Prisons françaises et droits de l’homme: des conditions de vie difficiles pour les prisonniers

Prison de Fleury-MérogisSource: capture d’écran de la vidéo de la prison de Fleury-Mérogis

Tout ne va pas toujours pour le mieux au pays des Droits de l’homme, comme en témoignent des vidéos récentes postées sur Internet. Violences dans les prisons, insécurité, échec de l’intégration et de la réinsertion des prisonniers, manque de budget pour rénover les bâtiments, perte d’espoir chez les détenus et démoralisation du personnel pénitentiaire – certaines images ne sont pas dignes d’un pays qui revendique les droits de l’homme comme une de ses valeurs fondamentales.

Les prisons françaises ne sont pas des lieux pour vivre

Prison de Fleury-Mérogis 2Une vidéo publiée par France 24, en 2008, témoigne de l’état insalubre de certaines prisons (images fournies par Karim Bellazaar et Omar Dawson). Des douches et des bâtiments dans un état totalement délabré. Toutes les prisons ne ressemblent pas à celle-ci, mais il y a partout des problèmes d’argent. On imagine bien que, face à la crise économique actuelle et aux mesures d’austérité votées par le gouvernement, la situation ne s’est certainement pas améliorée dans les prisons françaises. Les surveillants eux-mêmes témoignent de la situation: « On est dans une logique de réduction des fonctionnaires, on a des matériels obsolètes, des budgets qui fondent comme peau de chagrin, et c’est la seule réponse qu’apporte l’administration. On est dans une crise globale », témoigne David Daems, responsable communication SNP-FO, sur la chaîne TF1.

HARLEM SHAKE GANGSTER D TER, une vidéo pour faire réagir la population française?

Face à ces conditions de vie difficiles, que peuvent faire d’autre les prisonniers que de poster des vidéos pour partager leur sort et pour tromper l’ennui de leur vie carcérale? A la prison de Montmédy, des prisonniers ont réalisé une vidéo inspirée du « Harlem Shake », mise en ligne sur youtube le 21 novembre 2013.

Sur leur page Facebook, on peut lire des commentaires qui prouvent la lassitude des prisonniers et leur incompréhension face à un système pénitentiaire sévère en France, un système qui n’aide pas les prisonniers, mais les opprime avec des peines de plus en plus longues:

Effectivement depuis quelques années on accède à un certain confort en détention, mais tout ce confort n’est là que pour mieux nous abrutir face à la lourdeur des peines de prison prononcées. Dès le début des années 2000 pour un petit délit tu prenais quelques mois, aujourd’hui pour le même délit tu prends quelques années.

Les prisonniers ont-ils cherché, à travers cette vidéo, à faire réagir la population française et à nous sensibiliser à leur sort? La question est de savoir: comment améliorer les conditions de vie dans les prisons, pour que chaque être humain — peu importe le crime qu’il a commis — puisse être traité de manière humaine?

Est-ce que les prisonniers ne devraient pas tous avoir le droit à la propreté, à prendre des douches dans des conditions acceptables? Est-ce que les prisonniers ne devraient pas pouvoir bénéficier d’un accompagnement social pour pouvoir rentrer chez eux de manière digne et que leur vie ait un sens dans la société? Pourquoi l’accès à Internet et au téléphone portable leur sont interdits, quand on sait qu’ils n’ont aucun autre moyen de communiquer avec le monde extérieur? Ces vidéos, sérieuses ou humoristiques, sont chacune à leur manière un témoignage du sort parfois inhumain des prisonniers.

Pourquoi l’Etat français ferme les yeux sur ces problèmes, alors que le seul crime de ces citoyens est d’avoir peut-être simplement eu moins de chance que d’autres, d’être venus d’une famille moins riche, ou de n’avoir pas eu un accès suffisant à l’éducation, au logement ou au travail. Entre 2008 et 2013, rien n’a vraiment changé dans les prisons françaises. La France continue de donner des leçons de droits de l’homme à des pays en Afrique ou au Moyen-Orient, mais ne faudrait-il pas d’abord s’occuper de ce qui se passe chez nous?

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L’adhésion aux partis politiques en France devrait-elle être gratuite?

Occupy Wall StreetPhoto: Occupy Wall Street

Face au problème de la transparence politique et celui de l’évolution nécessaire de nos démocraties dans le monde, nous nous sommes penchés sur la question de savoir s’il ne suffirait pas simplement de rendre l’adhésion gratuite aux partis politiques, pour que les citoyens, quels que soient leurs revenus, puissent tous réellement s’investir dans la vie politique de leur pays? Devoir cotiser, n’est-ce pas un signe d’inégalité entre les citoyens qui ont les moyens d’adhérer et ceux qui n’en ont pas les moyens? En France, si vous n’avez pas de travail, si vous êtes étudiant, retraité, ou que vous êtes en situation de précarité, l’adhésion à un parti politique peut dissuader beaucoup de personnes de participer à la vie politique de leur pays. Cela peut apparaître comme une dépense inutile. Aujourd’hui, la plupart des partis politiques français sont payants, et rares sont ceux qui proposent la gratuité pour les plus démunis. Toute une partie de la population française se trouve ainsi exlue du débat démocratique qui devrait avoir lieu au sein de la société.

Nous avons établi un comparatif des adhésions des partis politiques. Même un parti défendant la classe ouvrière, comme le Parti de Gauche, propose une cotisation minimale de 36 € par an. Finalement, est-ce normal? L’adhésion ne devrait-elle pas relever d’un acte volontaire?  Comme cela a été initié par le Parti Pirate avec l’adhésion à zéro euro (dans des cas spécifiques), les autres partis ne devraient-ils pas rendre l’adhésion non-obligatoire, c’est-à-dire que cette adhésion relève d’une volonté personnelle de l’adhérent, et non d’une exigeance propre au parti? La grille des adhésions au sein des partis politiques français montre encore qu’il existe de nombreuses injustices pour tous ceux qui ont des petits revenus et qui se trouvent donc mis à l’écart du débat démocratique. L’adhésion devrait être automatiquement gratuite pour toutes les personnes qui se considérent en difficulté financière et qui ne peuvent pas assumer cette participation.

Les partis politiques devraient être considérés comme des institutions d’utilité sociale, des lieux où s’élabore la démocratie, où les citoyens français se retrouvent malgré leurs différences, un lieu où ils débattent ensemble et où ils permettent le progrès de la société dans laquelle ils vivent — les partis politiques sont des lieux au service des citoyens, des lieux d’égalité entre les citoyens. Ce doit être un lieu où le débat perdure, et non un lieu privilégié réservé à ceux qui ont les moyens de payer une adhésion. Pour aller plus loin, nous pensons que le don devrait être uniquement volontaire, c’est-à-dire facultatif, et que ce devrait être un choix de l’électeur de donner ou non de l’argent à un parti politique. Il n’est pas normal qu’il faille payer pour adhérer et pour avoir le droit de débattre sur un programme. Quels que soient les revenus, modestes ou élevés, la donation devrait être un choix, et non une obligation.

Tout comme les projets de partage de la culture, d’encyclopédie gratuite (Wikipédia), d’accès gratuit à l’information (Open-Data, Wikileaks) et de liberté numérique (logiciels libres, etc), il est temps de permettre l’accès aux partis politiques au plus grand nombre, y compris aux plus démunis.

Voici un bref aperçu du montant des adhésions des partis politiques en France (choix non-exhaustif):

PS

Le site d’adhésion du Parti Socialiste mentionne que pour la « première adhésion, le coût de la cotisation n’est que de 20€. » Il n’est pas précisé quelle proportionnalité est ensuite établie pour ceux qui adhérent sur plusieurs années au parti, ni si la gratuité existe pour les revenus précaires et inférieurs à 1200 € par exemple.

UMP

Les tarifs sont répartis en trois catégories, les revenus modestes ou les sans-emplois bénéficient d’un tarif de 10 € (20 € si la personne choisit de faire un don supplémentaire qui n’est pas obligatoire)

Adhésion simple : 25 euros (+ 10 euros facultatifs) = 35 €
Adhésion couple : 35 euros (+ 10 euros facultatfis) = 45 €
Adhésion tarif réduit (-30 ans, demandeurs d’emploi, étudiants) : 10 euros (+10 euros facultatifs) = 20 €

Parti Pirate

Le Parti Pirate est l’un des seuls partis politiques qui propose en France l’adhésion à 0 €, ce qui est un réel atout pour la démocratie dans notre pays et pour lutter contre la discrimination en politique.

Les tarifs dans tous les autres cas sont :
Tarif plein : 24 €
Demi-tarif (mineurs, étudiants, demandeurs d’emploi) : 12 €
Tarif réduit (personnes en difficulté) : 6 €

Parti de Gauche

La cotisation militante est fixée par tranches en fonction du revenu :

revenus inférieurs à 1000 € : 36 € annuels ;
revenus entre 1000 et 1500 € : 60 € annuels ;
revenus entre 1500 et 2000 € : 120 € annuels ;
revenus entre 2000 et 3000 € : 300 € annuels ;
revenus supérieur à 3000 € : 480 € annuels et plus…

Ce barème est indicatif et les soutiens sont les bienvenus. La cotisation minimum est de 36 €.

EELV

L’adhésion minimale est également de 36 euros (pour les revenus précaires), avec une cotisation proportionnelle aux revenus, comme le Parti de Gauche.

revenus inférieurs à 1200 € : 36 € annuels ;
revenus de 1200 € : 55 € annuels ;
revenus de 1300 € : 120 € annuels ;
revenus de 1400 € : 300 € annuels ;
revenus de 1600 € : 120 € annuels ;
revenus de 1800 € : 160 € annuels ;
revenus de 2000 € : 200 € annuels ;
revenus de 2300 € : 230 € annuels ;
revenus de 2500 € : 250 € annuels ;
revenus de 2800 € : 300 € annuels ;
supérieur à 3000 € : cotisation de 0.8% de mon revenu annuel

Front National

L’adhésion pour les revenus modestes est fixée à 30 €, dans une répartition proportionnelle et semblable aux autres formations politiques.

Adhésion jeune (-25 ans) : 15 €
Adhésion Revenus Modestes : 30 €
Adhésion classique : 50 €
Adhésion couple : 80 €
Adhésion de soutien : 90 €
Adhésion bienfaiteur : 130 €
Adhésion prestige : 250 € et plus

Affaire Snowden: la France aphone, par Eva Joly

EDWARD-SNOWDEN

Eva Joly,
Députée européenne EELV,
ancienne candidate à la présidentielle de 2012

Publication: 15/07/2013 06h29

Alors que Edward Snowden vient de demander l’asile à la Russie de Vladimir Poutine, il convient de rappeler que l’aspect feuilletonesque des tribulations du lanceur d’alerte ne doit pas nous faire oublier l’essentiel: nous ne sommes pas dans une fiction, et cette affaire jette une lumière crue sur la réalité des relations internationales et sur le rang qu’y tient la France.

Notre vieille nation aime à croire qu’elle est une grande nation; influente sur le cours du monde parce qu’écoutée dans le concert des nations. Plaident pêle-mêle pour cette thèse notre Histoire, le rôle central que nous jouons dans la construction européenne, notre statut de membre du conseil de sécurité à l’Onu, notre rang économique, la place particulière que nous occupons sur le continent africain, la capacité de résistance que l’on prête volontiers à nos dirigeants et la réputation d’être le pays des droits de l’Homme.

A rebours de cette vision par trop optimiste, nombre d’esprits préfèrent entonner l’éternel refrain du déclin de la France. Rien ne me porte à rejoindre leurs rangs, car je connais la vitalité démocratique de notre pays, et ce, d’autant plus que parcourant le monde, je sais quels espoirs le simple mot de France peut susciter partout sur la planète. Mais je dois constater avec tristesse que la manière dont l’actuel gouvernement a agi dans sa gestion de l’affaire Snowden illustre une forme de renoncement à tenir notre rang qui ne présage rien de bon.

Je rentre du Brésil: le récent comportement du gouvernement français y a suscité doutes, interrogations, inquiétudes et déception. Comment expliquer que nous ayons pu interdire à Evo Morales de survoler notre territoire au motif, au demeurant erroné, que l’avion présidentiel aurait pu transporter Edward Snowden? Cette décision constitue une triple faute.

En premier lieu, elle est signe de faiblesse. Nous venons de donner l’impression que la France est devenue l’auxiliaire de police du gouvernement des Etats-Unis, et que celui-ci peut à sa guise nous dicter notre conduite. Rappelons quand même que nous venons de découvrir que la France faisait partie des pays espionnés par les Etats-Unis. De manière hallucinante, notre réponse ne fut pas de trouver une réponse à la hauteur du problème ni même de seulement tendre l’autre joue: elle fut de céder complaisamment aux demandes impérieuses d’un Etat qui n’était pourtant pas en situation d’exiger de nous une telle chose, au regard de son comportement inamical. Ce réflexe de soumission est dévastateur.

En second lieu, il s’agit d’une faute stratégique: pour faire plaisir à Barack Obama, nous venons d’envoyer un bien mauvais signal à l’Amérique latine. Nous fâcher avec les pays d’Amérique latine en humiliant inutilement le président bolivien est une erreur majeure. Quelle méconnaissance de notre histoire ! Alors que dans les années 70, la France fut terre d’accueil pour nombre de réfugiés politiques chiliens, argentins ou uruguayens, nous voilà aujourd’hui aidant à la traque d’un homme dont le seul crime, jusqu’à ce qu’on nous apporte la preuve du contraire, est d’avoir dénoncé des actes scandaleux de la part de son gouvernement. Pensons-nous que l’Amérique latine a oublié le tristement célèbre plan Condor et est disposée à accepter que nous nous fassions dicter notre politique par les Etats-Unis quand il s’agit d’agir pour les droits de l’Homme? Je gage que notre image est durablement écornée par le mauvais road-trip aérien que nous avons imposé au président d’une nation dont la dignité vaut bien celle des Etats-Unis d’Amérique.

En dernier lieu, je considère qu’il était moralement infondé d’agir de la sorte. Loin de participer à une chasse à l’homme, la protection des lanceurs d’alerte devrait au contraire être un objectif naturel d’un pays tel que le nôtre. Nous aurions dû offrir l’asile politique à Snowden au lieu de concourir, même de manière indirecte, à le pourchasser. Je crois à un monde multipolaire, et je milite pour un rééquilibrage des relations internationales. Les Etats-Unis sont nos alliés. En aucun cas nous ne devons admettre de devenir leurs vassaux. Entre les coups de menton cocardiers de l’ère Sarkozy et la génuflexion contrite du président Hollande, il existe une autre voie, qui est celle d’une France offensive dans la défense de ses valeurs et réaliste dans la défense de ses intérêts. Les choses sont parfois plus simples qu’on ne le croit. Quand on hésite sur le chemin à suivre, souvenons-nous que le courage peut servir de boussole. Sur la scène internationale, le premier acte de l’existence, c’est la résistance. Dans l’affaire Snowden, la France doit quitter les rivages du silence embarrassé, et faire enfin entendre sa voix. C’est une question de valeurs autant que de géopolitique.

Source: http://www.huffingtonpost.fr/eva-joly/affaire-snowden-la-france-aphone_b_3595768.html?utm_hp_ref=international

Lire aussi: « EELV demande à François Hollande d’accorder l’asile politique à Edward Snowden »
http://eelv.fr/2013/07/01/eelv-demande-a-francois-hollande-daccorder-lasile-politique-a-edward-snowden/

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