La France va suivre le modèle de la Turquie dans la censure inconsidérée de l’Internet

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EDRI.org, 22 octobre 2014

Par Kirsten Fiedler

Malgré de nombreux revers, de la mauvaise publicité, les coupes budgétaires et un changement de gouvernement, la France persiste avec son Hadopi, une «loi en trois coups » et une agence du gouvernement pour faire respecter les lois du droit d’auteur et la lutte en ligne contre le « piratage ». Encore plus inquiétant, le ministre de la Culture du pays envisage maintenant des mesures pour limiter encore plus les droits en ligne.

Au cours des dernières années, le budget de l’agence Hadopi a été peu à peu réduit de 12 à 6 millions d’euros pour 2015, ce qui aura évidemment des conséquences sur les capacités de l’institution et la gestion du système de riposte graduée. Face à ce défi, la présidente de l’agence Mireille Imbert-Quaretta a tenu une réunion avec la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, pour discuter du rapport de l’agence de mai 2014 et de l’avenir de l’agence.

Lire la suite: https://edri.org/france-follow-turkeys-lead-lawless-internet-censorship/

11 février 2014: Soutenez « le jour où nous nous défendons » contre la surveillance massive

The day we fight back

Communiqué « The Day We Fight Back » Against Mass Surveillance

A l’intention des médias – 10 janvier 2014
Contact US: Blair FitzGibbon 202-503-6141
(traduction: Hello@LesChatsCosmiques.net)

Pour commémorer le décès tragique d’Aaron Swartz, les principaux groupes Internet et les plateformes en ligne [Mozilla, BoingBoing, l’Electronic Frontier Foundation, Reddit, etc.] s’unissent pour organiser une journée militante contre la surveillance du net par la NSA.

Afin d’honorer la mémoire de Swartz et de célébrer l’anniversaire de la suspension du SOPA, cette mobilisation est intitulée « The Day We Fight Back [Jour de Riposte] »

Washington, DC – Une large coalition  de groupes activistes, de sociétés et de plateformes en ligne prévoient d’organiser le 11 février une journée mondiale de mobilisation activiste à l’encontre de l’espionnage de masse pratiqué par la NSA. Intitulée « The Day We Fight Back (Jour de Riposte)», cette journée activiste a été annoncée le 10 janvier, à la veille de la commémoration du décès tragique d’Aaron Swartz, technologue engagé. Cette contestation lui est doublement dédiée car elle vise également à célébrer une victoire à laquelle il a contribué, à savoir la suspension du Stop Online Piracy Act (SOPA) il y aura deux ans ce mois-ci.

Les participants incluent à ce jour Access, Demand Progress, l’Electronic Frontier Foundation, Fight for the Future, Free Press, BoingBoing, Reddit, Mozilla, ThoughtWorks,. D’autres devraient rejoindre le mouvement et nous invitons des millions d’internautes, américains et citoyens du monde, à exercer des pressions sur les législateurs pour mettre fin à la surveillance généralisée.

Le 11 janvier 2013, Aaron Swartz a mis fin à ses jours. Aaron avait un esprit brillant et inquisiteur qu’il avait consacré à l’étude des moyens et des finalités de la technologie via ses écrits, ses recherches et son art. Avant sa mort, il se focalisait notamment sur les questions d’activisme politique en soutien aux libertés civiques, à la démocratie et à la justice économique.  Aaron avait impulsé et guidé le mouvement qui finit par vaincre le Stop Online Piracy Act en janvier 2012. Ce texte de loi aurait détruit l’Internet tel que nous le connaissons en bloquant par exemple l’accès aux sites qui autorisent les contenus générés par les utilisateurs – à savoir l’un des fondements clés de la dynamique d’Internet.

Cofondateur avec Aaron Swartz de l’organisme Demand Progress, David Segal  a déclaré « Aujourd’hui, l’espionnage exercé en masse par la National Security Agency représente la plus grande menace ayant jamais pesé sur les libertés des internautes et d’une manière plus générale sur la société. Si Aaron était toujours de ce monde, il serait sur la ligne de front pour riposter contre des pratiques qui visent à saper toute possibilité d’échange et d’engagement entre êtres humains libres ».

Selon Roy Singham, le président de la société ThoughtWorks qui employait Aaron avant son décès: « Aaron nous a montré qu’être un technologue au 21e siècle signifie agir et prendre des mesures afin que les technologies ne soient pas retournées contre les intérêts publics. Il est plus que temps que la tribu des technologues s’unissent à l’échelle mondiale pour mettre un terme à la surveillance généralisée »

Pour Josh Levy, de Free Press: « Depuis les premières révélations l’été dernier, des centaines de milliers d’internautes se sont unis en ligne ou hors ligne  afin de protester contre les programmes de surveillance de la NSA. Anticonstitutionnels, ces programmes ne portent pas seulement atteinte à nos droits fondamentaux de nous connecter et de communiquer en privé, ils frappent au coeur même des fondements de la démocratie.  Seul un large mouvement d’activistes, d’organisations et d’entreprises pourra convaincre Washington de restaurer ces droits ».

Le directeur d’Access Brett Solomon ajoute qu’ »Aaron pensait en termes de systèmes. Il savait qu’un Internet libre et ouvert représente un prérequis crucial pour préserver nos sociétés libres et ouvertes. Son esprit nous guide dans notre détermination à surmonter les menaces qui pèsent sur ces libertés. Le 11 février prochain, nous nous élèverons contre la surveillance de masse ».

En cette journée d’action, la coalition et les activistes qu’elle représente passeront des appels et enverront des e-mails aux législateurs américains. Les propriétaires de sites web installeront des bannières encourageant leurs visiteurs à lutter contre la surveillance tandis que les employés de sociétés technologiques exigeront de leurs employeurs qu’ils fassent de même. Les internautes sont pour leur part encouragés à créer et diffuser des mèmes et avatars de médias sociaux reflétant des demandes similaires.

Les sites et internautes qui souhaitent participer à cette action peuvent visiter TheDayWeFightBack.org et s’inscrire pour être tenus informés des derniers développements. Des mises à jour seront régulièrement publiées d’ici la journée d’action prévue le 11 février.

Qui: Access, Demand Progress, Electronic Frontier Foundation, Fight for the Future, Free Press, The Other 98%, BoingBoing, Mozilla, Reddit, ThoughtWorks – et de nombreux autres à nous rejoindre.

Quoi: Une journée d’action à l’encontre de l’espionnage de masse en l’honneur d’Aaron Swartz et de la suspension du SOPA.

Quand: 11 février 2014

Comment peut-on soutenir le mouvement ? :
1.    Visitez TheDayWeFightBack.org
2.    Inscrivez-vous pour indiquer votre participation et pour recevoir les dernières informations.
3.    Inscrivez-vous pour pouvoir installer des widgets pour sites internet afin d’encourager vos visiteurs à lutter contre la surveillance.
4.    Utilisez tous médias sociaux utiles pour souligner votre participation.
5.    Créez et diffusez tous mèmes, outils, sites dédiés et autres idées à même de souligner votre participation, sensibiliser votre entourage et encourager les autres à faire de même.

Source: https://thedaywefightback.org/

Texte traduit par Les Chats Cosmiques
http://leschatscosmiques.tumblr.com
http://www.scoop.it/cosmikats
https://twitter.com/cosmikats

WikiLeaks appelle à « infiltrer les services secrets » – vous n’avez pas une autre solution à proposer aux hackers?

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Selon un article récent évoquant l’intervention de Julian Assange et de son organisation au Chaos Computer Club (30c3) à Hambourg, « WikiLeaks appelle les hackers à infiltrer les services secrets« . Cette position est assez ambiguë et les arguments avancés ne sont pas vraiment convaincants. Pour ceux qui sont vraiment des hackers, cela peut paraître une hérésie totale, à l’opposé de ce que pensent de nombreux militants et défenseurs de l’Internet.

Faut-il vraiment devoir « infiltrer les services secrets afin de pouvoir rendre publiques des informations secrètes »? Est-ce qu’il n’y a vraiment que ça, comme solution pour changer le monde? Non, bien sûr, il y a d’autres solutions que celle présentée par Julian Assange. Faut-il prendre le risque de travailler comme Edward Snowden pour la surveillance massive, le regretter par la suite comme il en a témoigné et se retrouver un jour dans une situation d’exil temporaire ou définitif loin de son pays? N’est-il pas plutôt préférable de militer au sein d’une association de défense des droits numériques, de rejoindre des partis politiques, comme le Parti Pirate, ou bien rester hacker et continuer à militer à la fois individuellement et en groupe pour les libertés civiles, mais rester à tout prix loin des services secrets et de tous ces gens qui aident les gouvernements à imposer de plus en plus de censure sur la population? Quand Julian Assange dit cela, on a l’impression qu’il est en train de penser à l’avenir des gouvernements, plus qu’à l’avenir des hackers.

WikiLeaks a bien prouvé par ses publications passées que, tout en étant une organisation indépendante, et donc sans être affilié à aucun gouvernement – du moins, en théorie – ni sans être affilié à des services secrets particuliers, on peut néanmoins tout à fait publier des documents secrets et en obtenir des personnes impliquées dans des combats spécifiques, comme l’a fait Bradley Manning. Cela semble être une chose risquée – et peu morale – d’infiltrer un service secret et d’accomplir un travail qui ne plaira pas forcément aux hackers concernés, qui vont peut-être perdre plusieurs années de leur vie de manière inutile, au sein des services secrets, simplement dans le but de pouvoir éventuellement publier quelque chose de secret, et encore sans en avoir un degré de certitude – mais comme on le sait, les vrais secrets des Etats sont bien gardés, et ce n’est pas le jeune hacker qui vient d’être recruté qui pourra avoir accès à des informations sensibles et qui pourra prétendre devenir un nouveau héros. WikiLeaks lance plutôt une illusion aux hackers, le rêve de devenir des héros, mais jusqu’à présent tous ont été rattrapés par le destin, soit en prison soit en exil: Jérémy Hammond, Edward Snowden, ou Bradley Manning. Les lois qui régissent l’espionnage et les peines de trahison sont de plus en plus sévères, et cela ne pourra être que de plus en plus dangereux d’infiltrer les gouvernements et les services secrets. 35 ans de prison pour Bradley Manning, aucun gouvernement étranger ne se mobilise pour le défendre. C’est pourquoi nous ne soutenons pas l’idée de WikiLeaks.

De plus, ces paroles semblent résonner de manière étrange, surtout quand on sait que Julian Assange lui-même est retenu prisonnier dans une ambassade, que les médias sont peu mobilisés sur le sujet et que la population du Royaume-Uni a sans doute d’autres préoccupations avec l’austérité et la crise économique, et que lui-même ne peut certainement continuer son travail de publication de secrets gouvernementaux dans de bonnes conditions, avec les pressions politiques et le statut de réfugié politique. Alors, ne faut-il pas être plus méfiant par rapport à ce que nous conseille WikiLeaks? Il y a certainement d’autres solutions pour militer et défendre les libertés. Les gouvernements sont actuellement en manque de hackers et ont besoin de recruter, en effet, parce que la surveillance massive s’étend et parce qu’elle prend de plus en plus d’importance dans nos pays. Pour développer cette surveillance, les gouvernements ont besoin de hackers. Mais les hackers doivent choisir le chemin qui leur convient: ils ne doivent pas infiltrer les gouvernements, si cela ne correspond pas à leur morale et si cela met en péril leur vie.

Alors, que veut exactement dire cette affirmation de WikiLeaks et qu’est-ce qui se cache exactement derrière cette idée d’infiltrer les services secrets? Est-ce qu’il n’est pas naïf de croire qu’un hacker pourra publier de grandes révélations, en échange de quelques années ou d’une vie entière passée à servir des gouvernements, à voir ce qu’il y a de plus sombre au sein des services secrets, à être le témoin de nombreuses manipulations politiques, de servir des hommes politiques corrompus et de voir chaque jour que les idéaux de la démocratie et des libertés numériques s’évanouissent de plus en plus dans un monde soumis au pouvoir de l’argent et des multinationales? Ou de voir encore que la population ne se mobilise pas suffisamment pour défendre les droits des lanceurs d’alerte, et que même en France, une loi de surveillance généralisée est passée tout récemment sans qu’il y ait une solidarité nationale contre le vote de cette loi. Est-ce que c’est vraiment sur ce chemin trouble et incertain que WikiLeaks veut conduire les jeunes hackers, et qu’ils deviennent ainsi les alliés du système mondial de l’espionnage?…

Hollande et le PS s’en prennent de nouveau à « l’anonymat sur Internet »

Le Monde.fr | 17.12.2013 à 15h42 | Par Martin Untersinger et Damien Leloup

The hackerLa lutte contre l’anonymat sur Internet fait son grand retour. Après Harlem Désir, lundi 16 décembre sur BFM-TV, c’est François Hollande, en recevant le même jour le Conseil représentatif des institutions juives de France, qui a pris pour cible « la tranquillité de l’anonymat sur Internet ».

Ecouter: Hollande au Crif: « Lutter contre la tranquillité de l’anonymat sur Internet »

« Nous travaillons avec Jean-Marc Ayrault (…) pour éviter la tranquillité de l’anonymat qui permet de dire des choses innommables sans être retrouvé », a déclaré le président. Pas plus que le premier secrétaire du Parti socialiste, ce dernier ne dit pas s’il envisage, comme le sénateur Jean-Louis Masson en son temps, une loi pour limiter l’usage du pseudonymat et de l’anonymat sur Internet.

Cette question semble revenir dans la bouche des décideurs dans la même forme que lors de sa dernière incursion dans le débat public. Pourtant, les termes du débat n’ont pas beaucoup changé.

Lire l’intégralité de l’article: http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/12/17/hollande-et-le-ps-s-en-prennent-de-nouveau-a-l-anonymat-sur-internet_4335593_651865.html

Les vraies raisons pour lesquelles le gouvernement français a voté la Loi de Programmation Militaire

logo LPMAvec le vote de la LPM [Loi de Programmation Militaire] à l’Assemblée Nationale, le 3 décembre, et au Sénat, le 10 décembre, beaucoup s’inquiètent de l’avenir des libertés et de l’étendue de la cyber-surveillance en France. Des associations de défense des droits de l’homme, de liberté de la presse, et d’autres représentant les libertés numériques, ont envoyé récemment une lettre pour saisir le Conseil Constitutionnel, comme le publie la Quadrature du Net. La Loi de Programmation Militaire inquiète de manière réelle en France, autant que les révélations d’Edward Snowden ont pu inquiéter le monde.

Avec le scandale Prism, la France aurait dû montrer l’exemple démocratique et initier un débat sur l’espionnage, car la vie privée n’est-elle pas « un sujet de société qui justifie un débat général, et non spécifique, encore plus impérieux à l’heure de notre entrée dans ce nouveau monde du numérique »? (Source: Les Echos) La France aurait aussi pu proposer de rendre les services secrets plus transparents et d’expliquer son partenariat problématique avec la NSA, et sa participation supposée à la Five Eyes Alliance, ces cinq pays occidentaux qui auraient mis en commun leurs capacités de surveillance au niveau mondial – ce qui semble, somme toute, assez inquiétant. Au lieu de cela, rien du tout: le silence commun du gouvernement français et des services secrets.

Mais alors que François Hollande semblait s’offusquer de la surveillance pratiquée par les Etats-Unis, le Sénat a confirmé, dans notre pays, la Loi de Programmation Militaire — une loi au nom peu amical qui va exactement dans le sens de ce que fait la NSA, c’est-à-dire d’étendre la collecte des données numériques en temps réel, sans autorisation judiciaire et sans véritable contrôle sur les services secrets. Le Sénat a d’ailleurs ignoré, en France, les appels des associations qui avertissent sur les possibles atteintes aux libertés individuelles dans le cadre de cette loi et qui évoquent « la possibilité pour l’Etat de capter aussi bien les données de connexion (horadatage, adresse IP) que les documents « traités ou conservés », c’est à dire du contenu privé (photo, courriels) en bonne et due forme », et encore plus inquiétant, « leur captation directe et en temps réel, sur les réseaux des opérateurs, par les services de renseignement ». (Source: 01net.com)

C’est donc dans cette direction que va la démocratie française, en plein scandale Prism, sans qu’il y ait même eu un grand débat public sur la surveillance et sans même que notre président ait pris la peine d’éclaircir le rôle des services secrets français vis-à-vis de la NSA américaine – alors que la DGSE aurait bien transmis des données aux services de renseignement américains, selon le journal Le Monde -, et sans même que les citoyens français aient pu donner leur avis sur ce genre de pratiques d’espionnage illégal et sur le renforcement des lois de la surveillance?… Où va-t-on?

La vraie raison de cette Loi de Programmation Militaire, c’est sans doute que le gouvernement français veut légaliser certaines pratiques d’espionnage qui sont peut-être déjà utilisées par les services secrets — et la précipitation dans laquelle a été votée cette loi semble plutôt indiquer que des pratiques illégales sont en cours ou existent déjà dans notre pays, renforçant ainsi les affirmations de la presse, mais s’ils se précipitent de légaliser ces pratiques et de les autoriser par une loi peu objective, c’est évidemment pour éviter qu’un lanceur d’alerte à la Snowden le révèle au grand public, un jour ou l’autre. L’Etat français manifeste-t-il ainsi sa peur de futures révélations sur ses propres services d’espionnage? Des révélations plus graves pourraient-elles aller plus loin que ce qu’a publié Le Monde en dévoilant la France comme « un précieux partenaire de l’espionnage de la NSA »? On aurait tendance à le penser, avec le vote précipité de la LPM qui dévoile une certaine peur du gouvernement français.

Car, que ferait l’Etat français, si un autre Snowden décide, en effet, de publier les documents de la prétendue Five Eyes Alliance, témoignant de collectes illégales faites par les services de renseignement français dans le cadre, par exemple, d’une collaboration secrète avec la NSA, comme cela a été révélé pour la Suède? Si ces choses existaient, cela ferait beaucoup de bruit et le gouvernement français aurait du mal à expliquer et à justifier une collaboration secrète avec la NSA, dans un contexte actuel marqué par une crise de confiance des français envers leur propre gouvernement et dans un contexte politique difficile sur beaucoup d’autres sujets.

Mais pourquoi l’Etat français voudrait-il cacher et censurer des choses, me direz-vous? Pourquoi la DGSE refuse-t-elle de communiquer à ce sujet? Pourquoi vouloir faire passer cette loi peu objective et liberticide? Tous ces signes d’un refus de communication sont très inquiétants. Ce n’est pas normal que l’Etat et les services secrets refusent de communiquer à ce sujet, alors que l’on vit en démocratie. Les problèmes de sécurité et de terrorisme ne sont pas une raison suffisante pour faire passer ce genre de lois: il est tout à fait possible de rendre le pays plus sûr, en construisant un internet libre qui protège nos données personnelles, ou de laisser les citoyens accéder même partiellement aux informations qui sont stockées sur eux par les services de renseignement, une idée parfois proposée pour éviter toutes sortes d’abus.

Et surtout, ce genre de loi ne peut passer sans l’avis et la connaissance exacte de ce que sont le contenu et les implications de la loi de programmation militaire — si la loi est votée sans le consentement de la population française, soulevant les inquiétudes de journalistes, d’associations et de divers membres de la société, et sans véritable consensus autour de son contenu, cela peut s’assimiler à ce que font les régimes autoritaires de certains pays, quand ils imposent des décisions à l’encontre des intérêts de leur population. Mais, bien sûr, en France, ceci ne serait pas digne de notre gouvernement. Il faut espérer que tous les citoyens continuent à se mobiliser pour défendre leurs droits et leurs libertés.

PRISM, Tempora: Les programmes de surveillance internet guettent la Tunisie

HuffPost Maghreb, 3 juillet 2013

Le 7 juin 2013, de nombreux détails des programmes de surveillance internet PRISM et Tempora, dirigés par l’américaine NSA (National Security Agency) et la britannique GCHQ (Government Communications Headquarters), sont portés au grand jour. A l’origine de ces révélations initialement publiées par le quotidien britannique The Guardian: Edward Snowden, ex-consultant pour la NSA et la CIA.

De quoi sont capables ces programmes de surveillance ?

Les allégations, fondées sur une série de documents classés top-secret et fournis par le jeune informaticien de 30 ans, concernent l’existence d’une back-door chez plusieurs géants de l’internet. Des multinationales comme Facebook, Microsoft ou encore Google auraient fourni un accès direct à leur système aux agences de sécurité gouvernementales.

Les gouvernements auraient ainsi accès, entre autre, au contenu de mails et de live chats, ainsi qu’aux conversations audiovisuelles via un accord avec Skype. Toujours, selon The Guardian, les multinationales mises en cause auraient, pour celles qui ont répondu, réfuté ces accusations.

Etant donné le caractère multinational de ces entreprises, de nombreux États craignent pour la protection des données privées de leurs consommateurs ainsi que celle de leurs institutions. La France a annoncé ne pas pouvoir « accepter ce comportement » qui doit cesser « immédiatement ». Un responsable européen a souligné une possible « rupture de confiance » au cas où les faits seraient avérés (AFP), tandis que The Guardian, révélait que l’Italie, la France ou encore la Grèce seraient parmi les 38 cibles privilégiées de la NSA.

La NSA défend les programmes de surveillance

Qu’en est-il de la Tunisie ?

Près d’un tiers des tunisiens sont utilisateurs de Facebook et nombre d’entre eux sont adeptes du service de boîte électronique de Google ou encore du logiciel de communication audiovisuelle Skype. Les risques constatés dans d’autres pays devraient donc également s’appliquer en Tunisie.

Selon le directeur de l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), Moez Chakchouk, joint par le HuffPost Maghreb, les récentes révélations ne changent que peu l’état des choses, car les autorités « se doutaient probablement de l’existence de tels comportements » de la part des multinationales. Mais alors que la Commission nationale de l’informatique et des libertés française (CNIL) et son équivalente espagnol AEPD leur ont déjà promis des sanctions au cas où ces comportements persisteraient, le sujet reste étrangement absent des débats en Tunisie.

Moez Chakchouk admet que malgré « son nombre comparativement réduit d’internautes, la Tunisie, comme tout autre pays, est bien sûr concernée par ces révélations, surtout que l’usage des réseaux sociaux a atteint son apogée, notamment depuis la révolution et l’ouverture totale de l’Internet ». Mais il analyse également que les tunisiens « sont encore très sensibles au sujet de la censure du net » et ne se préoccupent donc pas de la protection de leurs données. Un débat en efface un autre.

Lors de la conférence 2013 de la Freedom Online Coalition (FOC), qui regroupe 21 pays et avait lieu à Tunis le 17 et 18 juin, les enjeux des libertés en ligne devaient être abordés sous tous leurs aspects. Mais les participants tunisiens « se sont peu intéressés pour les sujets de protection, et bien plus pour ceux de la censure », indique Moez Chakchouk. En revanche, un évènement annexe, hébergé par Nawaat, a été dédié exclusivement à une discussion autour de la surveillance internet, comme le rappelle Jillian C. York, directrice de l’EFF.

Même s’il identifie des risques non moins importants liés à la protection de données personnelles et à la garantie de la liberté d’expression sur internet, M. Chakchouk pense que les enjeux de ces révélations sont autre part.

« Moi aussi, je veux! »

Des « rapports de transparence » publiés par Google, Microsoft et bientôt Facebook font état de nombreuses demandes d’accès aux données personnelles de la part de plusieurs gouvernements. Pour le moment, « ces rapports ne mentionnent pas la Tunisie », précise Moez Chakchouk, « mais il y a là un véritable risque de contagion ». Ayant constaté l’accès privilégié offert aux américains par ces multinationales, il est en effet plausible que certains gouvernements songent alors à réclamer les mêmes privilèges. A titre personnel, il ne pense pas que « Google ou Facebook agiront dans ce sens, surtout dans les pays où il n’existe aucun garde-fou juridique pour garantir les droits de l’homme sur internet ». Quant à l’espionnage d’État tant craint par les grandes puissances, Moez Chakchouk ne croit pas que la Tunisie soit concernée, les « intérêts commerciaux y étant relativement faibles ».

Pour le directeur de l’ATI, il faut avant tout agir « à échelle internationale », notamment via l’adhésion à la convention 185 du Conseil de l’Europe sur la cybercriminalité mais aussi à la convention 108 relative à la protection des données personnelles. La Tunisie, en attendant, a d’autres priorités : « l’emploi, la croissance économique, la démocratie, etc… ». Et en ce but, « c’est dans le sens économique qu’il faut coopérer avec ces multinationales pour promouvoir l’innovation, avant de poser toute question liée à la sécurité nationale et les risques relatifs à l’usage d’internet ».

[…]

Source: http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/03/prism-tempora-surveillanc_n_3539309.html

La banalité du « Ne faites pas le mal » de Google, par Julian Assange

Image – Matt Rota

Par Julian Assange, le 1er juin 2013

« Le Nouvel Âge Digital » est un schéma directeur étonnamment clair et provocateur pour l’impérialisme technocratique, de la main de deux de ses plus ardents marabouts, Eric Schmidt et Jared Cohen, qui construisent une nouvelle définition de la puissance globale des USA au 21ème siècle. Cette définition reflète la fusion toujours plus proche entre le State Department et la Silicon Valley, telle que personnifiée par Eric Schmidt, le directeur exécutif de Google, et M. Cohen, un ancien conseiller de Condoleeza Rice et de Hillary Clinton, aujourd’hui le nouveau patron de Google Ideas.

Les auteurs se sont rencontrés dans le Bagdad occupé de 2009, où le livre fut conçu. Se promenant à travers les ruines, le tandem fut tout excité par l’idée que la technologie consumériste était en train de transformer une société anéantie par l’occupation militaire US. Ils ont décidé que l’industrie de haute technologie pouvait être un outil puissant de la politique étrangère états-unienne.

Le livre fait la propagande du rôle de la technologie dans le remodelage des peuples du monde et de ses nations en ersatz de la superpuissance dominante mondiale, qu’ils veuillent se faire remodeler ou non. La prose est laconique, l’argument sûr de lui et la sagesse – vulgaire. Mais ce n’est pas un livre destiné à être lu. C’est une déclaration majeure destinée à susciter des alliances.

(suite…)

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