Kristinn Hrafnsson: « Les politiciens sont de plus en plus sous le contrôle de groupements privés »

John Robles, Voice of Russia, le 24 décembre 2012

Robles: Ici John Robles. Je m’entretiens avec M. Kristinn Hrafnsson, porte-parole officiel pour la WikiLeaks Organisation.

En 2010 vous disposiez de plus d’un million de dollars en réserve disponible et vous êtes descendus à moins de $1000. C’est alarmant, il me semble. WikiLeaks encourt-elle quelque risque de fermeture ou allez-vous réussir à vous en sortir comme il faut?

Hrafnssoon: Nous allons faire de notre mieux pour gérer et continuer à travailler. Nous avons bien sûr dû drastiquement nous réduire d’échelle, et de façon plus importante nous avons été privés de notre possibilité d’étendre nos opérations ainsi que nous eussions souhaité, au vu de l’importance de notre travail. Mais nous vivons des temps difficiles, et il ne peut être ignoré que les individus travaillant pour l’organisation, et la grande foule de volontaires et de supporters, s’assurent que le travaille continue.

Nous n’allons pas plier dans cette guerre, au contraire, nous commençons un nouveau front. Nous avons eu des victoires en Islande, avons entamé une procédure au Danemark, nous avons eu des victoires au Parlement Européen contre les autorités allemandes, en France nous sommes parvenus à ouvrir un « I »gate contre le blocus. Maintenant avec le bon appui d’individus aux USA nous entamons notre contre-attaque et j’affirme que nous aurons ces géants de la finance en déroute assez tôt.

Robles: Lorsque nous avions parlé il y a à peu près deux mois, vous aviez mentionné le moyen de financement en France. A-t-il été productif, cela vous a-t-il aidés, vous les gars?

Hrafnsson: Cela a été bénéfique comme d’autres initiatives pour contourner ce blocus mais il est toujours en place et cause des soucis à certains, ils ont l’impression que d’une manière ou d’une autre il y a de l’illégalité comprise dans la réalité du don à l’organisation, donc il est très important de poursuivre le combat et c’est ce que nous allons faire.

Robles: La dernière fois que nous avons parlé, nous avons parlé de la décision du Parlement Euroipéen. Y a-t-il eu de l’évolution de ce côté-là?

Hrafnsson: Mes collègues et moi-même, nous avons passé du temps à Bruxelles et parlé à beaucoup de soutiens aux politiciens de Bruxelles, et nous avons été fortement heureux de l’initiative du Parlement Européen qui a adopté une résolution incluant une directive envers la Commission, contenant simplement le vœu que la Commission Européenne instaure un encadrement juridique empêchant ce genre de pratiques arbitraires extrajudiciaires par des facilitateurs de paiement, Visa et MasterCard, basés aux USA. Il y a donc un clair consensus que ceci doit cesser et nous espérons que cela se traduira par une pression sur la Commission de changer sa position concernant la plainte anti-trust qui a été enregistrée par la Commission, et l’ouverture d’une enquête très formelle et ratissant large sur les méfaits de ces compagnies états-uniennes de cartes de crédit.

Robles: Maintenant nous avons parlé des USA et d’information qui a été rendue publique au sujet de la corruption gouvernementale états-unienne, les crimes de guerre, &c. Qu’en est-il d’autre pays: l’Australie, par exemple. Est-il possible de s’éloigner de seulement les USA?

Hrafnsson: Si nous considérons simplement les motivations autour de WikiLeaks, ce n’est pas une organisation qui choisit ses cibles; en tant que destinataire d’informations de la part de lanceurs d’alerte au cours de l’histoire de WikiLeaks depuis 2006 et avant 2010 il y a eu des fuites de la plus haute importance provenant de toutes les régions du monde et relatives à des gouvernements corrompus en Afrique, au Kenya, relatives à des pratiques bancaires corrompues de banques suisses et islandaises, relatives à la révélation de pratiques telles que des rejets illégaux de déchets toxiques par de grandes entreprises internationales &c. Donc, c’était en cours surtout depuis l’administration US, et ce sont les révélations commençant en 2010 qui ont provoqué cette réaction extrêmement vive de la part de cette administration, main dans la main avec les géants de la finance. C’est quelque chose qui n’est que la poursuite du travail déjà effectué et j’ose espérer que nous pourrons à l’avenir recevoir et publier de l’information sur les multinationales corrompues et sur la corruption dans tous les pays du monde. Pour cela nous avons besoin d’amis bien sûr, nous devons être forts, nous devons pouvoir offrir ce service sur de larges bases à l’avenir.

Robles: Écoutez, vous tâtez le pouls du monde, vous voyez toutes sortes d’informations venant du monde entier. Voyez-vous dans tout ce mal qui est partout, voyez-vous la main des USA partout dans le monde, ou s’agit-il de « mal » plutôt indépendant qui se passe, si vous voulez, sans trouver de terme plus approprié?

Hrafnsson: Bien sûr, il est évident qu’évec le statut des USA dans la politique mondiale il y a beaucoup de mal qui vienne de cette partie du monde, cela va sans dire, mais cela ne veut pas dire que ce soit la seule source du mal, pour vous citer.

Robles: Oui. Oui.

Hrafnsson: Nous vivons bien sûr maintenant dans un monde où les politiciens ont moins de pouvoir qu’avant et ces pouvoirs sont davantage entre les mains de conglomérats financiers internationaux qui ont asservi beaucoup d’individus de beaucoup de nations et ce sont des entités qui ne connaissent presque pas de frontières et opèrent souvent sans la supervision nécessaire de la part de gouvernements politiquement élus. Nous constatons du mal dans beaucoup de coins et il y a beaucoup de choses à mettre en lumière, à exposer de manière à renverser la vapeur et simplement tâcher d’amener ce monde sur une voie un peu plus saine.

Robles: Je suis entièrement d’accord avec vous. Écoutez, n’y a-t-il pas d’autre mécanisme de financement que les gens puissent utiliser pour aider WikiLeaks? Je veux dire, avez-vous pensé à utiliser une banque basée en Russie, par exemple, ou quelque chose en quoi les USA ne sont pas impliqués? Est-ce une réelle possibilité, ou pensez-vous que ce n’est pas réaliste?

Hrafnsson: Nous avons étudié une vaste gamme de possibilités, et ce qu’il est notable de relever est qu’il existe beaucoup d’initiatives pour créer de nouvelles manières et de nouveaux moyens pour contourner ces entités financières toutes-puissantes souvent états-uniennes, mais ces tentatives sont encore en enfance et sont à l’étape expérimentale. Mais il s’agit d’un reflet du fait que des individus tout autour du monde reconnaissent le caractère on ne peut plus sérieux de l’octroi de tant de pouvoir à ces entreprises.

Ayons l’espérance que ceci croîtra en puissance et en reconnaissance et que nous puissions réellement voir un moyen alternatif et indépendant d’échange de l’argent d’une main à l’autre sans avoir à recourir à ces moyens dangereux d’entreprises internationales, qui ont déjà démontré combien elles sont prêtes et promptes à abuser de leur position d’influence.

Source: http://english.ruvr.ru/2012_12_24/Politicians-are-being-more-and-more-controlled-by-corporations-Hrafnsson/et http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,16750.0.html

Traduit depuis le web par willsummer

Le discours de Julian Assange à l’ambassade d’Equateur, le 20 décembre 2012

Bonsoir, Londres.

Quelle vision, pour des yeux fatigués. Les gens me demandent ce qui me donne de l’espoir. Hé bien, la réponse est juste ici. Il y a six mois – il y a 185 jours –  je suis entré dans ce bâtiment. Il est devenu mon domicile, mon bureau et mon refuge. Grâce à l’attitude de principe du gouvernement équatorien et au soutien de son peuple, je suis en sécurité dans cette ambassade pour vous parler. Et chaque jour à l’extérieur, pendant 185 jours, des personnes comme vous ont veillé sur cette ambassade – qu’il pleuve, grêle ou fasse beau. Chaque jour. Je suis venu ici en été. C’est l’hiver maintenant.

J’ai été sustenté par votre solidarité et je suis reconnaissant des efforts de personnes de par le monde entier soutenant le travail de WikiLeaks, soutenant la liberté d’expression, la liberté de la presse, des éléments esentiels de notre démocratie. Bien que ma liberté soit limitée, au moins suis-je capable de communiquer ce Noël, non pas comme les 232 journalistes qui sont en prison ce soir.

Non pas comme Gottfrid Svartholm en Suède ce soir.

Non pas comme Jeremy Hammond à New York ce soir.

Non pas comme Nabeel Rajab au Bahreïn ce soir.

Et non pas comme Bradley Manning, qui a eu 25 ans cette semaine, un jeune homme qui a préservé sa dignité après avoir passé plus d’un dixième de sa vie en prison, sans procès, une partie de ce temps dans une cage, nu et sans ses lunettes. Et non pas comme tant d’autres dont les épreuves sont reliées aux miennes.

Je salue ces hommes et ces femmes de courage. Et je salue les journalistes et les publications qui ont couvert ce qui continue d’arriver à ces personnes, et les journalistes qui continuent de publier la vérité face à la persécution, les poursuites judiciaires et les menaces – qui prennent le journalisme au sérieux. Parce que c’est à partir de la révélation de la vérité que tout le reste s’ensuit.

Nos édifices ne peuvent être aussi grands que leurs briques sont fortes. Notre civilisation est seulement aussi forte que ses idées sont vraies. Quand nos édifices sont érigés par les corrompu(e)s, quand leur ciment est coupé avec des salissures, quand l’acier vierge est remplacé par des débris – nos édifices ne sont pas sûrs comme domicile. Et quand nos médias sont corrompus, quand nos intellectuels sont pusillanimes, quand notre histoire est emplie de demi-vérités et de mensonges – notre civilisation ne sera jamais juste. Elle ne s’élèvera jamais jusqu’au ciel.

Nos sociétés sont des bidonvilles intellectuels. Nos croyances concernant le monde et nous-mêmes, entre nous, ont été créées par le même système par qui le mensonge nous a menés dans des guerres à répétition qui ont tué des millions de gens. Vous ne pouvez pas construire un gratte-ciel avec de la pâte à modeler. Et vous ne pouvez pas édifier une civilisation juste à partir d’ignorance et de mensonges.

Nous devons nous éduquer les un(e)s les autres. Nous devons célébrer ceux et celles qui révèlent la vérité et dénoncer ceux qui empoisonnent notre capacité à comprendre le monde dans lequel nous vivons. La qualité de notre discours est la limite de notre civilisation.

Mais cette génération s’est dressée sur ses jambes et révolutionne la manière dont nous percevons le monde. Pour la première fois dans l’histoire les personnes qui sont affectées par l’histoire en sont les créateurs. Et pour ce qui est des autres journalistes et publications – vos oeuvres parlent d’elles-mêmes, comme le font vos crimes de guerre.

Je salue ceux et celles qui reconnaissent la liberté de la presse et le droit du public à l’information – reconnus dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, reconnus dans le Premier Amendement des USA – nous devons admettre que ceux-ci sont en danger et ont besoin de protection, comme jamais auparavant.

WikiLeaks est sous le coup d’une enquête en cours du Ministère de la Justice US, et ce fait a été correctement reconnu par l’Équateur et les gouvernements d’Amérique Latine comme mettant matériellement en danger ma vie comme mon travail. L’asile n’est pas accordé sur un coup de tête, mais selon des faits. L’enquête états-unienne est rapportée par témoignage – sous serment – dans les Cours US, est reconnue par le Ministère de la Justice, et dans le Washington Post il y a tout juste quatre jours par le Procureur de la Virginie, comme un fait. Ses citations à comparaître sont combattues par nos agents dans les Cours US. Le Pentagone a réitéré ses menaces contre moi en septembre et affirmé que l’existence même de WikiLeaks était un crime en plein jour.

Mon oeuvre ne sera pas étouffée. Mais tant que cette enquête immorale se poursuit, et tant que le gouvernement australien ne défendra pas le journalisme et la publication de WikiLeaks, je dois rester ici.

Toutefois, ma porte est ouverte – et la porte a toujours été ouverte – pour quiconque désire me parler. Comme vous, je n’ai pas été accusé de crime. Si jamais vous vous entendez de la propagande suggérant autre chose, faites note de cette corruption du journalisme et allez sur justice4assange.com pour tous les faits réels. Dites au monde la vérité, et dites-le au monde qui vous a menti. Malgré les limitations, malgré le blocus bancaire extra-judiciaire, qui entoure WikiLeaks comme l’embargo sur Cuba, malgré une enquête criminelle sans précédent et une campagne pour nuir à et détruire mon organisation, 2012 a été une année immense.

Nous avons publié presque un million de documents. Des documents concernant la guerre qui se poursuit en Syrie. Nous avons exposé l’état de surveillance des masses dans des centaines de documents issus d’entreprises privées de renseignement. Nous avons publié des informations au sujet du traitement des détenus à Guantanamo Bay et ailleurs – le symbole de la corruption de la règle du droit en Occident, et au-delà.

Nous avons gagné contre le blocus bancaire illégal dans les tribunaux et au Parlement Européen. Après un combat de deux ans, les dons à WikiLeaks sont passés d’un statut de blocage et de non-déductibilité fiscale à la déductibilité dans le calcul des impôts à travers toute l’Union Européenne et les USA. Et la semaine dernière l’information révélée par WikiLeaks était cruciale – et citée au cours du jugement – dans la détermination de ce qui est vraiment arrivé à El-Masri, un Européen innocent kidnappé et torturé par la CIA.

L’année prochaine sera également riche en événements. WikiLeaks a déjà plus d’un million de documents en préparation pour être publiés, des documents qui concernent tous les pays du monde. Tous les pays du monde. Et en Australie un Sénateur non-élu sera remplacé par un Sénateur qui lui, l’est.

En 2013, nous continuons à nous dresser face aux brutes. Le gouvernement équatorien et les gouvernements de l’Amérique Latine ont démontré combien la coopération au travers de valeurs partagées peut enhardir les gouvernements pour résister à la contrainte et soutenir l’auto-détermination. Leurs gouvernements ne menacent personne, n’attaquent personne, n’envoient des drones sur personne. Mais ensemble ils sont forts et indépendants. Les appels las des manipulateurs de pouvoir à Washington en faveur de sanctions économiques contre l’Équateur, simplement à cause de la défense de mes droits, sont mal inspirés et immoraux. Le Président Correa a justement dit, « les principes de l’Équateur ne sont pas à vendre. » Nous devons nous unir ensemble pour soutenir le courageux peuple équatorien, pour les défendre contre une intervention à l’encontre de leur économie et une interférence dans leurs élections l’année prochaine.

La puissance de personnes parlant haut et fort et résistant ensemble terrifie le pouvoir corrompu et anti-démocratique. Tant et si bien que des gens ordinaires ici en Occident sont devenus les ennemis des gouvernements, des ennemis à surveiller, des ennemis à être contrôlés et appauvris.

La vraie démocratie n’est pas la Maison Blanche. La vraie démocratie n’est pas Canberra. La vraie démocratie est la résistance des peuples, armés de la vérité, de la place Tahrir jusqu’ici à Londres. Chaque jour, des personnes ordinaires nous enseignent que la démocratie c’est la liberté de parole et la dissidence. Car dès que nous, le peuple, cessons de dire ce qu’il y a à dire et cessons de nous révolter, dès que nous sommes distraits ou pacifiés, dès que nous nous détournons les un(e)s des autres, nous cessons d’être libres. Car la vraie démocratie est la somme – LA SOMME – de notre résistance.

Si vous ne vous exprimez pas – si vous abandonnez ce qui est uniquement à vous en tant qu’être humain: si vous abandonnez votre conscience, votre indépendance, votre sens de ce qui est bien et de ce qui est mal, en d’autres mots – peut-être sans le savoir, vous devenez passif(ve)s et sous contrôle, incapables de vous défendre et de défendre ceux et celles que vous aimez.

Les gens me demandent souvent, « Que puis-je faire? »

La réponse n’est pas si compliquée.

Apprenez comment fonctionne le monde Remettez en question les déclarations et les intentions de ceux et celles qui cherchent à nous contrôler derrière une façade de démocratie et de monarchie. Unissez-vous en un but commun et un principe commun pour imaginer, construire, documenter, financer et défendre.

Apprenez. Défiez. Agissez.

Maintenant.

Source: http://wikileaks.org/Statement-by-Julian-Assange-after.html

Discours de Julian Assange sur Russia Today


Traduit depuis le web par willsummer

Quatre choses que les médias ne vous disent pas sur Assange

Manifestation en soutien à Julian Assange devant l’Hôtel de Ville de Sydney, le 10 décembre 2010 (photo: Wikipedia)

par Nicholas Mead, journaliste, le 19 août 2012

L’intérêt des médias pour l’affaire Julian Assange a encore atteint des hauteurs de fébrilité la semaine dernière avec la décision du gouvernement équatorien d’accorder l’asile politique à Julian Assange. Cependant, comme d’habitude, une bonne partie de la couverture médiatique continue d’ignorer les faites importants et le contexte, tournant l’histoire d’une manière qui seille à leurs agendas politiques et économiques ou simplement attaquer Assange ou quiconque est en désaccord avec eux. Il est important de souligner certains faits importants qui sont sempiternellement ignorés des médias concernant la situation actuelle du fondateur de WikiLeaks.

1. Assange a déjà une fois été questionné en Suède.

L’accusation est tout à fait dans ses droits de demander à ré-interroger Assange mais presque aucun diffuseur médiatique ne met la situation en contexte en mentionnant le fait qu’il a déjà été interrogé une fois en Suède et relâché sans suites. Peu de temps après, la transcription de l’entretien fuita mystérieusement vers la presse suédoise. Et aucun média ne souligne qu’Assange a attendu pendant 5 semaines avant d’obtenir la permission de quitter le pays et de continuer son travail sur les publications des War Logs et du CableGate avec le journal The Guardian au Royaume-Uni. Quelques journaux, surtout en Suède, ont plutôt dit qu’il avait « fui » le pays impliquant qu’il est en quelque sorte « en cavale » devant les accusations.

2. Assange a exprimé sa volonté de retourner en Suède mais les enquêteurs peuvent aussi l’interroger au Royaume-Uni.

Assange a déclaré son plein gré de retourner en Suède si une garantie légale est faite qu’il ne sera pas extradé vers les USA pour son travail avec WikiLeaks. Toutefois, il n’y a aucune obligation pour lui de se trouver ne Suède pour un interrogatoire. C’est usuel dans la pratique suédoise quand il n’y a pas d’accusation formelle et qu’une personne est voulue pour simple interrogatoire, et il peut être effectué dans n’importe quel pays du monde y compris par téléphone ou visio-conférence. Les procureurs suédois voyagent souvent vers d’autres pays comme ils l’ont fait récemment pour interroger un homme soupçonné de meurtre en Serbie. Par contre, dans le cas d’Assange, la procureure suédoise Marianne Ny insiste qu’Assange doit physiquement être en Suède pour être interrogé. Aucune raison n’a été fournie pour cette inflexibilité mais le journal suédois Dagens Nyheter le justifie en disant qu’il s’agit d’une question relative au prestige de la Suède.

3. Il y a une accumulation de preuves que les USA compilent un dossier de plainte criminelle contre Assange.

Il y en a suffisamment pour suggérer que les craintes de l’équipe de défense juridique d’Assange sont justifiées. Des câbles diplomatiques australiens diffusés au Sydney Morning Herald selon la loi [australienne] sur la liberté de l’information révèlent que le gouvernement australien a confirmé que WikiLeaks a été la cible d’une enquête du Département de la Justice US en Australie « sans précédent à la fois dans son étendue et sa nature ». Le gouvernement australien suggère également que les rapports des médias selon lesquels un grand jury secret a été convoqué à Alexandria en Virginie, étaient « sûrement vrais ». De plus, les publications par WikiLeaks des Stratfor Intelligence Files ont révélé que le vice-président de Stratfor Fred Burton a déclaré que: « Nous avons un acte d’accusation scellé contre Assange ». En sus de cela, prenant en compte le traitement atroce auquel a été soumis Bradley Manning actuellement dans une prison militaire aux USA pour avoir peut-être transmis à Assange des documents confidentiels, vous n’avez pas besoin de vous coiffer d’une passoire et de papier alu pour croie que les USA feront n’importe quoi pour mettre la main sur Assange et faire de lui un « exemple ».

4. C’est en réalité plus facile pour les USA de faire extrader Assange depuis la Suède que depuis le Royaume-Uni.

Beaucoup de gens rejettent les craintes d’extradition d’Assange du fait que s’ils le voulaient, il leur serait plus facile de l’avoir depuis le Royaume-Uni de toute façon. Mais en fait, il est considérablement plus difficile de l’extrader depuis le Royaume-Uni pour diverses raisons. Une est que le Royaume-Uni n’a pas l’accord d’extradition « d’abandon temporaire » (par lequel un suspect dans deux pays différents se trouvant dans l’un d’entre eux peut être ‘temporairement’ extradé vers l’autre, ndt) qui existe entre la Suède et les USA qui puisse outrepasser les accords internationaux d’extradition et effectivement donner aux USA des pouvoirs « immédiats » d’extradition. Un autre problème est  que si les USA devaient émettre une demande d’extradition pour Assange depuuis le Royaume-Uni vers les USA, cela mettrait le Royaume-Uni dans une position très difficile parce que normalement, la première demande d’extradition reçue de la Suède devrait être honorée en premier. Par ailleurs, la plus grande diversité médiatique et le plus grand soutien du public au Royaume-Uni sont des facteurs qui rendraient plus difficile encore pour les USA d’extrader Assange depuis la Grande-Bretagne. Et pour tous ceux qui pensent que le système judiciaire suédois est d’une quelconque manière le meilleur du monde, les archives de Human Rights Watch sur la Suède offrent de la lecture intéressante.

24-08-12: Il est depuis venu à mon attention que l’accord « d’abandon temporaire » existe aussi entre les USA et le Royaume-Uni ce qui est certainement quelque chose que beaucoup de supporters d’Assange ne semblent pas savoir. Cependant, le même problème s’appliquerait – puisque la Suède a déjà émis une demande d’extradition, cela mettrait assurément le gouvernement britannique dans une situation très compliquée. Il y a une discussion intéressante là-dessus ici.

Il y a plein d’autres exemples de faits et de mises en contexte régulièrement ignorés dans la couverture médiatique qui sont importants pour la compréhension de l’affaire Assange. Voici certains des plus importants mais alors que la guerre de propagande continue dans cette bataille juridique de plus en plus dramatique, ils ne seront certainement pas les derniers.

Postscriptum: Si vous voulez un éclairage réellement révélateur et dérangeant sur la façon dont les accusations de crimes sexuels contre Assange en Suède se sont déroulées, lisez le fil de commentaires du post original sur Assange publié [par l’auteur] il y a maintenant presque exactement deux ans.

Source: http://nicholasmead.com/2012/08/19/4-things-the-media-wont-tell-you-about-assange/

Traduit depuis le web par willsummer

Rappel des faits: Quand les préservatifs d’Assange deviennent un enjeu d’information – Viol, ou sexe par surprise?

Article initialement publié le 08/12/2010 – Gilles Klein, 12/08/2012

Son préservatif a-t-il craqué ? A-t-il refusé d’en remettre un ? Quelles sont les motivations de ses partenaires féminines ? La presse britannique, et quelques sites et blogs français, commencent à détailler les charges suédoises qui pèsent contre Julien Assange. Ces accusations à caractère sexuel ont été présentées le 7 décembre devant un tribunal londonien par les autorités suédoises, ce qui a conduit le juge Howard Riddle à placer le porte-parole de Wikileaks en détention à Londres jusqu’au 14 décembre, en attendant un jugement sur son éventuelle extradition.

Compte-tenu des enjeux géopolitiques de l’affaire, chaque détail de ces faits intimes va certainement devenir, dans les prochains jours, un âpre enjeu d’information.

Le Daily Mail du mardi 7 décembre raconte longuement de manière un peu confuse le parcours d’Assange en Suède (le journal avait déja résumé le 29 août dernier l’histoire d’Assange avec ces deux femmes).

Assange (39 ans) est arrivé le 11 août à Stockholm pour une conférence. Son point de contact était Miss A. qui ne l’avait jamais rencontré auparavant. Elle lui avait proposé de l’héberger dans son petit appartement de Stockholm. Là, ils auraient eu une relation sexuelle librement consentie, au cours de laquelle un préservatif se serait rompu.

Miss A. (de son vrai nom, Anna Ardin) a été une militante connue pour sa lutte pour l’égalité entre les sexes dans son université, certains la présentent comme une féministe convaincue (etLa Tribune de Genève rappelle que Miss A avait publié sur son blog un texte intitulé les 7 étapes de la vengeance légale après une rupture, en janvier 2010). Ardin a une trentaine d’années. Malgré l’incident de la nuit (préservatif rompu), Assange et Ardin restent en bons termes.

Au cours de son intervention publique, Assange remarque une autre personne, une jeune fille d’une vingtaine d’années, Miss W. au premier rang. Il déjeune avec elle, avant de l’accompagner au cinéma, où elle lui fait (librement) une fellation. Le soir, Assange participe à une réception chez Ardin (qui le loge toujours). Lundi 16 août, nouvelle rencontre à Stockholm avec la jeune Miss W. qui habite en dehors de la ville. Assange prend le train (aux frais de la jeune fille, car il dit ne pas avoir d’argent liquide et ne veut pas laisser de trace avec sa carte de crédit) et dort avec elle. Leur relation de la nuit se déroule avec préservatif (sans incident, apparemment). Mais le lendemain matin, il aurait eu une relation sexuelle avec elle sans préservatif alors qu’elle dormait Le mardi, Assange rentre à Stockholm. Miss W. (qui aurait payé son billet de retour) lui aurait demandé si elle pouvait le rappeler, il aurait répondu oui, mais n’aurait finalement jamais retourné ses appels. Miss W
Assange à la tribune, Miss W. (blonde queue de cheval) au premier plan visage flouté

Les deux femmes, qui se sont rencontrées lors de la réunion publique du samedi, se téléphonent et parlent de leur aventure respective avec Assange. Ardin aurait alors demandé à Assange de quitter son appartement pour dormir ailleurs. Il aurait refusé. Les deux femmes lui auraient demandé, en outre, de faire un test de détection de maladies sexuelles, mais il aurait également refusé. Le vendredi 20 août, les deux femmes se rendent au commissariat pour évoquer des rapports sexuels non protégés subis lors de leurs nuits avec Assange. C’est cette visite au commissariat qui déclenche l’enquête de la police suédoise, ainsi que le souligne le blogueur hébergé sur le site du Monde, Jean-Marc Manach. La déposition de Miss W devant la police suédoise est notamment diffusée en France sur Rue89.

Daily Mail

Daily Mail mardi 7 décembre 2010

Le Guardian raconte lui aussi les aventures de Miss A et Miss Wet ajoute que Ardin aurait travaillé pour l’ambassade de Suède aux États-Unis, qu’elle aurait fait une thèse sur « Cuba après Castro » financée par des anti-castristes, tous détails qui ne sont évidemment pas indifférents dans l’affaire.The Guardian mercredi 8 décembre 2010 Guardian

Guardian

The Guardian mercredi 8 décembre 2010

The Independent « Assange pourrait être jugé aux USA pour espionnage » titre The Independent, si la Grande Bretagne extradait Assange vers la Suède, et si la Suède recevait ensuite une demande d’extradition des USA.
« Le juge enferme Assange de crainte qu’il ne prenne la fuite. » titre la page 2. »Cette affaire ne doit pas faire oublier ce que Wikileaks nous a appris » titre la page 3 en faisant allusion aux échanges aux détails sur des bavures commises lors des guerres en Irak et en Afghanistan, avant de parler du cas Assange.

« La CIA est connue pour ses campagnes de rumeurs contre les personnes qui osent se mettre en travers de la machine d’Etat des Etats-Unis. Il est possible que les accusations contre Assange en soient un exemple supplémentaire. Mais il y a aussi une longue histoire d’hommes, par ailleurs admirables, qui sont des violeurs et il se peut aussi qu’il s’agisse d’un exemple supplémentaire. Tout ceci doit être vérifié devant un tribunal – et le procès devrait être surveillé de très près pour s’assurer qu’il ne s’agit pas de manipulations ou de menaces. » analyse The Independent en page 3

The Independent

The Independent mercredi 8 décembre 2010

« Mardi, devant la cour anglaise, la représentante des autorités suédoises a détaillé les quatre chefs d’accusation qui ont semblé assez sérieux outre-Manche pour refuser la libération sous caution de Julian Assange » explique Rue89
« • la contrainte sexuelle («tvang» en suédois): Assange est accusé par une première femme -«Miss A» – d’avoir usé du poids de son corps pour la maintenir couchée d’une certaine manière sexuelle, le 14 août; »
« • l’agression sexuelle : Assange aurait fait l’amour avec Miss A sans préservatif alors qu’elle avait exprimé le souhait d’en utiliser un. Selon Me Pernilla Dahlrot, avocate suédoise du barreau de Paris, cet acte peut être qualifié de viol en Suède; »
« • l’agression, encore, pour le «viol de son intégrité sexuelle» le 18 août, soit quatre jours plus tard; »
« • relations sexuelles avec Miss W, le 17 août dans sa maison de Stockholm, sans préservatif alors qu’elle était endormie. D’après l’acte d’accusation, la qualification retenue serait le viol. »
Rue89,

Rue89 cite aussi Christian Diesen, professeur de droit à l’université de Stockholm, interrogé par Libération : « «Aujourd’hui, les femmes en Suède considèrent qu’elles ont le droit de dire “non” à n’importe quel moment d’un rapport et qu’une relation forcée, même sans menace ou violence, est un viol qui doit faire l’objet de poursuites.»

En l’état actuel du dossier, sont donc reprochés à Assange d’avoir imposé des relations sexuelles non protégées (mais le point de savoir si la partenaire a effectivement demandé à Assange de remettre un préservatif sera certainement disputé) et une relation avec une femme endormie. Même si le code pénal suédois, sous réserve de vérifications, qualifie ces faits de viols, cette qualification peut-elle être utilisée par des médias appartenant à des pays dans lesquels le terme a une acception bien différente ?

Source: http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3591

Qu’Assange soit violeur ou non se voit comme le nez au milieu de la figure

Des sourires pour tout le monde: la Femme A, à gauche, Julian Assange au centre, son hôte Rick Falkvinge, Anna Troberg et Sara Sangberg

par Abul Taher, le 25 août 2012

Cette photo semble banale: un groupe d’amis arborant de larges sourires. Mais c’est avec ce cliché que Julian Assange espère laver son nom et sa réputation.

Le visage de la femme sur la gauche a été obscurci pour des raisons juridiques.

Car bien qu’elle sourie de toutes ses dents, elle dirait plus tard à la police que 48 heures avant que cette photo soit prise, le fondateur de WikiLeaks l’a clouée au lit dans son appartement et sexuellement abusé d’elle.

Si l’affaire atteint jamais les tribunaux – M. Assange est à l’heure actuelle cloîtré à l’intérieur de l’ambassade équatorienne de Londres – ses avocats plaident que le cliché photographique sape toute l’histoire de la femme de 33 ans. Et, ajoutent-ils, ce n’est pas fini.

Dans les deux jours qui ont suivi la prétendue agression sexuelle en Suède, M. Assange et la Femme A (c’est ainsi que les premiers rapports de police suédois l’ont définie), telle qu’elle est connue, assistèrent à une conférence et deux dîners mondains où il est rapporté qu’ils étaient quasiment inséparables.

Pendant l’une de ces soirées, la Femme A tweeta qu’elle était « avec les personnes les plus cool et les plus intelligentes du monde! ».

La photographie fut prise le 15 août 2010, au restaurant Glenfiddich de Stockholm, pendant un repas de boulettes de viande arrosées de schnapps à l’invitation de Rickard Falkvinge, fondateur du Parti Pirate suédois (PP), qui fait campagne pour une plus grande transparence gouvernementale.

Bien que selon tous ce fut une réunion joyeuse, il s’y tint des discussions sérieuses qui à certains moments devenaiznt « passionnées et intenses ».

Le discours depuis le balcon de l’ambassade équatorienne est la première apparition publique de M. Assange depuis qu’il y est entré

M. Falkvinge affirma que le but du dîner, qui dura trois heures, était de signer un contrat entre le PP et WikiLeaks afin que l’organisation de M. Assange puisse se servir des serveurs informatiques du parti.

Présente également était la vice-présidente du PP, Anna Troberg, et le directeur des services informatiques du PP Richard Olson, qui vint avec sa fiancée d’alors, Sara Sangberg.

Depuis que les accusations d’agression ont été portées, M. Falkvinge et Mme. Troberg ont fourni à la police des déclarations détaillées en soutien à M. Assange. M. Falkvinge dit que leur témoignage comprenait des observations sur le langage corporel entre M. Assange et la Femme A, qui arriva avec une autre femme, Pietra, qui ne resta que pour le hors d’oeuvre.

M. Falkvinge s’assit à côté de M. Assange, avec la Femme A assise diagonalement en face d’eux.

« La plupart du temps, Julian me parlait », dit M. Falkvinge. « Ceci était une réunion de chefs d’organisation et tout le monde avait un interlocuteur à qui parler. C’était un dîner à caractère professionnel. »
Pour M. Falkvinge, l’une des choses les plus surprenantes du dîner, au vu de ce qu’il apprendrait plus tard, fut que la Femme A se porta volontaire pour devenir l’attachée de presse de M. Assange durant le repas. M. Falkvinge refusa d’entrer dans davantage de détails sur la nature du comportement de la Femme A avec M. Assange, car il devra donner son témoignage au procès si celui-ci est tenu un jour.

Mais il fut explicite qu’il ne pensait pas que la Femme A se comportât comme une victime ou quelqu’un qui aurait vécu une expérience sexuelle traumatisante seulement deux jours plus tôt.

Il dit: « Vous pouvez observer les faits objectifs et arriver à des conclusions qui ont beaucoup de portée: le fait que nous soyons à un dîner et que c’était avec des personnes très passionnées avec de la bonne nourriture et de la bonne boisson; le fait qu’Anna Troberg et moi ayons laissé des dépositions comme témoins-clés de la défense dans le procès à venir – ceci vous en dit beaucoup.

Si l’affaire de M. Assange devait aller en procès après son extradition en Suède, ses avocats se serviront de la photo en sa défense

Vous pouvez dire que ce que nous avons vu est plus en accord avec la défense qu’avec l’accusation. »

Du fait de la plainte de la Femme A envers la police, ainsi que d’une autre victime présumée, M. Assange a combattu l’extradition vers la Suède depuis la Grande-Bretagne pendant les deux dernières années.

Il insiste sur le fait qu’il est victime d’une machination, et craint que d’aller en Suède soit une ruse pour le faire rapidement extrader vers les USA, où il pourrait être jugé pour la publication de centaines de milliers de documents militaires US confidentiels sur le site Internet de WikiLeaks.

Son combat de deux ans pour éviter l’extradition prit une tournure étrange quand M. Assange pénétra dans l’ambassade équatorienne en juin, y demandant l’asile politique.

Il lui fut accordé l’asile politique par le président équatorien Rafael Correa la semaine dernière, provoquant une dispute diplomatique entre l’Équateur et le Royaume-Uni.

Le journal « The Mail on Sunday » a également découvert que quelques heures seulement après la prétendue agression, la Femme A accompagna M. Assange à une conférence du Parti Socio-Démocrate.

Selon les rapports de police, ce fut là que M. Assange rencontra la Femme B, âgée de 29 ans, qui l’accuserait plus tard de viol.

L’avocat des deux femmes, Claes Borgström, affirma hier: « Nous ne discuterons du dîner au restaurant et de la photo qu’au procès. »

Source: http://www.dailymail.co.uk/news/article-2193641/Julian-Assange-rape-claim-Is-photo-clear-him.html

Traduit depuis le web par willsummer

Noam Chomsky: Assange est un vrai démocrate

Paru sur NewMatilda.com, le 17 août 2012 – par Tamara Fenjan

*(Correction de l’article original: Bradley Manning Support Network a informé chomsky.info que Manning a passé 2 ans et demi en prison à cette date en août, et non un an et demi comme mentionné ici).

La semaine dernière NM a parlé avec le géant intellectuel US Noam Chomsky au sujet de Julian Assange, qui est en ce moment au coeur d’un cauchemar diplomatique à Londres. Tamara Fenjan rapporte.

Julian Assange a obtenu l’asile politique du gouvernement équatorien, suscitant une querelle diplomatique entre la nation latino-américaine et le Royaume-Uni, qui persiste à vouloir l’extrader en Suède pour y répondre d’accusations d’agression sexuelle. Alors que des voix se sont élevées en Suède et au Royaume-Uni, les USA ont jusqu’à présent décliné de « s’interposer » dans la situation.

Toutefois, il y a un citoyen US qui a clamé haut et fort son soutien pour Assange – le professeur de linguistique et intellectuel de gauche Noam Chomsky.

Chomsky a dit à New Matilda la semaine dernière qu’il croit qu’Assange a raison de redouter l’extradition vers la Suède, pays où si les USA demandent à ce qu’il soit extradé chez eux, « il sera sur le prochain vol ».

« Si les enquêteurs suédois veulent l’interroger, ils peuvent le faire à Londres, » répond Chomsky à NM. « Chacun qui réfléchit clairement sait que ceci est l’étape première pour aller aux USA. » Il fait un parallèle avec Bradley Manning, le soldat US accusé d’avoir transmis des milliers de documents classés « confidentiels » à WikiLeaks, et il affirme que ce qui est arrivé à Manning est une claire indication de la manière dont Assange serait traité s’il était extradé vers les Etats-Unis.

Manning a été détenu en prison militaire pendant presque un an et demi sans procès(*) – la majeure partie de ce temps à l’isolement.

« Il n’y a pas de doute que le but de tout cela est de faire dire [à Manning] quelque chose au sujet d’Assange, qui sera traité pareillement s’il lui arrive jamais de venir aux USA. … Donc, un pays convenable à cet instant – s’il y en a un – lui accorderait l’asile politique, » dit Chomsky.

Chomsky poursuit en disant du système judiciaire suédois « que l’on ne peut compter dessus, ce qui n’est pas surprenant. » La Suède avait coopéré avec les Nazis pendant la 2ème Guerre mondiale et travaille maintenant avec les USA, précise-t-il. « La Suède coopère avec quiconque est au pouvoir – imaginez que la Syrie demande à la Suède d’extrader quelqu’un vers la Syrie qu’ils accusent de travailler avec les rebelles – la Suède le ferait-elle? Non! »

Par mérite [Assange] devrait recevoir une médaille d’honneur. Il exerce ses responsabilités de citoyen dans une société démocratique et les gens devraient savoir ce que font leurs représentants ».

La question désormais est de voir si les policiers britanniques feront un raid sur l’ambassade équatorienne, sise dans le quartier de Knightsbridge, à Londres. WikiLeaks rapporte via Twitter que ce matin, il y a toujours plus de 35 policiers encerclant l’ambassade équatorienne », et a fait une déclaration condamnant « avec les termes les plus fermes le recours du Royaume-Uni à l’intimidation ».

« Une menace de cette nature est un acte extrême et hostile, qui n’est pas proportionné aux circonstances, et un assaut sans précédent sur les droits des demandeurs d’asile à travers le monde, » a dit l’organisation.

Les craintes d’Assange semblent être corroborées par la confirmation en privé à Craig Murray, un ancien ambassadeur britannique respecté et activiste des Droits de l’homme:

« Je suis revenu au Royaume-Uni aujourd’hui pour être stupéfait par la confirmation privée de l’intérieur du [Foreign and Commonwealth Office, Ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth, ndt] que le gouvernement a, en effet, décidé – après d’immenses pressions de l’administration Obama – de pénétrer à l’intérieur de l’ambassade équatorienne et d’y saisir Julian Assange.

« Ceci sera, sans contestation, une infraction flagrante de la Convention de Vienne de 1961, de laquelle le Royaume-Uni est l’un des signataires originels, et qui met en texte et en loi les siècles – et même les millénaires – de pratiques qui ont permis aux relations diplomatiques de fonctionner. La Convention de Vienne est le traité international unique ayant le plus d’adhérents au monde. »

Le Sénateur des Verts australien Scott Ludlam parla cette semaine en soutien à Julian Assange. Le ministre des Affaires étrangères Bob Carr a dit que le gouvernement fédéral australien ne « ferait aucune représentation dans un sens ou dans un autre », au sujet de la demande d’asile de Julian Assange.

Source: http://chomsky.info/onchomsky/20120817.htm

http://newmatilda.com/2012/08/17/assange-interview-chomsky

Traduit depuis le web par willsummer

Le discours de Julian Assange à l’ambassade d’Equateur, à Londres, le 19 août 2012

« Je suis ici aujourd’hui, parce que je ne peux pas être plus proche de vous.

Mais merci d’être là.

Merci pour votre volonté, et votre générosité d’esprit.

Mercredi soir, après qu’une attaque ait été décidée contre cette ambassade, et que la police ait convergé vers le bâtiment, vous êtes sortis au milieu de la nuit pour la surveiller, et vous avez apporté les yeux du monde avec vous.

A l’intérieur de l’ambassade, à la nuit tombée, je pouvais entendre des équipes de police se faufilant dans l’immeuble par l’issue de secours interne pour incendies.

Mais je savais qu’il y aurait des témoins.

Et c’est grâce à vous.

Si le Royaume-Uni n’a pas enfreint la Convention de Vienne cette nuit-là, c’est parce que le monde entier regardait.

Et si le monde entier regardait, c’est parce que vous regardiez.

La prochaine fois que quelqu’un vous dit qu’il est inutile de défendre ces droits que nous considérons chers, rappelez-leur votre veille dans la nuit devant l’ambassade de l’Équateur,

Et rappelez-leur comment, le matin venu, le soleil s’est levé sur un monde différent, et qu’une nation latino-américaine courageuse s’est dressée en faveur de la justice.

Et donc, à ce peuple courageux,

Je remercie le président Correa pour le courage qu’il a montré en considérant et en acceptant mon asile politique.

Et je remercie aussi le gouvernement, et en particulier le Ministre des Affaires Etrangères Ricardo Patino, qui ont défendu la Constitution équatorienne et sa notion des droits universels, dans leur considération de mon asile.

Et au peuple équatorien, pour avoir soutenu et défendu cette Constitution.

Et j’ai aussi énormément de gratitude envers l’équipe de cette ambassade, dont les familles vivent à Londres, et qui m’ont témoigné de l’hospitalité et de la gentillesse malgré les menaces dont ils ont fait l’objet.

Ce vendredi, il y aura une réunion d’urgence des ministres des Affaires Etrangères d’Amérique Latine à Washington DC, pour traiter de cette situation.

Et je suis donc reconnaissant envers les peuples et gouvernements d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, du Chili, de Colombie, du Salvador, du Honduras, du Mexique, du Nicaragua, du Pérou, du Venezuela et de toutes les autres nations latino-américaines qui sont venues défendre le droit d’asile.

Aux peuples des USA, du Royaume-Uni, de Suède et d’Australie, qui m’ont soutenu avec vigueur, même quand leurs gouvernements ne l’ont pas fait. Ainsi qu’aux membres plus sages de gouvernements qui se battent toujours pour la justice. Votre jour viendra.

A l’équipe, aux soutiens et aux sources de WikiLeaks, dont le courage, l’abnégation et la loyauté sont sans égal.

A ma famille et à mes enfants qui ont été privés de leur père. Pardonnez-moi. Nous serons bientôt réunis.

Alors que WikiLeaks est sous la menace, il en est de même pour la liberté d’expression, et pour la santé de nos sociétés.

Nous devons profiter de cet instant pour articuler le choix présenté au gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Retournera-t-il vers et réaffirmera-t-il les valeurs, les valeurs révolutionnaires, sur lesquelles il a été fondé ?

Ou se jettera-t-il dans le précipice, nous entraînant tous vers un monde oppressif et dangereux, dans lequel les journalistes sont réduits au silence par peur de la persécution, et les citoyens contraints de chuchoter dans le noir ?

Je dis qu’il doit faire marche arrière.

Je demande au président Obama de faire ce qui est bon.

Les USA doivent renoncer à leur chasse aux sorcières contre WikiLeaks.

Les États-Unis doivent dissoudre leur enquête du FBI.
Les États-Unis doivent jurer qu’ils ne chercheront pas à poursuivre notre personnel ou nos partisans.
Les États-Unis doivent s’engager publiquement devant le monde qu’ils ne poursuivront pas les journalistes pour avoir mis en lumière les crimes secrets des puissants.

Il ne doit plus y avoir aucune discussion trompeuse en ce qui concerne la discrimination de quelque organisation de médias, que ce soit Wikileaks ou bien le New York Times.
La guerre des administrations américaines contre les lanceurs d’alerte doit se terminer.

Thomas Drake, William Binney, John Kirakou, et les autres héroïques dénonciateurs aux États-Unis doivent – ils DOIVENT – être pardonnés et dédommagés pour les épreuves qu’ils ont endurées en tant que serviteurs du domaine public.

Et l’armée qui retient dans une prison militaire de Fort Leavenworth au Kansas ceux que les Nations Unies connaissent pour avoir enduré des mois de détention et de torture à Quantico en Virginie, et qui n’ont toujours pas – après des années de prison – obtenu de procès, doivent être libérés. Bradley Manning doit être libéré.

Et si Bradley Manning a vraiment fait ce pour quoi il est accusé, c’est un héros, un exemple pour nous tous, et l’un des plus importants prisonniers politiques au monde.
Bradley Manning doit être libéré.

Mercredi, Bradley Manning a passé sa 815ème journée de rétention sans jugement. Le maximum légal est de 120 jours.
Jeudi, mon ami Nabell Rajab, président du Centre des Droits de l’Homme au Bahraïn, a été condamné à 3 ans de prison pour un tweet. Vendredi, un groupe russe a été condamné à 2 ans de prison pour une performance politique.

Il y a unité dans l’oppression.

Il doit y avoir une absolue unité et détermination dans la réponse.

Merci.”

Source: https://twitter.com/RTLondonBureau/status/237180703266205697/photo/1/large

https://twitter.com/RTLondonBureau/status/237180872229543936

Traduit depuis le web par willsummer, corrigé par cmal, malyss et kimono

Pierre, Indigné – Julian Assange : Un Homme de Transparence

Publié le Août 14, 2012

Quand on milite face à un système tel que le capitalisme, on se bat pour la transparence et je me bats contre l’opacité des gouvernements.

En effet, quand le peuple n’est pas au courant de certains dossiers, c’est le peuple qui est insulté car il est considéré comme nuisible aux affaires entre l’oligarchie des États. Ces États qui ne nous représentent pas par le pouvoir prônent la trahison contre le peuple qui, lui, forme l’État.

Si nous voulons que l’oligarchie ne trahisse pas son peuple par quelque moyen que ce soit, il faut alors être transparent sur sa politique et sur ses idéologies. La transparence, c’est pas de l’utopie, comme pourraient le dire certains gouvernements, ou certains politicards. C’est une idée révolutionnaire pour lutter contre la corruption en tout genre, le marché illégal des armes, les organisation terroristes d’État, etc…

Aussi, quand WikiLeaks met en ligne des milliers d’informations issues des services secrets provenant de différents pays en ligne, on se rend compte que ces services secrets ne sont en effet qu’une organisation qui œuvre contre le peuple.

Être Transparent c’est prôner la démocratie, la véritable démocratie, pas la démocratie représentative et parlementaire, ou encore la démocratie oligarchique.

Ainsi, je suis obligé d’être amené à soutenir le site WikiLeaks, et donc Julian Assange par rapport à la traque qu’il subit. Je pense que les gouvernements du monde entier qui s’en prennent à Julian Assange sont en contradiction avec leur propre conviction, puisqu’en censurant l’information ils montrent par : a + b que nous sommes évidemment dans une dictature tenue par un bras de fer qui s’appelle le marché financier.

Mais aussi je regarde que son dossier pour l’évincer et le mettre dans un couloir le restant de sa vie, est porté sur des crimes de droit commun, alors le véritable crime n’est pas celui de Julian mais celui des dirigeants.

Mon soutien n’est peut-être qu’un article dans un simple blog, mais c’est davantage dans la pensée et dans mon cœur que je le soutiens. Chaque petit soutien au final créera un énorme soutien, ce qui permet à l’avenir de mettre un terme à la traque ce grand Homme.

Concernant son extradition en Équateur et qu’il obtienne la nationalité équatorienne en tant que réfugié politique, je suis pour.

Si un jour Julian venait à tomber, c’est la transparence qui tomberait et la dictature qui se mettrait en avant.

Soutenons Julian ensemble.

Pierre.

Source: http://blackmetalnow.wordpress.com/2012/08/14/julian-assange-un-homme-de-transparence/

Une solution pour Correa, Assange et la justice pour tous

la grosse lèvre d’Obama est le résultat du coup de Julian Assange, pas de Michelle Obama, comme a été rapporté

par Paul Sedowski, 13 août 2012

Le président Correa a été mis dans une position délicate par la demande de Julian Assange de lui accorder l’asile politique en Équateur.

D’une part, la requête est entièrement raisonnable, étant donnée la réalité de la situation et, clairement, Assange a plus que gagné le soutien total de toute personne de conscience de par le monde. Il n’y a aucun doute dans mon esprit que le président Correa, en privé, ferait n’importe quoi pour aider Assange. Je ne doute pas que beaucoup de responsables gouvernementaux dans la plupart des pays voudraient – secrètement – faire la même chose, si seulement ils en avaient le courage.

Mais d’autre part, avec l’attitude sans compromis et continuellement anti-constitutionnelle du régime Obama, Correa doit se rendre compte que, dût-il accorder sa requête à cet unique homme, héroïque et injustement calomnié, sa nation toute entière serait exposée à d’immédiates difficultés, car Obama prendrait sûrement des mesures de représailles rapides et injustes.

Pour un pays aussi marginalisé (par le gouvernement US) que l’Équateur, il est fichu s’il le fait et il est fichu s’il ne le fait pas.

Alors que feriez-vous si vous étiez Correa? Je pense que la solution est en réalité assez simple.

1) Construisez une coalition de chefs d’Etats amis et de responsables gouvernementaux. Pas seulement en Amérique Latine, mais tout autour du monde. Faites qu’ils expriment de la solidarité – rien de plus – avec la position tirée de principes, humaniste et légitime, que la requête d’Assange représente. Je suis confiant du fait que les simples soutiens de la « justice », de « l’équité », et de la « liberté de l’information » seraient embrassés par la plupart des dirigeants libres d’esprit autour du monde, qu’ils osent l’admettre publiquement ou non. Et la totalité de ce soutien ne viendrait pas que de pays « renégats » ou du « tiers-monde », non plus.

2) Faites immédiatement une adresse aux Nations Unies lors d’une session d’urgence. Citez la justesse du cas d’Assange, l’injustice de sa persécution (arrestation sans accusation en Suède, soutenue par la Grande-Bretagne), la sournoiserie de l’attitude anti-constitutionnelle d’Obama (suppression de la liberté de parole et de l’intégrité journalistique) et citez le soutien envers la position de principe de l’Équateur de tous ces autres chefs d’Etats et de gouvernements à travers le monde. Annoncez ensuite que l’Équateur va accueillir Assange, dans la mesure où il est possible d’organiser qu’il soit amené sans danger à l’intérieur de ses frontières. Terminez l’appel aux Nations Unies en condamnant l’immoralité du principe sur lequel les USA, le Royaume-Uni et la Suède demandent rétribution à Assange et expliquez comment ceci a forcé l’émergence de la crise actuelle; rappelez ensuite au monde les objectifs éclairés de la Constitution des USA ainsi que le soutien pré-électoral d’Obama pour la règle du droit et des valeurs constitutionnelles.

3) Rappelez au monde que les USA appliquent les lois de nations étrangères avec un zèle quasi-aveugle (sous la loi Lacey, l’une des centaines d’exemples ridicules pourrait être l’affaire Schoenwetter où l’accusé fut condamné à 8 ans (!) dans une prison états-unienne – en application de la loi du Honduras – qui dit que le poisson doit être emballé dans du plastique plutôt que dans des boîtes…); et déclarez que l’Équateur désire que ses lois soient appliquées également par les USA – équité envers les citoyens qui n’ont pas encore été accusés, ou arrêtés, les citoyens souhaitant coopérer, mais dont la coopération est refusée par ceux qui veulent l’interroger, les citoyens qui veulent connaître la situation au sujet d’un possible acte d’accusation secret, mais à qui la vérité est déniée – dans ce cas par le gouvernement US.

4) Mettez l’attention internationale la plus forte possible sur le sujet dans tous les médias possibles (la plupart ne coopéreront pas, mais certains si), et mettez la honte sur Obama s’il refuse d’en prendre compte. Et ensuite accordez l’asile, demandant la coopération internationale, en commençant par la Grande-Bretagne à laquelle un appel devrait être fait de ne pas appliquer le mandat d’arrêt illégal. Appel à l’équité, à la justice et à la Constitution US.

Qu’en ressortirait-il?

Cela emmènerait-il Assange sain et sauf en Équateur? Est-ce que cela renforcerait ou affaiblirait la réputation internationale de l’Équateur? Est-ce que cela aiderait ou nuirait à son peuple? Ferait enrager les USA et la Grande-Bretagne? Embarrasserait la Suède? Exposerait le coup monté de l’affaire contre Assange et des personnes qui l’ont commandité? est-ce que cela apporterait la justice? Le monde en serait-il meilleur?

Vu qu’au moins quelques douzaines de pays, grands et petits, suivraient très certainement un geste aussi large, et vu « qu’assez » de diffuseurs de médias publieraient l’histoire (y compris les médias alternatifs sur internet), Obama aurait deux options: soit rester campé sur ses positions et clairement et ostentatoirement – quelques semaines avant sa campagne de ré-élection – renforcer son image, en déclin rapide, d’un homme amoral. Ou alors, il pourrait concéder, magnanime, que l’Équateur a raison et se déclarer vis-à-vis de ses intentions au sujet d’Assange, les amenant à la lumière – et donc donner à Assange une vraie chance devant la loi.

Assange atterrirait-il plus vite en Équateur? Serait un homme libre, peut-être? Peu de chances, à court terme. Mais sa position juridique se trouverait grandement renforcée et ses chances d’une victoire finale grandement augmentées. Et notre bénéfice – les citoyens du monde – serait immense.

L’Équateur pourrait-il bénéficier de ce genre d’action? Aux yeux de tous les êtres d’esprit et de coeur – oui. Mais économiquement et politiquement, il serait affecté par la colère du régime US, avec trop à perdre, si la justice et la liberté doivent avoir gain de cause.

Est-ce que cela humilierait la Suède, le Royaume-Uni ou les USA? Ils sont déjà humiliés. Le problème est qu’ils s’en foutent. mais la vraie question est de savoir – s’ils prendraient le risque de réparer les dommages qu’ils ont causés en s’accrochant à leur position actuelle? Ma réponse, tristement, est non. Ils continueront, quoiqu’il arrive, confiants que si les citoyens payent le prix pour leur trahison scandaleuse, cela ne déroulera pas pendant leur quart.

Le monde en serait-il meilleur? Oui. Quelle qu’en soit l’issue, une position morale prise par un chef d’Etat ne peut avoir que des répercussions positives plus loin le long de la route.

Source: http://www.opednews.com/articles/A-Solution-for-Correa-Ass-by-Paul-Sedkowski-120813-977.html

Traduit depuis le web par willsummer

Julian Assange est déjà condamné par le féminisme d’Etat suédois

Le cas de Julian Assange met en lumière la doctrine dominante du féminisme d’Etat en Suède et de l’appareillage de propagande qui l’accompagne.

C’est un appareillage où travaillent main dans la main des féministes radicales qui haïssent les hommes sans saisir l’héritage du féminisme, des journalistes qui exercent un pouvoir mais n’ont aucune réelle compréhension de la raison d’être du journalisme, et des membres du système judiciaire qui veulent faire carrière sur la doctrine de l’égalité des droits et des chances.

Ce qui se passe en Suède aujourd’hui est indigne d’un pays qui se dit être une démocratie.

Mais ce n’est pas tout! Le cas de Julian Assange a également révélé le vrai visage du patriotisme suédois. Quiconque ose critiquer cet appareillage de propagande prend le risque d’être soit ignoré soit déclaré coupable par association.

Mais je prends ce risque parce que, après tout, je suis une journaliste et une féministe en Suède, et le droit à la liberté d’expression s’applique aussi à moi, même si je suis critique.

Les affaires autour de Julian Assange à Stockholm ont ouvert les vannes des variantes dégradées du féminisme et du journalisme qui existent aujourd’hui en Suède.

Le protocole de l’enquête préliminaire détaillant les rapports de Julian Assange avec deux femmes constitue une lecture choquante pour une pionnière du féminisme suédois des années ’70.

Je suis l’une de celles qui, en tant qu’animatrice pendant plusieurs années de l’émission de radio légendaire pour les femmes « Radio Ellen » à la radio suédoise, me suis battue pour les droits des femmes et pour l’égalité entre les sexes.

Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un combat légitime pour l’égalité des droits et des chances, à la fois pour les hommes et pour les femmes, puisse dégénérer en un féminisme d’Etat dépourvu de bon sens et de raison.

Celles d’entre nous qui défrichèrent le féminisme en Suède dans les années ’70 se sont battues pour notre liberté sexuelle et pour le droit d’être pleinement responsables de nous-mêmes, mais nous nous sommes aussi battues pour être en mesure, comme les hommes, de prendre plaisir au sexe.

La libération sexuelle vint de concert avec l’exigence que nous, en tant que femmes, devions pouvoir subvenir à nos propres besoins et ne pas être économiquement dépendantes des hommes. Ceci est essentiel parce que c’est seulement une fois que, nous femmes, sommes économiquement indépendantes, que nous pourrons dire « non » si nous sentons qu’on se sert sexuellement de nous. Être une féministe n’a rien à voir avec la haine des hommes. Le féminisme, c’est le renforcement de l’estime personnelle des femmes, ce n’est pas faire de nous des victimes ou être catégorisées par l’État comme victimes par défaut.

Mais dans la Suède féministe d’aujourd’hui, ce qui suit peut se produire. Dans les minutes de l’enquête préliminaire de l’affaire Assange en Suède, j’ai lu: Femme A. dit au sujet de sa relation avec Assange: « J’étais fière comme pas deux de mettre l’homme le plus cool du monde au lit et vivant dans mon appartement. » Après avoir plusieurs fois eu des relations sexuelles avec lui, elle va à la police.

Comment la révolution sexuelle suédoise des années ’70 s’est-elle transformée en un appareil de pouvoir oppressif au 21è siècle, où les hommes sont décrits comme des ennemis potentiels et des menaces envers l’Etat? Un Etat où ceux qui critiquent le système en vigueur ne reçoivent pas de voix dans les médias.

Le féminisme de libération fut kidnappé à la fin des années ’80 quand il fut désarmé et renommé « Jämställdhet » (la doctrine d’égalité des droits et des chances) et coopté dans l’appareil du pouvoir. Jämställdhet devint la norme étatique et une idéologie en Suède. Et il devint une niche pour carriéristes, surtout en politique, dans le service public et le système judiciaire.

Beaucoup de pionnières féministes ont disparu dans les Universités suédoises, où elles ont transformé notre lutte en « connaissance scientifique », et sont devenues des féministes d’élite. Elles ont reçu de l’argent de l’État, car les Universités sont publiquement financées en Suède. Plutôt que de parler « des sexes » elles ont commencé à parler de « genres », et la lutte ne se focalisait plus sur la transformation de l’appareil d’Etat: il a mué pour viser le sexe masculin et les hommes comme des créatures sexuelles. L’idéologie totalitaire actuelle des genres a aussi été promue par les médias suédois, qui font ce qui leur est demandé par l’État.

Dans la Suède d’aujourd’hui, les médias se dédient à l’éducation du peuple plutôt que de garder le pouvoir sous contrôle.

Quand il s’agit de Julian Assange, il y a naturellement des motivations sous-jacentes. Il a défié les médias en faisant ce dont rêve tout journaliste: un Scoop mondial!

Ce qu’a fait Julian Assange est d’avoir blessé l’orgueil de beaucoup de journalistes.

Chaque journaliste rêve d’obtenir Le Scoop, mais très peu y parviennent. Le tabloïde suédois « Expressen » a essayé de tourner Julian Assange en scoop avec la une: « Chasse à l’homme après Julian Assange – suspecté de viol en Suède. »

Quelques heures plus tard, l’enquête fut annulée. Elle fut ré-ouverte ultérieurement par une nouvelle procureure, Marianne Ny, qui a clairement des opinions féministes radicales. Elle collabore avec le politicien, avocat, et ancien Ombudsman du Jämställdhet, Claes Borgström.

Et maintenant, ce n’est pas juste les deux femmes qui ont volontairement invité Julian Assange chez elles et ont couché plusieurs fois avec lui, avant de découvrir qu’il est tout simplement un homme normal avec une libido. Désormais, les médias avaient aussi découvert que Julian Assange n’était pas une espèce de saint, mais un homme normal avec une libido.

Mais les médias assoiffés de sang ont initié une chasse à l’homme sans vérifier les faits de l’affaire et sans attendre un procès. À la place, les médias sont devenus juges et jury, car l’approche politiquement correcte en Suède aujourd’hui est que les femmes sont toujours des victimes et sont sans reproches quand il s’agit de sexe.

Le fait que les médias se comportent comme une espèce de tribunal populaire de la justice de foule dans le cas de Julian Assange est très sérieux; les médias fabriquant un climat hostile contre Julian Assange, avant même qu’il n’arrive en procès dans une Cour suédoise, est une violation de ses droits humains. C’est une affaire grave quand les plus grands journaux de Suède ne veulent même pas publier ses propres mots.

Les médias ne devraient pas endosser le rôle des tribunaux en spéculant sur une affaire, avant que la procédure légale ait suivi son cours et que le jugement soit prononcé. Le rôle des médias est d’examiner les faits et de montrer du respect pour la règle du droit en démocratie.

Des gros titres sensationnalistes, du journalisme de tabloïde basé sur la rumeur et des antagonismes personnels ne sont pas du journalisme. C’est simplement un moyen de vendre des journaux et de tricher avec le public. Cette forme de journalisme suédois est indigne d’une démocratie.

Pire que tout est le fait que Julian Assange soit assigné à domicile en Angleterre avec un appareil de traçage électronique à sa cheville depuis plus de 500 jours. Il ne veut pas aller en Suède, car il craint que la Suède ne l’extrade aux USA. Le cas de Julian Assange soulève de sérieuses questions sur les violations des Droits de l’Homme dans le pays démocratique que nous appelons la Suède. Mais les médias n’en feront pas cas. Ils se préoccupent de créer autant d’antagonisme envers Julian Assange qu’ils le peuvent.

Helene Bergman

Journaliste, féministe et ex-animatrice de l’émission de radio légendaire Radio Ellen à la radio suédoise

Source: http://khelenebergman.blogspot.fr/2012/06/julian-assange-is-already-condemned-by.html

Traduit depuis le web par willsummer

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