Les Panama Papers ont eu des effets historiques à l’échelle mondiale – et les répercussions continuent

ICIJ, Will Fitzgibbon et Emilia Díaz-Struck, 01/12/2016

L’enquête a produit des mouvements réglementaires à un rythme presque quotidien, des histoires et des appels supplémentaires lancés par des politiciens et des militants pour plus d’action afin de combattre le secret financier à l’étranger

  • Au moins 150 enquêtes, audits ou études sur les révélations des Panama Papers ont été annoncées dans 79 pays à travers le monde
  • Environ 135 milliards de dollars ont été effacés de la valeur de près de 400 entreprises après les Panama Papers
  • Les gouvernements enquêtent sur plus de 6 500 contribuables et entreprises, et ont récupéré au moins 110 millions de dollars jusqu’à présent en impôts impayés ou saisies d’actifs
  • Neuf bureaux de Mossack Fonseca ont fermé leurs portes à travers le monde, et le cabinet d’avocats a été condamné à une amende de près d’un demi-million de dollars

Lire la suite: https://panamapapers.icij.org/20161201-global-impact.html

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L’Islande va condamner le 9ème banquier reconnu coupable de manipulation du marché qui a contribué à causer le crash de 2008

L’Islande a différé du reste de l’Europe et des États-Unis en permettant que des banquiers soient poursuivis comme des criminels

Independent, par Alexandra Sims, 07/10/2016

Islande a considéré neuf banquiers coupables de crimes liés à la crise économique en 2008.

La Cour suprême à Reykjavik a rendu des verdicts de culpabilité pour tous les neuf accusés dans l’affaire de manipulation du marché de Kaupthing Bank, l’une des plus grosses affaires de ce genre dans l’histoire de l’Islande.

Kaupthing était une grande banque internationale basée à Reykjavik. Pendant des années, celle-ci a observé des plans d’expansion à l’étranger, mais s’est effondré en 2008 sous des dettes énormes.

Elle a été reprise par le gouvernement en 2008 et les opérations nationales ont été fondues dans une nouvelle banque, qui porte maintenant le nom d’Arion Banki.

Le procès au tribunal de l’affaire a commencé en avril 2015 et, en juin de l’année dernière, le Conseil du district de Reykjavik a reconnu coupables sept des neuf accusés, en acquittant deux.

Mais la Cour suprême a annulé les acquittements jeudi, trouvant que l’ancien représentant du service de crédit de la banque, Björk Þórarinsdóttir, et l’ancien PDG de Kaupthing Luxembourg, Magnús Guðmundsson, sont également coupables, rapporte Iceland Monitor.

Les six accusés qui ont été condamnés à des peines de prison en 2015, y compris un des anciens directeurs de la banque, son ancien gestionnaire de crédit, le directeur du conseil d’administration, le directeur des opérations pour compte propre et deux anciens cadres des opérations exclusives.

Leurs peines varient d’une année à plus de quatre ans pour des crimes liés au financement trompeux d’achats d’actions – la banque a prêté de l’argent pour l’achat des actions et a utilisé ses propres actions comme garantie pour les prêts. Ils sont également reconnus coupables d’avoir créé une demande trompeuse pour les actions Kaupthing.

Lire la suite: http://www.independent.co.uk/news/world/europe/iceland-to-sentence-ninth-banker-found-guilty-of-market-manipulation-that-helped-cause-2008-a7349711.html

Un témoin clé de la Fondation Clinton a accepté de témoigner dans une cour de justice contre Hillary Clinton

Explore the world via The Sean Hannity Show, 18 août 2016

L’auteur américain Ed Klein a révélé qu’un témoin clé de la Fondation Clinton a accepté de témoigner devant un tribunal de justice contre Hillary Clinton, alors que l’enquête du « pay-to-play » continue de monter son affaire contre elle. S’exprimant sur The Sean Hannity Show, Klein a déclaré qu’Hillary Clinton est sur le point de faire face à certaines de ses questions juridiques les plus difficiles à ce jour.

Les rapports sur les ennuis judiciaires de la fondation ont commencé la semaine dernière, quand The Daily Caller a communiqué qu’une enquête conjointe du FBI et du procureur américain concernant la Fondation Clinton était actuellement en cours. L’accusation est appuyée par un certain nombre de courriels récemment publiés par Judicial Watch, qui suggèrent que la Fondation Clinton s’est engagée dans « pay-to-play » quand Hillary Clinton était secrétaire d’État.

« Nous sommes loin de voir Hillary Clinton glisser à la Maison Blanche, sans avoir de sérieux et réels problèmes juridiques avant cette élection », a déclaré Klein à Hannity.

Lors de son interview, Klein, auteur du livre à paraître Guilty As Sin, a laissé tomber un certain nombre de bombes:

– Klein a confirmé que l’enquête en cours est menée par Preet Bharara, procureur américain du district sud de New York. Bien qu’il ait été nommé par Barack Obama, Bharara est connu comme avocat à la réputation impitoyable et il a les faits pour le prouver. Bharara a poursuivi avec succès des dizaines de cadres de Wall Street et des politiciens puissants, y compris l’ex-président de l’Assemblée démocrate de New-York, Sheldon Silver, qui a été envoyé en prison pour 12 ans sur des accusations de corruption fédérale.

Lire la suite: http://iwanttoexplore.com/2016/08/19/key-clinton-foundation-witness-agreed-testify-court-law-hillary-clinton/ et http://www.hannity.com/articles/election-493995/bombshell-clinton-foundation-witnesses-coming-forward-15023820/

Les donateurs ultra-riches de la campagne d’Hillary Clinton impliqués dans les Panama Papers: « Les Clinton les connaissent depuis des dizaines d’années »

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Inquisitr, Mohit Priyadarshi, 24/04/2016

Hillary Clinton a un nouveau problème qui fait obstacle à sa vue du bureau oval.

Quand on a demandé la première fois à Clinton de commenter les révélations des Panama Papers, la candidate démocrate à la présidentielle n’a pas tardé à dénoncer ceux qui sont nommés dans les documents divulgués, décrivant les révélations comme « des évasions et des paradis fiscaux scandaleux que les gens super-riches à travers le monde exploitent ».

« Nous poursuivons toutes ces escroqueries et nous nous assurons que tout le monde paie sa juste part, ici, en Amérique », avait déclaré Hillary Clinton. « Je vais leur demander des comptes, et nous allons faire un effort particulier pour suivre toutes ces ressources là où elles pourraient conduire ».

Mais selon un nouveau rapport de McClatchy, l’un des organes journalistiques ayant accès aux Panama Papers, de nombreux donateurs de la campagne d’Hillary Clinton et de proches collaborateurs ont utilisé le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca pour leur comptabilité à l’étranger.

Cet article nomme certains de ces riches donateurs qui ont eu des relations étroites avec la famille Clinton sur la période des quatre dernières décennies.

Frank Giustra

Frank Giustra est un dirigeant d’entreprise minière canadien dont la société offshore a été nommée dans les Panama Papers et qui est actuellement l’un des membres du conseil d’administration de la Fondation Clinton. Il y a onze ans, Giustra est devenu un donateur important pour la Fondation Clinton, plus tard mettant en place le chapitre du Grand Nord Blanc de la fondation, selon RT.

En 2005, Bill Clinton, Frank Giustra, et le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, ont signé un contrat trouble qui, selon les mots du New York Times, « ont stupéfié l’industrie minière, en transformant une société coquille inconnue en l’un des plus importants producteurs d’uranium au monde dans une transaction en fin de compte valant des dizaines de millions de dollars à M. Giustra ».

Deux ans plus tard, Giustra a entamé le Clinton Giustra Enterprise Partnership (CGEP), et tous ses donateurs ont été gardés secrets malgré qu’Hillary Clinton et Barack Obama ont signé un « protocole d’accord » pour divulguer ses donateurs chaque année quand elle a été nommée secrétaire d’État.

La relation de Frank Giustra avec les Clinton a été, en outre, mise en évidence en 2010, lorsque Hillary Clinton, secrétaire d’Etat, a approuvé la fusion de la compagnie de Giustra avec Rosatom, l’organisme de réglementation de la Russie de son complexe nucléaire.

La famille Chagoury

La famille Chagoury, de proches collaborateurs des Clinton pour plus d’une décennie, a versé des millions de dollars dans les carrières politiques du couple. La famille est également soupçonnée d’avoir fait entre 1 million et 5 millions de dollars de dons à la Fondation Clinton. La société offshore de la famille est mentionnée dans les documents divulgués.

Développeur international basé au Nigeria, la famille Chagoury est connue pour être associée avec le dictateur Sani Abacha.

Gilbert Chagoury, que vous pouvez voir en photo avec Bill Clinton ci-dessous, a permis à Abacha de voler des milliards de dollars et de remplir ses propres poches dans le processus, selon Nuhu Ribadu, un agent nigérian du ministère qui a suivi de près les affaires de la famille Chagoury dans le passé.

Ng Lap Seng

Ng Lap Seng, un milliardaire chinois dont les deux sociétés ont été nommées dans les Panama Papers, a été un proche collaborateur des Clinton depuis les années 1990. Selon Philly.com, Lap Seng était au centre d’un scandale de collecte de fonds démocrates quand il a utilisé des méthodes illégales pour financer le Comité national démocrate pour que les Clinton l’utilisent pour leurs campagnes dans les années 1990.

En 2015, il a été arrêté pour avoir amené 4,5 millions $ aux Etats-Unis sur deux ans.

Marc Rich

Le regretté Marc Rich, qui a fait face à 65 accusations criminelles au cours de sa vie, est connu pour avoir fait don de plus d’un million de dollars à la bibliothèque présidentielle Clinton, au Parti Démocrate, et à la campagne sénatoriale d’Hillary. Après avoir fait sa fortune dans « la Libye de Mouammar Kadhafi, en Afrique du Sud à l’ère de l’apartheid, sous la Roumanie de Nicolae Ceausescu, le Cuba de Fidel Castro et le Chili d’Augusto Pinochet », selon Reuters, il a fui les Etats-Unis en 1983, mais a continué à avoir des liens étroits avec les Clinton pour la plus grande partie des trois dernières décennies.

Fait intéressant, Rich a été gracié le dernier jour de Bill Clinton à son bureau en 2001.

Sandy Weill

Peut-être le visage le plus reconnaissable dans la liste, Sandy Weill, le créateur de Citigroup et « l’homme derrière l’homme » qui a abrogé le Glass-Steagall [Act] en 1999, a ouvert la voie à la crise financière mondiale de 2008.

Il a contribué à faire signer l’acte à Bill Clinton. Selon la journaliste de WSJ, Monica Langley, Weill aurait déclaré à ses associés qu’il « vient de faire du président des États-Unis un initié » après avoir raccroché un appel avec Bill Clinton dans lequel il avait organisé une fusion entre Travelers Insurance et Citibank.

Sandy Weill continue d’être un proche collaborateur des Clinton.

Outre les personnes mentionnées dans cette liste, plusieurs sources confirment qu’Hillary Clinton et d’autres associés de Bill Clinton ont également été nommés dans les Panama Papers ou ont été connus pour avoir utilisé des sièges de cabinets d’avocats comme Mossack Fonseca pour créer des entités offshore. Selon McClatchy, Jean-Raymond Boulle, Gabrielle Fialkoff, Vinod Gupta, Sant Chatwal, et le législateur indien Amar Singh, qui « a été arrêté sous la loi de prévention de la corruption pour avoir corrompu trois membres du Parlement lors d’un vote crucial en 2008 », ont tous été de proches collaborateurs des Clinton pendant le dernier nombre d’années.

Bien qu’il soit difficile d’établir quoi que ce soit comme directement illégal sur les relations que ces magnats des affaires ont avec les Clinton en attendant une enquête plus approfondie, le grand nombre de connexions qu’Hillary et Bill Clinton ont avec ceux qui sont nommés dans les Panama Papers sera une cause de consternation au sein du camp Clinton. En outre, le fait que les Américains sont maintenant plus conscients que jamais du lien entre l’argent frauduleux et le pouvoir politique frauduleuse pourrait être un aspect extrêmement troublant pour Hillary Clinton, dont la campagne actuelle semble dépendre du financement de ces sources.

Bien qu’Hillary ait jusqu’à présent réussi à échapper à un examen public approfondi sur ses relations avec ces escrocs d’affaires, le financement de sa campagne présidentielle a été fait sur le dos de ces relations, et il serait impossible pour elle d’éviter un examen plus approfondi, même si elle parvenait à réussir son tir sur le bureau oval en janvier prochain.

Pour Hillary Clinton, la route à venir n’en deviendra que plus difficile.

Lire l’intégralité de l’article: http://www.inquisitr.com/3020673/hillary-clinton-campaigns-ultra-rich-donors-implicated-in-panama-papers-the-clintons-have-known-them-for-decades-report/

Un documentaire projeté à Cannes révèle comment les Clinton ont gagné leur argent

Peter Schweizer, auteur du documentaire « Clinton Cash » parle de l’adaptation de son livre en film dans l’émission Fox & Friends.

Lire l’article en français à ce sujet: http://fr.euronews.com/2016/05/19/clinton-cash-documentaire-a-charge-contre-hillary-clinton/

« La carte des compagnies et des clients du #PanamaPapers: plus de 3000 aux Etats-Unis, plus de 9000 au Royaume-Uni » (WikiLeaks)

Voir la carte complète: https://briankilmartin.cartodb.com/viz/54ddb5c0-f80e-11e5-9a9c-0e5db1731f59/embed_map

Lien du tweet de WikiLeaks: https://twitter.com/wikileaks/status/716941059935375360

WikiLeaks: La nouvelle guerre sale pour l’uranium et les minerais d’Afrique

carteareva-ffb52Ce vendredi 5 février à 08h30, WikiLeaks publie une collection de documents révélant une guerre indigne pesant des milliards de dollars menée par des entreprises occidentales et chinoises pour s’emparer des droits d’exploitation minière -uranium et autres- en République centrafricaine, en évitant de payer pour les conséquences environementales. Parmi les centaines de pages de cette publication figurent les cartes détaillées des exploitations minières, ainsi que des contrats miniers avec commissions illégales et les rapports secrets d’enquête. Ces documents sont convoités par les enquêteurs sur ces fraudes. En décembre 2015, une enquête judiciaire a démarré contre Areva, soupçonnée de corruption liée à l’achat pour 1.8 milliard d’Euros en 2007 de trois mines d’uranium.

Lire la suite du communiqué: https://wikileaks.org/car-mining/index.fr.html

Areva et le scandale Uramin: https://wikileaks.org/car-mining/index.fr.html#areva

Wikileaks accuse le groupe français Areva de graves négligences en Centrafrique (RT): https://francais.rt.com/france/15220-wikileaks-accuse-areva-negligences

La défense dans une affaire de fraude convoque Julian Assange en tant que témoin

Sigurdur Ingi Thordarson avec Julian Assange

Le Procureur soutient que demander à Assange de comparaître à Reykjavík est irréaliste

Haukur Már Helgason, 7 novembre 2014

L’avocat de la défense de Sigurdur Ingi Thordarson, Vilhjálmur H. Vilhjálmsson, a exigé que le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, se présente devant le tribunal de district de Reykjavík en tant que témoin dans une affaire en cours contre Sigurdur. Cela a été rapporté par DV. Sigurdur Ingi Thordarson a été familièrement connu sous le nom de Siggi Hakkari, ou Siggi le hacker. L’année dernière, il s’est démasqué comme informateur du FBI au sein de Wikileaks. Dans le procès à venir, Sigurdur est accusé de fraude financière, entre autres choses. Selon l’une des accusations, Sigurdur aurait obtenu un montant de plus de € 40 000 en trompant le propriétaire d’une boutique en ligne vendant des marchandises liées à Wikileaks.

Vilhjálmur, l’avocat du Sigurdur, affirme qu’Assange est un témoin-clé dans l’affaire. Interviewé par DV, il a déclaré: « Julian était pour ainsi dire le patron de l’accusé et il lui a permis d’exécuter ce pour quoi il est maintenant poursuivi d’avoir fait sans autorisation. »

Lire la suite: http://grapevine.is/news/2014/11/07/fraud-case-defense-calls-julian-assange-as-witness/

Vous voulez aider l’Ukraine? Arrêtez d’accepter son argent volé

640px-Euromaidan_in_Kiev_2014-02-19_12-20Révolution en Ukraine (source: Wikimedia)

Foreign Policy, Oliver Bullough, 9 septembre 2014

Les nouveaux dirigeants de l’Ukraine espèrent nettoyer un pays qui est parmi l’un des plus corrompus dans le monde. Mais ils n’ont aucune chance si les banques occidentales continuent d’accepter l’argent volé de l’Ukraine.

Note: Cet article est une version abrégée d’un rapport détaillé publié par l’Institut Legatum et l’Institut de la Russie moderne, intitulé « Pillage de l’Ukraine: Comment l’Est et l’Ouest se sont associés pour voler un pays. »

Les journaux donnent pleins de détails sur comment la Russie sape l’Ukraine, comment le pays veut mettre son ex-colonie à genoux, de la faire plier à la volonté de Vladimir Poutine. Mais ils ne disent qu’une partie de l’histoire: l’Ukraine était déjà à genoux avant que la guerre dans l’est de l’Ukraine n’ait commencé, et c’est autant la faute des pays démocratiques de l’Occident que celle de Poutine. La Grande-Bretagne, l’Autriche, la Suisse, et le Delaware, ainsi que les « endroits ensoleillés pour des personnes cachées à l’ombre » que nous considérons comme des paradis fiscaux, ont permis aux dirigeants corrompus de l’Ukraine d’exporter de l’argent détourné et de jouir des droits de propriété occidentaux pendant des années. Les fonctionnaires ont tellement mis d’argent dans leur poche que le pays était sur le point de s’effondrer avant même que Poutine n’annexe la Crimée.

Lire la suite: http://www.foreignpolicy.com/articles/2014/09/09/want_to_help_ukraine_stop_accepting_its_stolen_cash

« Protégeons mieux les lanceurs d’alerte », quels que soient leur pays et la nature de leur combat

LE MONDE | 24.07.2013 à 20h34

Par William Bourdon (Avocat et président de Sherpa)

585px-Nasa_blue_marbleEn ce début du XXIè siècle se dressent, de véritables héros modernes, des hommes qui, bravant parfois tous les risques, semblent vouloir privilégier l’intérêt général à l’exclusion de tout intérêt personnel. Ils sont les nouveaux grands désobéissants de notre époque, ceux dont la capacité d’insurrection prolonge les fulgurances courageuses de Martin Luther King, Gandhi, pour l’émancipation de la minorité noire aux Etats-Unis et du peuple indien face à la tutelle coloniale. D’autres émancipations se mettent en mouvement aujourd’hui.

Bien sûr, il existe des nuances dans les parcours de ces hommes mais un trait d’union les regroupe dans une même confrérie, celle des grands lanceurs d’alerte qui privilégient la défense de l’intérêt supérieur à celui qui semble devoir résulter du seul respect de la loi. Des hyper-citoyens.

Tel est le destin de Paul Watson, qui fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux, après avoir lancé une campagne efficace pour défendre les cétacés de l’armada militarisée des baleiniers japonais.

Tel est le destin de l’informaticien Hervé Falciani qui, écoeuré par les méthodes que la banque HSBC Genève, son employeur, a décidé de voler et de transmettre à la justice française des fichiers cryptés. Des milliers d’évadés fiscaux ont ainsi été identifiés et ces fichiers ont permis de rapporter à la France plus de 1 milliard d’euros. Une goutte d’eau si l’on peut dire en regard du potentiel qui résultera peut-être un jour de l’exploitation complète de ces fichiers qui, une fois imprimés, d’après le procureur Eric de Montgolfier, « rempliraient un train de marchandises ».

Et, plus récemment, Edward Snowden, désormais lancé dans une cavale éternelle, après avoir révélé le scandale d’espionnage Prism, a remis au centre du débat public mondial une gigantesque menace, celle d’une récolte effrayante, sournoise et insidieuse de nos données personnelles par les prouesses technologiques de l’Etat américain.

L’un défend la biodiversité. L’autre, l’idée de faire de la finance un allié de l’économie réelle et du bien-être des citoyens plutôt qu’un gigantesque gruyère de trous noirs. Enfin, le troisième défend l’un des droits de l’homme consacrés au XXè siècle, la protection de la vie privée. A cette liste s’ajoute également le soldat Bradley Manning, menacé d’une peine à perpétuité, maltraité dans les prisons américaines où il se trouve, pour avoir fourni des centaines de milliers de documents confidentiels au site WikiLeaks, qui levèrent le voile, entre autres, sur les exactions commises par l’armée américaine en Irak.

Derrière eux, un cortège d’anonymes est en train de naître partout dans le monde. Ce sont eux qui ébranlent les « kleptocrates » et secouent les illégalismes privés ou publics. Ils sont tous les acteurs, pour reprendre l’expression de Vaclav Havel, d’une « révolution existentielle ».

La France doit être à l’avant-garde de la protection des lanceurs d’alerte. Dans le champ tant public que privé. Le Parlement a retiré de la loi sur la transparence l’article qui les protégeait. Il serait indécent que leur protection ne figure pas dans le marbre de la loi, première étape d’une loi européenne qui devra s’imposer.

LE SPECTRE DE VICHY

On agite déjà le spectre de Vichy pour disqualifier ceux qui, par leur action, sont redoutablement plus efficaces que tous les échanges d’informations fiscales et bancaires dont on se glorifie aujourd’hui hâtivement. En effet, on sait qu’une partie du système bancaire a déjà un coup d’avance en externalisant certains comptes, en en opacifiant d’autres. Il pourra de bonne foi affirmer vouloir coopérer efficacement et, de mauvaise foi, laisser dans les tiroirs sans fond que permet l’informatique les informations les plus décisives.

Alors, bien sûr, face au dégoût et à la répugnance que peut inspirer la dénonciation anonyme quand elle est chargée de venin, il faut des dispositifs. C’est ce que la loi française doit prévoir ; c’est-à-dire, d’une part, une institution qui puisse filtrer au tamis la qualité des informations révélées et, d’autre part, une loi qui réprime durement les lanceurs d’alerte qui, emplis de mauvaise foi, se draperont dans l’intérêt général pour mieux frapper les intérêts privés. Cela demande imagination et adresse. Gageons que le législateur français en aura.

Entre les défenseurs d’une finance éthique ou de la biodiversité et le duo Snowden-Manning, il y a évidemment un saut, puisque les premiers sont célébrés par le plus grand nombre, tout en restant persécutés par ceux dont ils bousculent les intérêts, et les seconds sont durement criminalisés.

Les mêmes pays européens qui ont poussé des cris d’indignation face aux révélations de Snowden pactisent maintenant avec les Américains pour faire de l’espace aérien l’instrument de leur sourde complicité.

Cela n’est pas acceptable car, paradoxalement, MM. Snowden et Manning ne sont pas des traîtres, mais des hommes prêts à révéler la face sombre des Etats, et en première place des Etats-Unis.

S’agissant des questions sécuritaires, toutes les manipulations sont possibles. Et l’hyper-terrorisme, de ce point de vue, a donné un gigantesque coup de main à ceux qui sont à l’oeuvre pour organiser un contrôle de plus en plus étroit de la vie des citoyens.

Les questions posées sont infiniment complexes. Reste néanmoins que la société civile mondiale dit aujourd’hui sa colère face à l’immensité du cynisme qui défigure les bonnes consciences et les belles paroles des décideurs privés et publics.

Notre planète est menacée de toutes les plaies d’Egypte. La clandestinité est l’alpha et l’oméga de ceux qui s’enrichissent. Pour défendre leurs intérêts, ils cherchent également à museler les citoyens. Face à cette sinistre farce, ces nouveaux désobéissants se lèvent pour nous aider à ne pas laisser aux générations futures une humanité en lambeaux.

Le droit doit être leur allié et ainsi les protéger.

William Bourdon (Avocat et président de Sherpa)

Source: http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/24/protegeons-mieux-les-lanceurs-d-alerte_3453124_3232.html