Mads Andenæs, du Groupe de Travail de l’ONU sur la Détention Arbitraire, explique le cas Assange

Interview publiée le 15 mars 2016 dans Pravda Report

L’avocat norvégien, le Professeur Mads Andenæs, est un juriste chercheur et Rapporteur Spécial de l’ONU sur la détention arbitraire; il siégeait depuis 2009 au Groupe de Travail des Nations Unies sur la Détention Arbitraire (GTDA), un panel d’experts qui a appelé les autorités suédoises et britanniques à mettre un terme à la privation de liberté de Julian Assange, à respecter son intégrité physique et sa liberté de mouvement, ainsi qu’à lui laisser la possibilité de réclamer des compensations.

Julian AssangeM. Assange, tout d’abord détenu en prison puis assigné à résidence, s’est réfugié à l’intérieur de l’Ambassade d’Équateur à Londres en 2012 après avoir perdu son appel devant la Cour Suprême du Royaume-Uni contre son extradition vers la Suède, où une enquête judiciaire a été initiée contre lui en rapport avec des allégations de comportement sexuel illégal. Toutefois, il n’a pas été formellement mis en accusation.

Dans le rendu de son opinion officielle, le Groupe de Travail a considéré que M. Assange avait été soumis à diverses formes de privation de liberté: la détention initiale à la prison de Wandsworth à Londres, suivie d’une assignation à résidence puis ensuite la réclusion dans l’ambassade équatorienne.

Selon un communiqué de presse émis par le Bureau de l’ONU du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme (OHCHR), les experts ont également conclu que la détention était arbitraire parce que M. Assange avait été détenu en isolement à la prison de Wandsworth, et à cause de la négligence du Bureau du Procureur suédois dans ses investigations, qui ont abouti à sa longue privation de liberté.

Le Groupe de Travail a, en outre, établi que cette détention viole deux articles de la déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et six articles de la Convention Internationale sur les Droits Civiques et Politiques.

M. Assange, fondateur et rédacteur de WikiLeaks, a par ailleurs dévoilé plus de 250 000 câbles diplomatiques secrets et confidentiels, émis par des ambassades US tout autour du monde.

Dans cette interview exclusive, le Professeur Andenæs commente sa participation au Groupe de Travail de l’ONU, expliquant pourquoi le panel défend la liberté pour M. Assange, et en présentant les considérations juridiques entourant l’affaire.

« Il y a de nombreuses fautes de procédure qui ont été commises par les autorités », affirme le Professeur, qui commente également son point de vue sur le rôle que joue le fondateur de WikiLeaks dans la politique internationale, sur l’importance de la solidarité mondiale envers lui, et comment il considère les récentes révélations de WikiLeaks: l’espionnage US du Secrétaire-Général de l’ONU Ban Ki-Moon et de la Chancelière allemande Angela Merkel.

Le Professeur Andenæs, qui présente également dans cette interview sa perception de la couverture médiatique mainstream concernant l’affaire Assange, est professeur à la Faculté de Droit de l’Université d’Oslo, l’ancien directeur de l’Institut Britannique de Droit International et Comparatif à Londres et l’ancien directeur du Centre de Droit Européen de King’s College, à l’Université de Londres. Il est aussi Chargé de Recherche à l’Institut de Droit Européen et Comparatif de l’Université d’Oxford, et Chargé de Recherche Principal à l’Institut d’Études de Droit Avancé de l’Université de Londres.

Il a été le Rédacteur-en-Chef du Trimestriel de Droit International et Comparatif (Cambridge University Press), Rédacteur-en-Chef de la Revue de Droit des Affaires Européen (Kluwer Law International) et présent dans les conseils de rédaction de dix autres journaux et séries de livres, dont la Série Nijhoff sur le Droit Commercial International.

Il est Membre Honoraire de la Société d’Études de Droit (Royaume-Uni), Membre de l’Académie Internationale de Droit Commercial et du Consommateur (où il est membre du conseil), Membre Honoraire de l’Institut Britannique de Droit International et Comparatif, et Membre de l’Académie Royale des Arts.

Il a été Secrétaire Général de la Fédération Internationale de Droit Européen de 2000 à 2002, Secrétaire de l’Association Britannique de Droit Européen de 1997 à 2008 et Secrétaire du Comité Britannique de Droit Comparatif de 1999 à 2005. Il a été le Président de l’Association des Instituts de Défense des Droits de l’Homme en 2008.


Edu Montesanti (EM): Cher Professeur Mads Andenæs, merci d’accorder cette interview. Pouvez-vous s’il vous plaît nous parler de vos travaux au sein du Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire (GTDA), pendant la phase initiale de l’affaire Assange devant les Nations Unies (ONU)?

Prof. Mads Andenæs (MA): Je siégeais au Groupe de Travail de l’ONU quand la plainte a été reçue, et que les échanges entre l’ONU et les parties se sont déroulés. Je n’ai pas pris part aux discussions du Groupe de Travail qui ont abouti à l’opinion sur l’affaire Assange. Mon mandat s’est terminé en août 2015, et la décision a été rendue en février 2016.

EM: Pourquoi vous positionnez-vous en défense de M. Assange?

MA: Je me suis exprimé en soutien à l’opinion rendue par le Groupe de Travail de l’ONU. M. Assange est en état de détention arbitraire, le Royaume-Uni et la Suède devraient se plier à la décision de l’ONU à leur encontre et prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à cette détention.

EM: S’il vous plaît, Professeur, veuillez spécifier les accusations contre Julian Assange, et qui sont ceux qui les portent contre lui.

MA: L’affaire actuelle où il est question d’extradition concerne des allégations de comportement sexuel illégal. Évidemment, les allégations relatives à WikiLeaks comprennent un puissant intérêt pour l’appareil sécuritaire de nombreux pays.

La crainte est qu’il ait été permis que celui-ci influence le processus et l’issue de la première affaire.

EM: Comment percevez-vous les allégations de Washington selon lesquelles Assange a mis en péril la sécurité des USA?

MA: Ce sont des allégations qui sont habituellement présentées face à l’exercice du droit à présenter des informations et du droit à la liberté d’expression. Il y a toutes les raisons d’être sceptique de ces présomptions.

EM: Comment percevez-vous la décision de l’ONU en faveur de la libération de M. Assange?

MA: C’est très clair. Le GTDA de l’ONU avait à trancher sur deux questions. La première, décider s’il y avait eu une « privation de liberté » plutôt qu’une « restriction de liberté ». La deuxième, décider si cette privation de liberté était « arbitraire ».

Le GTDA de l’ONU a clairement accepté l’argument que les conditions dans lesquelles vit Assange n’ont pas été imposées par lui-même, c’est-à-dire que s’il faisait un pas dans la rue, il se ferait arrêter. Il y a aussi eu un « échec substantiel » de la part des autorités « pour exercer une diligence raisonnable » dans « l’exercice de l’administration judiciaire » (par. 98).

La frontière entre une « restriction de liberté » et une « privation de liberté » est finement définie dans la jurisprudence européenne des droits de l’homme. La privation de liberté ne consiste pas seulement en des conditions aisément reconnaissables d’incarcération par l’Etat. Il faut prendre en compte le laps de temps qu’Assange est resté à l’intérieur de l’ambassade équatorienne, et ses circonstances présentes.

La liberté doit pouvoir être exercée dans l’immédiateté. Quand l’exercice d’une telle liberté aurait des résultats particulièrement coercitifs, tels que davantage de privations de liberté ou la mise en péril d’autres droits, cela ne peut être décrit comme la pratique de la liberté. Le fait qu’Assange résiste à une arrestation ne résout pas le problème, puisque cela entendrait que la liberté est un droit conditionné par sa coopération.

Assange n’est pas libre de quitter l’ambassade équatorienne de son propre gré. Il craint l’extradition vers les USA et un procès pour son implication avec WikiLeaks. Les autorités suédoises ont refusé de fournir des garanties de non-refoulement qui répondent à cette crainte. La détention d’Assange est « arbitraire ». Une raison en est qu’elle est disproportionnée.

Il existe d’autres moyens de procédure moins restrictifs. Avant d’émettre un Mandat d’Arrêt Européen, les autorités suédoises auraient pu suivre la pratique courante d’interviewer Assange dans une salle d’entretien de la police britannique.

Après qu’Assange eut établi résidence dans l’ambassade équatorienne ils auraient pu compter sur des protocoles « d’assistance mutuelle », interroger Assange par liaison vidéo, et lui offrir une chance de répondre aux allégations portées contre lui.

EM: S’il vous plaît, Professeur Andenæs, clarifiez le terme de « privation de liberté ».

MA: La Convention Internationale de l’ONU sur les Droits Civiques et Politiques et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme interdisent les privations arbitraires de liberté dans leur Article 9. C’est plus qu’une simple « restriction de liberté ». Cela inclut l’assignation à résidence.

EM: Quelle est votre opinion sur le choix du Royaume-Uni et de la Suède de ne pas respecter la décision de l’ONU?

MA: Les décisions rendues par le GTDA de l’ONU ne sont pas toujours suivies par les Etats, mais elles aboutissent rarement en des attaques aussi personnelles, telles que celles faites par des politiciens britanniques après la délivrance de l’opinion sur Assange.

Je sais que les mots employés par le Ministre des Affaires Étrangères et par le Premier Ministre n’étaient pas ceux qui ont été fournis par les fonctionnaires qui sont conseillers sur les droits de l’homme et sur le droit international. Les politiciens britanniques ont visé à affaiblir l’autorité de cet organe de l’ONU pour un bénéfice opportuniste à court terme.

Je crains que ces politiciens n’aient affaibli la possibilité, pour la communauté internationale, de protéger certaines des victimes les plus vulnérables aux violations des droits de l’homme.

Leurs paroles ont circulé au sein des Etats responsables des pires violations des droits de l’homme. Les paroles de ces politiciens britanniques coûteront des vies et de la souffrance humaine.

Le Royaume-Uni peut exercer des pressions pour glaner quelque soutien quand l’affaire est apportée devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, mais le Royaume-Uni sera assurément critiqué par d’autres Etats pour sa réaction, et le méritera clairement.

Les dommages causés au Royaume-Uni à l’ONU et à son autorité morale en matière des droits de l’homme sont un autre sujet, mais il ne fait pas de doute sur les dommages faits à l’autorité du Royaume-Uni.

EM: S’il vous plaît, Professeur, pouvez-vous commenter le statut actuel de l’enquête « préliminaire » en Suède, ainsi que la « mise en accusation en attente » US contre WikiLeaks.

MA: Pour ceux qui sont convaincus qu’Assange est coupable de viol, que vous pensiez ou non qu’il fait son intéressant en résistant délibérément à son arrestation (ce qui n’est pas mon cas), le fait demeure que les autorités pourraient employer des moyens moins restrictifs sans compromettre l’enquête initiale sur les allégations portant sur son comportement sexuel en Suède.

C’est le moment de nous rappeler qu’Assange n’a pas été déclaré coupable de viol: à ce stade, le procureur et les tribunaux en Suède ont établi que ces charges étaient peut-être fondées. Le Professeur Andrew Asquith, d’Oxford, a déclaré dans une Opinion d’Expert en 2011 à laquelle l’équipe d’Assange a fait référence, que « Je ne considère pas que le moindre des incidents allégués dans le contenu du Mandat d’Arrêt Européen (c’est à dire les allégations citées dans le mandat d’arrêt) suffise en lui-même à constituer un quelconque délit selon la loi britannique. »

Le Vice-Président de la Cour Suprême de Suède nous a rappelé que l’accusé est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit démontrée, et que lorsqu’il y a des déclarations contradictoires, il revient aux tribunaux de décider si les éléments requis pour une mise en accusation sont satisfaisants.

Les tribunaux suédois, ainsi que la majorité de la Cour Suprême suédoise, le Vice-Président n’était pas sur ce panel, ont fait savoir que le mandat d’arrêt, même s’il ne pouvait pas être exécuté contre Assange, limitait sa liberté d’une manière ouvrant la question de sa proportionnalité. La majorité a noté avec approbation que des mesures étaient désormais prises pour interroger Assange à Londres.

Avec le temps, la Cour Suprême suédoise pourrait bien voir croître sa sympathie pour le jugement dissident du Juge Svante Johansson, pour qui les conditions de l’enquête sont désormais disproportionnées (une opinion présentée par Anne Ramberg, directrice de l’Association du Barreau suédois et par le Juge Charlotte Edvardsson, Juge rapporteuse de la Cour Suprême, dans sa proposition (publique) au tribunal dans cette affaire).

Assurément, l’ancien Conseiller Juridique aux Nations Unies et Conseiller Juridique du Ministère des Affaires Étrangères de Suède, Hans Corell, a déclaré qu’il « ne comprend pas pourquoi le procureur n’a pas interrogé Julian Assange pendant toutes les années où il a été à l’Ambassade d’Équateur. »

Des esprits raisonnables et judiciaires ont divergé sur beaucoup de ces questions. Sans doute ont-ils été influencés par des opinions sur l’intégrité d’Assange lui-même. Mais les droits de l’homme ne sont pas conçus pour favoriser les plus populaires d’entre nous; ils sont conçus pour nous favoriser tous.

EM: Pourquoi pensez-vous que le gouvernement britannique agisse tellement en faveur des intérêts US dans cette affaire?

MA: WikiLeaks a fait des contributions très importantes à notre connaissance du processus diplomatique et politique. Elles ont changé ma perception d’événements majeurs et d’institutions. WikiLeaks fait qu’il est beaucoup plus difficile de nous manipuler.

La communauté du renseignement repose sur des méthodes de travail qui sont secrètement cachées. Il y a de puissantes forces institutionnelles qui veulent mettre un terme aux activités de M. Assange. Ceci est vrai pour de nombreux pays.

EM: Que pensez-vous de l’Équateur en ce qui concerne M. Assange, et de l’importance de la solidarité mondiale envers lui non seulement de la part d’autres gouvernements, mais aussi de la part d’activistes et des citoyens en général, Professeur Andenæs?

MA: Le gouvernement de l’Équateur a fait une contribution très importante à la protection d’une sphère publique internationale, ainsi qu’à la protection de la liberté de l’information, de la liberté d’expression et de la responsabilité face aux violations des droits de l’homme. Les expressions de solidarité en sa faveur, non seulement de la part d’autres gouvernements, mais également d’activistes et d’autres autour du monde sont très importantes.

EM: Comment évaluez-vous l’approche des médias grand public concernant les révélations de WikiLeaks, particulièrement en ce qui concerne la décision Assange?

MA: Je m’étais attendu à une défense plus musclée du droit à fournir des informations et à la liberté d’expression. Mais les médias dans tous les pays opèrent en interaction complexe avec les gouvernements, pour prendre en compte les intérêts de l’Etat de façons différentes. Selon moi, dans cette affaire, avec trop d’égards pour l’intérêt présumé de l’état.

EM: Quel est votre avis sur les récentes révélations de WikiLeaks d’espionnage US du Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon et de la Chancelière allemande Angela Merkel, pendant une réunion privée sur la stratégie face au changement climatique à Berlin, ainsi que du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés?

MA: Elles révèlent des pratiques totalement inacceptables. Elles justifient également le travail de WikiLeaks.

Source: http://www.cercledesvolontaires.fr/2016/03/17/mads-andenaes-du-groupe-de-travail-de-lonu-sur-la-detention-arbitraire-explique-le-cas-assange/ et http://www.pravdareport.com/world/europe/15-03-2016/133811-assange_lawyer-0/

Traduit par Lawrence Desforges

L’affaire Wikileaks en Suède a-t-elle un lien avec la scientologie?

WIKILEAK ASSANGE SWEDENPhoto: Julian Assange en Suède (Cleveland.com)

Qu’est-il arrivé en Suède?

Julian Assange est allé en Suède le 11 Août 2010, depuis l’Angleterre. Seulement deux semaines avant, depuis une base temporaire en Angleterre fin juillet, sa publication, WikiLeaks, avait publié les Afghan War Logs, soixante quinze mille documents secrets du Pentagone sur la guerre en Afghanistan, qui comprenaient la mort de près de vingt mille personnes. Plus tôt cette année, Wikileaks avait publié les images militaires américaines d’un crime de guerre à Bagdad, Collateral Murder. (Justice 4 Assange)

L’affaire de la présumée agression sexuelle en Suède (et l’accusation de viol émise par la justice suédoise en août 2010) intervient entre deux épisodes importants de publication de l’organisation Wikileaks: la publication des journaux de guerre en Afghanistan en juillet 2010, suivis par les journaux de guerre en Iraq en octobre 2010 et la publication du Cablegate en novembre-décembre 2010.

Mais alors, pourquoi parler de la scientologie, dans une affaire qui semble uniquement concerner les problèmes personnels de Julian Assange avec deux femmes qu’il a rencontrées en Suède?

Julian Assange vs. la scientologie

Le combat de Julian Assange contre la scientologie ne date pas d’hier. On retrouve, en effet, dans plusieurs articles sur Internet les traces de ce combat qui remonte aux années 1990. Julian Assange n’a jamais été un ami de la scientologie, comme on peut le constater.

Sans donner de date précise, un article cite, par exemple, que:

« [Julian Assange] a fait une incursion précoce contre le culte de la Scientologie et a échoué » (The Australian)

De même:

« En Mars 1996, Assange a lancé un appel à se joindre à une manifestation antiscientologie. » (The Monthly)

Le 24 mars 2008, Wikileaks publie des documents sur la scientologie, ce qui semble n’être finalement que la continuité d’un combat commencé depuis plusieurs années dans la vie de Julian Assange.

En publiant par la suite, à partir de 2010, des documents diplomatiques américains, Wikileaks s’est non seulement attiré des ennemis au sein du gouvernement des Etats-Unis, mais également des ennemis au sein de tous les gouvernements, organisations et services secrets qui collaborent avec les Etats-Unis, ainsi que des ennemis au sein de la scientologie qui, comme on le sait, a eu pour objectif l’infiltration du gouvernement américain.

La scientologie et la censure Internet

La scientologie a toujours essayé de contrôler les publications sur Internet et a même été considérée comme un ennemi d’internet. En juillet 2013, un article de la BBC évoque cette situation:

« Le mois dernier, des militants des droits numériques à l’influente Electronic Frontiers Foundation (EFF) ont placé l’Église de Scientologie sur leur mur de la honte pour ce qu’ils disent avoir été des actes répétés contre les libertés Internet. »

On apprend aussi dans cet article que, pendant de nombreuses années, bien avant les publications de Wikileaks, la scientologie a tenté de contrôler le contenu relatif à son sujet sur Internet.

Des « innovateurs de la censure », selon un témoin cité dans l’article. La scientologie a même été bannie de Wikipedia en 2009.

La scientologie: la censure au nom du copyright

La scientologie représente exactement ce que combat l’organisation Wikileaks en ce qui concerne la liberté d’expression sur Internet. Ce sont deux visions du monde qui s’affrontent à notre époque moderne: d’un côté, les hackers ultra-libéraux qui voudraient que tout contenu puisse être partagé gratuitement et librement sur Internet, et d’un autre côté, les gouvernements et les sociétés qui veulent garder un contrôle sur tous les produits de la culture et de la civilisation qui sont à l’origine de leurs profits financiers.

Le meilleur outil pour garder le contrôle d’une création culturelle, c’est le copyright. Mais la propriété intellectuelle n’est pas un problème en soi. Le problème, c’est quand cette propriété intellectuelle est utilisée pour censurer. C’est ce qu’a fait la scientologie vis-à-vis de Wikileaks et des personnes qui ont voulu lancer l’alerte sur cette secte: invoquer le copyright pour censurer des contenus et des informations. Mais, c’est un argument qui est encore utilisé de nos jours par des gouvernements. Les actions passées de la scientologie n’ont fait que donner une idée de ce que les gouvernements sont prêts à faire pour imposer la censure contre des informations gênantes à leur sujet: Hadopi, Loppsi, Acta ont été autant de manières pour chercher à mettre en place une censure indirecte des contenus en invoquant la propriété intellectuelle. Les dangers de ces lois ne se posent pas directement pour la culture, mais surtout pour le droit à l’information et la liberté d’expression.

La scientologie au sein du gouvernement américain

Dans Wikipedia, un article consacré à la scientologie aux Etats-Unis explique comment a été mise en place dans les années 1970 une opération visant à infiltrer le gouvernement des Etats-Unis.

L’Opération Snow White était le nom d’un projet de l’Église de Scientologie dans les années 1970 pour purger les dossiers défavorables sur la scientologie et son fondateur L. Ron Hubbard. Ce projet comprenait une série d’infiltrations et de vols dans 136 organismes gouvernementaux, des ambassades et consulats étrangers, ainsi que des organismes privés critiques de la Scientologie, réalisés par les membres de l’Église, dans plus de 30 pays.

On peut imaginer que la scientologie a infiltré toutes sortes d’organismes gouvernementaux aux Etats-Unis et qu’elle continue encore aujourd’hui sa traque contre ses opposants à travers le monde. On peut aussi imaginer que Wikileaks, en publiant des documents sur la scientologie en 2008, a aussi été ajouté à cette liste d’opposants que la scientologie cherche à tout prix à éliminer.

Graham Berry a expliqué dans un discours les méthodes de la scientologie pour censurer les opposants:

Dans ce discours, j’ai dit que la Scientologie pourrait être réduite à trois concepts fondamentaux; le pouvoir, la purge et la punition. Le pouvoir réfère à l’objectif de la Scientologie de « nettoyer » la planète, et d’éliminer toute opposition à la scientologie. La purge réfère à la Scientologie qui supprime tous les documents négatifs et les informations critiques depuis les fichiers du gouvernement et l’accès public. La punition, je l’ai dit, était le plus sombre de tous les aspects de la Scientologie. Elle a pris deux formes; une forme orwellienne interne d’élimination de toute dissidence ou pensée critique, et une forme externe de punition des critiques et des responsables gouvernementaux non-coopératifs avec les politiques de terreur et de psycho-terreur sur le copyright pour le traitement des « personnes suppressives »; des personnes qui entravent ou s’opposent aux objectifs de la Scientologie. (Wikipedia)

Quand on lit ce texte, on se rend compte que la scientologie n’est pas une simple Eglise, mais qu’elle utilise des méthodes avancées pour censurer et porter atteinte à la liberté d’expression, de la même manière que peuvent le faire certains services secrets ou gouvernements à l’égard de leurs opposants.

La scientologie en Suède

scientologie dans le mondeC’est peut-être un choix malchanceux qu’a fait Julian Assange en s’installant en Suède, en 2010. Pour une organisation qui avait dévoilé des documents sur la puissante Eglise de scientologie, il se trouve que Wikileaks a justement choisi de trouver refuge dans l’un des pays européens qui est un proche allié américain et qui autorise la scientologie (aux côtés de l’Espagne, du Portugal, Hongrie, Slovénie, Croatie, Albanie).

Le 13 mars 2000, la Suède reconnaît la scientologie comme une communauté religieuse, comme on peut le voir dans ces statuts par pays. C’est toujours étonnant de constater que Wikileaks a choisi de s’installer dans un pays comme la Suède, ne serait-ce que par rapport à la présence de la scientologie.

La Suède et les Etats-Unis

Les relations militaires de la Suède avec l’OTAN et les Etats-Unis ne sont pas un secret. Mais, comme nous l’apprend un article de mars 2011, ce serait aussi l’origine des problèmes de Wikileaks et d’une tentative de faire taire l’organisation:

« la vendetta suédoise contre Julian Assange remonte à la révélation d’événements dans les câbles Wikileaks autour de la vente de données privées de la Suède à l’OTAN mentionnant principalement la population immigrée (les accords secrets à Stockholm entre les fonctionnaires du gouvernement suédois et les représentants de la CIA et du FBI, s’est ajouté à la loi de surveillance pro-OTAN directement établie sur les autorités suédoises par les USA). »

Les révélations de Wikileaks ont ébranlé le système américain, non seulement à travers les révélations diplomatiques, mais en touchant au coeur du système américain, à savoir l’industrie de l’armement et les révélations sur la guerre en Irak (Afghan war logs et Irak war logs).

Des sites Internet pro-Wikileaks ont ainsi pu révéler le lien entre les Etats-Unis, l’industrie de l’armement, le gouvernement suédois et la guerre en Irak. « [Carl Bildt] Le Ministre des Affaires Etrangères de la Suède a propagé l’idée de l’invasion de l’Irak et en profita. À partir de 2007. » C’est ce qu’on apprend dans un article de Rixstep:

« Carl Bildt a gagné des millions avec l’invasion américaine de l’Irak. Il a siégé au conseil d’administration de la société d’investissement Legg Mason, faisant la gestion d’énormes participations financières dans le secteur de l’armement US, et en même temps était un lobbyiste pour le géant des armes Lockheed Martin. »

En plus de l’Irak, l’intervention de la Suède et le soutien à la guerre en Libye ont aussi été mis en évidence:

Aussi peu d’intérêt que ce qui a été démontré par les mêmes Suédois sur les «dommages collatéraux» (le massacre des populations civiles) en Irak et en Afghanistan – où la Suède a également eu des troupes sous la direction de l’OTAN – ils semblent ne pas en démontrer plus dans le cas de la Libye.

Pour résumer, Wikileaks est mis en cause pour une affaire d’agression sexuelle en Suède, dans un pays partenaire de l’OTAN, proche des Etats-Unis, qui accueille l’Eglise de Scientologie, qui a des liens avec l’industrie de l’armement et dont un membre du gouvernement s’est personnellement enrichi grâce aux ventes d’armes lors de la guerre en Irak et aurait travaillé comme espion des Etats-Unis. L’affaire d’agression sexuelle en Suède, c’était peut-être le bon prétexte pour faire taire Julian Assange, celui qui s’était attaqué aux intérêts communs de toutes ces personnes. (On notera aussi une coïncidence plus tardive: la visite de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton en Suède, quatre jours après le verdict sur l’extradition de Julian Assange, en juin 2012.)

Wikileaks a pu se retrouver, depuis l’année 2010, comme un ennemi commun à la fois aux Etats-Unis, en mettant en cause la diplomatie américaine, et en Suède, où l’industrie de l’armement avait des intérêts auprès des Etats-Unis, sans parler de la scientologie qui a aussi été affectée à travers les publications de Wikileaks, ces dernières années, et dont les membres se retrouvent parfois au sein de ces gouvernements infiltrés.

Sans aller jusqu’à dire qu’il y a eu un complot contre Julian Assange, la Suède a pu cependant bénéficier d’un rôle particulier par rapport à Wikileaks, en étant à la fois un très bon allié du gouvernement américain, en ayant des liens avec l’industrie de l’armement aux Etats-Unis, et en étant un pays où la scientologie a aussi une certaine influence.

Quand on connaît la détermination de la scientologie à faire taire les opposants, comme cela a pu être décrit par plusieurs ex-membres de la secte dans des témoignages sur Internet, il est presque évident de dire que l’affaire d’agression sexuelle en Suède a pu être utilisée par la scientologie ou par le gouvernement américain (ou par les deux à la fois) pour faire taire une organisation aussi embarrassante que Wikileaks.

Même si la scientologie ou le gouvernement américain ne sont pas à l’origine des accusations, et même s’ils n’ont pas forcément construit un complot en utilisant deux militantes féministes suédoises, ils ont pu néanmoins utiliser ce prétexte pour faire pression sur la justice suédoise et pour chercher à obtenir l’extradition de Julian Assange aux Etats-Unis.

Assange, élection en Australie« La Suède est l’Arabie Saoudite du féminisme » (Julian Assange, The Sunday Times, 26 décembre 2010)

Les paradoxes de la Suède…

Aujourd’hui, la Suède, qui se voulait être un pays qui protège les lanceurs d’alerte, se retrouve dans une affaire de justice contre le fondateur de Wikileaks, celui qui luttait contre la scientologie, le mettant plus ou moins dans une situation où sa liberté d’expression et la continuité de son travail sont menacés, mais cela n’empêche pas non plus le pays d’accorder un prix à Edward Snowden, tout en continuant cette « chasse aux sorcières » contre Julian Assange… Avec l’affaire Wikileaks, on a pu découvrir un nouvel aspect de l’humour suédois.

« Assange et le mandat d’arrêt européen »: peut-on parler d’un abus de la loi?

Bernard Porter, 11 Novembre 2014

Assange at Ecuador embassyHier, en suivant le débat – ou plutôt le non-débat – sur le mandat d’arrêt européen à la Chambre des communes, et les commentaires de la presse à ce sujet, je fus surpris que l’affaire Julian Assange n’ait pas été citée comme l’un des cas les plus litigieux de l’utilisation du mandat.

L’extradition d’Assange a été requise avec l’aval d’une procureur suédoise, Marianne Ny, sans aucune mise en accusation, et sur la base de preuves fragiles, beaucoup desquelles il n’a pas été autorisé à voir. Ce fut après qu’il se soit volontairement soumis à un examen par la police de Stockholm, après quoi il a été relâché et autorisé à aller en Grande-Bretagne. Ny est intervenue par la suite. Assange s’est opposé à retourner en Suède à ce moment-là, parce qu’il craignait qu’il puisse être alors ré-extradé vers les États-Unis pour être jugé dans le cadre de ses révélations WikiLeaks. (Je pense que cela est peu probable, mais je ne voudrais pas l’exclure.) Il aurait pu craindre aussi certaines caractéristiques du système juridique suédois qui apparaissent moins que satisfaisantes pour les yeux d’un anglo-saxon, et que de nombreux légalistes suédois critiquent également. Dans ce cas, il me semblait que le mandat d’arrêt européen, promu à l’origine comme un moyen de nous protéger contre le terrorisme et le crime organisé, a subi des abus, comme les mesures de « contre-terrorisme » le sont souvent.

Lire la suite: http://www.lrb.co.uk/blog/2014/11/11/bernard-porter/assange-and-the-european-arrest-warrant/

Un avocat d’Assange: la décision britannique crée un précédent alarmant pour l’indépendance de la justice en Europe

DemocracyNow.org – Helena Kennedy, membre de l’équipe juridique de Julian Assange et éminente avocate britannique des libertés civiles, se joint à nous depuis Londres pour discuter de la décision de justice soutenant l’extradition d’Assange vers la Suède. «L’idée qu’un procureur demande que quelqu’un soit amené de force dans leur pays pour être interrogé – et [pas] un juge ou un tribunal – est alarmante parce que nous croyons en l’indépendance judiciaire», dit Kennedy. « [Assange] est concerné [parce qu’] une fois qu’il est sur le sol suédois, il devient beaucoup plus vulnérable aux intentions des États-Unis à le faire extrader pour subir un procès sur la base d’accusations beaucoup plus inquiétantes. »

(youtube)

Le cinquième pouvoir: un film malhonnête sur WikiLeaks et Julian Assange

IRIB, 24 novembre 2013

Le Cinquième Pouvoir [titre original The Fifth Estate] est la deuxième sortie majeure cette année portant sur le sujet du site de lanceurs d’alertes WikiLeaks.

Capture d’écran de la vidéo "Collateral Murder"Ce film n’est pas une amélioration par rapport au premier, le dérisoire documentaire d’Alex Gibney, We Steal Secrets: The story of WikiLeaks. Ce n’est pas une mauvaise direction ou la faiblesse du jeu d’acteurs qui posent problème dans Le Cinquième Pouvoir. C’est plutôt que le scénario de ce film commandé et produit par DreamWorks et écrit par Josh Singer est basé sur deux livres très tendancieux, tous deux hostiles à WikiLeaks et à son fondateur, Julian Assange.

En s’appuyant sur des sources politiquement suspectes et erronées, le projet était irrémédiablement condamné à ne pas représenter la réalité. Même si le réalisateur et d’autres personnes impliquées dans le tournage du film Le Cinquième Pouvoir déclarent qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre Assange, cela n’empêche pas qu’il s’agit d’une œuvre tendancieuse qui a adopté une orientation politique bien précise.

Une œuvre faisant un portrait honnête de WikiLeaks, cette organisation qui a des ennemis jurés aux plus hauts échelons de l’élite américaine, aurait les plus grandes difficultés à obtenir un financement suffisant et serait plutôt tuée dans l’oeuf. Les responsables du film Le Cinquième Pouvoir n’ont rencontré aucun de ces problèmes, le film a été financé à hauteur de 30 millions de dollars par DreamWorks et Disney en a assuré la distribution.

L’histoire est en grande partie racontée à travers les yeux de Daniel Domscheit-Berg, un ex-volontaire allemand de WikiLeaks qui a été suspendu de l’organisation en août 2010. Il a raconté son histoire dans Inside WikiLeaks : My Time with Julian Assange at the World’s Most Dangerous Website [article en anglais], livre publié en 2011 et applaudi dans les médias précisément parce qu’il s’acharnait contre Assange.

Les circonstances qui entourent l’exclusion de Domscheit-Berg de WikiLeaks sont remarquables pour dire le moins. Sa première action a été de saboter la plateforme qui permettait aux lanceurs d’alerte de contacter WikiLeaks, la rendant inutilisable, ce qui l’a fait fermer pour un long moment. Domscheit-Berg est également parti avec une quantité de documents non publiés qui, d’après WikiLeaks, «comprenaient des preuves que plus de 60 femmes et enfants avaient été massacrés en Afghanistan par des forces américaines.»

Domscheit-Berg a admis avoir détruit 3000 documents soumis par des lanceurs d’alertes concernant les activités de Bank of America. Peu après il a créé son propre projet «OpenLeaks», qui n’a jamais publié un seul document.

Domscheit-Berg a affirmé, comme le fait le film, qu’il a perdu ses illusions sur Assange en grande partie parce que ce dernier ne voulait pas travailler en équipe et était «imprudent» en ce qui concerne la protection des sources. Ces commentaires ne sont pas sincères. En réalité, son départ de WikiLeaks a coïncidé avec la chasse aux sorcières mondiale contre Assange qui a commencé à la mi-2010.

C’était après que WikiLeaks ait déjà rendu publique la vidéo «Meurtre collatéral», qui montre l’armée américaine en train de tuer des civils innocents en Irak depuis un hélicoptère, ainsi que les «fichiers de la guerre d’Afghanistan», sur les meurtres de civils et les autres violences des forces spéciales américaines et alliées. L’élite dirigeante était unie dans sa détermination à stopper WikiLeaks et son fondateur. C’était la base de l’invention d’accusations de violences sexuelles contre Assange, pour des motifs politiques, durant son voyage en août 2010.

Domscheit-Berg a été suspendu de WikiLeaks le 26 août 2010. Le 25 août, en suivant ses directives, des techniciens responsables de la maintenance du site Web avaient fermé son moteur de publication, et changé le mot de passe du système d’e-mails et du compte Twitter. Ces événements ont eu lieu quelques jours seulement après que deux femmes ont déposé plainte contre Assange en Suède le 20 août.

Domscheit-Berg a déclaré à Der Spiegel le 27 septembre 2010 que l’offensive judiciaire contre Assange était «une attaque personnelle contre lui, mais qu’elles [les accusations] n’ont rien à voir avec WikiLeaks directement.»

Domscheit-Berg était expressément hostile aux révélations par WikiLeaks des crimes commis par les États-Unis et d’autres grandes puissances impérialistes. Il a déclaré au Times le mois suivant, «L’objectif de la plateforme quand elle a commencée en 2006 était d’informer des gens intelligents et de leur fournir un socle de faits solides pour prendre des décisions intelligentes. Mais c’est devenu un problème dès que nous avons commencé à prendre parti.»

La deuxième source du film, WikiLeaks: Inside Julian Assange’s War on Secrecy [article en anglais], a été publié en février 2011 par le Guardian et écrit par les journalistes David Leigh et Luke Harding. Ce livre venait couronner la campagne du Guardian contre Assange qui a débuté en novembre 2010. Le quotidien britannique avait dans un premier temps passé un accord avec Assange pour l’aider à publier les communications diplomatiques secrètes.

Le soutien du Guardian à l’extradition d’Assange vers la Suède, et la description de ce dernier comme un égocentrique en ont rapidement fait la version «officielle» de l’histoire de WikiLeaks.

Assange n’a jamais été approché par quelqu’un de DreamWorks ni autorisé à présenter sa propre version des faits. Il a refusé une demande de l’acteur Benedict Cumberbatch de le rencontrer pour l’aider à incarner son personnage dans le film. Comme il l’a expliqué dans une longue lettre [en anglais] à Cumberbatch, «DreamWorks a construit toute sa production sur les deux livres les plus discrédités disponibles sur le marché […] Pour se justifier, on va affirmer que le film est une œuvre de fiction, mais ce n’est pas une fiction. C’est une vérité déformée sur des gens vivants qui se battent contre des adversaires titanesques. C’est une œuvre d’opportunisme politique, d’influence, de revanche, et surtout, de lâcheté.»

Cumberbatch a dit que la lettre d’Assange l’avait au moins forcé à réfléchir à sa participation au film. Il a déclaré, «je voulais faire un portrait en trois dimensions d’un homme bien plus diffamé dans la presse tabloïde qu’il ne l’est dans notre film.»

Un article paru dans Vogue notait qu’après avoir lu un des premiers scripts, «Cumberbatch a réalisé que certaines des craintes d’Assange étaient justifiées. “Sur une bonne partie de la direction d’acteurs, nous avons été en confrontation parce que Bill [Condon] semblait vouloir le présenter comme ce mégalomane antisocial.”»

L’histoire du film Le Cinquième Pouvoir manque de cohérence. Par moments, elle semble changer de sujet au gré de la bande-son qui est parfois assourdissante.

Les crimes de grande ampleur révélés par WikiLeaks semblent largement sans importance aux producteurs du film Le Cinquième Pouvoir. Il passe des activités actuelles d’Assange en divers endroits aux images d’un Assange solitaire dans son enfance. Une scène prétend de manière mensongère qu’il a fait partie d’un «culte» dans son enfance dans lequel «les enfants se teignaient les cheveux en blanc.»

Le contenu réel des révélations de WikiLeaks, en particulier à partir de «Meurtre collatéral», est traité brièvement et d’une manière désordonnée. Un certain nombre d’histoires mineures sont introduites, dans le but de prouver, faussement, que WikiLeaks mettait des vies en danger de manière inutile avec ses révélations.

Vers la fin du film, le personnage de Domscheit-Berg rencontre le journaliste Nick Davies du Guardian (David Thewlis), le lien original entre le journal et Assange.

Davies, consultant pour le film, pontifie sur les origines de la presse libre en Grande-Bretagne et la manière dont le «quatrième pouvoir» – les grands médias – a émergé au détriment de ceux qu’il a martyrisés. Il dit à Domscheit-Berg que «la révolution de l’information» lance un nouveau «cinquième pouvoir,» déterminé à «détruire son prédécesseur». C’est un plaidoyer pour un journalisme «responsable», c’est-à-dire politiquement compromis et favorable à l’élite dirigeante qui n’oublie pas de faire une mise en garde sur les dangereux individus du genre d’Assange qu’il faut mettre à l’écart.

«Daniel, vous et Julian nous avez donné un échantillon de ce que pourrait être le futur,» déclare Davies. C’est à vomir. Davies a beaucoup fait pour légitimer la campagne sans précédent pour «attrapper Assange» afin d’écraser WikiLeaks, avec son article calomnieux paru en décembre 2010 dans le Guardian, « 10 days in Sweden: the full allegations against Julian Assange.»

Assange s’est vu refuser ses droits fondamentaux durant plus de trois ans. Il a été contraint à demander l’asile à l’ambassade de l’Équateur à Londres. Sa vie et sa liberté sont toujours menacées par des ennemis immensément puissants. Il est la victime, celui que l’on persécute. Tout cela est simplement négligé. Condon a épuré les trois dernières années de son histoire de WikiLeaks. Tout ce qui suit la détention d’Assange en décembre 2010 à Londres est couvert en moins de cinq minutes, réduit à quelques intertitres, en alternance avec le personnage d’Assange s’exprimant depuis l’ambassade équatorienne. Le Cinquième Pouvoir est un projet malhonnête, et tous ceux qui y sont impliqués, artistiquement ou financièrement, devraient en avoir honte.

Robert Stevens

Source: http://french.irib.ir/info/item/293540-le-cinqui%C3%A8me-pouvoir-un-film-malhonn%C3%AAte-sur-wikileaks-et-julian-assange?

La police suédoise enquête sur la disparition d’une valise de Julian Assange

Julian Assange-Londres

Publié par Associated Press le mardi 03 septembre 2013 à 17h54. Modifié par Léandre Drolet à 18h18

STOCKHOLM – La police suédoise a ouvert une enquête mardi après que le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, eut porté plainte pour la disparition de l’une de ses valises en 2010, alors qu’il quittait la Suède en direction de l’Allemagne.

La valise en question contenait trois ordinateurs portables avec du matériel de WikiLeaks, notamment des «preuves» de crimes de guerre qui auraient été commis par les forces américaines en Afghanistan, selon la déclaration sous serment et la plainte criminelle déposées par l’avocat de M. Assange à la police de l’aéroport de Stockholm.

Dans la déclaration, Julian Assange laisse entendre que sa valise pourrait avoir été saisie illégalement «dans le cadre d’une opération du renseignement ayant pour but de récolter des informations» à son sujet.

Il n’a offert aucune preuve de ses allégations, mais a précisé que toutes les tentatives pour retrouver sa valise, disparue en septembre 2010 après avoir été enregistrée auprès du transporteur aérien, avaient échoué.

La plainte a été déposée à la veille de la visite du président des États-Unis, Barack Obama, en Suède.

«La saisie présumée, ou le vol, s’est produite à une période de tentatives intenses des États-Unis pour empêcher les publications de 2010 par WikiLeaks», affirme M. Assange, qui a demandé aux autorités suédoises de «réclamer des explications» aux membres de la délégation du président américain durant leur visite.

La police des frontières à l’aéroport de Stockholm a ouvert une enquête après avoir reçu la plainte mardi, a indiqué une porte-parole, Jessica Fremnell.

Elle a refusé de dire si les autorités suédoises interrogeraient des membres de l’entourage de M. Obama, comme le demande le fondateur de WikiLeaks.

«Nous prenons nos propres décisions quant à ce que nous pensons devoir faire», a-t-elle dit.

Julian Assange, originaire de l’Australie, est réfugié depuis plus d’un an dans l’ambassade d’Équateur à Londres afin d’éviter son extradition en Suède, qui veut l’interroger en lien avec des allégations de nature sexuelle.

Source: http://www.985fm.ca/international/nouvelles/la-police-suedoise-enquete-sur-la-disparition-d-un-263658.html

Communiqués de presse Wikileaks:

Wikileaks lance une enquête criminelle avant la visite d’Obama en Suède, mercredi: http://wikileaks.org/Press-Release-WikiLeaks-Launches.html
AFFIDAVIT de Julian Paul Assange (.pdf)

La police suédoise ouvre un fichier de plainte criminelle avant la visite d’Obama en Suède, mercredi: http://wikileaks.org/Updated-Press-Release-WikiLeaks.html
AFFIDAVIT de Julian Paul Assange (.pdf)

Wikileaks dépose une seconde plainte criminelle en Allemagne: http://wikileaks.org/WikiLeaks-Files-Second-Criminal.html
AFFIDAVIT de Julian Paul Assange (.pdf)

La procureur d’Assange démissionne, tandis que l’accusatrice renvoie son avocat

Julian Assange au Royaume-Uni

Philip Dorling, 28 mars 2013

La procureur supérieure suédoise qui poursuit des accusations d’agression sexuelle contre Julian Assange a brusquement quitté l’affaire, et l’une des accusatrices d’Assange a renvoyé son avocat.

Les tensions dans l’effort de l’Autorité de Poursuite Judiciaire suédoise pour extrader M. Assange interviennent au moment où un autre juge suédois se prépare à délivrer la semaine prochaine une conférence publique sans précédent en Australie sur l’affaire de l’éditeur de WikiLeaks.

L’Autorité de Poursuite Judiciaire suédoise veut extrader M. Assange pour l’interroger à Stockholm en relation à des accusations d’agression sexuelle par deux femmes.

Fairfax Media a obtenu des documents de la cour suédoise qui révèlent que la procureur suédoise de grande envergure Marianne Nye a quitté de manière inattendue le traitement de l’affaire Assange, à compter de mercredi, et a été remplacée par une procureur plus jeune, Ingrid Isgren. Les raisons de ce changement n’ont pas encore été révélées.

L’une des deux accusatrices d’Assange, l’activiste politique Anna Ardin, a également fait une demande aux tribunaux suédois, le 28 février, pour remplacer son avocat controversé Claës Borgström. Mme Ardin s’est plaint d’avoir trouvé que M. Borgström passait beaucoup plus de temps à parler aux médias qu’avec elle, qu’il remettait ses demandes à sa secrétaire ou à son assistante, et qu’elle avait perdu confiance en lui comme représentant légal.

En plus des poursuites à l’égard de M. Assange, M. Borgström a été vivement critiqué pour sa gestion d’une autre affaire très médiatisée impliquant un tueur en série présumé, avec un éminent commentateur suédois qui le décrit comme faisant  » le pire travail de défense judiciaire dans l’histoire moderne de la Suède ».

L’engagement par Mme Ardin d’une nouvelle avocate, Elisabeth Massi Fritz, a maintenant été approuvé.

Les nouvelles des changements dans les poursuites suédoises contre M. Assange viennent peu de temps avant qu’un juge suédois de la Cour Suprême, Stefan Lindskog, donne une conférence publique sur « l’affaire Assange, et la liberté d’expression, d’un point de vue suédois » à l’Université d’Adélaïde, mercredi prochain.

Parlant à Fairfax Media, M. Assange a dénoncé le débat planifié sur son affaire.

Si un juge de la Haute-Cour en Australie venait et parlait d’une affaire que la cour est devrait ou est susceptible de juger, ce serait considéré comme absolument scandaleux », a-t-il dit.

« Ce développement s’inscrit dans le cadre d’un modèle où des personnalités suédoises, y compris le Ministre des Affaires Etrangères suédois, le Premier Ministre et le Ministre de la Justice, m’ont tous attaqué ou attaqué WikiLeaks en public. »

Le juge Lindskog est président de la Cour Suprême de Suède, la plus haute cour d’appel du pays. En annonçant sa conférence à venir, l’Université d’Adélaïde a fait remarquer qu’« en tant que l’un des juristes les plus éminents de la Suède, il est uniquement en mesure de fournir un point de vue officiel de l’affaire Assange. »

Dans un article paru aujourd’hui dans l’Australian Financial Review [Revue Financière Australienne], le juge remarque qu’il trouve « amusant de voir comment l’affaire Assange offre des possibilités de retournements serrés quand il s’agit de sujets qui doivent être abordés. D’un côté, il est question de savoir si les mensonges sur les préservatifs peuvent conduire à un crime sexuel, et d’un autre côté, la question de savoir si dire la vérité, en publiant des informations classifiées, peut équivaloir à un crime qui permet l’extradition vers un Etat qui dit avoir subi des préjudices. »

Greg Barns, un avocat porte-parole pour l’Alliance des Avocats Australiens, a dit que c’est un principe fondamental de la loi que les juges ne parlent pas publiquement sur des affaires qui sont susceptibles d’être devant les tribunaux ou qui n’ont pas encore été jugées.

Source: http://www.smh.com.au/opinion/political-news/assange-prosecutor-quits-while-accuser-sacks-lawyer-20130328-2gwjk.html

Assange: Les Documents de la Police Publiés dans les Médias Suédois

Assange en Suède

Voulez-vous connaître la Suède ?

STOCKHOLM (Rixstep) — « Maintenant, je comprends pourquoi la police suédoise et les avocats ne viennent pas au Royaume-Uni pour interroger Assange », écrit l’éditeur en chef Dick Sundevall dans un paragraphe. « Ils seraient obligés de clôturer l’affaire et de déclarer qu’aucun crime n’a été commis. »

Clôturer le Dossier!

« J’ai demandé à quatre magistrats de la cour d’étudier les documents pour voir s’ils pouvaient trouver quoi que ce soit qui puisse signifier une poursuite judiciaire. L’un d’eux a dit qu’il pourrait peut-être y avoir un cas de harcèlement, mais il a admis que le dossier était plutôt faible. Les trois autres se sont mis d’accord sur le fait que ce dossier devrait être entièrement clos – c’est la chose même qu’a dit la très respectable procureure générale, Eva Finné, il y a près de deux ans », écrit Sundevall.

« Mais le gouvernement de la Suède ne laissera pas faire. »

Assange Prévenu

L’un des journalistes questionné par la police a expliqué comment il a prévenu Assange qu’il pourrait être pris dans un piège sexuel. « Je ne crois pas une seconde que les femmes font partie d’un complot », écrit Sundevall. « Mais vous seriez incroyablement naïfs de ne pas voir comment des pouvoirs cachés ont exploité la situation. »

Assange : Questions/Réponses

Sundevall a une courte rubrique de Questions/Réponses dans sa publication.

Q: Est-ce qu’Assange a pris l’initiative dans ces relations ?
R: Non. Elles l’ont approché.

Q: Est-ce qu’elles ont dit qu’elles ne voulaient pas avoir de relation sexuelle avec lui ?
R : Non, pas du tout.

Q: Est-ce qu’Assange a eu recours à la force pour obtenir avec elles une relation sexuelle ?
R: Non.

Q: Est-ce qu’il a préféré avoir une relation sans préservatif?
R : Oui, mais cela n’est pas illégal.

Q: A-t-il délibérément détruit le préservatif ?
R : Il dément l’avoir fait. L’enquête ne peut pas le démontrer.

Q: Est-ce que les deux femmes ont été infectées par une maladie ou sont tombées enceintes ?
R: Non.

Sundevall affirme de manière incorrecte que les femmes voulaient uniquement poser des questions sur les MST à la police, une chose totalement démentie par les notes de la station de police qui ont été données par la suite à Eva Finné. Sundevall envisage raisonnablement que les deux femmes regrettent aujourd’hui d’avoir contacté la police, car elles comprendraient mieux aujourd’hui à quelle intrigue politique elles ont été mêlées. Cela peut être retenu dans un des deux cas.

Pas les premiers

Ce n’est bien sûr pas la première publication de documents de la police. L’emplacement des documents a d’abord été révélé sur le forum Flashback il y a près de deux ans, après quoi ce site a démarré une traduction dans une question de jours. Les documents proviennent d’une communication de l’avocat suédois Björn Hurtig à Jennifer Robinson en novembre 2010 – il y a plus de deux ans. Mais c’est la première fois que les fichiers sont rendus accessibles en Suède d’une manière généralisée.

« J’ai eu l’accès à ces documents pendant quelque temps », écrit Sundevall. Petits pas.

Autres sites :
Beat the Blockade
Justice4Assange.com
Assange Defence Fund
WikiLeaks: Support WikiLeaks
The Police Protocol (Translated)
Rixstep: Assange/WikiLeaks RSS Feed
Radsoft: Assange/WikiLeaks RSS Feed

Source: http://rixstep.com/1/20121206,00.shtml

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