Exclusif: Face à face avec Edward Snowden à Moscou sur Trump, Poutine et les espoirs de plus en plus réduits d’un pardon présidentiel

Yahoo News Vidéo, 5 décembre 2016

Dans un entretien exclusif avec la commentatrice Katie Couric (Yahoo Global News) en Russie, Edward Snowden, l’ancien contracteur fugitif de la NSA qui a divulgué des informations sur les activités de surveillance américaines, parle de Poutine, de la vie en Russie avec sa petite amie de longue date et de la possibilité de retourner aux Etats-Unis pour faire face à la justice dans l’administration Trump.

Voir la vidéo: https://www.yahoo.com/news/exclusive-face-face-edward-snowden-090346357.html

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Citizen Four: Le documentaire sur Edward Snowden en ligne

https://citizenfourfilm.com/

Voir le documentaire intégral: http://documentaryheaven.com/citizenfour/

Pourquoi l’affaire Snowden a été utile au gouvernement américain

Tout a commencé à Hong Kong, en juin 2013, quand Laura Poitras et Glenn Greenwald ont dévoilé l’identité d’un jeune analyste des services secrets américains qui lançait l’alerte sur le programme Prism de la NSA. Edward Snowden est très vite qualifié de « traître », dès le début de l’affaire, par certains hommes politiques aux Etats-Unis, notamment par Dick Cheney. En août 2013, Obama affirme, tout en engageant des promesses de réformes au sein de la NSA: « Non, je ne pense pas que M. Snowden a été un patriote. » (CNN) Mais cet avis négatif contraste, malgré tout, avec les premiers idéaux défendus par Obama, quand il parlait de la défense des lanceurs d’alerte:

« Protéger les lanceurs d’alerte: Souvent, la meilleure source d’information sur les pertes, la fraude et les abus au sein du gouvernement, c’est un employé du gouvernement existant commis à l’intégrité publique et disposé à parler. De tels actes de courage et de patriotisme, qui peuvent parfois sauver des vies et souvent faire économiser des dollars au contribuable, devraient être encouragés plutôt qu’étouffés. Nous devons responsabiliser les employés fédéraux comme garde-fous face à des actes répréhensibles et des partenaires qui agissent. Barack Obama va renforcer les lois sur les lanceurs d’alerte pour protéger les travailleurs fédéraux qui exposent les pertes, la fraude et l’abus de pouvoir au sein du gouvernement. Obama fera en sorte que les organismes fédéraux accélèrent le processus d’examen des demandes en matière de divulgation et que les lanceurs d’alerte aient pleinement accès aux tribunaux et à une procédure régulière ». (Policy.Mic)

Un article du Guardian daté de janvier 2014 montre bien cette contradiction entre, d’un côté, les critiques et les attaques contre Snowden dans les médias, et de l’autre, un gouvernement américain qui admet timidement que cette affaire a été utile à ouvrir le débat, un gouvernement qui avoue d’une certaine manière qu’ils n’auraient pas pu réformer le monde du renseignement sans tout le chaos de cette affaire:

Malgré sa critique de la divulgation des documents par Snowden, Obama a reconnu l’importance du débat sur la surveillance du gouvernement.

« Une chose dont je suis certain: c’est que ce débat nous rendra plus forts », a déclaré Obama. (The Guardian)

De là, à demander: le chaos de l’affaire Snowden a-t-il été savamment orchestré pour conduire à des réformes réfléchies et projetées par le gouvernement américain depuis une assez longue période?… On ne pourra jamais l’affirmer avec certitude, mais le gouvernement américain a certainement pu en tirer plus d’avantages qu’on ne pense.

Si on résume quelques aspects de l’affaire Snowden qui ont pu profiter au gouvernement américain:

– Cela a permis d’informer le grand public sur les programmes de surveillance, alors que jamais une telle prise de conscience ne s’est accomplie au niveau mondial dans les médias. Si l’objectif était l’information de masse sur la surveillance, on peut dire que c’est réussi.

– Le débat sur la vie privée a pu être lancé au niveau mondial, tout en exposant le caractère technique de ce problème. Les technologies qui protègent l’anonymat, comme le logiciel TOR, ont pu être mieux connues et expliquées au grand public.

– Le débat éthique a pu se poser au sein des services de renseignement, tout en posant la question de l’efficacité des méthodes de surveillance. La collecte des données n’améliore pas forcément la sécurité, comme on l’a appris en ce qui concerne le terrorisme.

– La NSA a pu attirer de jeunes recrues au sein de ses services de renseignement, grâce à la médiatisation des révélations d’Edward Snowden, en exposant le travail des services secrets et en utilisant l’image d’un lanceur d’alerte auquel n’importe quel adolescent peut s’identifier.

– Les Etats-Unis ont pu relancer une forme de guerre froide avec la Russie, quelques mois à peine avant le conflit en Ukraine. Etait-ce une coïncidence si Snowden a trouvé refuge à Moscou? Sa mission aurait-elle pu être d’infiltrer le renseignement russe au profit des services secrets américains?

– Les médias ont pu montrer Hong Kong comme une ville de liberté d’expression qui a largement soutenu le lanceur d’alerte, dans un contexte de domination et de conflit idéologique avec la Chine, un conflit qui a récemment pris la forme de la « révolution des parapluies » en septembre-octobre 2014, soit un an après l’affaire Snowden.

Ce sont autant d’éléments qui peuvent indiquer que les révélations d’Edward auraient pu être planifiées au plus haut niveau du gouvernement américain, dans un objectif calculé de réformes politiques. Mais, d’un autre côté, on ne peut pas exclure la possibilité que tout cela soit dû au hasard et à la bonne conscience d’un ancien agent de la NSA dont le courage servira de modèle aux générations futures.

A tout cela vient s’ajouter aujourd’hui une réforme de la CIA, ainsi qu’une réforme qui a – semble-t-il – échoué pour les agents du Pentagone en novembre dernier:

Le Pentagone a revu à la baisse son plan pour assembler un service d’espionnage à l’étranger capable de rivaliser en taille avec la CIA (Washington Post)

Mais si le Pentagone semble avoir abandonné son projet de réforme, la réforme de la CIA a sans doute plus de chances d’être mise en place par le gouvernement américain:

Le directeur de la CIA John Brennan fait la promotion d’un plan de réorganisation de la Central Intelligence Agency qui rendra plus probable que l’analyse du renseignement sera politisée afin de soutenir les intérêts de la Maison Blanche et des décideurs de haut niveau. (Counterpunch)

On peut donc effectivement dire que l’affaire Snowden a bouleversé le monde du renseignement américain et que toutes ces réformes n’auraient pas eu lieu sans une prise de conscience collective face aux défis de la surveillance.

Il y a eu non seulement un renforcement du débat sur la surveillance, mais aussi un renforcement du rôle des services secrets, grâce à la modernisation et aux réformes en cours qui ont pour but d’améliorer leur efficacité, tout en respectant mieux la vie privée des citoyens.

Au bout du compte, Snowden a simplement mis en évidence les failles du système de surveillance américain. Et comme tout système, il y a toujours des choses à améliorer.

kimono

CC BY-SA

L’Equateur envisage d’exclure les offres comme Wikileaks, bien qu’il « loge » Assange

Mike Masnick, 22 août 2013

depuis le département faites-attention-à-qui-sont-vos-amis

Nous avons toujours souligné que l’Equateur était un choix quelque peu étrange de Julian Assange pour demander l’asile, étant donné que le pays ne dispose pas d’une grande expérience sur la liberté de la presse. Et certaines actions récentes ont suggéré que, même si Assange est retranché dans l’ambassade équatorienne à Londres, la relation entre Assange et l’Equateur est tendue. Considérant cela, peut-être n’est-il pas surprenant que l’Équateur envisage maintenant un nouveau projet de loi qui criminaliserait la publication de documents classifiés, ce qui certainement ferait devenir une partie importante de Wikileaks en une opération criminelle:

Pablo Romero, le directeur de l’agence de renseignement SENAIN de l’Équateur, a demandé au Comité de la justice de l’Assemblée nationale de l’Equateur, le 8 Août d’élaborer une législation qui «criminaliserait la divulgation de renseignements confidentiels de l’Etat» et exigerait d’éventuels éditeurs à obtenir l’approbation du gouvernement avant publication. Romero a donné comme exemple la publication hypothétique des salaires des agents spéciaux.

Le projet de loi interdirait la publication de documents classifiés, même s’ils avaient déjà été publiés à l’étranger.

Ceci est, bien sûr, une belle attaque d’envergure sur la liberté de la presse, ce qui semble un peu ironique. Je sais que les gens vont probablement l’utiliser pour attaquer Assange, tout comme ils attaquent Ed Snowden de se retrouver en Russie – mais, dans les deux cas, ceci semble de la colère mal placée. La colère doit être orientée vers les pays qui mettent en place de telles terribles politiques. Le fait qu’Assange ait fini avec l’Équateur et Snowden avec la Russie a beaucoup plus à voir avec les réalités politiques de gens qui essaient de rester à l’écart d’un gouvernement américain plus agressif que jamais et qui semble tenir mordicus à placer les deux hommes en prison aussi longtemps que possible. Compte tenu de cette réalité – combinée avec le fait que les États-Unis ont retiré le passeport de Snowden – ils avaient vraiment peu de choix. Oui, ce serait bien si les croyants à la liberté de la presse pouvaient aller dans un endroit qui respecte la liberté de la presse, mais il y en a, malheureusement, très peu qui se qualifient de nos jours – et lorsque le pays qui se met en place comme le plus grand protecteur de la liberté de la presse, les États-Unis, piétine ces libertés pour essayer d’obtenir ces deux gars, leurs options sont exceptionnellement restreintes.

Source: https://www.techdirt.com/articles/20130821/22402024279/ecuador-looks-to-ban-wikileaks-like-offerings-despite-housing-assange.shtml

L’Equateur enlève les documents de voyage d’Ed Snowden parce que Julian Assange pense qu’il en est chargé

TechDirt, 28 juin 2013

Les choses continuent d’être de plus en plus ridicule concernant le drame de l’asile d’Ed Snowden. Rien n’a jamais vraiment été pleinement expliqué pour savoir comment ou pourquoi Snowden a décidé de s’associer à Wikileaks pour obtenir de « l’aide » afin de trouver un endroit pour obtenir l’asile, mais depuis lors, Wikileaks s’est présenté comme le porte-parole de Snowden, et apparemment cela ne va plus bien avec certaines personnes, dont l’Équateur, le seul pays à exprimer le plus en évidence l’intérêt dans l’octroi de l’asile à Snowden, et le pays qui lui a accordé des documents de voyage. Sauf que, en grande partie à cause de la connexion Wikileaks, l’Équateur a retiré ces documents, dans un mouvement qui semble être une combinaison d’une politique étroite et de dépit:

Le Président Rafael Correa a arrêté un effort pour aider Snowden à quitter la Russie, face aux craintes qu’Assange a usurpé le rôle du gouvernement équatorien, selon une correspondance diplomatique divulguée et publiée vendredi.

Au milieu des signes où Quito était en refroidissement avec Snowden et irrité avec Assange, Correa a déclaré invalide un document de voyage temporaire qui aurait pu aider à extraire Snowden de son emplacement signalé à Moscou.

Correa a déclaré que le sauf-conduit délivré par le consul de l’Equateur à Londres – en collaboration avec Assange – n’était pas autorisé, après que d’autres diplomates équatoriens ont dit en privé que le fondateur de WikiLeaks pourrait être perçu comme « étant le meneur du spectacle ».

Apparemment, certains responsables équatoriens ont pressé le président de l’Équateur à se distancier d’Assange, et que la perception du public a été qu’Assange menait le spectacle, plutôt que l’Equateur. Bien sûr, je me demande combien cela a à voir avec d’autres fuites concernant aussi bien les propres efforts de surveillance de l’Équateur. Ou, peut-être plus probablement, combien cela a à voir avec des menaces venant des États-Unis si l’Equateur devait accueillir Snowden.

Il semble probable que, même sans documents de voyage de l’Équateur, un pays sera heureux de récupérer Snowden. Mais, en attendant, cela présente encore une autre difficulté.

Source: https://www.techdirt.com/articles/20130628/15243323664/ecuador-pulls-ed-snowdens-travel-papers-because-julian-assange-thinks-hes-charge.shtml

Edward Snowden: « Si je finis à Guantanamo, je peux vivre avec »

Interview des journalistes du Guardian avec Edward Snowden, à Moscou, le 10 juillet 2014

Edward Snowden, le lanceur d’alerte de la NSA, parle exclusivement avec Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, et le journaliste Ewen MacAskill à Moscou. L’ancien analyste du renseignement, âgé de 31 ans, répond à la question de savoir s’il est un espion russe, sur son destin probable s’il retourne aux États-Unis et sur la pertinence du [roman] 1984 de George Orwell à l’ère de Google.

Lire la transcription intégrale de l’interview d’Edward Snowden à Moscou: http://www.theguardian.com/world/2014/jul/18/-sp-edward-snowden-nsa-whistleblower-interview-transcript

Source: http://www.theguardian.com/world/video/2014/jul/17/edward-snowden-video-interview

NSA: « Les réformes du gouvernement américain sont vides de sens » – Entretien avec Glenn Greenwald

On lui doit les révélations sur les programmes de surveillance de la NSA, à l’origine de l’affaire Snowden. Le journaliste américain Glenn Greenwald est actuellement en France à l’occasion de la sortie de son livre « Nulle part où se cacher », qui revient sur ce scandale. Rencontre.

Son nom est moins connu que celui Edouard Snowden. Pourtant, c’est lui, le journaliste américain Glenn Greenwald, qui est à l’origine des révélations fracassantes sur l’espionnage de la NSA (Agence nationale de la sécurité aux Etats-Unis), en 2013, dans « The Guardian ». Ce scandale a provoqué un séisme diplomatique à l’échelle mondiale mais aussi un vif débat sur les pratiques intrusives des États à l’encontre de leurs citoyens.

À l’occasion de la sortie en France de son livre « Nulle part où se cacher », qui retrace cette affaire au jour le jour, Glenn Greenwald revient, pour FRANCE 24, sur les conséquences de cette affaire. Morceaux choisis. 28/05/2014 L’ENTRETIEN

(youtube)

Edward Snowden est de retour dans les médias

Après un long moment où il n’était plus présent dans les médias, voici qu’Edward Snowden réapparaît pour nous livrer sa vérité sur l’affaire de la NSA et sur son passé d’espion:

Dans une interview sur NBC News avec Brian Williams, il affirme notamment avoir été un espion et avoir travaillé pour différentes missions des services secrets américains, y compris à l’étranger sous de fausses identités. Il affirme avoir travaillé pour « la CIA, la NSA et le Pentagone ».

Snowden affirme qu’il était un agent secret (20min.ch): Lire l’article

Le lanceur d’alerte Snowden à la télé américaine: « J’ai reçu une formation d’espion » (extraits de NBC News)

D’autre part, ces derniers jours, Glenn Greenwald a estimé qu’un pays comme la Suisse devrait accorder l’asile politique à Edward Snowden. Selon lui, il y aurait peu de conséquences pour ce pays et peu de chances que les Etats-Unis punissent la Suisse, qui est un partenaire important dans le domaine de la surveillance et du renseignement.

«La Suisse doit accorder l’asile à Snowden» (lematin.ch): Lire l’article

Du côté américain, les propos sont beaucoup moins tendres:

John Kerry accuse Edward Snowden d’aider les terroristes et de mettre en danger des vies (ABC News)

John Kerry: Edward Snowden, un lâche… un traître (politico.com)

Mais, visiblement, les Américains sont les seuls à penser toutes ces choses négatives, car dans le reste du monde, Edward Snowden est traité comme un héros et plusieurs gouvernements lui sont très reconnaissants d’avoir livré au monde entier les documents de la NSA. Ainsi, ne vous fiez pas aux propos de John Kerry, secrétaire d’Etat des Etats-Unis, et surtout n’ayez pas peur de soutenir Edward Snowden!

Voir le site de soutien à Edward Snowden: https://www.freesnowden.is/fr/

 

 

Les liens de WikiLeaks et de l’ONU

Personne ne s’est peut-être encore posé la question, mais à observer le phénomène Wikileaks depuis plusieurs années — le combat mené pour dénoncer les crimes de guerre, les attaques de drones, ou encore la défense de Bradley Manning —, on peut remarquer que les prises de position de Wikileaks tendent à rejoindre les centres d’intérêts de l’ONU et à coïncider avec une même perception des droits de l’homme. De là, peut-on dire que Wikileaks a des liens avec l’ONU? Aucun journaliste ne s’est jamais penché sur ce problème. Il n’y a rien d’évident dans une telle affirmation, si ce n’est que Julian Assange lui-même a affirmé, un jour, que lui et son organisation « travaillent avec des services secrets ». (TheLocal.se) Alors, pourquoi ne pas imaginer qu’il travaille aussi avec l’ONU ou certains de ses représentants dans la défense d’intérêts communs? En cinq points, nous tenterons d’élucider le problème.

1. En 2010, WikiLeaks révèle l’espionnage des représentants de l’ONU

A travers les séries de révélations du Cablegate, les fuites diplomatiques des Etats-Unis, WikiLeaks a rendu public le système d’espionnage qui avait été mis en place de manière illégale à l’égard des représentants de l’ONU. En juillet 2009, comme le précise Wikipedia, Hillary Clinton avait signé une directive qui ordonnait aux diplomates américains en fonction d’espionner leurs collègues à l’ONU, de collecter leurs « emails, mots de passe Internet et intranet, numéros de cartes bancaires, numéros de cartes de fidélité de compagnies aériennes et plannings de travail « . (Le Monde) Cette directive provient du Département d’Etat américain et a pour référence le câble n°09STATE80163 sur le site Wikileaks. Tout comme l’espionnage de la NSA révélé par Edward Snowden, l’espionnage des représentants de l’ONU avait aussi suscité la colère dans le monde politique. On peut aussi constater dans le wiki de Wikileaks que, bien avant l’année 2010, l’organisation a publié certains rapports confidentiels de l’ONU, notamment « 70 rapports d’enquête des Nations Unies classés strictement confidentiel »Ceci semble confirmer que l’ONU et Wikileaks poursuivent des intérêts communs dans la défense des droits de l’homme.

2. Le soldat Bradley Manning défendu par Juan Mendez, ancien conseiller spécial de l’ONU

Autre lien entre Wikileaks et l’ONU: Bradley Manning, qui est le soldat à l’origine de la plus grande fuite de documents secrets de l’histoire, le Cablegate. Le traitement inhumain de Bradley Manning après son arrestation par les Etats-Unis a été dénoncé par Juan Mendez, ancien conseiller spécial de l’ONU et « rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels » depuis 2010, comme on peut le lire dans la description de son parcours professionnel publié sur le site de l’ONU. Juan Mendez s’était exprimé au Guardian en avril 2011 sur l’affaire Manning: « Je suis profondément déçu et frustré par le manquement aux responsabilités du gouvernement américain à l’égard de mes tentatives pour rendre visite à M. Manning ».

3. Wikileaks, l’ONU et la dénonciation des attaques de drones

Une autre prise de position qui rapproche Wikileaks et l’ONU serait la dénonciation des attaques de drones et les nombreuses atteintes à la vie des civils. Les Nations Unies ont appelé par exemple à « la transparence dans l’utilisation des drones armés, en citant les risques d’une utilisation illégale » (Centre d’informations de l’ONU, 25 octobre 2013), et à ce que « la communauté internationale doit tenir compte des préoccupations du Pakistan sur les drones, selon un expert de l’ONU ». (Centre d’informations de l’ONU, 15 mars 2013) En décembre 2013, « l’ONU appelle à ce que les frappes de drones se conforment au droit international ». (Dawn.com) On se rappelle aussi qu’à la même période où l’ONU fait ces communiqués sur les attaques américaines, Julian Assange « dénonce les drones, les assassinats ciblés » et les « raisons arbitraires » qui conduisent les Etats-Unis à placer des personnes sur des listes d’assassinats programmés, dans une interview avec Bill Maher. Il avait appelé dans cette interview à ce que le gouvernement américain déclassifie les documents secrets sur les attaques de drones.

4. L’ONU défend et veut assurer la protection des lanceurs d’alerte

Comme nous l’avions traduit dans un article du 12 juillet 2013, « La Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a souligné vendredi la nécessité de protéger ceux qui révèlent des violations des droits de l’homme, citant le cas de l’Américain Edward Snowden », et plus largement se référant à tout type de lanceurs d’alerte qui pourraient révéler des abus sur les droits de l’homme. Les lanceurs d’alerte sont bien plus que de simples héros solitaires de la société, comme le décrivent certains médias: au contraire, rejoignant la vision de l’organisation Wikileaks, l’ONU voit clairement en eux des militants utiles à la défense des droits de l’homme, des citoyens qui doivent donc être protégés comme les autres par la Déclaration universelle des Droits de l’homme et bénéficier des mêmes droits à l’asile politique ou au statut de réfugié, etc. Les lanceurs d’alerte sont aussi perçus dans leur dimension pacificatrice, à savoir que les révélations politiques peuvent aussi aider à résoudre des conflits, à trouver l’origine réelle de certaines guerres et à favoriser ainsi la paix dans le monde. La moindre information, si insignifiante soit-elle, peut parfois changer le destin du monde — c’est pourquoi chaque lanceur d’alerte est important, et c’est pourquoi chaque être humain peut devenir un lanceur d’alerte.

5. L’ONU, comme Wikileaks, dénonce la surveillance numérique

Dans la suite du scandale de la NSA, l’ONU a pris la défense d’Edward Snowden, mais a aussi entamé toute une réflexion sur le droit à la vie privée à l’ère numérique. Dans notre dernier article, nous nous sommes penchés sur les récents communiqués de l’ONU qui proposent des résolutions pour que les droits de l’homme soient mieux pris en compte et respectés dans le cadre de la surveillance. Voici donc encore un point qui rapproche Wikileaks et l’ONU, même si beaucoup d’autres organisations défendent aussi le droit à la vie privée. Vous pouvez lire le document A/C.3/68/L.45 dont il est question sur le site de l’ONU (disponible en différentes langues, en cliquant ici). Tout cela fait beaucoup de points communs entre Wikileaks et l’ONU: la défense de Bradley Manning, Edward Snowden, la défense du statut des lanceurs d’alerte, la défense des droits de l’homme, la défense des droits à l’asile politique et au statut de réfugié (Julian Assange et Edward Snowden ne sont-ils pas aussi des demandeurs d’asile politique?), la dénonciation de la surveillance numérique, la dénonciation des guerres et des abus de toutes sortes commis pendant les conflits. A travers certains aspects, l’ONU apparaît comme une instance internationale qui permet de réguler les droits de l’homme et d’instaurer un équilibre politique entre les pays. Wikileaks a aussi eu un rôle semblable: en rendant publics l’espionnage des diplomates ou les crimes de guerre, l’organisation Wikileaks a permis de mettre fin à des abus et à réguler la politique internationale en faveur de plus de justice et d’une prise de conscience face aux enjeux de la démocratie dans le monde.

Finalement, ce qu’on peut en conclure, c’est qu’au vu de toutes les questions qui concernent les droits de l’homme, il est à peu près évident que l’ONU a des liens avec Wikileaks. Que tant de choses les rapprochent uniquement par le hasard serait peu probable. Comme les pièces d’un puzzle, tous les éléments prennent sens dans ce tableau: Wikileaks et l’ONU, on dirait que c’est un peu la même chose, avec un but commun dans la défense des droits de l’homme et l’instauration d’une paix mondiale. Mais de là à savoir si l’ONU a pu être à l’origine d’une idée comme Wikileaks, avoir incité ou eu une influence dans la création de l’organisation, lui fournir des documents secrets ou une quelconque forme d’assistance — pour le savoir, il faudrait le demander à Julian Assange lui-même, si seulement il se sentait le courage de faire toute la transparence sur son organisation! Si Wikileaks avait des liens avec l’ONU, pourquoi l’aurait-il caché? Est-ce que la défense des droits de l’homme serait une chose que l’on cache et que l’on dissimule au public?… Ce serait somme toute assez bizarre de se dire que Wikileaks a peut-être bénéficié de l’assistance d’une organisation internationale telle que l’ONU: d’un côté, cela paraîtrait normal puisqu’ils défendent tous deux les droits de l’homme; d’un autre côté, pourquoi Wikileaks se décrirait comme une organisation non-gouvernementale? S’il y avait un lien avec l’ONU, ce serait certainement préférable de dire les choses clairement au grand public et aux médias, pour permettre à chacun de comprendre le vrai sens du combat de Wikileaks.

kimono

CC BY-SA

Le journal Haaretz prend la défense des lanceurs d’alerte

Gideon Levy, 27/10/2013

« Snowden, Assange, Manning, Vanunu – les vrais héros de notre temps »

Les lanceurs d’alerte sont encore considérés comme des traîtres, mais les vrais traîtres sont ceux qui ont été responsables des actes qu’ils ont exposés

Si la chancelière allemande était vraiment une femme d’Etat brave, elle inviterait Edward Snowden à demander l’asile politique dans son pays et à lui rendre hommage. Son collègue, le président français, devrait avoir fait de même. Angela Merkel et François Hollande auraient dû remercié Snowden – l’ex-employé de la CIA qui a révélé le système d’écoutes arrogant que les Etats-Unis ont exploité…

Source: http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.554528

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