, il est pratiquement impossible d’envisager un rapprochement avec la Russie. Surtout pour un Américain qui servait dans les rangs de la CIA et de la NSA, comme c’était le cas de Snowden. Et lui estimait que s’il choisissait d’embrasser la Russie, il perdrait son statut de lanceur d’alerte et serait considéré comme un agent ennemi, ce qui n’était pas du tout la même catégorie.

La même chose était arrivée à Julian Assange, en fait. Quand il fut proposé au créateur de Wikileaks de trouver refuge en Russie (ce qui techniquement était possible), il remit la proposition à plus tard, traîna des pieds et resta en Angleterre, se montrant de fait incapable de franchir le grand fossé qui sépare l’Ouest de l’Est, l’Orient de l’Occident.

Snowden ne cherchait pas à se retrouver sous les projecteurs, bien au contraire. Il souhaitait mettre un terme aux crimes commis par la NSA au nom du peuple américain, ni plus ni moins. Il espérait devenir une nouvelle Gorge Profonde, dont l’identité ne serait jamais révélée. Ses premières révélations importantes, il les avait faites par correspondance; il avait pris un avion pour Hong Kong parce que c’est une ville qu’il connaît bien, il parle couramment chinois, et projetait de rentrer ensuite chez lui à Hawaï. Il apparaît que c’est le Guardian (anglais) qui l’a poussé à révéler son identité. Même à ce stade il se croyait encore en sécurité, parce que Hong Kong relève de l’autorité souveraine de la Chine, et la Chine est un État puissant, qu’on ne bouscule pas facilement.

Les Chinois ont mis à profit les révélations de Snowden pour contrecarrer les accusations américaines d’espionnage électronique, mais ils n’allaient pas mettre à mal leurs relations avec les US pour ses beaux yeux, et ils se sont débarrassés de la patate chaude. Geste final délicat, ils ont eu la courtoisie de lui donner 24 heures pour déguerpir. Il était bien obligé de décamper, et il a sauté dans un vol d’Aéroflot pour Moscou en compagnie de Sarah Harrison, une exquise  lady anglaise qui fait partie du comité directeur de Wikileaks.

 Snowden a donc atterri à Moscou, mais n’avait jamais envisagé de demander asile à la Russie. Pour lui, c’était juste une étape vers un pays neutre, l’Islande ou le Venezuela, bref,  quelque part en Occident. Il prévoyait de s’envoler vers La Havane et d’y changer d’avion pour Caracas. Il n’avait pas réalisé que l’État profond aux US a le bras fort long, et qu’il était bien décidé à s’emparer de sa personne et à lui appliquer un châtiment exemplaire.

 Au début, les Américains ont exercé des pressions énormes sur Cuba pour que l’escale lui soit refusée. Ils ont menacé Cuba d’un débarquement assorti de blocus complet, et Castro a demandé à Snowden de se chercher un autre itinéraire. Il n’y a qu’Aeroflot qui aurait pu sortir Snowden de Russie, et sa ligne passe forcément par La Havane. D’où l’échec du premier projet.

 Le sommet gazier qui se tenait à Moscou lui offrait  une autre issue de secours: il y avait là les présidents  de la Bolivie et du Venezuela, qui étaient venus pour la conférence dans leurs avions privés capables de faire ce long vol. Le président bolivien Evo Morales était parti le premier; son avion a été forcé d’atterrir, et fouillé, ce qui constitue un précédent historique inédit jusqu’alors. Ceci a servi d’avertissement pour le président Nicolas Maduro, qui quittait bientôt Moscou sans embarquer Snowden.

Ce fut une découverte pour Ed Snowden: il a appris à ses dépens qu’il n’y a qu’un pays au monde qui soit hors d’atteinte de l’oncle Sam. Il n’y a qu’un pays qui soit une véritable alternative à l’Empire, le seul pays que ni les bataillons de la Navy ni les drones d’Obama ne bombarderont, le seul pays dont les avions ne peuvent pas être arraisonnés et fouillés. Il était donc prêt à chercher l’entente avec les Russes; il a renouvelé sa demande d’asile provisoire, qui va probablement  lui être accordée.

Les Russes aussi ont hésité. Ils n’avaient pas envie d’irriter les US, ils étaient conscients que Snowden n’avait pas cherché à se rapprocher d’eux, et s’était juste retrouvé piégé lors d’une escale. C’était la patate chaude, et bien des gens étaient convaincus qu’il vaut mieux suivre l’exemple chinois, et l’envoyer ailleurs.

Le lobby US a tout mis en branle pour le faire extrader. Il y avait des militants pour les droits de l’homme et des membres d’ONG parmi les employés du Département d’Etat. Les Américains mettent ces gens et ces organisation en avant, comme leur cinquième colonne.

Lyudmila Alexeeva  en est un exemple en Russie; c’était une dissidente anti soviétique, elle a obtenu la nationalité américaine, elle est revenue en Russie et a repris sa bataille pour les droits humains et contre l’État russe. Elle crie sur les toits que Snowden est un traître, ne le voit nullement comme un lanceur d’alerte ou un défenseur des droits humains. Et il devrait être renvoyé aux USA, a-t-elle averti. D’autres dissidents notoires  et combattants contre le régime de Poutine ont applaudi, et se sont démasqués, apparaissant sous leur vrai jour.

Il y avait aussi quelques  siloviki qui étaient contre Snowden. Ce sont des membres et ex-membres de la communauté des services secrets russes, qui ont endossé le concept de convergence entre services de sécurité, et ont collaboré avec les Américains et d’autres services, en particulier ceux d’Israël. Ils ont dit que la loyauté envers le service auquel on appartient est la vertu la plus importante, et qu’un traître ne saurait être cru. Ils ont souri devant les révélations de Snoden en disant qu’ils savaient tout ça depuis longtemps. Ils ont dit qu’on ne saurait prendre au sérieux son désaccord avec Washington. C’est également la ligne défendue par Konstantin Remchukov, important patron de média, le propriétaire de la  Nezavisimaya Gazeta, qui en a rajouté, traitant Snowden d’espion chinois.

 Enfin, on a entendu les conspirationnistes croasser que Snowden est un cheval de Troie, envoyé pour forcer les portes des secrets d’État russes. C’était de fait un agent double de la CIA, arguent-ils. Pas du tout, c’est un agent du Mossad, concluent d’autres encore. Et rendez-le donc aux Américains, assènent-ils. C’est bien là la pierre de touche qui a mis en lumière nombre d’agents américains, qu’ils passent pour des défenseurs des droits humains ou pour d’aussi fallacieux membres des services de sécurité.

Parmi ceux qui soutiennent Snowden en Russie, on trouve mon ami le poète Eduard Limonov, qui a qualifié Snowden d’annonciateur de l’effondrement du monde unipolaire. Mon journal, KP, a également embrayé. La télévision d’État a choisi une approche prudente, et n’accordait guère de poids aux découvertes de Snowden.

Le président Poutine a également joué avec précaution. Il a d’abord écarté les rumeurs envisageant la livraison de Snowden à Obama avec une formule laconique: « La Russie n’extrade personne, vers aucun Etat. » Puis il a offert l’asile à Snowden à condition qu’il cesse d’attaquer les US. C’est la condition habituelle que l’on pose aux demandeurs d’asile politique. Il a ajouté que Snowden n’accepterait probablement pas, parce qu’il veut continuer à livrer bataille, « exactement comme feu Sakharov », le célèbre dissident de l’ère soviétique. Il a aussi tenté de dissuader les Américains de poursuivre Snowden, comparant cette chasse à l’homme comme » la tonte d’un porcelet », qui déclencherait des hurlements et ne rapporterait guère de laine. La manœuvre a porté ses fruits: Snowden a accepté la condition préalable et a choisi de demander un asile provisoire en attendant que la route de l’Amérique latine s’ouvre devant lui; le président pour sa part a sauvé la face et a fait de son mieux pour éviter une bagarre avec les US et avec le puissant lobby pro-américain de Moscou. Je voudrais dire que malgré son image de macho autocrate, Poutine ne contrôle nullement les media russes libres, qui sont généralement propriété de barons tout-à-fait dévoués à l’Occident. Ses prises de position dans les débats nationaux sont à peine relayées.

Le dirigeant russe n’a pas cherché la confrontation. D’une façon générale, il ne cherche pas à semer la pagaille. Il se montre plutôt comme quelqu’un de circonspect et porté sur le conservatisme. Il préférerait probablement que Snowden s’envole sous d’autres cieux, d’autant plus que Snowden, qui est un patriote américain, ne partagerait pas les joyaux de la couronne avec les Russes. Il a fait traîner longuement son autorisation  protectrice pour que Snowden puisse rencontrer le public russe. Ce qui n’a pas empêche les Américains, tout au long de cette étape, de rajouter des listes entières de noms à la liste Magnitsky, liste secrète de Russes dont les propriétés et les comptes en banques peuvent être confisqués (« gelés » est le terme technique qu’ils utilisent). Les membres du Congrès ont pu déblatérer librement contre Poutine, et diffamer la Russie tout leur soûl. Attendez un peu, vous allez voir qu’Obama va téléphoner à Poutine ce soir et qu’il va nous renvoyer le paquet Snowden aussi sec, disait le porte-parole  de la Maison Blanche. Pendant ce temps-là, les US ont continué à échafauder leurs machinations contre la Syrie au Moyen Orient, et Israël a pu bombarder tranquillement les positions syriennes, probablement avec le soutien américain. Au lieu de lui manifester le moindre égard, Obama a essayé d’intimider Poutine. C’était une tactique erronée, et contre-productive.

Au même moment, la Russie a effectué un contrôle soudain de ses  disponibilités militaires, et n’écarte apparemment aucune option. Ce grand pays ne cherche pas la bagarre, mais ne bat pas en retraite non plus. Snowden est en sécurité ici à Moscou, où personne ne peut lui faire de mal, de sorte qu’il va pouvoir exposer devant le monde entier les crimes contre l’humanité commis par les services secrets américains. Et Moscou est un lieu de villégiature exceptionnel, particulièrement en été.

Israël Adam Shamir
Moscou, 21 juillet 2013

adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Source: http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

Poutine: Snowden bloqué en Russie par la faute des USA

15 juillet – RIA Novosti

Les Etats-Unis ont bloqué l’ex-agent de la CIA Edward Snowden en Russie, a déclaré lundi le président russe Vladimir Poutine, précisant que Moscou n’était pas le lieu de sa destination et qu’il devait seulement y passer en transit.

« Il est arrivé sur notre territoire sans invitation. Ce n’est pas chez nous qu’il voulait se rendre, mais dans d’autres pays. Or, dès que son avion a décollé et que nos partenaires américains l’ont appris, ils ont bloqué tous ses déplacements ultérieurs », a indiqué M. Poutine lors d’une rencontre avec des étudiants dans les environs de Saint-Pétersbourg.

« Ils [les Etats-Unis] ont intimidé tous les autres pays, si bien que personne ne veut l’accueillir. En fait, ils l’ont bloqué sur notre territoire », a conclu M. Poutine.

L’informaticien Edward Snowden, recherché par Washington pour avoir divulgué des renseignements secrets sur l’espionnage électronique américain, est coincé depuis plus de deux semaines dans la zone de transit de l’aéroport Cheremetievo de Moscou. Son passeport américain étant annulé, il fait l’objet de trois chefs d’accusation, chacun pouvant lui coûter jusqu’à 10 ans de prison. Il est notamment inculpé de transfert illégal d’informations relevant de la sécurité nationale, de transfert prémédité de renseignements secrets et de détournement de patrimoine public.

Aucun pays européen ne veut laisser ce « lanceur d’alerte » passer par son territoire. Début juillet, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal ont même fermé leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales, soupçonnant la présence d’Edward Snowden à bord de l’appareil. L’avion a été obligé d’atterrir d’urgence à Vienne (Autriche) où il a été fouillé.

Source: http://fr.rian.ru/world/20130715/198780276.html

Affaire Snowden: la France aphone, par Eva Joly

EDWARD-SNOWDEN

Eva Joly,
Députée européenne EELV,
ancienne candidate à la présidentielle de 2012

Publication: 15/07/2013 06h29

Alors que Edward Snowden vient de demander l’asile à la Russie de Vladimir Poutine, il convient de rappeler que l’aspect feuilletonesque des tribulations du lanceur d’alerte ne doit pas nous faire oublier l’essentiel: nous ne sommes pas dans une fiction, et cette affaire jette une lumière crue sur la réalité des relations internationales et sur le rang qu’y tient la France.

Notre vieille nation aime à croire qu’elle est une grande nation; influente sur le cours du monde parce qu’écoutée dans le concert des nations. Plaident pêle-mêle pour cette thèse notre Histoire, le rôle central que nous jouons dans la construction européenne, notre statut de membre du conseil de sécurité à l’Onu, notre rang économique, la place particulière que nous occupons sur le continent africain, la capacité de résistance que l’on prête volontiers à nos dirigeants et la réputation d’être le pays des droits de l’Homme.

A rebours de cette vision par trop optimiste, nombre d’esprits préfèrent entonner l’éternel refrain du déclin de la France. Rien ne me porte à rejoindre leurs rangs, car je connais la vitalité démocratique de notre pays, et ce, d’autant plus que parcourant le monde, je sais quels espoirs le simple mot de France peut susciter partout sur la planète. Mais je dois constater avec tristesse que la manière dont l’actuel gouvernement a agi dans sa gestion de l’affaire Snowden illustre une forme de renoncement à tenir notre rang qui ne présage rien de bon.

Je rentre du Brésil: le récent comportement du gouvernement français y a suscité doutes, interrogations, inquiétudes et déception. Comment expliquer que nous ayons pu interdire à Evo Morales de survoler notre territoire au motif, au demeurant erroné, que l’avion présidentiel aurait pu transporter Edward Snowden? Cette décision constitue une triple faute.

En premier lieu, elle est signe de faiblesse. Nous venons de donner l’impression que la France est devenue l’auxiliaire de police du gouvernement des Etats-Unis, et que celui-ci peut à sa guise nous dicter notre conduite. Rappelons quand même que nous venons de découvrir que la France faisait partie des pays espionnés par les Etats-Unis. De manière hallucinante, notre réponse ne fut pas de trouver une réponse à la hauteur du problème ni même de seulement tendre l’autre joue: elle fut de céder complaisamment aux demandes impérieuses d’un Etat qui n’était pourtant pas en situation d’exiger de nous une telle chose, au regard de son comportement inamical. Ce réflexe de soumission est dévastateur.

En second lieu, il s’agit d’une faute stratégique: pour faire plaisir à Barack Obama, nous venons d’envoyer un bien mauvais signal à l’Amérique latine. Nous fâcher avec les pays d’Amérique latine en humiliant inutilement le président bolivien est une erreur majeure. Quelle méconnaissance de notre histoire ! Alors que dans les années 70, la France fut terre d’accueil pour nombre de réfugiés politiques chiliens, argentins ou uruguayens, nous voilà aujourd’hui aidant à la traque d’un homme dont le seul crime, jusqu’à ce qu’on nous apporte la preuve du contraire, est d’avoir dénoncé des actes scandaleux de la part de son gouvernement. Pensons-nous que l’Amérique latine a oublié le tristement célèbre plan Condor et est disposée à accepter que nous nous fassions dicter notre politique par les Etats-Unis quand il s’agit d’agir pour les droits de l’Homme? Je gage que notre image est durablement écornée par le mauvais road-trip aérien que nous avons imposé au président d’une nation dont la dignité vaut bien celle des Etats-Unis d’Amérique.

En dernier lieu, je considère qu’il était moralement infondé d’agir de la sorte. Loin de participer à une chasse à l’homme, la protection des lanceurs d’alerte devrait au contraire être un objectif naturel d’un pays tel que le nôtre. Nous aurions dû offrir l’asile politique à Snowden au lieu de concourir, même de manière indirecte, à le pourchasser. Je crois à un monde multipolaire, et je milite pour un rééquilibrage des relations internationales. Les Etats-Unis sont nos alliés. En aucun cas nous ne devons admettre de devenir leurs vassaux. Entre les coups de menton cocardiers de l’ère Sarkozy et la génuflexion contrite du président Hollande, il existe une autre voie, qui est celle d’une France offensive dans la défense de ses valeurs et réaliste dans la défense de ses intérêts. Les choses sont parfois plus simples qu’on ne le croit. Quand on hésite sur le chemin à suivre, souvenons-nous que le courage peut servir de boussole. Sur la scène internationale, le premier acte de l’existence, c’est la résistance. Dans l’affaire Snowden, la France doit quitter les rivages du silence embarrassé, et faire enfin entendre sa voix. C’est une question de valeurs autant que de géopolitique.

Source: http://www.huffingtonpost.fr/eva-joly/affaire-snowden-la-france-aphone_b_3595768.html?utm_hp_ref=international

Lire aussi: « EELV demande à François Hollande d’accorder l’asile politique à Edward Snowden »
http://eelv.fr/2013/07/01/eelv-demande-a-francois-hollande-daccorder-lasile-politique-a-edward-snowden/

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