Comment les nuggets de poulet sont devenus le véritable symbole de notre époque

C’est ce qui arrive lorsque vous transformez le monde naturel en une machine à faire du profit.

The Guardian, 8 mai 2018, Par Raj Patel et Jason W Moore

Le symbole le plus parlant de l’ère moderne n’est ni l’automobile ni le smartphone. C’est le nugget de poulet. Le poulet est déjà la viande la plus populaire aux États-Unis et devrait devenir la viande préférée sur la planète d’ici 2020. Les civilisations futures trouveront des traces de l’humanité et des 50 milliards d’oiseaux par an dans les fossiles, un marqueur de ce que nous appelons maintenant l’anthropocène. Et pourtant, le changement radical de notre consommation repose, non pas sur l’activité humaine en général, mais sur le capitalisme. Bien que nous ayons appris à le comprendre en tant que système économique, le capitalisme n’organise pas seulement les hiérarchies du travail humain. Le capitalisme est ce qui se produit lorsque le pouvoir et l’argent se combinent pour transformer le monde naturel en une machine à faire du profit. En effet, notre vision de la nature doit beaucoup au capitalisme.

Chaque civilisation a rendu son interprétation de la différence entre «nous» et «eux», mais ce n’est que sous le capitalisme qu’il existe une frontière entre la «société» et la «nature» – une frontière violente et étroitement surveillée, profondément enracinée dans le colonialisme.

Prenant forme à l’ère de Christophe Colomb, le capitalisme a créé une opposition binaire particulière. La «nature» est devenue l’antonyme de la «société» dans l’esprit des philosophes, dans la politique des empires européens et dans les calculs des centres financiers mondiaux. La «nature» était un lieu de profit, une vaste frontière de cadeaux gratuits en attente d’être acceptés par les conquérants et les capitalistes.

C’était une vision dangereuse de la nature pour toutes sortes de raisons, notamment parce qu’elle dégradait simultanément les vies humaines et animales de toutes sortes. Ce que nous appelons la «nature bon marché» englobait non seulement les forêts, les champs et les ruisseaux, mais également la grande majorité de l’humanité. Au cours des siècles entre Colomb et la révolution industrielle, des Africains, des Asiatiques, des peuples autochtones et pratiquement toutes les femmes, esclaves et soumis à la servitude, sont devenus partie intégrante de la «nature» – et ont donc été traités à moindre coût. Lorsque les humains peuvent être traités avec si peu de soin, il n’est pas surprenant que des animaux le soient encore moins face au capitalisme, en particulier ceux que nous finissons par acheter pour les manger.

Les animaux ont été au centre de cinq siècles de transformation alimentaire, qui s’est fortement accélérée après la seconde guerre mondiale. La création du monde moderne dépendait du mouvement du bétail, des moutons, des chevaux, des porcs et des poulets vers le nouveau monde, renforçant ainsi la progression meurtrière des microbes, des soldats et des banquiers après 1492. «L’empreinte écologique du capitalisme», expression utilisée par le spécialiste de l’alimentation Tony Weis, est devenue radicalement mondialisée depuis. Selon Weis, dans le demi-siècle qui a suivi 1961, la consommation de viande et d’œufs par habitant a doublé et le nombre d’animaux abattus a été multiplié par huit, passant de huit à 64 milliards.

Lire la suite: https://www.theguardian.com/news/2018/may/08/how-the-chicken-nugget-became-the-true-symbol-of-our-era

illustration: wikimedia

Le développement durable est un échec, mais il existe des alternatives au capitalisme

Partout dans le monde, les mouvements de justice environnementale mettent en difficulté le développement axé sur la croissance et le capitalisme néolibéral

capitalism isn't working

The Guardian, par Ashish Kothari, Federico Demaria et Alberto Acosta, le 21 juillet 2015

Face à l’aggravation des crises écologiques et économiques et à la misère sociale continuelle, les deux dernières décennies ont vu deux grandes tendances se dégager parmi celles qui cherchent la durabilité, l’égalité et la justice.

Il y a d’abord l’économie verte et les approches de développement durable qui dominent le prochain sommet sur le climat à Paris et les objectifs de développement durable (ODD) post-2015. À ce jour, ces mesures ont échoué à fournir une harmonisation de la croissance économique, du bien-être social et de la protection de l’environnement.

Les paradigmes de l’écologie politique, d’un autre côté, demandent des changements plus fondamentaux, en contestant la prédominance du développement axé sur la croissance et fondé sur les combustibles fossiles, le capitalisme néolibéral et les formes apparentées de ce qu’on appelle la démocratie représentative.

Cette quête sans fin pour la croissance verra l’autodestruction de la Grèce. (Jennifer Hinton à Athènes)

Les fausses réponses de l’économie verte

Si on regarde la politique environnementale internationale des quatre dernières décennies, le radicalisme initial des années 1970 a disparu.

Le document final du sommet 2012 de la Conférence Rio+20, L’avenir que nous voulons [UN.org], n’a pas réussi à identifier les racines historiques et structurelles de la pauvreté, de la faim, de la non-durabilité et de l’inégalité. Celles-ci comprennent: la centralisation du pouvoir de l’État, les monopoles capitalistes, le colonialisme, le racisme et le patriarcat. Sans diagnostic pour savoir qui ou quoi en est responsable, il est inévitable que les solutions proposées ne seront pas assez transformatrices.

Lire la suite: http://www.theguardian.com/sustainable-business/2015/jul/21/capitalism-alternatives-sustainable-development-failing

Reportage SideWays: Comment vivre et travailler sans argent

SideWays #1 – Strictly Moneyless, elf Pavlik

Voir les autres épisodes de la série: https://www.youtube.com/user/SideWaysWebserie/videos

La propagande occidentale à travers les yeux de la Corée du Nord – Interview avec Slavko Martinov sur Russia Today

Interview de Slavko Martinov

Abby Martin parle au cinéaste Slavko Martinov, auteur du film «Propagande», un documentaire réalisé à partir de la perspective de la Corée du Nord, qui sert de critique contre la structure hyper-capitaliste, la manipulation politique, et le consumérisme qui caractérise le monde occidental. (youtube)

Voir le documentaire « Propaganda »:

Le réalisateur néo-zélandais Slavko Martinov fournit un réquisitoire accablant de la culture occidentale, du consumérisme, et du militarisme. Afin d’attirer l’attention du monde entier, il a d’abord été présenté comme la fuite d’un film nord-coréen de propagande. Après que certains de ses associés ont eu des ennuis avec la loi, il est sorti blanchi. (youtube)

« WikiLeaks et Cantona servent-ils à quelque chose ? » Interview avec Michel Collon, Investig’Action (2010)


Pourquoi ces fuites ? Un complot contre les USA? 

Moi aussi je me pose beaucoup de questions. Mais le plus important, c’est de  comprendre. A mon avis, c’est mon interprétation, qu’en fait, la classe dirigeante des Etats-Unis est totalement divisée. Economiquement, c’est un pays, une économie complètement affaiblie. Ils sont incapables de gagner la guerre en Irak, en Afghanistan, ou en Palestine, au Liban, avec Israël. Et ce qui arrive maintenant, c’est que cette classe dirigeante est complètement divisée. « Faut-il continuer la guerre, faut-il chercher une porte de sortie ? » Et comme ils se divisent entre eux, il y a des fuites qui sortent. On sait que ça vient des Etats-Unis, ces fuites. On sait aussi que les infos sont basées sur des mémos des diplomates US. Donc, pas étonnant, c’est pas des révolutionnaires. On sait d’où viennent les fuites. Et moi je ferais un parallèle avec ce qui s’est passé durant la guerre du Vietnam. Pour les plus jeunes, les Etats-Unis qui étaient alors au sommet de leur puissance ont attaqué le Vietnam avec une guerre vraiment féroce, cruelle. Les vietnamiens ont résisté de façon héroïque. Il y a eu un mouvement de solidarité dans le monde entier. Il y avait des manifs partout, quand j’étais jeune. Et à un moment donné, une grande partie de la bourgeoisie des Etats-Unis  s’est dit « Cette guerre, on peut pas la gagner ». Ils ont pas dit « c’est immoral de faire la guerre et d’attaquer un pays ». Ils ont juste dit « On va perdre ». Et à partir de ce moment-là, ils se divisent et comme ils veulent mettre fin à la guerre, il y a des fuites qui sortent. Ca prouve juste une chose : les Etats-Unis sont affaiblis et ça doit encourager les gens à aller plus loin et à se battre contre cette guerre. 

Les informations de WikiLeaks sont-elles des scoops ? 

Je pense que… Il faut bien voir de toutes façons qu’il y a aux Etats-Unis, dans leurs documents, plusieurs niveaux de secret. Et là, on n’a que le premier niveau, le plus bas. Il semble que énormément de gens aux Etats-Unis étaient au courant de ces informations, de ces mémos diplomatiques, et que des gens honnêtes et dégoûtés les ont divulgués. Donc effectivement, le plus important, je pense, pour les progressistes, c’est d’aller plus loin, et à partir de là, à partir du fait qu’énormément de gens dans le monde se posent des questions sur les mensonges des Etats-Unis, il faut aller plus loin et dire « mais c’est quoi les stratégies des Etats-Unis, leurs vrais mobiles, leurs vrais objectifs, dans toutes ces guerres qu’ils déclenchent » Et là, on a publié ces interviews de Mohamed Hassan qui explique effectivement quels sont les vrais objectifs des Etats-Unis, des Européens, quand ils attaquent un pays au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde. 

Quels sont les objectifs de guerre des USA ? 

Si on prend l’exemple de l’Iran, il y a une énorme hypocrisie des Etats-Unis, bien sûr, les politiciens mentent, mais tout le monde le sait, mais aussi des médias qui recopient ce que les politiciens nous disent sur les Etats-Unis, à savoir que : « oui, il faut attaquer l’Iran parce que c’est une menace ». En réalité, les Etats-Unis et l’Europe ont toujours attaqué tout pays arabo-musulman, tout pays du Moyen-Orient, pour contrôler le pétrole, pour empêcher qu’ils soient indépendants et autonomes. Il faut qu’ils restent dépendants, il faut que le pétrole continue à profiter aux Etats-Unis et aux Européens. Et Israël, comme on l’a expliqué dans le bouquin «Israël, parlons-en», est le flic du Moyen-Orient, le flic du pétrole. Ca, c’est les vraies questions que les médias devraient poser à partir de cette soi-disant nécessité d’attaquer l’Iran. Evidemment que les dirigeants arabes sont d’accord avec les Etats-Unis pour attaquer l’Iran. La plupart d’entre eux sont des marionnettes des Etats-Unis, et ce qui est important, c’est que la rue arabe, elle, elle dit le contraire. Si vous interrogez dans le monde musulman, la majorité des gens disent : « Les Etats-Unis, c’est la menace. Israël, c’est la menace.  D’ailleurs, il agresse tous ses voisins, il agresse Gaza, il agresse même les humanitaires. L’Iran, c’est normal qu’il essaie de se défendre préventivement contre Israël. » Si les médias posaient les bonnes questions, le débat serait déjà beaucoup plus avancé. 

Que pensez-vous des informations diffusées par WikiLeaks? 

Le problème, c’est pas les infos qui sont données, je rappelle, ce sont des diplomates US qui parlent, ils défendent un point de vue évidemment, et ce sont des choses que nous disions depuis des années. Mais le problème, c’est la manière dont les médias traitent ces infos, et en fait, les filtrent. On nous parle que des choses archi-secondaires. Or dans les révélations WikiLeaks, il y a des choses intéressantes. Par exemple, les Etats-Unis disaient toujours que le coup d’Etat militaire au Honduras, c’était pas un coup d’Etat, que c’était une bataille entre deux camps, et voilà. Et l’ambassadeur lui-même dit « c’est un coup d’Etat ». Donc on prouve qu’ils ont menti. Ou bien, il y a ce caméraman espagnol qui a été assassiné en Irak, parce qu’il montrait des choses que les Etats-Unis ne voulaient pas, et là, on apprend officiellement que les Etats-Unis ont tout fait pour saboter l’enquête. Et des bonnes révélations, il y en a plein. Donc la question que les gens doivent se poser, c’est « Pourquoi les médias ne nous ont pas dit ça avant ? Est-ce que les médias ne font pas d’investigation ? » Ben non, il ne font pas d’investigation. Les grands médias, les médias dominants à la télé, ne nous disent que les choses qui arrangent leurs gouvernements. Et donc, la 2ème question, c’est : Où alors, on doit aller chercher l’info ? 

Et l’affaire Cantona, alors ? 

Ce qui m’a frappé, c’est que tous les grands économistes, ministres, banquiers, ont dit : « Cantona est stupide, c’est un footballeur, il ne comprend rien à l’économie et aux banques ». Ca veut dire « les simples gens ne doivent pas essayer de comprendre ce qu’il y a là en dessous ». Je pense qu’en fait, c’est parce qu’il y a beaucoup à cacher. Et à mon avis, Cantona a très bien compris où était le problème, la plupart des gens dans la rue aussi. Et le problème, il est simple : les banques nous escroquent. J’ai lu ces dernières semaines deux informations très intéressantes. La première : cette année-ci, aux Etats-Unis, donc en 2010, 1,2 millions de familles américaines en plus vont perdre leur maison à cause de la crise bancaire sur la spéculation américaine immobilière faite par les banques. 1,2 millions de gens à la rue à cause des banques. Et l’info suivante, la semaine passée : « Les banques américaines, en cette fin d’année, vont distribuer 144 milliards de dollars en bonus et autres primes à leurs dirigeants, à leurs traders », donc à toutes les crapules qui ont fait cette spéculation sur les pauvres gens qui perdent leurs maisons. Et eux, les banques, qui ont été sauvées grâce à l’argent de l’Etat, c’est-à-dire à l’argent des contribuables, ils vont distribuer 144 milliards de dollars en primes pour que leurs dirigeants et leurs traders continuent les mêmes spéculations et les mêmes escroqueries. Donc, Cantona et les gens dans la rue peuvent très très bien comprendre que c’est pourri, ce système, qu’il faut faire quelque chose, et je pense que c’est très positif. Les gens doivent absolument se mêler de cette chose-là, de ce problème-là. 

Mais ça a fait un flop ? 

L’important, c’est pas là. Oui, c’est pas la solution, c’est pas le remède miracle. L’important, c’est qu’énormément de gens se sont posés des questions sur les banques, et il faut faire quelque chose. A partir de là, il faut aller plus loin. Je pense qu’il faut analyser en profondeur, étudier, et c’est pas si compliqué. Nous, on fait des articles, on fait des livres, on explique ce genre de choses. Simplement, pour monsieur et madame tout le monde, il faut comprendre comment c’est possible que dans ce système capitaliste et bancaire, il y a une poignée de gens qui s’enrichissent énormément, et les autres, ça va toujours de plus en plus mal, et à partir de là aussi, réfléchir qu’il y a des alternatives, qu’évidemment on nous les cache, et que, en fait, il faut qu’un débat citoyen s’engage sur ces questions-là.

Source: http://www.michelcollon.info/Wikileaks-et-Cantona-servent-ils-a.html

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