Sécurité des données, renseignement, société: ce que Wikileaks a changé (ou pas)

Lci.tf1.fr, par Fabrice Aubert, le 03 décembre 2013

Monde: Wikileaks a montré que n’importe qui pouvait désormais facilement révéler au monde entier des informations confidentielles, qu’elles proviennent de secrets d’Etat ou de sociétés privées. Mais, au-delà, qu’a vraiment changé l’affaire Manning?

Des « taupes » donnant aux médias des documents truffés d’informations confidentielles, cela a toujours existé. En 1971, Daniel Ellsberg, un analyste, fournissait ainsi au New York Times des rapports du ministère de la Défense sur l’implication des Etats-Unis au Vietnam. Il avait tout simplement photocopié plus de 7.000 pages de ces « Pentagon papers »!

Wikileaks n’a donc rien inventé. Julian Assange a en revanche facilité le processus, désormais grandement numérique, et renforcé sa caisse de résonance médiatique au niveau mondial. L’affaire Bradley Manning, qui a fourni les câbles diplomatiques du ministère des Affaires étrangères et des rapports sur les guerres en Irak et en Afghanistan, en est aujourd’hui l’exemple le plus frappant.

Sur ce point, plus rien ne sera jamais comme avant pour le journalisme, c’est une certitude. Il doit s’adapter à cette nouvelle donne. C’est en revanche moins évident dans plusieurs domaines, touchés plus ou moins directement par l’émergence du site et les révélations de  Bradley Manning. A l’occasion de la sortie du film « Le Cinquième pouvoir », MYTF1News se penche sur trois d’entre eux.

Wikileaks et la société américaine: un débat entre sécurité et liberté

Comment les Américains, plutôt patriotiques en règle générale, ont-ils perçu l’affaire? « Dans un premier temps, ils ont tout d’abord été sensibles à l’argumentation de l’administration sur la traîtrise du soldat Manning, sans voir la dimension nouvelle de l’affaire et ses implications en matière de sécurité et liberté », analyse pour MYTF1News François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et auteur de l’article L’historien à l’ère de Wikileaks.

« Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont compris l’impossibilité  de l’Etat à garantir une sécurité absolue pour ses citoyens, et donc sa fragilité, même en restreignant les libertés. Ces derniers mois, l’affaire Snowden est venue se greffer à ces interrogations sur le Bien et le Mal ou la patrie et la traîtrise », ajoute-t-il. Résultat: l’opinion publique a évolué sur cette affaire Wikileaks. « Elle est aujourd’hui divisée. Mais pas au sens tranché d’un bloc pour et d’un autre bloc contre. Dans les sondages, selon la question posée ou la formule utilisée, la même personne peut en fait à la fois applaudir Manning ou le critiquer », précise François Durpaire.

Sur un plan plus sociétal, Bradley Manning, homosexuel, a aussi accéléré la fin du « tabou gay » qui régnait dans l’armée américaine. Certes, le « don’t ask, don’t tell », qui permettait aux gays d’exercer dans l’armée à condition de ne pas le révéler, était en cours d’abolition en 2010. « Mais le fait que Manning ait en partie agi pour se venger a permis au processus législatif d’aller plus vite », estime François Durpaire.

Wikileaks et les protections des données: une prise de conscience

Même si la victime est l’armée américaine, qui possède probablement les meilleures défenses informatiques, le monde de la protection des données n’a pourtant pas été fondamentalement surpris. « L’affaire Wilikeaks n’a pas révélé ce que l’on ne connaissait déjà pas en matière de violation de protection de données sur le plan technique. Nous discutions déjà depuis un certain temps de possibles infractions similaires », explique à MYTF1News Lazaro Pejsachowicz, président du Clusif (Club de la sécurité de l’information française), l’association qui regroupe les responsables de sécurité informatique.

Grâce à son retentissement médiatique, l’affaire a eu cependant un mérite selon Lazaro Pejsachowicz: « elle a fait prendre conscience aux dirigeants d’entreprises et d’organismes publics des risques encourus ». « Certes, ils connaissent les dangers. Mais il est leur parfois difficile d’arbitrer sur le plan financier face à d’autres priorités. Notre dialogue avec eux a donc été facilité. Depuis, des projets ont été mis en route plus rapidement qu’ils ne l’auraient été », révèle-t-il.

Lazaro Pejsachowic souligne également que les professionnels de la sécurité ont quant à eux pris conscience que le « monde est une gigantesque database ». Avec pour conséquence de rendre l’information encore plus vulnérable car le risque ne peut être limité au risque technique confiné à l’intérieur de la seule entreprise. « Sur ce point, le maillon faible restera l’humain, rouage essentiel de la sécurité. Sensibiliser le personnel est donc primordial », conseille le patron du Clusif. Rappelons en effet que Bradley Manning était habilité à accéder aux informations qu’il a données à Julian Assange… Tout comme Edward Snowden, qui a révélé l’espionnage de la NSA, pour celles publiées par The Guardian. « Plus globalement, sans faille humaine, il est aujourd’hui très difficile de lancer une attaque ou piratage informatique », martèle Lazaro Pejsachowicz.

Wikileaks et le monde du renseignement: circulez, il n’y a rien à voir

Pour le monde du renseignement, l’affaire Wikileaks n’est tout simplement pas… une affaire. « Certes, elle a eu un retentissement médiatique et ceux qui en sont à l’origine se prennent pour des chevaliers blancs », explique à MYTF1 News Eric Denecé, patron du Centre français sur la recherche et le renseignement (CF2R).

« Mais rappelons que d’un point de vue technique, il ne s’agit pas d’une opération de piratage. C’est tout simplement un homme seul, bénéficiant de certaines habilitations -une lacune-, qui a voulu mettre le bazar pour des raisons personnelles. Le paradoxe, c’est qu’il avait l’intention de nuire. Or, contrairement à Edward Snowden,  il ne l’a pas vraiment fait puisqu’aucune information capitale n’a été révélée. Il aurait pu donner à Julian Assange le carnet intime d’une adolescente, cela aurait eu le même effet. La seule chose que cette affaire a peut-être changée, c’est la manière dont le ministère des Affaires étrangères protège désormais ses télégrammes diplomatiques », ajoute-t-il.

Sur le plan diplomatique justement, en dehors des protestations de circonstances pour la forme à destination de leur opinion publique, Eric Denecé rappelle que cela n’a pas créé de réelles tensions entre les Etats-Unis et leurs alliés. Avant d’avancer une théorie développée dans les milieux du renseignement: beaucoup s’y étonnent de la concomitance entre la publication de ces télégrammes diplomatiques dans lesquels les dictateurs arabes comme Ben Ali apparaissent peu à l’avantage et les révolutions arabes. Les Etats-Unis auraient-ils alors en fait manipulé Manning et Wikileaks pour « préparer » le printemps arabe -ou du moins ont-ils exploité le contenu des révélations ? « Il n’y a pas de preuve, mais cela reste une possibilité », note le patron du CF2R.

Vidéo: Wikileaks: « Tout se sait ou se saura un jour »

Vidéo: Wikileaks, tempête médiatique dans un verre d’eau?

Source: http://lci.tf1.fr/monde/securite-des-donnees-renseignement-societe-ce-que-wikileaks-8322249.html

Pentagone, Watergate, WikiLeaks, NSA: d’impossibles secrets?

Emission France Culture du 14.12.2013, à écouter en ligne (58 min.): http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-pentagone-watergate-wikileaks-nsa-d-impossibles-secrets-2013-12-14

Lien direct pour écouter l’émission: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4758974

Pentagon Papers-the secret warArthur Schlesinger Jr., historien américain notoire et ancien collaborateur du président Kennedy, a écrit un jour non sans justesse: « Vous ne pouvez pas diriger un gouvernement si tout ce que vous faites est transmis à la presse. Mais vous ne pouvez pas diriger une presse libre, si publier tout ce que le gouvernement classe secret constitue un crime. » Deux affaires récentes, dont le retentissement a été mondial, viennent de relancer à partir des Etats-Unis la question, en vérité capitale, de la transparence de l’Etat en démocratie et des secrets indispensables dans l’intérêt de la nation. Entre l’une et les autres, l’équilibre légitime est toujours incertain, il l’est forcément. Edward Snowden, employé d’une entreprise de sous-traitance de la NSA – la National Security Agency – a révélé récemment les pratiques d’espionnage de celle-ci, interceptant les communications de citoyens américains et de nombreux pays alliés, provoquant du coup par cette initiative un tremblement de terre international. Trois ans plus tôt, le site WikiLeaks, animé par l’australien Julian Assange, avait publié des centaines de milliers de documents confidentiels en provenance du réseau diplomatique américain, ce qui avait suscité un autre séisme. Un rapprochement s’est imposé aussitôt avec deux autres affaires retentissantes, qui avaient posé semblablement cette même question du secret démocratique et d’ailleurs n’étaient pas sans lien entre elles. L’affaire dite des documents du Pentagone concerne la guerre du Vietnam, documents portés soudainement à la connaissance du public en 1971, et l’affaire du Watergate, encore plus célèbre, jetant en pâture à l’opinion les multiples mensonges du président Richard Nixon et entraînant la chute de celui-ci, en août 1974. Avec Pierre Melandri, professeur émérite d’histoire des Etats-Unis à Science-Po, nous allons ce matin réfléchir à ce parallèle instructif, tant pour l’histoire que pour le civisme. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore:

– Interview d’Eva JOLY, députée européenne d’Europe Ecologie – Les Verts, France Inter, le 11 juin 2013.

– Interview de Pierre SALINGER, ancien porte-parole de la Maison Blanche, par Yves MOUROUSI, Inter-Actualités, le 16 juin 1971.

– Extrait du film « les hommes du Président » de Alan Jay PAKULA, sorti en 1976, film adapté du livre des journalistes Bob WOODWARD et Carl BERNSTEIN, avec Robert REDFORD et Dustin HOFFMAN.

– Interview de Ted STANGER, journaliste américain, ancien chef de bureau du Newsweek à Paris, France Inter, le 1er juin 2005.

– Déclaration du président américain Richard NIXON annonçant sa démission, France Inter, le 9 août 1974.

Bibliographie:

– Pierre MELANDRI, Histoire des Etats-Unis, Perrin, coll. Tempus, 2013.

– Antoine COPPOLANI, Richard Nixon, Fayard, 2013.

– Claude MOISY, Nixon et le Watergate. La chute d’un président, Hachette, 1994.

– Pierre MELANDRI, « Les secrets du Pentagone », dans L’Histoire, 12 juillet 2012.

– André KASPI, Le Watergate (1972-1974), Complexe Eds, 1983.

– Susan RUEL et Daniel ROYOT, Les médias et l’information aux Etats-Unis de 1945 à aujourd’hui, Didier Erudition, 1997.

Invité(s):
Pierre Melandri, historien, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et chercheur associé à l’Observatoire de la politique étrangère américaine à l’université Paris-III Sorbonne

Subversion idéologique – Manipulation de l’opinion – Guerre psychologique (par Yuri Alexandrovitch Bezmenoz)

Yuri Alexandrovitch Bezmenoz (Tomas Schuman). Né en 1939 dans la banlieue de Moscou. Il est le fils d’un officier de haut rang de l’armée soviétique. Il est issu des écoles de l’élite du système soviétique, il est devenu un expert de la culture et des langues de l’Inde. Il a fait une carrière exceptionnelle au sein de Novosti, qui était, et est encore, l’agence de presse du régime soviétique, agence qui servait également de paravent pour le KGB. Il est passé à l’Ouest en 1970 après avoir été totalement dégouté du système soviétique, et il l’a fait au péril de sa vie. C’est certainement l’un des plus grands experts mondiaux, en matière de propagande soviétique, de désinformation et de manipulation.

SUBVERSION IDEOLOGIQUE
Manipulation de l’opinion
Guerre psychologique

DEMORALISATION
DESTABILISATION
RADICALISATION
NORMALISATION

Le danger de l’« Etat providence », du système « Big Brother »
« Toutes vos libertés disparaîtront. Elles seront carbonisées en quelques secondes, et vos précieuses vies avec. »

INTERVIEW DE 1985 – SOUS-TITRES FRANÇAIS – YURI BEZMENOV, EX-AGENT DU KGB PASSE A L’OUEST DANS LES ANNEES 1970 RACONTE LES TECHNIQUES DE DESTABILISATION ET DE MANIPULATION DE L’OPINION

La subversion idéologique, c’est un processus qui n’a rien d’illégal ou de caché. C’est une action menée au grand jour. Il suffit de s’en rendre compte, de se déboucher les oreilles, d’ouvrir les yeux, et cela devient évident. Il n’y aucun mystère. Cela n’a rien à voir avec l’espionnage. Je sais que travailler dans le renseignement, cela fait plus romantique, c’est plus vendeur auprès du public. C’est sûrement pour ça que les producteurs d’Hollywood aiment tant les films du genre James Bond.

Mais en réalité, l’action principale du KGB n’est pas du tout de faire du renseignement. Selon moi, et selon l’avis de beaucoup de transfuges qui ont le même profil que moi, seuls 15% du temps, de l’argent et des effectifs sont consacrés à l’espionnage en tant que tel. Les 85% restants sont consacrés à un à processus très lent, que l’on appelle soit « subversion idéologique » ou manipulation de l’opinion, – « xxxxxxxxxx» dans le langage du KGB – ou « guerre psychologique ». Cela signifie essentiellement: changer la perception de la réalité de tous les américains, au point que malgré la profusion d’information, plus personne n’est plus capable de tenir un raisonnement correct afin de défendre ses propres intérêts, ceux de sa famille, de sa communauté, ou de son pays.

C’est un processus de lavage de cerveau généralisé, qui va très lentement, et qui comprend quatre phases.

La première phase est celle de la « démoralisation ». Cela prend entre 15 et 20 ans pour « démoraliser » un pays. Pourquoi tant d’années ? Parce que c’est le nombre d’années minimum requis pour éduquer une génération d’étudiants du pays visé, pour l’exposer à l’idéologie adverse. En d’autres termes, l’idéologie marxiste-léniniste est actuellement injectée dans les esprits malléables d’au moins trois générations de jeunes américains, sans rencontrer de résistance, sans être contrebalancée par les valeurs de base de l’Amérique ou par un patriotisme américain.

L’essentiel de l’activité du département était de compiler d’énormes quantités d’informations sur des personnes qui étaient ensuite instrumentalisées pour influencer l’opinion publique. Editeurs, écrivains, journalistes, acteurs, éducateurs, professeurs de sciences politiques, députés, hommes d’affaires…

La plupart de ces gens étaient divisés en deux groupes:

• Ceux qui soutenaient la politique du régime soviétique étaient promus à des postes de pouvoir grâce à la manipulation de l’opinion et des médias.

• Ceux qui refusaient l’influence du communisme dans leur pays, leur réputation était ruinée ou ils étaient exécutés. Physiquement. Révolution oblige.

Ainsi, dans une petite ville du Sud-Vietnam, plusieurs milliers de Vietnamiens ont été exécutés en une seule nuit, après que la ville ait été prise par les Viêt-Cong, au bout de seulement deux jours. Et la C.I.A n’a jamais compris comment les communistes avaient pu aller si vite, pour repérer chacun d’entre eux, connaître leurs domiciles, là où les trouver, les arrêter, tout cela en une seule nuit, en à peine quelques heures, avant le lever du jour, et les embarquer dans des camions, les conduire hors de la ville et les exécuter.

La réponse est très simple: bien avant que les communistes occupent la ville, il existait un réseau complet d’informateurs, des vietnamiens habitant la région, qui savaient absolument tout des personnes en mesure d’influencer l’opinion publique, jusqu’aux simples barbiers ou aux chauffeurs de taxi. Tous ceux qui étaient favorables aux Etats-Unis ont été exécutés.

Même chose à Hanoï [Vietnam], pilotée par l’ambassade soviétique. Et je faisais la même chose à New-Dehli.

A ma grande horreur, j’ai découvert, dans les dossiers des personnes qui allaient être exécutées, le nom de journalistes prosoviétiques qui étaient mes amis personnels.

– Prosoviétiques!?

Oui, absolument!

Ils défendaient un idéal communiste, ils avaient fait plusieurs voyages en URSS, et pourtant le KGB avait décidé que, révolution oblige, pour mener à bien les changements politiques drastiques de l’Inde, qu’il fallait les éliminer.

– Pourquoi cela?

Parce qu’ils en savaient trop. Simplement parce que les idiots utiles, les gens de gauche qui sont idéalistes, qui croient en la beauté du système soviétique, communiste, socialiste … quand ils ouvrent les yeux sur la réalité, ils deviennent les pires ennemis du système. C’est pourquoi mes instructeurs, au KGB, insistaient tout particulièrement sur ce point : « Ne vous préoccupez jamais des gauchistes. »

« Oubliez ces prostitués politiques. Visez plus haut. »

Telles étaient mes instructions. Essayez de pénétrer les médias conservateurs bien établis, essayez d’atteindre les producteurs de films riches à millions, les intellectuels, les milieux soi-disant académiques, entrez en contact avec les cyniques, les égocentriques qui peuvent vous mentir d’un air angélique en vous regardant droit dans les yeux.

Voilà les gens qu’il fallait recruter: ceux qui n’avaient plus aucuns principes moraux, les gens avides de pouvoir, ceux qui se prennent pour quelqu’un, ou qui se croient très importants.

Voilà les profils que le KGB cherchait à « recruter ».

– Mais pour éliminer les autres, ne sont-ils pas utiles?

Non, ils ne sont utiles que dans la phase de déstabilisation du pays.

Par exemple, tous les gens de gauche ici, tous ces professeurs et ces magnifiques défenseurs des droits à l’égalité, sont instrument alisés dans ce processus de subversion, et ce uniquement pour déstabiliser le pays.

Quand cette étape sera achevée, ils ne seront plus nécessaires. Ils en savent trop.

Quand leurs illusions tomberont, une fois un pouvoir marxiste en place, ils seront bien évidemment scandalisés, car ils s’imaginent que ce sont eux qui vont prendre le pouvoir.

Cela n’arrivera jamais bien sûr. Ils seront alignés contre un mur et exécutés. Ils seraient les adversaires les plus acharnés d’un régime marxiste-léniniste.

Ce qui s’est passé au Nicaragua, vous vous souvenez quand la plupart des anciens communistes ont été jetés en prison, ou quand l’un d’entre eux a changé de camp pour s’opposer aux sandinistes.

C’est aussi arrivé à Grenade, quand Maurice Bishop, du parti marxiste, a été exécuté par un autre, « plus marxiste » que lui.

Même chose en Afghanistan quand Taraki a été assassiné par Amin, lui-même assassiné par Karmal avec l’aide du KGB.

Même chose au Bangladesh, avec Mujibur Rahman, un leader de gauche très prosoviétique, assassiné par ses propres amis communistes de l’armée.

Le mécanisme se répète chaque fois à l’identique.

Une fois qu’ils ont servi, les idiots utiles sont soit exécutés jusqu’au dernier – je parle des idéalistes marxistes – ou exilés, ou jetés en prison, comme à Cuba ou beaucoup d’anciens marxistes sont en prison.

Fondamentalement, l’Amérique est coincée par cette « démoralisation ».

Si vous commenciez maintenant, à la minute même, à former une nouvelle génération d’américains, cela prendra quand même de 15 à 20 ans pour inverser la tendance, pour inverser cette perception idéologique de la réalité, et revenir à la normale et aux idées patriotiques.

Le résultat? Vous pouvez observer le résultat. La plupart de ceux qui ont fait leurs études dans les années 60, de ceux qui ont quitté l’école et la plupart des pseudo-intellectuels, occupent à l’heure actuelle des postes de pouvoir au gouvernement, dans l’administration, dans les affaires, les médias, ou dans le système éducatif.

Vous êtes coincés avec eux. Vous ne pouvez plus vous en débarrasser. Ils sont contaminés. Ils sont programmés pour penser et réagir à certains stimuli d’une façon déterminée. Vous ne pouvez pas changer leur façon de voir, même si vous leur présentez des informations véridiques.

Même si vous leur démontrez que blanc c’est blanc, et noir c’est noir, vous ne pouvez pas modifier leur perception de base et leur logique de comportement.

En d’autres termes, chez ces gens, le processus de « démoralisation » est total et irréversible. Pour débarrasser la société de ces personnes, il faut de nouveau attendre 15 à 20 ans, pour éduquer une nouvelle génération d’étudiants, leur inculquer des idéaux patriotiques et en faire des gens de bon sens, qui agissent dans l’intérêt de la société américaine.

– Et ces personnes qui ont été « programmées » et qui sont en place, favorables aux idéaux communistes, ce sont ces mêmes personnes qui seraient vouées à être massacrées dans un tel système.

La plupart d’entre eux, oui. Simplement parce que, avec le choc psychologique qu’ils éprouveraient en découvrant ce qu’est VRAIMENT leur magnifique société « d’égalité et de justice », se révolteraient, c’est bien évident. Ils seraient extrêmement mécontents, frustrés. Et un régime marxiste-léniniste ne peut tolérer ce genre de personnes, ils rejoindraient à coup sûr le camp des dissidents et des opposants.

Et à la différence des Etats-Unis actuels, il n’y a pas de place pour les dissidents dans un régime marxiste-léniniste.

Ici, vous pouvez devenir très célèbre, comme Daniel Ellsberg, ou démesurément riche comme Jane Fonda, en répandant des opinions « dissidentes » ou en critiquant la politique du Pentagone.

Dans un système marxiste, ces gens seraient simplement « pfft », écrasés comme des cafards. Ils n’obtiendraient rien en retour de leurs belles et nobles idées d’égalité.

Ça, ils ne le comprennent pas. Ce serait un choc terrible pour eux.

Aux Etats-Unis, le processus de démoralisation est en fait terminé. Et cela depuis 25 ans. Il dépasse même toutes les espérances: la démoralisation atteint désormais une telle ampleur que même Andropov et tous ses experts n’auraient jamais rêvé d’un tel succès.

Pour la plupart, elle est maintenant effectuée par les américains eux-mêmes sur d’autres américains, grâce à la disparition des repères moraux.

Comme je l’ai dit auparavant, dire la vérité [sur les régimes marxiste] n’a plus aucune importance.

Une personne « démoralisée » n’est plus en mesure de prendre en compte la réalité des faits. Les faits, le réel, cela ne l’atteint plus.

Même si je la bombardais d’informations, de preuves authentiques, de documents, de photos, même si je l’emmenai de force en URSS pour lui montrer les camps de concentration, elle refuserait de le croire, jusqu’à ce qu’elle reçoive un bon coup de pied au derrière.

C’est seulement quand la botte militaire s’abattra, qu’alors elle comprendra. Mais pas avant. C’est ça le tragique de la démoralisation.

L’étape suivante est la déstabilisation.

Dans ce cas, les révolutionnaires ne se soucient plus de vos idées ou de votre façon de vivre. Tout ça ne compte plus.

Cela prend seulement 2 à 5 ans pour déstabiliser un pays, et ce qui compte, ce sont les fondamentaux: économie, relations étrangères, défense. Et l’on peut voir clairement que, dans certains domaines, dans les domaines aussi sensibles que la défense ou l’économie, l’influence des idées marxistes-léninistes est absolument prodigieuse.

Je n’en croyais pas mes yeux, il y a 14 ans, quand je suis arrivé ici, je ne pensais pas que le processus irait aussi vite.

L’étape suivante est l’insurrection.

Cela prend environ 6 semaines pour amener un pays au bord de la crise, comme vous pouvez le voir en Amérique Centrale actuellement. (1985)

Après la crise, à la suite des violents changements de régime, de structure et d’économie, arrive ce qu’on appelle la phase de normalisation, qui peut durer indéfiniment.

La normalisation est une expression d’un grand cynisme, issue de la propagande soviétique. Quand les chars ont envahi la Tchécoslovaquie en 1968, Brejnev a déclaré: « Maintenant la situation en Tchécoslovaquie est normalisée ».

Et c’est ce qui arrivera aux Etats-Unis si vous laissez tous ces abrutis amener le pays à la crise, si vous les laissez promettre aux gens monts-et-merveilles et le « paradis sur Terre », si vous les laissez déstabiliser votre économie, éliminer l’économie de libre-échange, et mettre un gouvernement « Big-Brother » à Washington, avec des dictateurs bienveillants du genre Walter Mondale qui vous promettront tout ce que vous voulez, peu importe que ces promesses soient tenues ou non.

Il ira ensuite à Moscou baiser les pieds de la nouvelle génération de criminels communistes.

Il donnera l’illusion d’avoir les choses bien en main et qu’il contrôle la situation. Mais la situation n’est pas sous contrôle. Elle est même épouvantablement hors de tout contrôle.

La plupart des politiciens américains, la plupart des médias et le système éducatif forment une génération de gens qui croient vivre une période de paix.

C’est faux! Les Etats-Unis sont en guerre. Une guerre non déclarée et totale, contre les principes et les fondements même de ce système. Et l’initiateur de cette guerre, ce n’est pas Andropov, bien sûr, c’est une guerre contre le système communiste mondial, aussi ridicule que cela paraisse – ou contre la conspiration communiste mondiale, que cela fasse peur aux gens, je m’en fiche. Et si vous n’avez pas peur maintenant, rien ne vous fera peur…

Il ne faut pas devenir paranoïaque à ce sujet.

A vrai dire, ce qui se passe actuellement, c’est que contrairement à moi, vous avez encore plusieurs années à vivre – à moins que l’Amérique ne se réveille – avec cette bombe à retardement. Et le désastre approche chaque seconde un peu plus. Et contrairement à moi, vous n’aurez nulle part où vous réfugier, à moins d’aller en Antarctique avec les pingouins.

Ici, c’est le dernier pays de libertés, où tout reste possible.

– Et que faire alors? Que recommandez-vous aux Américains?

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est qu’il faut un effort national de grande ampleur pour éduquer les gens dans le sens des valeurs patriotiques, et ensuite, expliquer le réel danger du système socialiste, communiste, quel que soit son nom.

Le danger de l’ « Etat providence », du système « Big-Brother ».

Si les gens ne réussissent pas à saisir l’imminence de ce danger et de cette évolution, rien n’aidera les Etats-Unis. Vous pouvez dire au revoir à vos libertés, à la liberté des homosexuels, aux droits des détenus etc…

Toutes vos libertés disparaîtront, elles seront carbonisées en quelques secondes, et vos précieuses vies avec.

Deuxièmement, au moins une partie de la population est convaincue que le danger est réel. Ils doivent FORCER le gouvernement – et je ne parle pas d’envoyer des lettres, des pétitions ou d’autres nobles et belles activités de ce genre – Je parle bien de forcer le gouvernement à arrêter d’aider le communisme.

Daniel Ellsberg et les secrets du Pentagone

Daniel Ellsberg, lanceur d’alerte sur la guerre du Vietnam

Posté le 6 juillet 2013

En 1971, Daniel Ellsberg, un brillant analyste employé comme consultant par le Pentagone, fait parvenir au New York Times un rapport confidentiel de 7000 pages sur la guerre du Viêtnam. Ces documents, Ellsberg les a photocopiés avec ses deux enfants pendant des nuits entières. Ils mettent directement en cause l’intégrité des gouvernements Eisenhower, Kennedy et Johnson, qui ont accumulé les mensonges pour poursuivre une guerre qu’ils savaient perdue d’avance. Le rapport montre aussi que les Etats-Unis s’enfoncent encore davantage dans le conflit avec Richard Nixon, même si celui-ci affirme le contraire. Ces révélations font l’effet d’une bombe. En l’espace de quelques jours, tandis que se profile une véritable bataille constitutionnelle, Daniel Ellsberg devient l’homme le plus recherché en Amérique. Henry Kissinger le baptise « the most dangerous man in America », Richard Nixon le qualifie de « son of a bitch ». Tout est fait pour discréditer Ellsberg devant le tribunal – son dossier personnel est même volé chez son psychanalyste. Le but de l’ancien consultant était pourtant d’arrêter une guerre inutile, barbare, coûteuse et injustifiée. Ses révélations explosives n’empêcheront pas la réélection de Nixon en 1972. En revanche, elles exacerberont la paranoïa du président, provoquant indirectement le cambriolage du Watergate.

2013: NOUVEAUX SECRETS DEVOILÉS:

Après les présidents du Venezuela, Nicolas Maduro, et du Nicaragua, Daniel Ortega, c’est au tour du chef d’Etat bolivien, Evo Morales, de proposer l’asile à l’ancien consultant de l’Agence de la sécurité américaine Edward Snowden, bloqué depuis treize jours dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou-Cheremetievo.
« En signe de protestation, je voudrais dire aux Européens et aux Américains du Nord: maintenant, nous allons accorder l’asile si cet Américain persécuté par ses compatriotes nous le demande. Nous n’avons pas peur », a assuré le président bolivien, samedi 6 juillet, lors d’un discours devant des agriculteurs à Oruro, dans le sud-ouest de la Bolivie.

BLOQUÉ À MOSCOU POUR UN TEMPS INDÉTERMINÉ

Le jeune informaticien pourrait également bénéficier à Caracas de « l’asile humanitaire » et d’une protection « contre la persécution de l’empire le plus puissant du monde, qui s’est déchaîné sur lui », a promis le chef d’Etat vénézuélien Nicolas Maduro. « Nous, nous sommes ouverts et respectueux du droit d’asile, et il est clair que si les circonstances le permettent, nous recevrons Snowden avec grand plaisir et lui donnerons l’asile ici, au Nicaragua », avait déclaré plus tôt Daniel Ortega.

L’ex-consultant est bloqué depuis le 23 juin dans la capitale russe, où il est arrivé en provenance de Hongkong. Recherché par les Etats-Unis, qui veulent le juger pour espionnage et ont annulé son passeport, il a déposé des demandes d’asile auprès d’une vingtaine de pays sans parvenir, pour le moment, à trouver une terre d’accueil.

« Le risque de voir Snowden bloqué à Moscou pour un temps indéterminé est de plus en plus grand », estimait vendredi Maria Lipman, de l’antenne moscovite du Centre Carnegie.

SIX NOUVEAUX PAYS SOLLICITÉS

La France, qui figurait sur sa liste, avait refusé la veille de donner une suite favorable à sa demande. Le Parlement de Reykjavik a également repoussé une motion visant à accorder la citoyenneté islandaise à l’Américain.

L’organisation WikiLeaks, qui assiste juridiquement le « lanceur d’alerte » américain, a réagi en annonçant que Snowden avait déposé une demande d’asile dans six nouveaux pays. Mais le site, spécialisé dans la divulgation de données confidentielles, a refusé de préciser lesquels, par crainte d' »ingérence américaine ».

(Texte présentant la vidéo sur youtube)

RootsAction.org: Inacceptable – Obama retient un journaliste en prison au Yémen

Yémen, protestation contre la détention du journaliste Abdulelah Haider Shaye

Le 17 décembre 2009, des missiles Tomahawk américains et des bombes incendiaires à sous-munitions sont tombés sur le petit village yéménite d’al Majala, tuant 21 enfants, 14 femmes et 6 hommes, et brûlant toutes les maisons et ce qu’elles contenaient. Le gouvernement du Yémen en a revendiqué à tort la responsabilité. Le journaliste yéménite Abdulelah Haider Shaye a réfuté cette allégation.

Shaye a fait un rapport sur le carnage, y compris en photographiant des pièces de missile portant la mention « Fabriqué aux Etats-Unis ». Il a rendu compte des frappes américaines ultérieures au Yémen, en collaboration avec le Washington Post, ABC News, Al Jazeera et d’autres médias.

Shaye est en prison au Yémen pour « crime » de journalisme, sur l’insistance du Président Obama. Cliquez ici pour rejoindre notre demande commune à Obama et au gouvernement du Yémen pour libérer Shaye.

Alors que le gouvernement américain recherchait le citoyen américain Anwar Awlaki pour le tuer, Shaye a suivi sa trace à plusieurs reprises et l’a interviewé. C’étaient des entretiens difficiles et sérieux, où Shaye demandait à Awlaki comment il pourrait peut-être soutenir des actes de violence. L’image d’Awlaki n’a pas bénéficié d’aide.

Mais le gouvernement américain a commencé à avertir les médias de ne pas travailler avec Shaye, faussement accusé de soutenir Al Qaïda. Le gouvernement yéménite a enlevé Shaye, l’a menacé et l’a relâché, puis l’a attrapé de nouveau et lui a intenté un procès sans défense, universellement dénoncé comme une imposture par les organisations de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch.

Le 2 février 2011, le président yéménite Ali Abdullah Saleh, sous la pression publique, a élaboré, imprimé, et était prêt à signer un acte de pardon pour Shaye. Mais Saleh a reçu un appel téléphonique du président Barack Obama, qui s’est opposé à la libération du journaliste. Saleh a déchiré l’acte de pardon.

Les Américains vont apprendre l’histoire de Shaye dans la version cinématographique de « Dirty Wars », qui sortira dans les salles américaines le 7 juin. Saisissons-nous de ce moment pour dire au président Obama et au gouvernement yéménite qu’un journaliste ne doit pas être enfermé pour avoir fait son travail.

Cette situation est inacceptable. S’il vous plaît, signez la pétition, qui est également soutenue par Demand Progress, et que nos amis de CodePink aideront à soumettre à la fois à la Maison Blanche et au gouvernement du Yémen.

S’il vous plaît, faites suivre ce message de manière large aux amis partageant les mêmes idées partout dans le monde.

L’équipe de RootsAction.org

P.S. RootsAction est une force indépendante en ligne approuvée par Jim Hightower, Barbara Ehrenreich, Cornel West, Daniel Ellsberg, Glenn Greenwald, Naomi Klein, Bill Fletcher Jr., Laura Flanders, l’ancien sénateur américain James Abourezk, Coleen Rowley, Frances Fox Piven, et bien d’autres.

Source: http://act.rootsaction.org/p/dia/action3/common/public/?action_KEY=8014

Paul Craig Roberts: « La vérité est offensive »

Citation de George Orwell

Par Paul Craig Roberts, 31 mars 2013

« Dans une époque de supercherie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire. » George Orwell

En Amérique, la vérité est offensive. Si vous dites la vérité, vous êtes offensifs.

Je suis offensif. Michael Hudson est offensif. Gerald Celente est offensif. Herman Daly est offensif. Nomi Prins est offensive. Pam Martens est offensive. Chris Hedges est offensif. Chris Floyd est offensif. John Pilger est offensif. Noam Chomsky est offensif. Harvey Silverglate est offensif. Naomi Wolf est offensive. Stephen Lendman est offensif. David Ray Griffin est offensif. Ellen Brown est offensive.

Heureusement, beaucoup d’autres sont offensifs. Mais avant d’être offensifs, combien de temps cela prend pour devenir « un ennemi de l’Etat »?

A travers l’histoire, les lanceurs de vérité ont souffert et les historiens de la cour ont prospéré. Il en est de même aujourd’hui. Gerald Celente illustre cela de manière brillante dans le prochain sujet du Trends Journal.

Au cours des 35 dernières années, j’ai retenu cette leçon en tant que chroniqueur. Si vous dites aux lecteurs ce qui se passe vraiment, ils veulent savoir pourquoi vous ne pouvez pas être positifs. Pourquoi est-ce que vous nous dites qu’il y a des mauvaises choses qui arrivent, et qui ne peuvent pas trouver de solutions? Vous ne savez pas que Dieu a donné aux Américains le pouvoir de résoudre tous les torts? Qui êtes-vous? Une sorte d’idiot, un anti-américain, un gauchiste-coco-libéral? Si vous haïssez tellement l’Amérique, pourquoi vous n’allez pas à Cuba, en Iran ou en Chine (ou à n’importe quel endroit où le boogieman se situe)?

Les anciens Grecs comprenaient cela très bien. Dans la mythologie grecque, Cassandre était la prophétesse que personne ne croyait, malgré ses 100% de chances d’avoir raison. Dire la vérité aux Américains ou aux Européens revient aussi cher que de dire la vérité aux Grecs de l’ancienne mythologie.

En Amérique et partout dans le monde occidental, ou dans le monde entier, dire la vérité est impopulaire. En effet, aux Etats-Unis, dire la vérité est un acte criminalisé. Regardez par exemple Bradley Manning, détenu pendant deux ans en prison sans caution et sans procès, en violation de la Constitution américaine, torturé pendant un an lors de sa détention illégale, en violation des lois américaines et des lois internationales, et jugé maintenant par des procureurs corrompus pour avoir aidé « les ennemis des Etats-Unis » en révélant la vérité, comme le lui demande le code militaire américain. On demande aux soldats américains de déclarer les crimes de guerre. Quand les supérieurs de Bradley Manning se sont montrés eux-mêmes indifférents aux crimes de guerre, Manning a rapporté les crimes via WikiLeaks. Que ferait d’autre un soldat ayant le sens du devoir et une conscience morale, quand la chaîne du commandement est corrompue?

Julian Assange est un autre exemple. WikiLeaks a pris la relève de la fonction de rapports que les médias occidentaux ont abandonné. Rappelez-vous, le New York Times a publié les Pentagon Papers en 1971, ce qui a miné les mensonges que Washington avait dit à la fois au public et au Congrès pour justifier la coûteuse guerre du Vietnam. Mais aujourd’hui, aucun journal ni aucune chaîne télé n’accepterait plus de prendre la responsabilité d’informer le public en disant la vérité. Julian Assange a fait irruption dans le vide et a été immédiatement démonisé, non seulement par Washington, mais aussi par l’aile gauche et l’aile droite des médias, y compris ceux d’Internet. C’était un mélange de jalousie, d’ignorance, et de réponses en faveur des demandes de Washington.

Sans WikiLeaks et Julian Assange, le monde ne saurait essentiellement rien. Les manipulations de Washington, les médias pressetitués et les médias fantoches de l’Etat auraient prévalu. Ainsi, le mot est sorti pour détruire Julian Assange.

Il est étonnant de voir combien de gens et de sites Internet obéissent aux ordres de Washington. Assange a été tellement démonisé que, bien qu’il ait reçu l’asile politique de l’Equateur, le gouvernement britannique, qui obéit au maître de Washington, refuse de lui accorder un passage sécurisé pour sortir de l’ambassade d’Equateur à Londres. Assange est-il destiné à vivre sa vie à l’intérieur de l’ambassade d’Equateur à Londres?

Est-ce qu’Assange sera un replay du Cardinal Jozsef Mindszenty qui, le 4 novembre 1956, a cherché l’asile à l’ambassade américaine de Budapest, alors que les chars soviétiques affluaient en Hongrie pour réprimer la révolution anti-communiste? Le Cardinal Mindszenty a vécu 15 ans dans l’ambassade américaine. Aujourd’hui, c’est l’Amérique « de la liberté et de la démocratie » qui copie les pratiques soviétiques datant de la Guerre froide.

En contraste avec « la liberté et la démocratie » des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le gouvernement « autoritaire », « communiste » et « oppressif » de la Chine, confronté à la défection du dissident Chen Guangcheng à l’ambassade américaine de Beijing, l’a laissé partir.

C’est un monde à l’envers, quand l’Amérique et les Britanniques refusent d’obéir aux lois internationales, alors que les communistes chinois maintiennent les lois internationales.

Les américains insouciants restent imperturbables devant le fait que des terroristes présumés soient torturés, détenus indéfiniment en prison sans procès, et exécutés sur le caprice d’un fonctionnaire d’une branche de l’exécutif sans application régulière de la loi.

La plupart des américains approuvent le meurtre sans explications, la torture et la détention sans preuves, ce qui proclame leur crédulité au monde entier. Il n’y a jamais eu dans l’histoire une population aussi inconsciente que les américains. Le monde est stupéfié de voir un peuple insouciant, si ce n’est que pour un court laps de temps, devenir une superpuissance.

Le monde a besoin d’intelligence et de leadership pour éviter une catastrophe, mais l’Amérique n’est en mesure d’apporter ni l’intelligence ni le leadership. L’Amérique est un pays perdu où les armes nucléaires sont aux mains de ceux qui sont uniquement concernés par leur propre pouvoir. Washington est l’ennemi du monde entier et renferme la plus large concentration de mal sur la planète.

Où est le bien qui doit se lever contre le mal?

Source: http://www.opednews.com/articles/Truth-Is-Offensive-by-Paul-Craig-Roberts-130331-166.html

3 Février 2013: Julian Assange a reçu le « Yoko Ono Lennon Courage Award »

Yoko Ono Courage Award

Le 3 Février, lors d’un dîner privé, à The Modern, MoMA, NYC, en présence de plus de 150 invités, Julian Assange a reçu le « Yoko Ono Lennon Courage Award For the Arts 2013 » pour son travail WikiLeaks, qui comprend, parmi les autres révélations, Collateral Murder. Ce prix est décerné aux personnes qui ont fait preuve d’un courage extraordinaire et qui, à travers leur art, ont changé le monde.
Ont accepté le prix au nom de Julian Assange, à la fois l’Honorable Juge Baltasar Garzon Real et Michael Ratner, Président Émérite du Centre pour les Droits Constitutionnels.
Ont aussi assisté à la cérémonie de remise du prix, l’Honorable Ricardo Patino Aroca, Ministre des Affaires Étrangères de l’Équateur, et Daniel Ellsberg, source des « Pentagon Papers ».

Discours de Julian Assange in absentia:

Tout d’abord, je tiens à remercier Yoko Ono Lennon pour son esprit et son courage en m’accordant ce prix. Une femme dévouée dont les actions nombreuses la définissent. Une mise à l’épreuve pour nous tous.

Les gens me demandent souvent comment je fais pour continuer.

Ils le demandent comme si mon travail était une sorte de fardeau pour moi.

Rien ne serait plus éloigné de la vérité.

Il n’y a pas de plus grand plaisir que celui de se battre pour vos principes.

Il n’y a pas de plus grand plaisir que celui de se battre pour ceux qui ont tout risqué pour partager votre vision.

Et il n’y a pas de plus grand plaisir que de voir ceux que vous admirez, commencer à se battre pour vous, en retour.

Et tandis que l’ambassade qui m’abrite est toujours entourée par une police armée, ma voix est libre.

Dans les contraintes de l’opération extérieure de surveillance du Royaume-Uni, je suis libre de voir mon personnel et mes amis.

Beaucoup se sont battus et continuent de se battre pour permettre cette liberté fondamentale et je leur en suis reconnaissant.

Je tiens à remercier le peuple de l’Équateur.

Je tiens à remercier le Président Rafael Correa et le Ministre des Affaires étrangères Patino pour leur soutien courageux et inflexible.

Leur position renforce, non seulement mes droits, mais les droits des réfugiés politiques partout dans le monde. Soutenons-les.

Je dédie ce prix à nos sources courageuses, nos supporters et à mon personnel.

À travers leur courage et leur esprit, ils révèlent la vraie nature de notre civilisation humaine globale. C’est ainsi que nous pouvons la réformer. L’élever – et la rendre juste, au-delà de ses humbles origines.

Leur courage en documentant les crimes de guerre, les violations flagrantes des droits de l’homme et la corruption de nos sociétés, est inégalé.

Je tiens à remercier tous nos volontaires anonymes et tous ces volontaires d’Anonymous. Vous êtes invisibles dans votre travail, mais votre travail est loin d’être invisible.

Mais je tiens spécialement à en nommer quelques-uns.

Le volontaire Aaron Swartz, âgé de 26 ans. Activiste politique, traqué à mort, ici même à New York, le mois dernier, dans le cadre de la politique plus large de répression contre nos idéaux.

La source présumée, désormais prisonnier politique, Bradley Manning. Bradley est maintenant à deux semaines d’avoir passé 1000 jours en prison. La plus longue détention provisoire dans l’histoire de l’armée américaine.

La source présumée, désormais prisonnier politique, Jeremy Hammond, détenu sans jugement, ici même à New York, pour les derniers 336 jours jusqu’à aujourd’hui.

Le volontaire et source présumée, désormais prisonnier politique, Gottfrid Svartholm, détenu en Suède depuis près de cinq mois.

Les protestataires du blocus bancaire de WikiLeaks, Christopher Weatherhead, âgé de 22 ans, et Ashley Rhodes, âgée de 28 ans. Condamnés respectivement la semaine dernière à 18 mois et 7 mois de prison, au Royaume-Uni.

Et je tiens à remercier mes avocats Baltasar Garzon et Michael Ratner qui me représentent ici aujourd’hui, comme ils le font chaque jour.

Ensemble avec nos avocats aux Etats-Unis, en Europe, en Afrique, en Australie et en Équateur, ils font partie de la lutte pour s’assurer que nos droits soient respectés et que WikiLeaks puisse continuer sa mission.

Avec autant de courage, de ténacité, l’amour et le soutien de nos amis, faire taire WikiLeaks reste et continuera de rester un fantasme.

Nous continuerons notre combat pour informer le monde, comprendre ses institutions, et pour porter notre civilisation à un degré plus élevé.

Je vous remercie tellement,
Julian Assange
Ambassade d’Équateur
Londres
3 Février 2013

NEW YORK – 3 FÉVRIER A 21h30 (HEURE DE NEW YORK).
LONDRES – 4 FÉVRIER A 02h30 (HEURE DE LONDRES).
SYDNEY – 4 FÉVRIER A 13h30 (HEURE DE SYDNEY).

Source: http://www.twitlonger.com/show/ku2ld8

http://wlcentral.org/node/2812

Plus de détails:

http://collateralmurder.org/

http://wikileaks.org

http://usvwikileaks.org

http://justice4assange.com

http://imaginepeace.com/?tag=courage-awards-for-the-arts

http://ccrjustice.org

http://wikileaks-press.org/assange-wins-yoko-ono-lennon-courage-award/

Interview de John Cusack (2ème partie): « Qu’est-ce qu’un ‘Assange’? »

par John Cusack, le 14 janvier 2013

Il y a deux semaines et demie, j’ai eu le plaisir d’aider au lancement de la Freedom of the Press Foundation (Fondation pour la Liberté de la Presse, FPF, ndt), qui vise à promouvoir et aider à financer des organisations de journalisme indépendantes qui rapportent de manière offensive sur des thèmes que le le gouvernement US considère secrets. Vous pouvez lire sur ce sujet ici (et voir le post du co-fondateur de la FPF Daniel Ellsberg ici).

Ci-dessous se trouve la deuxième partie de ma conversation avec Jonathan Turley et Kevin McCabe. Vous pouvez lire la première partie ici.

Nous avions coupé alors que nous parlions de Julian Assange, d’éditeurs de presse et de journalistes – de définitions et de protection constitutionnelle en ce nouvel âge digital – et des zones grises qui semblent artificielles et commodes pour ceux qui sont au pouvoir – avec la réaction grandement passive des médias.

Jonathan Turley (JT): Le gouvernement le traite comme s’il était un hacker. En réalité, beaucoup de personnes insistent qu’il est clair qu’il n’est pas un hacker, qu’il a d’une manière ou d’une autre obtenu ce matériel d’une tierce personne.

John Cusack (JC): – Comme le New York Times obtint d’Ellsberg – il était la tierce personne.

JT: Je pense que s’il est un hacker, c’est difficile de le traiter comme un journaliste. Et il peut être difficile de le traiter comme un lanceur d’alerte.

Kevin McCabe (KM): Un autre élément qui s’y joint – selon ce que j’en comprends – c’est quand il négociait avec le Times, en ce qui concerne ce qui serait rapporté et donc vérifié et validé au travers du New York Times et du Washington Post – il a perdu toute possibilité d’entrer au sein du club, à cause de la manière dont il les approchés.

Apparemment, lorsque le Times a défini des paramètres, Assange est devenu difficile et a insisté sur une approche différente, le Times disait non, ce n’est pas comme ça que nous travaillons et Assange a perdu tout soutien institutionnel s’exprimant, dans la continuité, pour être considéré comme un journaliste parce qu’il ne voulait pas jouer selon ces règles. C’est donc juste une part intéressante de la dynamique, quand tu as dis si finement – c’est sui generis, mais de quoi? Il n’est ni torchon ni serviette, mais il est utile, et remplit un vide et rendant service au public en dévoilant et en rapportant des informations dont tout le monde devrait avoir connaissance.

JC: Donc Jon, sur ce même sujet – si tu me donnes de l’information et je décide de la diffuser sur, disons, Twitter, – et elle atteindra plus d’un million de personnes – suis-je dans la même catégorie qu’Assange – si quelqu’un m’envoie une vidéo d’un crime, et que je crois qu’un crime a été commis? Ai-je un droit ou une obligation morale à exposer la vérité… Et suis-je protégé?

JT: Hé bien, c’est un conflit que nous avons eu dans la communauté des libertés civiques avec le Congrès (aux USA, l’Assemblée+le Sénat, ndt) depuis longtemps. En fait, j’ai témoigné devant le House Intelligence Committee (Comité Parlementaire sur le Renseignement, ndt) il y a des années sur la motion de plusieurs membres de criminaliser la publication d’information classées confidentielles, que vous soyez journaliste ou qui que ce soit d’autre. Ils y incluaient donc tous les journalistes, comme les non-journalistes.

Et ceci avait le soutien des Républicains comme des Démocrates. Les membres du Congrès ont tendance à ne pas aimer les lanceurs d’alerte, ou les journalistes à fortiori, parce qu’ils les attrapent hors-script et quand ils sont le plus vulnérables. Ceci les rend moins contrôlables. J’ai précédemment témoigné devant à la fois des membres Démocrates et Républicains du Congrès au regard d’un mouvement désastreux vers le criminalisation de la publication d’informations dites confidentielles quelle que soit la manière dont vous la recevez.

La question de ta diffusion de la même information sur Twitter est intéressante. Étant donné ton statut, tu atteins en fait plus de personnes que presque tous les journaux quotidiens. Donc tu atteins plus d’un million de personnes avec un seul tweet que la plupart des journaux rêveraient chèrement de pouvoir reproduire.

JC: Nous bloguons et écrivons tous les deux en ligne – comme maintenant –

JT: Alors, nous en arrivons à cette question sérieuse de pourquoi tu n’es pas journaliste mais Chris Matthews l’est. Je veux dire, tu peux sans doute atteindre 100 fois plus de personnes que MSNBC ne le peut en n’importe quelle soirée grâce à ton statut.

JC: Une des grandes idées d’Arianna était de créer ce qu’elle appelle des journalistes citoyens pour participer et faire entendre vos voix, – et des gens ordinaires pourraient s’y associer – tout là-haut avec Hillary Clinton. Et bloguez, et elle rassemblera les informations. Elle a créé cette sorte de révolution à sa manière propre. Mais cela a à voir avec la connectivité et la mise en commun d’infos et l’idée du journaliste citoyen. Alors Assange est-il tout simplement un éditeur citoyen? Cela revient à la même question – quels sont les droits des gens à exposer la vérité? Quelles sont leurs protections?

JT: Je pense que c’est vrai. Et c’est là, je pense, que les médias ont décidé de devenir suspicieusement silencieux. Parce qu’il n’y a pas de doute que la diffusion de ces informations par Assange ressemble au genre d’actions qui ont valu des Pulitzers à des journalistes. Il a rendues publiques des informations qui lui sont parvenues, et des informations qui n’avaient été divulguées nulle part ailleurs, dans aucun forum. Ces informations traitaient directement de tromperie gouvernementale et de crimes potentiels.

Cela avait l’apparence et l’odeur d’une histoire journalistique. Mais ils ne veulent pas le dénommer journaliste.

JC: Et par conséquent, il n’a aucune protection?

JT: En tout cas, c’est ainsi que le gouvernement US s’en charge. Ils ont opté de façon assez transparente de le traiter comme suspect de hacking. Et ils vont le poursuivre sur ces bases. S’ils lui mettent la main dessus, je m’attends à ce qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent pour le garder en prison. Ils ont besoin de le clouer au pilori, ils ont besoin de rendre clair que vous ne pourrez pas vous en tirer si vous embarrassez le gouvernement et divulguez ce genre d’informations. Les administrations Bush et Obama ont toutes deux menacé des journalistes. Ils ne vont pas se retenir avec Assange s’ils ont déjà menacé de poursuivre des reporters.

JC: Comme l’homme a dit une fois – Vous avez droit à la liberté de parole – tant que vous n’êtes pas assez bêtes pour essayer de vous en servir. C’est donc une autre partie du verrouillage croissant sur les libertés civiques et la liberté de parole.

JT: En effet.

Le ministère de la justice (US, ndt) continue donc d’insister que les journalistes et autres qui reçoivent des informations classées confidentielles violent techniquement la loi s’ils savent qu’ils sont en possession d’informations confidentielles et la diffusent publiquement. c’est un vieil argument que nous connaissons depuis Nixon. Il y a une hostilité continuelle à l’encontre de journalistes faisant ce genre de choses. Je pense que c’est ce qui rend Assange une cible si tentante pour le gouvernement. Parce qu’ils savent qu’ils peuvent le poursuivre en justice et que les médias s’interrogent s’ils peuvent le soutenir, ou même essayer de l’expliquer au public.

En fait, la chose ahurissante est qu’après tout ce temps, Assange demeure autant un mystère qu’il l’était au premier mois. La question est pourquoi. Et les médias le traitent vraiment comme le gouvernement. Il n’est pas journaliste, il n’est pas lanceur d’alerte; il est un Assange. Il devient un nom à lui tout seul.

JC: Ouais, c’est vrai.

KM: Ce n’est pas l’un d’entre eux.

Laissez-moi vous poser une question – d’un point de vue légal, le fait que le gouvernement puisse prendre une approche très stricte, très calculée et presque singulière aux fuites, et aux individus qui font les fuites; et pourtant pour leurs objectifs politiques personnels ont rendus routinières des fuites à des diffuseurs qu’ils favorisent, afin de contrôler le message en politique?

JT: Tu as raison, il y a toujours eu cette hypocrisie –

JC: Et après l’autre entourloupe – la grande diversion que nous faisons? Nous commençons à diffuser des peccadilles et/ou des profils de personnalité qui nous font aimer ou mépriser une personne, et nous ne savons jamais vraiment ce qui est réellement factuel – Assange est vaniteux, il est messianique, un prédateur sexuel &c &c – aucun d’entre nous ne sait si c’est vrai ou non; nous n’en avons aucune idée.

JT: Correct.

JC: Mais l’argumentation se tourne alors vers les troubles peut-être feints de personnalité de l’individu, pas aux principes qui sont derrière ou au contenu intrinsèque de ce qu’ils font.

Bradley Manning a exposé des meurtres brutaux d’êtres humains… Daniel Ellsberg, également co-fondateur de la FPF, a même brandi une photo disant « j’étais Bradley Manning » et pourtant j’entends encore – « Ce n’est pas une comparaison valable. » – tout le temps – Pendant que les gouvernements divulguent fréquemment selon leurs propres avantages politiques –

JT: Bien, je pense – il faut vraiment porter des cuissardes pour passer au travers de l’hypocrisie sur ce sujet avec Washington.

Quand je témoignais au House Intelligence Committee, ces membres me sortaient, comme Claude Rains – qu’ils étaient ‘choqués, choqués’ que des gens divulguent des choses à Washington. Certains de ces gens prennent régulièrement leur téléphone pour divulguer des choses gênantes les uns sur les autres. Et c’est considéré comme faisant partie du jeu.

Mais je pense qu’ils partagent un certain désamour pour les journalistes et les lanceurs d’alerte qui le font.

KM: Quel est le standard légal? S’il y avait une dynamique comparable, un scénario comparable, pas Assange, quelqu’un qui se fait accuser d’être un « leaker » (divulgateur d’informations à caractère confidentiel, ndt) ou un hacker, ou une menace aux USA qui ne soit pas un lanceur d’alerte. Et ensuite, il y a une entité gouvernementale qui – soit sur commande ou de sa propre initiative – commence une enquête; d’un point de vue strictement légal, quelle est la protection pour l’individu qui initie l’action,  qu’elle soit bienveillante ou plus vénale; et que vous soyez un officiel du gouvernement ou un citoyen, ou même un non-citoyen – quels sont les standards juridiques pour affirmer – tu peux divulguer, mais toi tu ne peux pas?

Je ne parviens pas à croire que Leon Panetta aie le loisir d’appeler les médias mainstream et de dire – ne rapportez pas cette histoire, en voici une meilleure, et j’ai besoin de ceci, ou je ne sais quoi. Ils le font tout le temps. Mais si quelqu’un d’autre le fait, il peut finir sur la chaise électrique. Je ne capte pas.

JC: Ou les différences sont que puisque Seymour Hersh ne grille pas ses sources, il peut diffuser des informations confidentielles sur des attaques contre l’Iran ou des armes de destruction massives… parce qu’à part l’argument du hacker dont nous ne savons pas s’il est vrai – se reposent-ils sur la méthode par laquelle il est venu à diffuser ces informations? Ou est-ce une surgélation générale dans l’hypocrisie?

JT: Alors, je pense que le problème est le standard juridique. Si vous lisez la loi fédérale, il est bien clair que c’est considéré comme un crime que de posséder des informations classées confidentielles sans avoir une autorisation ou un besoin de détenir ces informations.

KM: Judith Miller fait-elle partie de ce monde, ou est-ce différent?

JT: Hé bien, c’est une chose qui peut être utilisée contre n’importe quel journaliste recevant des informations confidentielles comme les Pentagon Papers. Et le problème est que les tribunaux, particulièrement depuis le tribunal Rehnquist, ont graduellement réduit le privilège journalistique dans ce pays. Il y a une exception au privilège journalistique pour la fraude criminelle, ce qui explique pourquoi des journalistes peuvent être traînés devant des grands jurys ou jetés en prison pour n’avoir pas rendu de témoignage. Ceci n’est pas juste pour des affaires à nature confidentielle mais pour toute affaire criminelle.

JC: Mais cela ne s’applique pas uniformément au gouvernement. Donc quand Rove a divulgué l’identité de Valerie Plame, – hé bien, ils ont eu Scooter Libby, ils en ont donc lâché un.

JT: En fait, il y a beaucoup de ce genre de conflits. Je veux dire, il y avait Sandy Berger, qui aurait placé du matériel confidentiel dans sa chaussette et serait sorti d’un bâtiment sécurisé. Toute autre personne faisant cela aurait probablement été poursuivie, et il –

KM: Et l’a divulgué. Ce n’est pas comme s’il le ramenait chez lui pour mettre dans son album de souvenirs de fac.

JT: Ouais. Il y a beaucoup de ce genre de choses.

Les gens ne se rendent pas compte que l’administration Obama a été, s’il en fut, plus dure envers les lanceurs d’alerte que l’administration Bush. La raison en est en partie qu’ils savent que le bord de ceux qui soutiennent traditionnellement les lanceurs d’alerte se trouve être celui d’Obama. Et donc ils –

JC: Peux-tu un peu plus t’expliquer là-dessus? Je n’ai pas bien compris.

JT: Hé bien, que l’administration Obama, dans le domaine des lanceurs d’alerte, a rpsi exactement la même position que celle qu’ils ont adoptée sur les libertés civiques. c’est-à -dire, ils sont pleinement conscients –

JC: Institutionnalisant l’agenda de Bush, l’expansion massive du pouvoir de l’exécutif…

JT: Mais ils en ont plus que la capacité pour le faire, car ils savent qu’ils démarrent en divisant l’habituelle –

JC: Opposition.

JT: – communauté, oui –

JC: Compris.

JT: – qui soutient les lanceurs d’alerte. Et c’est la même chose avec les libertés civiques – ils savent qu’au moins la moitié des gens qui soutiennent d’habitude les lanceurs d’alerte ne diront rien si l’assaut vient du président Obama. Et cela fait partie de ce culte de la personnalité qui a saisi tant de gauchistes et Démocrates et progressistes.

JC: Ouais. Nous le voyons tous les jours.

JT: Mais la répression contre les lanceurs d’alerte est un exemple d’une réaction assez tiède. L’administration Obama est partie le mors aux dents contre les lanceurs d’alerte. Ils ont témoigné très peu de sympathie ou de retenue. Mais il y en eu très peu de couverture médiatique. Vous savez, j’avais pensé que la Convention Démocrate était révélatrice, quand vous compariez la platreforme entre 2008 et 2012. Des pans entiers des libertés civiques ont disparu entre ces deux conventions. Et même s’il est vrai que ces conventions sont plutôt vides de contenu, le refus de ne faire que mentionner le soutien de certains des principes de sa campagne de réélection a été vraiment frappant, depuis la détention indéfinie à la torture.

JC: Je sais.

JT: En fait, cela s’est évaporé. La même chose avec les écoutes sans mandat – les meurtres par drones – même des États-Uniens tués sans même un argument juridique cohérent ou –

JC: Mais il était sur « Jon Stewart » (un talk-show US, ndt), et il a bien dit que tuer des États-Uniens n’est pas optimal,

JT: Oui.

(Rires)

JC: – c’est un peu comme une reconnaissance de loin de certaines des affaires d’état louches et sales.

JT: Oui. C’est comme sortir sa décapotable par temps de pluie. Ce n’est pas optimal.

JC: Non, pas optimal. Parfois vous avez juste besoin de garder des gens en prison sans procès et de les assassiner. Mais c’est pas optimal.

JT: Cela montre vraiment la fascination qu’a cette administration pour les drones. Peu de gens savent que le président Obama s’est servi d’attaques de drones beaucoup plus de fois que Bush ne l’a jamais fait. Obama est hors catégorie en termes d’attaques de drones.

JC: – et ces actes de guerre, sur des nations souveraines, et des innocents se font tuer, pas vrai? Mais nous les appelons des terroristes suspectés, et les massacrons. En réalité nous ne savons pas qui ils sont – ou qui nous tuons – ou pourquoi.

JT: Ouais, c’est encore un autre exemple de ce genre de sens nuancé que nous trouvons chez l’administration Obama – qu’est-ce qu’une attaque de drone? Une attaque de drone est un assassinat. C’est cibler un individu pour le tuer.

JC: Cela devrait être souligné en sang – Comme tu a dit, ton droit à procédure te sert quand ta voiture explose –

C’est intéressant, parce que c’est comme un parallèle tordu de ce qu’est un Assange – qu’est-ce qu’un journaliste? Tout ce malaise profond – les gens ne semblent tout simplement pas vouloir le reconnaître et ce n’est même pas vraiment défendu – juste ignoré comme par routine – ce n’est pas juste que les excès de l’administration Bush n’ont pas été corrigés – il y a une escalade d’écoutes sans mandat, une escalade de drones, une escalade d’intimidation des lanceurs d’alerte. Ces choses augmentent exponentiellement. Est-ce que c’est un commentaire correct?

JT: Non, il est absolument juste. Mais ces leaders Démocrates ont grandement abandonné les libertés civiques. Ils livreront encore des envolées de rhétorique au sujet des libertés civiques. Mais ce sont quelques-unes des mêmes personnes pendant l’administration Bush qui apprirent des choses telles que les programmes de torture. Certains étaient les mêmes qui bloquèrent toute enquête parlementaire de ces programmes.

Ils sont donc lourdement investis dans ce système national de sécurité que nous avons. Et cela ne va pas changer simplement parce qu’Obama est dans son deuxième mandat. Le Congrès est toujours lourdement divisé. Ces politiciens vont tourner le regard vers les prochaines élections dans deux ans, et Obama aussi. Et ils vont poursuivre la même approche et le même script pour ce qui est des libertés civiques. Ils vont continuer à donner à la clique de la sécurité nationale tout ce qu’ils veulent.

JC: C’est tellement bizarre, parce que même quand nous parlons de libertés civiques, cela semble être un thème très marginal – un peu kitsch, un peu comme ce que font les collectionneurs de petites babioles. j’aime mes petites boîtes chinoises, j’aime ma liberté civique.

Ce que je ne comprends pas c’est – et c’est pourquoi je pense que c’est peut-être juste du racisme – peut-être parce que ce n’est encore arrivé à personne que nous connaissions, seulement ces Arabes ou personnes à la peau brune de pays ratés. Tant pis pour eux… Ce n’est pas grave s’ils peuvent jeter Bradley Manning en prison. Pas grave s’ils peuvent jeter n’importe quel Arabe en taule ou les assassiner, ou leurs familles à un mariage – Si le gouvernement peut simplement dire – nous soupçonnons cette ou ces personnes d’être des terroristes, nous pouvons les pulvériser – les oblitérer de la surface de la planète.

JT: Ou,plus important, tu auras la même division. Les gens ne vont toujours pas sentir qu’ils peuvent s’opposer à Obama, avec les Républicains encore plus barrés à droite.

Et donc tu vas avoir la même dynamique. C’est la même caisse de résonance qui a cours aujourd’hui. Et c’est pourquoi Obama a été si désastreux pour le mouvement des droits civiques. J’ai écrit une colonne il y a quelques années, au sujet de la mort du mouvement des libertés civiques, pour le LA Times. Et elle détaille combien Obama a été dévastateur pour le mouvement. Je ne pense pas que sa réélection aide, mais plutôt gêne la cristallisation d’un mouvement significatif. Il ne va pas prendre.

Je pense qu’il aurait pu prendre si Romney avait été elu, ironiquement. Je pense qu’il aurait pris si McCain avait été élu parce qu’il y aurait eu la sortie de cette figure très centripète, qu’est Barack Obama. Parce que beaucoup de gens ne peuvent pas se battre sur ces sujets de libertés civiques quand ils sont en train de se battre contre cette figure emblématique.

JC: Kevin, comment vois-tu la chose se dérouler, politiquement parlant? Vois-tu des bonnes nouvelles arriver par les tuyaux, ou est-ce que nous avons vraiment juste l’obligation de dire la vérité et de prendre les coups? Ou plutôt de regarder pendant que d’autres le font – en fait…

KM: Je pense que nous avons trop de problèmes en même temps: Un. Le Congrès – qu’il soit Démocrate ou Républicain, le Congrès, à la fois la Chambre (des Représentants, équivalent de l’Assemblée Nationale aux USA, ndt) et le Sénat, sont vendus et payés par « POLITIQUE/GOUV. Inc » qui les contrôlent. Les commerciaux, consultants/lobbyistes/leveurs de fonds/opérateurs – ils mènent la danse à Washington, DC maintenant. Vous avez donc très peu d’ouvertures pour quoi que ce soit de créatif, pour toute alternative, toute solution et le public globalement recherche des solutions.

Deux, Jon parle d’un point très important auquel je n’avais pas encore pensé.. Le fait est qu’il n’y a pas de partage 50/50. Il y a une sorte de partage différent. Et la raison pour laquelle Obama n’a pas été aussi bon qu’il l’aurait pu, c’est qu’il lui en est donné le pouvoir. Et tous les jours, il y a ce pouvoir – cette influence – qui est donné à des gens qui ont peur d’être considérés comme déloyaux -ooh, ne dites pas ça, vous ne pouvez dire ça, vous ne pouvez pas. C’est notre homme.

En fait, la réalité de l’histoire est que, politiquement, si tu n’as pas tes suporters te poussant vers un agenda, te poussant à t’améliorer, te poussant vers de nouvelles hauteurs… tu laisses tout à l’égo – ou à l’ego d’Obama, ou à sa vanité, son narcissisme, le nom que tu veux lui donner – nous n’en bénéficierons pas. Les gens globalement n’en bénéficieront pas, c’est à propos de lui, pas du peuple.

Il y a donc, je crois, cet octroi en silence de pouvoir, d’influence, involontaire ou tout à fait voulu en lui accordant un sauf-conduit. Et ce n’est pas juste les libertés civiques.

Ce qui m’effraie le plus c’est que tellement de gens qui sont sur les côtés de la route, qui devraient être activés – motivés et activés mour faire quelque chose, prennent tout pour acquis.

JC: Je vais bientôt voir Assange et revenir en parler…

Source: http://www.huffingtonpost.com/john-cusack/what-is-an-assange-part-2_b_2402236.html

Lire la 1ère partie de l’interview: https://wikileaksactu.wordpress.com/2013/01/06/interview-de-john-cusack-quest-ce-quun-assange/

Traduit depuis le web par Will Summer

Interview de John Cusack: « Qu’est-ce qu’un ‘Assange’? »

par John Cusack, le 1 janvier 2013

Cette semaine, j’ai été fier de rejoindre le conseil et d’aider au lancement de la Freedom of the Press Foundation (FPF), une nouvelle organisation qui compte sur le crowd-funding pour une gamme de diffuseurs médiatiques dont la mission première est d’œuvrer à la transparence et à la responsabilité gouvernementales. Vous pouvez vous informer au sujet des quatre premières organisations – qui incluent la National Security Archive, MuckRock News, The UpTake et WikiLeaksici.

Je me suis assis, récemment, avec le professeur de la Washington Law School et spécialiste constitutionnel Jonathan Turley et mon ami proche Kevin McCabe pour discuter de l’impact de WikiLeaks sur la transparence, la réponse gouvernementale, et de la comparaison avec le lanceur d’alerte des Pentagon Papers, Daniel Ellsberg (aussi co-fondateur de la FPF). (Et lisez une conversation antérieure avec Jonathan Turley ici.)

WikiLeaks a été extra-judiciairement coupé de son financement après que deux membres du Congrès US aient fait pression sur Visa, MasterCard et PayPal pour qu’ils cessent de faire affaire avec l’organisation journalistique fin 2010. Nous espérons que la Freedom of the Press Foundation deviendra un bastion contre ce genre de tactiques non-officielles de censure à l’avenir.

Voici la première partie de notre conversation.

John Cusack – JC: Vous aviez lu ce papier d’Ellsberg avant les élections?

Kevin McCabe – KM: Non.

Jonathan Turley – JT: Non.

JC: C’était lourd de sens, je repense à ce que cela voulait dire que de voter pour Obama – la position d’Ellsberg en est une position de principe – mais il avait pris l’attitude de Chomsky de stopper les Républicains dans certains états décisifs. Mais de le faire sans illusions.

JT: Oui.

JC: En tout cas, j’ai pensé que le cas Ellsberg était fascinant. Et j’ai parlé à – John, tu connais Michael Ratner? Il m’a dit qu’il te connaissait –

JT: Ouais.

JC: Je lui ai parlé de cette requête pour voir Assange à Londres. Je pensais juste Assange, et comme Hedges et Ellsberg attaquent la NDAA, nous avons une situation où, si les choses sont telles qu’elles semblent être, Assange est reclus pour le simple fait d’avoir exposé des crimes de guerre.

JT: Ouais. Je pense que la chose la plus intéressante à propos d’Assange est que le même acte de diffusion d’informations, s’il était reconnu comme journaliste, lui aurait peut-être valu le Prix Pulitzer. Assange a ce statut particulier. Les médias ne savent pas vraiment comment dialoguer avec lui. Ils n’arrivent pas à se décider de savoir si c’est un bandit ou un héros, ou une espèce de bandit héros. Et beaucoup de gens ignorent le contenu d’une grande part de ce qu’il a publié.

Nous en avons parlé toi et moi par le passé, John, comme quoi le matériel diffusé par WikiLeaks avait énervé le gouvernement US, principalement parce qu’il démontrait que le gouvernement avait menti régulièrement au peuple des USA. Ceci a provoqué une immense colère chez des officiels du gouvernement qui n’ont pas l’habitude d’être exposés de cette manière, y compris des membres du Congrès. Ce sont des gens qui contrôlent de près ce qu’apprend le public et quelles informations sont permises hors du gouvernement.

Franchement, la plupart des gouvernements ont l’habitude de se mentir – à un point que la plupart des gens trouveraient choquant. Une partie de la diplomatie est l’art du mensonge stratégique. Ces câbles démontrent le niveau de mensonge atteint par les gouvernements non seulement envers d’autres gouvernements, mais envers leurs propres citoyens, dont les nôtres. Et c’était donc une divulgation particulièrement embarrassante.

Certaines d’entre elles ont été vraiment étonnantes et bien plus importantes que ne l’a suggéré la couverture médiatique. Par exemple, nous avons parlé du câble exposant que l’administration Obama avait menacé l’Espagne, si l’Espagne exerçait son droit par traité d’enquêter sur le programme de torture US, étant donnée le refus d’Obama de le faire.

JC: Ouais, ce n’est pas comme si ce mec était poursuivi à travers le globe parce qu’il avait embarrassé quelques diplomates.

JT: C’est sûr, c’est bien plus que ça.

JC: J’aimerais beaucoup discuter de ce que sont ces principes légaux sous-jacents. Penses-tu qu’il pense qu’il fait quelque chose qui devrait être fait par les journalistes et les diffuseurs – penses-tu qu’il remplisse une vacance dans le journalisme, ou ceci est-il une nouvelle forme de journalisme? Peut-être ne se soucie-t-il pas de ces distinctions, et devrions-nous?

JT: Hé bien, la réponse à Assange est remarquable – c’était un peu comme un changement de paradigme. Les médias ont l’habitude de divulgations isolées qui sont maîtrisées et focalisées sur des sujets tels que les prisons secrètes en Europe, ou le programme de torture. Ce qu’a fait Assange a été la diffusion massive de matériel qui montrait la choquante malhonnêteté du gouvernement US et de gouvernements autour du monde… elle a montré comment beaucoup de nos politiques domestiques ou internationales sont juste une espèce de kabuki, qui –

JC: Vu ainsi, c’est adéquatement analogue aux Pentagon Papers. De la même manière – disons qu’Eric Holder signant des documents disant que vous pouvez tuer des citoyens US est le même genre de patine légale de merde que le document de John Yoo sur la torture. Quelles sont les différences importantes ou les parallèles, entre les publications des Pentagon Papers par Ellsberg et les publications de WikiLeaks exposant les crimes de guerre et les mensonges d’Etat?

JT: Je pense que vous faites la bonne analogie. En un sens, les Pentagon Papers étaient si importants parce qu’ils étaient focalisés sur le thème du mensonge autour de la guerre du Vietnam. Assange est presque blessé parce que ses publications étaient 100 fois plus vastes que les Pentagon Papers.

Ironiquement, s’il avait simplement pris des parties de ces divulgations et les avaient publiées de manière isolée, il aurait peut-être eu davantage de soutien. À la place, il a rendu publique cette chronique exhaustive des mensonges du gouvernement US et d’autres gouvernements. Et franchement, je pense que les médias classiques ont eu du mal à la couvrir, la décrire et à s’en servir.

Le résultat, c’est que ce mec est isolé, à la fois juridiquement et physiquement. Il est tout bonnement retenu captif dans cette ambassade, à moins qu’il ne convienne de la quitter et d’être sujet à arrestation. Il a de bonnes raisons de suspecter que le gouvernement US projette de le déporter dès que n’importe quel gouvernement – n’importe quel gouvernement ami – arrive à mettre la main sur lui.

JC: Ouais – je n’ai aucune idée de ce qu’est la vérité en la matière. Mais je sais que vous n’avez pas vu tant de gouvernements se piquer d’un tel intérêt et s’impliquer autant dans des affaires suédoises de viol.

JT: En fait, il y a beaucoup de scepticisme autour du timing. Le fait est que les USA avaient besoin qu’un gouvernement attrape Assange sur la base de quelque accusation criminelle. Pourtant, nous ne connaissons pas complètement tous les faits de l’affaire.

Assange est peut-être, en effet, un individu hautement imparfait – même un violeur si les allégations étaient jamais prouvées. Comme je l’ai déjà dit, je dis sans cesse à mes étudiants que nos causes sont souvent meilleures que nos clients. C’est juste une réalité du travail pro bono ou d’intérêt public. Il n’est pas rare d’avoir des personnes qui soulèvent des questions d’intérêt public importantes, mais qui ont pu commettre de grands torts.

Honnêtement, je ne sais pas quelle est la vérité au fond de cette affaire. Je sais qu’Assange a proposé de rencontrer des enquêteurs à l’ambassade, et cela a été refusé. Je ne suis pas bien sûr de pourquoi cela a été refusé.

Mais en termes de l’importance de WikiLeaks, je ne pense pas que qui que ce soit puisse réellement remettre en question que ces publications ont une importance considérable.

JC: Oui, de beaucoup de façons, cela change le monde. Assange et WikiLeaks disent-ils en fait qu’il n’y a plus personne qui fasse encore ce genre de journalisme, et que donc nous devons le faire nous-mêmes? Ou comble-t-il quelque autre espace journalistique, ou essaie-t-il de tronquer l’espace journalistique. Légalement, où est la différence? Pourquoi est-il puni alors que le New York Times ne l’est pas? Ils ont publié son matériel.

Je pense que tu dis que c’est un terrain tellement plus vaste que les Pentagon Papers que cela explique peut-être la frénésie – quand l’éditeur du New York Times et les reporters autour des divulgations d’Ellsberg ont juste eu à se dire – mensonges du Vietnam – OK, ces types vont nous courir après – nous irons peut-être en prison, peut-être pas. Mais ils ont pris le risque, et ils les ont publiés. WikiLeaks s’en prend à tous les gouvernements tout autour du monde.

JT: Ouais, je trouve fascinant de regarder la réaction à Bradley Manning et à Assange. Le gouvernement est vraiment monté jusqu’à DEFCON 4 pour s’occuper de ce gars. ET la question c’est pourquoi. Je pense que la réponse est qu’ils veulent pendre les malheureux. Ils veulent que tout le monde voie ces hommes se tordre dans le vent, pour que personne ne refasse plus ce genre de choses.

Et qu’ont-ils fait? Ils ont publié –

JC: Ce sont des lanceurs d’alerte.

JT: Oui, lis ont publié des informations portant préjudice au gouvernement. Mais quand vous regardez la couverture médiatique, ils ne veulent clairement pas traiter Assange comme un lanceur d’alerte, et ils ne veulent surtout pas le considérer comme un journaliste.

Et ceci mène donc à la question, longtemps en suspens, de ce qui constitue un journaliste à l’ère des blogs et des sites Internet?

JC: J’imagine que c’est probablement la question vers laquelle je me dirigeais – que penses-tu que soit la différence, du point de vue constitutionnel de la liberté d’expression, ou de sa protection?

JT: Les journalistes en ont adopté une définition très étroite parce qu’ils ont une crainte légitime que, avec la possibilité de créer un blog en quelques minutes, tout(e) un(e) chacun(e) puisse se déclarer journaliste. Si tout le monde est journaliste, personne n’aura plus sans doute de privilèges journalistiques. Les journalistes vivent grâce à ces privilèges et ceux-ci s’évaporeront comme neige au soleil si tout le monde peut les réclamer.

Et donc si vous regardez certaines choses comme le National Press Club, ils ont depuis longtemps eu une définition de ce qu’est un journaliste qui s’occupe de combien gagne la personne pour faire du journalisme, et excluant des personnes qui sont des journalistes légitimes mais ne reçoivent pas un salaire à plein temps, ou même un salaire à temps partiel significatif. Ces définitions sont hautement artificielles aujourd’hui. L plupart des gens obtiennent leurs infos d’Internet et de blogs.

KM: – Dans une référence dans un article du Times, le reporter citait Chris Matthews et Katie Couric comme journalistes, et qui seraient présents au dîner d’Al Smith. Et j’allais envoyer une note disant que Chris Matthews n’est pas journaliste. À une époque il a été pigiste. Mais c’est un commentateur de la TV par câble maintenant. Je pense que ce que vous êtes en train de dire apporte juste à tout ceci un relief surprenant. C’est juste si évident.

JT: Cela suscite aussi cette situation étrange, où si Adam Liptak au New York Times publie du matériel venant d’Assange, c’est un acte de journalisme. Quand Assange publie ces informations en masse, c’est considéré comme un acte de terrorisme. Et personne ne semble être à l’aise pour tenter d’expliquer cette différence. Et je ne suis pas trop sûr qu’ils le puissent.

Il y a deux manières de voir si une personne est ou non un(e) journaliste – leur fonction et leur motivation. Et, en général, nous considérons les deux. Alors, quelle était la motivation d’Assange? Sa motivation, il me semble, était clairement d’être un lanceur d’alerte et de publier ces informations. Mais il faisait aussi une chose qui est identique à ce que font les journalistes.

Et pourtant, si vous lisez comment il est traité dans les journaux, ils ne le considèrent pas comme un lanceur d’alerte ou un journaliste; ils le traitent en quelque sorte comme sui generis, quelque chose d’unique. C’est un ‘Assange’.

JC: Oui. Quelle est la différence entre lui soulevant des fonds, créant un site web, WikiLeaks, et ayant sa propre équipe d’enquêteurs rassemblant des informations et accumulant du contenu; et le Huffington Post recrutant des gens faisant la même chose – je la regarde mettant son truc en place et devenit le journal en ligne… beaucoup de ceux qui étaient blogueurs sont maintenant journalistes – des mecs super comme Sam Stein – et ils font du très bon boulot – maintenant ils ont des titres – ils se font accréditer et vont à la Maison Blanche, et ils sont journalistes, mais prioritairement, ils écrivent en ligne…

JT: Ouais, je pense que c’est vrai. La différence que tu peux tirer entre ces actes – et je pense que tu as tout à fait raison à ce sujet. Je pense qu’une partie de cette différence vient du fait que si le gouvernement disait qu’Assange est en fait un hacker – s’ils disent qu’il a fait effraction dans un système informatique et en a enlevé ce matériel –

JC: – ils disent en gros qu’Assange est Anonymous.

JT: Oui.

JC: Alors leur argument c’est que si Assange est Anonymous; c’est un cyber-terroriste?

JT: Oui. Et si c’est un hacker, je pense que cela –

JC: Cela tient-il?

JT: Hé bien, non – si c’est un hacker, cela le met dans une autre catégorie, dans le sens où il commet un délit –

JC: Est-il un hacker? Savons-nous cela?

JT: Alors non, nous ne le savons pas. En fait, beaucoup de personnes insistent sur le fait qu’il est clair qu’il n’est pas hacker, qu’il a d’une manière ou d’une autre obtenu ce matériel d’une tierce personne. Mais je ne sais pas ce qu’il en est, dans un sens ou dans l’autre. Cependant je pense que la différence que nous pouvons distinguer, et qui est celle qui a existé –

JC: Comme le New York Times a eu d’Ellsberg – il était la tierce personne.

JT: Correct.

KM: Mais je pense qu’il est important de recadrer ici cette conversation et de considérer ce problème depuis une perspective plus large que juste Julian Assange. Parce que je ne m’intéresse pas aux individus.

Je m’intéresse aux mouvements. Nous avons besoin de protéger le Premier Amendement et son application au sens le plus large. Assange m’indiffère outre que c’est un individu dont les droits sont bafoués. la raison pour laquelle nous devrions nous soucier de ce qui arrive à Assange aux USA est que ce qui lui arrive, arrive au Premier Amendement.

Vous pouvez également lire ce post sur le blog de Jonathan Turley.

Source: http://www.huffingtonpost.com/john-cusack/what-is-an-assange_b_2317824.html

Et: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,16829.0.html

Lire la 2ème partie de l’interview: https://wikileaksactu.wordpress.com/2013/01/18/interview-de-john-cusack-2eme-partie-quest-ce-quun-assange/

Traduit depuis le web par willsummer

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