WikiLeaks révèle comment les Etats-Unis ont poursuivi de manière agressive le changement de régime en Syrie, en provoquant le début d’un bain de sang

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Le 9/10/2015, par Robert Naiman, Verso Books (extrait du livre)

Ce qui suit est le chapitre 10 des documents WikiLeaks:

Le 31 Août 2013, le président américain Barack Obama a annoncé qu’il avait l’intention de lancer une attaque militaire contre la Syrie en réponse à une attaque aux armes chimiques dans ce pays que les États-Unis ont attribué au gouvernement syrien. Obama a assuré le public américain que ce serait une action limitée uniquement destinée à punir le gouvernement Assad pour l’utilisation d’armes chimiques; l’objectif de l’action militaire américaine ne serait pas de renverser le gouvernement Assad, ni de changer l’équilibre des forces dans la guerre civile interconfessionnelle en Syrie.

L’histoire montre que la compréhension du public face à la politique étrangère des États-Unis dépend de façon cruciale de l’évaluation des motivations des responsables américains. Il est plus que probable que les responsables américains se présenteront aux yeux du public comme ayant des motivations plus nobles que ce qu’ils partagent avec d’autres en privé, et donc que si les membres du public avaient accès aux motivations partagées en privé, ils pourraient faire des évaluations différentes de la politique américaine. Ceci est la raison principale pour laquelle la publication des câbles diplomatiques américains par WikiLeaks était si importante.

Les câbles ont donné au public une ouverture récente sur les stratégies et les motivations des responsables américains telles qu’ils les ont exprimé entre eux, pas comme ils ont l’habitude de les exprimer au public. Dans le cas de la Syrie, les câbles montrent que le changement de régime avait été un objectif de longue date de la politique américaine; que les Etats-Unis ont fait la promotion du sectarisme en soutien à leur politique de changement de régime, contribuant ainsi à jeter les bases de la guerre civile interconfessionnelle et à l’effusion massive de sang que nous voyons aujourd’hui en Syrie; que les éléments clés de la politique de changement de régime par l’administration Bush sont restés en place alors même que l’administration Obama s’est tournée publiquement vers une politique d’engagement; et que le gouvernement américain était beaucoup plus intéressé par la politique étrangère du gouvernement syrien, notamment sa relation avec l’Iran, que par les droits de l’homme à l’intérieur de la Syrie.

Un câble du 13 Décembre 2006, «Influencer le SARG [Gouvernement Syrien] à la fin de 2006″, indique que, d’aussi loin que 2006 – cinq ans avant les manifestations du «Printemps arabe» en Syrie – déstabiliser le gouvernement syrien était une motivation centrale de la politique américaine. L’auteur du câble était William Roebuck, à ce moment chargé d’affaires à l’ambassade américaine à Damas. Le câble souligne les stratégies pour déstabiliser le gouvernement syrien. Dans son résumé du câble, Roebuck écrit:

Nous croyons que les faiblesses de Bachar sont dans la façon dont il choisit de réagir à des questions imminentes, à la fois dans la perception et dans la réalité, comme le conflit entre les étapes de la réforme économique (cependant limitée) et des forces corrompues, bien enracinées, la question kurde, et la menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit. Ce câble résume notre évaluation de ces vulnérabilités et suggère qu’il peut y avoir des actions, des déclarations, et des signaux que le gouvernement US peut envoyer et qui permettront d’améliorer la probabilité de telles opportunités qui se manifestent.

Ce câble indique que l’objectif des États-Unis en Décembre 2006 a été de saper le gouvernement syrien par tous les moyens, et que ce qui importait était de savoir si l’action des États-Unis permettrait de déstabiliser le gouvernement, pas de savoir ce que pourraient être les autres impacts de l’action. En public, les Etats-Unis étaient en faveur de la réforme économique, mais en privé les États-Unis ont vu le conflit entre la réforme économique et « les forces corrompues, retranchées » comme une « opportunité ». En public, les États-Unis étaient opposés aux « extrémistes islamistes » où que ce soit; mais en privé, ils ont vu la « menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit » comme une « opportunité » que les Etats-Unis devraient considérer dans leur champ action pour essayer de l’augmenter.

Lire la suite: http://www.truth-out.org/progressivepicks/item/33180-wikileaks-reveals-how-the-us-aggressively-pursued-regime-change-in-syria-igniting-a-bloodbath

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WikiLeaks: Une traduction du document des Câbles saoudiens pour «faire tomber» le régime syrien

saudi-king-abdullah-syria-bashar-assad-afpLe roi saoudien Abdallah et le président syrien Bachar al-Assad au Palais d’al-Shaab à Damas, le 7 octobre 2009

Albawaba.com, le 7 juillet 2015 via SyndiGate.info

WikiLeaks est revenu avec un autre rapport, lundi, qui semble montrer les sentiments saoudiens à l’égard du régime syrien; un télégramme révèle que les responsables saoudiens ont dit du président Bachar al-Assad qu’il doit tomber avant qu’il ne se venge sur l’Arabie saoudite.

Une traduction exacte de la note semble montrer que l’Arabie saoudite a fait des plans pour rencontrer des responsables russes et essayer de les persuader de mettre un terme à leur soutien au régime. Dans l’intérêt des objectifs diplomatiques du royaume, le télégramme a parlé d’interdire aux médias locaux la couverture défavorable de la Russie.

Voici une traduction de la partie la plus pertinente du document saoudien:

Le royaume a pris une position ferme et il n’y a plus de place pour se retirer. Il faut mettre l’accent sur la vérité que le premier but du régime syrien, pour contourner la crise actuelle, est la revanche contre les pays qui se dressent contre lui, et le royaume et certains des pays du Golfe sont en haut de la liste. Si nous prenons en considération l’ensemble de la cruauté de ce régime, son inhumanité et son manque d’hésitation à utiliser n’importe quel moyen pour réaliser ses objectifs, alors il y a un haut degré de danger pour le royaume, ce qui rend crucial de le viser – avec toutes les méthodes possibles et connues – pour faire tomber le régime actuel en Syrie.

Et voici la note originale en arabe. Le mémo semble incomplet:

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Par Hayat Norimine

Source: http://www.albawaba.com/loop/saudi-cables-translation-document-bring-down-syrian-regime-716790

WikiLeaks publie les câbles saoudiens

wikileaks_3_12-300x200Aujourd’hui, vendredi 19 Juin à 13 heures GMT, WikiLeaks a commencé à publier les câbles saoudiens: plus d’un demi-million de câbles et autres documents du ministère saoudien des Affaires étrangères qui contiennent des communications secrètes de diverses ambassades saoudiennes à travers le monde. La publication comprend des rapports « Top Secret » d’autres institutions de l’État saoudien, dont le ministère de l’Intérieur et les Services du Renseignement Général du Royaume. Le cache massif des données contient également un grand nombre de communications email entre le ministère des Affaires étrangères et des entités étrangères. Les Câbles saoudiens sont en cours de publication par tranches de dizaines de milliers de documents au cours des prochaines semaines. Aujourd’hui WikiLeaks publie environ 70.000 documents de ce trésor dans une première tranche.

Julian Assange, l’éditeur de WikiLeaks, a déclaré: «Les câbles saoudiens lèvent le voile sur une dictature de plus en plus erratique et secrète qui a non seulement célébré sa 100ème décapitation cette année, mais qui est aussi devenue une menace pour ses voisins et pour elle-même. »

Lire l’intégralité du communiqué: https://wikileaks.org/saudi-cables/press

Accéder au moteur de recherche: https://wikileaks.org/saudi-cables/search

Les blogueurs du Koweït, « pas effrayés par la censure » d’après un câble Wikileaks

Night time exteriors of the Bayan Palace, Kuwait CityPhoto: Palais Bayan, siège du gouvernement koweïtien

Les blogueurs du Koweït: Voix de l’avenir

http://wikileaks.org/plusd/cables/05KUWAIT514_a.html

date: 7 février 2005
id: 05KUWAIT514
classification: non-classifié
depuis: kuweït city

Ce câble est sensible mais non classifié; merci de protéger en conséquence. Pas pour la publication sur Internet.

1. (U) Résumé: le responsable économique a assisté, le 2 Février, à une réunion mensuelle de web-blogueurs koweïtiens où le groupe a discuté de leurs différents web-logs, de technologie, politique, religion, vie sociale, et une variété d’autres questions. Le groupe était composé de neuf hommes et d’une femme, la plupart dans le début-milieu de leur vingt ans, et il est représentatif d’un groupe plus large de quelques 20-30 blogueurs koweïtiens. Alors que le groupe n’est pas nécessairement représentatif de la jeune société du Koweït dans son ensemble, il représente certainement une population de plus en plus instruite, de Koweïtiens occidentalisés à la recherche d’un débouché pour leur énergie et leur créativité. Fin du Résumé.

Les Blogs koweïtiens: Contexte ————————-
2. (U) Il y a quelques dizaines de personnes qui écrivent des web-logs en ligne, ou des blogs, depuis le Koweït, et une poignée de Koweïtiens qui vivent aux États-Unis et ailleurs maintiennent aussi des blogs. (Un blog est une chronique en ligne ou un journal). Ces blogs vont de réflexions personnelles aux conversations avec des amis, et aux commentaires culturels, sociaux et politiques. Certains blogs incluent des photos. Environ les deux tiers des blogs les plus populaires au Koweït sont rédigés en anglais, et l’autre tiers est écrit en arabe, avec une poignée [de gens] utilisant les deux langues. (En terme de popularité, nous entendons les blogs qui sont liés à la plupart par d’autres blogueurs.) La plupart des blogueurs koweïtiens hébergent leurs blogs sur des sites tiers tels que Blogspot (blogspot.com); quelques-uns d’entre eux maintiennent en réalité leurs propres sites hébergés au Koweït.

De la Communauté en ligne au Café-rencontres —————————————— –

3. (SBU) Alors que certains des blogueurs les plus prolifiques l’ont été pendant plus de deux ans, l’intérêt a augmenté au cours des derniers mois. Un article de Kuwait Times d’Octobre 2004, « La révolution du Blogging arrive au Koweït, » a mis en lumière certains des blogs koweïtiens les plus populaires, et quelques-uns de ces blogs ont depuis été nominés pour les prix de blog. Avec un intérêt croissant, l’un des blogueurs koweïtiens, « Nibaq », a créé un site qui rassemble tous les blogs du Koweït et qui permet au lecteur de voir les derniers posts de chaque blog (safat.kuwaitblogs.com). Un autre blogueur, « Talal », est venu avec l’idée d’une réunion physique des blogueurs. Il a utilisé l’outil de rencontre en ligne MeetUp (meetup.com) et a invité les blogueurs koweïtiens à une rencontre. Le groupe a tenu deux réunions précédentes, auxquelles ont assisté environ 4-5 personnes à chaque fois, avant cette dernière réunion.

Les Blogueurs: Jeunes, Hommes pour la plupart, Très Intelligents —————————————- —-

4. (U) Les participants à la réunion étaient du même âge et du même milieu, mais différents dans leurs points de vue sur la religion, la société et la politique. Il y avait environ neuf hommes et une femme, bien qu’il y ait d’autres femmes dans le groupe plus large en ligne qui ont manifesté leur intérêt pour venir à la réunion mais ne pouvaient pas, pour une raison ou une autre. (La seule femme présente était une expatriée arabe de 27 ans qui était accompagnée de son grand-père.) La plupart des blogueurs étaient au début-milieu de leur vingtaine. Quelques-uns ont été à l’école aux États-Unis, et d’autres étaient diplômés de, ou fréquentent actuellement des universités, au Koweït. Aucun ne semble être représentatif de la [classe] « super-riche » du Koweït, mais ils étaient plutôt représentatifs de la « classe moyenne » koweïtienne, dans la mesure où il y ait une telle chose.

[…]

Employés au gouvernement et dans le secteur privé —————————————–

5. (SBU) Les participants qui travaillaient étaient soit indépendants comme graphistes ou web-designers, ou travaillaient dans le secteur public. Ceux qui travaillaient pour le gouvernement n’ont trouvé aucune fierté particulière dans leur travail, voyant simplement cela comme quelque chose pour passer le temps pendant la journée et pour fournir un chèque de paie. Un participant, « Abdulatif », se vantait du temps libre dont il jouissait à ce travail de saisie de données dans la fonction publique, en disant qu’il a réalisé une bonne quantité de blogging et de navigation personnelle sur le web depuis le travail. Toutes les personnes présentes ont convenu que le travail du gouvernement était une «blague» et n’offrait pas de défis ou d’incitations à travailler dur. […]

Pas effrayés par la censure ———————-

8. (SBU) Bien qu’aucun des blogueurs n’ait eu des expériences avec le Gouvernement du Koweït [GOK] pour essayer de les arrêter ou de censurer ce qu’ils disent, certains d’entre eux ont admis l’auto-censure sur certains de leurs blogs. Ce n’était pas clair, cependant, de savoir si les préoccupations des blogueurs concernaient les pouvoirs publics du Koweït ou les sensibilités de leur public au Koweït. Lorsqu’on leur a demandé, aucun des blogueurs ne pensait que le Gouvernement du Koweït censurerait jamais un de leurs blogs, mais aucun ne l’a totalement exclu comme une possibilité. La plupart des blogueurs savaient comment contourner la censure du Gouvernement du Koweït pour les autres sites.

L’avenir: Continuez le Blogging —————————-
9. (U) La plupart des blogueurs présents avaient des plans spécifiques concernant leur avenir, y compris des objectifs de carrière, et même ceux sans plans spécifiques avaient une attitude positive pour leur avenir et l’avenir du Koweït. Aucun n’a exprimé un intérêt pour quitter le Koweït. Au contraire, quelques-uns étaient récemment revenus de l’étranger, soit depuis les États-Unis ou depuis des emplacements du Golfe comme Dubaï, pour poursuivre des opportunités d’affaires au Koweït.

Source: http://wikileaks.org/plusd/cables/05KUWAIT514_a.html

Un outil de visualisation des câbles WikiLeaks en ligne

Reference Network Visualization [Visualisation du réseau de référence]: http://wlwardiary.github.io/cable2graph/

Une visualisation interactive des références entre les câbles diplomatiques

Wikileaks-reference network visualization

INDEX

1. Parcourir la visualisation

2. Comment cela est-il conçu?

3. Quelle est la structure du réseau?

4. Quels sont les câbles manquants?

5. Que puis-je faire?

6. Comment lire le graphique?

7. Code et données

8. Contact

Cablegate et similarité de réseau  (http://dataporn.tumblr.com/post/54709089136/cablegate-and-network-similarity)

En naviguant sur les visualisations générées par le réseau de référence du cablegate, il devient évident que certaines formations de nœuds et d’arêtes apparaissent plus souvent. Le principal exemple est l’étoile, qui représente souvent une demande d’action auprès du département d’Etat et les réponses liées.

La structure du réseau peut représenter un comportement, elle peut refléter la façon dont les références dans les câbles diplomatiques sont utilisées.

Quelles sont les structures de réseau en commun et que représentent-elles?

Pour répondre à cette question, le graphe complet doit être divisé en sous-graphes plus petits. Ensuite, chaque sous-graphe est à comparer avec l’autre pour une similarité.

Cependant, même la comparaison de deux graphes identiques est coûteux.

Une solution possible est introduite par J. Bagrow et al. dans le document de 2008 « Portraits de réseaux complexes » qui décrit « les grands réseaux complexes en introduisant une nouvelle structure de matrice, unique pour un réseau donné, qui encode l’information structurelle ».

Voir une liste des graphiques disponibles: http://wlwardiary.github.io/cable2graph/v0.2/stars.html

Exemple de graphique en ligne: Graphique n°7924
http://wlwardiary.github.io/cable2graph/v0.2/star_7924.graphml.html

Wikileaks-Reference Network Visualization

Une visualisation interactive des références entre les câbles diplomatiques:

v0.3
v0.2
v0.1

Données du Cablegate: https://github.com/wlwardiary/cable2graph/wiki/data

CableWeaving: http://thedod.github.io/cableweaving/

En savoir plus: http://dataporn.tumblr.com/

La stratégie d’Israël contre le Hamas exposée dans deux câbles WikiLeaks

combats-syrieDe nombreux câbles WikiLeaks évoquent le conflit israélo-palestinien, mais il faut confronter plusieurs documents pour tenter de comprendre la vraie situation géopolitique qui s’est mise en place au Moyen-Orient. La guerre en Syrie, en effet, ne semble pas totalement étrangère au conflit israélo-palestinien. Comme nous l’avions mentionné dans un article, la Syrie avait pris la défense des Palestiniens et réclamé « l’arrêt des violations israéliennes continuelles contre les droits de l’homme des Palestiniens, [la fin du] siège injuste sur la bande de Gaza et pour l’octroi au peuple palestinien de leur droit à l’autodétermination et à l’établissement de leur Etat indépendant avec Jérusalem comme capitale ». Ces demandes n’ont jamais été entendues par l’Etat d’Israël.

Un câble WikiLeaks du 11 février 2009 (09TELAVIV363) intitulé « Le président du Likoud Netanyahu parle de l’Iran, des Palestiniens et de la Syrie avec Codel Smith » explique le point de vue israélien sur la situation géopolitique du Moyen-Orient. Ce câble est très important, car il montre que l’Etat d’Israël aurait pu avoir un intérêt direct dans la déstabilisation du régime syrien pour conduire à l’affaiblissement du Hamas en Palestine. Israël accuse l’Iran de financer les groupes terroristes au Moyen-Orient et d’être le « régime-mère » du terrorisme. Parmi ces groupes terroristes, Israël considère que c’est l’Iran – soutenu par la Syrie – qui apporte son soutien au Hamas palestinien.

La Syrie, l’Iran et le Hamas palestinien

La théorie du gouvernement israélien consiste à dire, en quelque sorte, que si le Hamas est si puissant en Palestine, c’est parce qu’il est soutenu financièrement et idéologiquement par les régimes alliés de la Syrie et de l’Iran. Autrement dit, selon Israël, le problème du conflit israélo-palestinien ne serait pas uniquement un problème entre Israël et la Palestine, mais un problème qui a sa source en Syrie et en Iran, et qui doit se résoudre par l’affaiblissement de ces deux régimes: « il [Netanyahu] prédit que le terrorisme diminuerait si on coupe la volonté et la capacité de l’Iran à soutenir des terroristes avec de l’argent, un entraînement et des directives« .

On voit bien comment la stratégie israélienne se met en place et pourquoi le renversement du régime syrien aurait pu servir par la suite les intérêts sécuritaires de l’Etat d’Israël, en assurant la présence de régimes favorables à Israël dans tout le Moyen-Orient. Dans la suite du câble, Netanyahu « affirma que le retrait du Hamas au pouvoir n’y produirait pas nécessairement un régime pire, étant donné que les groupes alternatifs ne sont pas aussi proche de l’Iran que le Hamas ». Ainsi, affaiblir l’Iran et la Syrie semble s’être présenté aux yeux des responsables israéliens comme un moyen possible pour obtenir la fin de la résistance du Hamas en Palestine.

Le conflit israélo-palestinien, un problème régional

A travers ce document Wikileaks, on comprend finalement que le gouvernement israélien perçoit la guerre avec le Hamas dans une logique régionale qui va au-delà des territoires de la Palestine occupée. Cette logique régionale inclut plusieurs pays: Israël, la Palestine occupée, la Syrie, l’Iran, l’Irak et le Liban. Le conflit israélo-palestinien est un enjeu pour toute cette région du Moyen-Orient, c’est un facteur de déstabilisation et c’est pourquoi beaucoup d’observateurs considèrent qu’il n’y aura jamais de paix au Moyen-Orient tant que le conflit israélo-palestinien ne sera pas résolu. Les câbles Wikileaks témoignent de cette logique.

Dans un autre câble du 4 avril 2005 (05TELAVIV2054), le gouvernement israélien évoque de nouveau le problème de la Syrie face aux groupes terroristes: « Il a dit que, bien que la Syrie ait fait de mauvaises choses, comme aider le Hamas et le Hezbollah, en compromettant la stabilité en Irak, et donnant refuge aux copains de [Saddam] Hussein, la chose la plus importante maintenant est de le sortir du Liban. » Dans ce même câble, le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, évoque l’espoir que « d’autres pays de la région passent vers des systèmes démocratiques ». Ces propos témoignent d’une certaine volonté israélienne d’amener des changements de régime au Moyen-Orient, vers des régimes plus démocratiques et pacifiés, libérés du terrorisme, ou du moins d’une stabilisation politique en Irak et en Syrie, qui pourrait être favorable à la résolution du conflit israélo-palestinien.

Le câble diplomatique ne dit pas si le gouvernement israélien a eu une implication dans la déstabilisation du régime syrien, mais si tel était le cas, on constate aujourd’hui que la stratégie d’Israël a échoué au Moyen-Orient, car la déstabilisation des régimes hostiles à l’Etat d’Israël n’a pas pacifié le Moyen-Orient et n’a pas conduit à la mise en place de systèmes plus démocratiques. Au contraire, on voit aujourd’hui qu’avec la guerre en Syrie, non seulement les régimes se sont maintenus dans la violence et la répression, mais le jihadisme a aussi progressé et se répand comme une poudre sur toute la région.

Quel rôle pour la Russie?

Il semble aussi que le gouvernement israélien ait mal envisagé le rôle de la Russie dans le conflit au Moyen-Orient. Dans le premier câble (09TELAVIV363), Netanyahu présente la Russie comme un possible allié dans la stratégie de lutte contre le terrorisme en Iran et en Syrie: « La communauté internationale pourrait aussi imposer un blocus naval sur l’Iran […] avec la Russie comme pays clé dans cet effort. Le conseiller de Netanyahu, Arad, a ajouté que la Russie a été utile à certains moments […] et que les puissances occidentales pourraient avoir à faire des concessions avec la Russie sur d’autres questions pour les amener à collaborer plus étroitement contre Téhéran. »

Ce câble date d’avant le début de la guerre en Syrie, qui a commencé par les manifestations du 15 mars 2011, mais on sait aujourd’hui que la Russie n’a pas voulu s’allier avec l’Occident dans la lutte contre le régime syrien. Le câble Wikileaks montre ainsi que la stratégie prévue par le gouvernement israélien n’a pas fonctionné, car celui-ci pensait s’appuyer sur la Russie pour déstabiliser l’Iran et la Syrie. De son côté, la Russie n’a pas voulu intervenir contre le régime syrien par peur d’une extension du front islamique vers ses propres frontières: on voit que, là aussi, le raisonnement n’a pas fonctionné, car le front islamique s’est bel et bien étendu vers d’autres pays, même s’il n’atteint pas encore la Russie.

En fait, il y a beaucoup d’incertitudes sur ce qui se passe désormais dans cette région du Moyen-Orient. Il semble que toutes les stratégies gouvernementales aient échoué pour pacifier la région et que les scénarios qui se déroulent actuellement en Syrie et en Irak avec l’avancée de l’Etat Islamique n’avaient certainement pas été imaginés ni par le gouvernement israélien, ni par les gouvernements américain, européen ou russe, à un moment où ils pensaient régler le conflit avec le Hamas.

Les documents Wikileaks mettent ainsi en lumière les profondes erreurs d’appréciation des responsables gouvernementaux israéliens qui, dans leur stratégie face à l’Iran et à la Syrie, en 2005, puis 2009, ont pensé qu’ils réussiraient à affaiblir le Hamas, mais n’ont pas compris que ce qu’ils redoutaient le plus allait se produire quelques années plus tard, à savoir l’avancée actuelle du front jihadiste, la radicalisation du terrorisme et la déstabilisation du Moyen-Orient qui remet profondément en cause tout espoir de résoudre de manière pacifique le conflit israélo-palestinien.

Source des documents Wikileaks: http://search.wikileaks.org/plusd/cables/09TELAVIV363_a.html et http://search.wikileaks.org/plusd/cables/05TELAVIV2054_a.html

WikiLeaks: La CIA ou la « Central Incompetence Agency »

the-new-cia-seal-obama-directs-the-cia-the-wrong-way-political-poster-1261477606Illustration: « Le nouveau sceau de la CIA – Ne pas entendre de mal – Ne pas voir le mal – Ne pas faire de mal » (politifake.org)

Voici l’extrait du câble 05PARIS2210 daté du 4 avril 2005, provenant de l’ambassade américaine de Paris: les diplomates américains analysent les réactions de la presse française face à un rapport sur la CIA qui met en évidence l’incompétence et les erreurs commises par l’agence de renseignement américaine sur la présence d’armes de destruction massive en Irak. Ce rapport intégral peut être consulté en ligne sur le site du Washington Post (« Les doutes sur les armes ont été rejetés »). Les réactions de la presse insistent notamment sur le fait que les erreurs de la CIA ont concerné deux événements récents majeurs, à savoir les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak.

RAPPORT DE LA CIA

Les erreurs des espions américains stigmatisées dans un rapport

« Les correspondants de Washington, pour le [journal] de centre-droit le Figaro, ont émis comme opinion (01/04): « les espions américains n’avaient aucune idée que le 11 septembre 2001 était imminent, ils ont eu tort à propos des armes de destruction massive que Saddam Hussein était censé avoir, vont-ils faire preuve du même niveau d’incompétence en ce qui concerne les arsenaux nucléaires iranien et nord-coréen? C’est la question que nous lisons entre les lignes des 600 pages du rapport présenté hier au président Bush.

« CIA: Central Incompetence Agency [Agence Centrale de l’Incompétence] »

Thomas de Rochechouart dans le [journal] populaire de centre-droit France Soir (01/04): « CIA: ces trois lettres symbolisent le pouvoir et la puissance des États-Unis. Et dans une certaine mesure son invincibilité. Mais dans le rapport qui a été présenté à George W. Bush, les espions ont plus de ressemblance avec l’inspecteur Gadget qu’avec les espions des romans de John Le Carré ou de Tom Clancy. Quelle Explication peut être trouvée pour cette faute énorme. Qui n’est pas la première erreur, si on prend en compte le 11 septembre? Le Renseignement américain semble être responsable de deux grands crises qui ont eu des répercussions internationales et qui ont déstabilisé la planète au cours des dernières années ».

Source: https://wikileaks.org/cable/2005/04/05PARIS2210.html

Lire l’article du Washington Post du 1er avril 2005: « Les doutes sur les armes ont été rejetés » : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A17211-2005Mar31.html

Lire le rapport intégral sur les armes de destruction massives en Irak, du 31 mars 2005 (pdf): http://www.washingtonpost.com/wp-srv/nation/nationalsecurity/wmd/wmd_report.pdf

Des données de géolocalisation dans un câble Wikileaks

Câble Wikileaks-géolocalisation

Un mystérieux câble Wikileaks n°08HAVANA791 (daté du 3 octobre 2008) rapporte les données de géolocalisation d’un individu depuis Cuba et à travers plusieurs villes des Etats-Unis. Sans qu’on puisse identifier de qui il s’agit — car cet individu, Evan Handy, n’est pas une personnalité connue et son nom n’est pas référencé sur Internet —, on peut néanmoins supposer que cette information revêt de l’importance aux yeux du gouvernement américain. Les diplomates indiquent dans ce câble l’itinéraire complet de cette personne, mais on ne sait pas pour autant comment ces diplomates ont obtenu ces données. En dehors du titre du document qui mentionne « DS Tracking/Localisateur », le câble ne donne pas de précision sur l’origine de ces informations: l’individu a-t-il été localisé grâce à des données des services secrets? ou bien est-il en relation avec le gouvernement américain et les diplomates en question? Ce câble est daté de l’année 2008, soit près de 5 ans avant les révélations d’Edward Snowden. Il semblerait donc que, bien avant le scandale de la NSA, les diplomates américains utilisaient déjà ce genre de procédés qui ont été révélés ces derniers mois par le lanceur d’alerte, à savoir la géolocalisation des individus à travers le monde et sur le territoire même des Etats-Unis.

Voir le câble sur le site Wikileaks: http://search.wikileaks.org/plusd/cables/08HAVANA791_a.html

Rechercher un câble: http://wikileaks.org/plusd/index.php

A lire sur le même sujet:

La NSA piste plusieurs centaines de millions de portables par jour (LeMonde.fr)

Les blogs, un enjeu de liberté d’expression au Vietnam

Câble n°09HANOI378 – 22 avril 2009 – Confidentiel – Ambassade de Hanoi

TAGS: PHUM PREL PGOV ECON VM
Sujet: Les blogs et la dissidence politique au Vietnam

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RÉSUMÉ: L’Internet continue de révolutionner la communication politique et la dissidence au Vietnam. Les blogs fournissent régulièrement une voie alternative aux journalistes de presse pour publier des informations dont ils savent qu’elle n’irait pas au-delà des censeurs de l’État ou de l’autocensure d’un journal. Le GVN [Gouvernement du Vietnam] estime qu’il y a plus de 300 000 blogueurs vietnamiens ; les données de Yahoo suggèrent que le nombre est beaucoup plus élevé. En contraste de la situation en Chine, de nombreux militants politiques bien connus et des journalistes de grande envergure possèdent des blogs sous leur propre nom ou sous des pseudonymes à peine voilés qui ne sont pas bloqués par la censure Internet. Les dissidents les plus virulents du Vietnam postent régulièrement avec véhémence des opinions anti-gouvernement et anti-communistes qui les exposeraient à une arrestation à peu près certaine si elles étaient exprimées à travers d’autres moyens plus conventionnels. Les sites Internet Anti-GVN [Anti-Gouvernement du Vietnam], hébergés aux États-Unis, en France et en Allemagne, servent de chambres de compensation pour ces posts, ce qui permet à la Communauté vietnamienne en exil de se joindre à des dissidents locaux dans la critique du gouvernement. Comme le montre la liste suivante des éminents critiques en ligne basés au Vietnam, même dans l’environnement médiatique strictement restreint de cet Etat à parti unique, la dissidence trouve des débouchés pour s’exprimer. FIN DU RÉSUMÉ.

Source: http://wikileaks.org/cable/2009/04/09HANOI378.html

Julian Assange, en 2010: « Nous avons affaire aux agences de renseignement »

Câbles secrets américains-WikileaksQuels sont les liens de l’organisation WikiLeaks avec les services secrets, et plus largement avec les gouvernements? Ceci est une des questions que toute personne pourrait se poser, sans être forcément un analyste politique ou un journaliste confirmé. Dans le passé, Julian Assange avait lui-même déclaré « avoir affaire aux agences de renseignement ». C’était dans une interview du 15 août 2010, publiée sur le site d’informations suédois The Local. La phrase complète de Julian Assange disait:

Nous avons affaire à des organisations qui n’obéissent pas à la loi. Nous avons affaire à des agences de renseignement. (Source: The Local)

Depuis, il est assez étrange de contaster que le fondateur de WikiLeaks n’a jamais vraiment éclairci ces propos, car jusqu’à présent on ne sait pas exactement ce qu’il voulait dire par « avoir affaire » à des services secrets. S’agissait-il de simples négociations en vue de la publication d’un certain type de documents secrets, publiés en accord avec des personnes travaillant au sein des services secrets? Est-ce que des agences de renseignement ont donné des documents à WikiLeaks (comme cela a d’ailleurs été le cas avec le FBI pour les Syria Files, via l’intermédiaire du hacker Sabu)? Ou s’agissait-il, au contraire, de négociations par rapport à l’installation de WikiLeaks en Suède, qui pouvait poser problème aux services de renseignement face à une possible pression politique venant des Etats-Unis? L’article n’est pas suffisamment précis à ce sujet, et c’est dommage de voir qu’aucun journaliste n’a pensé depuis toutes ces années à poser directement ces questions à Julian Assange:

Quels sont vos liens avec les services secrets? Est-ce que WikiLeaks travaille depuis le début avec les services secrets? Quel est le but réel des publications? Y a-t-il un agenda gouvernemental derrière les révélations de WikiLeaks, comme on a pu le voir avec les événements du Printemps Arabe qui ont coïncidé avec la publication des câbles diplomatiques américains?

La question de certains supporters – sur l’un des forums principaux qui publient des informations sur WikiLeaks – est totalement justifiée, quant aux Syria Files:

Pourquoi WikiLeaks, sachant que les emails des Syria Files avaient été recueillis par un groupe de hackers des Etats-Unis/FBI, a tout de même publié les documents avec le risque que ceux-ci auraient pu être une fuite sous contrôle du gouvernement US? (Source: Wikileaks Forum)

Ceci nous ramène à l’interview du 15 août 2010 en Suède, avec ces propos de Julian Assange: « Nous avons affaire à des agences de renseignement. » Il est tout à fait possible que Julian Assange ait voulu dans ces propos faire allusion à des hackers qui, comme dans le cas des Syria Files, ont transmis des documents à WikiLeaks, tout en le faisant pour le compte d’un gouvernement. On ne saura sans doute jamais à quel niveau l’organisation WikiLeaks a établi des liens avec des services secrets ou avec des gouvernements. Ce qui est sûr, c’est que les représentants politiques font très peu de déclarations au sujet de WikiLeaks – et c’est donc d’autant plus difficile de savoir si les gouvernements se sentent réellemment menacés par cette organisation, ou bien s’ils l’utilisent plutôt comme un outil pouvant mener à des réformes et à des changements politiques.

Articles consultés:

« WikiLeaks va demander une licence suédoise » (TheLocal, 15 août 2010)

« Le chat entre Siggi et Sabu, et comment WikiLeaks a obtenu les Syria Files, et son implication avec Sabu » (Wikileaks Forum)