Le stratège de l’Etat Islamique, ex-espion de Saddam Hussein, a eu pendant des années des contacts avec les services de renseignement d’Assad

Le stratège de la Terreur: des documents secrets révélent la structure de l’Etat islamique (extraits)

Der Spiegel, Par Christoph Reuter, 18 avril 2015

Un officier irakien a planifié la prise de contrôle de l’État islamique en Syrie et SPIEGEL a obtenu un accès exclusif à ses papiers. Ils décrivent une organisation qui, en apparence entraînée par le fanatisme religieux, calcule froidement en réalité.

200px-Haji_Bakr_ISIS[…] Samir Abd Muhammad al-Khlifawi était le vrai nom de l’irakien, dont les traits maigres étaient adoucis par une barbe blanche. Mais personne ne le connaissait sous ce nom. Même son pseudonyme le plus connu, Haji Bakr, n’a pas été largement connu. Mais c’était précisément une partie du plan. L’ancien colonel du service de renseignement de la force de défense aérienne de Saddam Hussein tirait secrètement sur les ficelles de l’EI [IS] depuis des années. Les anciens membres du groupe avaient à plusieurs reprises parlé de lui comme de l’une de ses figures de proue. Pourtant, ce qu’était exactement son rôle n’a jamais été clair.

Mais quand l’architecte de l’État islamique est mort, il a laissé quelque chose derrière lui qu’il avait l’intention de garder strictement confidentiel: le projet de cet Etat. C’est un dossier plein de graphiques organisationnels, de listes et d’horaires, écrits à la main, qui décrivent comment un pays peut être progressivement contrôlé. SPIEGEL a obtenu un accès exclusif aux 31 pages, certaines composées de plusieurs pages collées ensemble. Elles révèlent une structure sur plusieurs niveaux et des directives pour l’action, dont certaines déjà testées et d’autres nouvellement conçues pour la situation anarchique dans les territoires tenus par les rebelles de Syrie. Dans un sens, les documents sont le code source de l’armée terroriste la plus efficace de l’histoire récente. […]

schema_etat_islamiqueCe document est le schéma de Haji Bakr pour une structure possible de l’administration de l’État Islamique.

Le plan général

Les plans comprennent également des domaines tels que la finance, les écoles, les centres de jour, les médias et le transport. Mais il y a un thème central récurrent, qui est soigneusement traité dans les graphiques organisationnels et les listes de responsabilité et les exigences de rapport: la surveillance, l’espionnage, le meurtre et l’enlèvement.

Pour chaque conseil provincial, Bakr avait prévu pour un émir, ou un commandant, d’être en charge des meurtres, des enlèvements, des snipers, de la communication et du cryptage, ainsi qu’un émir pour superviser les autres émirs – « au cas où ils ne font pas bien leur travail ». Le noyau de cet Etat divin serait l’horloge démoniaque d’une structure de cellule et de commando visant à répandre la peur.

Dès le début, le plan était d’avoir les services de renseignement qui fonctionnent en parallèle, même au niveau provincial. […]

Une deuxième cache de documents

Lorsque l’EI a été contraint d’abandonner rapidement son siège à Alep en Janvier 2014, ils ont essayé de brûler leurs archives, mais ils se sont heurtés à un problème similaire à celui auquel a fait face la police secrète de l’Allemagne de l’Est, 25 ans plus tôt: Ils avaient trop de fichiers.

organigramme-etat_islamiqueGraphique: Un rendu numérique de Haji Bakr pour l’organigramme de l’État islamique.

Un examen des centaines de pages de documents révèle un système hautement complexe impliquant l’infiltration et la surveillance de tous les groupes, y compris les propres membres de l’EI [IS]. Les archivistes du jihad ont maintenu de longues listes en notant quels informateurs ils avaient installés dans quelle brigade rebelle et milice gouvernementale. Il a même été noté qui parmi les rebelles était un espion pour les services de renseignement d’Assad.

graphique_etat_islamiqueUn graphique écrit à la main montre les pensées de Bakr concernant l’établissement de l’Etat islamique.

Des alliances changeantes

Mais dans les premiers mois de 2014, un autre héritage de Haji Bakr a encore commencé à jouer un rôle décisif: sa décennie de contacts avec les services de renseignement d’Assad.

En 2003, le régime de Damas était paniqué à l’idée que le président américain George W. Bush, après sa victoire sur Saddam Hussein, aurait laissé ses troupes continuer jusqu’en Syrie pour renverser aussi Assad. Ainsi, dans les années qui ont suivi, les responsables du renseignement syrien ont organisé le transfert de milliers de radicaux de Libye, d’Arabie Saoudite et de Tunisie vers al-Qaïda en Irak. 90% des kamikazes sont entrés en Irak par la voie syrienne. Une étrange relation s’est développée entre les généraux syriens, les djihadistes internationaux et d’anciens officiers irakiens qui avaient été fidèles à Saddam – une entreprise commune d’ennemis mortels, qui se sont rencontrés à plusieurs reprises à l’ouest de Damas.

À l’époque, l’objectif principal était de rendre infernale la vie des Américains en Irak. […]

Lire l’intégralité de l’article: http://www.spiegel.de/international/world/islamic-state-files-show-structure-of-islamist-terror-group-a-1029274.html

Pas seulement la Russie: l’Italie et d’autres européens ont vendu beaucoup d’armes à la Syrie

Tanks in Azaz, Syria

Par Francesco Grignetti, 06/09/2013

ROME – Retour en 1998, Bill Clinton a parié sur le jeune Assad. Il devait être le successeur de son père, et les États-Unis estimaient que le jeune Bachar al-Assad, une fois qu’il aurait atteint le pouvoir, serait la personne qui ferait revenir la Syrie au sein des nations civilisées du monde.

Et ainsi le gouvernement Clinton, en dépit de la controverse que cela a provoqué, a pris des décisions très importantes: la Syrie a été retirée de la liste noire des pays producteurs de stupéfiants, les sanctions ont été levées, et l’embargo sur les armes a été assoupli. Les alliés de l’Amérique ont rapidement suivi, et l’Italie a été le pays le plus rapide à rétablir des liens avec Damas. Résultat: un ordre massif de ce qui était alors un jour de paie de 400 milliards de lires (206 millions d’euros) pour l’industrie militaire italienne.

Le gouvernement italien a autorisé cet ordre-monstre comme on le voit dans le rapport d’armement présenté au Parlement le 31 Mars 1999, par le gouvernement du Premier ministre Massimo D’Alema: « En 1998, l’important total d’exportation provient principalement d’un seul pays de destination, et dans la pratique, venant d’une seule commande. Parmi les principaux pays, la Syrie était la première destination avec 21,79% des exportations d’armes, équivalant à 400,64 milliards de lires avec une autorisation unique. « Avec un seul achat, Damas a de loin dépensé plus que la France et les Etats-Unis dans sa son shopping militaire en Italie.

Ce que cet ordre impliquait effectivement apparut clairement au cours des années suivantes: des viseurs à vision nocturne pour les blindés avec des capacités thermiques et laser, appelés « Turms », produits par une société à l’intérieur du conglomérat italien Finmeccanica. Cela permettrait aux Syriens de moderniser les vieux chars soviétiques T72 qui ont été équipés avec des viseurs plutôt rudimentaires.

La société, Galileo Avionica [SELEX Galileo], a empoché 229 millions de dollars, en échange de 500 pièces Turms. Comme le veut la procédure, l’ordre a été établi par les entreprises, puis autorisé par le gouvernement. La provision a été étalée sur plusieurs années; ce genre d’équipement n’est pas tenu dans un entrepôt prêt à être emporté, mais produit et livré en lots.

Les faveurs du dictateur

Il n’est pas surprenant que les statistiques européennes montrent un flot impressionnant d’exportations de l’Italie vers la Syrie à travers la première décennie du nouveau millénaire [années 2000]. Le taux était si élevé que l’Italie est devenue le leader européen de la vente d’armes. Mais elle n’était pas seule. Toujours en 1998, un navire marchand a mis la voile depuis le Danemark avec 12 chars T72 à bord et 186 tonnes de munitions. Et en Allemagne, un scandale venait récemment d’éclater autour de Telemit Electronics, soupçonné d’avoir soudoyé le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher du parti libéral en échange d’autorisations gouvernementales pour exporter vers la Syrie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et l’Irak.

Sans perdre le sens des proportions, cependant, il faut se rappeler que pour les 10 dernières années, la Russie de Vladimir Poutine est le marchand d’armes de réference de la Syrie: 78% des armes dans l’armée d’Assad viennent de Moscou.

« Et nous ne parlons que des ventes officielles ici, » avertit le vice-président de l’archive du désarmement de l’Italie [Archivio Disarmo], Maurizio Simoncelli, « pas des marchés gris ou au noir. Les statistiques, comme on pouvait s’y attendre, n’enregistrent que les contrats enregistrés. Ensuite, il y a tout le reste. « 

« Tout le reste » est tout ce qui est transporté secrètement. Sinon, il serait impossible d’expliquer comment il y a encore tant d’armes en Syrie, alors qu’un embargo sur les armes a été mis en place sur le régime pendant deux ans et que presque personne n’admettra avoir fourni les rebelles. Selon l’Observatoire permanent sur les « armes légères » (une définition vague comprenant généralement des pistolets, des fusils, cartouches, et même des bombes manuelles, mitrailleuses et lance-missiles) et le réseau du désarmement en Italie, la forte hausse des exportations d’armes légères vers la Turquie est très suspecte.

Selon une enquête récente sur le site Wired, les commandes de Galileo Avionica ont continué pendant 10 ans, avec un pic en 2002 et 2003. Et étant donné que 500 viseurs de blindés est un nombre énorme, même pour la vaste armée d’Assad, on pense qu’un certain nombre de ces pièces ont été transmises à Saddam Hussein « sous le comptoir ».

C’était la veille de la deuxième guerre du Golfe, après tout. Le Secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a accusé le régime d’Assad de fournir des armes à Saddam et de contourner ainsi l’embargo qui était en place. Qui plus est, c’est la même période où le régime irakien a déménagé son arsenal chimique en Syrie. Voilà quelques-unes des mêmes armes chimiques que Saddam avait utilisé contre les rebelles kurdes, et qu’Assad utilise aujourd’hui. Un échange de faveurs d’un dictateur à l’autre.

Source: http://www.worldcrunch.com/syria-crisis/not-just-russia-italy-other-europeans-sold-plenty-of-weapons-to-syria/arms-syria-italy-weapons-embargo/c13s13307/#.VHg0lIc3fxw

SYRIE: Un rapport américain révèle que les rebelles du front al-Nosra ont maîtrisé la production du gaz sarin

Par Seymour M. Hersh
Mondialisation.ca, 13 décembre 2013
London Review of Books

SYRIE: Le sarin de qui?

Sarin-SyrieBarack Obama n’a pas tout dit cet automne quand il a essayé de nous convaincre que Bashar al-Assad était responsable des attaques à l’arme chimique près de Damas le 22 août. Dans certaines circonstances, il a omis des informations importantes, et dans d’autres, il a présenté des suppositions comme des faits. Plus important, il n’a pas reconnu un fait bien connu de la communauté des services de renseignements: que l’armée syrienne n’est pas la seule partie dans la guerre civile de ce pays à avoir accès au sarin, ce gaz neurotoxique qui d’après une étude de l’ONU – qui n’assigne aucune responsabilité – a été utilisé dans l’attaque à la roquette. Durant les mois qui ont précédé cette attaque, les services de renseignements américains ont produit une série de rapports classés hautement confidentiels, culminant par un Operation Order – un document de planification en prévision d’une invasion au sol – qui citait des preuves que le Front al-Nosra, un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda, maîtrisait la technique de production du sarin et était capable d’en produire en quantité. Quand les attaques ont eu lieu, al-Nosra aurait dû faire partie des suspects, mais le gouvernement a sélectionné avec soin les renseignements qui pouvaient justifier une frappe contre Assad.

Dans son discours télévisé national sur la Syrie, le 10 Septembre, Obama a fermement rejeté la responsabilité de l’attaque au gaz sarin, sur la banlieue de Ghouta Est tenue par les rebelles, sur le gouvernement d’Assad, et a clairement indiqué qu’il était prêt à mettre à exécution ses mises en garde publiques antérieures selon lesquelles l’utilisation d’armes chimiques était une « ligne rouge » à ne pas franchir : « le gouvernement d’Assad a gazé à mort plus de mille personnes, a-t-il dit. « Nous savons que le régime d’Assad est responsable … Et c’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai décidé qu’il est dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis de riposter à l’utilisation par le régime Assad d’armes chimiques par une frappe militaire ciblée. » Obama allait entrer en guerre pour appuyer une menace publique, mais il le faisait sans savoir avec certitude qui avait fait quoi au petit matin du 21 Août.

Il a cité une liste de ce qui semblait être des preuves durement arrachées de la culpabilité de M. Assad : « Dans les jours qui ont précédé le 21 Août, nous savons que le personnel d’armes chimiques d’Assad s’étaient préparé pour une attaque près d’une zone où se fabriquait le gaz sarin. Ils ont distribué des masques à gaz pour leurs troupes. Puis ils ont tiré des roquettes à partir d’une zone contrôlée par le régime sur 11 quartiers que le régime avait tenté de nettoyer de toute force d’opposition  ». La certitude d’Obama fut relayée à l’époque par Denis McDonough, son chef de cabinet, qui a déclaré au New York Times : « Aucun de mes interlocuteurs n’a de doute sur cette information » qui établit un lien direct entre Assad et son régime et les attaques au sarin.

Mais au cours de récentes interviews avec des officiers du renseignement et militaires en exercice et à la retraite, j’ai trouvé une forte préoccupation, et parfois de la colère, sur ce qui a été perçu à plusieurs reprises comme une manipulation délibérée de l’information. Un officier de renseignement de haut niveau, dans un e-mail à un collègue, a qualifié les assurances de l’administration sur la responsabilité d’Assad de « ruse ». L’attaque « n’est pas l’oeuvre du régime actuel », écrit-il. Un ancien haut fonctionnaire du renseignement m’a dit que l’administration Obama avait déformé les informations disponibles – en termes de chronologie et de séquence – pour permettre au président et à ses conseillers de donner l’impression que l’information avait été obtenue en temps réels, au moment même où l’attaque se produisait. La distorsion, dit-il, lui rappelait l’incident du golfe du Tonkin en 1964, lorsque l’administration Johnson a inversé la séquence des messages interceptés par la NSA pour justifier l’un des premiers bombardements du Nord-Vietnam. Le même responsable a dit qu’il y avait une immense frustration au sein de la bureaucratie militaire et du renseignement : « Les gars lèvent les bras au ciel en disant : « Comment pouvons-nous aider ce gars » – Obama – « si lui et ses copains à la Maison Blanche inventent les informations au fur et à mesure ? »

Les plaintes portent principalement sur ce que Washington n’avait pas : un signe annonciateur quelconque chez l’auteur présumé de l’attaque. La communauté du renseignement militaire produit depuis des années chaque matin un résumé de renseignement hautement classifié, connu comme le Morning Report (rapport matinal), pour le secrétaire à la Défense et le président des chefs d’état-major ; une copie est transmise aussi au conseiller à la sécurité nationale et au directeur du renseignement national. Le Morning Report ne contient aucune information politique ou économique, mais fournit un résumé des événements militaires importants à travers le monde, avec tous les renseignements disponibles à leur sujet. Un consultant supérieur du renseignement m’a dit que peu de temps après l’attaque, il a examiné les rapports du 20 au 23 Août. Pendant deux jours – les 20 et 21 août – il n’y avait aucune mention de la Syrie. Le 22 Août l’élément principal dans le rapport traitait de l’Egypte ; un autre article abordait les changements internes dans la structure de commandement de l’un des groupes rebelles en Syrie. Rien n’avait été noté sur l’utilisation du gaz neurotoxique à Damas ce jour-là. Ce n’est que le 23 Août que l’utilisation du sarin est devenue une question dominante, alors que des centaines de photos et de vidéos du massacre avaient déjà fait le tour du monde en quelques heures sur YouTube, Facebook et autres sites de médias sociaux. À ce stade, l’administration n’en savait pas plus que le public.

Obama a quitté Washington tôt le 21 Août pour une tournée mouvementée de conférences de deux jours à New York et en Pennsylvanie ; selon le bureau de presse de la Maison Blanche, il a été informé plus tard dans la journée de l’attaque, et de la colère grandissante du public et des médias, L’absence de toute information sur le terrain était évidente le 22 Août, lorsque Jen Psaki, porte-parole du département d’Etat, a déclaré aux journalistes : « Nous ne pouvons pas déterminer avec certitude l’utilisation d’armes chimiques. Mais nous consacrons tout notre temps à cette affaire… à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour établir les faits » Le ton de l’administration s’est durci de 27 Août, quand Jay Carney, attaché de presse de M. Obama, a déclaré aux journalistes – sans fournir aucune information précise – que toutes les suggestions que le gouvernement syrien n’était pas responsable « sont aussi absurdes que de suggérer que l’attaque n’a jamais eu lieu. »

L’absence d’alerte immédiate au sein de la communauté du renseignement américain démontre qu’il n’y avait pas d’information sur les intentions syriennes dans les jours qui ont précédé l’attaque. Et il y a au moins deux façons pour les États-Unis d’en avoir eu connaissance à l’avance: les deux ont été abordés dans l’un des documents secrets américains des services de renseignement qui ont été rendus publics ces derniers mois par Edward Snowden, l’ancien sous-traitant de la NSA.

Le 29 Août, le Washington Post a publié des extraits du budget annuel pour tous les programmes nationaux de renseignement, agence par agence, fournis par Snowden. En consultation avec l’administration Obama, le journal a choisi de publier seulement une petite partie du document de 178 pages, qui a une classification plus élevée que top secret, mais il a résumé et publié un article traitant de certains problématiques. Un d’entre eux est l’absence de surveillance du bureau d’Al-Assad. Le document indique que le réseau mondial d’écoute électronique de la NSA avait été « en mesure de surveiller les communications non cryptées entre hauts responsables militaires dès le début de la guerre civile ». Mais qu’il s’agissait d’ « une vulnérabilité dont les forces du président Bachar al-Assad se ont apparemment rendus compte plus tard ». En d’autres termes, la NSA n’avait plus accès aux conversations du haut commandement militaire en Syrie, parmi lesquelles les communications cruciales d’Assad, telles que les ordres pour une attaque au gaz neurotoxique. (Dans ses déclarations publiques depuis le 21 Août, l’administration Obama n’a jamais prétendu avoir des informations précises reliant personnellement Assad à l’attaque.)

Le quotidien a également fourni la première indication de l’existence d’un système de capteurs secrets à l’intérieur de la Syrie, conçu pour fournir un avertissement précoce sur toute modification de statut des armes chimiques de l’arsenal du régime. Les capteurs sont suivis par le National Reconnaissance Office, l’organisme qui contrôle tous les satellites de renseignement américains en orbite. Selon le résumé du Washington Post, le NRO est également chargé « de l’extraction de données à partir de capteurs placés sur le terrain » à l’intérieur de la Syrie. L’ancien responsable du renseignement, qui avait une connaissance directe du programme, m’a dit que les capteurs NRO ont été implantés près de tous les sites de stockage d’armes chimiques connus en Syrie. Ils sont conçus pour assurer une surveillance constante de la circulation des ogives chimiques stockées par l’armée. Mais beaucoup plus important, en termes d’alerte, est la capacité des capteurs d’alerter les services de renseignements des États-Unis et d’Israël lorsque les ogives sont armés de sarin. (En tant que pays voisin, Israël a toujours été à l’affût des changements dans l’arsenal chimique syrien, et travaille en étroite collaboration avec les services de renseignement américains sur les premiers avertissements.) Une ogive chimique, une fois chargée de sarin, a une durée de vie de quelques jours seulement – l’agent neurotoxique provoque presque immédiatement une corrosion de la fusée : c’est une arme de destruction massive qui, une fois préparée, doit être utilisée immédiatement sinon elle est perdue. « L’armée syrienne n’a pas trois jours pour se préparer à une attaque chimique, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement. « Nous avons créé ce système de capteurs pour déclencher une première alerte, comme une alerte de raid aérien ou une alarme d’incendie. On ne peut pas attendre trois jours parce que toutes les personnes impliquées seraient déjà mortes. C’est soit toute suite, soit trop tard. Vous ne passez trois jours à préparer un tir de gaz neurotoxique. » Les capteurs n’ont détecté aucun mouvement dans les mois et les jours qui ont précédé le 21 Août, a déclaré l’ancien fonctionnaire. Il est bien entendu possible que le sarin ait été fourni à l’armée syrienne par d’autres biais, mais l’absence d’avertissement signifie que Washington n’était pas en mesure de surveiller en temps réel les événements de Ghouta Est.

Les capteurs ont déjà fonctionné dans le passé, chose que les dirigeants syriens ne savaient que trop bien. Au mois de décembre dernier, le système de capteurs a détecté des signes de ce qui semblait être une production de sarin dans un dépôt d’armes chimiques. Il n’était pas immédiatement clair si l’armée syrienne simulait la production de gaz sarin dans le cadre d’un exercice (tous les militaires font constamment ce genre d’exercices) ou si elle préparait réellement une attaque. A l’époque, Obama avait publiquement mis en garde la Syrie que l’emploi de sarin était « totalement inacceptable » ; un message similaire avait été également transmis par voie diplomatique. Par la suite, l’incident se révéla faire partie d’une série d’exercices, selon l’ancien haut responsable du renseignement : « Si ce que les capteurs ont détecté en décembre dernier était suffisamment important pour que le Président en arrive à leur dire « Arrêtez ça », pourquoi n’a-t-il pas émis le même avertissement trois jours avant l’attaque au gaz du mois d’août ? »

La NSA bien sûr surveillerait le bureau d’Assad 24/24h si elle le pouvait, a déclaré l’ancien fonctionnaire. D’autres communications – de différentes unités de l’armée au combat à travers la Syrie – seraient beaucoup moins importantes, et ne seraient pas analysées en temps réel. « Il y a littéralement des milliers de fréquences radio tactiques utilisées par les unités sur le terrain en Syrie pour des communications de routine banales, dit-il , « et il faudrait mobiliser un très grand nombre de cryptologues de la NSA – et le retour utile serait que dalle. » Mais le « bavardage » est néanmoins régulièrement stocké sur des ordinateurs. Lorsque l’ampleur des événements du 21 août fut perçue, la NSA a mis sur pied un effort global pour chercher des indices annonciateurs de l’attaque, en examinant toutes les archives des communications stockées. Un ou deux mots clés sont choisis et un filtre est employé pour retrouver les conversations pertinentes. « Ce qui s’est passé ici, c’est que les imbéciles [weeniesde la NSA sont partis d’un événement – l’utilisation de sarin – et ont tenté de retrouver des conversations susceptibles d’être en rapport avec cet évènement » a déclaré l’ex-fonctionnaire. « Cela ne donne pas une évaluation très fiable, sauf si vous partez du principe que Bachar al-Assad a ordonné l’attaque et qu’ensuite vous cherchez tout ce qui pourrait le confirmer. » Le tri sélectif des données était similaire à la procédure utilisée pour justifier la guerre en Irak.

La Maison Blanche a eu besoin de neuf jours pour préparer son dossier contre le gouvernement syrien. Le 30 Août, elle a invité un groupe de journalistes à Washington (au moins un journaliste souvent critique, Jonathan Landay, le correspondant sur les questions de sécurité nationale pour McClatchy Newspapers, n’a pas été invité), et leur a remis un document soigneusement étiqueté comme une « évaluation du gouvernement  », plutôt que comme une évaluation des services de renseignement. Le document était essentiellement un argumentaire politique pour soutenir les accusations de l’administration contre le gouvernement Assad. Cependant, il était plus précis qu’Obama ne le sera plus tard, dans son discours du 10 Septembre: les services de renseignement américains, disait le document, savaient que la Syrie avait commencé à « préparer des armes chimiques » trois jours avant l’attaque. Dans un discours agressif prononcé plus tard ce jour-là, John Kerry a fourni plus de détails. Il a dit que « le personnel d’armes chimiques » de la Syrie « étaient sur le terrain, dans la région, en train de faire des préparatifs » dès le 18 Août. « Nous savons qu’il a été dit à des éléments du régime syrien de se préparer à une attaque en mettant des masques à gaz et de prendre des précautions liées à des armes chimiques. » L’évaluation du gouvernement et les commentaires de Kerry laissaient entendre que l’administration avait suivi en direct l’attaque au gaz sarin. C’est cette version là, fausse mais non contestée, qui a été largement diffusée à l’époque.

Une réaction imprévue est venue sous la forme de plaintes formulées par la direction de l’Armée Syrienne Libre et d’autres sur l’absence de mise en garde. « C’est incroyable, ils n’ont rien fait pour avertir les gens ou essayer d’arrêter le régime avant le crime, » a déclaré Razan Zaitouneh, un député de l’opposition qui a vécu dans une des villes touchées par le sarin, à la revue Foreign Policy. Le quotidien Daily Mail a été plus direct: « Un rapport des services de renseignement indique que des responsables américains étaient au courant de l’attaque au gaz neurotoxique en Syrie trois jours avant qu’elle ne tue 1400 personnes – dont plus de 400 enfants. » (Le nombre de morts suite à l’attaque varie considérablement, d’un minimum de 1429, selon le chiffre initialement annoncé par l’administration Obama, à beaucoup moins ; un groupe syrien de défense des droits de l’homme a fait état de 502 morts ; Médecins sans Frontières en a annoncé 355, et un rapport français a répertorié 281 cas de décès connus. Le chiffre étonnamment précis avancé par les Etats-Unis était fondé, selon un rapport ultérieur publié par le Wall Street Journal, non pas sur un décompte réel des corps, mais sur une extrapolation effectuée par les analystes de la CIA , qui ont introduit plus d’une centaine de vidéos de Ghouta trouvées sur YouTube dans un système informatique et ont ensuite examiné les images pour trouver des cadavres. En d’autres termes, ce n’était guère plus qu’une conjecture.)

Cinq jours plus tard, un porte-parole du Bureau du directeur du renseignement national a répondu aux plaintes. Une déclaration à l’agence Associated Press disait que les informations sur lesquelles étaient fondées les affirmations antérieures de l’administration n’étaient pas connues au moment de l’attaque, mais n’avaient été récupérées que par la suite: « Soyons clairs, les États-Unis n’ont pas observé, en temps réel, comment cette attaque terrible a eu lieu. Les services de renseignement ont pu recueillir et analyser les informations après les faits et déterminer que les éléments du régime d’Assad ont en effet pris des mesures pour se préparer avant d’utiliser des armes chimiques. » Mais comme la presse américaine avait déjà son histoire à raconter, cette rétraction n’a reçue que peu d’attention. Le 31 Août, le Washington Post, en s’appuyant sur l’évaluation du gouvernement, a rapporté de manière saisissante et en première page que les services de renseignement américains avaient pu enregistrer « chaque étape » de l’attaque par l’armée syrienne en temps réel, « depuis les vastes préparatifs pour le lancement de fusées jusqu’aux évaluations effectuées après l’action par des responsables syriens ». Le journal n’a pas publié le correctif d’Associated Press et la Maison Blanche a gardé sa mainmise sur la version des évènements.

Et donc, lorsque Obama a déclaré le 10 Septembre que son administration savait que le personnel d’armes chimiques d’Assad avait préparé l’attaque à l’avance, il fondait sa déclaration non pas sur des informations interceptées en direct, mais sur des communications analysées plusieurs jours après le 21 Août. L’ancien responsable du renseignement a expliqué que la chasse aux échanges pertinents est remontée jusqu’à l’exercice détecté au mois de décembre précédent, dans lequel, comme Obama l’a dit plus tard en public, l’armée syrienne avait mobilisé le personnel d’armes chimiques et distribué des masques à gaz à ses troupes. L’évaluation de la Maison Blanche et le discours d’Obama ne constituent pas une description précise des événements qui ont précédé l’attaque du 21 Août mais un compte-rendu d’une séquence de mesures que l’armée syrienne prendrait en cas d’attaque chimique. « Ils ont reconstitué l’histoire, » a déclaré l’ex-fonctionnaire, « à partir de différentes piècesLe modèle employé était celui qui remonte au mois de Décembre ». Il est possible, bien sûr, que Barack Obama n’était pas au courant que ce compte-rendu avait été établi à partir d’une analyse du protocole de l’armée syrienne en cas d’attaque au gaz, plutôt que sur des observations directes. Quoi qu’il en soit, il était arrivé à une conclusion hâtive.

La presse allait emboîter le pas. Le rapport de l’ONU du 16 Septembre confirmant l’utilisation de sarin a pris soin de préciser que l’accès des enquêteurs sur les lieux de l’attaque, cinq jours après qu’elle ait eu lieu, avait été sous le contrôle des forces rebelles. « Comme pour d’autres sites, » avertit le rapport , « ces sites ont été largement fréquentés par d’autres personnes avant l’arrivée de la mission … Pendant notre séjour, des individus sont arrivés en transportant d’autres munitions suspectes, ce qui indique que ces éléments de preuve potentiels sont en train d’être déplacés et peut-être manipulés ». Pourtant, le New York Times s’est emparé du rapport, à l’instar des responsables américains et britanniques, pour affirmer que celui-ci fournissait des preuves accablantes qui confirmaient les affirmations de l’administration. Une annexe au rapport de l’ONU reproduit des photos prises sur YouTube de quelques munitions récupérées, dont une fusée qui « correspond précisément » aux caractéristiques d’un obus d’artillerie de calibre 330. Le New York Times a écrit que l’existence de ces fusées prouvait sans conteste que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque « parce que de telles armes n’avaient jamais été signalées entre les mains de l’insurrection ».

Theodore Postol, professeur de technologie et de sécurité nationale au MIT, a examiné les photos de l’ONU avec un groupe de collègues et a conclu que la grosse fusée de calibre était une munition improvisée qui avait été très probablement fabriquée localement. Il m’a dit qu’elle était « quelque chose que vous pourriez fabriquer dans un atelier d’usinage artisanal ». La fusée dans les photos, a-t-il ajouté, ne correspond pas aux spécifications d’une fusée similaire mais plus petite connue comme faisant partie de l’arsenal syrien. Le New York Times, s’appuyant à nouveau sur les données du rapport de l’ONU, a également analysé la trajectoire de vol de deux des roquettes tirées et soupçonnées d’avoir transporté du sarin, et a conclu que l’angle de descente « pointait directement » vers une base de l’armée syrienne située à plus de neuf kilomètres de la zone d’impact. Postol, qui a été conseiller scientifique auprès du chef des opérations navales du Pentagone, a déclaré que les affirmations du Times et d’autres « n’étaient pas fondées sur des observations réelles ». Il a conclu que les analyses de la trajectoire de vol en particulier étaient, selon ses termes dans un courrier électronique, « complètement loufoques », car une étude approfondie démontrait qu’il était « improbable » que la portée de ces roquettes improvisées soit supérieur à deux kilomètres. Postol et un collègue, Richard M. Lloyd, ont publié une analyse deux semaines après le 21 Août dans laquelle ils ont correctement calculé que les roquettes impliquées transportaient beaucoup plus de sarin que précédemment estimé. Le Times a rapporté en détail cette analyse, en décrivant Postol et Lloyd comme des « experts de premier plan en armement ». Mais l’étude ultérieure des deux hommes sur les trajectoires des fusées, qui contredisait les précédents rapports du Times, a été envoyée au journal la semaine dernière et, à ce jour, le quotidien n’en a toujours pas fait état.

La fausse déclaration de la Maison Blanche sur ce qu’elle savait à propos de l’attaque, et quand elle l’a sue, n’a eu d’égal que sa volonté de ne pas tenir compte des renseignements qui pouvaient nuire à sa version des événements. Cette information concerne al-Nosra, le groupe rebelle islamiste désigné par les Etats-Unis et les Nations Unies comme une organisation terroriste. al-Nosra est connue pour avoir réalisé des dizaines d’attentats suicides contre des chrétiens et autres sectes musulmanes non sunnites à l’intérieur de la Syrie, et pour avoir attaqué son allié initial dans la guerre civile, l’Armée Syrienne Libre (ASL) laïque. Son objectif déclaré est de renverser le régime d’Assad et d’instaurer la charia. (Le 25 Septembre al-Nosra a rejoint plusieurs autres groupes rebelles islamistes en répudiant l’ASL et une autre faction laïque, la Coalition Nationale Syrienne.)

Le redoublement d’intérêt américain pour al-Nosra et le sarin a été provoqué par une série de petites attaques à l’arme chimique qui se sont produites en Mars et Avril ; à l’époque, le gouvernement syrien et les rebelles s’accusaient mutuellement. L’ONU a finalement conclu que quatre attaques chimiques avaient eu lieu, mais sans attribuer de responsabilité. Un fonctionnaire de la Maison Blanche a déclaré à la presse fin avril que les services de renseignement avaient estimé « avec différents niveaux de certitude » que le gouvernement syrien était responsable de ces attaques. Assad avait franchi la « ligne rouge » d’Obama. L’évaluation d’avril a fait la une des journaux mais quelques mises en garde importantes ont été perdues en cours de route. Le fonctionnaire anonyme qui a dirigé la séance d’information a reconnu que les évaluations des services de renseignement « ne sont pas à elles seules suffisantes ». « Nous voulons, a-t-il dit, enquêter au-delà de ces évaluations pour recueillir des faits afin que nous puissions établir un ensemble d’informations crédibles et corroborées qui peuvent ensuite être transmises à nos décideurs. » En d’autres termes, la Maison Blanche n’avait aucune preuve directe de l’implication de l’armée ou du gouvernement syriens, un fait rarement mentionné par la presse. Le discours musclé d’Obama passait bien auprès du public et du Congrès qui considéraient Assad comme un assassin sans pitié.

Deux mois plus tard, un communiqué de la Maison Blanche a annoncé un changement dans l’évaluation de la culpabilité syrienne et a déclaré que les services de renseignement avaient maintenant « une grande certitude  » que le gouvernement Assad était responsable de pas moins de 150 décès dus à des attaques au sarin. Ce qui a fait encore plus la une des journaux. On annonça à la presse qu’Obama, en réponse à cette nouvelle donnée, avait ordonné une augmentation de l’aide non létale à l’opposition syrienne. Mais encore une fois, il y avait d’importantes réserves. Cette nouvelle information contenait un rapport selon lequel les responsables syriens avaient planifié et exécuté les attaques. Aucun détail n’était fourni, pas plus que l’identité des auteurs du rapport. Le communiqué de la Maison Blanche précisait que l’analyse en laboratoire avait confirmé l’utilisation de sarin, mais aussi que cette utilisation confirmée de l’agent neurotoxique « ne nous dit pas comment ni où les individus ont été exposés ni qui est responsable de sa diffusion ». La Maison Blanche a en outre déclaré: « Nous n’avons pas de rapports corroborés et fiables qui indiquent que l’opposition en Syrie a acquis ou utilisé des armes chimiques ». Cette déclaration contredit les preuves fournies à l’époque par les services de renseignement des États-Unis.

Dès la fin du mois de mai, m’a dit le consultant du renseignement, la CIA avait informé l’administration Obama sur al-Nosra et son emploi de sarin, et avait envoyé des rapports alarmants qu’un autre groupe fondamentaliste sunnite actif en Syrie, al-Qaïda en Irak (AQI), avait également maîtrisé la fabrication de sarin. À l’époque, al-Nosra opérait dans les zones proches de Damas, y compris à Ghouta Est. Un document des services de renseignement émis au milieu de l’été a abondamment traité la cas de Ziyaad Tariq Ahmed, un expert en armes chimiques et ancien membre de l’armée irakienne, dont la présence était signalée en Syrie et qui opérait dans la région de Ghouta Est. Le consultant m’a dit que Tariq avait été identifié « comme un gars d’al-Nosra, connu pour avoir fabriqué du gaz moutarde en Irak et comme quelqu’un impliqué dans la fabrication et l’utilisation de sarin. » Il est considéré comme une cible majeure par l’armée américaine.

Le 20 Juin, un câble top secret de quatre pages récapitulant les capacités d’al-Nosra en armes chimiques fut transmis à David R. Shedd, vice-directeur de la Defense Intelligence Agency [Renseignement de l’Armée – NddT]. « Shedd a été informé de manière précise et complète », a dit le consultant. « Ce n’était pas un tas de « nous pensons que… ». » Il m’a dit que le câble ne précisait pas si c’était les rebelles ou l’armée syrienne qui avaient lancé les attaques en Mars et Avril, mais il confirmait les rapports antérieurs selon lesquels al-Nosra avait la possibilité d’acquérir et d’utiliser le sarin. Un échantillon du sarin utilisé avait également été récupéré – à l’aide d’un agent israélien – mais, selon le consultant, on ne trouve aucune mention de cet échantillon dans les échanges de câbles.

Indépendamment de ces évaluations, les chefs d’état-major, en prévision d’un envoi de troupes américaines en Syrie pour s’emparer des stocks d’agents chimiques du gouvernement, ont demandé une analyse générale des menaces potentielles. « L’Ordre d’Opération fournit la base de l’exécution d’une mission militaire, lorsqu’elle est ordonnée » a expliqué l’ancien responsable du renseignement. « Cela inclut l’éventuelle nécessité d’envoyer des soldats américains sur un site chimique syrien pour empêcher les rebelles de s’en saisir. Si les rebelles djihadistes devaient prendre le contrôle d’un site, l’hypothèse est qu’Assad ne nous attaquerait pas parce que nous serions en train de protéger les produits chimiques des rebelles. Tous les Ordres d’Opération contiennent une estimation des menaces potentielles. Nous avions des analystes techniques de la CIA, de la Defense Intelligence Agency, de spécialistes en armements, et des gens des services d’alerte qui travaillaient sur le problème … Ils ont conclu que les forces rebelles étaient capables d’attaquer les forces américaines avec du sarin parce qu’ils étaient capables d’en produire. Cette conclusion s’appuyait sur des indications et des renseignements humains, ainsi que sur des intentions exprimées et la capacité technique des rebelles. »

Il est prouvé que pendant l’été des membres des chefs d’état-major ont été troublés par la perspective d’une invasion terrestre de la Syrie ainsi que par le désir professé par Obama de fournir un appui non létal aux factions rebelles. En Juillet, le général Martin Dempsey, président du Conseil des Chefs d’état-major, a fourni une évaluation pessimiste en déclarant, au cours d’une audition publique devant la Commission des Armées du Sénat, que « des milliers d’hommes des forces spéciales et d’autres forces terrestres » seraient nécessaires pour s’emparer de l’arsenal très dispersé d’armes chimiques en Syrie, ainsi que « des centaines d’avions, de navires, de sous-marins et autres matériels de logistique ». Les estimations du Pentagone étaient de soixante-dix mille hommes, en partie parce que les forces américaines auraient également à protéger la flotte de fusées syriennes: l’accès à de grandes quantités de produits chimiques pour créer du sarin n’avait pas grand intérêt pour les rebelles sans les moyens requis pour l’expédier. Dans une lettre au sénateur Carl Levin, Dempsey a mis en garde que la décision de saisir l’arsenal syrien pourrait avoir des conséquences inattendues : « Nous avons appris de ces dix dernières années, cependant, qu’il ne suffit pas de simplement modifier l’équilibre des forces militaires si on ne prête pas soigneusement attention à préserver le fonctionnement de l’Etat… Si les institutions du régime devaient s’effondrer en l’absence d’une opposition viable, nous pourrions par inadvertance donner le pouvoir aux extrémistes ou libérer les armes chimiques que nous cherchons justement à contrôler ».

La CIA a refusé de commenter cet article. Le porte-parole de la DIA et le Bureau du directeur du renseignement national (Office of the Director of National Intelligence – ODNI) ont dit qu’ils n’étaient pas au courant du rapport de Shedd et, lorsqu’ils ont reçu les références précises du câble, ont dit qu’ils ne le trouvaient pas. Shawn Turner, directeur des affaires publiques de l’ODNI, a déclaré qu’aucune agence de renseignement américaine, y compris la DIA , « n’affirme que le Front al-Nosra a réussi à développer une capacité à fabriquer du sarin ».

Les responsables des affaires publiques de l’administration sont moins préoccupés par le potentiel militaire d’al-Nosra que Shedd dans ses déclarations publiques. À la fin de juillet, il a donné un compte-rendu alarmant sur la puissance d’al-Nosra au Forum annuel sur la sécurité à Aspen, dans le Colorado. « On compte pas moins de 1200 groupes disparates au sein de l’opposition » a dit Shedd, selon un enregistrement de sa présentation. « Et parmi cette opposition, le Front al-Nosra est … le plus efficace et gagne en force. » Ceci, a-t-il dit, « est une grave préoccupation pour nous. Si rien n’est fait, je suis très inquiet que les éléments les plus radicaux » – il a également cité Al-Qaïda en Irak – « prennent le pouvoir ». La guerre civile, a-t-il ajouté, « ne fera que s’aggraver au fil du temps … la violence incommensurable est encore à venir. » Shedd n’a fait aucune mention d’armes chimiques dans son intervention, mais il n’en avait pas l’autorisation: les rapports reçus à son bureau étaient hautement confidentiels.

Une série de dépêches secrètes sur la Syrie pendant l’été ont signalé que des membres de l’ASL se plaignaient auprès des services de renseignement américains d’attaques répétées sur leurs forces par les combattants d’al-Nosra et al-Qaïda. Les rapports, selon le consultant du renseignement qui les avait lus, fournissaient la preuve que l’ASL est « plus préoccupée par les cinglés que par Assad ». L’ASL est composée en grande partie de transfuges de l’armée syrienne. L’administration Obama, déterminée à faire tomber le régime d’Assad et à poursuivre le soutien aux rebelles, a cherché dans ses déclarations publiques depuis l’attaque à minimiser l’influence des factions salafistes et wahhabites. Au début de Septembre, John Kerry a abasourdi un auditoire du Congrès en affirmant soudainement qu’al-Nosra et d’autres groupes islamistes étaient des acteurs minoritaires au sein de l’opposition syrienne. Plus tard, il a retiré ses propos.

Après le 21 Août, à la fois lors des séances d’information publiques et privées, l’administration a ignoré les informations disponibles sur l’accès potentiel d’al-Nosra au sarin et a continué à prétendre que le gouvernement Assad était le seul à détenir des armes chimiques. Tel est le message véhiculé dans les différents briefings secrets que les membres du Congrès ont eus dans les jours qui ont suivi l’attaque, lorsque Obama cherchait du soutien pour son offensive par missile contre des installations militaires syriennes. Un législateur avec plus de 20 ans d’expérience dans les affaires militaires m’a dit qu’il est reparti d’une de ces séances avec la conviction que « seul le gouvernement Assad possédait du sarin et pas les rebelles. » De même, après la publication du rapport de l’ONU le 16 Septembre qui confirmait que du sarin avait été utilisé le 21 Août, Samantha Power, l’ambassadrice américaine à l’ONU, a déclaré lors d’une conférence de presse: « Il est très important de noter que seul le régime [Assad] possède du sarin, et nous n’avons aucune preuve que l’opposition en possède ».

On ne sait pas si le rapport hautement confidentiel sur al-Nosra a été mis à la disposition de Power, mais son commentaire était à l’image de l’attitude qui prévalait au sein de l’administration . « L’hypothèse première était que Assad avait fait le coup, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement . « Le nouveau directeur de la CIA [John] Brennan, a sauté à cette conclusion… s’est pointé à la Maison Blanche et a dit: « Regardez ce que j’ai » C’était verbal, ils ont juste brandi la chemise tachée de sang. Il y avait beaucoup de pression politique pour convaincre Obama d’aider les rebelles, et il y avait un vœu pieu que ce [lien entre Assad et l’attaque au gaz sarin ] forcerait la main d’Obama: « Voici le télégramme de Zimmermann de la rébellion syrienne et à présent Obama peut réagir ». Un vœu pieu partagé par les partisans de Samantha Power au sein de l’administration. Pas de chance, certains membres des chefs d’état-major ont été alertés qu’il allait attaquer et ont fait savoir que ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça. »

L’idée d’une attaque américaine par missiles sur la Syrie n’a jamais convaincu l’opinion publique et Obama s’est rapidement tourné vers l’ONU et la proposition russe de démanteler l’industrie de guerre chimique syrienne. Toute possibilité d’une action militaire fut définitivement écartée le 26 Septembre lorsque l’administration s’est joint à la Russie pour approuver un projet de résolution de l’ONU demandant au gouvernement Assad de se débarrasser de son arsenal chimique. La marche arrière de M. Obama fut un soulagement pour de nombreux hauts responsables militaires. (Un conseiller de haut niveau pour les opérations spéciales m’a dit que l’attaque par missile, mal conçue, sur les aérodromes militaires syriens et les sites de missiles, comme initialement prévue par la Maison Blanche, aurait été « l’équivalent d’un soutien aérien rapproché pour al-Nosra. »)

La distorsion par l’administration des faits entourant l’attaque au sarin soulève une question incontournable: savons-nous tout sur l’empressement qu’Obama a eu pour ne pas mettre sa menace de « ligne rouge » à exécution et bombarder la Syrie ? Il prétendait avoir un dossier en béton, puis tout à coup a décidé de porter la question devant le Congrès, pour ensuite accepter l’offre de M. Assad de renoncer à ses armes chimiques. Il semble possible qu’à un moment donné il a été directement confronté à des informations contradictoires: des éléments suffisamment solides pour le persuader d’annuler son plan d’attaque, quitte à subir les critiques que les Républicains n’allaient pas manquer de lui faire.

La résolution de l’ONU, adoptée le 27 Septembre par le Conseil de sécurité, a indirectement avancé l’idée que les forces rebelles comme al-Nosra devaient également désarmer: « aucune partie en Syrie ne devra utiliser, développer, produire, acquérir, stocker, conserver ou transférer des armes [chimiques]. » La résolution demande également que le Conseil de sécurité soit immédiatement informé si un groupe non-étatique « acquiert des armes chimiques ». Aucun groupe n’est nommément cité. Tandis que le régime syrien poursuit le démantèlement de son arsenal chimique, l’ironie est qu’après la destruction du stock d’agents chimiques d’Assad, al-Nosra et ses alliés islamistes pourraient se retrouver comme la seule faction à l’intérieur de la Syrie capable de fabriquer du sarin, une arme stratégique différente de toute autre dans la zone de guerre. Il reste peut-être encore des choses à négocier.

Source: http://www.mondialisation.ca/syrie-le-sarin-de-qui/5361426

#The GIFiles : L’assassinat d’Imad Mughniyeh – Retour sur les opérations secrètes du Mossad –

 Publié : le mars 13, 2012 par W dans The Global Intelligence Files

25 Palestiniens, dont des membres du groupe armé “Jihad islamique” et des civils parmi lesquels un enfant de 12 ans, ont été tués à Gaza dans des raids israéliens depuis ce vendredi 9 mars. Cette escalade de violence s’est déclenchée après l’assassinat du chef du “Jihad islamique” et ce dernier a riposté par le tir de près de 100 roquettes contre l’état d’Israël.

De la fumée s'élève au-dessus de la ville de Gaza, après un raid aérien samedi. Crédits photo : Hatem Moussa/AP

De la fumée s’élève au-dessus de la ville de Gaza, après un raid aérien samedi. Crédits photo : Hatem Moussa/AP

Ce n’est pas la première fois que l’armée ou les services secrets israéliens ont recours à ce genre d’opération très controversée, les services secrets israéliens, “Le Mossad”, est connu pour ses opérations clandestines à travers le monde ; l’assassinat de Mahmoud Al-Mabhouh, membre des groupes armés palestiniens Ezzedine al Qassam, le bras armé du Hamas à Dubaï, est un coup qui a fait la une des médias internationaux le 20 janvier 2010.

La police de Dubaï -Emirats Arabes Unis- après une enquête profonde a publié cette vidéo, “CCTV footage : The assassination of Mahmoud al Mabhouh in Dubai” en 2010 qui montre comment des agents secrets israéliens ont traqué Al Mabhouh pour le torturer et l’assassiner dans une chambre d’hôtel.

Même s’il n’y a pas de preuve, l’Iran n’a pas hésité à accuser le Mossad des récents assassinats contre des savants iraniens.

INSIGHT – Israel – assassinat d’Imad Mughniyeh – IL1

L’email ayant l’ID 66013 rendu public le 13 mars 2012 et daté du 21 février 2008, échangé entre Reva Bhalla, la directrice des analyses à Stratfor et le service de renseignement de la même compagnie, nous présente le rapport élaboré par une source israélienne qui travaille pour le compte de Stratfor sur l’assassinat d’Imad Mughniyeh, un des piliers du Hezbollah, le 12 février 2008 à Damas en Syrie.

Le document original du site Wikileaks est accessible ici.

Email-ID 66013
Date 2008-02-21 22:00:39
De bhalla@stratfor.com
A intelligence@stratfor.com

PUBLICATION: Pour usage Background/Analyse

ATTRIBUTION : Source israélienne (connecté)

Fiabilité de la source: B

Elément de crédibilité: 2

TRAITEMENT SPÉCIAL: N / A

Imad Mughniyeh

Imad Mughniyeh

Sur l’assassinat d’Imad Mughniyeh:

Définir M.O. du Mossad. C’était une attaque très élégante. Comme l’ont montré des images, la voiture était encore largement intacte, l’explosion contrôlée s’était concentrée sur l’appuie-tête.

Le Mossad ne revendique jamais les assassinats. La seule fois où ils l’ont revendiqué, c’était pour l’assassinat d’Ali Hassan Salameh (Une des rares fois où Israël agit sans notifier les U.S. (Etats-Unis), et les U.S. qui étaient bourrés parce qu’il été une liaison de la CIA).

Certainement les U.S savaient pour l’assassinat, le commentaire du département d’Etat le reflète.

Je crois vraiment que le Mossad avait traqué IM (Imad Mughniyeh) pendant un certain temps. Ce petit éditorial est paru le lendemain de l’assassinat dans haaretz (un journal Israélien) et explique d’un point de vue opérationnel comment vous vous attachez à quelqu’un que vous suiviez et ce sentiment bizarre de tristesse quand il est éliminé parce que vous avez suivi tous ses mouvements et pendant si longtemps. Ne peut être compris que d’un point de vue opérationnel.

Il était un grand atout pour le Mossad de le suivre, mais difficile de comprendre pourquoi il l’a assassiné aujourd’hui. Peut-être que l’assassinat est lié à une volonté de la part des États-Unis/Iran d’exercer une pression sur l’Iran sur ce point, ou alors une bonne occasion qui s’est présentée. Le Mossad savait qu’il avait été réactivé depuis un certain temps maintenant… il a été suivi pendant un certain temps.

Comment l’opération s’est probablement réalisée :

Photo de l'attentat

Photo de l’attentat

Le Mossad travaille en équipes modulaires. Cette opération nécessite beaucoup plus que juste trois personnes, mais vous n’en avez jamais eu besoin d’un grand nombre dans le pays au moment de l’attaque, vous avez une personne pour la surveillance, le récupérer, envoyer une autre personne pour acquérir les explosifs, le récupérer, envoyer un fabricant de bombe et le récupérer, etc. Ce n’est pas clair s’ils avaient quelqu’un dans le pays au moment de l’attaque .. ne serez pas surpris si la bombe était déclenchée par un signal sat -satellitaire- (ma note – peut-être que ma théorie de ping d’un téléphone cellulaire est vraie ?). En outre, toute personne, qui travaillait avec eux dans le pays au moment de l’attaque était probablement une recrue arabe (la raison probable pour laquelle la Syrie et l’Iran estiment l’implication d’un régime arabe dans cet assassinat). Pas de question même si c’était une op du Mossad.

IM (Imad Mughniyeh) était un atout majeur et était actif. Il était capable de survivre pendant si longtemps parce qu’il a été protégé de très près par les Iraniens. Quand je dis qu’il était actif, je ne dis pas qu’il était un opérateur directement impliqué dans toute la formation, etc. Il était un stratège, ils l’appelaient leur chef d’état-major. Et vous grossissez lorsque vous êtes assis à Téhéran comme chef d’état-major. C’est la nature du biz.

Les représailles viendront. Ce n’est pas une question de si, mais de quand. Sera beaucoup plus une attaque comme celle de Buenos Aires – opération outre-mer, secrète. Et ça sera une opération importante. Le Hezbollah a des agents actifs à l’étranger pour tirer cela au large et n’oubliez pas lors de l’attaque de BA – Buenos Aires-, que les Iraniens ont réussi à corrompre les responsables de la sécurité argentins et l’équipe d’enquête.

Israël est militairement prêt pour une autre guerre. Ashkenazi a fait un travail phénoménal au cours de l’année précédente dans la réforme du système.. C’est vraiment incroyable. Il est un Golani – ce qui signifie qu’il est un hardcore. Nous avons des blagues en Israël disant que les Brigades Golani sont celles qui mangent la saleté et qui sont les plus robustes… Ashekenazi est sérieux sur ce sujet et il n’a pas donné d’interview.

En outre, Meir Dagan a totalement transformé le Mossad. Il est venu et il a littéralement fermé le département des recherches du Mossad. Il a dit je ne veux plus de documents académiques, tout se focalise sur les opérations. Ce coup de Mughniyeh était son bébé. Ce n’est pas une coïncidence que Olmert ait étendu le mandat de Dagan jusqu’en 2009 pour la première fois JUSTE APRES le succès sur IM (Imad Mughniyeh).

L’ego d’Israël était grièvement meurtri par la guerre avec le Hezbollah et cet assassinat ainsi que la frappe aérienne en Syrie est une façon qu’a Israël de revenir et de montrer qu’ils sont encore forts. Cela aide aussi Olmert à garder le capital politique dont il a besoin. C’est le genre d’action que nous allons voir d’Israël – autres opérations de ce genre.

Israël NE VEUT PAS d’une autre guerre avec le Hezbollah maintenant. Ils n’essayent pas de les pousser vers une autre guerre non plus. Le “focus” est mis sur les opérations secrètes. Il est hors de question pour Israël d’essayer de répéter la guerre de 1982 au Liban. Ce fut le Vietnam d’Israël. Israël est absolument sensible aux victimes militaires, plus que les États-Unis. C’est ce que le rapport Winograd avait pour sujet – on note qu’il n’a pas parlé des victimes civiles, il parlait uniquement des victimes militaires et si leurs vies valaient la peine de lancer une opération terrestre si tardive dans le jeu…. c’est ancré dans la psyché israélienne. Israël ne voudra pas une guerre dont les victimes humaines seront élevées. Même durant la guerre du Liban, c’était vrai.

Concernant le  Hamas ..

Les canaux de communication indirects “Backchannels” entre Israël et le Hamas sont en cours. L’Égypte est le principal canal (principalement Omar Suleiman). Barak ne sait pas quoi faire encore au sujet de la bande de Gaza. On ne parle même pas de réoccupation, mais c’est toujours une situation de désordre. La bombe qui a explosé à Dimona venait d’Hébron ; ironiquement, des militants pacifistes israéliens ont réussi à stopper la construction du mur à l’endroit où le kamikaze est passé.

L'impact d'un Qassam sur la ville de Sderot

L’impact d’un Qassam sur la ville de Sderot

Beaucoup de pression politique s’exerce sur Olmert pour qu’il fasse quelque chose au sujet de Gaza. Les familles de Sderot ont de l’influence. Les roquettes Qassam sont beaucoup plus une arme psychologique qu’autre chose, ils ne causent pas beaucoup de dégâts. Mais l’effet politique ne peut être sous-estimé.

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Espions des sables

Le 6 mars 2012

Fin 2011, des unités d’élite occidentales, comptant des Français, auraient été déployées en Syrie. En partenariat avec OWNI, l’organisation WikiLeaks poursuit la publication des cinq millions d’emails de Stratfor, la société de renseignement privé proche des états-majors américains. Avec aujourd’hui des centaines de messages sur le Moyen-Orient.

WikiLeaks avait entamé, le 27 février, la publication progressive de cinq millions de messages internes de l’entreprise de renseignement privée américaine Stratfor. Aujourd’hui, le site dévoile des emails indiquant la présence de forces spéciales occidentales en Syrie, notamment françaises, ainsi que des emails détaillant des aspects opérationnels, jusque-là ignorés, de la guerre en Libye. Créée en 1996 à Austin, au Texas, l’agence passait jusqu’ici pour une “CIA privée”, une réputation quelque peu exagérée.

En réalité, Stratfor développe ses analyses depuis des bureaux aux États-Unis, qu’elle vend aux entreprises, en entretenant des contacts avec quantité d’officiers supérieurs et d’agents de renseignement, en particulier américains.

Forces spéciales en Syrie

En Syrie, sujet abondamment traité par Stratfor, le compte-rendu d’une réunion, daté du 6 décembre 2011 laisse entendre que des forces spéciales occidentales auraient été présentes sur le terrain dès la fin de l’année 2011. Le message évoque quatre “gars, niveau lieutenant colonel dont un représentant français et un britannique” :

Après deux heures de discussion environ, ils ont dit sans le dire que des équipes de SOF [Special Operation Forces ou forces spéciales, NDLR] (sans doute des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France, de Jordanie et de Turquie) étaient déjà sur le terrain, travaillant principalement à des missions de reconnaissance et à l’entraînement des forces de l’opposition.

Les participants rejettent l’hypothèse d’une opération aérienne sur le modèle libyen, affirmant que “l’idée ‘hypothétiquement’ serait de commettre des attaques de guérilla, des campagnes d’assassinats, d’essayer de venir à bout des forces des Alaouites [le groupe confessionnel, minoritaire en Syrie, auquel appartient le président syrien Bachar al-Assad, NDLR], de provoquer un effondrement de l’intérieur.”

La situation syrienne est jugée beaucoup plus complexe que la Libye. “Les informations connues sur l’OrBat syrien [l’ordre de bataille, soit la composition des armées, NDLR] sont les meilleures qu’elles ne l’ont jamais été depuis 2001″ détaille un membre des services de renseignement de l’US Air Force, selon l’analyste de Stratfor. Les membres présents à cette réunion insistent sur les difficultés militaires d’une intervention directe :

Les défense aériennes syriennes sont bien plus robustes et denses, particulièrement autour de Damas et le long des frontières israélienne et turque. [Les participants] s’inquiètent des systèmes de défense aériens mobiles, en particulier les SA-17 [missiles sol-air, NDLR] qu’ils ont obtenus récemment. L’opération serait faisable, mais ne serait pas facile.

À ce moment de la réflexion stratégique, l’opération serait conduite depuis les bases de l’Otan à Chypre. Mais une telle campagne n’était alors pas encore entièrement d’actualité. “[Les représentants des services de renseignement] ne pensent pas qu’une intervention aérienne aurait lieu tant qu’aucun massacre, comme celui par Kadhafi à Benghazi [en Libye, NDLR], ne retiendra l’attention des médias. Ils pensent que les États-Unis auront une forte tolérance aux meurtres tant qu’ils n’atteindront pas l’opinion publique.”

Des troupes égyptiennes au sol en Libye

Parmi les centaines de milliers d’emails consacrés au Moyen-Orient, un grand nombre porte sur la guerre en Libye, sur la base de correspondance avec des militaires de haut rang. Ainsi, dans un message daté du 18 mars 2011, soit la veille du début des bombardements de la Libye par les forces de l’Otan, l’analyste Reva Bhalla partage avec force détails un “rendez-vous privé” avec “quelques colonels américains de l’US Air Force, un homologue français et un Britannique”. Le ton est donné d’entrée :

Ils sautent pratiquement de joie à l’idée de faire cette opération [le bombardement de la Libye, NDLR] — une opération de rêve comme ils l’appellent – terrain plat, proche des côtes, cibles faciles. Aucun prob.

Les militaires gradés réunis affirment alors que “les Égyptiens sont déjà positionnés au sol, qu’ils arment et entraînent les rebelles.” Un sujet pour le moins tabou. A cette date, le 18 mars, deux résolutions ont été votées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La première à l’unanimité le 26 février, prévoit la mise en place de sanctions économiques et financières contre le régime libyen, doublées d’un embargo sur les armes.

Le 17 mars, un jour avant le “rendez-vous privé” relaté, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1973 qui met en place une zone d’exclusion aérienne. Le texte est adopté à l’arraché : l’Allemagne, la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde s’abstiennent. Selon les participants, la résolution a été “presque entièrement rédigée par les Brits [les Britanniques, NDLR]“. A ce stade, il n’est nullement question de troupes présentes au sol, ni d’en envoyer dans le futur. Des enquêtes ultérieures démontrent que des forces spéciales occidentales ont bien participé aux opérations, sur le sol libyen.

Le pétrole de la gloire

Au lendemain du blanc-seing du Conseil de sécurité, les militaires analysent les motivations de chaque participant. “De leur point de vue, l’opération entière est menée par le tandem franco-britannique. Par bien des aspects, les États-Unis ont été forcés de les suivre” écrit l’analyste de Stratfor. Côté britannique, les motifs de l’entrée en guerre sont assez prosaïques et plutôt éloignés des raisons humanitaires officiellement invoquées :

Le gars britannique dit que la Grande-Bretagne est guidée par des intérêts énergétiques dans cette campagne. Depuis la marée noire [dans le Golfe du Mexique, NDLR], BP souffre aux États-Unis . Les autres options sont d’aller vers la Sibérie (problèmes avec la Russie), le Vietnam et… la Libye. Selon eux, le renversement de Kadhafi est le meilleur moyen de remplir ces objectifs énergétiques.

Côté français, la situation est moins claire pour les intervenants de l’armée et pour les analystes de Stratfor. Le gradé français affirme que “la France a entendu parler de menaces d’AQMI [Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR], soutenues par Kadhafi, contre des cibles françaises. Ça les a soûlés. Sarkozy s’est mis dans une impasse” conclut-il. Surtout, la France voulait prouver qu’elle “pouvait très bien” conduire ce genre d’opérations, “prouver sa pertinence.”

Entre Français et Britanniques, la coordination est d’abord passée par le Pentagone, rapporte la même analyste de Stratfor dans un message daté du 19 mai 2011. La veille, elle a assisté à un“briefing avec le groupe stratégique de l’US Air Force [pour] aider à préparer le séjour du chef d’État major de l’USAF en Turquie la première semaine de juin”. À cette réunion assistent deux colonels des services de renseignement américain et français, un capitaine britannique et un représentant du Département d’État. Reva Bhalla écrit:

Au début de la campagne en Libye, la France se coordonnait encore avec la Grande-Bretagne par l’intermédiaire du colonel des services de renseignement de liaison au sein du Pentagone, et non pas directement avec la Grande-Bretagne. Maintenant, les Britanniques ont enfin installé un bureau de commandement à Paris pour la coordination.

Lors de la même réunion, les participants estiment le coût de la guerre à 1,3 million “par mois”, ce qu’un expert de Stratfor corrige dans un mail en réponse : “1,3 million par jour”. “Un coût, mais pas une opération coûteuse” estiment-ils de concert.


Illustrations et couverture par Loguy pour OWNI.

Source: http://owni.fr/2012/03/06/guerre-libye-syrie-gi-files-wikileaks/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11554.0.html

Les sales blagues de Bachar el-Assad

Le 18 juillet 2012

Les #SyriaFiles de WikiLeaks révèlent qu’avant le déclenchement de la révolution, Bachar el-Assad draguait son assistante avec des blagues salaces, et raillait, auprès de son beau-père, la taille respective des pénis de Nicolas Sarkozy, Benyamin Netanyahou et Barack Obama. Quand la révolution syrienne a commencé, il a cessé de blaguer, et viré conspirationniste.

Le 26 février 2011, 15 jours après la fuite (et la démission) d’Hosni Moubarak, qui dirigeait l’Égypte depuis 1981, Bachar el-Assad envoie un mail intitulé “Un nouveau mot dans le dictionnaire” :

Moubarak (verbe) : accrocher, coller quelque chose. Exemple : “je vais te frapper et te moubaraker au mur”, ou “tu peux moubaraker les différentes pièces pour les faire tenir ensemble”.
Moubarak (adjectif) : long à apprendre ou comprendre. Ex : “Pourquoi avez-vous besoin d’être aussi moubarak ?”
Moubarak (nom) : ex-petite amie psychotique qui n’arrive pas à comprendre que c’est fini.

Sur les 2 434 899 mails des Syria Files révélés par WikiLeaks et auxquels Owni a eu accès, on trouve 538 e-mails envoyés par sam@alshahba.com, l’adresse e-mail utilisée par Bachar el-Assad. La majeure partie d’entre-eux ont été envoyés avant le début de la révolution en Syrie, et concernent la gestion d’affaires internes, ainsi que de nombreux échanges avec la traductrice personnelle d’el-Assad.

On n’y trouve aucun secret d’État, pas de révélations sur la main-mise des services de sécurité syriens, non plus que sur le soutien de la Russie, de la Chine ou de l’Iran. Par contre, on y trouve des blagues, plusieurs dizaines, pour la plupart en anglais, que le président-dictateur syrien envoyait à ses proches collaborateurs, et notamment à sa traductrice.Certaines sont plutôt drôles ou raffinées, la majeure partie graveleuses et misogynes. A mille lieues de l’image glamour que le régime syrien et ses communicants cherchaient à donner du couple el-Assad en mettant en avant la belle et jeune Asma, épouse de Bachar, ces blagues révèlent un homme adepte de ces blagues que s’échangent les hommes d’un certain âge au sujet de leurs femmes vieillissantes, et d’un humour peu respectueux de la femme, tout comme de l’islam. Florilège.

Une pastèque dans le c…

En février 2010, dans un email intitulé “Les femmes qui savent rester à leur place” il raconte comment la journaliste américaine Barbara Walters s’était étonnée de voir les femmes afghanes continuer à marcher plusieurs pas derrière leurs maris, comme du temps des Talibans :

Pourquoi semblez-vous si heureuse de perpétuer cette vieille coutume que vous cherchiez pourtant désespérément à abolir ?

La femme regarde Mme Walters droit dans les yeux et, sans hésitation, lui répond : “les mines antipersonnelles”.

Moralité de l’histoire : derrière chaque homme, il y a une femme intelligente !

Le 16 mars 2010, Bachar el-Assad envoie une série de blagues en arabe, se moquant notamment de Haifa Wehbe, laissant entendre que le jour où la diva d’origine libanaise mourra, elle saura enfin de ce que cela fait de se coucher toute seule… entre autres plaisanteries de bon goût.

On y trouve aussi l’histoire d’un homme qui ne parvient pas à se défaire des vers qui rongent ses viscères. Un médecin lui propose alors de couper une pastèque en deux et de s’asseoir dessus, afin que son nectar attire les vers. L’un d’entre-eux vient de fait goûter la pastèque qui, effectivement, a très bon goût. Mais plutôt que d’attirer les vers, ces derniers crient au premier : “ramène-nous la pastèque !

Cochon entier et petite saucisse

Le 8 août à 18h24, Bachar el-Assad faisait suivre une chaîne mail intitulée “Longue vie aux célibataires“, compilation de citations anti-mariage :

Je n’ai pas peur du terrorisme. J’ai été marié pendant deux ans.

J’emmène ma femme partout, mais elle arrive toujours à retrouver le chemin du retour.

Nous nous tenons toujours par la main. Si je la laisse aller, elle entre dans les magasins.

Quatre minutes plus tard, à 18h28, Bachar el-Assad envoie un autre e-mail, titré “femmes âgées“, évoquant le fait que “pour chaque femme magnifique, intelligente, bien coiffée et sexy de plus de 40 ans, il y a un chauve bedonnant qui porte des pantalons jaunes et autres reliques en guise de vêtements, et qui devient gaga devant des serveuses de 22 ans” :

Mesdames, je suis désolé. A tous ces hommes qui disent : “mais pourquoi acheter une vache quand on peut avoir du lait gratuitement ?” sachez qu’aujourd’hui, 80% des femmes sont contre le mariage. Pourquoi ? Parce qu’elles réalisent que ce n’est pas la peine d’acheter un cochon entier pour n’avoir qu’une petite saucisse !

Le 20 octobre 2010, il envoie à sa traductrice “quelques calculs mathématiques“, que l’on retrouve sur le web sous l’intitulé Romance Mathematics :

Homme intelligent + femme intelligente = Romance
Homme intelligent + femme bête = aventure
Homme stupide + femme intelligente = mariage
Homme stupide + femme bête = grossesse

Un homme qui réussit gagne plus d’argent que sa femme ne peut dépenser.
Une femme qui réussit est celle qui peut trouver un tel homme.

Le 23 décembre, il fait suivre une série de blagues “Mari vs Femme” elle aussi copiée-collée sur les interwebs :

La femme : j’aimerais être un journal, pour être dans tes mains tous les jours.
Le mari : moi aussi j’aimerais bien que tu sois un journal, histoire d’en avoir un nouveau chaque jour.

Le 5 novembre, il transmet un “guide hormonal à scotcher sur le réfrigérateur” que “les femmes comprendront (et que) les hommes devraient mémoriser“, dont la version poster est beaucoup plus explicite et qui, en résumé, explique que pour ne pas avoir de problèmes avec les femmes, le mieux est encore de les enivrer :

Le 15 décembre, Bachar el-Assad transfert un mail intitulé “générosité britannique” que lui avait envoyé Fawaz Akhras, son beau-père, et qui raille l’aide internationale apportée au Pakistan après un tremblement de terre (imaginaire) ayant fait 2 millions de mort :

Les USA envoient des troupes. L’Arabie Saoudite du pétrole. La Nouvelle-Zélande des moutons, des bovins et de la nourriture. Les pays d’Asie du sud est de la main d’œuvre pour rebâtir les infrastructures. L’Australie du matériel et des équipes médicales.

Pour ne pas être en reste, la Grande-Bretagne renvoie ses deux millions de Pakistanais. God Bless British generosity…

Le Guardian, qui a consacré un article au sujet des conseils donnés par Fawaz Akhras à son beau-fils pour minimiser la portée du nombre de morts civils en Syrie, évoque également le fait que Bachar lui avait envoyé plusieurs autres blagues depuis son iPhone, dont une portant sur la taille respective des pénis de Nicolas Sarkozy, Benyamin Netanyahu et Barack Obama.

La blague postée en date du 28 décembre est tout aussi courte, percutante, que déplacée. Une nonne va voir sa mère supérieure pour lui annoncer qu’elle a été violée :

– Que dois-je faire ?
– Buvez ce thé, amer et sans sucre
– Cela me rendra-t-il mon honneur et ma pureté ?
– Non, mais cela devrait effacer l’expression de bonheur qu’arbore votre visage.

Le 31, une histoire où un gars vient demander à Bush et Obama, qui sont assis dans un bar, ce qu’ils sont en train de préparer :

Bush : Nous préparons la 3ème guerre mondiale.
le gars : vraiment, mais qu’est-ce qui va se passer ?
Bush : cette fois, nous allons tuer 140 millions de gens, ainsi qu’Angelina Jolie.
le gars : Angelina Jolie ? Mais pourquoi Angelina Jolie ?
Bush se tourne alors vers Obama : tu vois ? Je te l’avais bien dit, tout le monde s’en fout de ces 140 millions de gens !!!!!!!!!

“Woo-hoo, quelle aventure !”

Le 20 janvier, ce n’est pas une blague, mais une vidéo en noir et blanc, et en pièce jointe, façon comédie italienne d’antan, que Bachar el-Assad envoie par mail un spot publicitaire de la société Belgacom incitant ses abonnés à ne pas la quitter. On y voit une femme en-dessous s’affoler de l’arrivée de son mari, et son amant se cacher dans une valise. Le mari, croyant que sa femme le quittait, prend la valise et la jette par la fenêtre.

Le 25, Bachar el-Assad envoie une autre vidéo en pièce jointe : Reopen911.wmv (4.1MiB), résumé de plusieurs des thèses conspirationnistes entourant les attentats du 11 septembre.

Le lendemain, Hasan Ali Akleh s’immole par le feu afin de protester contre le gouvernement syrien, évènement considéré comme annonciateur, et en tout cas emblématique, du printemps syrien.

Le 1er mars 2011, 15 jours après les premières manifestations en Libye, et une semaine après le fameux discours télévisé où Mouammar Kadhafi où il promettait de “nettoyer la Libye maison par maison” de tous ces “mercenaires, rats, bandes criminelles et drogués” manipulés par Al-Qaïda et les Américains, Bachar el-Assad envoyait un nouvel e-mail :

Kadhafi a dit :
. hé, les gens, sans électricité, nous nous assiérons pour regarder la TV dans le noir
. je ne suis pas un dictateur qui bloque Facebook, mais j’arrêterais tous ceux qui s’y connecteront
. vous pouvez protester autant que vous le voulez, mais n’allez ni dans les rues ni dans les places
. je resterai en Libye jusqu’à ma mort, ou mon destin viendra à moi.

Le 2 mars 2011, Bachar el-Assad fait suivre les conseils d’un médecin qui préconise la sieste plutôt que l’exercice, conseille de boire de l’alcool (parce que le vin et la bière sont faits à partir de fruits et de céréales), de ne pas se restreindre sur les fritures et le chocolat (parce que faits à partir de légumes), déconseille la nage (“si la nage est bonne pour la ligne, expliquez-moi les baleines“) :

La vie ne doit pas être un long voyage destiné à arriver dans sa tombe avec une ligne et une condition physique excellente, mais plutôt une virée zigzaguante (du Chardonnay dans une main, du chocolat dans l’autre) où l’on crierait “woo-hoo, quelle aventure !” afin d’en finir complètement usé et épuisé.

Le 27 mars 2011, alors que le mouvement de libération prend de l’ampleur, et que l’AFP avance que plus d’une centaine de manifestants ont été tués par la police, un proche collaborateur de Bachar el-Assad lui envoie un mail particulièrement obséquieux lui expliquant qu’une étude aurait démontré que le cœur de la quasi-totalité des 24 millions de Syriens battrait pour Bachar el-Assad, et qu’il est impossible de geler ses avoirs puisqu’ils ne sont pas en Suisse, mais dans le cœur des Syriens…

Le 28, Bachar el-Assad fait suivre une image montrant comment la photo de gens manifestant avec le drapeau syrien en soutien au président syrien a été manipulée pour que l’on croit qu’ils réclament son départ.

Le 31, un autre collaborateur lui envoie un mail intitulé ‘J’ai aimé cette chanson” avec, en pièce jointe, une chanson (sirupeuse) attribuée (à tort) à Mick Jagger composée sur un vieux synthé et répétant (en anglais) “Bashar, We Love You“.

Le 25 juillet, il fait suivre la version traduite en arabe d’une vidéo, en français, intitulée “Sarkozy, combien d’enfants as-tu tué cette nuit ?“, l’accusant d’être responsable de la mort d’enfants tués lors d’un bombardement de l’OTAN en Libye, réalisée par Michel Collon, un journaliste belge considéré comme proche des réseaux français au service de la Syrie1 qui, après avoir publié un essai sur les “médiamensonges” de l’OTAN en Libye, a récemment préfacé un ouvrage similaire consacré, cette fois, au plan “Syriana” de remodelage du Moyen-Orient par la CIA.

Le 24 septembre, il envoie un lien vers une vidéo (en arabe) sur la proximité supposée entre Al Jazeera et la CIA. Censurée depuis, on la retrouve facilement en cherchant les mots-clefs “الجزيرة والمخابرات الأمريكية.. مين بيلعب فى دماغنا ؟؟“.

Le dernier e-mail de Bachar el-Assad présent dans les #SyriaFiles de WikiLeaks est un copié-collé d’un article de Wayne Madsen, un ancien militaire américain devenu journaliste spécialiste des services de renseignement, proche du Réseau Voltaire et conspirationniste.

Dans cet article, basé sur “plusieurs sources fiables“, Madsen affirme que l’ancien ambassadeur des États-Unis en Syrie a été chargé de recruter des “escadrons de la mort” auprès d’unités affiliées à Al-Qaïda et de les envoyer se battre contre les soldats et policiers fidèles au régime syrien. Il affirme également que ces terroristes ne se sont pas contentés d’attaquer les forces loyalistes, mais également de massacrer des civils, afin d’accuser, avec l’aide du Mossad, le gouvernement syrien.

Et cette histoire de CIA qui recrute des terroristes d’Al-Qaïda pour tuer des civils avec l’aide du Mossad, pour Bachar el-Assad, ce n’était pas une blague.


A noter que le Fonds de Défense de la Neutralité du Net, émanation du French Data Network, premier FAI indépendant français, vient de faire sauter le blocus financier de Wikileaks, et qu’il est donc de nouveau possible de lui faire un don par carte bancaire.Merci à Salam Houssam Aldeen, pseudonyme d’un journaliste syrien en exil à Paris (qui cherche du travail : contactez presse AT OWNI.fr), ainsi qu’à Pierre Leibovici (@pierreleibo sur Twitter), qui m’ont beaucoup aidé à plonger dans ces #SyriaFiles.
Photo trouvée dans les mails de Bachar el-Assad, illustration et couverture par Loguy pour Owni /-)

  1. l’auteure de cet article, Hala Kodmani, une journaliste franco-syrienne, ex-rédactrice en chef à France 24, et responsable de la rubrique Syrie à Libération, est aussi la sœur de Bassma Kodmani, porte-parole du Conseil national syrien -organe de l’opposition syrienne basé à Paris-, et préside l’association française Souria Houria -Syrie Liberté-, “groupe de soutien à la révolte du peuple syrien” qui milite pour le renversement du régime de Bachar el-Assad. []

Source: http://owni.fr/2012/07/18/les-sales-blagues-de-bachar-el-assad/ et http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,13062.0.html

Re: Jim Johnson et professeure Maxine Isaacs

Courriel-ID   2120006
Date   2010-05-19 02:53:23
De: b.shaaban@mopa.gov.sy
À: b.shaaban@mopa.gov.sy, MINDYK@brookings.edu

Le vendredi 14/05/10 5:37 PM, Martin Indyk (MINDYK@brookings.edu) écrit :

Cher Bouthaina,

J’espère que ce message vous trouvera bien. Certains de mes proches amis seront en visite touristique à Damas du 25 au 29 mai. Toutefois, ce sont des gens influents à Washington et je pense que vous et Walid bénéficieriez de les rencontrer comme ils pourraient certainement bénéficier de vous rencontrer. Jim était le chef d’état-major du vice-président Walter Mondale dans l’administration Carter. Il a également siégé en tant que Président de la Brookings Institution. J’ai joint son curriculum pour que vous puissiez obtenir une image plus complète. Simplement, il est très influent dans l’administration Obama à la Maison-Blanche et auprès du Parti démocrate. Sa femme, Maxine Isaacs, est professeure à l’université Harvard, à la Kennedy School of Government, où elle enseigne le rôle des femmes dans la politique étrangère! Donc, vous pouvez voir pourquoi j’ai pensé immédiatement les mettre en contact avec vous quand ils m’ont dit qu’ils allaient visiter Damas.  Je vous serais très reconnaissant si vous aviez le temps de les rencontrer et pour les introduir auprès de Walid.

Avec mes meilleurs vœux, Martin.

Réponse de Raghad Al-Mahrous adjoint du Dr Bouthaina Shaaban.

Cher Ambassadeur Indyk,

Dr Bouthaina Shaaban vous remercie pour votre courriel et dit qu’elle veut bien rencontrer M. James Johnson et son épouse, Mme Maxine Isaacs. Dr Shaaban dit qu’elle souhaite les accueillir pour le dîner sur l’une des dates suivantes: mardi 25, mercredi 26, jeudi 27. Veuillez nous faire savoir quelle option ils préfèrent de telle sorte que nous puissions nous organiser en conséquence. Ci-dessous vous pouvez trouver les numéros de bureau du Dr Shaaban pour votre et leurs dossiers: ligne terrestre directe: +963-11-3341716, opérateur: +963-11-3333334, Fax: +963-11-3341725.

Cordialement, Raghad Al-Mahrous adjoint du Dr Bouthaina Shaaban

Document original à consulter sur : http://wikileaks.org/syria-files/docs/2120006_re-jim-johnson-and-professor-maxine-isaacs.html et sur le forum WikiLeaks : http://www.wikileaks-forum.com/index.php?topic=13016.new#new

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