3 Février 2013: Julian Assange a reçu le « Yoko Ono Lennon Courage Award »

Yoko Ono Courage Award

Le 3 Février, lors d’un dîner privé, à The Modern, MoMA, NYC, en présence de plus de 150 invités, Julian Assange a reçu le « Yoko Ono Lennon Courage Award For the Arts 2013 » pour son travail WikiLeaks, qui comprend, parmi les autres révélations, Collateral Murder. Ce prix est décerné aux personnes qui ont fait preuve d’un courage extraordinaire et qui, à travers leur art, ont changé le monde.
Ont accepté le prix au nom de Julian Assange, à la fois l’Honorable Juge Baltasar Garzon Real et Michael Ratner, Président Émérite du Centre pour les Droits Constitutionnels.
Ont aussi assisté à la cérémonie de remise du prix, l’Honorable Ricardo Patino Aroca, Ministre des Affaires Étrangères de l’Équateur, et Daniel Ellsberg, source des « Pentagon Papers ».

Discours de Julian Assange in absentia:

Tout d’abord, je tiens à remercier Yoko Ono Lennon pour son esprit et son courage en m’accordant ce prix. Une femme dévouée dont les actions nombreuses la définissent. Une mise à l’épreuve pour nous tous.

Les gens me demandent souvent comment je fais pour continuer.

Ils le demandent comme si mon travail était une sorte de fardeau pour moi.

Rien ne serait plus éloigné de la vérité.

Il n’y a pas de plus grand plaisir que celui de se battre pour vos principes.

Il n’y a pas de plus grand plaisir que celui de se battre pour ceux qui ont tout risqué pour partager votre vision.

Et il n’y a pas de plus grand plaisir que de voir ceux que vous admirez, commencer à se battre pour vous, en retour.

Et tandis que l’ambassade qui m’abrite est toujours entourée par une police armée, ma voix est libre.

Dans les contraintes de l’opération extérieure de surveillance du Royaume-Uni, je suis libre de voir mon personnel et mes amis.

Beaucoup se sont battus et continuent de se battre pour permettre cette liberté fondamentale et je leur en suis reconnaissant.

Je tiens à remercier le peuple de l’Équateur.

Je tiens à remercier le Président Rafael Correa et le Ministre des Affaires étrangères Patino pour leur soutien courageux et inflexible.

Leur position renforce, non seulement mes droits, mais les droits des réfugiés politiques partout dans le monde. Soutenons-les.

Je dédie ce prix à nos sources courageuses, nos supporters et à mon personnel.

À travers leur courage et leur esprit, ils révèlent la vraie nature de notre civilisation humaine globale. C’est ainsi que nous pouvons la réformer. L’élever – et la rendre juste, au-delà de ses humbles origines.

Leur courage en documentant les crimes de guerre, les violations flagrantes des droits de l’homme et la corruption de nos sociétés, est inégalé.

Je tiens à remercier tous nos volontaires anonymes et tous ces volontaires d’Anonymous. Vous êtes invisibles dans votre travail, mais votre travail est loin d’être invisible.

Mais je tiens spécialement à en nommer quelques-uns.

Le volontaire Aaron Swartz, âgé de 26 ans. Activiste politique, traqué à mort, ici même à New York, le mois dernier, dans le cadre de la politique plus large de répression contre nos idéaux.

La source présumée, désormais prisonnier politique, Bradley Manning. Bradley est maintenant à deux semaines d’avoir passé 1000 jours en prison. La plus longue détention provisoire dans l’histoire de l’armée américaine.

La source présumée, désormais prisonnier politique, Jeremy Hammond, détenu sans jugement, ici même à New York, pour les derniers 336 jours jusqu’à aujourd’hui.

Le volontaire et source présumée, désormais prisonnier politique, Gottfrid Svartholm, détenu en Suède depuis près de cinq mois.

Les protestataires du blocus bancaire de WikiLeaks, Christopher Weatherhead, âgé de 22 ans, et Ashley Rhodes, âgée de 28 ans. Condamnés respectivement la semaine dernière à 18 mois et 7 mois de prison, au Royaume-Uni.

Et je tiens à remercier mes avocats Baltasar Garzon et Michael Ratner qui me représentent ici aujourd’hui, comme ils le font chaque jour.

Ensemble avec nos avocats aux Etats-Unis, en Europe, en Afrique, en Australie et en Équateur, ils font partie de la lutte pour s’assurer que nos droits soient respectés et que WikiLeaks puisse continuer sa mission.

Avec autant de courage, de ténacité, l’amour et le soutien de nos amis, faire taire WikiLeaks reste et continuera de rester un fantasme.

Nous continuerons notre combat pour informer le monde, comprendre ses institutions, et pour porter notre civilisation à un degré plus élevé.

Je vous remercie tellement,
Julian Assange
Ambassade d’Équateur
Londres
3 Février 2013

NEW YORK – 3 FÉVRIER A 21h30 (HEURE DE NEW YORK).
LONDRES – 4 FÉVRIER A 02h30 (HEURE DE LONDRES).
SYDNEY – 4 FÉVRIER A 13h30 (HEURE DE SYDNEY).

Source: http://www.twitlonger.com/show/ku2ld8

http://wlcentral.org/node/2812

Plus de détails:

http://collateralmurder.org/

http://wikileaks.org

http://usvwikileaks.org

http://justice4assange.com

http://imaginepeace.com/?tag=courage-awards-for-the-arts

http://ccrjustice.org

http://wikileaks-press.org/assange-wins-yoko-ono-lennon-courage-award/

L’affaire Assange ou l’hypocrisie de la Grande-Bretagne

Par Josefina Martínez et Alexandra Rios

Le cas Assange révèle le cynisme de Londres et la vraie nature impérialiste de la « démocratie britannique ». Mais Rafael Correa, le président équatorien, n’est pas en reste non plus dans l’instrumentalisation de cette affaire.

En septembre 1998, à la demande du juge espagnol Baltasar Garzón, le dictateur chilien Augusto Pinochet était arrêté lors d’une visite à Londres, afin d’être jugé dans l’affaire des citoyens espagnols tués par la dictature au Chili dans les années 1970. Après dix-sept mois de litige judiciaire, la Grande-Bretagne décidait de refuser l’extradition du dictateur et se chargeait de le libérer pour qu’il puisse retourner au pays, invoquant des raisons « humanitaires » (sic), liées à son état de santé. C’est donc grâce au soutien du gouvernement britannique, alors dirigé par les travaillistes, que Pinochet a pu tranquillement vivre les dernières années de sa vie à Santiago, sans avoir jamais été condamné ni même inquiété, en dépit des dizaines de milliers de victimes de la dictature chilienne à la suite du coup d’Etat de 1973 contre Salvador Allende.

« le dictateur chilien Augusto Pinochet était arrêté lors d’une visite à Londres, afin d’être jugé dans l’affaire des citoyens espagnols tués par la dictature au Chili dans les années 1970 »

Aujourd’hui pourtant, bien loin de la position qu’elle avait prise dans l’affaire Pinochet, la Grande-Bretagne entend recevoir la demande d’extradition formulée par la Suède à l’encontre de Julian Assange. Stockholm souhaite juger le fondateur de WikiLeaks dans une affaire de viol dont il serait l’auteur. Après le rejet par la Cour suprême britannique de son recours en appel, Assange s’est réfugié dans l’ambassade de l’Équateur à Londres. Dès l’annonce de la décision de l’Équateur d’accorder l’asile politique à Assange, le gouvernement de David Cameron a envoyé la police cerner le bâtiment diplomatique. Cameron a même menacé d’avoir recours à un décret de 1987 permettant de pénétrer à l’intérieur de n’importe quelle ambassade, et ce en violation de l’extraterritorialité des bâtiments diplomatiques garantis par la Convention de Vienne de 1961. Une intrusion dans l’ambassade d’Equateur représenterait un précédent dangereux pour le respect du droit d’asile. C’est en ce sens qu’il est nécessaire de dénoncer l’attitude du gouvernement britannique et son ingérence dans les affaires internes équatoriennes, qui témoigne bien de l’arrogance impérialiste de Londres.

En réalité, ce nouvel épisode de « l’affaire Assange » dévoile au grand jour l’hypocrisie et le cynisme de la Grande-Bretagne, et plus généralement de la politique internationale des pays impérialistes. Lorsqu’elle refusa l’extradition de Pinochet en 1998, ce ne fut évidemment pas pour des raisons « humanitaires », mais en reconnaissance des « services rendus » par le dictateur qui fut toujours un défenseur des intérêts impérialistes en Amérique Latine, et notamment de l’aide apporté par la dictature chilienne à la Grande-Bretagne pendant la guerre des Malouines au début des années 1980.

« C’est donc grâce au soutien du gouvernement britannique, alors dirigé par les travaillistes, que Pinochet a pu tranquillement vivre les dernières années de sa vie à Santiago »

Aujourd’hui encore, la Grande-Bretagne protège ses propres intérêts, ainsi que ceux des États-Unis, dans « l’affaire Assange ». La demande d’extradition de la Suède est, bien entendu, fonctionnelle à ces mêmes intérêts. En diffusant des centaines de milliers de documents et de mémorandums secrets, WikiLeaks a passablement écorné l’image de la diplomatie américaine dans le monde entier. Même si les documents menaçant sérieusement la « sécurité militaire » des États-Unis n’ont pas été publiés, le site internet dirigé par Assange a permis de dévoiler de nombreux mécanismes d’espionnage et de contrôle sur des gouvernements, la piètre opinion qu’ont des chefs d’Etat et des responsables politiques de nombreux pays semi-coloniaux les ambassadeurs occidentaux en poste, des opérations de « pression » menées par tel ou tel pays pour défendre les intérêts de ses multinationales, etc. L’une des révélations les plus retentissantes concerne les assassinats, les tortures et les mauvais traitements perpétrés sur des milliers de civils en Irak et en Afghanistan de la part des troupes américaines, ainsi que de la leurs alliés…notamment britanniques. Avec plus de 400.000 documents déclassifiés et publiés, les « fichiers d’Irak » de WikiLeaks ont dévoilé le caractère planifié de la politique d’assassinat et de torture des armées impérialistes d’occupation. Le fait que ces informations étaient classées « secret défense » par Washington ou Londres n’a rien à voir avec des questions de « sécurité nationale », tel que cela a été expliqué par les politiciens démocrates et républicains aux États-Unis. Il s’agissait simplement de protéger leur image vis-à-vis de la communauté internationale. « Contrairement à ce que dit le Pentagone, expliquait le grand quotidien espagnol El País en octobre 2010, les documents sur la guerre en Irak diffusés par WikiLeaks montrent que la sécurité des troupes n’est pas la raison principale de cette rétention d’information. Dans la plupart des 400.000 rapports déclassés, on peut trouver la légende suivante : Events that may elicit political, media or international reaction [Ce sont des évènements qui peuvent provoquer des réactions politiques, des médias et internationales]. L’un des rapports marqué de cette légende concerne un affrontement ayant eu lieu le 9 juin 2007, dans la prison de Camp Bucca, au sud de l’Irak. Ce jour-là, il y eut cinquante-huit blessés et six morts du côté des irakiens, tandis qu’un seul blessé était compté du côté des forces de coalition. L’information est alors qualifiée de ‘secrète’ ».

« Avec plus de 400.000 documents déclassifiés et publiés, les « fichiers d’Irak » de WikiLeaks ont dévoilé le caractère planifié de la politique d’assassinat et de torture des armées impérialistes d’occupation »

Pour l’instant, Assange est reclus dans l’ambassade de l’Équateur et l’issue de sa situation reste incertaine. Après avoir menacé le gouvernement équatorien de Rafel Correa de pénétrer au sein l’ambassade afin d’y arrêter Assange, Cameron a dû faire marche arrière, par peur des réactions de la communauté internationale. Mais pour Assange, les choses sont claires : s’il met un pied en hors de l’ambassade, le gouvernement britannique l’arrêtera sur le champ.

Pour les avocats d’Assange, l’extradition en Suède, pour le juger dans une affaire de viol, n’est qu’un prétexte pour l’extrader vers les États-Unis. Bradley Manning, ancien soldat de l’armée américaine et accusé d’avoir envoyé un certain nombre de documents classifiés à WikiLeaks est en prison depuis deux ans sur une base militaire en attente de jugement et sera probablement condamné à la réclusion à perpétuité. C’est en ce sens aussi qu’il est nécessaire de défendre le droit d’asile de Julian Assange, que ce soit en Équateur ou dans un autre pays.

« Aujourd’hui encore, la Grande-Bretagne protège ses propres intérêts, ainsi que ceux des États-Unis, dans l’affaire Assange »

Nous entendons des arguments avancés par les défenseurs d’Assange. Nous défendons le droit de WikiLeaks de publier les documents et nous dénonçons l’hypocrisie des gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Mais en tant que militantes révolutionnaires, nous ne pouvons ignorer les accusations de crime sexuel qui pèsent sur Assange. La seule façon d’y répondre, pour Assange et ceux qui le soutiennent, serait de demander à ce qu’elles soient examinées par une commission d’enquête indépendante, constituée par des personnalités reconnues dans le domaine de la défense des droits humains et des droits des femmes, sans aucune collusion avec les gouvernements impliqués dans cette affaire. Dans le cas inverse, la suspicion continuera à peser sur le fondateur de WikiLeaks.

« Nous défendons le droit de WikiLeaks de publier les documents et nous dénonçons l’hypocrisie des gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne »

Le président équatorien a réussi à obtenir le soutien de l’UNASUR, l’Union des nations sud-américaines, ainsi que le soutien moins explicite de l’OEA, l’Organisation des États américains, qui, en raison de la pression exercée par les États-Unis, ne fait aucune mention des menaces émanant de la Grande-Bretagne concernant le droit d’asile. Avec cette affaire, Correa veut s’afficher en défenseur de la liberté d’expression et des droits humains. C’est une façon pour lui de regagner du crédit face aux critiques qui sont formulées contre son gouvernement en Equateur, aussi bien de la part de l’opposition de droite que de la part des secteurs du mouvement étudiant, paysan et ouvrier. Même s’il se prétend défenseur de la liberté d’expression à l’étranger, cela ne l’a pas empêché de limiter l’expression des médias qui critiquent sa gestion gouvernementale. C’est ainsi que Correa a fermé pas moins de dix-sept stations de radio depuis son élection en janvier 2007 et pas moins de cent cinquante journalistes ont été agressés, ce qui a été également été dénoncé par les organisations qui défendent WikiLeaks et Julian Assange.

Par-delà le dénouement de l’affaire Assange, avec une négociation entre Quito et Londres ou une réclusion de longue durée pour Assange dans l’ambassade équatorienne, il est clair que ce nouvel épisode de la saga WikiLeaks révèle un nouvel aspect de la profonde hypocrisie qui préside aux « relations internationales ». Et nous ne sommes qu’au début de l’affaire…

23/08/12

Source: http://www.ccr4.org/L-affaire-Assange-ou-l-hypocrisie-de-la-Grande-Bretagne#nb1
http://www.clasecontraclase.org/El-caso-Assange-y-la-hipocresia-de-Gran-Bretana

L’Avocat de Julian Assange: “Un homme innocent persécuté, et des crimes de guerre US impunis”

Interview réalisée le 10 septembre 2012, sur Actualidad RT.

Le Juge Baltasar Garzon, Avocat de Julian Assange

Baltasar Garzón est un habitué de la tension et des conflits inhérents au combat contre les injustices commises par les gouvernements. Dans une interview exclusive à RT (Russia Today), le juriste espagnol a expliqué pourquoi le fondateur de WikiLeaks et lanceur d’alerte Julian Assange “mérite d’être défendu”.

La bataille apparemment intraitable entre l’Équateur et le Royaume-Uni autour de Julian Assange a braqué un projecteur sur le sentier périlleux qu’empruntent les lanceurs d’alerte en exposant les abus de pouvoir des États.

Avec Assange cloîtré à l’intérieur de l’Ambassade équatorienne depuis juin, la décision du petit pays latino-américain d’accorder l’asile politique au fondateur de WikiLeaks est en lourd contraste avec le fait qu’il vive enfermé sous clé comme un fugitif, sous la perpétuelle crainte d’une arrestation.

Au milieu de cette impasse internationale, Garzón a longuement parlé avec la chaîne-soeur de RT, Actualidad RT, de la raison pour laquelle le Royaume-Uni ne faisait que bluffer lorsque les autorités britanniques ont menacé de faire un raid dans l’Ambassade équatorienne, de pourquoi il n’a aucun doute que les USA aient engagé une procédure contre son client, et de l’ironie du fait qu’Assange soit persécuté pour l’exposition de violations flagrantes des Droits de l’Homme, pendant que les auteurs de ces actes criminels restent libres.

Transcription:

RT: Vous avez dit que tout ce qui arrive à Julian Assange est d’une injustice extrême. Pourquoi cela?

Baltasar Garzón:  C’est de l’injustice, parce que les USA mènent une enquête criminelle contre WikiLeaks – ceci n’est que selon quelques sources, malgré tout très fiables. Cette affaire vise surtout Julian Assange, mais d’autres fondateurs de l’organisation sont aussi impliqués. À cet égard, il nous est absolument clair qu’une telle enquête et une telle procédure à l’encontre d’un journaliste qui, en tout et pour tout, ne faisait que son travail, violent la liberté d’expression aux USA, une nation qui s’enorgueillit de toujours défendre la liberté d’expression, une valeur fermement stipulée dans sa Constitution. C’est une grande préoccupation, et essentiellement la raison pour laquelle Julian Assange a décidé de chercher une protection vis-à-vis de la Suède à l’Ambassade équatorienne, parce qu’il savait qu’il pouvait s’en faire extrader vers les USA. C’est tout ce dont il s’agit. Et l’Équateur a pris cette responsabilité, et accordé l’asile diplomatique et politique à Julian Assange. Donc M. Assange et son équipe juridique n’ont pas à justifier cette décision – il a exercé son droit fondamental. Il est clair que l’asile politique fut accordé parce que Julian Assange était confronté à une terrible injustice. Et c’est ce contre quoi nous nous battons actuellement, et nous continuerons à nous battre et prouverons qu’il n’y a pas de raison de poursuivre M. Assange. Par ailleurs, Julian Assange est prêt à livrer sa déclaration, il est prêt à répondre à un interrogatoire en Suède, à se soumettre à d’autres procédures, mais uniquement s’il lui est garanti que cela ne mènera pas vers une affaire encore plus compliquée, où il serait privé de son droit à la liberté de parole et d’information.

Julian Assange (Photo AFP/Carl Court)

RT: Avant de parler de la possibilité de son extradition vers les USA, vous avez dit que Julian Assange n’évite pas l’accusation venant de Suède, mais qu’il évite l’extradition vers les USA. Vous avez aussi souligné que l’affaire suédoise contre Julian Assange ne repose sur rien, et que les accusations portées contre lui ne sont pas très claires. Qu’entendiez-vous par là?

BG: J’entends que, selon les informations dont nous disposons sur cette affaire – le témoignage de Julian Assange et quelques documents sur lesquels nous avons réussi à mettre la main – cette affaire ne repose sur rien. Lorsqu’il est venu au Royaume-Uni et que la Cour n’avait pas encore statué sur la demande d’extradition, Julian Assange affirma aux Procureurs suédois qu’il était parfaitement disposé à coopérer. Il l’avait également dit plus tôt, avant de quitter la Suède; il leur offrit même d’y retourner pour interrogatoire. Et il est toujours prêt à le faire, à la seule différence que désormais il demande au Procureur de venir au Royaume-Uni pour l’interroger. Ce n’est pas un comportement rebelle. D’un autre côté, nous respectons le système judiciaire de la Suède, nous n’avons aucune raison objective de ne pas lui faire confiance, mais nous pensons que leur approche est trop sévère – ils veulent que Julian Assange vienne en Suède pour y être interrogé.

RT: À votre avis, pourquoi la Suède a-t-elle pris cette approche, comme vous dites, sévère? Vous avez dit que vous pouviez accepter leurs termes à une seule condition. Mais y a-t-il un cadre légal pour cela? Comment un pays peut-il garantir qu’il n’extradera pas plus tard une personne vers un autre pays?

BG: Rien n’est impossible. Nous, de notre côté, nous faisons tout ce que nous pouvons. Il y a deux facteurs ici que nous prenons en considération. Premièrement, le Royaume-Uni est juridiquement obligé d’accéder à la demande de la Suède, parce que la Cour Suprême a rendu cette décision. Mais, nous pensons qu’il est aussi de leur devoir de protéger le droit de M. Assange à l’asile politique. Et nous pensons que ce droit à l’asile politique a besoin d’être préservé et, à ce stade, nous pensons qu’il prévaut. Je ne comprends pas pourquoi Julian Assange a besoin d’être présent en personne à cet interrogatoire. C’est là ce qu’ils réclament, mais personne ne peut nous expliquer pourquoi ceci doit avoir lieu en Suède, pas à Londres, surtout maintenant qu’il a reçu l’asile politique et qu’il est sous la protection diplomatique de l’Ambassade équatorienne.

RT: Les garanties doivent être déterminées, donc quelle chance y a-t-il que la Suède, consciente que la peine capitale a encore cours aux USA, extrade Julian Assange?

BG: Nous ne le savons pas. Nous ne savons même pas si la Suède acceptera d’extrader Julian Assange. Il y a une certaine procédure à respecter: quand n’importe quel pays, qui n’administre pas la peine capitale est requis d’extrader une personne, il doit être certifié par le pays demandeur que la peine capitale ne sera pas administrée, même si elle est prononcée. Ce n’est même plus une question d’administration ou non de la peine capitale, mais plutôt d’un droit reconnu, celui de l’asile politique et diplomatique. Il y a un pays, l’Équateur en l’occurrence, qui maintient que l’affaire est politique plutôt que criminelle. Donc nous ne pouvons pas vraiment discuter d’extradition vers les USA, puisque l’asile politique et diplomatique a été accordé à Julian Assange. Il n’y a aucune chance de satisfaction d’une requête en extradition. Le fait est que ceci est une affaire de grave infraction des Droits de l’Homme. La décision de l’Équateur d’accorder l’asile politique à Julian Assange, d’évoquer son droit à celui-ci, le droit qui a été garanti par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de l’ONU de 1951 relative au Statut des Réfugiés et d’autre traités internationaux, ainsi que dans de nombreuses constitutions, l’Équateur étant l’un d’entre eux. Ce n’est pas un droit per se, s’en devient un, une fois qu’il a été reconnu. En ce moment, Julian Assange est un réfugié politique, et ne peut pas être poursuivi pour les actes qui ont servi de base pour l’octroi de son asile politique au départ.

RT: Le problème est qu’il ne peut pas vraiment exercer son droit constitutionnel.

BG: En réalité, il l’exerce en ce moment-même. Il ne peut être ni attaqué ni arrêté. Pénétrer dans l’Ambassade de force est inconcevable, surtout après les déclarations faites par des organisations internationales telles que l’Organisation des États Américains, et avant cela par l’ONU, en accord avec la résolution de Conseil de Sécurité qui a condamné les attaques contre l’Ambassade britannique à Téhéran en novembre dernier, et qui a réitéré que les locaux des ambassades sont inviolables. Je pense que la Grande-Bretagne a fait une menace en l’air. Et oui, il exerce ses droits, mais d’une manière très limitée, comme il vit dans l’Ambassade et sous sa protection.

RT: Exactement, d’une manière très limitée. L’asile politique lui a été accordé, mais il est logé dans une petite pièce qui mesure 4 mètres carrés, et entre autres choses, ceci peut durer longtemps. Y a-t-il une chance qu’il soit tout simplement en train d’essayer d’épuiser les autorités britanniques?

BG: Il n’y a pas de limite de temps pour résoudre cette situation. Une solution diplomatique est possible. Je ne sais pas si c’est en discussion ni s’il y a là quelque progrès. Une solution juridique est également possible si les deux pays vont devant la Cour Internationale de Justice, dont ils doivent agréer la décision selon le Protocole de la Convention de Vienne. Tout bien considéré, Julian Assange et ses supporters sont impuissants face à une décision politique, diplomatique ou judiciaire. Nous pouvons exprimer nos opinions, nous pouvons contribuer au processus en fournissant de la documentation et de l’expertise, nous pouvons donner des conseils sur la marche à suivre, mais nous ne pouvons pas prendre la décision finale, parce que nous n’y sommes pas autorisés. Julian Assange a un droit à l’asile politique, celui-ci peut être contesté et défendu, mais ce n’est pas lui qui décide de l’issue de l’affaire.

Des officiers de la Metropolitan Police se tenant devant l’Ambassade équatorienne à Londres, avant l’allocution de Julian Assange aux médias, le 19 août 2012 (Photo AFP/Will Oliver)

RT: Vous avez dit qu’il y a peu de chances que la Grande-Bretagne fasse un raid sur l’Ambassade mais quand l’asile fut accordé les tensions devinrent très vives, et une fois que les autorités britanniques ont fait cette menace, certains diffuseurs médiatiques ont souligné que la loi britannique dispose de provisions pour la révocation du statut d’une mission diplomatique.

BG: Tout d’abord, c’était avant que Julian Assange n’obtienne l’asile politique; je crois que c’était le jour précédent. Je ne discuterai pas des actes de la Grande-Bretagne – ils étaient, en fait, politiquement motivés, mais je n’entrerai pas dans les détails des raisons sous-jacentes. De toute manière, comme je l’ai déjà dit, les menaces n’étaient pas réalistes. Mais il existe une telle loi. Elle fut adoptée en 1987 dans le sillage des événements concernant l’Ambassade libyenne. Une femme reçut un coup de feu, et le suspect de ce crime, qui était étiqueté de “terrorisme”, échappa aux poursuites. Donc en 1987, la Grande-Bretagne adopta cette loi qui fut citée comme base de la révocation de l’immunité diplomatique. Le cas de Julian Assange, toutefois, n’est en aucune manière similaire à la situation que je viens de décrire, et il concerne aussi un pays tiers qui reconnaît le droit à l’asile politique. Dans le cas de l’Ambassade libyenne, l’asile politique ne fut accordé à personne et, au bout du compte, les locaux de l’Ambassade ne furent pas violés. À mon sens, cette loi est inapplicable dans la situation de Julian Assange. Et jusqu’à maintenant rien de tel ne s’est produit, ce n’était que de la rhétorique. En fonction de cela, il me semble que nous devons engager un dialogue afin de trouver une solution diplomatique et politique, ou alors, attendre que le gouvernement équatorien prenne une décision.

RT: Vous affirmez que vous avez la preuve que les USA mènent une enquête secrète. Pensez-vous que ce soit légal de mener de telles investigations?

BG: Tous les pays ont une pratique de conduite d’enquêtes secrètes, bien entendu, s’il y a de bonnes raisons d’en faire. Nous ne savons pas si les USA ont de telles raisons dans cette affaire. Mais nous savons avec certitude que l’enquête a été ouverte – le gouvernement US a reconnu ce fait. Nous savons aussi qu’aucune accusation formelle n’a été portée contre M. Assange jusqu’à maintenant. Mais cela veut seulement dire qu’il n’est pas sous le coup d’une accusation pour le moment, ils peuvent très bien dans l’avenir l’accuser à n’importe quel moment. Nous savons aussi que les USA continuent de rassembler des informations sur cette affaire et, en théorie, cela pourrait être la source de l’accusation qui serait sensiblement utilisée pour émettre un mandat d’arrêt international. En concordance avec la loi US, nous avons envoyé une requête aux autorités US pour qu’ils confirment qu’ils mènent en effet une enquête sur ses activités. Si c’est le cas, pourquoi la défense de M. Assange n’y prend-elle pas part? Si la défense n’a aucun accès à l’affaire, alors de quelle manière la collection de preuves en cours est-elle consistante avec la législation US? Dès que nous aurons clarifié ce point, nous pourrons dire si cette affaire est en accord avec la loi. Jusqu’à maintenant, les déclarations faites par quelques politiciens états-uniens éminents laissent à penser qu’il pourrait être mis en accusation selon l’Espionage Act, une loi qui n’a pas été appliquée depuis la Guerre Froide. Je ne pense pas que M. Assange soit un espion. Il a simplement publié des informations qu’il a reçues de sources extérieures via WikiLeaks, informations qui étaient accessibles à des milliers de personnes. Tout ce qu’il a fait est d’exercer son droit à la liberté de l’information – il l’a reçue et l’a partagée. Je suis beaucoup plus surpris qu’il n’y ait eu aucune enquête sur les crimes flagrants et documentés dans ces fuites de rapports décrivant l’interférence US – par divers canaux d’information ou des agents dans divers États – avec des problèmes qui n’ont strictement rien à voir avec soit la sécurité nationale soit la sécurité des citoyens des USA ou la défense, mais plutôt indicatifs du désordre interne des États-Unis.

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange s’adressant aux médias et à ses supporters depuis le balcon de l’Ambassade équatorienne à Londres, le 19 août 2012 (Photo AFP/Will Oliver)

RT: Vous avez dit que la pression était exercée non seulement sur Julian Assange, mais sur ceux qui l’entourent, également. Avez-vous vous-même subi de quelconques pressions? Et, pourquoi avez-vous décidé de prendre cette affaire?

BG: Cette affaire mérite d’être défendue, et c’est précisément pourquoi j’ai rejoint l’équipe sans demander de rémunération. Des droits humains fondamentaux ont été violés ici. Un homme qui n’a commis aucun crime est persécuté. Je savais que cela en valait la peine dès la minute où j’ai pris l’affaire. Malgré les pressions, nous continuerons à faire ce que nous avons à faire et il s’agit de défendre les intérêts de notre client. Il est clair qu’il n’y a pas que M. Assange qui ait été exposé à la pression. Mais je n’entrerai pas dans davantage de détails tout de suite. Nous en parlerons plus tard.

RT: Je souhaite me tourner vers le processus de paix qui est en cours en Colombie entre le gouvernement et les rebelles du FARC. Vous avez appelé le Président Santos un homme courageux et dit que le processus allait être long et plein de risques et de défis. Pensez-vous qu’un demi-siècle de conflit armé approche de sa fin?

BG: Je pense qu’il est prématuré de parler du conflit comme approchant de sa fin. Je crois qu’il s’agit d’un pas des plus importants, qui a couronné six mois de négociations. Comme l’a dit le Président Santos, c’était la première fois qu’une déclaration conjointe préliminaire d’intention de poursuivre le dialogue et les négociations ait été signée. En effet, les deux côtés – le gouvernement et les forces de la guérilla – sont toujours en conflit. Ceci ne fait aucun doute. La raison pour laquelle je dis que le Président colombien est un homme courageux est qu’il s’est saisi de la tâche de trouver une solution à ce conflit, tout en maintenant sa lutte contre des militants et initié des négociations qui, si elles aboutissent, établiront la progression vers la fin du conflit. C’est en effet très risqué et un challenge mais, en tant que Président de son pays, il devait le faire. Cette initiative, qui requiert le plus haut degré de responsabilité, démontre son courage, son engagement à réussir la paix et une attitude de principe contre son usage à des fins politiques personnelles. C’est un long trajet, mais la feuille de route a été tracée et les objectifs sont clairs. Le Président l’a rendu très clair: au cas où ces objectifs ne puissent être atteints, l’État de Droit se perpétuera en dépit de la présence de forces de guérilla illégales.

RT: D’accord, mais de quelles fondations ce processus a-t-il besoin pour réussir?

BG: Ce qui est déjà en place est une volonté politique forte, ainsi que des étapes du processus qui ont été définies, tout comme les outils pour préserver le dialogue afin d’accomplir un rapprochement couvrant les thèmes politiques, économiques et sociaux ainsi que l’agriculture, et certainement les problèmes relatifs aux victimes du conflit. C’est la première fois qu’un accord de ce type a été conclu, qui s’adresse au problème du droit des victimes. Ils auront besoin de définir le cadre, les jalons et les buts et d’avancer par étapes comme prévu.

RT: Manque-t-il quelqu’un à ce dialogue? Le gouvernement et les FARC sont là tous les deux, devrait-il y avoir quelqu’un d’autre?

BG: Je pense que les parties prenantes dans ce processus sont exactement celles qui ont besoin d’y être. À tout le moins, ce sont les parties qui ont été désignées. Le Président a fait une déclaration publique que d’autres parties pourraient se joindre au dialogue au fur et à mesure de l’évolution du processus. Ils n’ont pas tous besoin d’y être engagés dès son initiation, mais le public et les victimes ont besoin de suivre ce qui est prescrit par la loi, et il peut également se trouver un moment pour eux de s’interposer.

RT: Je souhaite vous demander ce que sont vos nouveaux engagements professionnels. Si vous pouviez retourner à la Cour Nationale, où je crois que ce que vous y avez accompli et introduit est toujours en vigueur, et étant donné toutes ces choses que vous vouliez faire – donc si vous pouviez y retourner, le feriez-vous? Ou peut-être êtes-vous satisfait de ce que vous faites en ce moment?

BG: Je suis heureux avec ce que je fais actuellement, je ne peux pas m’en plaindre, je fais ce que j’aime faire, et rien que ce fait veut dire beaucoup de nos jours. Mais ceci ne veut pas dire que je délaisse mes droits légaux – et mes droits légaux sont définis par mes qualités de Juge et de Magistrat. Je continuerai d’exercer mon droit à la compensation pour ce que je crois être un mauvais verdict de la Cour Suprême, et je soumettrai tous les appels correspondants. Quand j’aurai obtenu ma compensation, mon acquittement, ma réhabilitation, j’aurai le temps de songer à ma volonté ou non d’y retourner. De toute manière, la vie continue et, comme l’a dit un philosophe grec il y a des siècles, vous ne pouvez pas deux fois croiser la même rivière.

RT: Merci beaucoup, M. Garzón.

Lien vers la transcription originale: http://rt.com/news/assange-lawyer-garzon-interview-789/

Traduit depuis le web par willsummer

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