SYRIE: Un rapport américain révèle que les rebelles du front al-Nosra ont maîtrisé la production du gaz sarin

Par Seymour M. Hersh
Mondialisation.ca, 13 décembre 2013
London Review of Books

SYRIE: Le sarin de qui?

Sarin-SyrieBarack Obama n’a pas tout dit cet automne quand il a essayé de nous convaincre que Bashar al-Assad était responsable des attaques à l’arme chimique près de Damas le 22 août. Dans certaines circonstances, il a omis des informations importantes, et dans d’autres, il a présenté des suppositions comme des faits. Plus important, il n’a pas reconnu un fait bien connu de la communauté des services de renseignements: que l’armée syrienne n’est pas la seule partie dans la guerre civile de ce pays à avoir accès au sarin, ce gaz neurotoxique qui d’après une étude de l’ONU – qui n’assigne aucune responsabilité – a été utilisé dans l’attaque à la roquette. Durant les mois qui ont précédé cette attaque, les services de renseignements américains ont produit une série de rapports classés hautement confidentiels, culminant par un Operation Order – un document de planification en prévision d’une invasion au sol – qui citait des preuves que le Front al-Nosra, un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda, maîtrisait la technique de production du sarin et était capable d’en produire en quantité. Quand les attaques ont eu lieu, al-Nosra aurait dû faire partie des suspects, mais le gouvernement a sélectionné avec soin les renseignements qui pouvaient justifier une frappe contre Assad.

Dans son discours télévisé national sur la Syrie, le 10 Septembre, Obama a fermement rejeté la responsabilité de l’attaque au gaz sarin, sur la banlieue de Ghouta Est tenue par les rebelles, sur le gouvernement d’Assad, et a clairement indiqué qu’il était prêt à mettre à exécution ses mises en garde publiques antérieures selon lesquelles l’utilisation d’armes chimiques était une « ligne rouge » à ne pas franchir : « le gouvernement d’Assad a gazé à mort plus de mille personnes, a-t-il dit. « Nous savons que le régime d’Assad est responsable … Et c’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai décidé qu’il est dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis de riposter à l’utilisation par le régime Assad d’armes chimiques par une frappe militaire ciblée. » Obama allait entrer en guerre pour appuyer une menace publique, mais il le faisait sans savoir avec certitude qui avait fait quoi au petit matin du 21 Août.

Il a cité une liste de ce qui semblait être des preuves durement arrachées de la culpabilité de M. Assad : « Dans les jours qui ont précédé le 21 Août, nous savons que le personnel d’armes chimiques d’Assad s’étaient préparé pour une attaque près d’une zone où se fabriquait le gaz sarin. Ils ont distribué des masques à gaz pour leurs troupes. Puis ils ont tiré des roquettes à partir d’une zone contrôlée par le régime sur 11 quartiers que le régime avait tenté de nettoyer de toute force d’opposition  ». La certitude d’Obama fut relayée à l’époque par Denis McDonough, son chef de cabinet, qui a déclaré au New York Times : « Aucun de mes interlocuteurs n’a de doute sur cette information » qui établit un lien direct entre Assad et son régime et les attaques au sarin.

Mais au cours de récentes interviews avec des officiers du renseignement et militaires en exercice et à la retraite, j’ai trouvé une forte préoccupation, et parfois de la colère, sur ce qui a été perçu à plusieurs reprises comme une manipulation délibérée de l’information. Un officier de renseignement de haut niveau, dans un e-mail à un collègue, a qualifié les assurances de l’administration sur la responsabilité d’Assad de « ruse ». L’attaque « n’est pas l’oeuvre du régime actuel », écrit-il. Un ancien haut fonctionnaire du renseignement m’a dit que l’administration Obama avait déformé les informations disponibles – en termes de chronologie et de séquence – pour permettre au président et à ses conseillers de donner l’impression que l’information avait été obtenue en temps réels, au moment même où l’attaque se produisait. La distorsion, dit-il, lui rappelait l’incident du golfe du Tonkin en 1964, lorsque l’administration Johnson a inversé la séquence des messages interceptés par la NSA pour justifier l’un des premiers bombardements du Nord-Vietnam. Le même responsable a dit qu’il y avait une immense frustration au sein de la bureaucratie militaire et du renseignement : « Les gars lèvent les bras au ciel en disant : « Comment pouvons-nous aider ce gars » – Obama – « si lui et ses copains à la Maison Blanche inventent les informations au fur et à mesure ? »

Les plaintes portent principalement sur ce que Washington n’avait pas : un signe annonciateur quelconque chez l’auteur présumé de l’attaque. La communauté du renseignement militaire produit depuis des années chaque matin un résumé de renseignement hautement classifié, connu comme le Morning Report (rapport matinal), pour le secrétaire à la Défense et le président des chefs d’état-major ; une copie est transmise aussi au conseiller à la sécurité nationale et au directeur du renseignement national. Le Morning Report ne contient aucune information politique ou économique, mais fournit un résumé des événements militaires importants à travers le monde, avec tous les renseignements disponibles à leur sujet. Un consultant supérieur du renseignement m’a dit que peu de temps après l’attaque, il a examiné les rapports du 20 au 23 Août. Pendant deux jours – les 20 et 21 août – il n’y avait aucune mention de la Syrie. Le 22 Août l’élément principal dans le rapport traitait de l’Egypte ; un autre article abordait les changements internes dans la structure de commandement de l’un des groupes rebelles en Syrie. Rien n’avait été noté sur l’utilisation du gaz neurotoxique à Damas ce jour-là. Ce n’est que le 23 Août que l’utilisation du sarin est devenue une question dominante, alors que des centaines de photos et de vidéos du massacre avaient déjà fait le tour du monde en quelques heures sur YouTube, Facebook et autres sites de médias sociaux. À ce stade, l’administration n’en savait pas plus que le public.

Obama a quitté Washington tôt le 21 Août pour une tournée mouvementée de conférences de deux jours à New York et en Pennsylvanie ; selon le bureau de presse de la Maison Blanche, il a été informé plus tard dans la journée de l’attaque, et de la colère grandissante du public et des médias, L’absence de toute information sur le terrain était évidente le 22 Août, lorsque Jen Psaki, porte-parole du département d’Etat, a déclaré aux journalistes : « Nous ne pouvons pas déterminer avec certitude l’utilisation d’armes chimiques. Mais nous consacrons tout notre temps à cette affaire… à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour établir les faits » Le ton de l’administration s’est durci de 27 Août, quand Jay Carney, attaché de presse de M. Obama, a déclaré aux journalistes – sans fournir aucune information précise – que toutes les suggestions que le gouvernement syrien n’était pas responsable « sont aussi absurdes que de suggérer que l’attaque n’a jamais eu lieu. »

L’absence d’alerte immédiate au sein de la communauté du renseignement américain démontre qu’il n’y avait pas d’information sur les intentions syriennes dans les jours qui ont précédé l’attaque. Et il y a au moins deux façons pour les États-Unis d’en avoir eu connaissance à l’avance: les deux ont été abordés dans l’un des documents secrets américains des services de renseignement qui ont été rendus publics ces derniers mois par Edward Snowden, l’ancien sous-traitant de la NSA.

Le 29 Août, le Washington Post a publié des extraits du budget annuel pour tous les programmes nationaux de renseignement, agence par agence, fournis par Snowden. En consultation avec l’administration Obama, le journal a choisi de publier seulement une petite partie du document de 178 pages, qui a une classification plus élevée que top secret, mais il a résumé et publié un article traitant de certains problématiques. Un d’entre eux est l’absence de surveillance du bureau d’Al-Assad. Le document indique que le réseau mondial d’écoute électronique de la NSA avait été « en mesure de surveiller les communications non cryptées entre hauts responsables militaires dès le début de la guerre civile ». Mais qu’il s’agissait d’ « une vulnérabilité dont les forces du président Bachar al-Assad se ont apparemment rendus compte plus tard ». En d’autres termes, la NSA n’avait plus accès aux conversations du haut commandement militaire en Syrie, parmi lesquelles les communications cruciales d’Assad, telles que les ordres pour une attaque au gaz neurotoxique. (Dans ses déclarations publiques depuis le 21 Août, l’administration Obama n’a jamais prétendu avoir des informations précises reliant personnellement Assad à l’attaque.)

Le quotidien a également fourni la première indication de l’existence d’un système de capteurs secrets à l’intérieur de la Syrie, conçu pour fournir un avertissement précoce sur toute modification de statut des armes chimiques de l’arsenal du régime. Les capteurs sont suivis par le National Reconnaissance Office, l’organisme qui contrôle tous les satellites de renseignement américains en orbite. Selon le résumé du Washington Post, le NRO est également chargé « de l’extraction de données à partir de capteurs placés sur le terrain » à l’intérieur de la Syrie. L’ancien responsable du renseignement, qui avait une connaissance directe du programme, m’a dit que les capteurs NRO ont été implantés près de tous les sites de stockage d’armes chimiques connus en Syrie. Ils sont conçus pour assurer une surveillance constante de la circulation des ogives chimiques stockées par l’armée. Mais beaucoup plus important, en termes d’alerte, est la capacité des capteurs d’alerter les services de renseignements des États-Unis et d’Israël lorsque les ogives sont armés de sarin. (En tant que pays voisin, Israël a toujours été à l’affût des changements dans l’arsenal chimique syrien, et travaille en étroite collaboration avec les services de renseignement américains sur les premiers avertissements.) Une ogive chimique, une fois chargée de sarin, a une durée de vie de quelques jours seulement – l’agent neurotoxique provoque presque immédiatement une corrosion de la fusée : c’est une arme de destruction massive qui, une fois préparée, doit être utilisée immédiatement sinon elle est perdue. « L’armée syrienne n’a pas trois jours pour se préparer à une attaque chimique, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement. « Nous avons créé ce système de capteurs pour déclencher une première alerte, comme une alerte de raid aérien ou une alarme d’incendie. On ne peut pas attendre trois jours parce que toutes les personnes impliquées seraient déjà mortes. C’est soit toute suite, soit trop tard. Vous ne passez trois jours à préparer un tir de gaz neurotoxique. » Les capteurs n’ont détecté aucun mouvement dans les mois et les jours qui ont précédé le 21 Août, a déclaré l’ancien fonctionnaire. Il est bien entendu possible que le sarin ait été fourni à l’armée syrienne par d’autres biais, mais l’absence d’avertissement signifie que Washington n’était pas en mesure de surveiller en temps réel les événements de Ghouta Est.

Les capteurs ont déjà fonctionné dans le passé, chose que les dirigeants syriens ne savaient que trop bien. Au mois de décembre dernier, le système de capteurs a détecté des signes de ce qui semblait être une production de sarin dans un dépôt d’armes chimiques. Il n’était pas immédiatement clair si l’armée syrienne simulait la production de gaz sarin dans le cadre d’un exercice (tous les militaires font constamment ce genre d’exercices) ou si elle préparait réellement une attaque. A l’époque, Obama avait publiquement mis en garde la Syrie que l’emploi de sarin était « totalement inacceptable » ; un message similaire avait été également transmis par voie diplomatique. Par la suite, l’incident se révéla faire partie d’une série d’exercices, selon l’ancien haut responsable du renseignement : « Si ce que les capteurs ont détecté en décembre dernier était suffisamment important pour que le Président en arrive à leur dire « Arrêtez ça », pourquoi n’a-t-il pas émis le même avertissement trois jours avant l’attaque au gaz du mois d’août ? »

La NSA bien sûr surveillerait le bureau d’Assad 24/24h si elle le pouvait, a déclaré l’ancien fonctionnaire. D’autres communications – de différentes unités de l’armée au combat à travers la Syrie – seraient beaucoup moins importantes, et ne seraient pas analysées en temps réel. « Il y a littéralement des milliers de fréquences radio tactiques utilisées par les unités sur le terrain en Syrie pour des communications de routine banales, dit-il , « et il faudrait mobiliser un très grand nombre de cryptologues de la NSA – et le retour utile serait que dalle. » Mais le « bavardage » est néanmoins régulièrement stocké sur des ordinateurs. Lorsque l’ampleur des événements du 21 août fut perçue, la NSA a mis sur pied un effort global pour chercher des indices annonciateurs de l’attaque, en examinant toutes les archives des communications stockées. Un ou deux mots clés sont choisis et un filtre est employé pour retrouver les conversations pertinentes. « Ce qui s’est passé ici, c’est que les imbéciles [weeniesde la NSA sont partis d’un événement – l’utilisation de sarin – et ont tenté de retrouver des conversations susceptibles d’être en rapport avec cet évènement » a déclaré l’ex-fonctionnaire. « Cela ne donne pas une évaluation très fiable, sauf si vous partez du principe que Bachar al-Assad a ordonné l’attaque et qu’ensuite vous cherchez tout ce qui pourrait le confirmer. » Le tri sélectif des données était similaire à la procédure utilisée pour justifier la guerre en Irak.

La Maison Blanche a eu besoin de neuf jours pour préparer son dossier contre le gouvernement syrien. Le 30 Août, elle a invité un groupe de journalistes à Washington (au moins un journaliste souvent critique, Jonathan Landay, le correspondant sur les questions de sécurité nationale pour McClatchy Newspapers, n’a pas été invité), et leur a remis un document soigneusement étiqueté comme une « évaluation du gouvernement  », plutôt que comme une évaluation des services de renseignement. Le document était essentiellement un argumentaire politique pour soutenir les accusations de l’administration contre le gouvernement Assad. Cependant, il était plus précis qu’Obama ne le sera plus tard, dans son discours du 10 Septembre: les services de renseignement américains, disait le document, savaient que la Syrie avait commencé à « préparer des armes chimiques » trois jours avant l’attaque. Dans un discours agressif prononcé plus tard ce jour-là, John Kerry a fourni plus de détails. Il a dit que « le personnel d’armes chimiques » de la Syrie « étaient sur le terrain, dans la région, en train de faire des préparatifs » dès le 18 Août. « Nous savons qu’il a été dit à des éléments du régime syrien de se préparer à une attaque en mettant des masques à gaz et de prendre des précautions liées à des armes chimiques. » L’évaluation du gouvernement et les commentaires de Kerry laissaient entendre que l’administration avait suivi en direct l’attaque au gaz sarin. C’est cette version là, fausse mais non contestée, qui a été largement diffusée à l’époque.

Une réaction imprévue est venue sous la forme de plaintes formulées par la direction de l’Armée Syrienne Libre et d’autres sur l’absence de mise en garde. « C’est incroyable, ils n’ont rien fait pour avertir les gens ou essayer d’arrêter le régime avant le crime, » a déclaré Razan Zaitouneh, un député de l’opposition qui a vécu dans une des villes touchées par le sarin, à la revue Foreign Policy. Le quotidien Daily Mail a été plus direct: « Un rapport des services de renseignement indique que des responsables américains étaient au courant de l’attaque au gaz neurotoxique en Syrie trois jours avant qu’elle ne tue 1400 personnes – dont plus de 400 enfants. » (Le nombre de morts suite à l’attaque varie considérablement, d’un minimum de 1429, selon le chiffre initialement annoncé par l’administration Obama, à beaucoup moins ; un groupe syrien de défense des droits de l’homme a fait état de 502 morts ; Médecins sans Frontières en a annoncé 355, et un rapport français a répertorié 281 cas de décès connus. Le chiffre étonnamment précis avancé par les Etats-Unis était fondé, selon un rapport ultérieur publié par le Wall Street Journal, non pas sur un décompte réel des corps, mais sur une extrapolation effectuée par les analystes de la CIA , qui ont introduit plus d’une centaine de vidéos de Ghouta trouvées sur YouTube dans un système informatique et ont ensuite examiné les images pour trouver des cadavres. En d’autres termes, ce n’était guère plus qu’une conjecture.)

Cinq jours plus tard, un porte-parole du Bureau du directeur du renseignement national a répondu aux plaintes. Une déclaration à l’agence Associated Press disait que les informations sur lesquelles étaient fondées les affirmations antérieures de l’administration n’étaient pas connues au moment de l’attaque, mais n’avaient été récupérées que par la suite: « Soyons clairs, les États-Unis n’ont pas observé, en temps réel, comment cette attaque terrible a eu lieu. Les services de renseignement ont pu recueillir et analyser les informations après les faits et déterminer que les éléments du régime d’Assad ont en effet pris des mesures pour se préparer avant d’utiliser des armes chimiques. » Mais comme la presse américaine avait déjà son histoire à raconter, cette rétraction n’a reçue que peu d’attention. Le 31 Août, le Washington Post, en s’appuyant sur l’évaluation du gouvernement, a rapporté de manière saisissante et en première page que les services de renseignement américains avaient pu enregistrer « chaque étape » de l’attaque par l’armée syrienne en temps réel, « depuis les vastes préparatifs pour le lancement de fusées jusqu’aux évaluations effectuées après l’action par des responsables syriens ». Le journal n’a pas publié le correctif d’Associated Press et la Maison Blanche a gardé sa mainmise sur la version des évènements.

Et donc, lorsque Obama a déclaré le 10 Septembre que son administration savait que le personnel d’armes chimiques d’Assad avait préparé l’attaque à l’avance, il fondait sa déclaration non pas sur des informations interceptées en direct, mais sur des communications analysées plusieurs jours après le 21 Août. L’ancien responsable du renseignement a expliqué que la chasse aux échanges pertinents est remontée jusqu’à l’exercice détecté au mois de décembre précédent, dans lequel, comme Obama l’a dit plus tard en public, l’armée syrienne avait mobilisé le personnel d’armes chimiques et distribué des masques à gaz à ses troupes. L’évaluation de la Maison Blanche et le discours d’Obama ne constituent pas une description précise des événements qui ont précédé l’attaque du 21 Août mais un compte-rendu d’une séquence de mesures que l’armée syrienne prendrait en cas d’attaque chimique. « Ils ont reconstitué l’histoire, » a déclaré l’ex-fonctionnaire, « à partir de différentes piècesLe modèle employé était celui qui remonte au mois de Décembre ». Il est possible, bien sûr, que Barack Obama n’était pas au courant que ce compte-rendu avait été établi à partir d’une analyse du protocole de l’armée syrienne en cas d’attaque au gaz, plutôt que sur des observations directes. Quoi qu’il en soit, il était arrivé à une conclusion hâtive.

La presse allait emboîter le pas. Le rapport de l’ONU du 16 Septembre confirmant l’utilisation de sarin a pris soin de préciser que l’accès des enquêteurs sur les lieux de l’attaque, cinq jours après qu’elle ait eu lieu, avait été sous le contrôle des forces rebelles. « Comme pour d’autres sites, » avertit le rapport , « ces sites ont été largement fréquentés par d’autres personnes avant l’arrivée de la mission … Pendant notre séjour, des individus sont arrivés en transportant d’autres munitions suspectes, ce qui indique que ces éléments de preuve potentiels sont en train d’être déplacés et peut-être manipulés ». Pourtant, le New York Times s’est emparé du rapport, à l’instar des responsables américains et britanniques, pour affirmer que celui-ci fournissait des preuves accablantes qui confirmaient les affirmations de l’administration. Une annexe au rapport de l’ONU reproduit des photos prises sur YouTube de quelques munitions récupérées, dont une fusée qui « correspond précisément » aux caractéristiques d’un obus d’artillerie de calibre 330. Le New York Times a écrit que l’existence de ces fusées prouvait sans conteste que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque « parce que de telles armes n’avaient jamais été signalées entre les mains de l’insurrection ».

Theodore Postol, professeur de technologie et de sécurité nationale au MIT, a examiné les photos de l’ONU avec un groupe de collègues et a conclu que la grosse fusée de calibre était une munition improvisée qui avait été très probablement fabriquée localement. Il m’a dit qu’elle était « quelque chose que vous pourriez fabriquer dans un atelier d’usinage artisanal ». La fusée dans les photos, a-t-il ajouté, ne correspond pas aux spécifications d’une fusée similaire mais plus petite connue comme faisant partie de l’arsenal syrien. Le New York Times, s’appuyant à nouveau sur les données du rapport de l’ONU, a également analysé la trajectoire de vol de deux des roquettes tirées et soupçonnées d’avoir transporté du sarin, et a conclu que l’angle de descente « pointait directement » vers une base de l’armée syrienne située à plus de neuf kilomètres de la zone d’impact. Postol, qui a été conseiller scientifique auprès du chef des opérations navales du Pentagone, a déclaré que les affirmations du Times et d’autres « n’étaient pas fondées sur des observations réelles ». Il a conclu que les analyses de la trajectoire de vol en particulier étaient, selon ses termes dans un courrier électronique, « complètement loufoques », car une étude approfondie démontrait qu’il était « improbable » que la portée de ces roquettes improvisées soit supérieur à deux kilomètres. Postol et un collègue, Richard M. Lloyd, ont publié une analyse deux semaines après le 21 Août dans laquelle ils ont correctement calculé que les roquettes impliquées transportaient beaucoup plus de sarin que précédemment estimé. Le Times a rapporté en détail cette analyse, en décrivant Postol et Lloyd comme des « experts de premier plan en armement ». Mais l’étude ultérieure des deux hommes sur les trajectoires des fusées, qui contredisait les précédents rapports du Times, a été envoyée au journal la semaine dernière et, à ce jour, le quotidien n’en a toujours pas fait état.

La fausse déclaration de la Maison Blanche sur ce qu’elle savait à propos de l’attaque, et quand elle l’a sue, n’a eu d’égal que sa volonté de ne pas tenir compte des renseignements qui pouvaient nuire à sa version des événements. Cette information concerne al-Nosra, le groupe rebelle islamiste désigné par les Etats-Unis et les Nations Unies comme une organisation terroriste. al-Nosra est connue pour avoir réalisé des dizaines d’attentats suicides contre des chrétiens et autres sectes musulmanes non sunnites à l’intérieur de la Syrie, et pour avoir attaqué son allié initial dans la guerre civile, l’Armée Syrienne Libre (ASL) laïque. Son objectif déclaré est de renverser le régime d’Assad et d’instaurer la charia. (Le 25 Septembre al-Nosra a rejoint plusieurs autres groupes rebelles islamistes en répudiant l’ASL et une autre faction laïque, la Coalition Nationale Syrienne.)

Le redoublement d’intérêt américain pour al-Nosra et le sarin a été provoqué par une série de petites attaques à l’arme chimique qui se sont produites en Mars et Avril ; à l’époque, le gouvernement syrien et les rebelles s’accusaient mutuellement. L’ONU a finalement conclu que quatre attaques chimiques avaient eu lieu, mais sans attribuer de responsabilité. Un fonctionnaire de la Maison Blanche a déclaré à la presse fin avril que les services de renseignement avaient estimé « avec différents niveaux de certitude » que le gouvernement syrien était responsable de ces attaques. Assad avait franchi la « ligne rouge » d’Obama. L’évaluation d’avril a fait la une des journaux mais quelques mises en garde importantes ont été perdues en cours de route. Le fonctionnaire anonyme qui a dirigé la séance d’information a reconnu que les évaluations des services de renseignement « ne sont pas à elles seules suffisantes ». « Nous voulons, a-t-il dit, enquêter au-delà de ces évaluations pour recueillir des faits afin que nous puissions établir un ensemble d’informations crédibles et corroborées qui peuvent ensuite être transmises à nos décideurs. » En d’autres termes, la Maison Blanche n’avait aucune preuve directe de l’implication de l’armée ou du gouvernement syriens, un fait rarement mentionné par la presse. Le discours musclé d’Obama passait bien auprès du public et du Congrès qui considéraient Assad comme un assassin sans pitié.

Deux mois plus tard, un communiqué de la Maison Blanche a annoncé un changement dans l’évaluation de la culpabilité syrienne et a déclaré que les services de renseignement avaient maintenant « une grande certitude  » que le gouvernement Assad était responsable de pas moins de 150 décès dus à des attaques au sarin. Ce qui a fait encore plus la une des journaux. On annonça à la presse qu’Obama, en réponse à cette nouvelle donnée, avait ordonné une augmentation de l’aide non létale à l’opposition syrienne. Mais encore une fois, il y avait d’importantes réserves. Cette nouvelle information contenait un rapport selon lequel les responsables syriens avaient planifié et exécuté les attaques. Aucun détail n’était fourni, pas plus que l’identité des auteurs du rapport. Le communiqué de la Maison Blanche précisait que l’analyse en laboratoire avait confirmé l’utilisation de sarin, mais aussi que cette utilisation confirmée de l’agent neurotoxique « ne nous dit pas comment ni où les individus ont été exposés ni qui est responsable de sa diffusion ». La Maison Blanche a en outre déclaré: « Nous n’avons pas de rapports corroborés et fiables qui indiquent que l’opposition en Syrie a acquis ou utilisé des armes chimiques ». Cette déclaration contredit les preuves fournies à l’époque par les services de renseignement des États-Unis.

Dès la fin du mois de mai, m’a dit le consultant du renseignement, la CIA avait informé l’administration Obama sur al-Nosra et son emploi de sarin, et avait envoyé des rapports alarmants qu’un autre groupe fondamentaliste sunnite actif en Syrie, al-Qaïda en Irak (AQI), avait également maîtrisé la fabrication de sarin. À l’époque, al-Nosra opérait dans les zones proches de Damas, y compris à Ghouta Est. Un document des services de renseignement émis au milieu de l’été a abondamment traité la cas de Ziyaad Tariq Ahmed, un expert en armes chimiques et ancien membre de l’armée irakienne, dont la présence était signalée en Syrie et qui opérait dans la région de Ghouta Est. Le consultant m’a dit que Tariq avait été identifié « comme un gars d’al-Nosra, connu pour avoir fabriqué du gaz moutarde en Irak et comme quelqu’un impliqué dans la fabrication et l’utilisation de sarin. » Il est considéré comme une cible majeure par l’armée américaine.

Le 20 Juin, un câble top secret de quatre pages récapitulant les capacités d’al-Nosra en armes chimiques fut transmis à David R. Shedd, vice-directeur de la Defense Intelligence Agency [Renseignement de l’Armée – NddT]. « Shedd a été informé de manière précise et complète », a dit le consultant. « Ce n’était pas un tas de « nous pensons que… ». » Il m’a dit que le câble ne précisait pas si c’était les rebelles ou l’armée syrienne qui avaient lancé les attaques en Mars et Avril, mais il confirmait les rapports antérieurs selon lesquels al-Nosra avait la possibilité d’acquérir et d’utiliser le sarin. Un échantillon du sarin utilisé avait également été récupéré – à l’aide d’un agent israélien – mais, selon le consultant, on ne trouve aucune mention de cet échantillon dans les échanges de câbles.

Indépendamment de ces évaluations, les chefs d’état-major, en prévision d’un envoi de troupes américaines en Syrie pour s’emparer des stocks d’agents chimiques du gouvernement, ont demandé une analyse générale des menaces potentielles. « L’Ordre d’Opération fournit la base de l’exécution d’une mission militaire, lorsqu’elle est ordonnée » a expliqué l’ancien responsable du renseignement. « Cela inclut l’éventuelle nécessité d’envoyer des soldats américains sur un site chimique syrien pour empêcher les rebelles de s’en saisir. Si les rebelles djihadistes devaient prendre le contrôle d’un site, l’hypothèse est qu’Assad ne nous attaquerait pas parce que nous serions en train de protéger les produits chimiques des rebelles. Tous les Ordres d’Opération contiennent une estimation des menaces potentielles. Nous avions des analystes techniques de la CIA, de la Defense Intelligence Agency, de spécialistes en armements, et des gens des services d’alerte qui travaillaient sur le problème … Ils ont conclu que les forces rebelles étaient capables d’attaquer les forces américaines avec du sarin parce qu’ils étaient capables d’en produire. Cette conclusion s’appuyait sur des indications et des renseignements humains, ainsi que sur des intentions exprimées et la capacité technique des rebelles. »

Il est prouvé que pendant l’été des membres des chefs d’état-major ont été troublés par la perspective d’une invasion terrestre de la Syrie ainsi que par le désir professé par Obama de fournir un appui non létal aux factions rebelles. En Juillet, le général Martin Dempsey, président du Conseil des Chefs d’état-major, a fourni une évaluation pessimiste en déclarant, au cours d’une audition publique devant la Commission des Armées du Sénat, que « des milliers d’hommes des forces spéciales et d’autres forces terrestres » seraient nécessaires pour s’emparer de l’arsenal très dispersé d’armes chimiques en Syrie, ainsi que « des centaines d’avions, de navires, de sous-marins et autres matériels de logistique ». Les estimations du Pentagone étaient de soixante-dix mille hommes, en partie parce que les forces américaines auraient également à protéger la flotte de fusées syriennes: l’accès à de grandes quantités de produits chimiques pour créer du sarin n’avait pas grand intérêt pour les rebelles sans les moyens requis pour l’expédier. Dans une lettre au sénateur Carl Levin, Dempsey a mis en garde que la décision de saisir l’arsenal syrien pourrait avoir des conséquences inattendues : « Nous avons appris de ces dix dernières années, cependant, qu’il ne suffit pas de simplement modifier l’équilibre des forces militaires si on ne prête pas soigneusement attention à préserver le fonctionnement de l’Etat… Si les institutions du régime devaient s’effondrer en l’absence d’une opposition viable, nous pourrions par inadvertance donner le pouvoir aux extrémistes ou libérer les armes chimiques que nous cherchons justement à contrôler ».

La CIA a refusé de commenter cet article. Le porte-parole de la DIA et le Bureau du directeur du renseignement national (Office of the Director of National Intelligence – ODNI) ont dit qu’ils n’étaient pas au courant du rapport de Shedd et, lorsqu’ils ont reçu les références précises du câble, ont dit qu’ils ne le trouvaient pas. Shawn Turner, directeur des affaires publiques de l’ODNI, a déclaré qu’aucune agence de renseignement américaine, y compris la DIA , « n’affirme que le Front al-Nosra a réussi à développer une capacité à fabriquer du sarin ».

Les responsables des affaires publiques de l’administration sont moins préoccupés par le potentiel militaire d’al-Nosra que Shedd dans ses déclarations publiques. À la fin de juillet, il a donné un compte-rendu alarmant sur la puissance d’al-Nosra au Forum annuel sur la sécurité à Aspen, dans le Colorado. « On compte pas moins de 1200 groupes disparates au sein de l’opposition » a dit Shedd, selon un enregistrement de sa présentation. « Et parmi cette opposition, le Front al-Nosra est … le plus efficace et gagne en force. » Ceci, a-t-il dit, « est une grave préoccupation pour nous. Si rien n’est fait, je suis très inquiet que les éléments les plus radicaux » – il a également cité Al-Qaïda en Irak – « prennent le pouvoir ». La guerre civile, a-t-il ajouté, « ne fera que s’aggraver au fil du temps … la violence incommensurable est encore à venir. » Shedd n’a fait aucune mention d’armes chimiques dans son intervention, mais il n’en avait pas l’autorisation: les rapports reçus à son bureau étaient hautement confidentiels.

Une série de dépêches secrètes sur la Syrie pendant l’été ont signalé que des membres de l’ASL se plaignaient auprès des services de renseignement américains d’attaques répétées sur leurs forces par les combattants d’al-Nosra et al-Qaïda. Les rapports, selon le consultant du renseignement qui les avait lus, fournissaient la preuve que l’ASL est « plus préoccupée par les cinglés que par Assad ». L’ASL est composée en grande partie de transfuges de l’armée syrienne. L’administration Obama, déterminée à faire tomber le régime d’Assad et à poursuivre le soutien aux rebelles, a cherché dans ses déclarations publiques depuis l’attaque à minimiser l’influence des factions salafistes et wahhabites. Au début de Septembre, John Kerry a abasourdi un auditoire du Congrès en affirmant soudainement qu’al-Nosra et d’autres groupes islamistes étaient des acteurs minoritaires au sein de l’opposition syrienne. Plus tard, il a retiré ses propos.

Après le 21 Août, à la fois lors des séances d’information publiques et privées, l’administration a ignoré les informations disponibles sur l’accès potentiel d’al-Nosra au sarin et a continué à prétendre que le gouvernement Assad était le seul à détenir des armes chimiques. Tel est le message véhiculé dans les différents briefings secrets que les membres du Congrès ont eus dans les jours qui ont suivi l’attaque, lorsque Obama cherchait du soutien pour son offensive par missile contre des installations militaires syriennes. Un législateur avec plus de 20 ans d’expérience dans les affaires militaires m’a dit qu’il est reparti d’une de ces séances avec la conviction que « seul le gouvernement Assad possédait du sarin et pas les rebelles. » De même, après la publication du rapport de l’ONU le 16 Septembre qui confirmait que du sarin avait été utilisé le 21 Août, Samantha Power, l’ambassadrice américaine à l’ONU, a déclaré lors d’une conférence de presse: « Il est très important de noter que seul le régime [Assad] possède du sarin, et nous n’avons aucune preuve que l’opposition en possède ».

On ne sait pas si le rapport hautement confidentiel sur al-Nosra a été mis à la disposition de Power, mais son commentaire était à l’image de l’attitude qui prévalait au sein de l’administration . « L’hypothèse première était que Assad avait fait le coup, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement . « Le nouveau directeur de la CIA [John] Brennan, a sauté à cette conclusion… s’est pointé à la Maison Blanche et a dit: « Regardez ce que j’ai » C’était verbal, ils ont juste brandi la chemise tachée de sang. Il y avait beaucoup de pression politique pour convaincre Obama d’aider les rebelles, et il y avait un vœu pieu que ce [lien entre Assad et l’attaque au gaz sarin ] forcerait la main d’Obama: « Voici le télégramme de Zimmermann de la rébellion syrienne et à présent Obama peut réagir ». Un vœu pieu partagé par les partisans de Samantha Power au sein de l’administration. Pas de chance, certains membres des chefs d’état-major ont été alertés qu’il allait attaquer et ont fait savoir que ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça. »

L’idée d’une attaque américaine par missiles sur la Syrie n’a jamais convaincu l’opinion publique et Obama s’est rapidement tourné vers l’ONU et la proposition russe de démanteler l’industrie de guerre chimique syrienne. Toute possibilité d’une action militaire fut définitivement écartée le 26 Septembre lorsque l’administration s’est joint à la Russie pour approuver un projet de résolution de l’ONU demandant au gouvernement Assad de se débarrasser de son arsenal chimique. La marche arrière de M. Obama fut un soulagement pour de nombreux hauts responsables militaires. (Un conseiller de haut niveau pour les opérations spéciales m’a dit que l’attaque par missile, mal conçue, sur les aérodromes militaires syriens et les sites de missiles, comme initialement prévue par la Maison Blanche, aurait été « l’équivalent d’un soutien aérien rapproché pour al-Nosra. »)

La distorsion par l’administration des faits entourant l’attaque au sarin soulève une question incontournable: savons-nous tout sur l’empressement qu’Obama a eu pour ne pas mettre sa menace de « ligne rouge » à exécution et bombarder la Syrie ? Il prétendait avoir un dossier en béton, puis tout à coup a décidé de porter la question devant le Congrès, pour ensuite accepter l’offre de M. Assad de renoncer à ses armes chimiques. Il semble possible qu’à un moment donné il a été directement confronté à des informations contradictoires: des éléments suffisamment solides pour le persuader d’annuler son plan d’attaque, quitte à subir les critiques que les Républicains n’allaient pas manquer de lui faire.

La résolution de l’ONU, adoptée le 27 Septembre par le Conseil de sécurité, a indirectement avancé l’idée que les forces rebelles comme al-Nosra devaient également désarmer: « aucune partie en Syrie ne devra utiliser, développer, produire, acquérir, stocker, conserver ou transférer des armes [chimiques]. » La résolution demande également que le Conseil de sécurité soit immédiatement informé si un groupe non-étatique « acquiert des armes chimiques ». Aucun groupe n’est nommément cité. Tandis que le régime syrien poursuit le démantèlement de son arsenal chimique, l’ironie est qu’après la destruction du stock d’agents chimiques d’Assad, al-Nosra et ses alliés islamistes pourraient se retrouver comme la seule faction à l’intérieur de la Syrie capable de fabriquer du sarin, une arme stratégique différente de toute autre dans la zone de guerre. Il reste peut-être encore des choses à négocier.

Source: http://www.mondialisation.ca/syrie-le-sarin-de-qui/5361426

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Le cas Assange: Le record du mensonge

L’Expresso, Stefania Maurizi, 28 août 2012

Ces jours derniers, beaucoup de fausses nouvelles ont été publiées au sujet de WikiLeaks et de son histoire… quand ce n’étaient pas des mensonges… L’Expresso les contredit: une a une.

Une saga pleine de mensonges. Des informations inexactes, et des analyses sans fondement. La superficialité de la presse est une des démonstrations les plus étonnantes de la guerre qui est menée contre Julian Assange et WikiLeaks.

Mais que d’erreurs! Si l’organisation commençait à intenter des procès, elle pourrait devenir millionnaire et résoudre le blocage financier illégal qui écrase le groupe et qui a été mis en place par les cinq géants financiers: Visa, Mastercard, Bank of America, Western Union, et PayPal , dès que WikiLeaks a commencé de publier les télégrammes diplomatiques Américains.

L’épidémie de balivernes a impliqué les médias du monde entier, et Julian Assange a demandé et obtenu des douzaines de mises au point, du Royaume-Uni aux USA. Et en Italie? Dans un article sévère de La Stampa, Gianni Riotta a récemment esquissé ce qu’est la parabole de WikiLeaks pour lui: « Une mauvaise histoire qui va de mal en pis », écrit-il, dénonçant le fait que la valeur fondamentale de l’organisation, la transparence, est devenue de l’opacité.

Riotta a écrit que Assange insiste sur « l’affaire politique contre lui pour ne pas affronter un procès pour viol », et que « pour éviter le procès à Stockholm », il s’est jeté dans les bras de gens comme le Président de l’Equateur, Rafael Correa. Il y a un petit détail qui semble échapper à l’éditorialiste: il n’y a pas de procès pour viol, il n’y a pas de convocation à la barre du tribunal, Julian Assange n’a jamais été mis en examen, et toute cette saga judiciaire commencée en août 2010 n’est que l’étape préliminaire d’une investigation qui dure depuis deux ans parce que les procureurs suédois ont refusé toutes les demandes d’Assange d’être interrogé à Londres, plutôt que d’être extradé à Stockholm.

Telle est la controverse dont tout le monde parle: la Suède ne demande pas l’extradition d’Assange pour le juger ou parce qu’il doit purger une peine. Depuis deux ans, la Suède insiste pour obtenir l’extradition seulement pour l’interroger et pour établir si les accusations des deux filles sont vraies: Assange doit donc être jugé ou alors l’accusation doit être abandonnée, lavant ainsi le nom d’Assange de cette tache infamante qu’est le viol. Personne n’est au-dessus des lois, Julian Assange non plus. Il doit répondre devant les juges des allégations de ces femmes.

Et la Suède est entièrement dans son droit d’avoir ses propres lois qui punissent un comportement comme un viol alors que d’autres pays ne le considéreraient pas comme tel, (le fait d’avoir une relation sexuelle consentie, mais sans utiliser de préservatif malgré la demande du partenaire). Mais, ce que le reste du monde ne comprend pas, c’est pourquoi Stockholm persiste à extrader Assange, alors qu’ils pourraient l’interroger à l’ambassade de Suède à Londres, comme demandé par son équipe d’avocats depuis le début. De même, ils pourraient l’interroger à l’ambassade d’Equateur, où il est réfugié, comme l’Equateur l’a proposé il y a quelques semaines. Assange ne demande pas à être interrogé dans un pub ou une salle de bingo: il est immédiatement disponible pour être interrogé à l’ambassade de Suède, ou à Scotland Yard. Mais la Suède a toujours refusé toutes ces solutions sans explication.

Riotta accuse Assange de mélanger « son combat initial avec le procès pour agression sexuelle ». Il ne mentionne pas qu’Assange a été défini comme un terroriste High Tech par le vice-président des Etats-Unis Joe Biden. Que la candidate républicaine Sarah Palin a publiquement demandé qu’Assange soit traité « comme un membre opérationnel d’Al-Qaïda ». Que Bob Beckel (Fox TV) était d’avis de « buter illégalement cet enfoiré de fils de pute ».  Qu’un plan anti-WikiLeaks a vu le jour publiquement en février 2011 , et qu’il portait la marque de Palantir Technologies d’Alto Palo, une des plus inquiétantes compagnies High Tech en affaires avec le Pentagone, et soutenue par l’entreprise In-Q-Tel de la CIA.

Il n’y a pas de preuve pour affirmer que les accusations de viol contre Assange sont juste un coup monté. Mais il est intéressant de lire ce que l’agence privée de renseignements Stratfor pense de cela dans ses mails internes et privés (aussi publiés par l’Expresso) qui maintenant sont publics parce qu’un collectif Anonymous a attaqué ses serveurs, emportant 5,3 millions de mails. « C’est très rare que les accusations de violences sexuelles soient gérées par Interpol par une notice rouge, comme dans ce cas » écrit Stratfor en se référant au mandat d’arrêt émis par Interpol le 30 Novembre 2010 qui a fait d’Assange un homme recherché dans le monde entier. « Il n’y a donc pas de doute que cela a pour but d’empêcher la fuite des documents du Gouvernement par WikiLeaks ».

C’est un point de vue très intéressant, parce qu’il ne peut pas être suspecté de sympathie envers WikiLeaks. Sans aucun doute Stratfor n’aime pas WikiLeaks, au point que dans le secret de ses échanges internes, un analyste de l’agence écrit : « Le fondateur devrait être soumis au waterboarding ». Et aussi : « Je suis d’accord pour utiliser n’importe quelle accusation inventée pour faire disparaître cet homme et son site. Et je voudrais donner la putain de tête de ce soldat, Bradley Manning, aux chiens, ou peut-être lui faire subir les choses que les Iraniens font à nos sources en Iran ».

Pour Riotta, Julian Assange utilise « le génie des relations publiques qui le caractérise » pour mélanger l’affaire de Stockholm et celle de Washington, manipulant la situation à son avantage. Il n’y a pas d’espace pour la crainte d’Assange que l’extradition en Suède puisse être seulement le prélude à celle vers les Etats-Unis.

Ses détracteurs écartent cette crainte avec une rage qui étonne. D’où leur vient une telle conviction ? Ils assènent qu’il n’y a aucune preuve que les Etats-Unis veuillent l’extrader. Qu’est-ce qu’il leur faut ? Un SMS d’Obama? Toute l’affaire des dossiers secrets du Pentagone et du gouvernement des Etats-Unis relève de la Sécurité Nationale, donc, c’est secret.

Il y a des personnes en relation à des degrés divers avec WikiLeaks appelées à témoigner devant le Grand Jury d’Alexandrie, Etat de Virginie, à propos de la publication des télégrammes diplomatiques. En juin 2011, l’Expresso a rencontré l’un d’entre eux, ancien chercheur au MIT à Boston, David House.

« Si les investigations du Grand Jury ne sont plus en cours et ont été closes, pourquoi les Etats-Unis ne le déclarent pas sans ambiguïté, au regard du contexte diplomatique autour du cas Assange? » explique, à L’Expresso, Michael Ratner (Centre pour les droits constitutionnels de New York) qui assiste Bradley Manning et WikiLeaks. Il ne paraît étrange à personne que le Royaume-Uni en soit arrivé à menacer de violer l’immunité de l’ambassade d’Equateur, et ce, d’après les estimations publiées dans les journaux anglais, au moyen d’un siège des forces de police au prix de 50 000 livres par jour ?

Est-il jamais arrivé auparavant qu’autant de ressources et d’énergies aient été dépensées pour interroger un homme pour seulement des soupçons de viol? Le jour où l’Equateur a accordé l’asile à Julian Assange, l’ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, Craig Murray, a révélé cette information sur ​​son site: « Je suis venu en Angleterre aujourd’hui et j’ai appris avec consternation, de ma source au sein du bureau des Affaires étrangères, que le gouvernement britannique a vraiment décidé – après une forte pression  par l’administration Obama – d’entrer à l’ambassade de l’Équateur et d’arrêter Assange ». Pendant plus de 20 ans, Murray a été un membre du personnel diplomatique de Sa Majesté. Il ne manque pas de sources, bien sûr.

Riotta pense que Assange est coupable d’avoir demandé l’asile à l’Equateur, dont le président réprime les médias. « Si vous n’êtes pas d’accord avec Correa, vous ne pouvez pas parler à la radio ou à la télévision », écrit-il. Il mentionne des défections au sein d’experts informatiques de WikiLeaks, « déçus par les comportements égocentriques de l’ancien dirigeant ». Ce sont de vieilles histoires de deux ans et chaque journaliste qui travaille avec WikiLeaks peut dire qu’elles sont dépassées. Après la grande rupture entre Assange et l’ancien numéro deux de l’organisation, Daniel Domscheit Berg, WikiLeaks est stable aujourd’hui et si elle travaille moins, c’est parce que sa situation financière est bloqué du fait de l’affaire des cartes de crédit.

Les gens qui travaillent à plein temps pour WikiLeaks doivent être payés, mais comme l’argent fait défaut, WikiLeaks a dû se passer de techniciens expérimentés sur des projets cruciaux. L’embargo économique a causé des problèmes dévastateurs. Ce pourrait être un précédent dangereux, parce que cela affecte WikiLeaks aujourd’hui, mais cela pourrait affecter n’importe quelle ONG ou média  que les banques ou les groupements de cartes de crédit n’aiment pas.

WikiLeaks est une organisation parfaitement légale qui n’a jamais été condamnée, ni accusée d’aucun crime. Pourquoi Visa, MasterCard, Bank of America, Western Union et PayPal ont-ils bloqué les donations quand WikiLeaks a commencé à publier les télégrammes diplomatiques? L’éditorialiste de La Stampa voudrait égratigner Assange pour sa requête d’asile à l’Equateur, ennemi de la liberté de la Presse, mais ne mentionne pas cet embargo qui est une sérieuse atteinte à la liberté d’expression.

Mais la bête noire de tous les journalistes occidentaux, y compris Riotta, c’est Russia Today TV, le ventriloque du Kremlin. Julian Assange et WikiLeaks ont travaillé avec des douzaines de médias ces deux dernières années, journaux, radios et TV. De Asahi Shimbun au New York Times, du Monde à Der Spiegel, de Al-Akhbar au Liban à The Indu en Inde, du pakistanais Dawn à l’égyptien Al Masry Al Youm et au malaisien Malaysia Today. L’Expresso a collaboré avec WikiLeaks depuis 2009, quand l’organisation nous a donné un fichier audio sur le rôle supposé des services secrets italiens dans le scandale des poubelles de Naples.

Depuis lors, L’Expresso a travaillé sur toutes les publications, des dossiers Afghans jusqu’aux actuels fichiers syriens. Pendant ces trois années, il a vu la naissance et la mort d’accords entre WiKiLeaks et des médias des cinq continents. Et il a vu des attaques contre Assange pour n’importe quoi qu’il décide de publier, ou non. Le dernier projet, les fichiers syriens, a conduit la Pravda à publier un article délirant contre Assange pour avoir choisi de rendre publics ces documents sur la dictature d’Assad.

Mais actuellement, WikiLeaks est mis sur la croix pour sa collaboration avec Russia Today. La seule voix isolée a été Glenn Greenwald, chroniqueur du Guardian. Il a écrit: « Il y a apparemment une règle qui dit qu’il est tout à fait correct pour un journaliste de travailler pour un média détenu et contrôlé par un fabricant d’armes (GE / NBC / MSNBC), ou par les gouvernements américain et britannique (BBC / Stars & rayures / Voice of America), ou par Rupert Murdoch et le prince saoudien Al-Walid Bin Talal (Wall Street Journal / Fox News), ou par une société bancaire qui depuis longtemps possède des liens avec des gouvernements de droite (Politico)… », estime Greenwald. « Mais c’est une violation intrinsèque de l’intégrité journalistique de travailler pour un média appartenant au gouvernement russe ».

Personne n’avait rien à redire lorsque l’ancien directeur du New York Times, Bill Keller, a révélé le contexte de la publication des câbles dans son e-book sur WikiLeaks, intitulé « Open Secrets » (Secrets Ouverts). Keller a indiqué que, neuf jours avant le grand scoop, le rédacteur en chef du New York Times de Washington, Dean Baquet, avait averti la Maison Blanche. Immédiatement après, Baquet et deux journalistes ont été invités dans « une pièce sans fenêtre au Département d’Etat, où ils ont rencontré un groupe de personnes qui ne rigolaient pas du tout: les représentants de la Maison Blanche, du Département d’Etat, le Bureau du directeur des renseignements nationaux , la CIA, la Defense Intelligence Agency, le FBI, le Pentagone, se sont réunis autour d’une table. D’autres, qui ne se sont jamais présentés, étaient présents à la réunion, s’ adossant aux murs ». La réunion était hors procès-verbal (« off-the-record »), alors Keller n’avait pas révélé ce qu’ils ont dit. Mais il révèle cependant que, dans les jours suivants, les réunions ont été plus calmes avec la rédaction du New York Times de Washington qui « avant toute discussion, envoyait une série de câbles destinés à être publiés dans les prochains jours ». En d’autres termes, le journal le plus grand et plus puissant de l’Occident, l’icône mondiale du journalisme, a publié les câbles sous la supervision du gouvernement américain. Vive la liberté de la presse.

Traduit par Irien et Arduenna Silva

Lien vers l’article italien sur le Forum WikiLeaks : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14202.0.html

Lien vers la version anglaise sur le Forum WikiLeaks : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14292.0.html

Lien vers l’article original : http://espresso.repubblica.it/dettaglio/caso-assange-il-record-di-falsita/2189846//0

Les USA espionnent l’Afrique: Les courriels de Stratfor révèlent l’espionnage en Côte d’Ivoire

Le quartier du Plateau, à Abidjan

Des courriels entre analystes du renseignement révèlent comment la guerre avait été prévue et les atrocités cachées en Côte d’Ivoire.

« La lumière du soleil est le meilleur désinfectant / Dans une société civilisée, tu sais »

Faisant un commentaire sur un article publié par le Daily Maverick, un lecteur enthousiaste comparait le boulot de Stratfor au journalisme d’investigation. Un autre allait jusqu’à dire que Stratfor n’enfreint aucune règle ou limite morale en espionnant des individus et leurs communications pour de grandes sommes d’argent.

Laissez-moi vous donner mon avis dès le départ: les corporations et autres institutions sont les ennemis du peuple. Agissant dans ses meilleurs intérêts? De qui se moque-t-on? Depuis que les GI Files ont fait surface, plusieurs articles désignaient Stratfor – une agence de renseignements privée qui travaille pour de grosses entreprises et espionne ses « ennemis », a travaillé pour le gouvernement US, fournissant des renseignements au Department of Homeland Security (Ministère de la Sécurité Intérieure, rejeton de la politique post-9/11, ndt), la Defense Intelligence Agency (service de renseignements du Ministère de la Défense US) et les Marines – et en espionnant des contestataires aux USA. Stratfor affirme qu’elle fait de « l’analyse géopolitique globale ». Eh bien sa portée va beaucoup plus loin que cela.

Tout de suite après la lutte électorale en Côte d’Ivoire, les agences de médias occidentaux, en français et en anglais, n’ont pas de scrupules à imposer la responsabilité de toute la crise à Laurent Gbagbo. Leur assurance m’énervait pour tout vous dire; comme s’ils avaient eu un accès exclusif à certaines informations. Peut-être quelqu’un les avait-il renseignés.

L’institution d’espionnage (aucun autre terme n’est aussi simple et précis à la fois pour décrire cette institution) Stratfor n’a pas seulement couvert de très près les événements tels qu’ils se déroulaient en Côte d’Ivoire, mais a probablement caché un énorme mensonge. Que les médias classiques soient complices n’est pas un scoop; après tout ils dépendent de sources de revenus qui n’aiment pas ce genre d’histoire. Jugez par vous-mêmes.

Pourquoi Stratfor s’intéresse-t-elle à la Côte d’Ivoire?

Des fruits et fèves de cacaoyer

La RCI (République de Côte d’Ivoire) mène la production, ainsi que l’exportation mondiale des fèves de cacao utilisées dans la fabrication du chocolat depuis 2009, fournissant 30% du cacao produit sur la planète. De grands producteurs de chocolat comme Cadbury’s, Hershey’s et Nestlé achètent des productions et des options de cacao ivoirien. Stratfor aussi a de jolis intérêts dans le cacao de Côte d’Ivoire (mail 1039966).

J’ai suivi les traces d’un certain ‘Mark Schroeder, Directeur de l’Analyse pour l’Afrique Sub-Saharienne’ pendant un temps et cet e-mail ne fit que confirmer mes pensées. Pour moi il est celui qui déniche les informateurs africains. Plusieurs courriels le montrent continuellement « gardant le contact » avec eux, où qu’ils soient (5048229, 4980860, 5083146, 5264354, 5114217, 4980457, 5138296, 5141941, 5150875, 5135143, 4984588).

Un autre m’amena à la possible conclusion que Cargill, la multinationale commercialisant des produits agricoles, pouvait être un client de Stratfor (5079189).

La plupart des rapports, deux semaines après le début du conflit, dépeignaient un Gbagbo avec « un ferme contrôle de l’armée » et un Ouattara qui « est largement acclamé et reconnu comme le président de Côte d’Ivoire ». Ils ont cependant omis d’exprimer la position des citoyens sur le sujet. « Des résultats officiels ont dit qu’Alassane Ouattara avait gagné le deuxième tour ». Pourtant, il a essayé une fois ou deux de rassembler des soutiens et de faire face à Gbagbo sans succès. De plus, Abidjan est restée calme deux semaines après le showdown électoral; le coeur des soutiens de Ouattara étant concentré au nord de la RCI, où ils ont essayé de mobiliser des manifestations au cours des quelques derniers jours, mais se sont faits disperser par les forces de sécurité du gouvernement. Un courriel nous éclaire gracieusement sur quelques faits « secrets » sur les factions politiques en RCI (4980408).

L’analyse des sources: Nom de Code CIXXX

La plupart des sources sur la RCI ont présenté une histoire différente de celle mise en images par les médias occidentaux. un tableau Excel intitulé « Africa Source List » que j’ai récupéré donne une longue liste de noms et d’adresses de sources Stratfor en Afrique. Les informateurs comprennent des présidents, des ambassadeurs, des ministres d’état, des représentants de l’ONU, du personnel d’ambassade, des entrepreneurs, des cadres de grandes entreprises, un grand nombre de reporters et de journalistes, des activistes, des étudiants et beaucoup plus (1232132).

Sept personnes ont fourni des renseignements de première main à Stratfor sur ce qui s’est réellement passé sur le terrain en RCI. Leurs compte-rendus de la situation sont choquants et s’orientaient dans une direction très éloignée de celle montrée par les médias. Voici un rapport d’un « missionnaire » en Afrique (952799):

Presque tout ce que vous entendez de la part de la France et de l’ONU est faux. La vie à Abidjan n’est même pas près d’être normale. Il y a des cadavres à chaque carrefour qui pourrissent au soleil pendant des jours. Des bandes armées de criminels en maraude libérés des prisons pour rejoindre son armée (plus de 30000 au dernier compte) par les hommes de Ouattara tuent au hasard à travers tout Abidjan. Ils pillent, tuent, violent, pénètrent dans les habitations et prennent ce qu’ils veulent, volent des voitures et des 4×4. Les hommes de Ouattara vont de maison en maison en prenant les jeunes hommes de plus de 15 ans et en les tuant sur place ou les emmenant quelque part d’où ils ne sont jamais revus. La nourriture commence à manquer, l’eau aussi à certains endroits. Le courant électrique est toujours branché mais n’est pas constant. Les Français essayent toujours de tuer Gbagbo. Ils ont encore bombardé sa maison aujourd’hui. Ils n’attendent pas de l’affamer. Ils attaquent quotidiennement. Ne croyez pas les nouvelles du soir mon ami. Les Français et l’ONU ont tué des milliers de jeunes qui ont offert leurs vies pour protéger leur président sans armes, quand ils ont encerclé sa résidence et le palais présidentiel. Saviez-vous que les Français et l’ONU ont tué beaucoup de civils à la base militaire d’Akouedo. Cette base était la résidence de centaines de familles de soldats. Plus de 2400 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie. Notre famille connaît des familles qui y ont été tuées.

Alors, vous me l’avez demandé. Et voilà. Que ferez-vous avec cette information. Quelqu’un écoute-t-il le Sénateur Jim Unihofe? Il a les données et tout ce que nous avons vu sur internet est exact. Allez à http://groups.yahoo.com/group/osint/message/141423

Dans un autre courriel, il souligne ceci (1401516):

Les choses sont vraiment en train d’empirer. Ce que je vous dis vient de gens qui vivent dans ces zones ou ont des amis et de la famille qui y vivent. À Abobo [un quartier pro-Alassane Ouattara d’Abidjan qui a été le décor principal des affrontements], les forces rebelles ne sont pas des civils, ainsi que les principaux réseaux d’informations le rapportent. Ce sont des militaires entraînés du Burkina Faso, du Mali et d’autres pays. C’est l’ONU qui les transporte jusque dans Abobo et ailleurs, et qui les arme. Beaucoup d’entre eux sont des adorateurs de démons et ils tranchent la gorge de quiconque semblant soutenir Gbagbo, et utilisent le sang et les organes pour un culte sacrificiel brûlant plusieurs fois les gens vivants. […]

Les forces ivoiriennes ont désormais nettoyé la plus grande partie d’Abobo, depuis que le gouvernement a déclaré une zone d’exclusion aérienne. L’ONU a essayé d’amener davantage de troupes dans Abobo par hélicoptère mais le FDS leur a tiré dessus, les manquant volontairement mais tirant tout autour pour les dissuader. Ils sont repartis et n’ont pas essayé de revenir.

L’embargo économique ne fonctionne pas pour la communauté internationale. Les gens ne se rebellent pas et quelques banques sont ouvertes et servent les gens. La seule partie de l’embargo qui fonctionne est l’embargo sur les médicaments. Beaucoup de personnes sont en train de mourir parce qu’ils n’ont pas accès aux médicaments. Des enfants et des personnes âgées qui meurent du paludisme sans le remède simple. Pourtant, ils ne se révoltent pas.

Certains jours vous ne sauriez même pas qu’il y a un conflit. Les gens travaillent, vont à l’école, se marient, vivent la vie. S’ils s’attendent à ce que les gens se rebellent ils se leurrent. Ils ont choisi Gbagbo comme président et ne se révolteront jamais contre lui. Chaque fois que lui ou l’un de ses hommes appelle à une réunion ou un rassemblement, des centaines de milliers de personnes affluent. Si Ouattara appelle pour quoique ce soit, rien ne se passe. Ceci devrait indiquer à tout le monde ce qu’est la vérité. Vous savez, je parle à beaucoup de gens; à ceux à qui je demande, « Et si Gbagbo était tué ou décidait de quitter le pouvoir? Que pensent-ils qu’il se passerait? »

Sans hésiter ils me disent tous qu’ils se battraient jusqu’à ce que le dernier Ivoirien soit mort avant que de laisser Ouattara prendre le pouvoir. Ils disent qu’il devra marcher par-dessus leurs cadavres pour entrer à l’intérieur du palais présidentiel.

Mark, toute cette situation est absurde. Jusqu’où la communauté internationale ira-t-elle pour installer leur homme à la Présidence. Combien devront mourir pour qu’ils puissent contrôler les ressources de ce pays. Ce qui est vraiment triste est que s’ils voulaient vraiment aider le peuple ivoirien, ils pourraient négocier tout ceci, permettre une nouvelle élection et alors les gens les laisseraient volontiers venir dans le pays et aider à amener un réel développement qui bénéficie à tout le monde. Ceci ne donnerait-il pas les mêmes résultats sans tuer tant de monde. Veulent-ils vraiment voir toute cette mort et cette destruction?

S’il vous plaît, comme j’ai déjà demandé, ne révélez jamais mon nom ou d’où vous avez eu ces informations. Ma vie est entre vos mains. Déjà ces terroristes ont tué des journalistes ivoiriens chez eux la nuit pour avoir imprimé ces vérités. Quiconque veut connaître la vérité peut venir ici et la découvrir. Elle n’est pas cachée. Les gens supplient les médias de rapporter la vérité. Mais personne n’écoute. Si qui que ce soit dit la vérité ouvertement sur Ouattara, il envoie ses assassins après eux. Même le président Zuma s’est fait attaquer en quittant le Golf Hotel pour avoir semblé soutenir Gbagbo. Tous les Mauritaniens se font attaquer et leurs commerces se font piller et brûler. Ils quittent maintenant la RCI parce que leur président a soutenu une solution pacifique et une nouvelle élection. »

D’autres commentaires de sa part sont accessibles – 1116097 et 5080310.

Un autre informateur, un professeur de sociologie portant le nom de code CI004 a élaboré sur les intérêts français en RCI (1105024):

La France doit aller si loin pour sortir un président parce que c’est vital pour sa survie…

Si [le président sortant] Gbagbo résiste suffisamment et apporte du changement en RCI (en nationalisant des entreprises françaises, en retirant la RCI du la Banque Centrale d’Afrique de l’Ouest , la BCEAO, par exemple) la France va perdre énormément d’argent. 85% de l’argent de cette banque centrale est déposée à la Banque de France et la RCI fournit 60% de cet argent. Alors imaginez la catastrophe si la RCI sort de la BCEAO. Hier soir j’ai écouté un des ministres de Gbagbo et il a dit ceci: « En nous excluant de la BCEAO, la France et ses partenaires africains nous aident vraiment beaucoup. Nous allons imprimer notre propre argent et contrôler notre économie »…

Donc, quand je dis que c’est vital pour la France c’est parce que d’autres nations pourraient suivre l’exemple de la Côte d’Ivoire; un geste qui, à long terme, peut affaiblir l’économie française.

La prédiction d’une crise?

Tout en analysant la base de données et en cherchant certains termes, un schéma se dessina entre plusieurs courriels différents. Dans une communication (1147942) datée du 1er mai 2010 (à peu près six mois avant le début du conflit), une source personnelle de Stratfor connue pour être le père de Lauren Goodrich, l’analyste senior pour l’Eurasie de Stratfor, de retour d’un voyage à Abidjan et d’un dîner avec l’ancien Premier Ministre et désormais ministre des affaires étrangères Daniel Duncan – qui a juré de poursuivre les politiques économiques de Ouattara d’austérité et de privatisations – rend son évaluation de la situation à Abidjan.

Plus tard, cette conversation peut être lue entre l’analyste Stratfor pour l’Afrique et Marko Papic, l’un des analystes politiques pour l’Eurasie de Stratfor (1141240):

Marko Papic:

Les français mènent deux opérations sur le théâtre africain… Je veux dire je sais, c’est juste 900 hommes en RCI empêchant les pillages et ils étaient déjà déployés dans la région.

Mais quand-même. Ne comparez pas ceci aux USA. La France n’est pas les USA. Comparez-là à ses voisins en Europe. Merde, la Russie pourrait-elle faire un truc pareil?

À quoi mon Mark répond:

Mais les troupes françaises ont été à Abidjan depuis des décennies. C’est comme une deuxième maison pour eux. J’imagine que les traités de défense mutuels ne sont pas honorés cette fois-ci.

Une fois que Gbagbo ait rendu clair qu’il ne quitterait pas le pouvoir et que les troubles ont éclaté, Stratfor avait de sérieuses dents contre Laurent Gbagbo. Dans un courriel, Mark Schroeder discute des besoins que le père de Goodrich peut avoir pour renforcer le dossier de la RCI et ajoute (5025331): « nous observons pour voir comment le camp de Gbagbo réagit, s’ils vont nous faire le coup du Kenya et essayer d’imposer des résultats favorables, ou si les résultats sont défavorables, les bloquer et gérer les retombées, même si cela prend des mois. »

Les bombardements français et onusiens qui se sont ensuivis doivent être considérés d’un point de vue critique. Le changement de régime est en haut de l’agenda de tous les pays occidentaux pour l’Afrique et ils se sont servis du soi-disant Printemps Arabe pour instiller des idées de dissension parmi les Africains sub-sahariens. Au long de tout le conflit, Paris et Washington ont fermé les yeux sur des massacres de civils significatifs par les supporters de Ouattara – dont un seul de jusqu’à 1000 personnes dans un seul village. N’oublions jamais qu’aucune résolution de l’ONU, que ce soit en Libye ou en Côte d’Ivoire, n’a donné d’autorisation formelle d’attaquer de quelque manière que ce soit.

Pour citer une personne, « dans ce monde surréel du « renseignement global », qui a apparemment prédit la date du commencement de la guerre d’Irak, la tentative d’insurrection au Venezuela, le changement de régime aux Philippines. » la RCI est une cour de récré pour eux; le soutien de forces rebelles attaquant un gouvernement légitime depuis le nord.

C’est la honte.

Oh! Joyeuse Fête de l’Indépendance à la Côte d’Ivoire! Beaucoup d’amour à vous! Je le pense…

NOTE: Cet article fut écrit en résultat d’un partenariat d’investigation organisé par WikiLeaks. Toutes les références de données ont été obtenues par WikiLeaks.

Publié par François-Xavier

Source: http://irandpolitics.wordpress.com/2012/08/06/spying-africa-stratfor-emails-reveal-spying-in-cote-divoire/

Traduit depuis le web par Will Summer

En fuite, Qaddafi aurait tenté de trouver refuge auprès des autorités algériennes

Initialement publié en anglais le 24-07-2012 sur Liberté-info.net

Peu d’informations étaient jusque-là disponibles concernant l’éventuelle tentative par l’ancien dictateur libyen de trouver refuge hors du pays qu’il a commandé d’une main de fer pendant quarante-deux années.

Grâce à la publication par WikiLeaks de la suite des GIFiles (les Global Intelligence Files, nom prêté à l’importante masse d’e-mails de la société de renseignement américaine Stratfor, considérée comme étant la CIA de l’ombre, car elle renseigne entre autres le Homeland Security et la Defense Intelligence Agency américains), le public, les journalistes, et les historiens vont pouvoir mieux comprendre et enquêter sur ce qui s’est passé lors de cet épisode de la révolution libyenne, et plus spécialement au regard du rôle joué par l’Algérie.

Liberté-info, association pour la défense des libertés informatiques, a pu obtenir l’accès à la suite des GIFiles, grâce à un partenariat d’investigation organisé par WikiLeaks et impliquant des journalistes, des universitaires, et des organisations de défense des droits de l’homme.

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Après son renversement et sa fuite, il y a eu beaucoup de spéculation si et où Qaddafi chercherait refuge en quittant le territoire libyen. Mais nous savons peu, sinon que finalement il n’a pas quitté le territoire, où il fût rattrapé par les frappes aériennes de l’OTAN avant de tomber et d’être tué entre les mains des rebelles révolutionnaires.

L’Algérie, pays voisin dont la classe dirigeante a observé avec effroi la propagation de la vague démocratique et révolutionnaire qui a débuté en Tunisie et s’est étendue jusqu’à la frontière ouest, au Maroc, a donné l’asile aux principaux proches de Qaddafi: sa femme Safia, ses deux fils Mohamed et Hanibal, et sa fille Aicha. La raison de ce geste seraient d’ordre « humanitaire », d’après l’ambassadeur algérien aux Nations Unies. La grossesse avancée d’Aicha – elle donnera naissance à une fille peu après avoir pénétré le territoire algérien – peut effectivement justifier son entrée à elle, mais pas celle du reste de la famille. La corruption endémique de l’Etat algérien, ainsi que la richesse amassée et probablement en partie transportée par la famille en fuite expliqueraient cet apparent excès de générosité.

Ceci eut lieu à la fin du mois d’août 2011, et mit le gouvernement algérien dans une position fâcheuse envers l’organe provisoire gouvernant la Libye, le Conseil National de Transition (CNT). En effet, la famille de Qaddafi, jugée complice de nombreux crimes du patriarche, était et est toujours voulue en Libye pour y être jugée. Les quatres proches ainsi que la fille d’Aicha se trouvent toujours en Algérie.

En dépit de ses déclarations affirmant qu’il ne quitterait jamais le territoire libyen, des informations provenant des nouvelles publications des GIFiles suggèrent le contraire: le Colonel aurait tenté de trouver l’asile au moins en Algérie.

L’e-mail dont l’identifiant est 120909, daté du 1er septembre 2011 et envoyé par un employé de Stratfor (un « watch officer », qui est le grade au-dessus d’analyste et en-dessous de directeur) à la mailing-liste interne nommée Alpha (qui comprend les analystes, les rédacteurs, et les employés de plus haut niveau) cite une source diplomatique algérienne qui aurait affirmé que Qaddafi (dont le nom de code utiilisé dans la correspondance est « Q », initiale de Qaddafi) aurait tenté de trouver refuge en Algérie en contactant le président algérien Bouteflika. La source déclare que Bouteflika a ignoré les appels répétés du dictateur déchu. Elle suggère aussi que les services de renseignement algériens auraient partagé la localisation du Colonel (qu’ils ont estimé être la ville de Béni Walid) avec leurs confrères britanniques, et aurait prédit qu’il « serait abattu tôt ou tard ».

Malgré la notation moyenne par l’employé de Stratfor de sa source (crédibilité estimée à C, A étant le mieux et F le pire) et de la crédibilité du renseignement (noté à 3-4, 1 étant le mieux sur une échelle de dix), il semblerait avec le recul que le renseignement était plutôt fiable: Qaddafi fût abattu peu après, le 20 octobre 2011 près de Syrte, à moins de 300 kilomètres de Béni Walid.

L’employé de Stratfor a précisé que sa source lui a été présentée par une autre source, ME1 (pour Middle East 1), qui semble être une importante source de Stratfor car il/elle apparaît dans de nombreux mails remontant au moins jusqu’à 2006.

Source: http://blogs.mediapart.fr/blog/mehdi-taileb/260712/exclusif-alors-quil-etait-en-fuite-kadhafi-aurait-tente-en-vain-de-tro

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,13271.0.html

Publié sur Mediapart par Mehdi Taileb

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