L’analyse de 3 économistes du FMI sur « les aspects de l’agenda néolibéral qui n’ont pas donné les résultats que l’on attendait »

Le néolibéralisme, survendu? (Finance & Development, juin 2016)

Au lieu d’apporter la croissance, certaines politiques néolibérales ont augmenté l’inégalité, mettant en péril en retour une expansion durable

Lire l’article de Jonathan D. Ostry, Prakash Loungani, et Davide Furceri paru dans la revue Finance & Development http://images.transcontinentalmedia.com/LAF/lacom/ostry.pdf

Lire « Le néolibéralisme est mort, selon le FMI! » http://www.lesaffaires.com/blogues/l-economie-en-version-corsee/le-neoliberalisme-est-mort-selon-le-fmi-/587919

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Sur Joseph E. Stiglitz (2003), La Mondialisation et ses mécontents, New York: W.W. Norton & Company.

Zero Anthropology, 25/04/2016

« Aujourd’hui, la mondialisation est contestée dans le monde entier….pour des millions de personnes, la mondialisation n’a pas fonctionné. Beaucoup ont été effectivement plus durement touchés, alors qu’ils ont vu leurs emplois détruits et leur vie devenue plus précaire. Ils se sont sentis de plus en plus impuissants contre les forces indépendantes de leur volonté. Ils ont vu leurs démocraties affaiblies, leurs cultures érodées ». (Stiglitz, 2003, p. 248)

Il y a au moins deux raisons principales pour lesquelles les approches réformistes passées face aux mesures d’austérité imposées par le FMI, la déréglementation des marchés, la libéralisation du commerce et la privatisation — certains des principes fondamentaux de la mondialisation néolibérale — ont largement tourné court. La première est que les institutions telles que le FMI sont parfaitement antidémocratiques, non représentatives et responsables, tout comme elles sont hystériquement idéologiques, insensibles et donc résistantes au changement. Une autre [raison] est que certaines des réformes proposées sont presque pires que ce qui doit être réformé – ou elles peuvent le sembler avec le temps qui passe. Un exemple serait la proposition selon laquelle le « libre-échange » a été injuste pour les pays en développement (parce qu’il n’est pas libre, quand des pays développés maintiennent des subventions, des tarifs et d’autres protections nationales), alors la meilleure façon d’avoir un commerce équitable c’est de le rendre gratuit absolument partout. Ce qui ressemble maintenant à une généralisation de la misère, — mais cela est « juste » si elle est uniformément répartie. Alors que des pertes d’emplois massives ont balayé le « monde développé » dans une marée montante de désindustrialisation avec l’avènement d’une batterie d’accords de libre-échange, il y en a quelques-uns au bout qui appeleraient cela une étape positive.

Relire La Mondialisation et ses mécontents de Joseph E. Stiglitz dans le contexte actuel (plus d’une décennie depuis qu’il a été publié) pourrait provoquer la prise de conscience que, quelque puisse avoir été la chance de réformer la mondialisation néolibérale, ce temps a passé. Ce que Stiglitz appelle la mondialisation (ce que d’autres appellent le néolibéralisme) était quelque chose qu’il voyait comme une valeur digne d’être sauvée, même en reconnaissant combien largement injuste, inégale, et idéologiquement entraînée, elle ait été. En ce qui concerne les questions de commerce, d’austérité et de privatisation, Stiglitz fait une critique cinglante dans ses remarques sur le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Parlant à titre d’initié, — comme quelqu’un qui a siégé au Conseil des conseillers économiques du président Bill Clinton, puis économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale, — Stiglitz a amassé une connaissance considérable du fonctionnement de ces institutions, mais a néanmoins maintenu un certain niveau de croyance dans les avantages de la mondialisation et a maintenu l’espoir pour la réforme. Sur ces deux fronts, l’optimisme prudent était injustifié.

Lire l’intégralité de l’article: https://zeroanthropology.net/2016/04/25/globalization-beyond-discontent/

Alternatives et solutions humaines face à la crise grecque: « Ne vivons plus comme des esclaves », de Yannis Youlountas (2013)

« Ne vivons plus comme des esclaves »

Appel à souscription pour le prochain film de Yannis Youlountas: http://jeluttedoncjesuis.net/

Avec le scandale Prism, quel avenir pour la NSA?

Recyclage NSA-CIA-PRISMAvec le flot des révélations sur Prism qui a envahi les journaux du monde entier, on peut se demander comment la NSA pourra continuer son travail d’espionnage, alors que tous les pays sont en train de se retourner contre le gouvernement américain. Est-ce que la NSA va devoir cesser ses activités face aux pressions internationales? Est-ce que les Etats vont renoncer définitivement aux services secrets et licencier massivement tous leurs agents, afin de respecter la vie privée de tout le monde? Est-ce que les Etats feront de vrais efforts pour la transparence dans les années qui viennent?

Les prochaines années vont certainement rester très turbulentes sur ce thème de l’espionnage gouvernemental. Ce n’est pas seulement la NSA qui est en cause, mais le système d’espionnage en lui-même, tel qu’il est pratiqué par tous les pays. Ce qui nous apparaît, à nos petits yeux de citoyens, c’est que tous les services secrets du monde entier pratiquent ces méthodes injustes qui portent atteinte à la vie privée des gens. La NSA n’est pas seule à engendrer ces programmes, tous les gouvernements font pareil et n’hésitent pas à parler d’une voix commune quand il s’agit de réprimer les dissidents.

Alors, pourquoi accuser la NSA, plus que la DGSE française, le KGB russe, ou tout autre service secret de n’importe quel Etat, que ce soit une démocratie ou une dictature? (car vous avez bien compris qu’ils veulent tous garder le pouvoir, qu’ils soient des présidents élus ou des dictateurs) Est-ce qu’après les révélations sur la NSA, vous n’avez pas simplement envie de dire: « Ils sont tous pareils, ces services secrets qui nous espionnent. Ils sont tous aussi corrompus les uns que les autres. »

Les services secrets apparaissent de plus en plus, dans leur essence même, comme des systèmes injustes qui portent atteinte aux libertés des individus et qui menacent l’équilibre de la vie démocratique. Alors, pourquoi ne pas y renoncer définitivement, comme le proposent des candidats aux Etats-Unis, notamment Ron Paul qui propose de supprimer la CIA? Pourquoi ne pas mettre un terme définitif à l’espionnage massif des citoyens?

En pleine crise économique, est-ce que le licenciement de plusieurs milliers – voire millions – d’agents secrets, ne serait pas plus utile, plutôt que de licencier des milliers d’enseignants, d’ouvriers, d’agriculteurs ou de médecins? En pleine austérité économique, licencier les espions et les agents secrets ferait peut-être beaucoup de bien à l’économie de nos pays. Personne ne s’est vraiment encore penché sur la question.

Est-ce que les services secrets sont vraiment utiles?

– Non, ils menacent surtout nos libertés.

Est-ce que l’espionnage est utile?

– Non, c’est de l’argent dépensé dans des technologies oppressives qui agissent contre les droits de l’homme.

On imagine les millions de dollars dépensés par la NSA dans l’espionnage, et les millions d’euros qui sont certainement aussi dépensés en France et en Europe par nos gouvernements. Tout cet argent économisé pourrait être réinvesti ailleurs. Si Mme Eva Joly voulait encore se présenter comme candidate aux prochaines élections en France, est-ce qu’elle ne voudrait pas – par hasard – recycler tous ces vilains agents secrets qui nous espionnent via nos Iphones en gentils lanceurs d’alerte et en militants de la vie privée (ou en autre chose d’utile, si elle trouve une autre idée)?…

Ecrit par Kimono

« Les peuples se soulèveront contre leurs gouvernements, et le monde sera libéré »

2011-10-19_Syntagma_squarePhoto: Manifestation place Syntagma, en Grèce (2011)

Nous vivons une époque unique de notre histoire. Avec l’affaire Prism, un scandale planétaire d’espionnage qui vient s’ajouter aux révélations antérieures de Wikileaks, le monde se trouve aujourd’hui, en 2013, face à un tournant historique. Le monde change, et la liberté des peuples n’aura jamais été autant menacée qu’à présent. L’humanité et les Droits de l’homme n’auront jamais autant régressé. Certaines parties du monde sont plongées dans le chaos, alors que d’autres se relèvent difficilement de la guerre ou de la révolution.

Il y a d’abord eu l’Afghanistan, une guerre meurtrière comme toutes les guerres qui existent. Puis, il y a eu l’Irak, un massacre comparable à celui de la 2ème guerre mondiale. Comme si ces guerres n’avaient pas suffi, et comme si le nombre des morts n’avait pas été suffisamment effrayant, il y a aujourd’hui la guerre en Syrie — une guerre sans fin. Toutes ces guerres engendrées par l’Occident ont fait de nombreux morts parmi les musulmans. Les pays du Moyen-Orient ont souffert, et si on compte ces guerres comme une seule guerre de l’Occident contre le Moyen-Orient, alors on peut dire qu’il y a eu un génocide commis envers les peuples musulmans vivant au Moyen-Orient. Ces peuples n’ont pas pu se défendre.

L’Irak, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie — sans compter les musulmans d’autres pays qui ont aussi été les victimes de toutes ces guerres. Les Etats-Unis et l’Europe ont mené des guerres inutiles, honteuses et inhumaines au Maghreb et au Moyen-Orient. Ces derniers mois, nous a aussi été révélée l’horreur du système concentrationnaire mis en place pour détenir les prisonniers de Guantanamo. Cette prison existe toujours. Des milliers de détenus et des milliers de morts encore dans les attaques de drones.

Quel est donc ce pays qui a torturé des hommes, sans leur avoir laissé la possibilité de se défendre? Quel est ce pays qui a enfreint les traités internationaux sur les Droits de l’homme? Quel est ce pays qui a incité également 54 autres nations à participer au vaste programme de torture et de déportation vers la prison de Guantanamo? Quel est ce pays qui aveugle les hommes avec des principes de liberté, mais qui en échange ne donne que l’injustice et la répression contre tous ceux qui veulent s’élever vers la liberté?

Quel est ce pays d’injustice et de honte qui livre désormais la guerre contre les lanceurs d’alerte? Ce pays, ce sont les Etats-Unis, et plus largement l’Occident qui se livre à une dénégation totale du principe des Droits de l’homme dans nos pays depuis ces toutes dernières années. Guantanamo, détention illégale, détention indéfinie.Torture, prisons secrètes, prison à vie, peine de mort. Toutes ces choses viennent des Etats-Unis. Aujourd’hui, le scandale Prism.

Il n’y a jamais eu autant de guerres, mais les guerres continuent. Il n’y a jamais eu autant de misère, mais la misère continue, sans que les gouvernements s’en soucient. Il n’y aura jamais eu autant de sans-abris. Il n’y aura jamais eu autant de crises économiques, de licenciements et de profits bancaires. Il n’y aura jamais eu autant de pauvres asservis au pouvoir des plus puissants. Il n’y aura jamais eu autant de désespoir dans le monde, sans compter la destruction programmée de notre environnement et de notre écologie.

2011-10-19_Athens_general_strike_3Que font nos gouvernements pour résoudre cette situation mondiale? Ils ne font rien. Ils votent l’austérité et la répression pour tous les citoyens du monde. Ils enferment les individus. Aucun de nous ne peut y échapper. Les gouvernements arrêtent tous ceux qui veulent se révolter et dénoncer l’injustice, comme c’est le cas pour Bradley Manning, Julian Assange et Edward Snowden. Tous ceux qui se révoltent sont censurés et arrêtés. Tous les autres sont encore libres, mais pour combien de temps? Pour combien de temps pourrons-nous encore parler librement, dans un monde où chacun de nos gestes est espionné, où chacune de nos phrases est enregistrée par la NSA? Combien de temps accepterons-nous d’être surveillés et réprimés?

Si le monde doit changer, il faut que les gouvernements se réveillent maintenant et qu’ils arrêtent les injustices contre les citoyens. Il faut que les guerres cessent partout dans le monde. Il faut que des pays comme la Palestine puissent être libres, et que les Israéliens acceptent de vivre en paix avec les peuples qui les entourent. Nous ne sommes qu’un seul peuple sur la terre, nous ne sommes qu’une seule histoire. Nous ne pouvons plus accepter que les gouvernements détruisent l’humanité et la vie sur cette terre. Nous ne pouvons plus accepter d’être traités de cette manière par ceux qui nous gouvernent.

Nous appelons nos gouvernements à nous rendre notre liberté et à respecter nos droits. Nos droits sont tous égaux, quel que soit le pays: nous avons tous le droit de vivre et d’exister, nous avons tous le droit d’aimer, le droit d’être libre et de vivre en paix. Nous appelons nos gouvernements à respecter ces droits et à faire preuve de bon sens. Les gouvernements doivent arrêter de persécuter les citoyens. Les gouvernements doivent soutenir les rêves des hommes, et non pas les détenir, les censurer ou les torturer. Les rêves des hommes ne doivent pas être détenus indéfiniment dans des prisons, comme Bradley Manning, pour avoir espéré la paix dans le monde. Les rêves des hommes ne doivent pas mourir dans des prisons. Ces rêves doivent vivre éternellement.

Nous appelons les gouvernements à libérer les lanceurs d’alerte, quel que soit le pays où ils se trouvent. Personne ne mérite la prison pour avoir rendu une information publique. Nous appelons les gouvernements à arrêter les guerres, à ne plus engendrer de conflits et à pacifier les peuples. Nous appelons les gouvernements à ne plus vendre d’armes et à ne plus détruire la vie de ceux qui n’ont rien. Nous appelons les gouvernements à ne plus se nourrir de notre sang et de nos larmes, en vendant des armes de destruction à des dictatures. Nous appelons les gouvernements à ne plus détruire nos rêves de liberté, mais à porter l’humanité vers un monde meilleur. Vous ne l’avez jamais fait, il est temps de changer d’attitude.

Mais si vous persistez dans votre silence et dans vos crimes, si vous persistez dans la corruption, si vous n’arrêtez pas de nous emprisonner, de nous censurer et de nous tuer, si vous n’arrêtez pas la torture et l’espionnage, si vous n’arrêtez pas toutes ces guerres, alors sachez que nous — citoyens du monde, citoyens sans frontières — nous saurons nous libérer des forces qui oppriment le monde, avec la seule force de nos rêves et celle de notre courage. Alors, ce sera la fin de toutes les injustices. Les peuples se soulèveront contre leurs gouvernements, et le monde sera libéré.

Ecrit par kimono

19 juillet 2013

Lien pdf de l’article: « Les peuples se soulèveront contre leurs gouvernements, et le monde sera libéré »

« The World Tomorrow » – épisode 7, Julian Assange interviewe des membres éminents d’Occupy New York et Occupy London

Alexa O’Brien est une activiste new-yorkaise et journaliste citoyenne. En 2011 elle a commencé la campagne #USDayofRage, appelant à une réforme du système électoral des États-Unis. Cette campagne déborda dans le mouvement #OWS (Occupy Wall Street). En conséquence directe de sa campagne #USDayof Rage, O’Brien a été sujette au harcèlement des autorités US, et est une plaignante dans la procédure Stop The NDAA, obtenant récemment une injonction temporaire contre la provision de détention à durée indéfinie dans le National Defense Authorization Act de 2012. Elle apporte une couverture sans égale et en profondeur des auditions de Bradley Manning sur son site web, alexaobrien.com

David Graeber est un anthropologue des États-Unis basé à Goldsmiths’, à l’Université de Londres. Il est l’auteur de Debt : The First Five Thousand Years (Dette : les premiers cinq mille ans, ndt), une monographie historique sur l’usage et le rôle de la dette dans les mouvements historiques et les révolutions. Un vétéran des manifestations anti-mondialisation depuis le tournant du siècle, Graeber était un participant originel des manifestations Occupy Wall Street, et est reconnu comme son porte-parole intellectuel. Depuis, il est devenu l’un des porte-paroles les plus en vue du mouvement, et son théoricien le plus éminent.

Naomi Colvin est la force motrice derrière UK Friends of Bradley Manning (Amis du Royaume-Uni de Bradley Manning, ndt), un groupe de soutien qui a gagné une publicité significative pour la défense de Bradley Manning, le présumé lanceur d’alerte américain. Colvin est depuis devenue une activiste-clé et une porte-parole régulière du groupe Occupy London, articulant ses objectifs et principes généraux au plus grand public à la télévision et lors d’interviews à la radio. Elle a publié pour The
Guardian à la fois sur Occupy et sur l’affaire Manning.

Aaron Peters est doctorant à Royal Holloway, Université de Londres. Il écrit sur les mouvements sociaux dans le contexte d’internet, et a été l’un des commentateurs les plus perspicaces sur les grands mouvements de masse des dernières années. Étudiant activiste, Peters est à la fois analyste avisé de et participant aux mouvements de masse balayant le monde. Peters est co-éditeur de Fight Back ! et contributeur régulier sur openDemocracy.net.

Marisa Holmes est une activiste et une réalisatrice de documentaires indépendants. Elle était une des participantes d’origine des manifestations d’Occupy Wall Street, passant depuis le début la nuit à Zuccotti Park. Au huitième jour, elle fut brutalement arrêtée par le NYPD parce qu’elle filmait en public, légalement et paisiblement. Holmes est une porte-parole de premier plan pour le mouvement, et a été largement interviewée à propos des objectifs et des aspirations d’Occupy.

Transcription

Julian :

Bienvenue à un épisode spécial de « Le Monde Demain ». Normalement je le fais depuis le lieu où je suis assigné à domicile mais aujourd’hui, à cause du nombre de personnes impliquées dans le Mouvement Occupy, nous avons décidé de le faire ici dans l’ancienne Deutsche Bank de Londres, qui est contrôlée par des amis d’Occupy.

Nous avons Marisa Holmes d’Occupy New York. Alexa O’Brien d’Occupy New York et US Day of Rage. Aaron Peters d’Occupy London, Naomi Colvin d’Occupy London et David Graeber d’Occupy New York.

Julian :

Alors je veux diviser cette émission en plutôt deux parties en fait. La première partie, parce que je veux comprendre comment Occupy est né – le genre de personnes qui étaient impliquées, l’environnement politique pour l’organiser et conduire ses affaires et le répandre… et ensuite de voir où cela va aller

David, d’où pensez-vous que venait ce mouvement qui a fini par causer l’occupation de Zuccotti Park et s’est répandu à travers tous les États-Unis ?

David :

Hé bien, je pense qu’il y a eu une sorte de mouvement mondial, je veux dire, je dirais qu’il a commencé en Tunisie et a comme soufflé de l’autre côté de la Méditerranée : la Grèce, l’Espagne. Donc c’est en fait le même mouvement qui a frappé les États-Unis. Il y a beaucoup de gens de Grèce ou d’Espagne qui étaient impliqués dans les tous premiers jours et même avant l’occupation de Zuccotti Park où nous n’avions pas encore fini de nous organiser. Donc je… je pense qu’il y a vraiment un ferment mondial

Julian :

Alexa, tu as participé à cet US Day of Rage (Journée US de Colère, ndt) en mai 2010, mais vois-tu ceci comme le moment d’entrer comme dans la transition du cyber-espace au monde réel, ou y a-t-il un précédent similaire ?

Alexa :

Oh, je… je pense c’est sûr, je veux dire, je regarde OPBart et d’autres petites activités activistes en « essaim ». Les médias sociaux et la transformation de l’organisation des médias aussi ont joué un rôle au cours de l’année passée à Occupy Wall Street.

Julian :

C’est clair que… clairement, il y avait un sentiment émergeant du Printemps Arabe et…

Aaron :

Je veux dire, c’est… il y est très rarement fait allusion – l’Égypte de 2008 obtient de la banque Mondiale la première place comme type de pays réformateur dans le monde en développement et, en termes de réformes néolibérales, l’Égypte était imbattable en Afrique du Nord et au Moyen Orient du point de vue de la banque Mondiale et du FMI. Le plus… le plus gros phénomène au sens large qui se passe ici est qu’après la Seconde Guerre Mondiale l’état-nation est communément vu comme le dépositaire de la responsabilité démocratique, et depuis la fin des années ’70 c’est en train de partir et dans quelques lieux ça n’a jamais existé, pas vrai ? Mais c’est maintenant un phénomène mondial. Nous avons désormais assimilé que les objectifs des politiques publiques ne se réalisent pas, au niveau national, et que les faiseurs de politiques ne sont pas en réalité ceux qui sont dans les parlements nationaux, ils sont ailleurs, et ceux qui dictent la politique ne sont de toute façon pas responsables ou, tu sais, ce ne sont pas des représentants démocratiques. Et c’est un phénomène mondial et qui est en Inde, qui est en Chine, qui est aux USA, qui est au Royaume-Uni.

Alexa :

Nous n’avons même… nous n’avons pas juste une crise financière mondiale, nous avons une crise politique mondiale parce que nos institutions ne fonctionnent plus.

Aaron :

Ouais, exactement.

David :

Et c’est un des points du mouvement de justice global, qui est qu’il y a ces espèces de mécanismes administratifs glo… de mécanismes politiques planétaires nouvellement créés…

Julian :

Comme l’OMC ?

David :

Comme l’OMC, comme le FMI, les gens – en tout cas dans des endroits comme les USA – nous n’étions même pas censés savoir qu’ils existaient, mais en fait ils dirigeaient le monde. Je veux dire, c’est la première bureaucratie planétaire vraiment effective, qui est créée au nom de l’espèce d’idéologie de liberté des marchés qui est censée se dresser contre elle – la bureaucratie – mais qui a en réalité fait exactement l’inverse. Et donc la révolte est toujours au nom de la démocratie, car c’est la chose qui est évidemment manquante. La crise financière l’a juste confirmé dans les esprits, surtout sur le sujet de la dette, je crois – où, tu sais, c’est devenu très clair que les dettes des gros joueurs pouvaient être renégociées par ces… à travers ces mécanismes mondiaux, mais la vôtre ne le peut pas, parce que vos politiciens sont redevables envers eux et pas envers vous.

Julian :

Donc, je veux descendre jusque dans la, pour ainsi dire, la genèse pratique – alors ce sont en gros les grands événements qui se passent en toile de fond… mais si nous y revenons… quelques-uns des ingrédients clés d’Occupy New York. Dans notre recherche nous voyons ces, comme, « Ah, nous avons les 99% », mais en fait le phrasé n’était pas Nous Sommes Les 99%, ce n’était pas encore tout à fait au point… et ensuite il y a eu, tu sais, ces espèces de tâtonnements en compétences de représentation qui se sont finalement rassemblées en quelque chose.

David :
C’est un bel exemple du processus collectif. Je crois que j’ai sorti, comme, « Pourquoi ne faisons-nous pas un truc avec 99% ? » et quelqu’un d’autre, je crois des Espagnols, ont dit « Nous, les 99% », et après je crois que Chris a monté cette page Tumblr. En fait, il y a mis le « are », donc c’était en fait différentes personnes qui ont contribué chaque mot, mais cela s’est mis ensemble magnifiquement.

Julian :

Naomi, as-tu vu ce genre de… de processus de cheminement, où… quelque chose s’est élevé. Ce n’est pas né tel un éclair d’inspiration dans le cerveau d’une seule personne, cela semble avoir été une chose qui en fait a évolué à travers tous ces processus.

Naomi :

Je pense que c’est exact. Je pense qu’il y a différents courants identifiables qui nourrissent Occupy et Occupy est presque un moment galvanisant quand des gens qui faisaient en réalité des choses bien différentes ont réalisé qu’ils peuvent coopérer ensemble et créer quelque chose qui est vraiment extraordinaire. Si vous voulez bien voir Occupy London spécifiquement, le déclic est clairement l’exemple d’Occupy Wall Street – l’idée que cette chose extraordinaire pouvait se produire de l’autre côté de l’Atlantique, là où tu ne te serais jamais attendu(e) à ce que ce soit possible, et donc tu dois faire quelque chose à Londres. Mais tu as aussi, qui alimente le tout, ce qui s’est passé ailleurs en Europe. Ce qui se passe à Londres n’est pas possible sans l’exemple de ce qui s’est passé en Espagne. C’est vraiment un instant où tout se cristallise.

Julian :

Combien le mouvement Indignados espagnol a-t-il apporté en pratique, en termes de soutien logistique ou de personnes présentes, pour Occupy New York ?

Marisa :

Hé bien, il y avait beaucoup de membres des Indignados qui étaient en fait à New York pour une raison ou une autre à l’approche du 17 septembre, où ils sont venus aux premières assemblées générales et, ma foi, nous ont donné la fondation et le contexte pour ce que nous faisions. Donc nous avons beaucoup appris grâce à eux.

Alexa :

Il y avait même des Égyptiens. En fait, nous avons reçu des e-mails d’Égypte disant « Je vais à New York spécifiquement pour être là pour cette action particulière », alors je pense qu’en parlant du processus d’apprentissage sur le tas je peux dire, personnellement, qu’en regardant ce qui se passait en Europe, et aussi en conversation avec Take The Square sur comment en élargir l’échelle, de cette information pour les Occupations, c’était clairement pris de ce mouvement particulier.

Julian :

Naomi, à Occupy London il y avait une pancarte affichée « Tahrir Square » devant la cathédrale St. Paul…

Naomi :

Une des plus… une des pancartes les plus photographiées… je n’ai aucune idée qui l’y a mise… mais ouais, je dirais qu’il y avait… Clairement, les gens identifiaient ce qu’ils faisaient avec l’inspiration du Printemps Arabe. Pour ce qui est des personnes présentes sur place, c’est le mouvement européen qui alimente le plus Londres juste à cause du lieu où nous nous trouvons.

Julian :

Je m’y intéresse parce que je m’intéresse à une branche particulière de la philosophie sur la technique et la domination de la technique qui en dépit de… quoique nous essayions de faire politiquement dans un sens ou dans un autre nous devons le faire efficacement pour pouvoir gagner. Et pour le faire efficacement nous devons adopter des techniques efficaces, et donc tout le monde quelle que soit la direction dans laquelle ils vont commence à adopter des techniques efficaces et à la fin ce sont les techniques… les techniques qui gagnent. David ?

David :

Je pense qu’une partie de ces techniques, par contre, n’est pas juste les médias sociaux mais la… il y a eu une tradition pour – au moins depuis les années ’70 – de créer de nouvelles formes de démocratie – du consensus en modération, de la décentralisation, de la prise de décision – qui est profondément usuelle et, d’une certaine manière, il y a une sorte de synthèse… ou qui se définit en opposition à la manière dont tu agis sur les médias sociaux. C’est une sorte de synergie donc, d’une part, tu répands des informations de certains types sur les médias sociaux, mais en même temps il y a ces nouvelles formes de démocratie profondément personnalisées. Et cette tradition – le fait que nous l’avions pour y puiser – que des personnes savaient faire de la modération et des institutions comme le microphone du peuple avaient été développées depuis des années, qu’elles soient là pour y puiser était absolument crucial.

Julian :

Cette… cette culture méthodologique que visuellement nous connaissons bien venant d’Occupy, le microphone humain – ce test de micro – c’est comme un peu de théâtre de rue, d’un autre côté, il semble être pratique – assemblée générale, ces trucs de gestes de la main, qui pour moi quand je les ai vus pour la première fois m’ont semblé terriblement comme, faiblards et, tu sais, inefficaces mais je… je peux voir que si tu as beaucoup de gens et tu veux pouvoir entendre quelqu’un peut-être que ce n’est pas une mauvaise… une mauvaise solution. Aaron, as-tu étudié l’émergence de ces techniques ? Y a-t-il eu, en fait, des innovations en termes de technique ?

Aaron :

Alors, si tu retournes à cette notion du mème et de la mémétique, il y a un argument qui a toujours existé pour dire comment les êtres humains partagent leurs identités, comment ils en créent de nouvelles, comment ils se les approprient. Mais le fait est qu’avec ces nouveaux modes de communication ce processus est rapidement accéléré. Je pense qu’il y a vraiment une relation entre, surtout parmi les jeunes, une pratique en ligne et hors ligne où ils ne sont pas intéressés par des leaders, ils ne sont pas intéressés par des modèles de profit. Ils s’intéressent à la création de valeur mais fréquemment au-delà de la motivation du profit et de la contrainte de faire quelque chose, donc en quelque sorte c’est volontaire… une action volontaire collective.

Julian :

Les techniques utilisées à Occupy London, ont-elles été prises en voyant ce que les gens faisaient à New York, à Occupy New York, ou est-ce plus ancien ?

Naomi :

Je pense qu’il y a une tension intéressante entre la manière dont fonctionne le consensus en ligne, et il marche, si vous considérez comment… comment la situation de l’esprit de ruche fonctionne, c’est… c’est du consensus mais d’une manière beaucoup moins structurée. Et il y a une tension intéressante entre cela, qui est une espèce d’attitude avec laquelle beaucoup de personnes sont venues à Occupy, et la manière dont cette tradition… ce consensus plus traditionnel, si je puis dire, cette prise de décision sur un consensus plus structuré, fonctionne… marche sur le terrain. Mais c’est une tension que je pense que nous avons explorée à Occupy London sans totalement la résoudre.

Julian :

Nous pouvons voir pourquoi Occupy n’aurait pas eu lieu il y a dix ans… nous avions ces mouvements de contestation apparaissant à Seattle et Gênes etc. – et Crac ! Il y a eu le 11 septembre – et c’en était fini… Donc nous pouvons voir pourquoi cela ne se serait pas passé il y a dix ans, mais pourquoi cela ne s’est-il pas produit il y a cinq ans ?

Aaron :

Je pense… hé bien, tout d’abord les mouvements sociaux sont là… ils naissent toujours d’un grief et d’un sentiment de mécontentement, et je crois que ce sont simplement… ce qui se passe est simplement impossible sans la crise financière mondiale. Je veux dire, cela aurait vraiment pu être la fin du capitalisme tel que nous le connaissons. Nous aurions eu d’énormes problèmes avec la distribution de nourriture. Le problème avec les sociétés complexes c’est que quand quelque chose va mal, cela va vraiment mal, euh…

Julian :

Alors, tu penses que cela ne serait pas passé si ce n’avait été pour la CFM (crise financière mondiale, ndt) ? C’était… c’était un tel moteur… ?

Aaron :

Parce qu’il y a des cités de tentes aux États-Unis qui ne sont pas dans le mouvement Occupy. Il y a des gens qui sont tout simplement sans toit. Alors c’est… c’est un symptôme politique autant qu’un agent.

Julian :

David, Occupy a comme mijoté pour un moment, pendant la première semaine ou dix jours à peu près, jusqu’à ce qu’il y ait de la violence…

David :

Mmm. Hé bien oui, et alors que…

Julian :

Je veux dire, c’était de la violence policière, mais de la violence tout de même. Et la violence, c’est quoi ? Un mécanisme de marketing efficace. Les films d’Hollywood sont pleins de violence.

Marisa :

Hé bien, je… je veux dire, j’étais là, tu sais, vivant dans le Parc pendant la première semaine, et donc je peux attester du fait que nous n’avons pas mijoté. Nous avons manifesté toute la journée, toute la semaine, quoi. Nous avons occupé Wall Street, nous y allions, tu sais – la cloche d’ouverture et la cloche de fermeture tous les jours. Nous tenions deux assemblées générales par jour, nous étions, tu sais,

Julian :

Toujours est-il que la couverture des médias n’était tout simplement pas là et a vraiment commencé une fois qu’il y a eu de la violence.

Marisa :

Hé bien, d’accord. Mais notre but n’était jamais de… tu sais…

Julian :

Je suis juste… J’avance que peut-être cela devrait se baser sur l’expérience de cet événement. Que peut-être en fait… que provoquer la violence policière est quelque chose qui devrait vraiment être fait si vous…

David :

Mais nous n’avons pas vraiment besoin de provoquer quoi que ce soit – cela va arriver.

Marisa :

Je veux juste être claire que nous n’avons pas provoqué de violence policière, nous avons agi direct…

Julian :

Pour être sûrs d’enregistrer la violence policière.

Marisa :

Nous avons fait une action directe non-violente. Nous sommes allés occuper une place pour pouvoir avoir une assemblée populaire et avons commencé à parler du monde dans lequel nous voulions vivre, que nous voyions comme antinomique avec le monde dans lequel nous vivions à ce moment-là et les structures qui le gouvernaient. Alors, ouais, je veux dire j’imagine qu’en étant là et en faisant l’exercice d’un processus démocratique direct nous posions une menace et donc la police a du y répondre.

David :

En fait, il n’y a rien qui terrifie plus le gouvernement états-unien que la menace de la démocratie s’échappant des États-Unis… [rires] Ils sont sûrs de réagir violemment.

Aaron :

Le jour où Occupy LSX a démarré j’étais à l’extérieur de l’espèce de premier cordon de policiers, ok ? Et je pense que j’ai compté à peu près 20 fourgonnettes et, je veux dire, je l’ai vu suffisamment de fois maintenant. J’ai entendu les chiens en train de sortir. J’ai vu les équipes de renseignement complètes, ils y ont leurs caméras. Ok, c’est maintenant qu’ils mettent une rossée à tout le monde, et il n’y a aucun média ici et ils savent que s’ils ne stoppent pas ce truc aujourd’hui… cela pourrait très vite prendre de l’élan…

Julian :

Naomi, tu étais la coordinatrice pour la campagne pour Bradley Manning, et il y a une connexion assez intéressante et inhabituelle entre le nombre de personnes qui étaient de certaines manières impliquées dans le soutien à WikiLeaks ou Bradley Manning ou Anonymous et le mouvement Occupy. Mais Bradley Manning a été montré en exemple. Il n’a pas juste été arrêté et tout a été mis sous silence, je veux dire il a été montré en exemple bien visible pour agir comme une dissuasion, parce que l’autorité a besoin de donner des exemples bien visibles de ce qui arrive à ceux qui sont accusés d’avoir désobéi à l’autorité, afin de conserver l’autorité. Ces scènes de télévision de manifestants en butte à de la violence – dans une position de faiblesse vis-à-vis de la violence – pensez-vous que cela donne aussi un exemple sur le long terme, un exemple négatif ?

Naomi :

Hé bien, il y a une chose ou deux ici. Je crois que la première est que ce qui arrivait à Bradley à Quantico – il était vraiment maltraité là-bas, tu sais, ainsi que le Rapporteur Spécial de l’ONU est enfin venu déclarer… En termes de représentation médiatique de conflits je pense que c’est, comment dire, sans doute que la couverture de, tu sais, ce qui s’est passé les premiers jours à New York, c’étaient les… c’étaient les images qui ont fait le tour du monde mais ce n’était… ce n’était pas des médias traditionnels qu’elles venaient, c’était les médias citoyens, c’était du « livestream » donc… Et je crois qu’il y a… sûrement jusqu’à un certain point, que la présence des médias, le fait que quelque chose se passe qui soit à la vue du monde entier, qui est une chose vraiment importante qui se soit passée avec Occupy – le, tu sais, qu’il se documente sans cesse, est une sorte de force inhibitrice importante.

Marisa :

Je veux dire, si ce n’était pour le livestream et pour nos propres équipes de médias sociaux, alors nous ne serions pas entrés dans les médias traditionnels. Nous avons poussé le dialogue d’une manière vraiment importante.

Julian :

Alexa, parle-moi de la règle du droit et d’Occupy. C’était une des… les exigences d’US Day of Rage semblent être la règle du droit, le respect de la procédure…

Alexa :
Absolument. Je veux dire, je pense que, tu sais, à la base de n’importe quelle sorte de… dans le cas des États-Unis une république démocratique, ou au moins il est dit que c’est une république démocratique, il y a beaucoup d’institutions. Il y a la place publique, il y a la presse et il y a des élections, et ensuite il y a… et quand ces choses sont entre les mains du peuple, les institutions trouvent plus ou moins leur équilibre, tu sais, parce qu’elles se contrôlent mutuellement. Je pense qu’en termes de règle du droit… je veux dire, mon expérience personnelle, euh… juste… si « un citoyen, un dollar, un vote », pour ainsi dire, est si radical que cela m’a faite décrire dans le magazine « Australian Security »… comme liée à al-Qaïda… et je reçois des messages privés d’autres firmes de sécurité qui ont des relations avec le FBI qui me disent que, tu sais, « Faites attention, vous… vous êtes pour une raison ou une autre reliée à al-Qaïda ». [les autres rient] Cela me dit tout de suite… Alors, c’est une tactique d’intimidation… tu sais, essentiellement…

Julian :

David, Occupy, avec ce nom, est venu au-devant de la scène mondiale comme conséquence d’Occupy à New York, mais il s’est répandu à travers les États-Unis. Peux-tu nous décrire un peu cette diffusion d’Occupy à travers les États-Unis continentaux ?

David :

Cela a été remarquablement rapide. J’étais époustouflé, j’étais épaté. Parce que, tu sais, tu rêves que ces choses se produisent mais tu ne crois jamais vraiment qu’elles vont se produire. Je dirais qu’en trois semaines nous avions quelque chose comme 800 Occupations, et d’accord que certaines de ces Occupations n’étaient qu’un mec avec une pancarte, mais beaucoup d’entre elles ne l’étaient pas, beaucoup étaient de grands campements de personnes comme, tu sais, Missoula, Occupy Saskatchewan au Canada. Tu sais, ce déversement formidable et il s’est produit très, très vite.

Julian :

Je veux maintenant en venir à… à l’espace. Donc, pourquoi est-ce important d’occuper un quelconque espace…

Naomi :

Euh…

Julian :

Pourquoi ne… pourquoi ne pas rester à la maison ? Tu as ton Rolodex, tu as tes amis, tu as tes réseaux sociaux – pourquoi ne pas tout coordonner depuis les coulisses ? N’est-ce pas une perte de temps que de monter une tente, et tu ne peux pas faire les choses efficacement ?

Naomi :

Hé bien, c’est… cela remonte à la question de pourquoi un mouvement en ligne vient hors ligne de toute façon. Je pense qu’il y a un besoin humain naturel de communiquer face-à-face et, en réalité, c’est beaucoup plus profond. Je pense qu’en travaillant en ligne tu es un peu… c’est une histoire de coordonner des individus autonomes pour faire des choses, et tu as comme le sentiment que tu fais partie d’une communauté de personnes qui ressentent la même chose ou se sentent concernées par la même chose, mais cela n’a rien à voir avec être… tu sais, être dans un espace où, disons… tout le monde est présent et volontaire pour… tu sais, voulant se parler. Parce que c’est en réalité recréer la sorte de société que les gens désirent qu’il existe en permanence.

Alexa :

Je pense que c’est aussi une expérience pour voir jusqu’où tu peux pousser ton engagement avec… tu sais, dans l’espace public, c’est-à-dire, tu sais, quand l’espace public est le trottoir entre le Chuck E. Cheese et le Wal-Mart, ce qu’il est aux États-Unis dans beaucoup de cas et beaucoup même de petites villes, il y a un besoin de créer une « public-ité » qui ne soit pas privée, qui ne soit même pas reliée à son travail, qui soit… est le « nous », le « nous » qui se rassemble et s’occupe de Carlisle achetant notre eau ou quoique ce cela puisse être.

Julian :

David, l’espace doit-il être contesté ? Je veux dire, tout le monde pourrait aller dans… dans les Redwoods de Californie ou quelque part… et, en fait, le G8 a été déménagé à Camp David pour produire exactement cet effet, semble-t-il.

David :

En effet. Hé bien, je pense que oui. Je veux dire, je pense qu’il y a eu… depuis les 30 dernières années il y a eu cet assaut systématique contre la notion de communauté et… et l’idée de l’imagination, d’imagination politique. Et ceci est une manière de récupérer les deux à la fois. Donc je pense que cette idée de reprendre quelque chose est essentiellement importante.

Julian :

Est-ce… est-ce une démonstration de souveraineté, littéralement, sur une zone de terrain donnée ? Nous contrôlons physiquement cet espace à travers notre prise de décision politique… vous ne le contrôlez pas physiquement.

David :

Absolument, et c’est ce qui est crucial à ce sujet. En fait, c’est une stratégie à deux pouvoirs. Je veux dire, nous sommes en train de parler de force. Nous ne parlons pas des légalités – ils ne parlent pas de légalités et nous non plus. Chacun peut s’en servir comme d’une arme, mais ce que nous disons c’est « Ceci est notre espace, c’est notre… nous sommes le public. Ceci est un espace public. Nous allons le prendre », et ce simple acte de défi est extrêmement créatif. Je veux dire, tout en découle, et tout le reste de ce que nous avons fait vient du fait que nous commençons sans accepter les termes de l’ordre existant et avec la volonté d’en créer un autre.

Julian :

Naomi, dans la domination de cet espace physique , en créant votre propre mini-État à Occupy, ce qui est, je pense, le terme correct quand vous contrôlez physiquement un espace de terrain, quand vous détenez le monopole de la force coercitive, vous avez commencé à construire certaines structures sur comment vous gérer entre vous et comment vous coordonner entre vous et certaines méthodologies pour le contact avec la police, pour gérer les opportunistes à l’intérieur du mouvement Occupy, pour vous occuper des gens pris de folie, pour vous occuper de vos déchets.  Ces méthodologies dont vous vous êtes servis pour la prise de décision politique et vous occuper concrètement des choses, les voyez-vous comme un modèle pour la gestion de la société au sens large, ou sont-elles des méthodologies qui servent seulement pour – ou surtout pour – la gestion du problème en cours à résoudre, qui est d’occuper une place ?

Naomi :

Je ne crois pas que nous ayons jamais eu le monopole de la force au sein d’Occupy, et il eut été beaucoup plus simple si nous, tu sais, l’avions fait… en négociant réellement, quoi, ce que tu fais dans cette situation où en quelque sorte, en fait, quelle que soit la perturbation qui puisse survenir tu n’as… en fait tu n’as pas le pouvoir de contrainte, tu as le… le pouvoir de persuasion, tu as le pouvoir de montrer ce que, tu sais, ce que la majorité des personnes dans cet… dans cet espace pensent, mais en définitive non, tu n’as pas la contrainte, et cela c’est aussi, en fait, une éducation [inaudible]

Julian :

Tu as une personne perturbatrice sur place, ou c’est une personne folle… ils gâchent tout pour tout le monde, qu’est-ce que tu en fais ? Qu’est-ce que vous en faites dans Occupy ? Comment vous en débarrassez-vous ? Est-ce que vous appelez la police ?

David :

Nous ne faisons pas ça…

Marisa :

Non. En fait, nous avons utilisé une combinaison de choses, la désescalade, la médiation et la communication non-violente ont été les modes de gestion de conflits à l’intérieur du Parc.

Julian :

David… pour aller jusqu’au bout, à la fin j’en reste là : « Tes putains de règles ne s’appliquent pas à moi. Je veux faire de la percu’ quand je veux faire de la percu’. Je veux parler quand je veux parler. Je veux être tout nu quand je veux être tout nu » – n’avez-vous pas besoin que vos hommes forts arrivent à un moment donné et disent, « Écoute, bonhomme, allez, tu gâches tout pour tout le monde, casse-toi »?

David :

Il y a beaucoup de manières de faire pression sur les gens.

[rires]

Julian :

Comme ?

Marisa :

Comme pour avec les percussionnistes, par exemple – je veux dire, nous avons eu une assemblée où nous avons parlé de la situation du tambourinage. Nous l’avons négociée dans le cadre de l’assemblée.

Alexa :

C’est sûr qu’il y a des conflits et des tensions qui sont naturelles aux êtres humains dans des groupes comme Occupy. Ce n’est pas comme si l’espace que crée Occupy devient soudainement comme une Utopie, parce qu’il ne l’est pas.

Julian :

Aaron, au bout du compte, n’avez-vous pas besoin d’un mécanisme, un processus pour déployer une force de cohésion ?

Aaron :

Euh, c’est… En pratique, c’est une question qu’il faut bien traiter, bien sûr… mais…

Julian :

Seigneur, vous êtes tous si inconfortables avec ça, c’est super.

Aaron :

Non, c’est faux, je… vais vers une bonne… une bonne union… c’est une espèce de question générale existentielle…

Julian :

Ou tu peux les mettre en psychothérapie pendant dix ans…

Aaron :

Je ne suis pas pour ça personnellement.

Julian :

Hé bien, mets-les en psychothérapie pendant dix ans, mais en attendant, tu as quelqu’un dans ton foutu camp qui cause un problème.

David :

Il y a eu des personnes qui ont été exclues de réunions et des choses pareilles, c’est arrivé, mais… tu sais… d’une certaine manière nous… nous essayons d’éviter délicatement quelques sujets dont peut-être nous ne parlons pas beaucoup, ou qui sont de la subversion intentionnelle. Il y a eu des tentatives d’en somme nous lâcher des gens, il y avait, tu sais… alors, à un moment, la police prenait des prisonniers récemment relâchés et les apportaient en bus au Parc en disant « Hé, il y a de la nourriture gratuite ici. » Donc ce n’est pas juste la… sociopathie qui apparaît naturellement si tu as des gens dans un camp. Il y a eu une tentative très dirigée d’essayer de nous subvertir et de nous laisser le choix entre, tu sais, soit se faire déborder soit devenir comme une forme de modèle de charité sociale où nous nous occupons de ces personnes, ce qui est d’ailleurs ce qui a commencé à se produire.

Julian :

Comment Occupy London a-t-il empêché les gratteurs sociaux pathologiques qui étaient très libres dans leurs paroles, bons à dire une chose à une personne, une autre à une autre personne, répandre des rumeurs, semer la discorde, euh, de s’élever jusqu’en haut ? Ou l’a-t-il fait ?

Naomi :

Hé bien… [rires]

David :

Oui, et s’il y a une hiérarchie c’est très facile à faire mais si c’est un mouvement horizontal c’est vraiment très difficile. Et puis, il n’y a que tant de dommages qu’un sociopathe peut causer. Je veux dire, c’est ce que je dis toujours à propos de l’anarchisme quand les gens disent « Et pour untel… et pour, tu sais, les gens qui s’en moquent des autres et qui sont des connards égoïstes » et je réponds « Hé bien oui, mais au moins ils ne se retrouveront pas à la tête d’une armée », [rires] ce qu’ils font ici, tu sais. Il n’y a vraiment pas tant de dommages qu’une personne seule puisse faire s’ils n’y a pas de structure où pouvoir commencer à dominer, à s’élever vers le sommet. Une chose pour laquelle je suis d’accord avec William F. Buckley, il a dit un jour que « Je préfère être gouverné par les trois cents premiers noms de l’annuaire que par les gens qui veulent entrer au Congrès ». Je suis d’accord. Ils feraient sans doute du meilleur travail.

Julian :

Mais, je veux dire, à la fin quel… quelle que soit la manière dont nous nous gouvernons, nous devons être en compétition avec ceux qui voudraient nous gouverner autrement.

Alexa :

Tout à fait.

David :

C’est pourquoi un mouvement international est si important et c’est ce que nous voyons. Je veux dire, il y a un sentiment partagé que l’ennemi devient de plus en plus mondialisé et la seule manière dont il puisse être défié c’est par des mouvements mondiaux, donc en ce sens que les États soient ou non compétitifs entre eux devient de plus en plus sans objet.

Julian :

Aaron ?

Aaron :

Alors, nous avons la plus grande transformation de l’économie politique mondiale en termes de choses allant en… en Asie du Sud-Est… avec toute cette dette… je veux dire, cela ne va se terminer que d’une manière… Comme, clairement l’Occident est fini, mais c’est juste… c’est visible pour tout le monde sauf pour les faiseurs de politiques de l’Occident.

[rires]

Aaron :

C’est juste abondamment évident… Je veux dire, c’est ridicule

David :

Ce n’est pas clair qu’ils ne le sachent pas aussi.

Aaron :

Ouais, tu commences à parler de moments de 1989 et d’argent qui ne sortait pas des distributeurs et les gens te rient au nez. Tu vas, quoi, je sais pas… C’est plutôt évident que la fête est finie.

David :

Ça tombe sous le sens que le 1% va essayer de prendre toutes  les parts du gâteau s’il en reste moins à prendre, mais il semble très improbable si tu regardes ça historiquement qu’ils finissent avec…

[Fin]

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11781.0.html et http://worldtomorrow.wikileaks.org/episode-7.html

Traduit sur WikiLeaks par Setanta

WikiLeaks: Stratfor était au courant à l’avance de la crise de la dette en Grèce

Publié par keeptalkinggreece le 28 Février 2012

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La crise économique en Grèce et l’éventuel soutien financier par le Fonds Monétaire International ont été surveillés par le think tank Stratfor, longtemps avant que le pays ait officiellement demandé l’aide du FMI et notamment avant que le premier ministre George Papandreou ait eu des entretiens suivi d’effets avec celui qui était alors le chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, en Décembre 2009, peu de temps après que G. Papandreou ait remporté les élections de septembre.

Ces révélations proviennent de la publication par WikiLeaks de plus de 5 millions de mails échangés entre les employés de Stratfor et leurs informateurs dans plusieurs pays. Le quotidien grec Ta Nea a publié certains de ces mails, qui font évidemment froncer les sourcils, notamment au sujet des raisons pour lesquelles Stratfor – également connu comme « la CIA de l’ombre» – a porté un tel intérêt à l’aide du FMI à la Grèce. Les mails ont également révélé des contacts entre Stratfor et le FMI.

Selon plusieurs mails publiés par le journal grec Ta Nea, l’agence de renseignement privée américaine Stratfor a surveillé les manœuvres de la Grèce en lien avec le Fonds Monétaire International dès Juin 2009, six mois avant les pourparlers préliminaires entre Papandreou et Strauss-Kahn, et dix mois entiers avant la décision grecque de faire appel au mécanisme de soutien du FMI en mai 2010.

Dans un mail obtenu par WikiLeaks, le 19 juin 2009, un employé de Stratfor responsable des pays d’Europe centrale,de la Baltique et des Balkans a envoyé à ses collègues de la région Eurasie un message intitulé « Instructions détaillées pour l’Europe – Niveau 3.  » Ce message comportait un fichier joint donnant des détails sur les questions auxquelles ils devaient porter attention. Plus précisément pour la Grèce, il était mentionné parmi d’autres instructions que «nous avons besoin de savoir exactement ce qui se passe si (ou quand…) la Grèce fera une demande de prêt auprès du FMI. Il est très probable d’assister à l’effondrement économique total d’un pays de la zone euro. S’il vous plaît, faites attention à tout signe sur les marchés financiers. La Grèce a une dette importante, la manière dont ils vont agir peut aussi dépendre de ce qui se passe avec leur dette ».

Un autre mail envoyé début novembre 2011 révèle les liens étroits entre Stratfor et le FMI. Dans ce mail, un employé du FMI a informé Stratfor que les réserves de trésorerie de la Grèce étaient en baisse et que le pays serait à court de liquidités en décembre (2009).

Le mail portant les instructions a été envoyé en juin 2009, c’est-à-dire avant que le dirigeant de la Commission européenne, José Emmanuel Barroso ait rendue publique sa prévision sur les niveaux élevés du déficit de la Grèce. Le rapport de M. Barroso a été rédigé un mois plus tard. Le fait que le déficit public grec était de 10% n’a été révélé qu’à la fin de l’été 2009 (Source: Ta Nea via Real.gr et in.gr).

Stratfor avait deux informateurs en Grèce désignés sous les noms de code GR001 GR101.

http://www.keeptalkinggreece.com/2012/02/28/wikileaks-revealed-stratfor-knew-about-greek-debt-crisis-in-advance/

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,8978.0.html

Traduit sur WikiLeaks par Green