Une série de documentaires sur la géopolitique mondiale et les crises politiques au Moyen-Orient

WikiLeaks publie le lien sur Twitter d’une série de documentaires russes (sous-titrés en anglais) sur la géopolitique mondiale, portant entre autres sur les révolutions du monde arabe, les processus de démocratisation qui ont été soutenus par les Etats-Unis et les conséquences de ces révolutions qui ont notamment conduit à une crise des réfugiés en Syrie et l’impact que cela a pu avoir dans plusieurs pays européens.

Les vidéos sont accessibles gratuitement.

Voir la série de documentaires: http://www.liveleak.com/browse?q=world+order+eng+subs

La Pologne, un outil au service des Etats-Unis pour réformer la démocratie dans les anciens pays de l’Est

Europe de l'EstUn câble américain du 5 janvier 2010, publié sur le site Wikileaks (réf. 10WARSAW7), montre l’implication de la Pologne dans la transition et l’effort démocratique des anciens pays de l’Est. Le rôle des ONG y est notamment exposé. En 1999, avec l’entrée de la Pologne dans l’OTAN, ce sont les frontières géostratégiques de l’Europe qui se redessinent. C’est le renforcement de l’Occident et des Etats-Unis face à l’ancien ennemi de la Guerre froide, la Russie. Les câbles Wikileaks témoignent de l’effort constant et de la volonté continue des Etats-Unis d’étendre leur sphère d’influence sur l’Europe de l’Est, comme en Ukraine, ces dernières années. La Pologne apparaît ainsi comme un outil au service des Etats-Unis pour réformer la démocratie dans les anciennes républiques soviétiques.

(SBU: Sensible Mais Non-Classifié) RÉSUMÉ: Lors d’une réunion du 21 octobre, le vice-président, un groupe diversifié de représentants de la société civile polonaise, y compris des organisations actives dans la promotion de la transformation démocratique et l’autonomisation des femmes et des minorités, ont souligné les efforts de la Pologne pour partager son expérience de transformation réussie avec des pays en Europe de l’Est et dans le Caucase. Les participants ont souligné les forces uniques de la Pologne et les défis auxquels ils sont encore confrontés. Notant que la Pologne a bénéficié de l’aide du SEED et de l’USAID dans les années 1990, les participants ont déclaré que la Pologne souhaiterait l’assistance technique et l’expertise des États-Unis pour renforcer la capacité de la Pologne à fournir une aide au développement aux pays tiers. Ils ont exprimé leur confiance dans le fait que le partenariat américano-polonais – réunissant le savoir-faire et l’expérience de la Pologne avec les ressources et l’expertise de développement des États-Unis – soutiendrait les efforts pour renforcer les institutions et les processus démocratiques à l’est. Le vice-président a félicité la Pologne pour tout ce qui avait été accompli et a encouragé les Polonais à continuer de passer d’une pensée de ce que les États-Unis peuvent faire pour la Pologne à ce que les États-Unis peuvent faire avec la Pologne. Il a dit aux leaders de la société civile que la Pologne est un excellent exemple de transition réussie vers la démocratie, et les Polonais devraient avoir confiance en eux-mêmes pour délivrer des conseils. FIN DU RÉSUMÉ.

2. (U) PARTICIPANTS

Etats-Unis ————-
Le vice-président Biden
L’ambassadeur Feinstein [Lee A. Feinstein], ambassadeur américain en Pologne

Société civile polonaise ——————
Jolanta Kwasniewska, ancienne Première Dame de la Pologne et fondatrice de la Fondation Communication Sans Barrières
Bronislaw Misztal, Directeur Exécutif, Secrétariat Permanent de la Communauté des Démocraties
Eleonora Bergman, directrice de l’Institut Historique Juif
Jacek Michalowski, Directeur de programme, Fondation américano-polonaise pour la Liberté
Dorota Mitrus, Présidente de l’Institut Européen pour la Démocratie
Mirella Panek-Owsianska, Présidente du Forum des Entreprises Responsables
Paula Sawicka, Présidente de l’Association République Ouverte
Jacek Strzemieczny, Président du Centre pour l’Education de la Citoyenneté

Comme le souligne le câble Wikileaks, le vice-président américain « a souligné l’importance qu’il avait personnellement placé sur la Pologne en tant que sénateur des États-Unis, en particulier son leadership au Sénat pour l’adhésion de la Pologne à l’OTAN. » L’entrée de la Pologne dans l’OTAN apparaît bien comme faisant partie d’une stratégie américaine qui, dans la continuité de la Guerre froide, a cherché par tous les moyens à intégrer les anciens pays soviétiques et à contrer la puissance russe. Mais cela fait aussi partie d’une stratégie globale: les Etats-Unis semblent, en effet, intéressés par l’idée de dominer globalement, économiquement et politiquement, en Europe et dans le monde — un défi et un objectif pour les années à venir, comme le révèlent les paroles du vice-président Biden:

Une Europe « entière et libre » est l’une des deux bases de la construction d’un appareil de sécurité globale pour le 21ème siècle, et les pays d’Europe Centrale sont prêts à jouer un rôle de premier plan. (par. 3)

La Pologne apparaît également jouer un rôle dans le changement démocratique en Ukraine. Cette volonté des représentants polonais d’assister et d’aider les Etats-Unis est présentée comme une « obligation morale » par Jacek Michalowski, directeur de programme à la Fondation américano-polonaise pour la Liberté, qui travaille aujourd’hui au cabinet de la Présidence polonaise. Parce que les Etats-Unis ont aidé la Pologne à se libérer du communisme dans les années 80, les polonais se sentent « obligés » de continuer la bataille pour la démocratie dans les anciennes républiques soviétiques. Jacek Michalowski souligne aussi le rôle des ONG polonaises et il demande explicitement au vice-président américain d’encourager l’aide financière de ces ONG pour renforcer l’effort de transition en Europe de l’Est. Le paragraphe 6 du câble est plus précisément consacré à l’Ukraine. On apprend que:

Alors que les organisations polonaises font face à une rude concurrence pour les subventions et travaillent donc dur pour identifier des partenaires efficaces, ce n’est pas toujours facile, dit Michalowski. (par. 6)

Les protestations actuelles en Ukraine contre le gouvernement peuvent apparaître aujourd’hui comme le fruit d’efforts communs, ces dernières années, entre des groupes d’opposition et des ONG plus ou moins financées par les Etats-Unis, comme le démontre ce câble diplomatique. Les Etats-Unis se sont beaucoup impliqués pour obtenir un changement politique en Ukraine. Dorota Mitrus, présidente de l’Institut Européen pour la Démocratie, parle notamment du rôle de sa propre ONG pour organiser par exemple « des stages et des programmes d’échange pour les fonctionnaires du gouvernement ukrainien« . Si la Pologne a joué un rôle, d’autres pays ont certainement aussi joué un rôle dans la prise de contact et le renforcement des liens avec l’opposition ukrainienne. Ce câble n’offre qu’un petit aperçu des moyens mis en oeuvre par les Etats-Unis. De la même manière, le groupe des Femen présent en Ukraine a de fortes chances d’avoir été initié et soutenu par le gouvernement américain, dans le cadre de cette stratégie de réforme en Europe de l’Est. Ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine résulte donc de tout ce qui a été entrepris par les Etats-Unis pendant ces dernières années et par les efforts multiples qui ont accompagné les nombreuses prises de décision.

A la lumière de ce document diplomatique, on peut se demander, d’une part, où s’arrêtera la stratégie de démocratisation en Europe de l’Est. Le câble diplomatique cite les pays de l’Est et le Caucase, une région qui inclut la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Est-ce que les Etats-Unis vont ainsi continuer leurs programmes de démocratisation en ciblant ces pays, qui sont tous d’anciennes républiques soviétiques? C’est probablement ce à quoi on peut s’attendre pour les prochaines années. Ce sont les derniers actes de l’histoire de la Guerre froide, où les Etats-Unis vont symboliquement aux portes de la Russie comme s’ils s’emparaient des anciens territoires qui leur avaient été confisqués pendant le communisme. Les Etats-Unis ne cherchent pas seulement à apporter la démocratie dans ces pays, ils viennent aussi chercher une partie de leur orgueil perdu dans le passé face à l’empire communiste.

D’autre part, on peut aussi se demander si les guerres en Afghanistan et en Irak n’ont pas fait également partie, ces dernières années, de cette stratégie américaine qui a consisté à mettre en place des programmes pour la démocratie dans le but de contrer la Russie et d’affaiblir sa puissance. Si les programmes de démocratisation des pays de l’Est ont eu pour objectif d’amener les anciens pays soviétiques dans la sphère d’influence américaine, est-ce que les programmes de démocratisation au Moyen-Orient ont eu le même rôle? A savoir, les Etats-Unis ont-ils cherché avec les guerres au Moyen-Orient à étendre leur influence politique et idéologique dans le monde, par crainte de voir la Russie s’emparer de certaines richesses ou bien par crainte qu’elle puisse étendre son influence politique et idéologique? Ceci semble toujours évident, que derrière tout ce que les Etats-Unis nomment « programmes de démocratisation », se cache en fait la volonté de continuer une certaine forme de Guerre froide contre la Russie — une guerre à la fois politique, idéologique et stratégique.

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/10WARSAW7_a.html

Bahar Kimyongür: « La Syrie aiguise l’appétit de tous les ogres qui l’entourent »

combats-syrie

Le Temps d’Algérie, 4 octobre 2013

Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie, au Temps d’Algérie :

Bahar Kimyongür, né le 28 avril 1974 à Berchem-Sainte-Agathe, en Belgique, est un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes. Dans sa région d’origine en Turquie, proche de la Syrie, des affrontements ont également eu lieu entre des réfugiés syriens sunnites et des Turcs alaouites, dont certains ont pris partie pour Assad.

Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), qualifie les États-Unis de «pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie». Il est signataire d’un «appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci».

La Syrie étant, selon lui, «victime d’un complot». Dans cet entretien accordé au Temps d’Algérie, Bahar Kimyongür évoque la «manipulation» dans l’affaire de l’utilisation d’armes chimiques, le parti pris d’une partie de la presse mondiale dans le conflit en Syrie et les soutiens à Al Qaïda dans ce pays. Il évoque également ses démêlés avec Erdogan, le Premier ministre turc, les tentatives d’extradition dont il a fait l’objet, et parle d’une troisième voie dans l’attaque chimique d’Al Ghouta.

Le Temps d’Algérie : Présentez-vous à nos lecteurs.

Bahar Kimyongür : Je suis un Belgo-Turco-Syrien : Belge de naissance, Turc de papier et Syrien de cœur. Je suis, par ailleurs, un observateur indépendant du conflit syrien, un militant pour la paix et un anti-impérialiste convaincu. Bien que né en Belgique, j’ai grandi à la fois dans l’amour pour la Syrie souveraine, progressiste et multiconfessionnelle et dans la méfiance envers les moukhabarate (services secrets,ndlr) du régime de Damas.

Mes parents sont originaires d’Antioche, le chef-lieu du Liwa Iskandarone (Sandjak d’Alexandrette), une province historiquement syrienne offerte par la France coloniale à la Turquie kémaliste en 1938. Antioche est le fameux Hatay par où transitent les djihadistes qui se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement syrien. Depuis la nuit des temps, Antioche est « la porte de la Syrie ». Aujourd’hui, les mercenaires takfiris l’appellent « la porte du djihad ».

Pourquoi, selon vous, certains gouvernements et une partie de la presse mondiale refusent la « présomption d’innocence » au gouvernement syrien dans l’attaque chimique d’El Ghouta ?

Parce que ces gouvernements n’ont pas le moindre sens de la justice. Ils campent à la fois sur le rôle de juge, de procureur, de partie civile et de bourreau dans le conflit syrien. La Syrie aiguise l’appétit de tous les ogres qui l’entourent : l’empire yankee et l’ex-puissance mandataire française décadents, le colosse néo-ottoman au pied d’airain, l’entité sioniste soucieuse d’élargir son « lebensraum », les royaumes wahhabites du Golfe obsédés par leur hostilité envers l’Iran et les chiites et les coupeurs de tête d’Al Qaïda.

La Russie a présenté des preuves, dont des images satellite montrant que des missiles ont été tirés à partir d’un quartier occupé par les rebelles, accusant « l’opposition » d’être l’auteur de cette attaque. D’autre part, la Turquie a arrêté des djihadistes en possession du gaz sarin. Pourquoi ces faits sont-ils ignorés par certains gouvernements et une partie de la presse mondiale ? Les images satellite de la Russie, censées prouver que les missiles chargés de gaz Sarin ont été tirés depuis le quartier insurgé de Douma, ont été transmises au Conseil de sécurité des Nations unies. Elles demeurent inaccessibles. De toute façon, même la preuve la plus concluante de l’emploi d’armes chimiques par les rebelles ne pourrait convaincre les médias aux ordres.

Leur but est de servir des intérêts stratégiques et non des principes moraux. Quant aux agents chimiques découverts par la police turque dans un appartement occupé par des militants du Front al Nosra à Adana, il s’agirait de produits entrant dans la composition d’armes chimiques mais pas du gaz Sarin.

Il y a néanmoins d’autres éléments incriminant les rebelles : l’enquête de terrain réalisée par un collègue de la journaliste américaine Dale Gavlak, le témoignage de deux otages belges qui ont entendu des chefs rebelles s’attribuer la paternité de l’attaque chimique, les aveux du commandant rebelle Nadim Baloush, certaines images vidéos non authentifiées de rebelles munis de masques à gaz et tirant vraisemblablement des armes chimiques, le précédent de l’attaque au gaz survenue en mars dernier contre une position loyaliste à Khan Al Assel près d’Alep, des vidéos de terroristes gazant des lapins à titre expérimental et menaçant ensuite d’exterminer les alaouites.

Il y a, par ailleurs, de sérieux doutes sur la fiabilité de certaines vidéos de l’attaque chimique diffusées par les rebelles. L’expert en armes chimiques de l’Institut de médecine légale de Cranfield Stephen Johnson fait partie des sceptiques. Les gouvernements occidentaux, leurs alliés wahhabites et leurs médias font mine d’ignorer ces indices pour la simple raison qu’ils ne sont pas rentables.

Que pensez-vous de l’hypothèse selon laquelle l’utilisation d’armes chimiques profiterait aux djihadistes sévissant en Syrie et qui, par cet acte criminel, cherchent à obtenir une intervention militaire étrangère pour les sauver de l’avancée sur le terrain de l’armée syrienne ?

C’est, semble-t-il, l’hypothèse la plus probable, la plus logique aussi. Des opposants connus, comme Haytham Manna de la Coordination nationale pour le changement démocratique, et le leader du parti kurde de l’Union démocratique (YPD) Saleh Muslim, doutent également d’une implication du gouvernement syrien dans l’attaque chimique d’Al Ghouta.

Vous avez évoqué, pour les armes chimiques, « l’hypothèse d’une troisième force ». Pourriez-vous nous l’expliquer ?

Accuser le régime d’avoir déversé des gaz mortels sous le balcon du palais présidentiel paraît aussi invraisemblable que d’affirmer que les rebelles sont capables de tuer leurs propres familles. Un responsable sécuritaire de Damas, que j’ai contacté, doute lui aussi que les rebelles d’El Ghouta aient planifié un suicide collectif pour susciter une intervention militaire internationale. Il penche pour l’hypothèse d’une troisième force experte dans les opérations « false flags » liée à un service étranger. Rappelons que la Syrie est devenue une passoire, un terrain propice pour toutes sortes d’opérations barbouzardes. Des agents étrangers peuvent facilement prendre la forme de l’un ou l’autre des belligérants et organiser une provocation.

Le chef du renseignement saoudien et parrain du terrorisme international Bandar Ben Sultan est un champion en la matière. Les agences israéliennes comme le Mossad ou Aman sont elles aussi coutumières de ce type d’opérations. L’attentat contre Rafiq Hariri, en 2005, est un exemple éclatant du savoir-faire israélien en matière de false flag. Plus, l’accusé désigné comme tel par le vrai coupable aura des difficultés à prouver son innocence, plus l’action sera réussie. L’attaque chimique d’El Ghouta ressemble à une provocation qui, en définitive, ne profite ni à l’un ni à l’autre camp.

Des organisations djihadistes, sévissant en Syrie, s’entretuent. Treize parmi ces organisations ont déclaré ne pas reconnaître le gouvernement provisoire mis en place par « l’opposition ». Certains croient que cette situation est due à une guerre des services de renseignements et une guerre d’influence d’autres pays. Qu’en pensez-vous ?

Le confit syrien ressemble de plus en plus à une guerre de tous contre tous. Il arrive que les diverses milices s’entretuent pour le partage du butin mais leurs divergences sont souvent de nature idéologique. Par exemple, au Nord, les autonomistes kurdes du YPG s’opposent aux groupes armés syriens pour trois raisons : en tant que laïcs, ils rejettent le projet politique des djihadistes syriens et en tant que nationalistes, ils accusent ces mêmes djihadistes à la fois de nier l’identité kurde au profit de la suprématie arabe et de collaborer avec le régime d’Ankara farouchement opposé à l’établissement d’un Kurdistan syrien à ses frontières. A Azaz et Raqqa, les groupes rebelles ont été attaqués et chassés par l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), un gang ultraviolent lié à Al Qaïda.

L’EIIL accuse ses concurrents d’apostasie. Pourtant, les groupes visés par Al Qaïda sont généralement tout aussi anti-chiites et partisans d’un Etat sectaire appliquant la charia.L’autre fracture se situe entre, d’une part, les quelques brigades islamiques qui affirment encore leur loyauté envers le commandement de l’Armée syrienne libre et, d’autre part, les puissantes formations islamiques rivales.

Les seconds accusent les premiers de servir un agenda occidental. Pour autant, certaines formations djihadistes liées à des services de renseignement étrangers différents se coordonnent. Liwa al Tawhid, omniprésent à Alep, est lié aux services secrets turcs tandis que Liwa al Islam actif dans le gouvernorat de Damas est encadré par les moukhabarate saoudiennes. Pour le moment, il n’y a pas de rivalité apparente entre ces deux groupes. Mais, comme en Afghanistan, les alliances entre seigneurs de guerre se font et se défont selon les opportunités du moment. Amis un jour, ennemis pour toujours…

Vous avez annoncé qu’Erdogan vous persécute avec un dossier vide. Pouvez-vous nous en parler ?

Erdogan a fait de la chasse aux dissidents un sport national. Mes déboires judiciaires ont toutefois commencé avant l’arrivée de l’AKP au pouvoir. C’était, il y a 13 ans, suite à une manifestation pacifique au Parlement européen. J’ai chahuté un ministre turc venu chanter à Bruxelles les mérites de la démocratie turque devant un public acquis. Mon action n’a pas plu aux autorités turques.

Depuis, je suis accusé de terrorisme. A défaut de pouvoir me bâillonner, le régime d’Ankara a exercé des pressions considérables pour me faire condamner par la justice belge. Dans un premier temps, les autorités belges se sont comportées en janissaires du sultan Erdogan. Mais grâce à la résistance et à la solidarité de la société civile belge, le pouvoir a finalement abandonné les poursuites à mon encontre.

Il y aurait eu une tentative de votre extradition vers la Turquie ?

J’ai subi deux tentatives d’extradition, une fois en 2006 et une seconde fois cette année. Suite à mon action pacifique du 25 novembre 2000, le régime d’Ankara s’était empressé d’avertir Interpol pour me faire arrêter et extrader vers la Turquie. En tant que citoyen belge, j’étais à l’abri du mandat d’arrêt international car la Belgique n’extrade pas ses nationaux. Toutefois, en avril 2006, j’ai été arrêté aux Pays-Bas en vertu de ce mandat.

A l’époque, j’ignorais tout du signalement Interpol. Finalement, un tribunal néerlandais a jugé la demande turque irrecevable et m’a libéré après 68 jours de détention. J’ai pu rentrer chez moi, en Belgique, où m’attendait un tribunal d’inquisition qui a fini par m’acquitter en 2010, après quatre jugements et trois cassations, un record en Belgique. Malgré cette fin heureuse, je reste menacé par le même mandat d’arrêt international car une fois que l’on tombe dans le fichier d’Interpol, on n’en sort plus.

En juin dernier, j’ai été arrêté dans la cathédrale-mosquée de Cordoue en Espagne toujours selon le même motif : celui du chahut du ministre au Parlement européen, une action pacifique aujourd’hui vieille de treize ans. Comme il n’existe aucun tribunal permettant de se désinscrire du fichier d’Interpol, je reste à la merci de l’Inquisition néo-ottomane.

Entretien réalisé par Mounir Abi
4 octobre 2013


Bahar Kimyongür, né le 28 avril 1974 à Berchem-Sainte-Agathe, en Belgique, est un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes. Dans sa région d’origine en Turquie, proche de la Syrie, des affrontements ont également eu lieu entre des réfugiés syriens sunnites et des Turcs alaouites, dont certains ont pris partie pour Assad. Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), qualifie les États-Unis de « pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie ». Il est signataire d’un « appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci ».

Source: http://www.letempsdz.com/content/view/103112/186/

Wikileaks: Le point de vue des diplomates américains sur les réformes politiques au Yémen

ID de Référence: 04SANAA1193
Sujet: GME [Grand Moyen-Orient]: REFORME DU STYLE YEMENITE
Origine: Embassade Sanaa, Yémen Classification: CONFIDENTIEL
Créé: 18 Mai 2004 Publié: 30 Août 2011
Tags: DEMOCRATIC, KDEM, PGOV, PREL, REFORM, YM

Ce document est un extrait partiel du câble d’origine. Le texte intégral du câble d’origine n’est pas disponible.

Classé par: Ambassadeur Edmund J. Hull pour les raisons 1.5 (b, d)

1. (C) Résumé: L’ambassade de Sanaa continue à engager les leaders du gouvernement, de la société civile et des entreprises sur les projets de proposition du Grand Moyen-Orient [GME: Greater Middle East] (réf. A). Alors que la plupart des interlocuteurs expriment une opposition à l’idée d’une réforme étant « imposée de l’extérieur de la région », la discussion générée par le GMEI, ou Greater Middle East Initiative  [Initiative sur le Grand Moyen-Orient], semble avoir encouragé une attention accrue sur les efforts de réforme au sein du Yémen. L’acceptation du président Saleh pour assister au sommet du G-8 et pour accueillir la proposition de projet pilote sur la microfinance (refs c et d), ainsi que les efforts de réforme par des acteurs non-gouvernementaux, indiquent une plus grande volonté de permettre aux considérations pratiques de l’emporter sur la réticence provenant de la colère sur l’Irak, le MEPP, ou Middle East Peace Process [Processus de Paix au Moyen-Orient] et le scandale de la prison d’Abou Ghraib. Les efforts de réforme en cours au Yémen, y compris la réforme économique et l’attention accrue, récente, du parlement sur ​​la corruption du gouvernement, illustrent le fait que les graines de la réforme sont déjà
croissantes au Yémen. Quelques interlocuteurs ont indiqué des opinions
sur l’une des propositions spécifiques, préférant faire des remarques générales et/ou se concentrer sur ce qui est nécessaire au Yémen. Fin de Résumé.

REACTION DU LEADERSHIP POLITIQUE

2. (C) L’ambassadeur a rencontré le conseiller présidentiel senior et l’ancien Premier ministre Dr. Abdul Karim al-Iryani le 11/5. Iryani a dit qu’il voit une « évolution positive » dans les attitudes arabes envers le GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] qu’il s’attend à voir se refléter dans les résultats du sommet arabe du 22 au 23 mai. Il a déclaré qu’il comprenait que les Ministres des Affaires étrangères arabes aient convenu d’une position généralement positive sur la réforme, sans nécessairement faire référence au GMEI. Il a noté qu’un point d’achoppement a été (et reste peut-être) le refus saoudien d’approuver la démocratie multipartite. Iryani a noté un « ferment sain » sur la réforme au Yémen. Il a soulevé deux préoccupations sur le GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient]. Il a demandé s’il y avait « aucune viande » pour les propositions , auquel l’ambassadeur a remarqué qu’il y avait l’initiative de microfinance (ref d). Il a déclaré que l’opinion publique arabe continue de percevoir le GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] comme une esquive pour s’engager sérieusement sur la question palestinienne, si c’est oui ou non le cas.

3. (C) A l’exception du Premier ministre Ba Jammal, les réactions du ROYG [République du Gouvernement du Yémen] aux niveaux les plus élevés sont révélateurs d’un soutien, avec l’acceptation du président Saleh de l’invitation à Sea Island et le soutien écrit du vice-premier ministre Sofan dans une lettre (réf. c et d). Le PM [Premier Ministre], cependant, a fait une
déclaration à la presse que la seule réforme dont le Yémen a besoin, c’est l’unification. Commentaire: Le PM [Premier Ministre] est tristement célèbre pour la fabrication de déclarations en dehors du ROYG [République du Gouvernement du Yémen] et est actuellement sous pression pour un scandale de corruption. Fin de commentaire.

4. (U) Le conseil consultatif (ou Shura), la chambre haute du Yémen composée de 111 membres, a tenu une conférence les 17-18/05 pour discuter le Rapport 2003 sur le développement humain arabe et les documents du GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] en présence des responsables de haut rang de la ROYG [République du Gouvernement du Yémen], (y compris le Vice-Premier Ministre Sofan, le Ministre des Affaires Etrangères Qirbi et al-Iryani), les partis politiques, les ONG, les universitaires et autres.

LES ONG ET LES THINK TANKS ACTIFS SUR LES QUESTIONS ; LES PARTIS POLITIQUES

5. (U) Plusieurs ONG et think tanks ont récemment tenu des séminaires et des débats sur les réformes au Yémen. Par exemple, l’Institut du Yémen pour le développement démocratique [The Yemeni Institute For Developing Democracy] (YIDD) a tenu un atelier fin avril, en présence des partis politiques, des journalistes et autres intellectuels où le Ministre des Affaires Etrangères s’est exprimé. Le teneur du discours s’est centrée autour de l’alimentation de la réforme au sein du Yémen, tout en ne permettant pas que la réforme soit imposée de l’extérieur. Un leader éminent du think tank, Dr. Fares al-Saqqaf, a tenu des discussions avec le gouvernement, l’opposition et des Yéménites non-partisans, avec des Emboffs, ou Embassy Officers [Officiers d’Ambassade], invités à écouter. Même si quelques références ont été faites à l’absence de solutions entre Israël-Palestine dans l’initiative et au rejet de la réforme venant de l’extérieur, la grande partie de la discussion s’est pratiquement concentré sur ​​les réformes nécessaires au sein du Yémen. Le Dr. al-Saqqaf a dit au représentant Pol/Econ [Economie Politique] qu’il a formé un comité de leaders venant du gouvernement, des partis politiques et des ONG, incluant le Vice-Ministre des Affaires Etrangères Mustafa Noman (ref b), afin de formuler une « Initiative nationale pour la réforme politique. »

6. (C) Un leader important d’ONG, Izzedine al-Asbahi, de l’Information and Training Center for Human Rights [Centre pour l’Information et la Formation aux Droits de l’Homme] (HRITC), a fait écho à plusieurs autres interlocuteurs quand il a dit représentant de l’Economie Politique qu’il était soucieux du fait que les récents scandales concernant des abus à Abou Ghraib ont amoindri la crédibilité des Etats-Unis dans la promotion des réformes, et qu’il considèrait cela comme une évolution décevante pour la région.

7. (U) Les partis politiques de l’opposition ont profité de l’occasion présentée par le GMEI [Greater Middle East Initiative] pour faire pression sur le ROYG pour la poursuite d’une réforme au sein du Yémen, bien que la plupart des partis ont rejeté publiquement toutes les initiatives de réforme venant de l’Occident. Le Parti Socialiste du Yémen (YSP) est le plus favorable parmi les partis politiques. Le Secrétaire général du YSP [Parti Socialiste du Yémen], Ali Saleh Obad Muqbil, était cité dans un discours prononcé à son Comité Central le 6/05 (publié dans le journal du parti), « cette proposition créée par les initiatives internationales en faveur des réformes dans la région fournit une occasion précieuse pour la volonté de réforme et de changement aux niveaux nationaux de tous les Etats arabes et musulmans. Par conséquent, nous devons nous précipiter pour saisir le moment afin de générer une importante force de pression pour accomplir des réformes réelles. » Les dirigeants du YSP [Parti Socialiste du Yémen] à Taiz, la troisième plus grande ville du Yémen, ont fait écho à ce sentiment au représentant de l’Economie Politique, en remarquant que la pression venant de l’extérieur était utile dans leur lutte pour la réforme du Yémen, mais ont aussi exprimé l’espoir que les initiatives seraient mises en pratique, et non simplement rhétoriques. Le deuxième plus grand parti d’opposition Islah a affiché un scepticisme au niveau central sur la question de savoir si le GME [Greater Middle East] « mettrait fin au soutien du régime ou aux demandeurs de réforme », tandis que les modérés d’Islah à Taiz ont exprimé un soutien prudent au représentant de l’Economie Politique.

COMMENTAIRE

8. (C) Les interlocuteurs de l’Ambassade semblent divisés entre la volonté de soutenir le GMEI, ou Greater Middle East Initiative  [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] pour leurs propres raisons, à savoir l’arrosage des graines de la réforme du Yémen, et le fait d’être réticents à soutenir toute initiative qui vienne de l’extérieur. Plusieurs ont remarqué un manque décisif de crédibilité découlant du scandale récent des abus de la prison en Irak et de l’absence de la question palestinienne. L’exploration généralisée de l’agenda des réformes provient tout de même probablement d’une volonté typiquement yéménite d’avoir des calculs politiques pratiques, internes et externes, et le désir du Yémen de maintenir ce qu’il perçoit comme son leadership dans la réforme politique de la région. Fin de commentaire.
HULL

Source: http://www.cabledrum.net/cables/04SANAA1193

Les diplomates américains évaluaient les façons de déstabiliser Bachar al-Assad en 2006

ID de référence: 06DAMASCUS5399
Sujet: INFLUENCER LE SARG A LA FIN DE L’ANNÉE 2006
Origine: Ambassade à Damas, en Syrie Classification: SECRET
Création: 13 décembre 2006 Sortie: 3 août 2011
Tags: PGOV, PREL, PITRE, SY

SECTION SECRETE 01 DU 04 DAMAS 005399

SIPDIS

SIPDIS

NEA / ELA
NSC POUR MARCHESE
TRÉSOR POUR GLASER / LEBENSON

EO 12958: DECL: 30/11/2016
TAGS: PGOV, PREL, PITRE, SY
OBJET: INFLUENCER LE SARG A LA FIN DE L’ANNÉE 2006

Classé par: CDA William Roebuck, pour les raisons 1,5 b/d

  1. (S) Résumé. Le SARG [Gouvernement de la République Arabe Syrienne] finit 2006 dans une position beaucoup plus forte au niveau national et international qu’il ne l’a fait en 2005. Bien qu’il puisse y avoir une pression bilatérale ou multilatérale supplémentaire qui peut influer sur la Syrie, le régime est basé sur une petite clique qui est en grande partie à l’abri de telles pressions. Cependant, la confiance grandissante de Bachar Assad – et le recours à cette petite clique – pourrait l’amener à faire des erreurs et à prendre des décisions politiques mal jugées par marque de réactions émotionnelles face aux défis, nous fournissant ainsi de nouvelles opportunités. Par exemple, la réaction de Bachar à la perspective du tribunal Hariri et à la publicité pour Khaddam et les frontières du Front de salut national frôle l’irrationnel. En outre, Bachar a rapporté le souci de son image, et la façon dont il est perçu au niveau international est une potentielle charge dans son processus décisionnel. Nous pensons que les faiblesses de Bachar reposent dans la façon dont il choisit de réagir à des problèmes qui se profilent, à la fois perçus et réels, comme le conflit entre les mesures de réforme économique (cependant limitées) et les forces enracinées, corrompues, la question kurde, et la menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit. Ce câble résume notre évaluation de ces vulnérabilités et suggère qu’il peut y avoir des actions, des déclarations, et des signaux que l’USG [Gouvernement des Etats-Unis] peut envoyer qui permettront d’améliorer la probabilité de telles opportunités qui se présentent. Ces propositions devront être étoffées et converties en actions concrètes, et nous devons être prêts à nous déplacer rapidement pour prendre l’avantage de ces opportunités. Beaucoup de nos suggestions soulignent l’utilisation de la Diplomatie Publique et plus de moyens indirects pour envoyer des messages qui influencent l’intérieur du cercle. Fin du Résumé.

2. (S) Alors que la fin de l’année 2006 approche, Bachar apparaît par certains moyens plus fort qu’il ne l’a été pendant deux ans. Le pays est économiquement stable (au moins pour le court terme), l’opposition interne à laquelle le régime est confronté est faible et intimidée, et les questions régionales semblent aller dans le sens de la Syrie, selon la perspective de Damas. Néanmoins, il y a certaines vulnérabilités de longue date et des enjeux qui se profilent qui peuvent offrir des possibilités d’élever la pression sur Bachar et son cercle intérieur. La prise de décision du régime est limitée à Bachar et à un cercle intérieur qui produit souvent des décisions tactiques mal pensées et des approches parfois émotionnelles, tels que le discours universellement moqué de Bachar daté du 15 Août. Certaines de ces vulnérabilités, telles que les vues quasi irrationnelles du régime sur le Liban, peuvent être exploitées pour faire pression sur le régime. Les actions qui conduisent Bachar à perdre l’équilibre et augmenter son insécurité sont dans notre intérêt, parce que son inexpérience et le cercle de décision extrêmement petit du régime le rendent sujet aux trébuches diplomatiques qui peuvent l’affaiblir à l’échelle nationale et régionale. Alors que les conséquences de ses erreurs sont difficiles à prévoir et que les bénéfices peuvent varier, si nous sommes prêts à agir rapidement pour prendre avantage des opportunités qui peuvent se présenter, nous pouvons avoir un impact direct sur le comportement du régime là où il faut – Bachar et son cercle intérieur.

Lire l’intégralité du câble: http://www.cabledrum.net/diff/06DAMASCUS5399

Traduction intégrale du câble sur le Forum Wikileaks: http://www.wikileaks-forum.com/french/315/plusdcomment-influencer-le-gouvernement-arabique-national-syrien-fin-2006/23229/

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