Guide d’autodéfense numérique, tome 1 et 2 (en téléchargement libre)

ninjas-37770_1280Image: CC0-public domain

http://guide.boum.org/

Tome 1 (version pdf): http://guide.boum.org/tomes/1_hors_connexions/pdf/guide-tome1-a4-20140828.pdf

Tome 2 (version pdf): http://guide.boum.org/tomes/2_en_ligne/pdf/guide-tome2-a4-20140828.pdf

#PJLRenseignement: L’Assemblée Nationale française montre son soutien à la légalisation des alertes à la manière d’Edward Snowden

Washington Post, par Rick Noack, 17 avril 2015

EDWARD-SNOWDENSi le lanceur d’alerte américain Edward Snowden était français, il aurait eu une bonne chance de rester un homme libre – même en ayant fuité des milliers de documents classifiés du renseignement.

Alors que les législateurs américains démocrates et républicains ont souligné ensemble à maintes reprises que Snowden et d’autres lanceurs d’alerte similaires devaient faire face à une peine, les parlementaires français ont pris la position opposée, jeudi. L’Assemblée Nationale française a créé un amendement qui légalisera la fuite d’informations par des employés du renseignement s’ils veulent exposer un abus de pouvoir par leurs propres autorités.

« L’affaire Snowden a démontré la nécessité de créer les conditions pour que des agents puissent dénoncer des abus commis par les services de renseignement », [explique] Jean-Jacques Urvoas, l’auteur de l’amendement, cité par la station de radio française France Inter.

Selon Urvoas, l’amendement est censé fournir « une protection juridique à un agent des services de renseignement qui dénonce la collecte illégale de renseignements ou une supervision abusive. »

Lire la suite: http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2015/04/17/france-just-passed-a-bill-to-legalize-edward-snowden-style-whistleblowing/

L’émission satirique américaine « Last Week Tonight with John Oliver » va à la rencontre d’Edward Snowden en Russie

L’ex-chef technique de la NSA: Comment le 11 septembre a créé l’Etat policier

L’ancien directeur technique de la NSA, Brian Snow, examine les questions éthiques autour de l’utilisation de la surveillance de masse et raconte à Sophie Curtis pourquoi les citoyens doivent faire attention à ce qu’ils veulent.

World Trade Center, le 11 septembre 2001

The Telegraph, Sophie Curtis, 13 novembre 2014

Le programme de masse de surveillance électronique de la National Security Agency des États-Unis, connu sous le nom de PRISM, est encore largement considéré comme l’une des plus grands invasions de la vie privée de tous les temps, et ce sont les citoyens américains eux-mêmes qui avaient demandé à être gardés en sécurité à tout prix, selon un ancien directeur technique de la NSA.

Brian Snow, qui a travaillé pour la NSA pendant 34 ans avant de rejoindre la société britannique de sécurité des données PQ Solutions, a dit que, après les attentats du 11 septembre contre le World Trade Center, il y avait une pression massive sur le gouvernement de la part des citoyens américains pour faire tout ce qui était possible pour les protéger de nouvelles attaques terroristes.

« Mes voisins venaient à moi et disaient, Brian, gardez-nous juste en sécurité, faites ce qu’il faut. Ils se sentaient très menacés », a déclaré M. Snow. « Même à cette époque, je leur aurais dit, faites marche arrière, vous ne savez pas ce que vous êtes en train de demander. Ce n’est pas une ligne droite depuis la surveillance vers la liberté. C’est un processus très complexe, et il y a beaucoup d’autres chemins qui peuvent être pris qui peuvent ne pas avoir autant d’incidence ».

Lire la suite: http://www.telegraph.co.uk/technology/internet-security/11221287/Ex-NSA-technical-chief-How-911-created-the-surveillance-state.html

La NSA appelle les utilisateurs d’iPhone des « zombies » et Steve Jobs « Big Brother »

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9 septembre 2013, John Koetsier, VB Insight

Steve Jobs est Big Brother, et tout les publics qui achètent l’iPhone ne sont que des zombies, selon des documents internes de la NSA détaillant sur quoi l’agence a travaillé en termes de piratage de smartphones et d’extraction d’informations personnelles, de connections sociales, d’informations de localisation, et plus encore. Ne vous inquiétez pas, les fans d’Android, vous êtes aussi dans les cibles de la liste.

Selon de nouveaux documents du super-leaker Edward Snowden, la NSA a ciblé des smartphones comme un bénéfice massif de données sensibles que les nouveaux utilisateurs de l’appareil ont créé, stocké, et, finalement, partagé sans le savoir avec l’agence d’espionnage américaine qui a été impliquée dans la controverse depuis lors même que Snowden a commencé à publier des détails sur Prism et XKeyscore et d’autres technologies secrètes d’espionnage de l’agence gouvernementale.

Voici « big brother », selon une présentation de la NSA:

steve-jobs-big-brother-nsaCi-dessus: Steve Jobs en tant que Big Brother, selon la NSA

Et, les clients payants d’Apple ont été vus dans les yeux de la NSA comme des participants idiots désireux de leur propre chute. Un diaporama de présentation de la NSA les identifie péjorativement comme des « zombies ».

Lire la suite: http://venturebeat.com/2013/09/09/nsa-calls-iphone-users-zombies-and-steve-jobs-big-brother/

Fichiers divulgués: une société allemande d’espionnage a aidé le Bahreïn à pirater des manifestants du printemps arabe

The Intercept, Par Cora Currier et Morgan Marquis-Boire, 7 août 2014

bahrain_658Une entreprise notoire de technologie de surveillance qui aide les gouvernements à travers le monde à espionner leurs citoyens a vendu un logiciel pour le Bahreïn au cours de la réponse brutale de ce pays au mouvement du printemps arabe, selon des documents internes divulgués cette semaine sur Internet.

Les documents montrent que FinFisher, une société de surveillance allemande, a aidé le Bahreïn à installer des logiciels espions sur 77 ordinateurs, y compris ceux appartenant à des avocats défenseurs des droits de l’homme et un chef de file de l’opposition désormais emprisonné, entre 2010 et 2012, une période qui inclut la répression du Bahreïn sur les manifestants pro-démocratie.
Le logiciel de FinFisher donne aux espions à distance un accès total aux ordinateurs infectés. Certains des ordinateurs qui ont été espionnés semblent avoir été localisés aux États-Unis et au Royaume-Uni, selon un rapport de Bahreïn Watch.

Lire la suite: https://firstlook.org/theintercept/2014/08/07/leaked-files-german-spy-company-helped-bahrain-track-arab-spring-protesters/

Facebook Inc (FB) poursuivi en Europe pour violations de confidentialité

Après que la politique de confidentialité de Facebook soit devenue apparemment délibérément confuse, des violations se sont produites, selon la poursuite

facebook1Facebook Inc (NASDAQ: FB) est confronté à une poursuite en recours collectif en Europe qui pourrait faire ressortir le manque de protection de la vie privée sur Facebook.

Facebook a violé les lois sur la confidentialité en Europe, en participant au programme d’espionnage de la NSA.

L’étudiant autrichien en droit et militant de la vie privée Max Schrems a déclaré vendredi qu’il va défier le réseau social devant le tribunal. Schrems a dit que Facebook a violé les lois sur la confidentialité généralement claires de l’Europe, et n’a pas tenu compte de ses propres conditions d’accord quand il a participé à un programme général d’espionnage exploité par la NSA.

«Nous constatons que Facebook viole les lois de la vie privée de l’UE depuis très longtemps et nous avons voulu prendre des mesures», a déclaré Schrems dans une déclaration à The Christian Science Monitor. « Les problèmes commencent avec une politique de confidentialité que personne ne comprend, [qui est] invalide en vertu de la législation européenne, jusqu’au scandale d’espionnage de la NSA. »

C’est la division Irlandaise de Facebook, dont le siège est à Dublin, qui fait l’objet de la plainte puisque leur domaine relève de la compétence juridique de l’Union européenne.

Lire l’intégralité de l’article: http://www.valuewalk.com/2014/08/facebook-inc-fb-sued-in-europe-over-privacy-violations/

Le gouvernement secret, ou la constitution en crise

« Le gouvernement secret », PBS.

Cette vidéo est extraite d’un documentaire de 1987, où le présentateur américain de la chaîne PBS, Bill Moyers, soulève la question de l’existence d’un gouvernement secret en mettant en lumière les nombreux réseaux qui pourraient y être reliés: politiques, économiques, services secrets, etc. Un autre terme employé pour y faire référence est celui de « gouvernement de l’ombre » [shadow government], un terme qui indique l’existence d’une conspiration qui agit en marge du pouvoir officiel.

« Le gouvernement secret est un réseau fermé de fonctionnaires officiels, d’espions, de mercenaires, d’ex-généraux, de profiteurs et de super-patriotes qui, pour une variété de motifs, opèrent en dehors des institutions légitimes des gouvernements. Les présidents ont recours à eux quand ils ne peuvent pas gagner le soutien du congrès ou de la population, créant ce pouvoir sans surveillance tant redouté par les professionnels de notre constitution. Imaginez que le rêve de William Casey soit devenu réalité. Supposez que l’entreprise ait grandi jusqu’à devenir une organisation super-secrète, auto-financée, auto-perpétuée. Imaginez qu’ils décident seuls d’assassiner Gorbachev ou le leader de l’Afrique du Sud. Est-ce que le président pourrait les contrôler? Et qu’en serait-il si le président devenait l’ennemi public n°1 de l’entreprise — qui le saurait? qui aurait pu dire non?… » (Bill Moyers, PBS)

Aujourd’hui, on peut se demander si le rôle de la NSA, dans la surveillance quasi-totalitaire des communications de la planète, peut s’apparenter ou non au pouvoir d’un gouvernement secret: la NSA, comme l’a souligné Edward Snowden dans sa première interview, peut espionner n’importe qui dans le monde, n’importe quel leader politique de la planète, y compris le président des Etats-Unis. La NSA peut accéder à n’importe quel type de communications, n’importe quel contenu crypté ou non-crypté, sans véritable contrôle de la justice, et de ce fait, la NSA acquiert un pouvoir de contrôle humain et de contrôle sur la société entière.

Nous reposons à notre façon les questions de Bill Moyers: Et si des espions de la NSA, ou d’une agence partenaire de la NSA, aux Etats-Unis ou à l’étranger, décident d’assassiner un leader politique, un militant écologiste ou un défenseur des droits de l’homme, qui pourrait s’y opposer? Qui pourrait le savoir à l’avance, alors qu’il n’y a quasiment aucun contrôle sur les données stockées par les agences de renseignement? Le pouvoir quasi-totalitaire de la NSA sur les communications de la planète met-il en péril la démocratie? Des gouvernements ont-ils pu être déstabilisés grâce à ces informations? Si la NSA était infiltrée par une société secrète, cela pourrait-il aider un gouvernement secret à prendre le contrôle de la démocratie?

Transcription complète du documentaire PBS sur le gouvernement secret: http://www.wanttoknow.info/050423secretgovernment

Une autre analyse de l’affaire Snowden: « manœuvres politiques », révélations d’espionnage et « décorum orwellien »

Affaire Snowden, mauvais comics ou terreur comique?

Snowden à MoscouVoici plusieurs mois déjà que le grand public suit les aventures d’Edward Snowden. Snowden est le nom de l’ex-salarié d’une agence prestataire de la NSA, qui distribue des informations classées TOP SECRET au compte-goûte sur les programmes d’espionnage de la NSA, en multipliant les intrigues et apparitions vidéo. A chaque « scandale » révélé grâce à sa clé USB, c’est toute la presse et les réseaux sociaux qui réagissent. Choquée, effarée et désarmée, l’opinion se met en branle pour dénoncer les pratiques totalitaires d’un système orwellien. Obama joue le rôle de Big Brother et Internet est l’instrument de l’appareil répressif. Pour échapper à la traque organisée contre lui, le défenseur de la vie privée s’est réfugié dans les lointaines contrées de la liberté d’expression que sont la Chine et la Russie. Le feuilleton se veut captivant: à la fin de chaque épisode, Snowden promet de nouvelles révélations. Et comme tout super héros fonctionne en duo, ce dernier a choisi son Robin en la personne de Glenn Greenwald, un journaliste brésilien connu pour ses chroniques publiées dans le Guardian.

Tous les clichés sont donc réunis pour indiquer qu’il s’agit d’un vulgaire comics pourtant, tout est bien réel. La presse relaie réellement chaque révélation de Snowden sur le vif et ce, sans aucune réserve, ni modération. Dans une bonne BD policière, nous aurions eu droit à un dossier béton résultant du travail acharné de quelques personnes, après plusieurs mois d’enquête. Mais dans la réalité, non. Un semblant de débat, tout au plus… On semble découvrir que les Etats disposent de services de renseignement et qu’ils pratiquent l’espionnage. La nature des données et des informations interceptées ainsi que le contexte précis dans lequel cette interception s’inscrit, n’intéressent finalement pas grand monde. La question du piratage et de la vie privée sur Internet est à peine survolée, bien qu’elle soit discutée dans le détail depuis des années.

Etat des lieux du droit et de la pratique

En Union Européenne, il existe une réglementation sur la protection des données personnelles, le principal texte en la matière datant de 1995. D’autres textes spécifiques aux communications électroniques, aux cookies et fichiers de données sont venus compléter cette réglementation qui a véritablement bouleversé l’activité économique des opérateurs concernés, lesquels ont dû se mettre en conformité. L’entreprise ou le service de l’Etat qui recueille des données doit informer les personnes concernées, obtenir leur consentement (sauf quand la loi impose l’obtention de ces données) et leur permettre d’avoir accès et de supprimer les fichiers les concernant. Cette réglementation, parmi les plus protectrices au monde, va d’ailleurs subir une prochaine réforme portant, notamment, sur l’utilisation des cookies par les professionnels et sur les transferts internationaux de données.

Les discussions actuellement menées montrent, d’une part, que les données et informations relatives aux personnes sont collectées et traitées essentiellement par des opérateurs privés (fournisseurs Internet, opérateurs téléphonie, éditeurs de sites…) et, d’autre part, qu’il existe un certain nombre de difficultés techniques et économiques pour assurer un système élevé de protection face au piratage informatique et aux cyberattaques qui, rappelons-le, ne sont pas le monopole d’un Etat mais, d’abord, d’individus qui maîtrisent un tel savoir-faire.

S’agissant du traitement des données personnelles des citoyens par les services de l’Etat, celui-ci doit respecter le droit commun applicable en la matière. Les écoutes téléphoniques ou interceptions de correspondances privées interviennent, en outre, dans le cadre de procédures judiciaires ou administratives strictes, lesquelles sont limitées dans le temps, doivent être motivées et font l’objet d’un contrôle par une autorité ou un juge, voire d’un rapport écrit le plus souvent. Ce principe vaut pour la France et les Etats-Unis. La loi de programmation militaire récemment publiée en France, qui a fait l’objet d’une intense polémique, confirme ce schéma. Qu’il s’agisse de simples données de connexion, de géolocalisation ou d’écoute et d’interception de correspondances privées par l’administration, la procédure obéira désormais à des règles similaires inscrites dans un même code (titre IV du livre II du code de la sécurité intérieure).

Une fois la procédure mise en oeuvre, les interceptions nécessitent l’intervention des opérateurs privés qui collectent puis traitent les données et informations relatives aux personnes ciblées. Rien ne peut donc se faire sans eux. L’affaire Snowden a effectivement révélé l’implication des principaux acteurs du web. Toutes les entreprises concernées ont d’ailleurs répondu aux accusations et démenti leur participation à un espionnage massif, précisant que la coopération avec la NSA s’exerçait dans le cadre de procédures légales. Elles ont néanmoins adressé des lettres aux membres du Congrès, appelant à un renforcement du contrôle des parlementaires sur la NSA. Les internautes, parmi les plus choqués face aux dérives totalitaires, n’en n’ont pas fait autant… C’est bien dommage. Quid du pouvoir citoyen? Il semblerait qu’il soit tombé dans les oubliettes, certains allant jusqu’à oublier que ces programmes sont votés publiquement par leurs représentants. PRISM n’était donc pas vraiment un secret, il suffisait de se renseigner.

Une source unique

Nous avons peu de détails sur la façon dont Snowden s’est procuré les documents alors que la question semble pertinente… Comment une personne employée depuis moins de 3 mois dans une agence a pu sortir des documents TOP SECRET sans être inquiétée ? Selon les informations publiées par Reuters en novembre dernier, il les aurait obtenues en utilisant les accès de 20 à 25 collègues et ce, grâce à sa fonction de « administrateur système ».

S’agissant des documents communiqués, nous avons une requête judiciaire demandant à l’opérateur Verizon de fournir l’ensemble des données relatives aux appels téléphoniques sur son réseau (mais sans le contenu des appels). Le fait qu’il s’agisse d’une « requête » montre bien que la procédure est encadrée, laquelle ne porte que sur des métadonnées. Un document sur la construction de liste de cibles par la NSA dans le cyberespace a également été diffusé, ce qui nous permet d’apprendre que l’agence gouvernementale intervient avec logique et méthode d’investigation (elle cible). Fait qui est plutôt rassurant…

La véritable « bombe » de Snowden est en fait la présentation d’un programme de surveillance massive avec les grands acteurs d’Internet comme Microsoft, Google ou encore Facebook. Cette présentation n’est pas un document officiel et contient des informations vagues. Les opérateurs concernés ont démentis les faits. Ce qui apparaît certain et avéré, c’est qu’en matière de surveillance Internet, les opérateurs et fournisseurs d’accès peuvent être enjoints de coopérer, comme le confirment le droit et la pratique.

A coup d’informations vagues, non vérifiées et de fausses révélations, Snowden emmène ainsi le public sur un terrain hautement technique, par définition « secret » (nous parlons bien de renseignement) et que, donc, peu de personnes maîtrisent. S’agit-il de nous informer ou de prendre l’ascendant sur le public? Sommes-nous face à une menace réelle ou seulement potentielle ? La crainte de certains internautes est-elle fondée ou irrationnelle? Dans ce contexte, et parce qu’il s’agirait d’une démocratie qui doive se justifier auprès des citoyens, une enquête officielle a été ouverte pour déterminer si des dérives ont eu lieu. L’administration Obama a, en outre, promis de revoir les programmes de la NSA.

Un monopole de l’information

Les messages de Snowden sont révélés au public par le journal allemand Der Spiegel (à l’origine de la dernière révélation sur le piratage d’un câble Orange par la NSA, selon un nouveau document de Snowden) et surtout par le Guardian, via le célèbre chroniqueur Glenn Greenwald (qui a quitté le journal il y a quelques semaines). Le Washington Post avait été également contacté mais l’exclusivité ne lui a finalement pas été conférée.

Greenwald est donc devenu le relais clé des révélations de l’Américain. Ce qui est curieux, c’est que le journaliste n’informe pas le public sur la base de ses propres investigations mais joue plutôt le rôle d’un simple agent de connexion. Il ne se contente pas, non plus, d’être critique vis-à-vis de la politique américaine et d’émettre légitimement des doutes… A plusieurs reprises, et de façon à peine détournée, le journaliste a soutenu la figure de l’extrême-droite et de la complot-sphère américaine, le sénateur Ron Paul. L’un passe sur la TV de l’autre et devient le meilleur journaliste de l’année, l’autre est encensé dans les articles de l’un et devient l’homme politique majeur des USA. On se renvoie la balle entre « libertariens ».

Des pros de la terreur propagandiste

Ron Paul, ainsi que ses groupes politiques et sympathisants, sont devenus les plus fervents soutiens d’Edward Snowden. Les sites Internet consacrés aux libertariens et au grand complot mondial l’attestent. D’autres organisations de l’extrême comme la John Birch Society sont également engagées dans la bataille médiatique. Edward Snowden vient en effet parfaire le décorum du grand complot que la JBS diffuse à travers sa propagande de désinformation, depuis les années 50. Des journalistes ont également trouvé des preuves concernant des dons octroyés par Snowden pour soutenir Ron Paul en pleine campagne électorale. Notre super héros n’a d’ailleurs pas caché sa complaisance pour les libertariens et n’a pas démenti avoir soutenu Ron Paul aux élections.

Le message diffusé en substance par les libertariens, y compris par Greenwald, consiste à expliquer que progressistes et libéraux ont trompé les citoyens concernant la protection de leur vie privée. On retombe vulgairement dans le « tous pourris » et ce, sans qu’aucune analyse ne soit fournie. Les aspects et les causes d’un tel échec ne sont en réalité jamais étayés et les propositions visant à concilier, d’un côté, impératif de sécurité et lutte contre la délinquance et la criminalité organisées (y compris financière) et, de l’autre, protection de la vie privée et libertés civiles, ne sont jamais formulées.

Voici un article de Greenwald illustrant parfaitement cette position: http://www.salon.com/2011/12/31/progressives_and_the_ron_paul_fallacies/. A sa lecture, on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas tant de dénoncer des faits, des responsables politiques ou, encore, une quelconque responsabilité citoyenne, mais de s’attaquer à l’imaginaire collectif auquel renvoient les valeurs « progressisme » et « liberté », lesquels sont insidieusement assimilées au mensonge, à la tromperie… au mal incarné par Obama qui est la seule personnalité réellement ciblée.

Outre de telles manœuvres politiques et politiciennes, le but de l’affaire Snowden semble être à la fois l’objet de ce qui est dénoncé: installer un décorum orwellien. Car ce qui est raconté par les libertariens constitue, en soit, un message d’angoisse: « Vous êtes surveillés, attention à ce que vous dites et ce que vous écrivez! ». « Regardez comment va finir Snowden! ». Voilà de quoi intimider et inhiber les masses en leur laissant entendre qu’elles ne maîtrisent rien et ne sont maîtres de rien. C’est d’ailleurs le paradigme de toute idéologie fasciste: maintenir les masses dans un stade infantile proche de l’hétéronomie politique, aux antipodes de l’autonomie. Au regard des commentaires moqueurs affichés par les internautes sur la toile, il semblerait néanmoins que la terreur diffusée ait un caractère plutôt comique…

Source: http://blogs.mediapart.fr/blog/alexandra-basset/060114/affaire-snowden-mauvais-comics-ou-terreur-comique-0

WikiLeaks appelle à « infiltrer les services secrets » – vous n’avez pas une autre solution à proposer aux hackers?

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Selon un article récent évoquant l’intervention de Julian Assange et de son organisation au Chaos Computer Club (30c3) à Hambourg, « WikiLeaks appelle les hackers à infiltrer les services secrets« . Cette position est assez ambiguë et les arguments avancés ne sont pas vraiment convaincants. Pour ceux qui sont vraiment des hackers, cela peut paraître une hérésie totale, à l’opposé de ce que pensent de nombreux militants et défenseurs de l’Internet.

Faut-il vraiment devoir « infiltrer les services secrets afin de pouvoir rendre publiques des informations secrètes »? Est-ce qu’il n’y a vraiment que ça, comme solution pour changer le monde? Non, bien sûr, il y a d’autres solutions que celle présentée par Julian Assange. Faut-il prendre le risque de travailler comme Edward Snowden pour la surveillance massive, le regretter par la suite comme il en a témoigné et se retrouver un jour dans une situation d’exil temporaire ou définitif loin de son pays? N’est-il pas plutôt préférable de militer au sein d’une association de défense des droits numériques, de rejoindre des partis politiques, comme le Parti Pirate, ou bien rester hacker et continuer à militer à la fois individuellement et en groupe pour les libertés civiles, mais rester à tout prix loin des services secrets et de tous ces gens qui aident les gouvernements à imposer de plus en plus de censure sur la population? Quand Julian Assange dit cela, on a l’impression qu’il est en train de penser à l’avenir des gouvernements, plus qu’à l’avenir des hackers.

WikiLeaks a bien prouvé par ses publications passées que, tout en étant une organisation indépendante, et donc sans être affilié à aucun gouvernement – du moins, en théorie – ni sans être affilié à des services secrets particuliers, on peut néanmoins tout à fait publier des documents secrets et en obtenir des personnes impliquées dans des combats spécifiques, comme l’a fait Bradley Manning. Cela semble être une chose risquée – et peu morale – d’infiltrer un service secret et d’accomplir un travail qui ne plaira pas forcément aux hackers concernés, qui vont peut-être perdre plusieurs années de leur vie de manière inutile, au sein des services secrets, simplement dans le but de pouvoir éventuellement publier quelque chose de secret, et encore sans en avoir un degré de certitude – mais comme on le sait, les vrais secrets des Etats sont bien gardés, et ce n’est pas le jeune hacker qui vient d’être recruté qui pourra avoir accès à des informations sensibles et qui pourra prétendre devenir un nouveau héros. WikiLeaks lance plutôt une illusion aux hackers, le rêve de devenir des héros, mais jusqu’à présent tous ont été rattrapés par le destin, soit en prison soit en exil: Jérémy Hammond, Edward Snowden, ou Bradley Manning. Les lois qui régissent l’espionnage et les peines de trahison sont de plus en plus sévères, et cela ne pourra être que de plus en plus dangereux d’infiltrer les gouvernements et les services secrets. 35 ans de prison pour Bradley Manning, aucun gouvernement étranger ne se mobilise pour le défendre. C’est pourquoi nous ne soutenons pas l’idée de WikiLeaks.

De plus, ces paroles semblent résonner de manière étrange, surtout quand on sait que Julian Assange lui-même est retenu prisonnier dans une ambassade, que les médias sont peu mobilisés sur le sujet et que la population du Royaume-Uni a sans doute d’autres préoccupations avec l’austérité et la crise économique, et que lui-même ne peut certainement continuer son travail de publication de secrets gouvernementaux dans de bonnes conditions, avec les pressions politiques et le statut de réfugié politique. Alors, ne faut-il pas être plus méfiant par rapport à ce que nous conseille WikiLeaks? Il y a certainement d’autres solutions pour militer et défendre les libertés. Les gouvernements sont actuellement en manque de hackers et ont besoin de recruter, en effet, parce que la surveillance massive s’étend et parce qu’elle prend de plus en plus d’importance dans nos pays. Pour développer cette surveillance, les gouvernements ont besoin de hackers. Mais les hackers doivent choisir le chemin qui leur convient: ils ne doivent pas infiltrer les gouvernements, si cela ne correspond pas à leur morale et si cela met en péril leur vie.

Alors, que veut exactement dire cette affirmation de WikiLeaks et qu’est-ce qui se cache exactement derrière cette idée d’infiltrer les services secrets? Est-ce qu’il n’est pas naïf de croire qu’un hacker pourra publier de grandes révélations, en échange de quelques années ou d’une vie entière passée à servir des gouvernements, à voir ce qu’il y a de plus sombre au sein des services secrets, à être le témoin de nombreuses manipulations politiques, de servir des hommes politiques corrompus et de voir chaque jour que les idéaux de la démocratie et des libertés numériques s’évanouissent de plus en plus dans un monde soumis au pouvoir de l’argent et des multinationales? Ou de voir encore que la population ne se mobilise pas suffisamment pour défendre les droits des lanceurs d’alerte, et que même en France, une loi de surveillance généralisée est passée tout récemment sans qu’il y ait une solidarité nationale contre le vote de cette loi. Est-ce que c’est vraiment sur ce chemin trouble et incertain que WikiLeaks veut conduire les jeunes hackers, et qu’ils deviennent ainsi les alliés du système mondial de l’espionnage?…

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