Les 8 théories de la conspiration gouvernementale. Conspiration #7: Le gouvernement organise des attaques terroristes contre lui-même

La vérité: les responsables militaires ont une fois suggéré la mise en scène de fausses attaques terroristes pour justifier la guerre avec Cuba.

northwoodsmemorandum-1Mémorandum de Northwoods (Wikipedia)

Au début des années 1960, les chefs d’état-major ont proposé l’impossible: une attaque américaine sur l’Amérique. Le plan proposait de fausses attaques terroristes sur des villes et des bases américaines. L’objectif? Blâmer Cuba et rallier un soutien pour la guerre.

Les responsables ont appelé la proposition Opération Northwoods. Le mémo original a suggéré que, « Nous pourrions développer une campagne cubaine de terreur communiste dans la région de Miami, dans d’autres villes de la Floride, et même à Washington ».

Northwoods suggérait que le personnel des États-Unis pourrait se déguiser en agents de Cuba. Ces soldats infiltrés pourraient brûler des munitions et couler des navires dans le port de la baie de Guantanamo. « Nous pourrions faire exploser un navire américain et blâmer Cuba », dit le mémo.

Northwoods a également inclus un plan pour «couler une cargaison de Cubains en route vers la Floride (réel ou simulé) » et suggéré « un incident qui démontrera qu’un avion cubain a attaqué et abattu un vol charter civil. » Les responsables avaient prévu pour simuler un détournement commercial, l’atterrissage en secret de l’avion tandis qu’un drone identique s’écrasait à proximité.

Quand les attaques seraient terminées, le gouvernement publierait des documents compromettants « justifiant la participation cubaine… L’opinion mondiale et le forum des Nations Unies devraient être affectés favorablement en développant l’image internationale du gouvernement cubain comme imprudente et irresponsable ».

Le président Kennedy a rejeté la proposition.

Source: http://mentalfloss.com/article/33497/8-government-conspiracy-theories-and-how-they-could-be-right

Le discours de John F. Kennedy du 27 avril 1961, l’échec de la Baie des Cochons et la mise en garde contre l’existence des sociétés secrètes

Discours de John F. Kennedy sur les sociétés secrètes

Quelques jours après l’échec de l’invasion de la baie des Cochons à Cuba, John F. Kennedy prononce, le 27 avril 1961, un discours qui est resté célèbre et où il semble pointer les responsabilités de la presse américaine face à cet échec tant militaire, politique, que diplomatique. Il met en garde sur les responsabilités de la presse face à la « sécurité nationale » du pays, et ce n’est pas pour rien qu’il le dit, puisque l’information concernant une invasion de Cuba avait été divulguée dans la presse bien avant les événements:

« En quelque sorte, l’indication du plan a été divulgué à la presse. Le 10 janvier 1961, le New York Times a publié un article en première page sous le titre « Les U.S. aident à entraîner une force anti-castriste dans une base secrète du Guatemala. » (Source: Britannica)

Dans ce discours, John F. Kennedy évoque aussi l’existence des « sociétés secrètes ». Beaucoup ont interprété ces mots comme un avertissement face à un complot venant de l’intérieur même du gouvernement américain. Cet avertissement semble directement lié à l’épisode de la baie des Cochons. John F. Kennedy fait sans doute référence au système soviétique basé sur le secret et la censure.

Mais on peut aussi se demander si le président américain n’a pas voulu désigner à travers ce terme de « sociétés secrètes » les personnes qui ont permis – au sein des services secrets ou au sein du gouvernement des Etats-Unis – de divulguer à la presse l’information sur l’invasion de la baie des Cochons à Cuba, mettant ainsi en péril les plans d’invasion et menant l’administration américaine à un échec diplomatique mondial face à la Russie.

On apprend aussi dans l’article d’un journaliste du Washington Post que la CIA avait maintenu les opérations d’invasion à Cuba, tout en sachant que « les russes avaient été avertis de la baie des Cochons ». Ceci remet profondément en cause l’efficacité des services secrets américains et cela pose la question de savoir pourquoi une telle erreur a été permise, et éventuellement de savoir si cette erreur des services secrets a été intentionnelle ou pas.

Reste à savoir si John F. Kennedy dénonçait simplement les méthodes secrètes qui avaient permis à la presse de recueillir des informations confidentielles sur ce projet d’invasion, ou bien si, tout en dénonçant le communisme et la censure officielle, il pointait également du doigt l’existence d’une société secrète réelle au sein du gouvernement américain ou d’espions oeuvrant contre l’intérêt des Etats-Unis et de leur pays, en pleine guerre froide avec la Russie.

Le Président et la Presse: Adresse devant l’Association américaine des éditeurs de journaux, le 27 avril 1961

JFK Library

I.

Le mot même de «secret» est répugnant dans une société libre et ouverte; et nous sommes en tant que peuple intrinsèquement et historiquement opposés aux sociétés secrètes, aux serments secrets et aux procédures secrètes. Nous avons décidé il y a longtemps que les dangers de la dissimulation excessive et injustifiée de faits pertinents dépassent de loin les dangers qui sont cités pour la justifier. Même aujourd’hui, il est de peu de valeur de s’opposer à la menace d’une société fermée en imitant ses restrictions arbitraires. Même aujourd’hui, il y a peu de valeur dans l’assurance de la survie de notre nation si nos traditions ne survivent pas avec elle. Et il est d’un très grave danger qu’un besoin annoncé pour plus de sécurité soit saisi par ceux qui sont inquiets de développer son sens dans les limites mêmes de la censure officielle et de la dissimulation. Car je n’ai pas l’intention de le permettre dans la mesure où cela reste sous mon contrôle. Et aucun fonctionnaire de mon administration, que son rang soit élevé ou bas, civil ou militaire, ne doit interpréter mes paroles ici ce soir comme une excuse pour censurer les informations, pour étouffer la dissidence, pour couvrir nos erreurs ou pour cacher à la presse et au public les faits qu’ils méritent de connaître.

Mais je demande à chaque éditeur, chaque rédacteur et chaque journaliste de la nation de réexaminer ses propres normes, et de reconnaître la nature du péril de notre pays. En temps de guerre, le gouvernement et la presse se sont joint habituellement dans un effort basé en grande partie sur l’auto-discipline, pour empêcher des divulgations non autorisées à l’ennemi. En temps de « danger clair et présent », les tribunaux ont statué que même les droits privilégiés du Premier Amendement doivent céder le pas au besoin du public pour la sécurité nationale.

Aujourd’hui aucune guerre n’a été déclarée – et aussi acharné que le combat puisse l’être, il peut ne jamais être déclaré d’une façon traditionnelle. Notre mode de vie est menacé. Ceux qui se font notre ennemi s’avancent autour du globe. La survie de nos amis est en danger. Et pourtant aucune guerre n’a été déclarée, aucune frontière n’a été franchie par des troupes en marche, aucun missile n’a été tiré.

Si la presse s’attend à une déclaration de guerre avant d’imposer l’autodiscipline des conditions de combat, alors je peux seulement dire qu’aucune guerre n’a jamais posé une si grande menace pour notre sécurité. Si vous attendez le verdict d’un « danger clair et présent », alors je peux seulement dire que le danger n’a jamais été plus clair et que sa présence n’a jamais été plus imminente.

Cela exige un changement de perspective, un changement de tactique, un changement dans les missions – par le gouvernement, par le peuple, par chaque chef d’affaires ou responsable professionnel, et par tous les journaux. Car nous sommes confrontés dans le monde à une conspiration monolithique et impitoyable qui repose principalement sur des moyens secrets pour étendre sa sphère d’influence – sur l’infiltration plutôt que l’invasion, sur la subversion plutôt que les élections, sur l’intimidation plutôt que le choix libre, sur la guérilla de nuit au lieu des armées de jour. C’est un système qui a enrôlé de vastes ressources humaines et matérielles dans la construction d’une machine très serrée, extrêmement efficace, qui combine des opérations militaires, diplomatiques, du renseignement, des opérations économiques, scientifiques et politiques.

Ses préparatifs sont dissimulés, et pas publiés. Ses erreurs sont enterrées, et pas en titre des journaux. Leurs dissidents sont tus, et pas glorifiés. Aucune dépense n’est remise en cause, aucune rumeur n’est imprimée, aucun secret n’est révélé. [Ce système] mène la guerre froide, en bref, avec une discipline de temps de guerre qu’aucune démocratie n’aurait jamais espéré ou voulu égaler.

Néanmoins, toute démocratie reconnaît les restrictions nécessaires à la sécurité nationale – et la question reste de savoir si ces restrictions doivent être plus strictement observées si l’on veut s’opposer à ce genre d’attaque ainsi qu’à l’invasion pure et simple.

Les faits de l’affaire sont que les ennemis de cette nation ont ouvertement vanté d’acquérir l’information à travers nos journaux, une information qu’ils auraient autrement engagé d’acquérir à travers des agents par le vol, la corruption ou l’espionnage; que les détails des préparations secrètes de cette nation pour contrer les opérations secrètes de l’ennemi ont été disponibles à tous les lecteurs de journaux, amis et ennemis; que la taille, la force, l’emplacement et la nature de nos forces et de nos armes, nos plans et notre stratégie pour leur utilisation, ont tous été mis en évidence dans la presse et d’autres médias d’informations à un degré suffisant pour satisfaire toute puissance étrangère; et que, dans au moins un cas, la publication des détails concernant un mécanisme secret dans lequel des satellites ont été suivis a nécessité sa transformation au détriment de beaucoup de temps et d’argent.

Les journaux qui ont imprimé ces histoires étaient loyaux, patriotiques, responsables et bien intentionnés. Si nous avions été engagés dans une guerre ouverte, ils n’auraient sans doute pas publié ces articles. Mais en l’absence d’une guerre ouverte, ils ont seulement reconnu les tests du journalisme et non les tests de la sécurité nationale. Et ma question, ce soir, est de savoir si des tests supplémentaires ne devraient pas être adoptés maintenant.

Il appartient à vous seuls de répondre à la question. Aucun fonctionnaire public ne doit répondre pour vous. Aucun plan gouvernemental ne devrait imposer ses restrictions contre votre volonté. Mais je manquerais à mon devoir à la nation, compte tenu de toutes les responsabilités que nous assumons maintenant et de tous les moyens à portée de main pour répondre à ces responsabilités, si je ne recommandais ce problème à votre attention, et n’exhortais sa considération réfléchie.

En de nombreuses occasions précédentes, j’ai dit – et vos journaux ont constamment dit – que ces temps sont des temps qui font appel au sentiment du sacrifice et à la discipline de chaque citoyen. Ils appellent tous les citoyens à peser leurs droits et leur confort contre ces obligations envers le bien commun. Je ne peux pas croire maintenant que ces citoyens qui servent dans l’industrie des journaux se considèrent comme exonérés de cet appel.

Je n’ai pas l’intention de mettre en place un nouveau bureau de l’information de guerre pour régir le flux d’informations. Je ne suggère pas de nouvelles formes de censure ou de nouveaux types de classifications de sécurité. Je n’ai pas de réponse facile à ce dilemme que j’ai posé, et je n’aurais pas cherché à l’imposer si j’en avais. Mais je demande aux membres de la profession et de l’industrie de la presse dans ce pays de réexaminer leurs propres responsabilités, de considérer le degré et la nature du présent danger, et de tenir compte de l’obligation de la maîtrise de soi que ce danger impose sur nous tous.

Chaque journal se demande maintenant, en respect de chaque histoire: «Est-ce des informations? » Tout ce que je suggère, c’est que vous ajoutiez la question: «Est-ce que c’est dans l’intérêt de la sécurité nationale? » Et j’espère que tous les groupes en Amérique – les syndicats et les hommes d’affaires et les fonctionnaires à tous les niveaux– se poseront la même question sur leurs efforts, et soumettront leurs actions aux mêmes tests exigeants.

Et si la presse de l’Amérique devait examiner et recommander l’acceptation volontaire de nouvelles mesures ou de mécanismes spécifiques, je peux vous assurer que nous allons coopérer de tout coeur avec ces recommandations.

Peut-être qu’il n’y aura pas de recommandations. Peut-être qu’il n’y a pas de réponse au dilemme rencontré par une société libre et ouverte dans une guerre froide et secrète. En temps de paix, toute discussion sur ce sujet, et toute action qui en résulte, sont à la fois douloureuses et sans précédent. Mais c’est un temps de paix et de péril qui ne connaît pas de précédent dans l’histoire.

Discours intégral de John F. Kennedy: http://www.jfklibrary.org/Research/Research-Aids/JFK-Speeches/American-Newspaper-Publishers-Association_19610427.aspx

L’ancien ambassadeur britannique Craig Murray s’exprime sur Assange


L’affaire Assange

Par craig, 2 septembre, 2012, 11:32 dans Entrevues

Un grand merci en effet à “Me in Us” pour cette transcription.

00:12 ONN : Bonjour. Nous sommes ici aujourd’hui à la maison de Craig Murray, le lanceur d’alerte et ancien ambassadeur en Ouzbékistan. Craig, je vous remercie d’être ici avec nous sur ONN aujourd’hui. Le dimanche, vous avez parlé publiquement en défendant Julian Assange dans un discours devant l’assemblée équatorienne. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lever et d’être compté comme parmi ses partisans?

Craig Murray : Eh bien, la raison principale est que j’ai été moi-même un lanceur d’alerte, actif avec d’autres lanceurs d’alerte, et j’ai vu tant de lanceurs d’alerte soumis à de fausses accusations, et dès que quelqu’un donne l’alerte, en particulier sur les aspects, si vous voulez, de la politique étrangère et de guerre des néoconservateurs, vous allez être une cible et vous allez être diffamé avec de fausses accusations, et si vous êtes un homme, je pense que dans tous les cas ces accusations vont impliquer des allégations sexuelles. Alors je pourrais juste voir, si vous voulez, un déni de justice dans ce processus, et je voulais faire quelque chose que je peux pour aider à y mettre fin.

01:16 ONN : Vous avez dit que les personnes qui sont des lanceurs d’alerte ne sont pas accusées de délits politiques, ils sont accusés avec des délits criminels. Souhaitez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Craig Murray : Oui, certainement, et je vais vous donner quelques exemples. James Yee, qui était aumônier à Guantanamo Bay, il a dénoncé les actes de torture et de mauvais traitements de détenus à Guantanamo Bay. Il a d’abord été accusé d’espionnage et des actes d’espionnage au profit d’un pays étranger. Ensuite, ces accusations ont été abandonnées et il a été accusé d’adultère, ce qui, apparemment, en vertu du droit militaire américain est un délit, et il a été accusé d’avoir eu de la pornographie sur son ordinateur du gouvernement, au travail, et il a été reconnu coupable de ces deux choses, et puis plus tard la condamnation a été annulée.

La brigadière Janis Karpinski était la dame en charge de tous les prisonniers de guerre irakiens en Irak, et pas seulement à Abou Ghraib. Elle était en charge de toutes les installations militaires. Elle n’était pas vraiment à Abou Ghraib, et en fait, elle avait seulement été à Abou Ghraib une fois. Lorsque l’histoire a éclaté à propos de toutes les tortures à Abou Ghraib, elle s’avança et elle a dit qu’elle avait personnellement vu un document signé par Donald Rumsfeld détaillant les formes de torture qui devaient être utilisées à Abu Ghraib, y compris les positions de stress, y compris la menace de prisonniers nus avec des chiens. Elle a dit que ces techniques ont été détaillées dans le document qui a été signé par Donald Rumsfeld. Elle a été rappelée aux Etats-Unis, et le jour suivant son retour aux États-Unis, elle a été surprise en train de voler à l’étalage et accusée de vol à l’étalage.

Scott Ritter a été inspecteur d’armes irakiennes dans la même équipe ONU avec David Kelly. Il était capitaine dans la marine américaine. Il a déclaré qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive irakiennes. À son retour aux États-Unis, il a été emprisonné dans un piège de miel sexuel, via l’ordinateur, par un agent du FBI, et cela a été admis en justice, que c’était un agent du FBI qui l’a piégé.

03:51 ONN : Pour ceux qui ne connaissent pas, qu’est-ce que ce terme « piège de miel » signifie?

Craig Murray : Un piège de miel, c’est quand vous mettez, si vous voulez, un leurre sexuel dans le but d’attraper quelqu’un, pour inciter quelqu’un à un acte sexuel qu’il pourrait autrement ne pas avoir commis, si vous n’aviez pas mis une tentation sur son chemin. C’est un terme fréquemment utilisé dans les cercles d’espionnage et cercles diplomatiques, parce que c’est une technique bien connue des services de sécurité. Et Scott Ritter est tombé dans ce piège de miel et il a été en fait reconnu coupable de pédophilie, parce que même si l’agent concerné était une femme adulte, elle utilisait la profil Internet d’une personne mineure. Mais – et le cas de Scott Ritter est le seul où je pense qu’il peut y avoir une part de vérité dans ces allégations, et dans son cas, ça n’aurait pas eu lieu – tout cela ne serait pas arrivé si le FBI n’avait pas mis cette situation en place et sorti pour le chercher.

Et je dois dire que ce sont tous des gens que je connaissais personnellement. Deux d’entre eux sont des gens que je connaissais avant qu’ils soient accusés. Et cela arrive à tout le monde. Et la même chose m’est arrivé. J’ai sonné l’alarme sur la complicité britannique dans la torture, la complicité du MI6 dans la torture en Ouzbékistan et sur les restitutions extraordinaires. J’ai été immédiatement accusé d’allégations sexuelles, en effet avec l’extorsion sexuelle des demandeurs de visa. Il m’a fallu, vous savez, 18 mois de véritable enfer, pour être honnête, pour laver mon nom. Parce que, vous savez, je sais que lorsque les gens jettent ce genre d’allégations sur vous, cela ternit votre nom à jamais. Il est très facile de détruire la réputation de quelqu’un par des allégations sexuelles.

Donc, pour moi, la chose absolument extraordinaire, c’est que, vous savez, après que cela soit arrivé à James Yee, c’est arrivé à moi, c’est arrivé à Scott Ritter, c’est arrivé à Janis Karpinski, ils ont utilisé le même truc encore et encore, et maintenant, ils le font avec Julian Assange, et quiconque prend au sérieux ces accusations, cela m’étonne, parce que l’idée que les gens ne peuvent pas voir ce qui se passe dans le monde et la façon dont les lanceurs d’alerte sont persécutés, pour moi, c’est étonnant. Et le fait que rien de ce que je viens de vous dire, vous ne le trouverez pas dans les médias traditionnels, vous savez, cela devrait vraiment, vraiment alarmer les gens sur le genre de monde dans lequel nous vivons.

06:30 ONN : Oui, il semble y avoir un échec plutôt général des grands médias pour faire face à ces questions. Je veux dire, à votre avis, est-ce que les journalistes font leur travail correctement?

Craig Murray : Non. Je veux dire, il me semble qu’il y a très peu de journalisme réel dans ce qu’on pourrait appeler les médias payants. Et une partie de cela, bien sûr, tient à ce que, vous savez, les médias appartiennent à un très petit nombre de gens, et vraiment, les gens doivent écrire ce que leurs patrons veulent qui’ils écrivent. C’est très, très difficile de trouver la vérité dans les médias sur n’importe quel sujet que ce soit. Par dessus tout, bien sûr, les journaux, qui en réalité emploient beaucoup moins de journalistes qu’auparavant. Il y avait une époque où les journaux individuels dans la rue Fleet avaient 30 ou 40 correspondants à l’étranger par journal. Maintenant, il n’y a pas 30 ou 40 correspondants à l’étranger pour l’ensemble de l’industrie de la presse britannique.

Donc, leur nombre a baissé, et la plupart du temps ils passent leur temps, vous savez, à couper et coller des communiqués du gouvernement et en relâchant l’histoire, l’histoire que les gens qui possèdent les journaux veulent qu’ils entendent.

Il en va de même pour les médias audiovisuels, qui ont à nouveau exactement le même cercle restreint de propriétaires privés, sauf s’ils appartiennent au gouvernement. Quoique le gouvernement, bien sûr, est possédé par les mêmes personnes qui possèdent les journaux, il n’y a pas vraiment beaucoup de différence.

08:10 ONN : Alors, que pensez-vous des allégations réelles, la substance même des allégations formulées contre Julian Assange? Je veux dire, existe-t il aucune preuve du tout, que vous pouvez voir?

Craig Murray : Je veux dire, dans une certaine mesure, cela n’a presque pas d’importance parce que, comme je le dis, après avoir vécu cela moi-même et après avoir vu tous les lanceurs d’alerte que je connais subir la même chose, ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils le fassent à Julian Assange. Alors, la question de ce dont ils l’ont accusé ou quelles accusations ils ont réussi à falsifier, cette question est presque sans importance.

Je dirais, vous savez, que choisir des allégations de viol et allégations sexuelles est très intelligent. La CIA en effet sait ce qu’elle fait. Tout d’abord, parce que rien ne ternit votre nom de cette manière. Les gens pourraient vous pardonner d’être un voleur dans une banque, ils pourraient même éventuellement vous pardonner d’être un meurtrier, si vous avez dit que vous l’avez fait dans le feu de l’action, mais personne ne pourra jamais vous pardonner d’être un violeur ou un pédophile. Donc, le choix de l’allégation est très intelligent.

En outre, il divise la gauche. Si les Six de Birmingham avaient été inculpés de viol, ils seraient encore en prison aujourd’hui, parce que personne n’aurait jamais été autorisé dans une campagne publique à mettre en cause les preuves contre eux, parce que, malheureusement, à cause des problèmes réels avec le viol, le viol authentique, qui reste impunis dans la société, la réaction est que beaucoup de gens parfaitement honnêtes pensent que la seule façon de corriger ce déséquilibre est en supprimant, essentiellement, toute protection aux personnes accusées de viol. Et ce point de vue est profondément soutenu par des personnes réelles et honnêtes qui se préoccupent de la position des femmes dans la société. Mais une fois que vous avez l’acceptation sociale selon laquelle il ne devrait pas être autorisé dans le discours public de contester les gens qui font des accusations de viol, cela constitue l’outil idéal à utiliser pour un service de sécurité, car tout le monde a convenu à l’avance que c’est le seul crime où personne ne va s’engager contre le déni de justice pour contester les éléments de preuve ou pour contester les accusateurs.

Et, comme je le dis, vous avez tellement de gens à gauche dont la principale préoccupation politique est le féminisme, qui sont utilisés comme des «idiots utiles» par la CIA, qui ont été utilisés dans des attaques au vitriol contre Julian Assange, qui appellent les gens comme moi des apologistes du viol, tout simplement parce que la CIA a été très, très attentive à choisir la seule accusation qu’ils vont toujours maintenir, que ce soit vrai ou non. C’est ça le principal problème avec les allégations.

Mais, non, je veux dire, il faut bien étudier les détails à la fois des allégations elles-mêmes et des gens qui font les allégations et les procédures qui ont été adoptées. Parce que même si vous ne saviez pas tout le contexte que je vous ai donné sur la façon dont les lanceurs d’alerte sont toujours poursuivis avec ces allégations, même si vous ne saviez pas ça, rien qu’avec un examen attentif des preuves dans cette affaire, ce qui est largement disponible sur Internet, tout le monde concluera que cela a été une manipulation. Je ne vois pas comment on peut sérieusement étudier les faits de la cause et ne pas penser que c’est une manipulation.

11:46 ONN : Vous avez mentionné l’autre jour, vous avez donné une interview, et vous avez mentionné l’un des accusateurs d’Assange par son nom, Anna Ardin, et cela a provoqué un grand tapage. J’ai fait quelques recherches et j’ai découvert qu’elle est en fait une politicienne social-démocrate. Pensez-vous que ce sont des faits qui doivent être largement diffusés auprès du public? Maintenez-vous le fait que vous avez nommé Anna Ardin comme l’une de ses accusatrices?

Craig Murray : Tout à fait. Le point le plus important à cet égard est que Anna Ardin s’est nommée elle-même. Elle a donné de nombreuses interviews à la presse sous son propre nom accusant Julian Assange, la première que je peux trouver était en Août 2010. Mais j’ai trouvé au moins 30 entrevues avec les médias qu’elle a donné, où elle est signalée comme Anna Ardin portant ces accusations, maintenant l’idée et en disant qu’elle ne travaille pas pour la CIA. Il est intéressant qu’elle ait ressenti le besoin de le dire. La plupart d’entre nous ne vont pas se promener en disant qu’ils ne travaillent par pour la CIA. Et aussi dire, vous savez, qu’Assange est un misogyne et un violeur et Dieu sait quoi d’autre.

L’idée que vous pourriez faire de telles accusations devant les médias – je ne veux pas dire en privé au tribunal- que vous pourriez sous votre propre nom faire de telles accusations devant les médias et que personne ne devrait être autorisé à vous répondre et personne ne devrait être autorisé à utiliser votre nom, même si vous l’avez placé vous-même dans les journaux, est un peu kafkaïen. En fait, je ne peux absolument pas comprendre pourquoi je ne devrais pas être autorisé à l’utiliser quand elle le met ouvertement dans le domaine public elle-même.

Et il y a, vous savez, plus de 200.000 recherches Google avec son nom, et elle a été nommée dans les grands médias de chaque pays majeur que je peux trouver à l’exception du Royaume-Uni. Elle a été nommée dans le New York Times. Elle a été nommée dans le Times of India. Elle a été nommée dans Paris Match. Elle a été nommée dans La Repubblica. Elle a été nommée dans Der Spiegel. Le Royaume-Uni est en fait le seul pays où elle n’a jamais été nommée par les grands médias, ce qui est encore une fois très étrange.

Mais, non, elle est elle-même un personnage avec une histoire très, très intéressante et des liens très, très intéressants, des liens politiques, qui ne se rapportent pas seulement au Parti Social-Démocrate en Suède, mais ce réseau de personnes dans la police, le procureur et Anna Ardin qui sont tous reliés, qui travaillent tous ensemble sur cette affaire, qui ont tous des liens de partis, c’est une chose qui pourrait elle-même rendre l’affaire irrecevable devant toute juridiction décente. Mais elle a aussi une histoire qui se rapporte à du travail avec des organismes financés par la CIA à Miami, Cuba et Buenos Aires. Donc, plus les gens étudient Anna Ardin, mieux c’est.

15:04 ONN : Vous allez faire référence, bien sûr, aux Dames en blanc, une organisation féministe à Cuba et aussi basée à Miami. Est-ce vrai?

Craig Murray : C’est vrai. Regardez, elle a un parcours intéressant et varié de travail dans des causes qui, disons, où il y a une zone d’intérêt commune en Amérique du Sud avec la CIA.

15:33 ONN : Il est également intéressant maintenant que c’est l’Équateur qui s’est dégagé, qui a initialement accordé la protection à Assange au sein de l’ambassade et lui a accordé l’asile complet. Donc, s’il est extradé vers la Suède, que serait le sort, selon vous, qui attendrait Julian Assange là-bas?

Craig Murray : Eh bien, sa crainte est qu’il serait très rapidement extradé de la Suède vers les Etats-Unis, soit extradé soit restitué. Et les Suédois ont maintenant réellement une sorte de droit à des restitutions version légale pour des restitutions temporaires rapides aux États-Unis, comme on les appelle. C’est ce qui inquiète Julian Assange. Bien que je dois dire, je veux dire, mon expérience de la façon dont ils traitent les lanceurs d’alerte et mon expérience de ce que nous avons vu du processus en Suède, je dirais qu’il doit y avoir une aussi grande peur qu’il va être injustement reconnu coupable de viol, et je suis sûr qu’il ne l’a pas fait. Mais s’il arrive en Suède, il sera immédiatement mis en prison. Il n’y a pas de provision pour caution. Et la chose que la plupart des gens ne comprennent pas, c’est que les procès pour viol en Suède ont lieu entièrement en secret, que personne ne verra jamais aucune des preuves. La prochaine chose que nous allons entendre est le verdict. À mon avis, le scénario le plus probable est que celui-ci a été concocté à l’avance et que le verdict sera qu’il est coupable. Et il est très possible de le faire parce que non seulement le procès est tenu en secret, mais il n’y a pas de jury.

Maintenant, je ne suis pas de ceux qui croient que seul le système judiciaire britannique est correct. De nombreux pays ont des systèmes différents et souvent ces systèmes fonctionnent très bien. Mais ce que vous avez avec le système du jury est une situation où les hommes et les femmes ordinaires, en effet, ont cette chance de tenir tête aux autorités et de dire ce qu’ils croient d’être vrai. Cela peut ne pas être une chance qu’ils prennent très souvent, mais cette possibilité est là. Lorsque vous ne disposez pas de jury, comme en Suède, les chances du gouvernement de sérieusement influencer le résultat, s’il le souhaite, sont assez fortes.

18:15 : Je prends l’exemple de l’enquête de Jean Charles de Menezes, par exemple, au Royaume-Uni. Dans ce cas, le juge, qui est nommé par le gouvernement – et souvenez-vous qu’il s’agit essentiellement d’une décision du gouvernement non seulement quels juges se font nommer mais aussi l’affectation des juges aux cas particuliers. Dans ce cas, le juge, et malheureusement, son nom m’a échappé parce qu’il était une disgrâce complètement sanglante, il a donné un résumé qui était totalement tendancieux et dans lequel il dit que le jury ne serait pas autorisé à rendre un verdict d’homicide illégal, et il voulait seulement leur donner le choix entre deux verdicts, dont l’un était un verdict ouvert, et l’autre était que le meurtre avait été légal, mais il ne voulait pas laisser leur permettre d’apporter un verdict d’homicide illégal, qu’il prononcerait ce verdict hors de l’ordre, ce qui est encore une disgrâce complète. Il a fait très clairement le verdict qu’il voulait, et c’était qu’il était légal. Mais ce n’est pas arrivé. Le jury est revenu et a dit non, nous allons ramener un verdict ouvert. Et ils l’ont fait, au grand dam du juge.

19:37 : L’affaire Clive Ponting, quand il fuit le fait que le Belgrano avait effectivement navigué loin des Îles Falkland au moment où il a été détruit avec des centaines de personnes qui ont été tuées, il a été inculpé avec ça en vertu de la Loi sur les secrets officiels. Il n’y avait aucun doute sur le fait qu’il était coupable. Il était sans aucun doute techniquement coupable. Le juge l’a dit, plutôt bien, dans son résumé de l’affaire. Et le jury a essentiellement dit au juge d’aller se faire voir et l’a déclaré non coupable. Donc, il y a toujours cette possibilité avec un système de jury.

Assange n’aura pas de jury. Il sera jugé par un juge professionnel et deux assesseurs non professionnels. Et les assesseurs non professionnels sont en fait littéralement des nominations des partis politiques. L’un sera nommé par le Parti conservateur suédois et l’autre par le parti social-démocrate suédois. Le Parti conservateur suédois est très fortement aligné avec George Bush et les néo-conservateurs, et le Parti social-démocrate est précisément d’ou viennent Anna Ardin, le procureur, l’enquêteur de la police et l’avocat d’Anna Ardin. Donc, il y a toutes les chances pour que ce procédé secret se traduise par un coup monté complet.

Et je pense que c’est bien que les gens aient mis l’accent sur la crainte qu’il puisse être extradé de la Suède vers les Etats-Unis, et je pense que c’est vrai et je pense que c’est légitime, mon opinion personnelle est qu’il y a un danger encore plus grand, un procès secret où personne ne peut avoir accès aux preuves et où ils annoncent aux médias complaisants qu’il a été reconnu coupable de viol à la fin.

21:17 ONN : Et puis c’est un fait accompli et on ne peut pas l’éviter.

Craig Murray : Exactement. Ensuite, c’est un fait accompli et ils le jettent en prison pour 10 ans. Puis, quand à la fin de cette période, il sort, il est envoyé vers les Etats-Unis et jugé pour des accusations de terrorisme, et à ce stade, bien sûr, il est un violeur condamné dans la mesure où les médias sont concernés, et de toute façon 10 ans ont passé et personne ne s’en soucie plus.

21:40  ONN : Ce serait un résultat terrible. Que penseriez-vous, que pensez-vous que serait le résultat si William Hague réalisait sa menace de prendre d’assaut l’ambassade équatorienne à ce point?

Craig Murray : Eh bien, c’est une menace absolument étonnante. Je dois dire que je sais avec certitude de la part des collègues, d’anciens collègues au sein du Foreign Office, qu’en faisant cette menace, William Hague a été très étroitement poussé par les Américains. Il a été soumis à une forte pression des Etats-Unis d’Amérique pour envoyer Assange en Suède. Ce qui, encore une fois, vous savez, contredit plutôt ceux qui disent qu’il n’y aurait aucune crainte d’extradition s’il se rendait en Suède. Pourquoi les Américains sont si désireux de l’envoyer là-bas? Pourquoi sont-ils si intéressés?

Mais ce serait une menace étonnante, car tout le monde dans le monde, sauf peut-être les chefs de gouvernement du Royaume-Uni et des États-Unis, considéreraient cela comme un acte extrêmement illégal. Ce serait un scandale diplomatique absolu et ce serait, vous savez, un crime d’agression contre l’Equateur.
Les répercussions diplomatiques seraient étonnantes pour le Royaume-Uni. Tout d’abord, aucune ambassade britannique ne serait en sécurité dans le monde, car tout le monde dirait: « Eh bien, nous pouvons faire la même chose que vous, nous pouvons changer la désignation de votre ambassade, et entrer, et en prendre le contrôle. » Et d’autre part, nos relations avec non seulement l’Amérique latine, mais la plupart des pays en développement, seraient au moins très, très sérieusement, en retrait.

Et vous devez vous rappeler que nous avons déjà assez de problèmes en Amérique latine. Tout d’abord nous avons le chauvinisme fou, des deux côtés, à propos des Îles Falkland. Ensuite, vous avez le fait que nous ne voulions pas extrader Pinochet alors que nous sommes si désireux d’extrader Assange pour des infractions qui, même si elles étaient vraies, ne s’additionnent pas à un cent millième de ce que Pinochet a fait. Et puis vous avez, bien sûr, comme je l’ai dit plus tôt, la mort de Jean Charles de Menezes. L’idée que la police métropolitaine, ayant tué Jean Charles de Menezes, nous permettrait de lancer une attaque physique sur une ambassade latino-américaine, est une idée tout simplement étonnante.

Donc, vous savez que les répercussions seraient énormes. Et je pense que Hague a absolument fait une folie de lui-même parce qu’il a fait une menace qui serait totalement désastreuse, s’il venait à la réaliser.

24:24 ONN : Et que dire de la légalité d’une telle chose? Utiliser la loi des locaux consulaires diplomatique de 1987 est ce que Hague a dit… le projet de loi qu’il a dit qu’il utiliserait?

Craig Murray : Eh bien, ce n’est qu’une absurdité totale, car il ne peut pas l’emporter sur le droit international. Vous ne pouvez pas avoir une législation nationale en conflit avec le droit international, en particulier un traité international dont nous faisons partie. Nous étions en fait, je crois, le deuxième signataire de la Convention de Vienne de 1961, et c’est le traité international le plus signé dans le monde. Et curieusement, même la loi de 1987 elle-même dit que ses dispositions doivent être conformes au droit international, et en fait cela dit la même chose dans la loi de 1987. Eh bien, il serait tout à fait contraire au droit international pour Hague de faire ce qu’il a prévu de faire. L’article 22 de la Convention de Vienne, partie 1, stipule absolument sans détour, sans aucune qualification supplémentaire, que les locaux diplomatiques sont inviolables. Un point, c’est tout. Et ils le sont. Vous savez, vous n’êtes pas autorisé à entrer dans les locaux diplomatiques de n’importe quel autre pays.

Même dans le chaos de l’Afghanistan, la Grande-Bretagne a abandonné son ambassade en Afghanistan, elle a retiré tous ses diplomates. Je ne suis pas sûr de cela. Je ne pense pas que nous ayons été jeté dehors. Je pense que nous avons quitté volontairement les lieux. Mais au moment de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, la Grande-Bretagne s’est retiré, et notre ambassade est restée vide pendant des décennies, pendant l’occupation soviétique, pendant le régime des talibans en Afghanistan, et le bâtiment de l’ambassade n’a été ouvert – bien que finalement nous ayons déménagé dans de nouveaux locaux, ce n’est pas l’édifice où nous sommes maintenant – mais le bâtiment originel de l’ambassade a été seulement ouvert à nouveau après l’invasion en 2001, 2002. Mais il avait été… pendant 20 ans, il était resté là, vide, sous le régime soviétique et sous les talibans, et ni les Soviétiques, ni les talibans, ne sont entrés dans l’ambassade britannique. Même si il n’y avait personne, sauf un gardien résident afghan, ils ont accepté l’inviolabilité des locaux des ambassades et ils ne sont pas entrés, ni les Soviétiques, ni les talibans. Maintenant, William Hague nous propose d’agir bien pire que sous les Soviétiques ou les talibans, et cela me paraît tout à fait étonnant. Il faut le voir pour le croire.

27:18 ONN : Ok, juste une dernière question avant de conclure ici, sur ce qui a été, que pensez-vous des chances réelles pour Julian Assange de faire une course d’obstacles, pour ainsi dire, et de se rendre en Équateur en toute sécurité? Voyez-vous pour lui un moyen de quitter la Grande-Bretagne maintenant et de se rendre en Amérique du Sud en toute sécurité?

Craig Murray : Physiquement, ça va être très difficile. Les chances d’aller en Equateur depuis l’ambassade dans le centre de Londres sans l’accord des autorités britanniques sont limitées. Vous pouvez, vous savez, nous pouvons tous penser à des sortes de scénarios d’évasions physiques, mais ils ne sont pas faciles. Il va falloir trouver une solution diplomatique. Je dirais que cela prendra un certain temps, je pense d’ici six mois. Il n’y aura pas beaucoup de sensibilisation du public pour que quelque chose ait changé, bien que des discussions aient été poursuivies dans les coulisses.

La solution évidente pour les Suédois est de dire qu’ils ne vont pas l’extrader vers les Etats-Unis, mais les Suédois refusent absolument de faire cela, et les États-Unis refusent de dire qu’ils ne chercheront pas l’extradition, parce que franchement il n’y a aucun doute du tout sur le fait que les États-Unis ont convoqué un grand jury pour chercher à poursuivre en justice Assange et WikiLeaks, et qu’ils ont bien l’intention de l’extrader vers les Etats-Unis. Donc, tout cela est très, très difficile.

Vous pouvez voir une sorte de solution de Lockerbie. L’auteur présumé de Lockerbie, M. Megrahi, a été jugé à La Haye en vertu du droit écossais par des juges écossais, car ils ne voulaient pas l’envoyer en Ecosse et ils ont convenu de tenir le procès dans des locaux communs. Les Hollandais ont accepté qu’un procès à La Haye puisse se ternir en vertu du droit écossais pour la période du procès. Ce n’est pas le plus heureux des précédents, parce que je pense que le procès était lui-même un coup monté et un déni de justice, mais il crée effectivement un précédent pour quelqu’un, d’être jugé par un Etat sur le territoire d’un d’autre, donc il existe un précédent en droit international si les gens recherchent cela.

Maintenant, comme je l’ai dit moi-même, mon opinion personnelle est que la condition de tout procès doit être que cela devrait être public. Je pense que cette affaire est de si haut niveau que les gens ont le droit de savoir quelle preuve a été donnée, ils sont en droit de savoir ce qu’est la défense, et franchement la défense est si forte qu’il serait très, très difficile de faire un coup monté pour la condamnation. Donc, quelque chose dans cet ordre d’idées.

Je ne sais vraiment pas à ce stade ce qu’est le jeu final. L’espoir du gouvernement britannique est que le gouvernement équatorien va changer. Il y a une élection en Equateur qui approche dans un avenir pas si lointain. Les gouvernements britannique et américain comptent sur les adversaires du président Correa – et ses adversaires sont bien sûr soutenus par la CIA, de toute façon – ils vont réussir à gagner cette élection et ensuite annuler sa demande d’asile diplomatique et de le remettre, et c’est la fin du jeu dans la mesure où les Britanniques et les Américains sont concernés. Donc je suppose qu’ils vont attendre le résultat de l’élection équatorienne. Je ne pense pas qu’ils vont faire de compromis du tout jusqu’après l’élection équatorienne, dans l’espoir que le gouvernement de l’Équateur change et qu’ils obtiendront essentiellement une administration fantoche américaine en Equateur qui va tout simplement le lui remettre.

31:49 ONN : Eh bien, je vous remercie beaucoup pour avoir parlé avec nous aujourd’hui, M. Murray. Cela a été fascinant et très instructif. Et merci à nos téléspectateurs. Merci de regarder cette interview ONN. J’espère que vous avez apprécié. Ok.

Craing Murray : Merci.

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La transcription originale sur le site de Craig Murray : http://www.craigmurray.org.uk/archives/2012/09/the-assange-case/

Sur le forum : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,15680.0.html

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