Pensées d’une blogueuse à l’aube de 2018

Voici qu’approche la nouvelle année (encore quelques jours, et nous y serons…), et parce que peu de contenus ont été publiés sur ce blog ces derniers mois, il faut bien commencer l’année avec un nouveau texte. Aussi, chers lecteurs, lectrices de ce blog, ne soyez pas déçu(e)s si peu d’articles ont été écrits ces derniers mois sur ce blog, car tout simplement le rythme de publications a changé et nous allons nous recentrer sur des choses plus essentielles, publier moins en quantité, mais peut-être mieux en qualité.

Vous pouvez cependant retrouver les publications et les traductions de Will Summer qui a participé activement à ce blog ces dernières années et qui est présent sur un autre blog collectif globalepresse.

Avec une nouvelle année qui commence, je pense au mot « décroissance », avec tout ce que cela implique de changements dans la vie d’une société. Même si c’est un mot que l’on entend souvent, j’ai réellement commencé à comprendre le sens de ce mot lorsque je me suis intéressée aux assemblées des Indignés. Il y a des mots que l’on entend dans les médias, mais parfois sans vous les expliquer précisément. Décroissance, ce n’est pas seulement le fait d’acheter moins de choses au supermarché. Décroissance, c’est un mode de consommation, mais aussi un mode de pensée et une idéologie. C’est consommer autrement, consommer moins de produits issus du monde industriel, c’est consommer de manière locale, mais pas seulement, car pour moi, la décroissance c’est avant tout construire et créer les choses par soi-même.

Je ne vois pas, en effet, d’autre manière de se libérer de la société de consommation et de la consommation industrielle (et de la surexploitation des richesses naturelles), autrement qu’en créant les choses par soi-même, quel que soit le domaine concerné (le journalisme, la culture, la littérature, la musique, la mode, l’architecture, l’agriculture, etc). Ne voudrions-nous pas devenir une société de créateurs, plutôt qu’une société de consommateurs? C’est la création qui libère la pensée des êtres humains, c’est dans le fait de créer par soi-même que l’individu peut reconquérir sa propre pensée, reprendre le contrôle de sa pensée et de son destin.

Aussi, il y a ce philosophe, Nietzsche, qui parlait des créateurs, et qui les compare à la dureté, à la noblesse du diamant:

« Les créateurs, en effet, sont durs. Et cela doit vous paraître une félicité de presser votre main sur des millénaires comme sur de la cire »
(Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Troisième partie, « Des vieilles et des nouvelles tables », ch. 29, coll. Classiques de poche, Livre de poche, p. 258, traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, 1ère publication LGF, 1983, éd. août 2010)

Et de comparer le créateur à « celui qui brise les tables et les vieilles valeurs » (Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Troisième partie, « Des vieilles et des nouvelles tables », ch. 26, p.256):

« Le changement des valeurs, – c’est le changement des créateurs. Celui qui doit être un créateur, celui-là détruit toujours. » (Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Première partie, Les Discours de Zarathoustra, « Des mille et un buts », p. 78)

Et quand Nietzsche ajoute que « Pour l’instant encore l’humanité n’a pas de but », et bien, il y en a un aujourd’hui, c’est celui de créer et de libérer sa propre conscience par la création et la décroissance, car la décroissance est une valeur si on l’analyse dans la pensée de ce philosophe, une valeur qui libère l’être humain et qui le place dans une posture de créateur.

La décroissance est dans cette même démarche, de briser les vieilles valeurs, celles représentées par le monde industriel et la société de consommation (voire de surconsommation, car dans ce monde industriel, nous consommons souvent plus que ce dont nous avons réellement besoin). Et ce qu’a écrit Nietzsche peut trouver, selon moi, tant d’échos dans le monde actuel!

Si au lieu de passer deux heures quelque part, dans un magasin, à chercher ce produit idéal dont je rêve et que je ne vais peut-être pas trouver, si tout simplement je créais cette chose telle que je l’imagine… Ces deux heures que j’aurais perdues dans un magasin ou un centre commercial, si je les passais simplement dans une posture créative dans un atelier ou un cours à concevoir la même chose, mais avec toutes les particularités que j’imagine et que je veux créer – au final, je serais sans doute bien plus satisfait(e) du résultat obtenu, même si la peine et la fatigue intellectuelle auront été plus importante. C’est pourquoi je dis que la décroissance, c’est créer par soi-même, libérer sa créativité et libérer en même temps sa propre pensée. Cela va à rebours de la société de consommation telle qu’elle existe actuellement et qui nous présente des produits prêts à l’usage, où notre cerveau n’a pas été sollicité pour le concevoir et où nous n’avons pas été en mesure de participer à son élaboration, ni d’en comprendre les techniques de fabrication. Donc créer par soi-même, c’est sortir de cette logique de consommation aveugle. Créer par soi-même, c’est rejoindre la logique de la décroissance.
Soyez des créateurs, et non des consommateurs!

– Quand je dis « nourriture », je peux cuisiner par moi-même et consommer localement des produits qui ne sont pas issus du monde industriel, des produits dont je peux vérifier l’origine et la provenance. Mais pour cela, il faudra que j’entre dans une démarche créative et volontaire, cela me demandera plus d’effort que d’aller dans le rayon d’un supermarché et de laisser la publicité influencer mes choix de consommation.
– Si je dis « culture » ou « musique », « littérature », je peux aussi entrer dans cette démarche créative, décider que je peux consommer autre chose et devenir un créateur de culture, de musique ou de littérature.
– Si je dis « journalisme », je peux aussi entrer dans cette logique créative, et c’est d’ailleurs le choix qu’a fait ce blog en décidant de publier des traductions et des articles, pour offrir un autre point de vue que celui qui est servi dans les médias. Chacun peut entrer dans cette logique, créer un blog, poster des articles et des opinions, créer du contenu informatif.
– Si je dis « architecture », nous devrions être en mesure de construire également nos propres habitations, sans parler du fait que nos ancêtres (au début du 20ème siècle), eux, savaient encore construire leurs propres maisons, leurs propres habitations, mais que ce savoir est perdu dans le monde actuel, un monde où des centaines (voire des milliers) de gens vivent à la rue dans notre propre pays. Si nous avions les moyens de construire nos propres logements, y aurait-il encore cette crise du logement dans notre pays? Je pose simplement la question.
– Si je dis « mode », ne suis-je pas en mesure de créer mes propres vêtements sur mesure et d’apprendre à fabriquer toutes ces choses que j’achète régulièrement en magasin et qui ne correspondent pas toujours à ce que je cherche: à l’heure où l’on critique tellement le « made in China » et le fait que des enfants soient parfois employés dans des usines du tiers-monde pour fabriquer ces produits consommés dans les pays occidentaux, est-ce que la solution ne serait pas dans cette posture créative où je fabrique mes propres vêtements et où je peux les concevoir moi-même, en maîtrisant la technique, les coûts de fabrication et en maîtrisant les moyens de consommation?
– Si je dis « informatique », cette démarche créative est déjà à l’oeuvre dans tout ce qui relève des logiciels libres, par exemple, car c’est là aussi une démarche qui sort du système habituel de consommation.

En fait, on voit bien que la décroissance est un esprit qui peut s’appliquer à beaucoup de domaines et qui peut réellement changer notre mode de vie de A à Z, et donc changer le monde.

Voilà donc ces pensées pour 2018 et les fêtes de fin d’année, en espérant que tout ce que nous pourrons créer sera un pas de plus vers notre propre liberté (et quand je dis « nous », je veux dire « nous tous » en tant qu’individus, car nous avons tous cette capacité de créer des choses).

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L’Islande va condamner le 9ème banquier reconnu coupable de manipulation du marché qui a contribué à causer le crash de 2008

L’Islande a différé du reste de l’Europe et des États-Unis en permettant que des banquiers soient poursuivis comme des criminels

Independent, par Alexandra Sims, 07/10/2016

Islande a considéré neuf banquiers coupables de crimes liés à la crise économique en 2008.

La Cour suprême à Reykjavik a rendu des verdicts de culpabilité pour tous les neuf accusés dans l’affaire de manipulation du marché de Kaupthing Bank, l’une des plus grosses affaires de ce genre dans l’histoire de l’Islande.

Kaupthing était une grande banque internationale basée à Reykjavik. Pendant des années, celle-ci a observé des plans d’expansion à l’étranger, mais s’est effondré en 2008 sous des dettes énormes.

Elle a été reprise par le gouvernement en 2008 et les opérations nationales ont été fondues dans une nouvelle banque, qui porte maintenant le nom d’Arion Banki.

Le procès au tribunal de l’affaire a commencé en avril 2015 et, en juin de l’année dernière, le Conseil du district de Reykjavik a reconnu coupables sept des neuf accusés, en acquittant deux.

Mais la Cour suprême a annulé les acquittements jeudi, trouvant que l’ancien représentant du service de crédit de la banque, Björk Þórarinsdóttir, et l’ancien PDG de Kaupthing Luxembourg, Magnús Guðmundsson, sont également coupables, rapporte Iceland Monitor.

Les six accusés qui ont été condamnés à des peines de prison en 2015, y compris un des anciens directeurs de la banque, son ancien gestionnaire de crédit, le directeur du conseil d’administration, le directeur des opérations pour compte propre et deux anciens cadres des opérations exclusives.

Leurs peines varient d’une année à plus de quatre ans pour des crimes liés au financement trompeux d’achats d’actions – la banque a prêté de l’argent pour l’achat des actions et a utilisé ses propres actions comme garantie pour les prêts. Ils sont également reconnus coupables d’avoir créé une demande trompeuse pour les actions Kaupthing.

Lire la suite: http://www.independent.co.uk/news/world/europe/iceland-to-sentence-ninth-banker-found-guilty-of-market-manipulation-that-helped-cause-2008-a7349711.html

Une vidéo pour résumer « le mensonge dans lequel nous vivons » dans le monde actuel

L’analyse de 3 économistes du FMI sur « les aspects de l’agenda néolibéral qui n’ont pas donné les résultats que l’on attendait »

Le néolibéralisme, survendu? (Finance & Development, juin 2016)

Au lieu d’apporter la croissance, certaines politiques néolibérales ont augmenté l’inégalité, mettant en péril en retour une expansion durable

Lire l’article de Jonathan D. Ostry, Prakash Loungani, et Davide Furceri paru dans la revue Finance & Development http://images.transcontinentalmedia.com/LAF/lacom/ostry.pdf

Lire « Le néolibéralisme est mort, selon le FMI! » http://www.lesaffaires.com/blogues/l-economie-en-version-corsee/le-neoliberalisme-est-mort-selon-le-fmi-/587919

Assistons-nous au début de la fin de la mondialisation?

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CounterPunch.org, par Murray Dobbin, le 27/05/2016

Au plus fort de la bataille sur l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis (ALE), les plus grands soutiens de l’accord, le Conseil canadien des chefs d’entreprise (les 160 plus grandes entreprises publiques) a sorti des annonces de pleine page promettant au pays que cela apporterait « plus d’emplois, de meilleurs emplois ». Cela avait pour but de contrer la campagne efficace des opposants qui ont averti les Canadiens que des dizaines de milliers d’emplois manufacturiers seraient perdus. Les opposants ont gagné les cœurs et les esprits de la bataille, mais ont perdu l’élection de 1988 sur la question, faisant du Canada et des États-Unis les cobayes du « libre-échange ». Des centaines de ces accords ont été signés depuis, en dépit du fait que les critiques avaient raison: le Canada a perdu quelques 270.000 emplois en conséquence directe.

Depuis 1988, les promoteurs de ces accords de protection des investissements ont régné en grande partie en raison du soutien massif des médias. Mais, près de 30 ans après la première expérience, il y a des signes que, finalement, les citoyens du monde entier commencent à se poser cette question inconfortable: pour qui gouvernent au juste les gouvernements? Malheureusement, cette question est posée beaucoup plus dans l’UE et aux États-Unis qu’elle ne l’est au Canada. Néanmoins, l’opposition à de telles transactions dans ces deux économies centrales pourrait nous sauver de plus qu’eux-spécifiquement le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) et l’offre proposée par le Canada avec l’UE – l’Accord économique et commercial global (AECG). Si l’accord USA-UE (le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement – TTIP) échoue, l’AECG a peu de chance de survivre.

Ce qu’on appelle des accords commerciaux donnent le pouvoir aux sociétés transnationales en compromettant radicalement la capacité de l’État-nation à la gouvernance démocratique. Cette émasculation de la démocratie est accomplie en grande partie par les dispositions investisseur-État qui autorisent les sociétés à poursuivre directement le gouvernement pour les profits perdus en raison de la législation sur l’environnement, la santé ou d’autres lois. Les gouvernements signent ces accords prometteurs avec enthousiasme, promettant les emplois et la croissance. Mais, alors qu’il a fallu près de deux générations, des millions de travailleurs américains ne croient tout simplement plus à la rhétorique.

Lire la suite: http://www.counterpunch.org/2016/05/27/are-we-witnessing-the-beginning-of-the-end-of-globalization/

Sur Joseph E. Stiglitz (2003), La Mondialisation et ses mécontents, New York: W.W. Norton & Company.

Zero Anthropology, 25/04/2016

« Aujourd’hui, la mondialisation est contestée dans le monde entier….pour des millions de personnes, la mondialisation n’a pas fonctionné. Beaucoup ont été effectivement plus durement touchés, alors qu’ils ont vu leurs emplois détruits et leur vie devenue plus précaire. Ils se sont sentis de plus en plus impuissants contre les forces indépendantes de leur volonté. Ils ont vu leurs démocraties affaiblies, leurs cultures érodées ». (Stiglitz, 2003, p. 248)

Il y a au moins deux raisons principales pour lesquelles les approches réformistes passées face aux mesures d’austérité imposées par le FMI, la déréglementation des marchés, la libéralisation du commerce et la privatisation — certains des principes fondamentaux de la mondialisation néolibérale — ont largement tourné court. La première est que les institutions telles que le FMI sont parfaitement antidémocratiques, non représentatives et responsables, tout comme elles sont hystériquement idéologiques, insensibles et donc résistantes au changement. Une autre [raison] est que certaines des réformes proposées sont presque pires que ce qui doit être réformé – ou elles peuvent le sembler avec le temps qui passe. Un exemple serait la proposition selon laquelle le « libre-échange » a été injuste pour les pays en développement (parce qu’il n’est pas libre, quand des pays développés maintiennent des subventions, des tarifs et d’autres protections nationales), alors la meilleure façon d’avoir un commerce équitable c’est de le rendre gratuit absolument partout. Ce qui ressemble maintenant à une généralisation de la misère, — mais cela est « juste » si elle est uniformément répartie. Alors que des pertes d’emplois massives ont balayé le « monde développé » dans une marée montante de désindustrialisation avec l’avènement d’une batterie d’accords de libre-échange, il y en a quelques-uns au bout qui appeleraient cela une étape positive.

Relire La Mondialisation et ses mécontents de Joseph E. Stiglitz dans le contexte actuel (plus d’une décennie depuis qu’il a été publié) pourrait provoquer la prise de conscience que, quelque puisse avoir été la chance de réformer la mondialisation néolibérale, ce temps a passé. Ce que Stiglitz appelle la mondialisation (ce que d’autres appellent le néolibéralisme) était quelque chose qu’il voyait comme une valeur digne d’être sauvée, même en reconnaissant combien largement injuste, inégale, et idéologiquement entraînée, elle ait été. En ce qui concerne les questions de commerce, d’austérité et de privatisation, Stiglitz fait une critique cinglante dans ses remarques sur le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Parlant à titre d’initié, — comme quelqu’un qui a siégé au Conseil des conseillers économiques du président Bill Clinton, puis économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale, — Stiglitz a amassé une connaissance considérable du fonctionnement de ces institutions, mais a néanmoins maintenu un certain niveau de croyance dans les avantages de la mondialisation et a maintenu l’espoir pour la réforme. Sur ces deux fronts, l’optimisme prudent était injustifié.

Lire l’intégralité de l’article: https://zeroanthropology.net/2016/04/25/globalization-beyond-discontent/

Le développement durable est un échec, mais il existe des alternatives au capitalisme

Partout dans le monde, les mouvements de justice environnementale mettent en difficulté le développement axé sur la croissance et le capitalisme néolibéral

capitalism isn't working

The Guardian, par Ashish Kothari, Federico Demaria et Alberto Acosta, le 21 juillet 2015

Face à l’aggravation des crises écologiques et économiques et à la misère sociale continuelle, les deux dernières décennies ont vu deux grandes tendances se dégager parmi celles qui cherchent la durabilité, l’égalité et la justice.

Il y a d’abord l’économie verte et les approches de développement durable qui dominent le prochain sommet sur le climat à Paris et les objectifs de développement durable (ODD) post-2015. À ce jour, ces mesures ont échoué à fournir une harmonisation de la croissance économique, du bien-être social et de la protection de l’environnement.

Les paradigmes de l’écologie politique, d’un autre côté, demandent des changements plus fondamentaux, en contestant la prédominance du développement axé sur la croissance et fondé sur les combustibles fossiles, le capitalisme néolibéral et les formes apparentées de ce qu’on appelle la démocratie représentative.

Cette quête sans fin pour la croissance verra l’autodestruction de la Grèce. (Jennifer Hinton à Athènes)

Les fausses réponses de l’économie verte

Si on regarde la politique environnementale internationale des quatre dernières décennies, le radicalisme initial des années 1970 a disparu.

Le document final du sommet 2012 de la Conférence Rio+20, L’avenir que nous voulons [UN.org], n’a pas réussi à identifier les racines historiques et structurelles de la pauvreté, de la faim, de la non-durabilité et de l’inégalité. Celles-ci comprennent: la centralisation du pouvoir de l’État, les monopoles capitalistes, le colonialisme, le racisme et le patriarcat. Sans diagnostic pour savoir qui ou quoi en est responsable, il est inévitable que les solutions proposées ne seront pas assez transformatrices.

Lire la suite: http://www.theguardian.com/sustainable-business/2015/jul/21/capitalism-alternatives-sustainable-development-failing

Un accord (Iran) en cache un autre (Grèce) et masque le troisième (Corée du Nord) – par Farid DAOUDI

800px-Iran_negotiations_about_Iran's_nuclearPhoto: Accords sur le nucléaire iranien (Wikipédia)

     Beaucoup de confrères de la presse internationale, experts patentés, critiques littéraires, attitrés ou non, seraient enclin d’avoir une réaction épidermique en pensant que les médias laissaient l’essentiel de côté. On a tendance à oublier que les sanctions ont été votées au Conseil de Sécurité par la Russie aussi, comme pour l’Irak et l’Afghanistan… ou encore pour la connivence USA-Russie concernant la Palestine. La presse ne retient que les contradictions actuelles entre ces deux pays. On oublie encore qu’il y a à travers le monde des dizaines et des dizaines de pays et de peuples qui aspirent à l’accès à la science, à la culture et à la suffisance matérielle… et que cela ne leur sera pas facilité par le condominium du monde par les membres permanents du C.S. et leurs alliés directs (Japon, Allemagne, Inde, Pakistan, Israël). Et on oublie le rôle révolutionnaire de la Corée du Nord. Kadhafi a renoncé à l’arme atomique et il a fini tué comme un chien par des agents spéciaux…  Que va-t-il advenir en Iran si le pays ne se couche pas progressivement devant les USA et la Russie ?

L’accord, neutralisant l’Iran à toute prolifération nucléaire militaire, milite pour un équilibre sécuritaire régional assez énigmatique pour la paix mondiale. La Russie, pour cause d’hégémonie, privilégiant, à raison, ses intérêts géostratégiques, est pour autant responsable de la situation présente: en échange de la promesse occidentale de la laisser accéder à l’Organisation Mondiale du Commerce, elle a voté et légitimé les sanctions contre l’Iran qu’il est si difficile d’annuler totalement.

Et en plus, elle s’est gardée anachroniquement de dénoncer le nucléaire israélien, fermant les yeux sur le droit des Palestiniens à se libérer par les armes. Selon la Russie, on peut revenir sur la coupure de l’Allemagne en deux en 1945 et sur beaucoup de frontières depuis 1945, mais s’abstenant de revenir sur la création malhonnête d’Israël par l’ONU coloniale de 1947.

Maintenant, la Russie sait qu’accéder à l’OMC, refuser unilatéralement de vendre des missiles  S-300 à l’Iran, n’empêche pas des « sanctions » économiques contre elle-même.

L’accord imposé ce 14 juillet à l’Iran est un accord inégal, au détriment de tous les pays non nucléaires et non balistiques. Les Iraniens ont accepté faute de mieux, pour le moment. La vérité est que tous les pays du monde ont droit de tirer profit de la science, y compris militairement: pourquoi le droit au nucléaire serait-il naturel pour un pays comme les USA qui ont assassiné des millions de personnes à travers le monde depuis 1945? Et pourquoi les 180 autres États de la planète devraient en être privés et au surplus soumis au bon vouloir de celui-ci?

Par-delà la situation actuelle une question se pose: un pays du poids démographique et industriel de l’Iran peut-il se développer en toute indépendance, face à un boycott des principales puissances du monde?

Malgré le blocus, Cuba a continué d’exister dans des conditions très difficiles. Mais ce pays n’a pas le poids démographique, l’importance économique et les richesses naturelles de l’Iran. De plus, Cuba est une île, alors que l’Iran est un État continental et maritime, frontalier avec cinq pays. Ce pays dispose aussi d’une certaine profondeur stratégique propre, augmentée par la géographie du culte Musulman Chi’ite. Seuls les Iraniens savent si, face aux « sanctions », le régime en place pouvait encore tenir cinquante ans comme à Cuba ou s’il devenait urgent de sauver l’économie.

Une autre forme de réponse à cette question nous est apportée par l’accord de l’Euro-groupe et de l’UE avec la Grèce. La mise sous tutelle de l’Ukraine par les USA et l’UE est encore une illustration de la politique internationale actuelle: le rapport des forces économiques et militaires continue d’être le moteur des relations internationales ; le respect de la souveraineté ne pèse rien. La Grèce est humiliée, soumise à un protectorat collectif européen: à qualification égale, ses citoyens auront un niveau de vie cinq fois inférieur à celui des Allemands et cela pendant au moins quinze ans!

Cela signifie que tous les peuples ne sont pas égaux, qu’il existe une science, une finance des « Blancs » et, une science, une économie, bridées et surveillées, pour les « Coloured nations ».

À l’occasion de cette longue négociation intra-européenne et de celle concernant la Corée du Nord, on assiste à un retour au premier plan de la scène de deux protagonistes vaincus lors de la Seconde guerre mondiale: l’Allemagne et le Japon. Aujourd’hui, le Japon réclame la restitution de Sakhaline ; demain, l’Allemagne rachètera à la Pologne ou exigera tout simplement le retour des « terres de l’Est ». Pour l’Allemagne et le Japon, les vainqueurs avaient effacé la dette et allégé les réparations… On craignait de les voir basculer vers le Pacte de Varsovie.

Résultat, l’Allemagne et le Japon profitent de plus de libertés que l’Iran dans le domaine nucléaire et balistique… Cela est possible parce que ces deux pays sont à présent des alliés dociles aux USA contre la Russie et contre les pays qui aspirent à un développement indépendant, voire à échapper au contrôle et aux limitations américaines. Face à ce bloc agressif, les pays du BRICS veulent une émergence soft, sans confrontation directe aux conséquences incertaines ;  c’est ce qui explique pourquoi les USA continuent de tancer la Russie à ses frontières, alors que celle-ci continue de proposer ses services contre le « terrorisme » dans le cadre de l’ONU dominé pourtant par les Américains.

Mais, tôt ou tard, le sentiment de démocratie internationale entre États imposera la suppression du pouvoir d’intervention en meute des cinq pays du Conseil de Sécurité (chapitre 7 de la charte de l’ONU) et plus particulièrement de liquider l’interventionnisme  des USA qui  contournent à leur convenance les « lois internationales » en recourant à des « alliances » qui n’ont jamais eu valeur de légitimation universelle, dans le respect de la souveraineté des États.

L’espoir d’un changement des relations internationales perdure. Les USA, confirmant ces dernières années leur pouvoir de destruction et de sédition, ont aussi montré au monde entier qu’ils ne peuvent pas remporter plusieurs conflits simultanés de faible ou moyenne intensité.

Ce fut notamment le constat de Che Guevara: ils ne peuvent pas vaincre partout en même temps ; ils ont toujours un point faible. Tout en maintenant les autres zones de conflit, c’est ce point faible qu’il faut enfoncer. Enfin, ce point faible peut être créé à l’initiative de forces révolutionnaires ou encore par d’anciens « valets de l’impérialisme » parvenus au pouvoir et confrontés à la nécessité de développer leur pays – l’attitude récente de l’Arabie saoudite est une ébauche encore incertaine de celles d’Omar Torrijos ou Manuel  Noriegua au Panama ou encore d’Hugo Chavez au Venezuela.

Le principe est simple: tout ce qui nuit aux USA devient bon pour le reste de l’humanité tant que ce pays s’obstinera à vouloir régenter la planète par ses moyens militaires et financiers. Faut-il multiplier les points chauds ou tièdes? La politique US fait toujours des victimes qui n’ont plus rien à perdre ; il faut leur parler, les soutenir. Il est temps pour la « communauté internationale » d’arrêter sa politique de doubles standards et de falsifier l’Histoire. De tout temps, celle-ci  a montré que la juste cause des opprimés  triomphe toujours  de  l’arbitraire; qu’intransigeance, partialité de la loi du plus fort, diplomatique ou militaire, ne rapportent que de faibles dividendes à des ambitions irrationnelles.  Un  processus salvateur: l’avènement d’un monde multipolaire, supplantant l’hégémonie étatsunienne et desservant un support éducatif décadent.

    Farid DAOUDI – Journaliste (Tlemcen-Algérie)

Du même auteur: « Le Liban insoumis » paru sur Alterinfo.net.

Million Mask March 2015 – Communiqué de presse officiel des Anonymous


Million Mask March, 5 Novembre 2015

AnonInsiders.net, le 23 juillet 2015

Bonjour au monde,

Nous sommes Anonymous.

Trop nombreux sont ceux d’entre nous qui luttent dans cette cacophonie de tromperie que nous imposent nos institutions gouvernementales détenues par des sociétés. Nous ne sommes en effet pas libres, mais serviles face aux institutions financières qui ont leurs toiles jetées sur toutes les facettes de la civilisation. L’argent qu’utilisent ceux qui ont le pouvoir pour propager votre esclavage n’est qu’une pure illusion. Ils créent votre valeur, votre fibre d’existence et la majorité d’entre nous sont sous contrôle. Cela doit changer.

Nous avons besoin de leurs machines. Nous sommes leurs machines. Ils dévorent les fruits de notre travail.
Nous avons eu une idée, et cette idée a grandi comme une traînée de poudre dans les cœurs et les esprits de l’humanité à travers le monde. Ils ont essayé de tuer cette idée, mais maintenant nous avons grandi plus forts que jamais. Nous sommes l’antibiotique pour guérir la maladie du cancer anti-humanitaire.

Nous ne prêchons pas depuis des socles élevés pour dire aux gens ce qu’il faut faire, parce que nous sommes vous. Nous devons tous travailler ensemble collectivement.

Les gens croient que nous ne disposons d’aucune réponse ou solutions, mais nous – les esprits techniques – l’avons réellement. La majorité d’entre nous croient en un gouvernement Open Source soutenu par une économie axée sur les ressources à l’échelle planétaire. Si un système d’exploitation informatique d’un ordinateur fonctionne mal, il est remplacé. Nous voyons les gouvernements comme des systèmes d’exploitation mondiaux défectueux, plein de bugs et de rapports d’erreur. Appuyer le bouton d’arrêt et simplement redémarrer ne va pas aider la manière dont sont corrompus ces systèmes d’exploitation devenus mondiaux. Le reformatage et l’installation d’un gouvernement humanitaire fondé en open source assurera l’égalité pour tous.

Nous sommes une seule espèce, et nous avons besoin d’évoluer en tant que telle. Il n’y a aucune raison pour qu’une élite choisie puisse en acquérir tellement, tandis que la majorité souffre quand nous avons la technologie qui permettrait à chaque homme, femme et enfant sur terre de vivre mieux que les 1%.

Ce 5 Novembre, marchez avec nous. Portez votre visage ou cachez votre identité derrière un masque.
Nous avons besoin de vous. Nous sommes vous.
Eux, ceux qui sont en charge de votre pays, ceux qui envoient les pauvres mourir dans des pays étrangers, en raison des ressources, en raison des rancunes, du racisme, et parce qu’ils le veulent; ce sont ceux qui ne changeront jamais.
Nous, le peuple, nous ne voulons pas la mort, nous ne voulons pas de leurs guerres d’usure. Nous voulons la paix, nous voulons que nos enfants vivent de plus en plus vieux en ayant un avenir. Nous devons nous battre pour notre avenir.

Nous devons évoluer au-delà de notre égoïsme et apprendre l’altruisme. Nous devons vivre jusqu’à devenir ce que nous sommes supposés être: humanitaires.

Nous sommes sur le point de percer des découvertes scientifiques incroyables dont toute l’humanité peut bénéficier. Ne prenons pas notre avidité dans l’univers avec nous. Nous ne voulons pas être un cancer malveillant dans l’immensité d’un bel univers inexploré.

Nous sommes la révolution.

Nous sommes Anonymous,

Attendez-vous à nous.

Source: https://anoninsiders.net/million-mask-march-2015-official-press-release-3089/

Alternatives et solutions humaines face à la crise grecque: « Ne vivons plus comme des esclaves », de Yannis Youlountas (2013)

« Ne vivons plus comme des esclaves »

Appel à souscription pour le prochain film de Yannis Youlountas: http://jeluttedoncjesuis.net/