Le rôle des hackers pour contrer la surveillance et promouvoir la démocratie – Sebastian Kubitschko

publié sur cogitatiopress.com (2015)

Résumé

Les pratiques liées aux technologies et aux infrastructures médiatiques (MTI) sont une partie de plus en plus importante des constellations démocratiques, en général, et des tactiques de la surveillance, en particulier. Cet article ne cherche pas à discuter de la surveillance en soi, mais plutôt d’ouvrir une nouvelle ligne d’enquête en présentant la recherche qualitative sur le Chaos Computer Club (CCC), l’une des plus grandes organisations de hackers dans le monde et l’une des plus anciennes organisations en Europe. Malgré la conception de longue date du piratage animé d’une signification politique, la portée et le style d’engagement des hackers avec les nouveaux enjeux liés à la surveillance restent mal compris. La raison de cet article est d’examiner le CCC en tant qu’organisation de la société civile qui agit contre les assemblages contemporaines de la surveillance de deux façons: tout d’abord, en dé-construisant la technologie existante et en soutenant, construisant, en maintenant et en utilisant des technologies et des infrastructures de médias alternatifs qui permettent une communication plus sécurisée et anonyme; et deuxièmement, en articulant leur expertise en matière de MTI contemporaine à un large éventail d’auditoires, de publics et d’acteurs. Soulignant l’importance de la «vie privée» pour le bien-être de la démocratie, je soutiens que l’organisation de hacker co-détermine « les espaces interstitiels dans les pratiques de traitement de l’information » (Cohen, 2012, p. 1931), et ce faisant, agit sur les caractéristiques structurelles indispensables des constellations démocratiques contemporaines.

Télécharger l’étude en ligne: http://www.cogitatiopress.com/ojs/index.php/mediaandcommunication/article/view/281

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Le développement durable est un échec, mais il existe des alternatives au capitalisme

Partout dans le monde, les mouvements de justice environnementale mettent en difficulté le développement axé sur la croissance et le capitalisme néolibéral

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The Guardian, par Ashish Kothari, Federico Demaria et Alberto Acosta, le 21 juillet 2015

Face à l’aggravation des crises écologiques et économiques et à la misère sociale continuelle, les deux dernières décennies ont vu deux grandes tendances se dégager parmi celles qui cherchent la durabilité, l’égalité et la justice.

Il y a d’abord l’économie verte et les approches de développement durable qui dominent le prochain sommet sur le climat à Paris et les objectifs de développement durable (ODD) post-2015. À ce jour, ces mesures ont échoué à fournir une harmonisation de la croissance économique, du bien-être social et de la protection de l’environnement.

Les paradigmes de l’écologie politique, d’un autre côté, demandent des changements plus fondamentaux, en contestant la prédominance du développement axé sur la croissance et fondé sur les combustibles fossiles, le capitalisme néolibéral et les formes apparentées de ce qu’on appelle la démocratie représentative.

Cette quête sans fin pour la croissance verra l’autodestruction de la Grèce. (Jennifer Hinton à Athènes)

Les fausses réponses de l’économie verte

Si on regarde la politique environnementale internationale des quatre dernières décennies, le radicalisme initial des années 1970 a disparu.

Le document final du sommet 2012 de la Conférence Rio+20, L’avenir que nous voulons [UN.org], n’a pas réussi à identifier les racines historiques et structurelles de la pauvreté, de la faim, de la non-durabilité et de l’inégalité. Celles-ci comprennent: la centralisation du pouvoir de l’État, les monopoles capitalistes, le colonialisme, le racisme et le patriarcat. Sans diagnostic pour savoir qui ou quoi en est responsable, il est inévitable que les solutions proposées ne seront pas assez transformatrices.

Lire la suite: http://www.theguardian.com/sustainable-business/2015/jul/21/capitalism-alternatives-sustainable-development-failing

Les questions que les journalistes d’Arte ne se posent pas dans leur communiqué sur les lanceurs d’alerte

640px-Open_Data_stickersJ’ai pu lire récemment sur Twitter ce beau tweet d’@ARTEInfo qui pose la question: « Les lanceurs d’alerte sont-ils les héros d’aujourd’hui? » en donnant le lien d’un communiqué publié en août 2014, « Alerte, whistleblowers en activité ». Bien sûr, la question mérite d’être posée, surtout à la télévision, où si peu de débats et d’émissions s’intéressent à ce sujet. Néanmoins, la plupart d’entre nous – nous, citoyens modernes – nous avons déjà la réponse à ce sujet. C’est dommage qu’Arte se limite à poser une question aussi simple sur les lanceurs d’alerte, alors qu’il y a des questions beaucoup plus complexes. Oui, les lanceurs d’alerte sont des héros et la majorité de la population souhaite que des citoyens, comme eux, mettent fin à la corruption, aux crimes et aux injustices commises au sein de nos gouvernements. Que les gouvernements soient directement responsables ou partiellement impliqués dans certaines affaires, il est évident que les lanceurs d’alerte accomplissent un acte utile envers la société, et qu’ils manifestent ainsi leur dévouement envers un idéal démocratique qui nous unit tous, plus ou moins.

Ce que les journalistes d’Arte ne posent pas comme question, c’est que les gouvernements eux-mêmes ont un intérêt à promouvoir la transparence politique, et à travers elle, les lanceurs d’alerte. Il en va de la survie de notre système démocratique. Tout d’abord, parce que la corruption coûte cher aux gouvernements et parce que les sommes qui sont détournées dans les affaires de corruption sont de l’argent public qui appartient à l’Etat et qui doit servir la collectivité. Les affaires de corruption dans un système démocratique sont comme des trous dans un morceau de gruyère: plus il y en a, plus le système est fragilisé. C’est pourquoi les Etats ont un intérêt certain à promouvoir la transparence politique et les lanceurs d’alerte dans cette lutte contre la corruption. Les Etats ont besoin d’économiser de l’argent, surtout en temps de crise économique, et de maîtriser les dépenses budgétaires.

Ensuite, les lanceurs d’alerte sont utiles aux gouvernements pour conduire les réformes politiques qui permettent d’améliorer notre système de gouvernance. L’open data et l’open gov ne sont pas des idées inventées par les lanceurs d’alerte, mais c’est au contraire l’idée que des gouvernements peuvent amener des réformes politiques en partageant les données publiques et en responsabilisant chaque entité de la société, où chaque citoyen peut ainsi devenir un lanceur d’alerte et un outil pour améliorer la démocratie. Quand le communiqué d’Arte dit qu’ « Assange […] semble avoir passé un deal avec le gouvernement du Royaume-Uni, dont le monde ignore encore les termes », les journalistes qui ont écrit ce texte oublient que ce « deal » avec les gouvernements peut avoir été fait bien avant l’asile politique de Julian Assange, tout simplement parce que WikiLeaks fait peut-être partie d’un programme gouvernemental destiné à promouvoir la transparence politique et la lutte contre la corruption.

En attendant, Arte annonce la diffusion de son émission, le 16 décembre: « Lanceurs d’alerte, coupables ou héros? »

Mais si vous voulez vous poser plus de questions sur les origines de la transparence politique, sur les lanceurs d’alerte et l’affaire WikiLeaks, vous pouvez en profiter pour relire nos articles:

Le présentateur américain Dan Rather estime que WikiLeaks rend un « service public » aux Etats-Unis

Pourquoi WikiLeaks est peut-être un projet gouvernemental en faveur de la transparence politique

Les liens de WikiLeaks et de l’ONU

Ce que les câbles Wikileaks ne nous disent pas

Julian Assange, en 2010: « Nous avons affaire aux agences de renseignement »

Derrière WikiLeaks, une enquête secrète sur les attentats du 11 septembre?

Julian Assange a-t-il été un hacker au service des gouvernements?

Un analyste russe pense que Julian Assange est un espion du Mi6

Comment le gouvernement US a créé WikiLeaks par inadvertance

Mettre fin à toutes les guerres: une idée dont le temps est venu – pour nos enfants et toutes les générations futures

Worldbeyondwar.org

Par David Swanson et David Hartsough, avec la participation de George Lakey, Jan Passion, Mike Ferner, Colleen Kelly, Ruth Benn, Leah Bolger, Nathan Schneider, Hakim, Paul Chappell, Colin Archer, Kathy Kelly, et d’autres. (dont aucun n’est à blâmer pour les lacunes de ce projet). De nombreux groupes et individus discutent d’un nouveau projet; si vous avez des idées, faites-le nous savoir.

Si des souffrances inutiles sur une échelle énorme sont à éviter, nous devons abolir la guerre. Quelque 180 millions de personnes sont mortes dans les guerres du 20e siècle et, bien que nous n’avons pas encore répété de guerre à l’échelle de la Seconde Guerre mondiale, les guerres ne vont pas disparaître. Leur destruction énorme continue, mesurée en termes de décès, blessures, traumatismes, des millions de personnes ayant dû fuir leurs maisons, le coût financier, la destruction de l’environnement, les pertes économiques, et l’érosion des droits civils et politiques.

Si l’humanité veut survivre, il faut abolir la guerre. Toute guerre apporte avec elle à la fois une destruction massive et le risque d’une escalade incontrôlée. Nous sommes confrontés à un monde de plus grande prolifération des armes, de pénurie de ressources, de pressions environnementales, et à la plus grande population humaine que la terre ait jamais vu. Dans un monde si turbulent, nous devons abolir la violence organisée par les gouvernements connue en tant que guerre, parce que sa poursuite risque de maner à notre extinction.

Si nous abolissons la guerre, l’humanité ne fera pas que survivre et mieux répondre à la crise climatique et à d’autres dangers, mais elle trouvera beaucoup plus facile de prospérer. La réaffectation des ressources loin de la guerre promet un monde dont les avantages sont au-delà de la simple imagination. Quelque 2 000 milliards de dollars par an, venant environ de la moitié des États-Unis et de la moitié du reste du monde, sont consacrés à la guerre et à la préparation de la guerre. Ces fonds pourraient transformer les efforts mondiaux pour créer des systèmes durables pour l’énergie, l’agriculture, l’économie, la santé, et l’éducation. La redirection du financement de la guerre pourrait sauver de nombreuses fois les vies qui sont prises par les dépenses de la guerre.

Lire la suite: http://www.worldbeyondwar.org/ending-war/

Andrei Fursov: L’étendue du gouvernement secret

Andrei Fursov – sociologue, journaliste, politologue.

L’élite politique et l’oligarchie financière de l’Occident ont fusionné en un mécanisme unique de pouvoir secret qui gouverne le monde. Les citoyens savent que la politique publique n’a presque aucun effet sur leur qualité de vie, et ils perdent tout intérêt pour la politique. Ceci explique le fait que le taux de participation au vote dans les pays occidentaux est en baisse constante.

(youtube)

L’influence de la franc-maçonnerie au sein du gouvernement français

Le président défunt François Mitterrand (1916-1996) était un membre présumé de la franc-maçonnerie. Ses réalisations architecturales en sont la preuve, même si ce sujet est peu débattu en France, et certains considèrent que Mitterrand cherchait à mettre en place les piliers d’un gouvernement mondial.

Aujourd’hui, on peut se demander quels sont les restes de cette influence dans le gouvernement actuel, étant donné que le président François Hollande, par exemple, a travaillé pendant de nombreuses années dans le gouvernement de François Mitterrand:

« L’accession de François Mitterrand à l’Élysée en 1981 lance la carrière de François Hollande. Il devient chargé de mission en charge de l’Économie et est envoyé en Corrèze pour défier Jacques Chirac lors des législatives. » (Skynet.be)

Et d’autres politiciens comme Jean-Luc Mélenchon (FDG) ont aussi travaillé dans le gouvernement de François Mitterrand, même si aujourd’hui celui-ci n’est plus socialiste. Ce revirement est néanmoins récent, car J-L. Mélenchon faisait encore partie du gouvernement socialiste en 2000-2002 et il n’a quitté le parti qu’en 2008 pour fonder le Front de Gauche.

En 1987, J-L. Mélenchon qui n’est que sénateur à l’époque, a personnellement soutenu la candidature de François Mitterrand à la présidentielle face à deux autres candidats potentiels, comme on peut le voir dans une interview (archives INA).

J-L. Mélenchon a également admis publiquement dans une biographie datée de janvier 2012 être membre de la franc-maçonnerie, tout comme François Mitterrand avec qui il a travaillé était supposé l’être.

On peut aussi rappeler qu’en 1987, la même année que J-L. Mélenchon a soutenu la candidature de François Mitterrand à la présidentielle, Mitterrand une fois qu’il a été élu a reçu à l’Elysée une délégation de 350 franc-maçons (archives INA) accueillis pour une conférence au titre évocateur: « La place de la franc-maçonnerie dans le monde moderne », un titre qui peut laisser supposer que François Mitterrand devait son élection aux membres de la franc-maçonnerie ou qu’il était peut-être déjà membre de leur société.

Les sociétés secrètes peuvent avoir une grande emprise sur la politique, mais il n’y a jamais eu de révélations à ce sujet en France.

Mais dans un monde de transparence politique, ces sociétés secrètes ne devraient plus exister au sein des gouvernements.

Vers une révolution pacifique dans le monde, grâce aux lanceurs d’alerte

640px-Protest_against_ACTA_-_2012-01-28_-_Toulouse_-_04Avec les affaires Wikileaks, Manning et Snowden, les citoyens du monde entier ont découvert une nouvelle forme de liberté d’expression: le pouvoir de publier des documents secrets, mais pas n’importe quels types de document, car il s’agit toujours de documents utiles au bien-être et à l’évolution démocratique de la société. Si l’espionnage a existé de tout temps — et malgré le fait que les gouvernements actuels veulent juger les lanceurs d’alerte selon les lois classiques de l’espionnage —, les événements qui se produisent aujourd’hui dans le monde à travers les fuites de documents secrets n’ont rien à voir avec ce qui se produisait dans le passé. Ces événements sont déjà le signe d’une révolution pacifique qui s’amorce dans le monde. En effet, plutôt que de prendre les armes ou de choisir la violence, les lanceurs d’alerte sont des citoyens qui ont décidé de lutter contre l’injustice avec le poids de la parole et celle des documents secrets. En publiant des documents secrets, ils renoncent d’une certaine manière à la violence, sans pour autant renoncer à leur engagement vis-à-vis de la société. Publier ces documents, c’est montrer que les problèmes politiques dans le monde peuvent se résoudre par le dialogue, en amenant les gouvernements à se confronter à leur propre vérité.

On peut véritablement parler de révolution pacifique avec les lanceurs d’alerte, car c’est une révolution de la parole. Le monde a compris qu’il n’y a plus besoin de guerres pour s’opposer à l’injustice, et que là où il est possible d’informer la population, il vaut mieux informer plutôt que de laisser les gens dans l’ignorance. Publier des documents secrets est une nouvelle forme de guerre pacifique. C’est une guerre démesurée, certes, car les lanceurs d’alerte sont opposés à des géants qui sont les gouvernements et qui, s’ils le pouvaient, les auraient déjà broyés depuis longtemps pour les faire taire. Mais la force de leur parole, c’est que justement les gouvernements ne sont pas habitués aux discours pacifiques: c’est pourquoi les gouvernements sont totalement déboussolés face aux fuites de documents secrets et qu’ils ne savent pas comment réagir. Face à des criminels qui tuent ou des manifestants qui pillent un magasin, un gouvernement sait toujours utiliser la violence comme réponse. Mais face à des lanceurs d’alerte qui ont un discours pacifique et en adéquation totale avec les valeurs de la démocratie, que peut faire un gouvernement pour justifier l’utilisation de la violence contre des citoyens? La réponse est que, dans ce genre de cas, le gouvernement ne peut rien faire, et surtout pas d’utiliser la violence contre des citoyens qui défendent la vérité.

La révolution des lanceurs d’alerte est doublement pacifique, car leur parole libre et respectueuse de la démocratie est en opposition totale avec la violence que certains gouvernements utilisent pour faire taire les citoyens révoltés, mais on voit bien que cette guerre des lanceurs d’alerte est aussi une guerre qui ne donne plus pour vainqueur uniquement celui qui a le plus d’argent ou le plus d’armement pour faire taire l’ennemi qui est en face. C’est au contraire une guerre qui donne pour vainqueur ceux qui informent et donnent la vérité à leur population. La révolution des lanceurs d’alerte, c’est une guerre psychologique qui donne pour vainqueur un gouvernement qui est en mesure de dire la vérité à sa propre population. Pour le moment, on ne peut pas dire que ce soit le point fort des gouvernements qui existent dans le monde, mais l’effort entamé dans plusieurs pays pour aller vers la transparence politique montre bien que certains gouvernements veulent trouver des moyens de gouverner par des moyens pacifiques et de renoncer en partie à un contrôle basé sur la force des armées et de la police. Au lieu de fonder un pouvoir sur la peur des citoyens face aux gouvernements, on entrerait donc progressivement dans une période où les gouvernements choisissent de justifier leur pouvoir sur une nature véritablement démocratique, ouverte au dialogue, ne cachant pas les erreurs commises par ceux qui gouvernent. C’est un peu ce qui s’est passé aux Etats-Unis, quand le gouvernement a dû rendre des comptes et expliquer les méthodes d’espionnage à la population.

Il y a très peu de périodes historiques qui ont donné autant d’espoirs pour la liberté d’expression, la démocratie et l’évolution globale des sociétés modernes. Quand on constate et analyse les révolutions passées, la plupart ont toujours été sanglantes. Avec les lanceurs d’alerte, les démocraties occidentales semblent se situer au début d’un nouveau cycle de révolutions pacifiques et de changements profonds. La révolution pacifique est aujourd’hui celle de l’information, elle s’accomplit à travers une nouvelle forme de liberté d’expression et des outils qui sont à la portée de tout le monde: Internet, les réseaux sociaux, etc. Tout le monde est finalement concerné par cette révolution de l’information et tout le monde peut en devenir acteur, même si ce n’est que temporaire.

Nous entrons dans une ère de révolution pacifique, car c’est une ère où le pouvoir est jugé directement et sans intermédiaires par les yeux du peuple, sans avoir recours à aucune forme de violence. Les documents publiés par les lanceurs d’alerte sont accessibles le plus souvent par n’importe quelle personne et toute personne devient implicitement un outil de la libération sociale et un outil de lutte contre l’injustice. En étant conscients des problèmes de grande envergure et en étant mieux informés grâce aux lanceurs d’alerte, comme par exemple dans le cas de l’espionnage de la NSA, chaque citoyen sait d’autant mieux comment réagir face à l’injustice, où trouver l’origine du problème et comment mieux protéger sa vie privée. Il y a un rôle de prévention dans ces révélations de documents secrets. Les lanceurs d’alerte sont des citoyens qui préfèrent « prévenir que guérir » les problèmes de la société. Ils se situent donc dans une démarche totalement pacifique face à la société et face aux gouvernements dont ils dénoncent les injustices. Tout ceci est nouveau dans nos sociétés modernes, car nous avons pour la première fois un accès direct et continu à une information qui n’était accessible dans le passé qu’à un nombre très restreint de personnes qui travaillaient dans les services secrets ou dans les gouvernements. Les lanceurs d’alerte permettent de passer la barrière de la censure et d’aller là où sont les vrais problèmes de la société, de poser les vraies questions. Si grâce à eux les problèmes de nos sociétés modernes sont identifiés plus vite, il faut aussi espérer que les solutions à ces problèmes seront aussi plus faciles et plus rapides à trouver, s’il y a une prise de conscience massive au niveau de la société.

Enfin, on peut aussi estimer qu’un scandale comme les révélations de la NSA a servi à pacifier et à clarifier les relations politiques dans le monde, car les pays savent mieux désormais qui travaille ou collabore avec les Etats-Unis, qui espionne ou partage des informations stratégiques. Cela va rééquilibrer les rapports de force entre des petits pays, qui étaient sous pression et sous surveillance américaines, et de grands pays qui utilisaient l’espionnage comme une arme pour contrôler d’autres nations. Les révélations sur la NSA ont aussi pacifié le monde, car cela a mis fin à la croyance en Occident que les Etats-Unis seraient une démocratie exemplaire face à une Russie en perte de droits. Il ne s’agit plus d’un monde dominé par le conflit idéologique qui opposait les Etats-Unis et l’Occident face à la Russie. Aujourd’hui, il ne s’agit plus vraiment de guerre froide. Et le scandale de la NSA a accéléré les choses, car il a fait éclater la vision bipolaire du monde et cette logique de la guerre froide n’a plus de raison d’être. Aujourd’hui, on voit bien que les problèmes de liberté d’expression, de fichage et de répression des individus ont lieu dans toutes sortes de pays: c’est un problème qui se pose dans un monde multipolaire. La surveillance est un problème global de notre monde moderne. Donc ce n’est plus un problème de guerre froide. Les services secrets abusent de leur pouvoir où que ce soit dans le monde, et le conflit idéologique qui opposait dans le passé le libéralisme occidental face au bloc communiste, ce conflit qui opposait les Etats-Unis, l’Occident et la Russie se situe et oppose davantage aujourd’hui des citoyens épris de liberté face à des gouvernements avides de pouvoir.

Les révélations des lanceurs d’alerte ont donc permis de révéler aux populations ce qui menaçait leur liberté et d’entrer dans une ère nouvelle où les citoyens n’ont plus peur de dévoiler les injustices, que ce soit par des méthodes légales ou illégales, comme la fuite de documents secrets. Dans tous les cas, le choix de publier une information secrète reste un moyen pacifique pour dénoncer les injustices et on peut comparer l’action des lanceurs d’alerte aux méthodes prônant la non-violence dans le combat politique. Les lanceurs d’alerte ont ouvert une voie de dialogue entre les pays, car ceux-ci envisagent de lutter désormais de manière plus efficace contre l’espionnage et les atteintes à la vie privée des citoyens. Le monde a changé, car les Etats-Unis ne sont plus aujourd’hui les seuls à accaparer le discours démocratique et à se placer en défenseurs de la démocratie dans le monde. On voit bien aujourd’hui qu’un pays comme les Etats-Unis, aussi puissant soit-il politiquement ou économiquement, peut aussi être jugé par les autres pays et voir remis en cause son système de fonctionnement et ses pratiques d’espionnage.

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CC BY-SA

Le Conseil des droits de l’homme de Poutine a posté accidentellement les vrais résultats des élections de Crimée; Seuls 15% ont voté pour l’annexion

Forbes.com, Paul Roderick Gregory – 5 mai 2014

Le site du « Conseil de la société civile et des droits de l’homme du président de la Russie » a affiché un blog qui a été rapidement retiré, comme s’il s’agissait de déchets radioactifs toxiques. Selon le rapport du Conseil au sujet du référendum de Mars pour annexer la Crimée, le taux de participation était au maximum de 30%. Et de ce nombre, seulement la moitié ont voté pour l’annexion – ce qui signifie que seuls 15 pour cent des citoyens de Crimée ont voté pour l’annexion.

Le sort de la Crimée, par conséquent, a été décidé par les 15 pour cent de Criméens, qui ont voté en faveur de l’unification avec la Russie (sous l’œil vigilant des soldats portant une Kalachnikov).

Lire la suite: http://www.forbes.com/sites/paulroderickgregory/2014/05/05/putins-human-rights-council-accidentally-posts-real-crimean-election-results-only-15-voted-for-annexation/

Les blogs, un enjeu de liberté d’expression au Vietnam

Câble n°09HANOI378 – 22 avril 2009 – Confidentiel – Ambassade de Hanoi

TAGS: PHUM PREL PGOV ECON VM
Sujet: Les blogs et la dissidence politique au Vietnam

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RÉSUMÉ: L’Internet continue de révolutionner la communication politique et la dissidence au Vietnam. Les blogs fournissent régulièrement une voie alternative aux journalistes de presse pour publier des informations dont ils savent qu’elle n’irait pas au-delà des censeurs de l’État ou de l’autocensure d’un journal. Le GVN [Gouvernement du Vietnam] estime qu’il y a plus de 300 000 blogueurs vietnamiens ; les données de Yahoo suggèrent que le nombre est beaucoup plus élevé. En contraste de la situation en Chine, de nombreux militants politiques bien connus et des journalistes de grande envergure possèdent des blogs sous leur propre nom ou sous des pseudonymes à peine voilés qui ne sont pas bloqués par la censure Internet. Les dissidents les plus virulents du Vietnam postent régulièrement avec véhémence des opinions anti-gouvernement et anti-communistes qui les exposeraient à une arrestation à peu près certaine si elles étaient exprimées à travers d’autres moyens plus conventionnels. Les sites Internet Anti-GVN [Anti-Gouvernement du Vietnam], hébergés aux États-Unis, en France et en Allemagne, servent de chambres de compensation pour ces posts, ce qui permet à la Communauté vietnamienne en exil de se joindre à des dissidents locaux dans la critique du gouvernement. Comme le montre la liste suivante des éminents critiques en ligne basés au Vietnam, même dans l’environnement médiatique strictement restreint de cet Etat à parti unique, la dissidence trouve des débouchés pour s’exprimer. FIN DU RÉSUMÉ.

Source: http://wikileaks.org/cable/2009/04/09HANOI378.html

La philosophie deleuzienne de Julian Assange

Publié par pilkingtonphil, sur fixingtheeconomists.wordpress.com

Bien, je ne sais pas quel est votre avis – mais, je deviens vraiment malade de voir tout ce cirque qui a lieu autour d’Assange. Même les publications les plus sérieuses ont un intérêt pour ce qui est clairement une farce. Qui plus est, je vois maintenant des citations typiquement affectées de Hitchens, ce vieil importun et pseudo-intellectuel épuisé, qui apparaissent dans les différents articles que je lis (« Il appartient à Assange de considérer qu’en tant que membre de notre humble espèce et de notre auguste culture, il devrait faire preuve d’on ne peut plus de respect devant l’autel de notre royale et magnifique Civilisation qui continue de s’affirmer » – bon, ce n’est pas la citation exacte, en fait c’est probablement dans un style moins prétentieux et moins lourd de thésaurus que l’original… mais vous comprenez l’idée).

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Julian Assange: Géométrie de la politique

Donc, j’en ai marre – réveillez-moi quand ce sera bientôt la fin.

Pendant ce temps, penchons-nous sur une chose bien plus intéressante : la philosophie générale d’Assange, comme il l’a lui-même écrite. Et dont on peut trouver une ébauche dans ces pages – écrites en 2006.

La première chose qui surprend le lecteur est le chevauchement entre une vaste spéculation théorique et des observations extrêmement terre-à-terre. Voilà le gros morceau baroque de la haute théorie « Assangienne » :

« Nous utiliserons des graphes connexes comme moyen de maîtriser la capacité de raisonnement spatial du cerveau dans la compréhension d’une nouvelle approche des relations politiques. »

La complexité du raisonnement repose clairement dans le fait de voir pour tous – que le langage vient, en effet, des neurosciences cognitives – mais comparez-le maintenant à l’un des passages les plus terre-à-terre de la réflexion :

« Plus une organisation cultive le secret ou l’injustice, plus les fuites induisent la peur et la paranoïa dans son leadership et dans son cercle décisionnaire. »

Nous partons des pensées très élevées d’un homme qui est clairement très intelligent et cultivé (qui a reçu une formation en sciences-physiques — une sorte d’expert en neuroscience cognitive et en science de l’ordinateur, semble-t-il), pour en arriver à une observation extrêmement intéressante. Ce cocktail d’habileté analytique, précise et incisive, et d’appels à l’action pragmatiques et bien planifiés, sont la caractéristique de l’approche entière d’Assange.

Sa construction globale est également intéressante. Il prend comme point de départ le modèle de la conspiration. Non, je ne veux pas dire qu’Assange commence sur une quête paranoïaque pour trouver une cabale d’acteurs malveillants de la société qui manipulent les choses depuis le sommet. Au lieu de cela, il essaie plutôt de conceptualiser le monde contemporain – qu’il voit comme étant principalement contrôlé par des structures de gouvernement corporate (à savoir l’alliance de compagnies transnationales et de gouvernements nationaux) – comme étant une sorte de conspiration informelle. Assange le formule lui-même dans son style inimitable :

« Là où sont connus les détails sur les activités internes des régimes autoritaires, nous voyons des interactions conspiratrices au sein de l’élite politique, pas seulement pour une promotion ou une faveur à l’intérieur du régime, mais comme la méthodologie d’un planning primaire derrière lequel se maintient ou se renforce le pouvoir autoritaire. »

Ce que veut dire Assange, c’est que les pouvoirs modernes – qu’il considère fondamentalement comme des pouvoirs autoritaires, dans leur tendance à prendre des décisions derrière des portes closes – s’engagent de manière systématique dans un comportement conspirateur. Pour Assange, les pouvoirs modernes ne peuvent pas agir ouvertement, ils estiment donc nécessaire d’agir en secret. Est-ce que ce sont là les vociférations dérangées d’un lunatique obsédé d’ordinateur ? Si les câbles diplomatiques ont bien prouvé une chose, c’est qu’il y a certainement une forte tendance au secret du côté des pouvoirs modernes.

Je dois faire ici une digression – qui, j’espère, éclairera le point de vue d’Assange. Quand les fuites ont été publiées, beaucoup ont dit qu’elles ne révélaient rien de nouveau. L’argument avancé était que n’importe quelle personne intelligente et éduquée connaissait déjà leur contenu avant leur publication. Tout d’abord, ceci était évidemment faux dans certains cas (comme les fuites concernant la Chine et la Corée du Nord, ou les fuites sur Poutine et Berlusconi). Mais dans les cas où cela s’est avéré vrai, nous pouvons dire que cela a mis en lumière une caractéristique très importante du pouvoir des gouvernements et des corporations dans le monde d’aujourd’hui : à savoir que nous connaissons l’extrême opacité de ces pouvoirs ; et nous savons que ce qu’ils disent faire ne sont que des mensonges et que nous devons utiliser nos forces analytiques pour en arriver à comprendre ce qui se passe autour de nous. Je vous demande : est-ce que cela ne confirme pas le point de vue central d’Assange ?

Assange affirme que pour arriver à sortir de ce réseau de conspiration du pouvoir, les gens doivent interrompre la capacité des cerveaux gris à communiquer entre eux :

« Nous pouvons faire éclater une conspiration, réduire ou éliminer une communication considérable entre quelques liens de poids ou entre plusieurs liens de moindre envergure. »

Ou encore :

« Nous pouvons tromper ou aveugler une conspiration, en déformant ou en limitant l’information qui lui est disponible.

Nous pouvons affaiblir le pouvoir de conspiration dans sa totalité via des attaques non-structurées sur ses liens, en les étouffant ou en les divisant.

Une conspiration suffisamment engagée dans cette voie n’est plus capable de comprendre son environnement ni de planifier des actions solides. »

Assange voit le pouvoir de l’entreprise et du gouvernement comme quelqu’un qui analyse un réseau d’ordinateurs. Si ce réseau est incapable de communiquer efficacement avec lui-même, des erreurs apparaissent et il commence à tomber en panne. Une analogie similaire peut être esquissée avec le cerveau humain. Si différents centres du cerveau humain sont incapables de communiquer entre eux – par exemple, à cause de la destruction de certains centres nerveux dus à une lésion ou à un coup – alors, des défauts cognitifs vont apparaître et la personne constatera qu’ils sont, en quelque sorte, hors service.

Assange voit les fuites d’information comme des lésions ou des coups portés sur le cerveau géant de la gouvernance unifiée. Chaque fois qu’une fuite est révélée, il en résulte une panne de communication entre les différents acteurs sur la scène nationale ou internationale. Si on prend en compte la détérioration des relations diplomatiques après les fuites, est-ce que cela ne peut être considéré, dans le schéma d’Assange, comme une rupture de la communication entre plusieurs « conspirateurs » ?

Il faut noter que ceci semble être le but d’Assange. La liberté de l’information – la raison pour laquelle beaucoup de gens, dont moi-même, donnent leur soutien à Assange – ne serait que secondaire.

Assange voit les « conspirations » – encore une fois, je vous rappelle qu’il s’agit d’une métaphore – comme étant des « systèmes-clos ». Les systèmes-clos sont des systèmes qui n’ont aucune porte d’entrée depuis le monde extérieur – ce serait donc un groupe de gens qui font des plans entre eux (ce groupe est le « système ») et ils ne prennent pas la peine de recueillir aucune information en dehors de leurs sources, par exemple, en observant ce qui se passe de manière générale dans le monde (cette information serait la donnée « entrante »).

Assange prétend qu’en détruisant la communication entre les conspirations – à savoir, les systèmes-clos – des systèmes plus ouverts vont se constituer. Ces systèmes ouverts étant, bien sûr, des systèmes qui font entrer des données depuis l’extérieur – ou, pour continuer dans notre exemple, des groupes de gens qui regardent le monde autour d’eux quand il s’agit de décider d’une action à entreprendre.

C’est donc la teneur essentielle de la philosophie d’Assange – à présent, intéressons-nous à la forme.

Comme nous l’avons déjà démontré, Assange emprunte largement aux sciences de l’information – et plus spécifiquement, à la neuroscience cognitive et à la science informatique. Ceci est extrêmement intéressant car cela conduit sa philosophie à ressembler à certaines philosophies contemporaines post-structurelles – plus spécifiquement celle de Gilles Deleuze, philosophe français du 20ème siècle.

Deleuze emprunte aussi largement aux sciences de l’information pour appuyer ses théories – et il parvient, sans surprise, à des conclusions politiques très semblables à celles d’Assange. Deleuze voyait les organisations politiques – et les organisations en général – en des termes où il faisait référence à des « structures » et à des « multiplicités ».

Pour Deleuze, les « structures » étaient des systèmes-clos – clos sur eux-mêmes et résistant à tout élément étranger venant de l’extérieur – alors que les « multiplicités » étaient des systèmes ouverts, qui communiquaient librement avec le monde qui les entoure. A travers les deux ouvrages de Deleuze sur la théorie politique, L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux – tous deux écrits en collaboration avec le psychanalyste français Félix Guattari – il traite beaucoup d’idées semblables à celles qu’évoque Assange.

Deleuze, comme Assange, utilise des métaphores complexes dérivées des mathématiques et des sciences pour expliquer le monde qui l’entoure. Et comme Assange, il voit la solution au problème des « systèmes-clos » comme une tentative de percer les structures figées et de promouvoir la communication et la diffusion libre de l’information.

Je ne me laisserai aller à aucun jugement sur la politique d’Assange ou sur sa philosophie, autre que celui que j’apprécie sa délivrance de certaines informations et que je reconnais qu’il est un individu extrêmement intelligent. Mais je dirai que la philosophie d’Assange – et celle de WikiLeaks en tant qu’organisation – est peut-être l’une des plus pures manifestations d’un mouvement politique déleuzien qui ait jamais existé (Deleuze a fait référence à un tel mouvement politique comme étant une « Machine de Guerre »).

En dehors de cela, WikiLeaks est un chapitre fascinant de l’histoire des idées.

Source: http://fixingtheeconomists.wordpress.com/2010/12/19/the-deleuzian-philosophy-of-julian-assange/