Stratfor Files: L’Argentine répond fermement aux déclarations du Premier Ministre britannique sur les Malouines

David Cameron, Premier Ministre britannique en plein discours, aux USA

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Date 2011-06-17 12:30:53
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Réponse cinglante du gouvernement à la déclaration du Premier ministre britannique sur les Malouines

Rapport de Guido Braslavsky : « Londres met un « point final » à l’affaire des Malouines : réponse cinglante de l’Argentine » ; Clarin.com.
Jeudi 16 juin 2011 20 : 20 :34
Dans un communiqué publié hier soir, le ministre des Affaires étrangères a déclaré qu’il « déplore » le fait que le gouvernement britannique « revendique l’autorité de mettre un terme à l’histoire du conflit de souveraineté sur les îles ». Il a également accusé Londres de faire montre d’un « mépris permanent » et d’afficher « un manque de respect pour le droit international » en ce qui concerne le mandat de l’ONU et les appels de la communauté internationale pour que les deux pays reprennent les négociations.

Le Ministre des Affaires étrangères Hector Timerman s’est servi de Twitter pour alimenter une dispute avec Cameron, rejetant l’expression « fin de l’histoire » que le politologue américain Francis Fukuyama avait introduit dans les discussions globales des années 1990. « Aux Malouines, je dis au Premier ministre que la fin de l’histoire n’est jamais une décision prise par une seule personne, quel que soit son sentiment de toute-puissance », a twitté le ministre des Affaires étrangères.

Ce nouvel échange diplomatique a eu lieu mercredi, au lendemain du 29ème anniversaire de la fin de la guerre, laquelle coïncide avec la chute de Puerto Argentino (Port Stanley) ; date que les Kelpers célèbrent comme « Jour de Libération ». Cameron s’est ensuite adressé au parlement britannique, confirmant la position officielle du Royaume-Uni sur la question des Malouines : il refuse de négocier la souveraineté, à moins que les Kelpers lui demandent de le faire.

« Tant que les Malouines manifestent l’intérêt de rester un territoire sous souveraineté britannique, elles doivent continuer à être un territoire sous souveraineté britannique. Point final. Fin de l’histoire », Cameron a t’il déclaré énergiquement, considérant la question comme close.

Comme il le fait chaque semaine, le Premier ministre du Parti conservateur est allé à la Chambre des communes pour présenter son rapport. La question des îles malouines a fait surface pendant la séance consacrée aux questions, période pendant laquelle des questions orales peuvent être posées sur les problèmes qui ne sont pas à l’ordre du jour. Le problème a été soulevé lorsqu’un député du Parti conservateur, Andrew Rosindell, a demandé à Cameron de rappeler au président Barack Obama lors de leur prochaine réunion que Londres n’acceptera jamais aucune négociation quelle qu’elle soit en ce qui concerne l’archipel de l’Atlantique sud. Cette préoccupation était motivée par le fait que la semaine dernière l’OEA ait exhorté l’Argentine et le Royaume-Uni à se rencontrer afin de négocier la question des Malouines « dès que possible ».

Cette semaine, Cristina Kirchner a réitéré cette demande à deux reprises. Elle l’a d’abord fait lundi pendant la visite du Secrétaire général Ban Ki-moon à Buenos Aires, en présence de qui elle a renouvelé sa demande que le Royaume-Uni respecte les résolutions de l’ONU et a critiqué le deux poids, deux mesures que les nations les plus puissantes appliquent dans les relations internationales. Elle est revenu sur la question mardi, lorsqu’elle inaugurait l’héliport présidentiel « Roberto Mario Fiorito ». Son nom est un hommage au seul pilote d’hélicoptère mort lors de la guerre de 1982. Lors de cette cérémonie, la présidente a également délivré un DNI (document national d’identité) à James Peck, qui est né à Port Stanley en 1968. Il est Kepler de quatrième génération et fils d’un ancien combattant britannique, et  a plus tard choisi de devenir citoyen argentin.

En mai 2010, Cristina a parlé avec Cameron lors du Sommet de l’Union de Madrid « Amérique latine –Europe » Dans le discours qu’elle y a fait la présidente avait de nouveau exhorté le Royaume-Uni à négocier, Londres opposa son refus habituel, déclarant qu’il considère les îles comme un « territoire d’outre-mer » qui appartient au Royaume-Uni.

Ces dernières années, les relations bilatérales sont devenues plus tendues en raison de la décision britannique d’autoriser les explorations d’hydrocarbure au nord des îles. A cela, l’Argentine a répondu avec un décret émis en février 2010 obligeant les navires en route vers les îles et qui souhaitent traverser la mer argentine ou mouiller dans les ports argentins à demander l’autorisation au gouvernement argentin. Il a également promulgué la loi 2659, laquelle pénalise les entreprises qui procèdent à des explorations sur le plateau continental argentin sans avoir obtenu la permission du gouvernement argentin.

Dans un autre rapport écrit en espagnol et publié le 16 juin La Nacion ajoute : « Le Premier ministre britannique a confirmé le droit des insulaires à l’autodétermination ».

C’était une réponse direct et quasi- automatique aux revendications que l’Argentine venait de rappeler à l’Organisation des Nations Unies et au soutien qu’elle avait reçu de l’OEA. Hier, le Premier ministre britannique David Cameron a déclaré au Parlement britannique que la souveraineté des Malouines « n’est pas négociable » et il a confirmé le droit à l’autodétermination des insulaires.

Ce faisant, le gouvernement britannique a tué dans l’œuf les récentes tentatives de la Casa Rosada pour entamer des pourparlers avec Londres concernant la souveraineté. Cameron, un membre du Parti conservateur, était présent hier au Parlement britannique et a abordé, entre autres, la question des Malouines.

En réponse au député conservateur Andrew Rosindell qui suggérait à Cameron que lors de sa prochaine rencontre avec le président Barack Obama, il lui dise que la Grande-Bretagne ne sera jamais d’accord pour négocier la souveraineté de l’île avec l’Argentine, le Premier ministre a parlé avec force : « Tant que les Malouines manifestent l’intérêt de rester un territoire sous souveraineté britannique, elles devront continuer à être un territoire sous souveraineté britannique. Point final. Fin de l’histoire ».

La demande de Rosindell a été faite la semaine dernière, après que l’OEA, dont les Etats-Unis sont également membres, ait unanimement exhorté l’Argentine et la Grande-Bretagne à se rencontrer « dès que possible » pour négocier en vue de trouver une solution au conflit.

Cameron a également tenu ces propos au cours de la semaine même pendant laquelle la présidente Cristina Kirchner et le secrétaire général Ban Ki-moon se sont réunis à Buenos Aires, et elle a renouvelé la requête argentine auprès de Londres de négocier la souveraineté de l’île avec Buenos Aires et de se conformer à la résolution de l’ONU qui incite les nations à se réunir afin de négocier lorsque des situations conflictuelles surgissent.

Il y a deux jours, lorsqu’elle a inauguré l’héliport présidentiel Roberto Mario Fioriti, nommé en l’honneur du seul pilote d’hélicoptère décédé dans la Guerre des Malouines ; il est mort lorsqu’il venait en aide à un bateau de pêche ; la présidente a déclaré : « Affirmer avoir une hégémonie géographique à une distance de plus de 14 000 kilomètres frise le ridicule ».

‘Arrogance’

Il n’y a pas que du guano, des algues et du poisson aux îles Malouines…

Hier, sept heures après que Cameron ait parlé, le gouvernement a dénoncé les propos tenus par le premier ministre britannique. Un communiqué du ministère des Affaires étrangères proclame : « L’Argentine déplore le fait que le gouvernement du Royaume-Uni s’arroge, avec une arrogance lamentable, le pouvoir de mettre fin à cette histoire, se référant à un conflit de souveraineté dont l’existence a été reconnue par les Nations-Unies et qui est toujours dans l’attente d’être résolu ».

« Le gouvernement a déclaré que la Grande-Bretagne fait preuve d’un mépris constant à l’égard du nouveau mandat des Nations-Unies et à l’encontre des multiples appels de la communauté internationale exhortant l’Argentine et le Royaume-Uni à reprendre les négociations afin de parvenir à une solution au conflit de souveraineté concernant les Îles Malouines ».

Pendant ce temps, à New York, l’ambassadeur argentin aux Nations-Unies, Jorge Arguello, a déclaré que « la communauté internationale doit juger consciencieusement jusqu’à quel point il est approprié de continuer à reconnaître le statut de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies aux pays qui ignorent ou violent systématiquement les décisions de l’Assemblée générale ».

Arguello a également annoncé que « les déclarations de M. Cameron confirment que le Royaume-Uni défendra ses intérêts par n’importe quel moyen. Ils ne sont pas prêts à agir conformément à la loi, mais semblent déterminés à défendre leur position de facto dont les origines remontent à l’utilisation de la force au 19ème siècle ».

« Les propos de Cameron ont été tenus un jour après que le gouvernement ait donné un DNI à James Peck, un indigène des îles Malouines, et le fils d’un ancien combattant britannique (qui a combattu dans la guerre de 1982. Peck a choisi de devenir citoyen argentin). »

(Description des sources : Buenos Aires Clarin.com en espagnol – version en ligne extrêmement consultée, quotidien en format tabloïd propriété du group de médias Clarin ; généralement critique envers le gouvernement ; URL : http://www.clarin.com. )

Le matériel de World News Connection est généralement la propriété de la source citée. L’autorisation d’exploitation doit être demandée au propriétaire. Toute demande de renseignement concernant l’exploitation peut être adressée au NTIS, le département américain de commerce.

Traduit via le Forum WikiLeaks par Dragonfly84

Lien vers l’article original: https://wikileaks.org/gifiles/docs/2985193_united-states-americas-government-replies-to-british-pm-s.html

Traduit en français: https://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14517.0.html

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Mais que fait donc Washington dans la région du Chaco?

Des câbles diffusés par WikiLeaks montrent un fort intérêt états-unien dans une vaste zone à cheval sur le Paraguay, la Bolivie et le nord de l’Argentine.
Par Nikolas Kozloff, le 24 juillet 2012

La guerre du Chaco, ayant opposé la Bolivie et le Paraguay, continue d’alimenter des doutes dans la région [GALLO/GETTY]

Récemment, une foule d’individus et d’organisations à travers l’Amérique Latine ont attiré l’attention sur l’état tumultueux de la politique au Paraguay, où le Président démocratiquement élu Fernando Lugo a été destitué par l’Assemblée Nationale du pays dans des circonstances quelque peu suspectes. Dans une lettre de protestation, les signataires ont dessiné une théorie assez incendiaire. Ils attestent, par exemple, que le US Southern Command voulait le voir partir comme ayant été le dirigeant paraguayen qui s’était opposé à la militarisation US de son pays.

Nous savons déjà qui a renversé Fernando Lugo et pourquoi, » ont-ils ajouté. « El Chaco… ne peut être laissé au [Paraguay]… ou à son peuple; [la région a] été prévue pour l’occupation et l’extraction par des multinationales à travers des méga-projets et de la terreur financés par des ressources publiques. Le coup au Paraguay, comme d’autres similaires en Amérique Latine, a été  accompli par et pour les multinationales et leurs partenaires parmi l’élite locale. »

« El Chaco » est une vaste, aride et inhospitalière bande de territoire constituée de plaines et de savanes. Le territoire comprend une bonne part du Paraguay, de la Bolivie et du nord de l’Argentine, et contient des ressources naturelles abondantes. Par conséquent, le Chaco a fait l’objet de beaucoup de combats et de convoitise de la part des nations du voisinage ainsi que de multinationales étrangères. De 1932 à 1935, la Bolivie et le Paraguay se sont affrontés lors de ce qui est depuis connu comme la guerre du Chaco. A l’époque, on pensait que le Chaco contenait des gisements lucratifs d’hydrocarbures et chaque pays espérait se remplir les poches grâce à ce bon filon qui arrivait.

Une histoire d’intrigue

Bien que la Bolivie semblât disposer de grands avantages sur le Paraguay, ses troupes souffraient de manque de moral et moururent en grands nombres à cause de maladies et de morsures de serpents. A la fin de ce conflit futile et ruineux, 100.000 hommes avaient perdu la vie. Le Paraguay contrôlait la majeure partie du territoire disputé à la conclusion de la guerre, mais en petit prix de consolation, la Bolivie reçut l’accès au fleuve Paraguay. La guerre du Chaco s’avéra psychologiquement dévastatrice pour la Bolivie, en particulier parmi les jeunes officiers éduqués qui accusaient les compagnies pétrolières internationales d’avoir manipulé la nation à faire la guerre dès le départ.

Avant le conflit, Standard Oil, une entreprise basée aux USA, avait découvert du pétrole en Bolivie orientale et pensait qu’il y en avait encore dans le Chaco paraguayen. Malheureusement, son concurrent britannique, Shell Oil, possédait les droits d’exploration dans la région. Pendant la guerre, les deux firmes étaient en opposition, avec Standard soutenant la Bolivie et Shell appuyant le Paraguay.Il est spéculé que le diplomate, homme d’affaires et lobbyiste états-unien Spruille Braden ait joué un rôle particulièrement ignoble durant la guerre du Chaco en travaillant comme agent pour la Standard Oil.

A ce jour, la guerre du Chaco continue d’alimenter des suspicions entre les dirigeants régionaux. Récemment la Présidente de l’Argentine Cristina Fernández de Kirchner a fait la remarque que le conflit avait « l’odeur du pétrole » et déclaré que Braden avait joué un rôle en sous-main pour déclencher la guerre. De plus, pendant une cérémonie commémorative de la guerre du Chaco en 2009, le Président de Bolivie Evo Morales a déclaré que le conflit « avait été une guerre injuste pour le pétrole » dans les « intérêts d’empires tels les USA ou l’Angleterre. » L’ancien Président du Paraguay Fernando Lugo a ajouté que « la souveraineté de notre peuple ne sera plus menacée par des intérêts étrangers ou des forces multinationales qui nous ont confronté par le passé. »

Au temps pour les précédentes tribulations diplomatiques, mais y a-t-il quelque preuve que les USA jouent un rôle en sous-main dans le Chaco aujourd’hui? Et qu’en est-il du retrait du pouvoir de Lugo au Paraguay – le contrôle sur le Chaco est-il lié de quelque manière à la récente crise politique? Le public se doit d’être prudent avant d’embrasser des théories du complot sans être capable de fournir assez de preuves, et je suis aussi sceptique que n’importe qui.

Cependant, à l’éclairage de la correspondance confidentielle US diffusée par WikiLeaks, tout comme de rapports de presse ordinaires, il semble plutôt sûr d’affirmer que Washington a été obsédé par le Chaco. En plus, à la lumière de plusieurs étranges voire bizarres développements récents qui sont difficiles à mettre sur le compte d’une simple « coïncidence », il paraît raisonnable d’avancer la conjecture que la destitution de Lugo était liée par certains aspects à l’intrigue du Chaco.

Qu’y a-t-il derrière la présence US au Chaco?

La perspective que le Paraguay et la Bolivie enterrent la hache de guerre pour le Chaco et s’allient sur des lignes politiquement gauchistes n’était guère alléchante pour Washington. Comme je l’ai décrit ailleurs, à la fois l’ancienne Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice et l’actuelle Hillary Clinton voyaient la gauche paraguayenne avec méfiance. Ce qui semblait le plus les effrayer fut la notion que Fernando Lugo puisse cultiver des liens avec des nations comme le Vénézuela, qui était allié avec Evo Morales en Bolivie.

Si jamais elle portait ses fruits, une telle alliance pouvait former une sombre menace pour des opérations militaires US sensibles. Pendant des années, les forces US ont opéré au Paraguay sous le Southern Command pour ostensiblement fournir des soins médicaux en zone rurale. Cependant, certains ont suggéré qu’ils étaient en réalité là pour espionner les mouvements hauchistes ou les leaders paysans.Quoiqu’il en soit, il semble que les troupes US ont été déployées vers la région isolée du Chaco pour leurs missions d’entraînement.

En effet, selon le journal argentin Clarin, des techniciens US ont construit une base aérienne à la ville du Chaco paraguayen de Mariscal Estigarribia. En 2005, un correspondant du journal a visité l’installation, décrivant la base comme « un énorme porte-avions au milieu du désert ». Par ailleurs, la piste d’atterrissage était très large et pouvait accueillir des bombardiers B-52, bien que l’armée de l’air paraguayenne n’ait pas de tels avions dans son arsenal.

En 2006, encore deux ans avant que Lugo n’assume ses fonctions présidentielles, des diplomates ont rapporté que des forces US opéraient dans le Chaco afin « d’explorer des sites possibles pour de futurs exercices d’assistance humanitaire ». En fait, par contre, le Département d’Etat lui-même semble ne pas avoir été au courant de ce que le Pentagone fabriquait au Paraguay (effectivement, selon le Washington Office on Latin America (Bureau Central sur l’Amérique Latine), deux membres d’une équipe des US Special Forces agissant à couvert ont été impliqués dans une fusillade mortelle en 2004. Tragiquement, l’échange de coups de feu eut comme résultat le décès d’un Paraguayen qui essayait de voler les soldats. Apparemment, le Pentagone avait complètement caché l’existence de l’équipe à l’ambassade US à Asunción).

La Bolivie et les USA jouent de l’influence

Redoutant l’encerclement, le Vénézuela et la Bolivie ont répliqué et annoncé « un accord pour construire une nouvelle base militaire le long de la région frontalière disputée du Chaco (à Puerto Quijarro) ». Plus tard, le président paraguayen confronta Evo Morales aux Nations Unies pour avoir une explication.

Apparemment remonté contre Asunción, Morales n’était pas d’humeur à céder, et envoya plus tard des officiers militaires au-delà de la frontière dans le Chaco paraguayen pour espionner et poser des questions sur les opérations militaires US. L’incident inquiéta non seulement l’ambassade US à Asunción, mais aussi des officiers de droite au Paraguay.

Pendant ce temps, des sénateurs conservateurs ont dit à l’ambassadeur US que le Vénézuela et la Bolivie voulaient « nous bousculer un peu ». Spécifiquement, les militaires paraguayens étaient « très inquiets que la Bolivie se réarme et projette de développer plusieurs nouvelles installations militaires avec l’assistance du Venezuela ». Le corps des officiers, qui était toujours échaudé de « l’angoisse » de la dispute du Chaco, voulait de nouvelles armes et de la technologie des USA pour « compenser cette menace ».

L’ambassade US en était enthousiaste, notant que « Le poste continuera de pousser pour davantage de coopération militaire ». En dépit de telles assurances, cependant, les militaires paraguayens continuaient de s’inquiéter de « persistantes aspirations irréductibles à l’intérieur de certains segments de l’armée bolivienne à du territoire dans le Chaco ». En un écho de la guerre du Chaco, des diplomates ont expliqué que « des découvertes de ressources de gaz naturel d’une importance commerciale potentiellement significative pourraient alimenter le feu de telles inquiétudes. »

Quelques jours avant l’élection paraguayenne de 2008, le Colorado Party (à droite) se prit d’inquiétude que Lugo puisse gagner. Un sénateur du Parti Colorado déclara à des diplomates US que Washington « échouait » dans son approche de l’Amérique Latine et devrait « travailler avec les militaires paraguayens pour construire une base militaire dans le Chaco pour combattre le trafic de stupéfiants en plein essor (et pour écarter toute idée au Brésil ou de la Bolivie de violer la souveraineté paraguayenne) ».

Le régime Morales à La Paz sonna l’alarme à son tour, accusant les USA de vouloir établir une base militaire dans le Chaco « dans le but de surveiller l’activité en Bolivie ou tenter de contrôler des ressources énergétiques dans les régions paraguayenne et bolivienne du Chaco ». Inquiet d’un encerclement croissant, le ministre bolivien de la défense a fait le voyage au Paraguay et demandé au gouvernement d’Asunción « de ralentir sa relation inter-armées avec les USA ». Le Parti Colorado et « beaucoup de responsables militaires de même idée » ont repoussé la Bolivie et renvoyé le ministre chez lui.

Le Paraguay et la Bolivie enterrent la hache de guerre

Puisque nous n’avons pas accès à la documentation du Pentagone, sans parler d’autres agences de renseignement US, il n’est pas clair quelles actions concrètes l’établissement de la défense fit en relation avec le Chaco. Toutefois, jugeant d’après les câbles diffusés par WikiLeaks, les responsables US étaient amènes avec le Paraguay, avec un diplomate faisant la remarque que les demandes d’assistance du Parti Colorado étaient compréhensibles. « Avec un peu de chance, avec le nouveau président du Paraguay, nous pourrons en faire plus, » écrivait l’ambassade à Asunción.

L’élection de Lugo jeta un boulon dans la géostratégie régionale des USA. Bien que le nouveau président paraguayen ne fusse pas un radical, il émargea une politique étrangère de plus en plus indépendante et commença à limiter le rôle du Pentagone dans son pays. Pire encore, Lugo fit rapidement part de son désir d’enterrer la hache de guerre avec la Bolivie et s’envola pour La Paz pour y rencontrer Morales en personne. Dans une envolée de rhétorique, Lugo fit la remarque que « l’âge de l’impérialisme est terminé en ce nouvel âge de l’Amérique Latine » et que l’avenir des relations de l’Amérique Latine avec les USA seraient « basées sur le respect, l’équité et la justice ».

Si cela ne suffisait pas pour offenser les pouvoirs en place, Lugo conduisit également une rencontre symbolique avec Morales dans la ville rurale du Chaco paraguayen de Mariscal Estigarribia pour commémorer le 74ème anniversaire de la fin de la guerre du Chaco. Les deux dirigeants ont signé une déclaration conjointe de paix et donné des discours, Lugo proclamant que les deux nations latino-américaines avaient « appris que l’intégration de leurs peuples est plus importante que l’héritage laissé par le sang des Boliviens et des Paraguayens versé sur la terre du Chaco ».

Morales semblait espérer que de telles affinités idéologiques amèneraient Lugo à réduire les liens militaires entre le Paraguay et les USA. Quand la Bolivie demanda au Paraguay des clarifications sur de présumées bases US sur son territoire, Lugo nia leur existence mais déclara plus tard qu’il allait ouvrir une enquête. Il va sans dire que de telles proclamations n’étaient pas du goût de la droite nationaliste à l’Assemblée paraguayenne, qui était chagrine de tout rapprochement avec la Bolivie.

Post-scriptum: qui a viré Lugo et le Chaco argentin

C’est sûr, il n’y a pas de « flagrant délit » prouvant que les USA aient joué un rôle dans la sortie récente de Lugo, mais certains rapports sont extrêmement soupçonneux en termes de calendrier. En effet, comme par hasard, un député de la frange droite du Parti Colorado qui présidait le Comité de l’Assemblée sur la Défense rencontra du personnel militaire US peu de temps après la destitution de Lugo. Selon le journal mexicain La Jornada, ses collègues et lui ont parlé aux états-uniens de la construction d’une base militaire dans le Chaco. Le législateur remarqua qu’une base au Chaco était « nécessaire » parce que la Bolivie constituait « une menace pour le Paraguay ».

Et si ce rapport ne suffisait pas à se faire hausser les sourcils, les USA ont aussi engagé des efforts conséquents pour assurer une base militaire dans le Chaco argentin, de l’autre côté de la frontière du Paraguay. Comme au Paraguay, le Pentagone déclara que la base était nécessaire pour fournir une assistance humanitaire locale. Les diplomates US, dans le même temps, ont obtenu le soutien d’un gouverneur régional pro-US pour le projet. Hélas, pour le plus grand échec du Southern Command, le gouvernement argentin a décidé de geler l’initiative à la suite du tollé de la société civile.

A la lumière des preuves, il est bien clair que Washington veuille établir un point d’appui dans le Chaco. Peut-être que la question plus intéressante, par contre, est pourquoi? Peut-être que les USA veulent surveiller le trafic de drogue dans le Chaco, ou alors désirent le contrôle des ressources stratégiques. Peut-être que Washington cherche à empêcher le Paraguay d’entrer dans une alliance gauchiste avec la Bolivie, ou elle cherche à encercler l’étoile montante du Brésil. Ou peut-être que c’est juste une combinaison des trois. Quoiqu’il en soit, par contre, cela impliquera forcément des magouilles.
Vous pouvez suivre Nikolas Kozloff sur Twitter: @NikolasKozloff

Source: http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2012/07/2012718115122519807.html

Traduit depuis le web par willsummer

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