WikiLeaks révèle comment les Etats-Unis ont poursuivi de manière agressive le changement de régime en Syrie, en provoquant le début d’un bain de sang

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Le 9/10/2015, par Robert Naiman, Verso Books (extrait du livre)

Ce qui suit est le chapitre 10 des documents WikiLeaks:

Le 31 Août 2013, le président américain Barack Obama a annoncé qu’il avait l’intention de lancer une attaque militaire contre la Syrie en réponse à une attaque aux armes chimiques dans ce pays que les États-Unis ont attribué au gouvernement syrien. Obama a assuré le public américain que ce serait une action limitée uniquement destinée à punir le gouvernement Assad pour l’utilisation d’armes chimiques; l’objectif de l’action militaire américaine ne serait pas de renverser le gouvernement Assad, ni de changer l’équilibre des forces dans la guerre civile interconfessionnelle en Syrie.

L’histoire montre que la compréhension du public face à la politique étrangère des États-Unis dépend de façon cruciale de l’évaluation des motivations des responsables américains. Il est plus que probable que les responsables américains se présenteront aux yeux du public comme ayant des motivations plus nobles que ce qu’ils partagent avec d’autres en privé, et donc que si les membres du public avaient accès aux motivations partagées en privé, ils pourraient faire des évaluations différentes de la politique américaine. Ceci est la raison principale pour laquelle la publication des câbles diplomatiques américains par WikiLeaks était si importante.

Les câbles ont donné au public une ouverture récente sur les stratégies et les motivations des responsables américains telles qu’ils les ont exprimé entre eux, pas comme ils ont l’habitude de les exprimer au public. Dans le cas de la Syrie, les câbles montrent que le changement de régime avait été un objectif de longue date de la politique américaine; que les Etats-Unis ont fait la promotion du sectarisme en soutien à leur politique de changement de régime, contribuant ainsi à jeter les bases de la guerre civile interconfessionnelle et à l’effusion massive de sang que nous voyons aujourd’hui en Syrie; que les éléments clés de la politique de changement de régime par l’administration Bush sont restés en place alors même que l’administration Obama s’est tournée publiquement vers une politique d’engagement; et que le gouvernement américain était beaucoup plus intéressé par la politique étrangère du gouvernement syrien, notamment sa relation avec l’Iran, que par les droits de l’homme à l’intérieur de la Syrie.

Un câble du 13 Décembre 2006, «Influencer le SARG [Gouvernement Syrien] à la fin de 2006″, indique que, d’aussi loin que 2006 – cinq ans avant les manifestations du «Printemps arabe» en Syrie – déstabiliser le gouvernement syrien était une motivation centrale de la politique américaine. L’auteur du câble était William Roebuck, à ce moment chargé d’affaires à l’ambassade américaine à Damas. Le câble souligne les stratégies pour déstabiliser le gouvernement syrien. Dans son résumé du câble, Roebuck écrit:

Nous croyons que les faiblesses de Bachar sont dans la façon dont il choisit de réagir à des questions imminentes, à la fois dans la perception et dans la réalité, comme le conflit entre les étapes de la réforme économique (cependant limitée) et des forces corrompues, bien enracinées, la question kurde, et la menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit. Ce câble résume notre évaluation de ces vulnérabilités et suggère qu’il peut y avoir des actions, des déclarations, et des signaux que le gouvernement US peut envoyer et qui permettront d’améliorer la probabilité de telles opportunités qui se manifestent.

Ce câble indique que l’objectif des États-Unis en Décembre 2006 a été de saper le gouvernement syrien par tous les moyens, et que ce qui importait était de savoir si l’action des États-Unis permettrait de déstabiliser le gouvernement, pas de savoir ce que pourraient être les autres impacts de l’action. En public, les Etats-Unis étaient en faveur de la réforme économique, mais en privé les États-Unis ont vu le conflit entre la réforme économique et « les forces corrompues, retranchées » comme une « opportunité ». En public, les États-Unis étaient opposés aux « extrémistes islamistes » où que ce soit; mais en privé, ils ont vu la « menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit » comme une « opportunité » que les Etats-Unis devraient considérer dans leur champ action pour essayer de l’augmenter.

Lire la suite: http://www.truth-out.org/progressivepicks/item/33180-wikileaks-reveals-how-the-us-aggressively-pursued-regime-change-in-syria-igniting-a-bloodbath

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Etats-Unis/Israël: Les signes d’une politique commune, dès 2008, pour éliminer les figures-clés du régime syrien et de ses alliés

Syria.BasharAlAssad.02Photo: Affiche avec le portrait du président Assad, avec l’inscription « Que Dieu protège la Syrie » (2006).

Dans des révélations récentes de The Intercept, on apprend que la mort mystérieuse d’un général de Bachar al-Assad, en 2008, a été opérée par les services secrets israéliens, d’après des documents émanant de la NSA américaine. Mais cette mort et cet assassinat, replacés dans un contexte politique plus large, font voir d’autres choses importantes: le rapport conflictuel entre la Syrie et Israël, l’intérêt commun de certains pays (Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie) pour faire tomber le régime Assad, mais aussi les défaillances internes au régime syrien, les purges au sein des services secrets et la fissuration d’un système qui allait tomber irrémédiablement vers une guerre généralisée.

C’est cette fissuration de l’intérieur qui a conduit à la situation actuelle en Syrie et qui a facilité l’expansion de la guerre, du chaos et de la terreur — le tout favorisé par une alliance de l’Occident, de pays arabes et de l’Etat israélien contre le régime Assad. Ce sont encore aujourd’hui ces fissurations idéologiques qui empêchent la paix en Syrie et qui empêchent tous les groupes opposés idéologiquement de trouver un terrain d’entente pour revenir à une situation « normale » d’avant-guerre.

Le régime syrien, semblable à un mur en béton, a subi des pressions venant de toutes parts – de l’intérieur même des services secrets, des opposants au régime, et de l’extérieur, venant de pays occidentaux ou arabes opposés à Bachar al-Assad – et il n’a pas tenu face à la contestation civile qui allait l’emporter dans une chute totale. Le problème, c’est qu’en s’effondrant, le régime syrien est retombé par morceaux entiers sur une population sans défense et que ce qui a émergé de ces ruines, c’est l’Etat Islamique.

Les assassinats d’Imad Mughniyeh et de Mohammad Suleiman: Israël et la CIA

L’assassinat d’Imad Mughniyeh est évoqué dans un des documents Wikileaks, les Stratfor Files. Stratfor, une société privée du renseignement américain, fait un rapport sur la mort d’Imad Mughniyeh, présenté comme « un des piliers du Hezbollah », et mort dans une explosion de voiture le 12 février 2008. Le rapport de Stratfor (traduit ici en français), établi grâce à une source israélienne, attribue l’attentat contre Imad Mughniyeh aux services secrets israéliens, le Mossad. Le plus étonnant, c’est qu’Imad Mughniyeh, décrit comme « un partisan de la guerre clandestine et un théoricien de l’attentat à la voiture piégée » (Wikipedia) est lui-même mort assassiné dans un attentat, dans l’explosion de sa voiture — comme si le Mossad avait voulu lui jouer une revanche en choisissant son moyen de lutte privilégié pour le tuer.

Mais, dans un article du Washington Post, daté de janvier 2015, on apprend que le Mossad a été assisté de l’aide de la CIA américaine pour réaliser l’élimination d’Imad Mughniyeh, notamment en ce qui concerne la mise au point de la bombe:

Les États-Unis ont aidé à construire la bombe, a dit l’ancien fonctionnaire, et l’ont testé à plusieurs reprises dans un établissement de la CIA en Caroline du Nord pour s’assurer que la zone de l’explosion potentielle soit contenue et n’entraînerait pas de dommages collatéraux.

Ces éléments qui ont été révélés il y a quelques mois montrent qu’il y a bien eu une volonté commune entre les Etats-Unis et Israël pour éliminer certaines figures-clés liées au Hezbollah et au régime syrien, les deux étant soutenus par l’Iran. Cette politique d’élimination et d’assassinats qui a eu lieu en 2008, bien avant le début de la guerre civile en Syrie, montre la montée de la tension politique au Moyen-Orient: les tentatives de paix entre Israël et la Palestine échouent, l’Etat israélien sent monter la menace d’une agression à ses frontières et s’empresse dans la panique de faire assassiner toute une liste de personnalités jugées dangereuses pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Imad Mughniyeh en faisait partie, tout comme le général syrien Mohammad Suleiman.

Il y a deux interprétations à cette série d’assassinats ciblés: soit ces assassinats ont été menés comme une alternative pour éviter la guerre, autrement dit comme un moyen de pression pour forcer le gouvernement syrien à ne plus soutenir le Hezbollah et à négocier avec Israël, soit ces assassinats ont été menés par Israël et les Etats-Unis comme une préparation à une guerre planifiée avec la Syrie dès 2008, dans le but d’affaiblir à l’avance le régime syrien en éliminant les chefs militaires et les soutiens proches de Bachar al-Assad, comme Imad Mughniyeh et Mohammad Suleiman.

D’autre part, ce qui montre le lien entre ces deux assassinats comme le reflet d’une politique commune entre les Etats-Unis et Israël, c’est l’intervalle de temps — 6 mois à peine — qui séparent la mort d’Imad Mughniyeh et celle de Mohammad Suleiman. Comme le souligne The Intercept dans son article sur la mort de Mohammad Suleiman, le général qui était une figure-clé du régime de Bachar al-Assad:

L’assassinat israélien de Suleiman est venu moins de six mois après qu’une équipe conjointe de la CIA et du Mossad a assassiné un haut membre du Hezbollah dans le coeur de Damas, selon plusieurs responsables actuels et anciens de l’armée et du renseignement américain. L’implication américaine et israélienne dans cette attaque, qui visait l’agent du Hezbollah Imad Mughniyeh, a été rapportée en tout premier et en détail par le Washington Post.

On peut donc fortement soupçonner que l’assassinat d’Imad Mughniyeh, le 12 février 2008, puis celui de Mohammad Suleiman, le 1er août 2008, faisaient tous deux parties d’une liste commune au Mossad israélien et à la CIA américaine pour contrer et affaiblir le régime syrien et ses alliés, même si le lien à la CIA pour Mohammad Suleiman n’est pas démontré.

Le régime Assad, un régime fissuré de l’intérieur

En 2008, des sources citées par des journalistes faisaient déjà le lien entre la mort de Mohammad Suleiman et celle d’Imad Mughniyeh (sans parler encore d’une responsabilité du Mossad ou de la CIA). Ces articles soulevaient plutôt la question d’une vengeance au sein des services secrets syriens, en effet:

Des membres internes du régime indiquent que le meurtre de Mughniyeh, qui a causé au leader syrien un sérieux embarras avec ses alliés iraniens et le Hezbollah, a déclenché une purge dans les rangs supérieurs des services de renseignement en Syrie. Certains spéculent que ces purges ont pu créé un motif de revanche pour le meurtre de [Mohammad] Suleiman.

Ces affaires concernant les services secrets ont pu affaiblir de l’intérieur le régime syrien et conduire, peut-être, à une forme de trahison et de contestation accrue contre le régime de Bachar al-Assad avant de mener à la guerre civile.

D’autre part, le régime syrien était fragile de l’intérieur, comme l’ont constaté les diplomates américain, dès 2006, dans un câble publié par Wikileaks (06DAMASCUS5399). Les Etats-Unis avaient conscience de ces failles dans le régime syrien. Le cercle du pouvoir de Bachar al-Assad est très restreint à ce moment: le pouvoir est détenu par un nombre très limité de personnes, un « cercle intérieur » qui est fragile et vulnérable, ce qui laisse penser que Bachar al-Assad pouvait être facile à renverser:

Les actions qui conduisent Bachar à perdre l’équilibre et augmenter son insécurité sont dans notre intérêt, parce que son inexpérience et le cercle de décision extrêmement petit du régime le rendent sujet aux trébuches diplomatiques qui peuvent l’affaiblir à l’échelle nationale et régionale.

La question qui reste à l’esprit est la suivante: Est-ce que les Etats-Unis, Israël et leurs alliés qui voulaient faire tomber le régime Assad avaient planifié une guerre en Syrie dès 2008, en conduisant des politiques d’assassinats (est-ce que l’objectif de faire tomber le régime Assad était clairement défini et décidé?) —, ou bien est-ce que la révolution et la guerre civile en Syrie se sont produites comme une conséquence de l’échec répété des négociations de paix au Moyen-Orient, forçant les pays occidentaux à soutenir les rebelles et à s’enliser dans une guerre indéfinie contre le régime syrien? Les politiques d’assassinats ont peut-être été imaginées au départ comme une alternative à la guerre, un moyen d’affaiblir le régime syrien par étapes, en déconstruisant les bases du pouvoir de Bachar al-Assad, plutôt que de l’affronter directement dans des combats militaires, terrestres ou aériens.

Les Etats-Unis ont toujours eu conscience du rôle-clé et de la position stratégique de la Syrie pour l’avenir du Moyen-Orient. Ils avaient tout à fait conscience que la Syrie était un pays qui pouvait déstabiliser l’ensemble de la région, comme en témoigne l’extrait d’un rapport daté de 2008 et destiné au congrès américain:

Malgré la faiblesse de son armée et son économie morne, la Syrie demeure essentielle dans la géopolitique du Moyen-Orient. Le régime Assad a ses mains dans chacune des quatre grandes zones actives ou potentielles de conflit dans la région (Liban, Israël-Palestine, Irak, et Iran). […] D’autres pensent que l’Administration devrait aller encore plus loin pour faire pression sur le gouvernement syrien et devrait même envisager la mise en œuvre de sanctions économiques plus sévères contre celui-ci. (Résumé, p. 2)

Dans tous les cas, les Etats-Unis et Israël étaient impliqués idéologiquement face à la Syrie, bien avant le début de la guerre civile. Et il n’y a sans doute jamais eu de réelle « passivité » politique du côté israélien à l’égard du régime syrien, contrairement à ce que peut sous-entendre, par exemple, un article récent du Huffington Post:

La position de l’Etat hébreu, autre puissance régionale, sur le dossier syrien est quand à elle assez ambiguë et a évolué depuis le début de la crise. Si Israël a été d’une relative passivité durant les deux premières années, elle soutient désormais officiellement militairement et logistiquement les différents groupes armés rebelles présents dans les zones proches de la frontière israélo-syrienne

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Etat d’Israël a été actif dans les affaires syriennes, bien avant la guerre civile, à travers les assassinats de figures soutenant de près ou de loin Bachar al-Assad, ou de personnalités liées au régime. On ne peut donc pas dire que l’Etat hébreu « a été d’une relative passivité » dans l’analyse de ces faits. Des assassinats et des opérations secrètes ont été menés. Mais l’implication de l’Etat hébreu n’explique pas à elle seule la chute du régime de Bachar al-Assad, car on constate que ce régime était miné de l’intérieur idéologiquement et qu’il pouvait difficilement contenir une montée croissante de l’opposition.

WikiLeaks: Une traduction du document des Câbles saoudiens pour «faire tomber» le régime syrien

saudi-king-abdullah-syria-bashar-assad-afpLe roi saoudien Abdallah et le président syrien Bachar al-Assad au Palais d’al-Shaab à Damas, le 7 octobre 2009

Albawaba.com, le 7 juillet 2015 via SyndiGate.info

WikiLeaks est revenu avec un autre rapport, lundi, qui semble montrer les sentiments saoudiens à l’égard du régime syrien; un télégramme révèle que les responsables saoudiens ont dit du président Bachar al-Assad qu’il doit tomber avant qu’il ne se venge sur l’Arabie saoudite.

Une traduction exacte de la note semble montrer que l’Arabie saoudite a fait des plans pour rencontrer des responsables russes et essayer de les persuader de mettre un terme à leur soutien au régime. Dans l’intérêt des objectifs diplomatiques du royaume, le télégramme a parlé d’interdire aux médias locaux la couverture défavorable de la Russie.

Voici une traduction de la partie la plus pertinente du document saoudien:

Le royaume a pris une position ferme et il n’y a plus de place pour se retirer. Il faut mettre l’accent sur la vérité que le premier but du régime syrien, pour contourner la crise actuelle, est la revanche contre les pays qui se dressent contre lui, et le royaume et certains des pays du Golfe sont en haut de la liste. Si nous prenons en considération l’ensemble de la cruauté de ce régime, son inhumanité et son manque d’hésitation à utiliser n’importe quel moyen pour réaliser ses objectifs, alors il y a un haut degré de danger pour le royaume, ce qui rend crucial de le viser – avec toutes les méthodes possibles et connues – pour faire tomber le régime actuel en Syrie.

Et voici la note originale en arabe. Le mémo semble incomplet:

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Par Hayat Norimine

Source: http://www.albawaba.com/loop/saudi-cables-translation-document-bring-down-syrian-regime-716790

Roland Dumas: deux ans avant le début de la guerre, « l’Angleterre préparait l’invasion des rebelles en Syrie »

L’ancien ministre des Affaires étrangères de la France, Roland Dumas, a déclaré dans une émission télévisée sur LCP que les représentants du gouvernement britannique lui avaient parlé des préparatifs de guerre en Syrie deux ans avant le début des protestations et du conflit en 2011. La raison invoquée pour cette guerre est la position anti-israélienne du gouvernement syrien qui a fait de la Syrie une cible pour un changement de régime soutenu par l’Occident.

Syrie: comment la révolte fut fabriquée! (vidéo)


Le documentaire « Fabriquer la contestation » (« Manufacturing Dissent ») met en lumière la guerre psychologique fomentée par les médias dits mainstream afin de faciliter le renversement du gouvernement syrien selon l’agenda occidental et dans l’intérêt de la politique étrangère occidentale et israélienne. Il montre comment les médias ont contribué directement à l’effusion de sang en Syrie.

Ce documentaire comprend:

‣ La preuve de faux rapports diffusés par la chaîne américaine CNN, l’anglaise BBC, la qatarie al-Jazeera, la saoudienne al-Arabiya et d’autres encore.

‣ Des entretiens avec un échantillon de la population syrienne: un acteur*, un artisan, un journaliste, un résident de Homs et un militant qui ont en commun d’avoir tous été touchés par la crise syrienne.

Rami Allouch, né à Hama et étudiant en médecine en Russie, apprend qu’il a été tué par les forces de sécurité syriennes en regardant une vidéo sur al-Jazeera, sur Facebook et sur YouTube!

A propos des massacres de Houla (108 morts le 25 mai 2012), la BBC a utilisé une photo irakienne pour illustrer le massacre syrien: « J’ai ouvert la page de BBC sur ce qui s’était passé en Syrie. J’ai failli tomber de ma chaise, quelqu’un utilise exprès la photo d’un autre pour faire de la propagande » raconte le photographe.

*L’acteur syrien d’origine palestinienne Mohammed Rafea, interviewé dans le documentaire, a été froidement assassiné par une brigade terroriste le 2 novembre 2012… « A Dieu nous sommes, et à Dieu nous retournerons »

Source: http://www.partiantisioniste.com/actualites/syrie-comment-la-revolte-fut-fabriquee-video-1703.html

Bahar Kimyongür: « La Syrie aiguise l’appétit de tous les ogres qui l’entourent »

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Le Temps d’Algérie, 4 octobre 2013

Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie, au Temps d’Algérie :

Bahar Kimyongür, né le 28 avril 1974 à Berchem-Sainte-Agathe, en Belgique, est un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes. Dans sa région d’origine en Turquie, proche de la Syrie, des affrontements ont également eu lieu entre des réfugiés syriens sunnites et des Turcs alaouites, dont certains ont pris partie pour Assad.

Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), qualifie les États-Unis de «pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie». Il est signataire d’un «appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci».

La Syrie étant, selon lui, «victime d’un complot». Dans cet entretien accordé au Temps d’Algérie, Bahar Kimyongür évoque la «manipulation» dans l’affaire de l’utilisation d’armes chimiques, le parti pris d’une partie de la presse mondiale dans le conflit en Syrie et les soutiens à Al Qaïda dans ce pays. Il évoque également ses démêlés avec Erdogan, le Premier ministre turc, les tentatives d’extradition dont il a fait l’objet, et parle d’une troisième voie dans l’attaque chimique d’Al Ghouta.

Le Temps d’Algérie : Présentez-vous à nos lecteurs.

Bahar Kimyongür : Je suis un Belgo-Turco-Syrien : Belge de naissance, Turc de papier et Syrien de cœur. Je suis, par ailleurs, un observateur indépendant du conflit syrien, un militant pour la paix et un anti-impérialiste convaincu. Bien que né en Belgique, j’ai grandi à la fois dans l’amour pour la Syrie souveraine, progressiste et multiconfessionnelle et dans la méfiance envers les moukhabarate (services secrets,ndlr) du régime de Damas.

Mes parents sont originaires d’Antioche, le chef-lieu du Liwa Iskandarone (Sandjak d’Alexandrette), une province historiquement syrienne offerte par la France coloniale à la Turquie kémaliste en 1938. Antioche est le fameux Hatay par où transitent les djihadistes qui se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement syrien. Depuis la nuit des temps, Antioche est « la porte de la Syrie ». Aujourd’hui, les mercenaires takfiris l’appellent « la porte du djihad ».

Pourquoi, selon vous, certains gouvernements et une partie de la presse mondiale refusent la « présomption d’innocence » au gouvernement syrien dans l’attaque chimique d’El Ghouta ?

Parce que ces gouvernements n’ont pas le moindre sens de la justice. Ils campent à la fois sur le rôle de juge, de procureur, de partie civile et de bourreau dans le conflit syrien. La Syrie aiguise l’appétit de tous les ogres qui l’entourent : l’empire yankee et l’ex-puissance mandataire française décadents, le colosse néo-ottoman au pied d’airain, l’entité sioniste soucieuse d’élargir son « lebensraum », les royaumes wahhabites du Golfe obsédés par leur hostilité envers l’Iran et les chiites et les coupeurs de tête d’Al Qaïda.

La Russie a présenté des preuves, dont des images satellite montrant que des missiles ont été tirés à partir d’un quartier occupé par les rebelles, accusant « l’opposition » d’être l’auteur de cette attaque. D’autre part, la Turquie a arrêté des djihadistes en possession du gaz sarin. Pourquoi ces faits sont-ils ignorés par certains gouvernements et une partie de la presse mondiale ? Les images satellite de la Russie, censées prouver que les missiles chargés de gaz Sarin ont été tirés depuis le quartier insurgé de Douma, ont été transmises au Conseil de sécurité des Nations unies. Elles demeurent inaccessibles. De toute façon, même la preuve la plus concluante de l’emploi d’armes chimiques par les rebelles ne pourrait convaincre les médias aux ordres.

Leur but est de servir des intérêts stratégiques et non des principes moraux. Quant aux agents chimiques découverts par la police turque dans un appartement occupé par des militants du Front al Nosra à Adana, il s’agirait de produits entrant dans la composition d’armes chimiques mais pas du gaz Sarin.

Il y a néanmoins d’autres éléments incriminant les rebelles : l’enquête de terrain réalisée par un collègue de la journaliste américaine Dale Gavlak, le témoignage de deux otages belges qui ont entendu des chefs rebelles s’attribuer la paternité de l’attaque chimique, les aveux du commandant rebelle Nadim Baloush, certaines images vidéos non authentifiées de rebelles munis de masques à gaz et tirant vraisemblablement des armes chimiques, le précédent de l’attaque au gaz survenue en mars dernier contre une position loyaliste à Khan Al Assel près d’Alep, des vidéos de terroristes gazant des lapins à titre expérimental et menaçant ensuite d’exterminer les alaouites.

Il y a, par ailleurs, de sérieux doutes sur la fiabilité de certaines vidéos de l’attaque chimique diffusées par les rebelles. L’expert en armes chimiques de l’Institut de médecine légale de Cranfield Stephen Johnson fait partie des sceptiques. Les gouvernements occidentaux, leurs alliés wahhabites et leurs médias font mine d’ignorer ces indices pour la simple raison qu’ils ne sont pas rentables.

Que pensez-vous de l’hypothèse selon laquelle l’utilisation d’armes chimiques profiterait aux djihadistes sévissant en Syrie et qui, par cet acte criminel, cherchent à obtenir une intervention militaire étrangère pour les sauver de l’avancée sur le terrain de l’armée syrienne ?

C’est, semble-t-il, l’hypothèse la plus probable, la plus logique aussi. Des opposants connus, comme Haytham Manna de la Coordination nationale pour le changement démocratique, et le leader du parti kurde de l’Union démocratique (YPD) Saleh Muslim, doutent également d’une implication du gouvernement syrien dans l’attaque chimique d’Al Ghouta.

Vous avez évoqué, pour les armes chimiques, « l’hypothèse d’une troisième force ». Pourriez-vous nous l’expliquer ?

Accuser le régime d’avoir déversé des gaz mortels sous le balcon du palais présidentiel paraît aussi invraisemblable que d’affirmer que les rebelles sont capables de tuer leurs propres familles. Un responsable sécuritaire de Damas, que j’ai contacté, doute lui aussi que les rebelles d’El Ghouta aient planifié un suicide collectif pour susciter une intervention militaire internationale. Il penche pour l’hypothèse d’une troisième force experte dans les opérations « false flags » liée à un service étranger. Rappelons que la Syrie est devenue une passoire, un terrain propice pour toutes sortes d’opérations barbouzardes. Des agents étrangers peuvent facilement prendre la forme de l’un ou l’autre des belligérants et organiser une provocation.

Le chef du renseignement saoudien et parrain du terrorisme international Bandar Ben Sultan est un champion en la matière. Les agences israéliennes comme le Mossad ou Aman sont elles aussi coutumières de ce type d’opérations. L’attentat contre Rafiq Hariri, en 2005, est un exemple éclatant du savoir-faire israélien en matière de false flag. Plus, l’accusé désigné comme tel par le vrai coupable aura des difficultés à prouver son innocence, plus l’action sera réussie. L’attaque chimique d’El Ghouta ressemble à une provocation qui, en définitive, ne profite ni à l’un ni à l’autre camp.

Des organisations djihadistes, sévissant en Syrie, s’entretuent. Treize parmi ces organisations ont déclaré ne pas reconnaître le gouvernement provisoire mis en place par « l’opposition ». Certains croient que cette situation est due à une guerre des services de renseignements et une guerre d’influence d’autres pays. Qu’en pensez-vous ?

Le confit syrien ressemble de plus en plus à une guerre de tous contre tous. Il arrive que les diverses milices s’entretuent pour le partage du butin mais leurs divergences sont souvent de nature idéologique. Par exemple, au Nord, les autonomistes kurdes du YPG s’opposent aux groupes armés syriens pour trois raisons : en tant que laïcs, ils rejettent le projet politique des djihadistes syriens et en tant que nationalistes, ils accusent ces mêmes djihadistes à la fois de nier l’identité kurde au profit de la suprématie arabe et de collaborer avec le régime d’Ankara farouchement opposé à l’établissement d’un Kurdistan syrien à ses frontières. A Azaz et Raqqa, les groupes rebelles ont été attaqués et chassés par l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), un gang ultraviolent lié à Al Qaïda.

L’EIIL accuse ses concurrents d’apostasie. Pourtant, les groupes visés par Al Qaïda sont généralement tout aussi anti-chiites et partisans d’un Etat sectaire appliquant la charia.L’autre fracture se situe entre, d’une part, les quelques brigades islamiques qui affirment encore leur loyauté envers le commandement de l’Armée syrienne libre et, d’autre part, les puissantes formations islamiques rivales.

Les seconds accusent les premiers de servir un agenda occidental. Pour autant, certaines formations djihadistes liées à des services de renseignement étrangers différents se coordonnent. Liwa al Tawhid, omniprésent à Alep, est lié aux services secrets turcs tandis que Liwa al Islam actif dans le gouvernorat de Damas est encadré par les moukhabarate saoudiennes. Pour le moment, il n’y a pas de rivalité apparente entre ces deux groupes. Mais, comme en Afghanistan, les alliances entre seigneurs de guerre se font et se défont selon les opportunités du moment. Amis un jour, ennemis pour toujours…

Vous avez annoncé qu’Erdogan vous persécute avec un dossier vide. Pouvez-vous nous en parler ?

Erdogan a fait de la chasse aux dissidents un sport national. Mes déboires judiciaires ont toutefois commencé avant l’arrivée de l’AKP au pouvoir. C’était, il y a 13 ans, suite à une manifestation pacifique au Parlement européen. J’ai chahuté un ministre turc venu chanter à Bruxelles les mérites de la démocratie turque devant un public acquis. Mon action n’a pas plu aux autorités turques.

Depuis, je suis accusé de terrorisme. A défaut de pouvoir me bâillonner, le régime d’Ankara a exercé des pressions considérables pour me faire condamner par la justice belge. Dans un premier temps, les autorités belges se sont comportées en janissaires du sultan Erdogan. Mais grâce à la résistance et à la solidarité de la société civile belge, le pouvoir a finalement abandonné les poursuites à mon encontre.

Il y aurait eu une tentative de votre extradition vers la Turquie ?

J’ai subi deux tentatives d’extradition, une fois en 2006 et une seconde fois cette année. Suite à mon action pacifique du 25 novembre 2000, le régime d’Ankara s’était empressé d’avertir Interpol pour me faire arrêter et extrader vers la Turquie. En tant que citoyen belge, j’étais à l’abri du mandat d’arrêt international car la Belgique n’extrade pas ses nationaux. Toutefois, en avril 2006, j’ai été arrêté aux Pays-Bas en vertu de ce mandat.

A l’époque, j’ignorais tout du signalement Interpol. Finalement, un tribunal néerlandais a jugé la demande turque irrecevable et m’a libéré après 68 jours de détention. J’ai pu rentrer chez moi, en Belgique, où m’attendait un tribunal d’inquisition qui a fini par m’acquitter en 2010, après quatre jugements et trois cassations, un record en Belgique. Malgré cette fin heureuse, je reste menacé par le même mandat d’arrêt international car une fois que l’on tombe dans le fichier d’Interpol, on n’en sort plus.

En juin dernier, j’ai été arrêté dans la cathédrale-mosquée de Cordoue en Espagne toujours selon le même motif : celui du chahut du ministre au Parlement européen, une action pacifique aujourd’hui vieille de treize ans. Comme il n’existe aucun tribunal permettant de se désinscrire du fichier d’Interpol, je reste à la merci de l’Inquisition néo-ottomane.

Entretien réalisé par Mounir Abi
4 octobre 2013


Bahar Kimyongür, né le 28 avril 1974 à Berchem-Sainte-Agathe, en Belgique, est un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes. Dans sa région d’origine en Turquie, proche de la Syrie, des affrontements ont également eu lieu entre des réfugiés syriens sunnites et des Turcs alaouites, dont certains ont pris partie pour Assad. Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), qualifie les États-Unis de « pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie ». Il est signataire d’un « appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci ».

Source: http://www.letempsdz.com/content/view/103112/186/

Les diplomates américains évaluaient les façons de déstabiliser Bachar al-Assad en 2006

ID de référence: 06DAMASCUS5399
Sujet: INFLUENCER LE SARG A LA FIN DE L’ANNÉE 2006
Origine: Ambassade à Damas, en Syrie Classification: SECRET
Création: 13 décembre 2006 Sortie: 3 août 2011
Tags: PGOV, PREL, PITRE, SY

SECTION SECRETE 01 DU 04 DAMAS 005399

SIPDIS

SIPDIS

NEA / ELA
NSC POUR MARCHESE
TRÉSOR POUR GLASER / LEBENSON

EO 12958: DECL: 30/11/2016
TAGS: PGOV, PREL, PITRE, SY
OBJET: INFLUENCER LE SARG A LA FIN DE L’ANNÉE 2006

Classé par: CDA William Roebuck, pour les raisons 1,5 b/d

  1. (S) Résumé. Le SARG [Gouvernement de la République Arabe Syrienne] finit 2006 dans une position beaucoup plus forte au niveau national et international qu’il ne l’a fait en 2005. Bien qu’il puisse y avoir une pression bilatérale ou multilatérale supplémentaire qui peut influer sur la Syrie, le régime est basé sur une petite clique qui est en grande partie à l’abri de telles pressions. Cependant, la confiance grandissante de Bachar Assad – et le recours à cette petite clique – pourrait l’amener à faire des erreurs et à prendre des décisions politiques mal jugées par marque de réactions émotionnelles face aux défis, nous fournissant ainsi de nouvelles opportunités. Par exemple, la réaction de Bachar à la perspective du tribunal Hariri et à la publicité pour Khaddam et les frontières du Front de salut national frôle l’irrationnel. En outre, Bachar a rapporté le souci de son image, et la façon dont il est perçu au niveau international est une potentielle charge dans son processus décisionnel. Nous pensons que les faiblesses de Bachar reposent dans la façon dont il choisit de réagir à des problèmes qui se profilent, à la fois perçus et réels, comme le conflit entre les mesures de réforme économique (cependant limitées) et les forces enracinées, corrompues, la question kurde, et la menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes en transit. Ce câble résume notre évaluation de ces vulnérabilités et suggère qu’il peut y avoir des actions, des déclarations, et des signaux que l’USG [Gouvernement des Etats-Unis] peut envoyer qui permettront d’améliorer la probabilité de telles opportunités qui se présentent. Ces propositions devront être étoffées et converties en actions concrètes, et nous devons être prêts à nous déplacer rapidement pour prendre l’avantage de ces opportunités. Beaucoup de nos suggestions soulignent l’utilisation de la Diplomatie Publique et plus de moyens indirects pour envoyer des messages qui influencent l’intérieur du cercle. Fin du Résumé.

2. (S) Alors que la fin de l’année 2006 approche, Bachar apparaît par certains moyens plus fort qu’il ne l’a été pendant deux ans. Le pays est économiquement stable (au moins pour le court terme), l’opposition interne à laquelle le régime est confronté est faible et intimidée, et les questions régionales semblent aller dans le sens de la Syrie, selon la perspective de Damas. Néanmoins, il y a certaines vulnérabilités de longue date et des enjeux qui se profilent qui peuvent offrir des possibilités d’élever la pression sur Bachar et son cercle intérieur. La prise de décision du régime est limitée à Bachar et à un cercle intérieur qui produit souvent des décisions tactiques mal pensées et des approches parfois émotionnelles, tels que le discours universellement moqué de Bachar daté du 15 Août. Certaines de ces vulnérabilités, telles que les vues quasi irrationnelles du régime sur le Liban, peuvent être exploitées pour faire pression sur le régime. Les actions qui conduisent Bachar à perdre l’équilibre et augmenter son insécurité sont dans notre intérêt, parce que son inexpérience et le cercle de décision extrêmement petit du régime le rendent sujet aux trébuches diplomatiques qui peuvent l’affaiblir à l’échelle nationale et régionale. Alors que les conséquences de ses erreurs sont difficiles à prévoir et que les bénéfices peuvent varier, si nous sommes prêts à agir rapidement pour prendre avantage des opportunités qui peuvent se présenter, nous pouvons avoir un impact direct sur le comportement du régime là où il faut – Bachar et son cercle intérieur.

Lire l’intégralité du câble: http://www.cabledrum.net/diff/06DAMASCUS5399

Traduction intégrale du câble sur le Forum Wikileaks: http://www.wikileaks-forum.com/french/315/plusdcomment-influencer-le-gouvernement-arabique-national-syrien-fin-2006/23229/