Julian Assange: « pendant longtemps, la France a disposé d’un régime de surveillance agressif, que ce soit sur le territoire français ou à l’extérieur »

Julian Assange-Europe1L’interview de Julian Assange par Europe 1, à l’ambassade d’Equateur: http://www.europe1.fr/international/assange-la-france-est-un-pays-important-pour-wikileaks-2387181

 

L’Equateur envisage d’exclure les offres comme Wikileaks, bien qu’il « loge » Assange

Mike Masnick, 22 août 2013

depuis le département faites-attention-à-qui-sont-vos-amis

Nous avons toujours souligné que l’Equateur était un choix quelque peu étrange de Julian Assange pour demander l’asile, étant donné que le pays ne dispose pas d’une grande expérience sur la liberté de la presse. Et certaines actions récentes ont suggéré que, même si Assange est retranché dans l’ambassade équatorienne à Londres, la relation entre Assange et l’Equateur est tendue. Considérant cela, peut-être n’est-il pas surprenant que l’Équateur envisage maintenant un nouveau projet de loi qui criminaliserait la publication de documents classifiés, ce qui certainement ferait devenir une partie importante de Wikileaks en une opération criminelle:

Pablo Romero, le directeur de l’agence de renseignement SENAIN de l’Équateur, a demandé au Comité de la justice de l’Assemblée nationale de l’Equateur, le 8 Août d’élaborer une législation qui «criminaliserait la divulgation de renseignements confidentiels de l’Etat» et exigerait d’éventuels éditeurs à obtenir l’approbation du gouvernement avant publication. Romero a donné comme exemple la publication hypothétique des salaires des agents spéciaux.

Le projet de loi interdirait la publication de documents classifiés, même s’ils avaient déjà été publiés à l’étranger.

Ceci est, bien sûr, une belle attaque d’envergure sur la liberté de la presse, ce qui semble un peu ironique. Je sais que les gens vont probablement l’utiliser pour attaquer Assange, tout comme ils attaquent Ed Snowden de se retrouver en Russie – mais, dans les deux cas, ceci semble de la colère mal placée. La colère doit être orientée vers les pays qui mettent en place de telles terribles politiques. Le fait qu’Assange ait fini avec l’Équateur et Snowden avec la Russie a beaucoup plus à voir avec les réalités politiques de gens qui essaient de rester à l’écart d’un gouvernement américain plus agressif que jamais et qui semble tenir mordicus à placer les deux hommes en prison aussi longtemps que possible. Compte tenu de cette réalité – combinée avec le fait que les États-Unis ont retiré le passeport de Snowden – ils avaient vraiment peu de choix. Oui, ce serait bien si les croyants à la liberté de la presse pouvaient aller dans un endroit qui respecte la liberté de la presse, mais il y en a, malheureusement, très peu qui se qualifient de nos jours – et lorsque le pays qui se met en place comme le plus grand protecteur de la liberté de la presse, les États-Unis, piétine ces libertés pour essayer d’obtenir ces deux gars, leurs options sont exceptionnellement restreintes.

Source: https://www.techdirt.com/articles/20130821/22402024279/ecuador-looks-to-ban-wikileaks-like-offerings-despite-housing-assange.shtml

Assange: « Je vais bientôt quitter l’ambassade d’Equateur » (discours intégral)

Conférence de presse avec Julian Assange (discours intégral)

Julian Assange prévoit de quitter l’ambassade d’Equateur dans un futur proche, a-t-il dit lors d’une conférence de presse dans les locaux de l’ambassade à Londres, où il est réfugié depuis deux ans. Le fondateur de Wikileaks n ‘a pas donné davantage de détails. (youtube)

Wikileaks: Julian Assange, un an à l’ambassade d’Equateur et peu d’espoir immédiat d’en sortir


De Denis HIAULT (AFP)

LONDRES — « Nous avons gagné la guerre », assure crânement Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks reclus depuis un an entre les quatre murs de la modeste ambassade d’Equateur à Londres. Sans illusions sur ses chances de quitter de sitôt cette prison diplomatique.

« On représentait un petit site radical, déterminé à publier la vérité sur la guerre, sur les services de renseignement et sur la corruption à grande échelle, en s’attaquant de front au Pentagone, au département d’Etat… Nos chances de l’emporter? Elles étaient a priori nulles. Mais nous avons gagné », insiste dans un entretien à l’AFP l’Australien de 41 ans, qui se voit en David face au tout puissant Goliath américain.

Bête noire de Washington pour avoir diffusé des centaines de milliers de documents secrets diplomatiques et militaires, il évoque dans un filet de voix son arrestation à Londres, le 7 décembre 2010.

« J’ai passé 10 jours en cellule d’isolement et 590 jours en résidence surveillée », dit-il. Le temps de mener et de perdre une bataille contre son extradition vers la Suède, afin d’y répondre de deux agressions sexuelles présumées, qu’il nie.

Au marathon judiciaire a succédé l’imbroglio diplomatique.

Le 19 juin 2013, cela fera exactement 365 jours que l’ancien hacker reconverti en cyberguerrier de l’information a franchi le seuil de l’ambassade équatorienne en briques ocres, à deux pas du grand magasin de luxe Harrods, pour y demander l’asile politique.

Un bobby aux épaules de catcheur monte la garde dans le vestibule, à côté de la porte blindée donnant accès aux locaux diplomatiques, au rez-de-chaussée. D’autres policiers battent la semelle nuit et jour, sous le balcon où le réfugié a fait sa dernière apparition publique, à Noël.

Julian Assange est prévenu. S’il met un pied dehors, il sera arrêté et extradé en Suède.

Ce qu’il redoute le plus, c’est la suite: un éventuel transfert aux États-Unis, et un procès pour trahison. Car il en est convaincu, les États-Unis sous la présidence de Barack Obama (« un loup déguisé en agneau ») « veulent se venger ».

Le militant à la tignasse blonde évoque la poursuite de son combat, calé dans un fauteuil jaune d’or. Il est pâlichon, mal rasé. Curieusement, il a mis une veste, une cravate, mais se présente en chaussettes.

A quoi bon des chaussures quand on est confiné à quelques dizaines de m2 parquetés? Assange sourit, rétorque « je suis à la maison ici », avant d’évoquer une habitude prise sur les plages australiennes.

Derrière lui, la bibliothèque abrite des ouvrages disparates. Un recueil du poète uruguayen Emilio Oribe. Un traité sur la géographie et la géologie de l’Equateur. Les trois perroquets du tableau criard accroché au mur ne suffisent pas à égayer le salon étriqué où il reçoit. A proximité de la chambre ou il vit comme dans une « capsule spatiale » équipée d’une lampe à bronzer et d’un tapis de course.

Isolement

« Il y a pire sort que le mien », explique-t-il. De l’autre côté de l’Atlantique, le soldat Bradley Manning, ex-analyste du renseignement en Irak, comparaît en cour martiale pour avoir été à l’origine de « la fuite du siècle » sur WikiLeaks.

« Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de la liberté de la presse aux Etats-Unis et partout dans le monde », assure Assange. Qui plus est, ce « procès spectacle » est aussi le sien propre, in abstentia, pour complicité.

Néanmoins, il se réjouit que d’autres « héros » aient pris le relais. Comme Edward Snowden, l’ex-employé de la CIA qui a révélé « à quel point les Etats-Unis sont devenus un état de surveillance de masse insidieux ».

Le réfugié dit également puiser du réconfort dans le fait que WikiLeaks –« plus fort aujourd’hui qu’il y a deux ans »– poursuit ses révélations, a survécu à un embargo bancaire, et bénéficierait d’un regain de soutien aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et « dans tout le continent latino-américain ».

En Australie, 25 à 28% des électeurs, selon des sondages, seraient prêts à l’élire au Sénat, et a renforcer du même coup « sa légitimité politique ».

Intarissable sur sa croisade, il est moins disert sur son moral et son isolement.

Un noyau d’inconditionnels l’entoure, comme ce Guatémaltèque arborant un T-shirt imprimé à l’effigie de Martin Luther King, Mandela, Gandhi, Einstein et Assange.

Des personnalités hétéroclites ont défilé au début « du siège »: la styliste Vivienne Westwood, Lady Gaga, le réalisateur américain Oliver Stone ou le représentant de la gauche radicale française Jean-Luc Mélenchon.

Mais il s’est brouillé avec nombre de ses partisans. Longtemps solidaire, Jemima Khan, fille du milliardaire James Goldsmith, redoute qu’il se transforme en gourou « exigeant de ses adeptes une dévotion sectaire et aveugle ».

Dimanche, Julian Assange attendait la visite du chef de la diplomatie équatorienne Ricardo Patino. D’évidence, il n’escompte pas de percée diplomatique. Pas de sauf-conduit miracle.

Le dénouement se heurte « à un problème de prestige pour les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Suède », observe-t-il.

Ou serai-je dans un an? « En Australie j’espère. Ou en Equateur. Ou à parcourir le monde ».

« Vous me demandez comment je surmonte les difficultés inhérentes à l’enfermement? Mon esprit n’est pas enfermé ».

Source: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hOkurmcS29BhXiJ3nH4JQFkiPpbw?docId=CNG.a5d367a29472bb2402681f16b3415b5e.e1

Paul Craig Roberts: « La vérité est offensive »

Citation de George Orwell

Par Paul Craig Roberts, 31 mars 2013

« Dans une époque de supercherie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire. » George Orwell

En Amérique, la vérité est offensive. Si vous dites la vérité, vous êtes offensifs.

Je suis offensif. Michael Hudson est offensif. Gerald Celente est offensif. Herman Daly est offensif. Nomi Prins est offensive. Pam Martens est offensive. Chris Hedges est offensif. Chris Floyd est offensif. John Pilger est offensif. Noam Chomsky est offensif. Harvey Silverglate est offensif. Naomi Wolf est offensive. Stephen Lendman est offensif. David Ray Griffin est offensif. Ellen Brown est offensive.

Heureusement, beaucoup d’autres sont offensifs. Mais avant d’être offensifs, combien de temps cela prend pour devenir « un ennemi de l’Etat »?

A travers l’histoire, les lanceurs de vérité ont souffert et les historiens de la cour ont prospéré. Il en est de même aujourd’hui. Gerald Celente illustre cela de manière brillante dans le prochain sujet du Trends Journal.

Au cours des 35 dernières années, j’ai retenu cette leçon en tant que chroniqueur. Si vous dites aux lecteurs ce qui se passe vraiment, ils veulent savoir pourquoi vous ne pouvez pas être positifs. Pourquoi est-ce que vous nous dites qu’il y a des mauvaises choses qui arrivent, et qui ne peuvent pas trouver de solutions? Vous ne savez pas que Dieu a donné aux Américains le pouvoir de résoudre tous les torts? Qui êtes-vous? Une sorte d’idiot, un anti-américain, un gauchiste-coco-libéral? Si vous haïssez tellement l’Amérique, pourquoi vous n’allez pas à Cuba, en Iran ou en Chine (ou à n’importe quel endroit où le boogieman se situe)?

Les anciens Grecs comprenaient cela très bien. Dans la mythologie grecque, Cassandre était la prophétesse que personne ne croyait, malgré ses 100% de chances d’avoir raison. Dire la vérité aux Américains ou aux Européens revient aussi cher que de dire la vérité aux Grecs de l’ancienne mythologie.

En Amérique et partout dans le monde occidental, ou dans le monde entier, dire la vérité est impopulaire. En effet, aux Etats-Unis, dire la vérité est un acte criminalisé. Regardez par exemple Bradley Manning, détenu pendant deux ans en prison sans caution et sans procès, en violation de la Constitution américaine, torturé pendant un an lors de sa détention illégale, en violation des lois américaines et des lois internationales, et jugé maintenant par des procureurs corrompus pour avoir aidé « les ennemis des Etats-Unis » en révélant la vérité, comme le lui demande le code militaire américain. On demande aux soldats américains de déclarer les crimes de guerre. Quand les supérieurs de Bradley Manning se sont montrés eux-mêmes indifférents aux crimes de guerre, Manning a rapporté les crimes via WikiLeaks. Que ferait d’autre un soldat ayant le sens du devoir et une conscience morale, quand la chaîne du commandement est corrompue?

Julian Assange est un autre exemple. WikiLeaks a pris la relève de la fonction de rapports que les médias occidentaux ont abandonné. Rappelez-vous, le New York Times a publié les Pentagon Papers en 1971, ce qui a miné les mensonges que Washington avait dit à la fois au public et au Congrès pour justifier la coûteuse guerre du Vietnam. Mais aujourd’hui, aucun journal ni aucune chaîne télé n’accepterait plus de prendre la responsabilité d’informer le public en disant la vérité. Julian Assange a fait irruption dans le vide et a été immédiatement démonisé, non seulement par Washington, mais aussi par l’aile gauche et l’aile droite des médias, y compris ceux d’Internet. C’était un mélange de jalousie, d’ignorance, et de réponses en faveur des demandes de Washington.

Sans WikiLeaks et Julian Assange, le monde ne saurait essentiellement rien. Les manipulations de Washington, les médias pressetitués et les médias fantoches de l’Etat auraient prévalu. Ainsi, le mot est sorti pour détruire Julian Assange.

Il est étonnant de voir combien de gens et de sites Internet obéissent aux ordres de Washington. Assange a été tellement démonisé que, bien qu’il ait reçu l’asile politique de l’Equateur, le gouvernement britannique, qui obéit au maître de Washington, refuse de lui accorder un passage sécurisé pour sortir de l’ambassade d’Equateur à Londres. Assange est-il destiné à vivre sa vie à l’intérieur de l’ambassade d’Equateur à Londres?

Est-ce qu’Assange sera un replay du Cardinal Jozsef Mindszenty qui, le 4 novembre 1956, a cherché l’asile à l’ambassade américaine de Budapest, alors que les chars soviétiques affluaient en Hongrie pour réprimer la révolution anti-communiste? Le Cardinal Mindszenty a vécu 15 ans dans l’ambassade américaine. Aujourd’hui, c’est l’Amérique « de la liberté et de la démocratie » qui copie les pratiques soviétiques datant de la Guerre froide.

En contraste avec « la liberté et la démocratie » des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le gouvernement « autoritaire », « communiste » et « oppressif » de la Chine, confronté à la défection du dissident Chen Guangcheng à l’ambassade américaine de Beijing, l’a laissé partir.

C’est un monde à l’envers, quand l’Amérique et les Britanniques refusent d’obéir aux lois internationales, alors que les communistes chinois maintiennent les lois internationales.

Les américains insouciants restent imperturbables devant le fait que des terroristes présumés soient torturés, détenus indéfiniment en prison sans procès, et exécutés sur le caprice d’un fonctionnaire d’une branche de l’exécutif sans application régulière de la loi.

La plupart des américains approuvent le meurtre sans explications, la torture et la détention sans preuves, ce qui proclame leur crédulité au monde entier. Il n’y a jamais eu dans l’histoire une population aussi inconsciente que les américains. Le monde est stupéfié de voir un peuple insouciant, si ce n’est que pour un court laps de temps, devenir une superpuissance.

Le monde a besoin d’intelligence et de leadership pour éviter une catastrophe, mais l’Amérique n’est en mesure d’apporter ni l’intelligence ni le leadership. L’Amérique est un pays perdu où les armes nucléaires sont aux mains de ceux qui sont uniquement concernés par leur propre pouvoir. Washington est l’ennemi du monde entier et renferme la plus large concentration de mal sur la planète.

Où est le bien qui doit se lever contre le mal?

Source: http://www.opednews.com/articles/Truth-Is-Offensive-by-Paul-Craig-Roberts-130331-166.html

« Il y a un drone avec le nom d’Assange dessus » – William Blum

CIA

John Robles – 28 Janvier 2013, 12:27

Assange sera assassiné s’il est libéré, selon un expert. Dans une interview exclusive avec Voice of Russia, William Blum, un auteur américain, historien, et critique de la politique étrangère des Etats-Unis, s’exprime au sujet des assassinats de la CIA (l’un de ses domaines d’expertise) et de certains de ses travaux passés. M. Blum est franc dans son évaluation des plans d’assassinat de la CIA contre des gens comme le Président du Venezuela Hugo Chavez et le Président de l’Equateur Rafael Correa. Il a aussi des choses très surprenantes à dire sur Julian Assange et Oussama Ben Laden.

Robles: Bonjour M. Blum, c’est un plaisir de parler avec vous. Vous avez une histoire très longue et intéressante… vous avez écrit beaucoup de choses. Vous avez écrit un livre sur la CIA. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Blum: Eh bien, les interventions américaines menées via la CIA et toute l’armée américaine ont relevé de ma compétence pendant beaucoup-beaucoup d’années. Mes livres mettent l’accent sur ces choses. Comme le font mes newsletters mensuelles « Le Rapport Anti-Empire ».

En ce qui concerne la répercussion: le gouvernement US ne dérange pas tant que ça les auteurs américains, parce qu’ils savent que nous n’avons pas autant d’influence que cela, ils peuvent accepter que nous écrivions des choses et que nous y fassions référence comme une preuve de liberté d’expression en Amérique. Donc ils ne font pas attention.

Robles: Je vois. Ils ont dit que vous aviez exposé plus de 200 employés de la CIA.

Blum: C’était en 1969 quand je travaillais pour “Underground Press” à Washington D.C. Moi et un collègue, nous avons garé notre voiture à l’extérieur du siège de la CIA en Virginie, et en l’espace de quelques heures ou plus, nous avons enregistré les numéros de licence d’État de toutes les voitures allant à la CIA. Et avec cette information, nous avons compilé une liste de noms et d’adresses de ces personnes, que nous avons publiés dans notre journal.

Robles: Cela semble très intéressant! Vous avez parlé des complots d’assassinat de la CIA, vous êtes un expert sur ce sujet. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce que vous savez du complot pour destituer Hugo Chavez?

Blum: Les tentatives d’assassinat? C’était en 2004 – le gouvernement américain a rencontré les vrais comploteurs à la fois au Venezuela et à Washington, et ces gens ont ensuite mené un coup d’État militaire qui a renversé Chavez et l’a conduit en prison, mais il a été libéré au bout de deux jours environ, en raison de la combinaison de l’indignation publique et des témoignages des membres restants de l’armée qui n’avaient pas fait partie du coup d’État. Il a donc eu en réalité à ce moment, et il a encore, beaucoup de soutien dans l’armée. Lui-même, il en a fait partie. Ainsi, une combinaison de l’indignation de l’armée et du public a forcé les comploteurs à abandonner leur plan, et après deux jours, Chavez a été libéré.

Robles: Pouvez-vous nous parler de votre livre “L’État Voyou: Un Guide pour la Seule Superpuissance Mondiale”? Et pouvez-vous commenter l’approbation que vous avez reçu en 2006 de la part d’Oussama Ben Laden?

Blum: C’était supposé être une mini-encyclopédie de toutes les choses crapuleuses accomplies par la politique étrangère américaine. Il y a un chapitre sur l’assassinat, un chapitre sur les attentats à la bombe, et ainsi de suite. Il y a plusieurs chapitres qui couvrent les aspects flagrants et illégaux de la politique étrangère américaine. Cela a compilé ensemble beaucoup de choses dont la plupart des Américains, la plupart des gens dans le monde, ne sont pas au courant.

On peut trouver des éléments individuels de chacune de ces compilations dans certains lieux publics ou autres, mais ma contribution a été de rassembler cela dans de longues tables de données, et c’est sorti aux alentours de l’an 2000. Et ensuite, en 2006, la version arabe du livre, le livre a eu nombreuses traductions étrangères, deux en arabe, dont l’une a été lue par Oussama Ben Laden, et lui, dans un de ses enregistrements audio périodiques, il a fait la remarque que cela rendrait un bon service aux Américains s’ils lisent mon livre et s’ils ont une meilleure compréhension de leur ennemi.

Et je peux seulement deviner que le thème qui, dans ce livre, L’État Voyou, a le plus éveillé son attention et sa sympathie, était un chapitre qui évoquait les motivations des terroristes anti-américains. Contrairement à ce que l’on nous a enseigné, et encore à présent dans une large mesure, on nous disait que ces personnes: haïssaient juste l’Amérique, ou haïssaient la Chrétienté, ou qu’ils étaient juste fous, ou juste envieux de la démocratie et de notre richesse, de toutes ces raisons, mais jamais même un mot pour dire qu’ils ont agi en représailles pour les décennies d’infractions militaires très graves et autres sur les peuples au Moyen-Orient. Toutes sortes de bombardements et de renversements de gouvernements, le soutien aux dictatures, le soutien à Israël, toutes ces choses dont j’ai donné une longue liste d’actions américaines qui ont créé tous ces terroristes anti-américains, et je suppose que c’est pourquoi la plupart se réfèrent à Ben Laden.

Robles: Que savez-vous du complot d’assassinat pour tuer le Président équatorien Rafael Correa? Avant les élections, il doit être assassiné. Correa a fait une déclaration pour dire qu’ils ont découvert un complot visant à l’assassiner.

Blum: Vous parlez de ce mois-ci?

Robles: Oui monsieur. Correa fait cette déclaration disant qu’ils ont découvert un complot pour l’assassiner avant…

Blum: Je n’en doute pas. Je serais plutôt surpris si la CIA n’essayait pas de l’assassiner. Je veux dire, entre autres raisons, il accorde l’asile à Assange! Cela est en soi une raison pour l’assassiner.

Robles: Voulez-vous dire que le simple fait d’avoir accordé l’asile à Assange est suffisant pour que la CIA l’assassine?

Blum: La CIA a tenté d’assassiner des gens pour beaucoup moins de raisons que ça. Assange est l’ennemi public n°1 en Amérique. Les Etats-Unis sont obsédés par lui et ils ont peur qu’il puisse publier plus de documents classifiés, donc ils voudraient vraiment le mettre à l’écart, s’ils le peuvent.

Ils étaient tous prêts à envahir l’Ambassade d’Équateur à Londres, quand le gouvernement britannique en a été dissuadé par son propre peuple: Cela aurait créé un précédent terrible, que les ambassades britanniques à travers le monde n’auraient alors plus été en sûreté. C’était la raison pour laquelle ils ont annulé le plan d’invasion.

Ils sont très sérieux au sujet d’Assange. Je veux dire qu’il doit s’en aller. Il est l’homme le plus pris pour cible dans le monde.

Robles: Vous le pensez? Vous avez dit qu’il est l’ennemi numéro un aux Etats-Unis.

Blum: En ce qui concerne d’être mis à l’écart? Oui. Je dirais que si les Etats-Unis avaient le choix, ils le feraient sortir avant n’importe qui d’autre.

Robles: Donc vous pensez que ses craintes d’être assassiné par la CIA sont assez crédibles? Oui?

Blum: Il y a un drone quelque part avec son nom dessus, et s’ils sort quelque part dehors et n’est pas au milieu d’une grande ville, il est un homme pris pour cible. Il y a une roquette avec son nom dessus, à l’intérieur d’un drone portant son nom. Je ne peux pas imaginer que cela ne soit pas le cas. La CIA a un plan, si vous fouillez autant que moi dans l’histoire des assassinats et ainsi de suite, c’est tout à fait attendu.

Robles: Donc en tant qu’expert, vous dites que c’est tout à fait attendu?! Eh bien! Ok

Blum: S’il sort quelque part se balader libre. Oui.

Robles: Bien sûr. Je vois. Je vois. Hé Bill, merci beaucoup! J’ai vraiment apprécié de parler avec vous.

William Blum est l’auteur de plusieurs livres sur la politique étrangère américaine. Il publie aussi une newsletter mensuelle appelée « Le Rapport Anti-Empire ».

Source: http://english.ruvr.ru/2013_01_28/There-is-a-drone-with-Assange-s-name-on-William-Blum/

JolPress: Jean-Luc Mélenchon rend visite à Julian Assange à l’ambassade d’Équateur

Réfugié à l’ambassade d’Équateur de Londres depuis plusieurs mois, Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a reçu la visite de Jean-Luc Mélenchon, jeudi 6 décembre. Le président du Front de gauche a affirmé que la situation de Julian Assange, recherché par la Suède pour viol et agressions sexuelles présumés et par les États-Unis pour l’affaire des télégrammes diplomatiques, était celle d’un « prisonnier ».

Assange - Mélenchon

Le co-président du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a rendu visite au fondateur de WikiLeaks, l’Australien Julian Assange, jeudi 6 décembre, alors que ce dernier est réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres, depuis juillet dernier.

Jean-Luc Mélenchon apporte son soutien a Julian Assange

L’ancien candidat à la présidentielle, qui n’avait jamais rencontré Julian Assange mais l’avait déjà invité à participer, par le biais d’une vidéoconférence, à l’un de ses meetings, a affirmé son soutien à celui qu’il qualifie de « prisonnier ».

Jean-Luc Mélenchon a également souligné « l’attitude très courageuse » de l’Équateur qui a accueilli Julian Assange comme un réfugié politique, « contrairement à beaucoup d’autres pays » qui « ont bel et bien laissé choir » le fondateur de WikiLeaks.

« La situation de Julian Assange est celle d’un prisonnier »

« Je suis un ami de la révolution citoyenne en Équateur et donc je me sens comme un devoir de venir au contact de mes amis, leur exprimer de la reconnaissance et de la solidarité », a affirmé Jean-Luc Mélenchon lors d’un point presse avec l’ambassadrice équatorienne Ana Alban.

« En réalité, la situation de Julian Assange est celle d’un prisonnier », a-t-il ajouté, renouvelant son soutien à celui qui est accusé d’agressions sexuelles en Suède et recherché aux États-Unis pour avoir rendu public les fameux télégrammes diplomatiques qui ont rendu WikiLeaks célèbre.

« Il est prêt à aller se défendre. On ne demande qu’une chose : que la Suède s’engage à ne pas livrer Monsieur Assange aux États-Unis d’Amérique parce que dans le cas où elle le ferait, son sort est connu d’avance, il suffit de voir comment est traité Monsieur Manning », a finalement affirmé Jean-Luc Mélenchon.

La peur de l’extradition vers les États-Unis

Interrogée sur l’état de santé de Julian Assange, l’ambassadrice Ana Alban a affirmé que rien ne nécessitait « un suivi médical » pour son hôte. Elle n’a cependant pas caché son inquiétude quant à une dégradation possible de son état de santé dans la mesure où Julian Assange réside dans un espace confiné. Ana Alban a affirmé qu’un médecin visitait régulièrement le réfugié politique.

Réfugié à l’ambassade d’Équateur depuis plusieurs mois, Julian Assange redoute d’être extradé vers la Suède, non pas pour les accusations de viol et d’agressions sexuelles qu’il nie mais pour l’éventuelle extradition vers les États-Unis qui suivrait ensuite.

Alors que l’Équateur a proposé deux alternatives pour résoudre le cas Assange : que le Royaume-Uni accorde un sauf-conduit à Julian Assange ou que la Suède s’engage à ne pas l’extrader vers les États-Unis, les autorités n’ont pas encore donné leur réponse.

Source: http://www.jolpress.com/international-jean-luc-melenchon-visite-julian-assange-ambassade-equateur-londres-extradition-article-815521.html

Amnesty International: La Suède doit donner l’assurance qu’elle n’extradera pas Julian Assange vers les Etats-Unis

Les autorités suédoises doivent donner l’assurance au Royaume-Uni et à Julian Assange que, s’il quitte l’ambassade de l’Équateur à Londres et accepte de se rendre en Suède pour répondre d’accusations d’agression sexuelle, il ne sera pas extradé vers les États-Unis dans le cadre de l’affaire WikiLeaks, a indiqué Amnesty International.

Alors que le cofondateur de WikiLeaks s’est adressé à l’ONU et que des discussions doivent s’ouvrir entre le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, et des responsables équatoriens, Amnesty International a ajouté qu’il était temps de sortir de l’impasse.

« Si les autorités suédoises sont en mesure de confirmer publiquement que Julian Assange ne finira pas par se retrouver dans un avion vers les États-Unis s’il s’en remet à l’autorité des tribunaux suédois, cela pourrait permettre d’atteindre deux objectifs : premièrement, de sortir de l’impasse actuelle et, deuxièmement, de faire en sorte que les femmes qui ont porté des accusations d’agression sexuelle ne soient pas privées de justice, a expliqué Nicola Duckworth, directrice générale chargée des recherches à Amnesty International.

« Il est vital que les États se montrent déterminés à prendre en compte les allégations de violence sexuelle et à respecter les droits des femmes qui portent plainte comme ceux de la personne accusée. »

Amnesty International ne dispose d’aucun élément prouvant que la Suède prévoit d’extrader Julian Assange vers les États-Unis. Toutefois, à n’en pas douter, les craintes relatives à cette éventualité ont fortement pesé dans l’impasse actuelle.

Amnesty International estime que le transfert forcé de Julian Assange vers les États-Unis dans les circonstances présentes l’exposerait au risque réel de subir de graves violations des droits humains, notamment de son droit à la liberté d’expression, et au risque d’être détenu dans des conditions qui bafouent l’interdiction de la torture et de tout autre traitement cruel, inhumain et dégradant.

PRE01/458/2012

La répression contre Julian Assange: une attaque contre la liberté et une farce journalistique

La menace du gouvernement britannique d’envahir l’ambassade équatorienne à Londres pour s’emparer de Julian Assange est d’une importance historique. David Cameron, ancien chargé des relations publiques d’un magnat de la télévision et marchand d’armes auprès des monarchies du Golfe, est bien placé pour déshonorer les conventions internationales qui ont protégé des Britanniques qui s’étaient retrouvés au milieu d’un soulèvement. Tout comme l’invasion de l’Irak par Tony Blair a directement mené aux attentats terroristes de Londres le 7 juillet 2005, Cameron et le Ministre des Affaires étrangères William Hague ont mis en péril la sécurité des représentants britanniques à travers le monde.

En menaçant de violer une loi prévue pour expulser des assassins d’une ambassade étrangère, tout en diffamant un homme innocent qualifié de « criminel présumé », Hague a fait de la Grande-Bretagne la risée du monde entier, même si cette information a été largement censurée dans la presse britannique. Les mêmes journaux et télévisions courageux, qui ont soutenu le rôle britannique dans les crimes sanglants historiques, depuis le génocide en Indonésie jusqu’aux invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, et aujourd’hui une attaque contre « le bilan des Droits de l’homme » de l’Equateur dont le véritable crime a été de tenir tête aux voyous de Londres et de Washington.

Comme si les joyeuses festivités des Jeux Olympiques s’étaient transformées en l’espace d’une nuit en un étalage de férocité colonialiste. Observez l’officier de l’armée britannique devenu reporter de la BBC, Mark Urban, « interviewant » l’ancien apologiste de Blair à Washington, Sir Christopher Meyer en train de beugler devant l’ambassade équatorienne, et regardez les tous les deux exploser d’une indignation réactionnaire contre l’insociable Assange et l’inflexible Rafael Correa pour avoir exposé le système de pouvoir rapace de l’Occident. Un affront similaire est encore tout frais dans les pages du Guardian, qui a conseillé à Hague d’être « patient » et qu’un assaut contre l’ambassade provoquerait plus de problèmes qu’il n’en résoudrait. Assange n’est pas un réfugié politique, a déclaré The Guardian, parce que « ni la Suède ni la Grande-Bretagne ne déporterait quelqu’un qui risque la torture ou la mort ».

L’irresponsabilité de cette déclaration est parfaitement dans la lignée du rôle perfide joué par the Guardian dans toute l’affaire Assange. Le journal sait parfaitement que les documents révélés par WikiLeaks montrent que la Suède a constamment cédé aux pressions des États-Unis en matière de droits civiques. En décembre 2001, le gouvernement suédois a brutalement révoqué le statut de réfugié politique de deux Égyptiens, Ahmed Agiza et Mohammedel-Zari, qui ont été remis à un escadron de la CIA à l’aéroport de Stockholm et « remis » à l’Égypte où ils ont été torturés. Une enquête par le médiateur de la justice suédois a conclu que le gouvernement avait « gravement violé » les droits humains de ces deux hommes. Dans un câble de l’ambassade US de 2009 obtenu par WikiLeaks, intitulé « WikiLeaks jette la neutralité dans les poubelles de l’histoire », la réputation tant vantée de la neutralité de l’élite suédoise se révèle une arnaque. Un autre câble US révèle que « l’étendue de la coopération [de l’armée et des services de renseignement suédois avec l’OTAN] n’est pas très connue » et devait être tenue secrète « au risque de provoquer des critiques contre le gouvernement ».

Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a joué un rôle notoire dans le Comité pour la Libération de l’Irak de George W. Bush et entretient des relations étroites avec l’extrême-droite du Parti Républicain. Selon l’ancien procureur en chef suédois, Sven-Erik Alhem, la décision suédoise de demander l’extradition d’Assange sur accusation de « délit sexuel » est « déraisonnable et peu professionnel, ainsi qu’injuste et disproportionnée. » S’étant porté volontaire lui-même pour être interrogé, Assange a été autorisé à quitter la Suède pour Londres où là encore il s’est proposé pour être interrogé. Au mois de mai, lors d’un dernier appel contre l’extradition, la Cour Suprême britannique a rajouté dans la farce en faisant référence à des « charges » qui n’existent pas.

Le tout a été accompagné d’une campagne virulente contre la personne d’Assange. Une bonne partie de cette campagne est venue du Guardian qui, tel un amoureux éconduit, s’est retourné contre son ancien informateur assiégé, après avoir énormément profité des révélations de WikiLeaks. Un livre du Guardian a fait l’objet d’un contrat lucratif à Hollywood, et ni Assange ni WikiLeaks ne toucheront un centime. Les auteurs, David Leigh et Luke Harding, insultent gratuitement Assange en le qualifiant de « caractère fêlé » et d’ »insensible ». Ils ont révélé aussi le mot de passe secret qui avait été confié au journal et qui était censé protéger le fichier informatique qui contenait les câbles US. Le 20 août, Harding se trouvait devant l’ambassade équatorienne, jubilant sur son blog que « Scotland Yard pourrait bien avoir le dernier mot ». Quelle ironie, mais en même temps assez logique, que de constater que l’éditorial du Guardian, qui assène le dernier coup en date contre Assange, s’inspire de la presse (à scandale – NdT) de Murdoch en surenchérissant de manière prévisible dans la bigoterie. Au temps pour Leveson, le Hackgate et tous les discours sur le journalisme respectable et indépendant et qui n’auront duré qu’un temps.

Ce sont les assaillants d’Assange qui révèlent toute l’étendue de la persécution dont il fait l’objet. Accusé d’aucun crime, il n’est donc pas un fugitif de la justice. Les pièces versées au dossier, dont les textos envoyés par les femmes impliquées, démontrent à toute personne douée d’un minimum de raison toute l’absurdité des accusations de viol – accusations qui ont pratiquement été totalement écartées par la procureure en chef de Stockholm, Eva Finne, avant que n’intervienne un politicien, Claes Borgström. Au cours des auditions préliminaires de Bradley Manning, un enquêteur de l’armée US a confirmé que le FBI ciblait secrètement « les fondateurs, propriétaires ou dirigeants de WikiLeaks » pour espionnage.

Il y a quatre ans, un document du Pentagone qui est passé pratiquement inaperçu, et révélé par WikiLeaks, décrivait comment WikiLeaks et Assange allaient être détruits par une campagne de calomnies et un procès intenté pour « crime ». Le 18 août, le (quotidien australien) Sydney Morning Herald a révélé, grâce à des documents officiels obtenus dans le cadre de la loi sur la liberté d’information, que le gouvernement australien a régulièrement reçu la confirmation que les Etats-Unis menaient une persécution « sans précédent » contre Assange, mais n’a formulé aucune objection.

Parmi les motifs invoqués par l’Equateur pour accorder l’asile à Assange, se trouve celui d’avoir été abandonné « par l’Etat dont il est citoyen ». En 2010, une enquête de la Police Fédérale Australienne a conclu qu’Assange et WikiLeaks n’avaient commis aucun délit. Sa persécution est une attaque contre nous tous et contre la liberté.

23 août 2012

John Pilger

Source: http://www.legrandsoir.info/la-repression-contre-julian-assange-une-attaque-contre-la-liberte-et-une-farce-journalistique.html
http://www.johnpilger.com/articles/the-pursuit-of-julian-assange-is-an-assault-on-freedom-and-a-mockery-of-journalism

L’affaire Assange ou l’hypocrisie de la Grande-Bretagne

Par Josefina Martínez et Alexandra Rios

Le cas Assange révèle le cynisme de Londres et la vraie nature impérialiste de la « démocratie britannique ». Mais Rafael Correa, le président équatorien, n’est pas en reste non plus dans l’instrumentalisation de cette affaire.

En septembre 1998, à la demande du juge espagnol Baltasar Garzón, le dictateur chilien Augusto Pinochet était arrêté lors d’une visite à Londres, afin d’être jugé dans l’affaire des citoyens espagnols tués par la dictature au Chili dans les années 1970. Après dix-sept mois de litige judiciaire, la Grande-Bretagne décidait de refuser l’extradition du dictateur et se chargeait de le libérer pour qu’il puisse retourner au pays, invoquant des raisons « humanitaires » (sic), liées à son état de santé. C’est donc grâce au soutien du gouvernement britannique, alors dirigé par les travaillistes, que Pinochet a pu tranquillement vivre les dernières années de sa vie à Santiago, sans avoir jamais été condamné ni même inquiété, en dépit des dizaines de milliers de victimes de la dictature chilienne à la suite du coup d’Etat de 1973 contre Salvador Allende.

« le dictateur chilien Augusto Pinochet était arrêté lors d’une visite à Londres, afin d’être jugé dans l’affaire des citoyens espagnols tués par la dictature au Chili dans les années 1970 »

Aujourd’hui pourtant, bien loin de la position qu’elle avait prise dans l’affaire Pinochet, la Grande-Bretagne entend recevoir la demande d’extradition formulée par la Suède à l’encontre de Julian Assange. Stockholm souhaite juger le fondateur de WikiLeaks dans une affaire de viol dont il serait l’auteur. Après le rejet par la Cour suprême britannique de son recours en appel, Assange s’est réfugié dans l’ambassade de l’Équateur à Londres. Dès l’annonce de la décision de l’Équateur d’accorder l’asile politique à Assange, le gouvernement de David Cameron a envoyé la police cerner le bâtiment diplomatique. Cameron a même menacé d’avoir recours à un décret de 1987 permettant de pénétrer à l’intérieur de n’importe quelle ambassade, et ce en violation de l’extraterritorialité des bâtiments diplomatiques garantis par la Convention de Vienne de 1961. Une intrusion dans l’ambassade d’Equateur représenterait un précédent dangereux pour le respect du droit d’asile. C’est en ce sens qu’il est nécessaire de dénoncer l’attitude du gouvernement britannique et son ingérence dans les affaires internes équatoriennes, qui témoigne bien de l’arrogance impérialiste de Londres.

En réalité, ce nouvel épisode de « l’affaire Assange » dévoile au grand jour l’hypocrisie et le cynisme de la Grande-Bretagne, et plus généralement de la politique internationale des pays impérialistes. Lorsqu’elle refusa l’extradition de Pinochet en 1998, ce ne fut évidemment pas pour des raisons « humanitaires », mais en reconnaissance des « services rendus » par le dictateur qui fut toujours un défenseur des intérêts impérialistes en Amérique Latine, et notamment de l’aide apporté par la dictature chilienne à la Grande-Bretagne pendant la guerre des Malouines au début des années 1980.

« C’est donc grâce au soutien du gouvernement britannique, alors dirigé par les travaillistes, que Pinochet a pu tranquillement vivre les dernières années de sa vie à Santiago »

Aujourd’hui encore, la Grande-Bretagne protège ses propres intérêts, ainsi que ceux des États-Unis, dans « l’affaire Assange ». La demande d’extradition de la Suède est, bien entendu, fonctionnelle à ces mêmes intérêts. En diffusant des centaines de milliers de documents et de mémorandums secrets, WikiLeaks a passablement écorné l’image de la diplomatie américaine dans le monde entier. Même si les documents menaçant sérieusement la « sécurité militaire » des États-Unis n’ont pas été publiés, le site internet dirigé par Assange a permis de dévoiler de nombreux mécanismes d’espionnage et de contrôle sur des gouvernements, la piètre opinion qu’ont des chefs d’Etat et des responsables politiques de nombreux pays semi-coloniaux les ambassadeurs occidentaux en poste, des opérations de « pression » menées par tel ou tel pays pour défendre les intérêts de ses multinationales, etc. L’une des révélations les plus retentissantes concerne les assassinats, les tortures et les mauvais traitements perpétrés sur des milliers de civils en Irak et en Afghanistan de la part des troupes américaines, ainsi que de la leurs alliés…notamment britanniques. Avec plus de 400.000 documents déclassifiés et publiés, les « fichiers d’Irak » de WikiLeaks ont dévoilé le caractère planifié de la politique d’assassinat et de torture des armées impérialistes d’occupation. Le fait que ces informations étaient classées « secret défense » par Washington ou Londres n’a rien à voir avec des questions de « sécurité nationale », tel que cela a été expliqué par les politiciens démocrates et républicains aux États-Unis. Il s’agissait simplement de protéger leur image vis-à-vis de la communauté internationale. « Contrairement à ce que dit le Pentagone, expliquait le grand quotidien espagnol El País en octobre 2010, les documents sur la guerre en Irak diffusés par WikiLeaks montrent que la sécurité des troupes n’est pas la raison principale de cette rétention d’information. Dans la plupart des 400.000 rapports déclassés, on peut trouver la légende suivante : Events that may elicit political, media or international reaction [Ce sont des évènements qui peuvent provoquer des réactions politiques, des médias et internationales]. L’un des rapports marqué de cette légende concerne un affrontement ayant eu lieu le 9 juin 2007, dans la prison de Camp Bucca, au sud de l’Irak. Ce jour-là, il y eut cinquante-huit blessés et six morts du côté des irakiens, tandis qu’un seul blessé était compté du côté des forces de coalition. L’information est alors qualifiée de ‘secrète’ ».

« Avec plus de 400.000 documents déclassifiés et publiés, les « fichiers d’Irak » de WikiLeaks ont dévoilé le caractère planifié de la politique d’assassinat et de torture des armées impérialistes d’occupation »

Pour l’instant, Assange est reclus dans l’ambassade de l’Équateur et l’issue de sa situation reste incertaine. Après avoir menacé le gouvernement équatorien de Rafel Correa de pénétrer au sein l’ambassade afin d’y arrêter Assange, Cameron a dû faire marche arrière, par peur des réactions de la communauté internationale. Mais pour Assange, les choses sont claires : s’il met un pied en hors de l’ambassade, le gouvernement britannique l’arrêtera sur le champ.

Pour les avocats d’Assange, l’extradition en Suède, pour le juger dans une affaire de viol, n’est qu’un prétexte pour l’extrader vers les États-Unis. Bradley Manning, ancien soldat de l’armée américaine et accusé d’avoir envoyé un certain nombre de documents classifiés à WikiLeaks est en prison depuis deux ans sur une base militaire en attente de jugement et sera probablement condamné à la réclusion à perpétuité. C’est en ce sens aussi qu’il est nécessaire de défendre le droit d’asile de Julian Assange, que ce soit en Équateur ou dans un autre pays.

« Aujourd’hui encore, la Grande-Bretagne protège ses propres intérêts, ainsi que ceux des États-Unis, dans l’affaire Assange »

Nous entendons des arguments avancés par les défenseurs d’Assange. Nous défendons le droit de WikiLeaks de publier les documents et nous dénonçons l’hypocrisie des gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Mais en tant que militantes révolutionnaires, nous ne pouvons ignorer les accusations de crime sexuel qui pèsent sur Assange. La seule façon d’y répondre, pour Assange et ceux qui le soutiennent, serait de demander à ce qu’elles soient examinées par une commission d’enquête indépendante, constituée par des personnalités reconnues dans le domaine de la défense des droits humains et des droits des femmes, sans aucune collusion avec les gouvernements impliqués dans cette affaire. Dans le cas inverse, la suspicion continuera à peser sur le fondateur de WikiLeaks.

« Nous défendons le droit de WikiLeaks de publier les documents et nous dénonçons l’hypocrisie des gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne »

Le président équatorien a réussi à obtenir le soutien de l’UNASUR, l’Union des nations sud-américaines, ainsi que le soutien moins explicite de l’OEA, l’Organisation des États américains, qui, en raison de la pression exercée par les États-Unis, ne fait aucune mention des menaces émanant de la Grande-Bretagne concernant le droit d’asile. Avec cette affaire, Correa veut s’afficher en défenseur de la liberté d’expression et des droits humains. C’est une façon pour lui de regagner du crédit face aux critiques qui sont formulées contre son gouvernement en Equateur, aussi bien de la part de l’opposition de droite que de la part des secteurs du mouvement étudiant, paysan et ouvrier. Même s’il se prétend défenseur de la liberté d’expression à l’étranger, cela ne l’a pas empêché de limiter l’expression des médias qui critiquent sa gestion gouvernementale. C’est ainsi que Correa a fermé pas moins de dix-sept stations de radio depuis son élection en janvier 2007 et pas moins de cent cinquante journalistes ont été agressés, ce qui a été également été dénoncé par les organisations qui défendent WikiLeaks et Julian Assange.

Par-delà le dénouement de l’affaire Assange, avec une négociation entre Quito et Londres ou une réclusion de longue durée pour Assange dans l’ambassade équatorienne, il est clair que ce nouvel épisode de la saga WikiLeaks révèle un nouvel aspect de la profonde hypocrisie qui préside aux « relations internationales ». Et nous ne sommes qu’au début de l’affaire…

23/08/12

Source: http://www.ccr4.org/L-affaire-Assange-ou-l-hypocrisie-de-la-Grande-Bretagne#nb1
http://www.clasecontraclase.org/El-caso-Assange-y-la-hipocresia-de-Gran-Bretana

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