La Grande-Bretagne: le partenaire silencieux de l’Arabie saoudite dans la guerre civile au Yémen

bombardement_yemenUn hôpital dans la province de Saada a été touché par un bombardement aérien en octobre

Independent, par Iona Craig, 19/12/2015

Les missiles britanniques et les avions de chasse fabriqués et vendus aux Saoudiens font partie d’une guerre que le gouvernement voudrait que l’on oublie

Si on vous a dit que des avions de chasse britanniques et des bombes britanniques étaient impliqués dans une guerre au Moyen-Orient qui a laissé des milliers de morts parmi les civils, vous pourriez être pardonné pour supposer que cela fait référence à l’Irak, ou peut-être à la plus récente campagne aérienne du Royaume-Uni étendue à la Syrie.

Lire plus:
Royaume-Uni pourrait faire face à des accusations de crimes de guerre pour les missiles vendus à l’Arabie Saoudite

Ce qui est moins susceptible de venir à l’esprit c’est un autre conflit oublié dans la région – une guerre parrainée par le Royaume-Uni dont on parle rarement. Pendant les neuf derniers mois, des avions fournis par les britanniques et des missiles de fabrication britannique ont fait partie des raids aériens quasi-quotidiens au Yémen, [des raids] effectués par une coalition de neuf pays conduite par l’Arabie saoudite.

Dans cette campagne bien cachée, des milliers [de personnes] sont mortes. Les bombardements de la coalition saoudienne ont représenté 60% des 4.493 victimes civiles au cours des sept premiers mois de l’année. L’Arabie Saoudite s’est engouffrée dans ce qui a commencé comme une lutte intérieure pour le pouvoir politique entre le président en exercice du pays, Abd Rabbu Mansour Hadi, et son prédécesseur pendant 33 ans, Ali Abdallah Saleh.

Lire la suite: http://www.independent.co.uk/voices/britain-saudi-arabia-s-silent-partner-in-yemen-s-civil-war-a6780186.html

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«L’Etat Islamique est un prétexte pour un changement de régime en Irak sponsorisé par les Etats-Unis»

Etat Islamique (ISIS)

Eric Draitser est un analyste géopolitique indépendant basé à New York et créateur du site StopImperialism.org

L’éviction du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki fait partie d’un plan plus large des États-Unis pour l’Irak et le Moyen-Orient dans son ensemble.

Dans le contexte de la guerre contre l’État Islamique (IS, anciennement ISIS / ISIL), Washington a réussi à tuer deux oiseaux en faisant d’une pierre deux coups, comme dit le proverbe. Non seulement les États-Unis ont supprimé un dirigeant politique qui s’était avéré problématique en raison de son opposition à la présence militaire américaine en Irak, ainsi que pour son soutien indéfectible à la Syrie et au président Assad, mais ils ont également créé les conditions pour le démembrement de l’Etat irakien.

[…]

La maladie de l’Etat Islamique (EI)

L’EI n’est que très récemment devenu une épidémie internationalement reconnue de l’extrémisme islamiste militant qui doit être éradiqué à tout prix. Cette reconnaissance internationale n’est venue qu’une fois que l’organisation a commencé à prendre le contrôle de territoires en Irak, menaçant les intérêts pétroliers et gaziers occidentaux. Alors que l’EI menait en réalité sa guerre brutale et vicieuse contre le peuple syrien et le gouvernement, l’EI n’était qu’une simple réflexion après coup, un simple groupe d’extrémistes qui combattaient le « dictateur brutal » Assad.

Il semble donc que le danger d’ISIS [Etat Islamique en Irak et en Syrie] et de la nécessité de l’éradiquer soit directement lié aux intérêts américains. Autrement dit, l’EI est un outil utile pour la Syrie et au sud du Liban où il crée le chaos au détriment d’Assad et du Hezbollah respectivement, tandis qu’en Irak, l’EI est dangereux là où il menace le régime client des Etats-Unis au Kurdistan et les intérêts pétroliers occidentaux. Mais bien sûr, le détail systématiquement exclu de la plupart des analyses du problème de l’EI, c’est le simple fait qu’il s’agit d’une création du renseignement américain et de sa guerre secrète contre la Syrie.

Lire la suite: http://rt.com/op-edge/180544-iraq-us-syria-maliki/

Vidéo: OTAN, Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie, Royaume-Uni face au régime Assad

« La vérité et la solution en 61 secondes »

Transcription de la vidéo:

« La vérité » – Scott Rickard, ancien linguiste du renseignement américain:

« Ce sont des crimes de guerre internationaux, commis par les Américains, par les Britanniques, et aussi par les Saoudiens, le Qatar et la Turquie. Et l’OTAN prend un autre rôle et aurait créé une autre Libye, s’ils avaient fait la zone d’exclusion aérienne qu’ils demandaient -. et Dieu merci pour la Russie, Dieu merci pour la Chine de filmer parce que vous auriez vu un demi-million à un million de Syriens morts aujourd’hui en raison d’un bombardement intense de l’OTAN. Et Assad est juste l’un des dictateurs à travers le monde, nous pouvons faire le tour de la planète et en trouver plusieurs, sinon des centaines qui ont été soutenus par les Américains et également soutenus par les Britanniques. »

« La solution » – Sukan Chandan, commentateur politique:

« Arrêtez l’Occident, arrêtez les alliés qui apportent les armes, trouvons et négocions, et concentrons-nous sur qui sont les vrais ennemis du peuple de la région: ce n’est pas Assad, ce n’était pas Kadhafi, ce n’est pas le Hezbollah, ce n’est pas l’Etat iranien. Regardez vers le sud les monarchies du Golfe et l’Etat sioniste: ce sont les ennemis du peuple de la région et des musulmans et des peuples opprimés du monde entier.

Torture en Libye: Abdel Hakim Belhaj remporte le droit de poursuivre le gouvernement du Royaume-Uni au sujet de son enlèvement

Le tribunal juge que le cas d’un exilé libyen, qui a été envoyé à Tripoli et torturé, peut aller de l’avant malgré les tentatives du gouvernement pour y mettre un terme

Owen Bowcott, The Guardian, 30 Octobre 2014

Abdel Hakim BelhajAbdel Hakim Belhaj et sa femme Fatima Bouchar ont été secrètement transportés à Tripoli en 2004, où ils ont été torturés par les forces de sécurité de Kadhafi.

Un homme politique libyen qui a été enlevé dans une opération conjointe de la CIA et du MI6 a reçu une décision de la cour d’appel qui lui permet de poursuivre le gouvernement britannique pour son transfert, une décision qui établit un précédent important pour d’autres demandes.

Abdel Hakim Belhaj et son épouse marocaine, Fatima Bouchar, ont été transportés secrètement en 2004 à Tripoli, où les forces de sécurité de Mouammar Kadhafi l’ont torturé, et, comme il est supposé, les agents du renseignement britannique ont participé à son interrogatoire.

La cour d’appel a décidé jeudi que l’affaire devait aller de l’avant, malgré les tentatives du gouvernement d’y résister en raison de l ‘ »acte de la doctrine de l’Etat », arguant que les tribunaux ne pouvaient pas enquêter sur ce qui est arrivé parce que cela impliquait un État étranger.

Parlant au Guardian depuis la Libye, Belhaj, 48 ans, dit: « J’ai toujours eu la foi dans la justice britannique. La bonne décision a été prise. Je sens que je me rapproche de la réalisation de la justice dans mon cas « .

Lire la suite: http://www.theguardian.com/world/2014/oct/30/abdel-hakim-belhaj-court-kidnap-mi6-cia-torture

Fichiers divulgués: une société allemande d’espionnage a aidé le Bahreïn à pirater des manifestants du printemps arabe

The Intercept, Par Cora Currier et Morgan Marquis-Boire, 7 août 2014

bahrain_658Une entreprise notoire de technologie de surveillance qui aide les gouvernements à travers le monde à espionner leurs citoyens a vendu un logiciel pour le Bahreïn au cours de la réponse brutale de ce pays au mouvement du printemps arabe, selon des documents internes divulgués cette semaine sur Internet.

Les documents montrent que FinFisher, une société de surveillance allemande, a aidé le Bahreïn à installer des logiciels espions sur 77 ordinateurs, y compris ceux appartenant à des avocats défenseurs des droits de l’homme et un chef de file de l’opposition désormais emprisonné, entre 2010 et 2012, une période qui inclut la répression du Bahreïn sur les manifestants pro-démocratie.
Le logiciel de FinFisher donne aux espions à distance un accès total aux ordinateurs infectés. Certains des ordinateurs qui ont été espionnés semblent avoir été localisés aux États-Unis et au Royaume-Uni, selon un rapport de Bahreïn Watch.

Lire la suite: https://firstlook.org/theintercept/2014/08/07/leaked-files-german-spy-company-helped-bahrain-track-arab-spring-protesters/

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régime pour le compte des Etats-Unis…

Renversement du Totum Arabe (Sherif Arafa)Caricature: Sherif Arafa (Cartoon Movement)

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régimes pour le compte des Etats-Unis… peut-on le croire sincère? Alors que l’organisation WikiLeaks oeuvre plus ou moins à la même chose, en ayant par exemple directement influencé les événements du Printemps Arabe, notamment en Egypte et en Tunisie, où Julian Assange a affirmé en personne que les révélations diplomatiques ont eu un impact sur le changement de régime et les révolutions dans ces deux pays — comment peut-on interpréter les tweets de @wikileaks dénonçant l’action de Google et de l’USAID vis-à-vis des changements de régimes dans d’autres régions du monde, que ce soit en Amérique Latine, en Afrique, au Moyen-Orient ou même en Europe?

@wikileaks, 6 avril 2014: « Le bureau de l’USAID des « Initiatives de Transition » gère les programmes de changement de régime, ainsi en est-il de Google ».

Peut-être que Wikileaks aurait dû ajouter à ce tweet: « Ainsi est-il de l’organisation @wikileaks ». Politiquement parlant, WikiLeaks, Google et l’USAID fonctionnent dans un but relativement semblable en ce qui concerne la transition démocratique et l’effort pour rendre plus transparents des gouvernements étrangers où manquent certains principes de la liberté d’expression et des droits de l’homme, mais tout cela se fait, semble-t-il, avec des moyens et des méthodes différentes. L’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) dépend directement des Etats-Unis, Google est une société privée, mais avec le récent scandale de la NSA, on apprend aussi qu’en tant que géant d’Internet, Google dépend aussi du gouvernement des Etats-Unis, tandis que WikiLeaks est une organisation à part, une organisation secrète qui se dit indépendante des gouvernements, mais qui affirme en même temps avoir affaire à des services secrets, et on imagine mal comment Wikileaks pourrait publier des documents sensibles sans avoir un certain réseau de soutien au sein même des gouvernements.

En même temps, rien n’a jamais permis de dire si Wikileaks a été créé ou pas par le gouvernement américain, mais beaucoup de personnes pensent que cela aurait pu être un outil très utile pour servir l’agenda des Etats-Unis dans les efforts de transition démocratique dans plusieurs pays du monde, notamment au Moyen-Orient. De plus, dans l’article cité par @wikileaks dans ce tweet, il est question du changement de régime au Vénézuela: 

Un câble WikiLeaks publié en 2013 décrit la stratégie des États-Unis pour saper le gouvernement de Chavez par «pénétrer la base politique de Chavez», «en divisant le chavisme» et «en isolant Chavez internationalement. » (blog foreign policy)

Quand Wikileaks tweete le lien de cet article, cela ne veut aucunement dire qu’il est contre la stratégie américaine qui a consisté à déstabiliser un gouvernement au Vénézuela, alors qu’on sait que l’Amérique Latine rencontre beaucoup de problèmes de corruption, de pauvreté et d’injustice de manière générale, et qu’il en est de même au Vénézuela. Autrement dit, l’organisation Wikileaks pourrait très bien soutenir l’idée d’un changement de régime au Vénézuela et d’une ouverture démocratique, tout en pointant du doigt l’implication du gouvernement américain dans cette transition politique. C’est là tout l’art de Wikileaks, de ne jamais dévoiler les vrais enjeux de l’organisation.

D’autre part, on trouve aussi sur le site de l’USAID de nombreux projets et des articles liés à la transparence politique, le concept même défendu par Wikileaks et qui est une idée lancée par le gouvernement des Etats-Unis. On peut trouver également, en faisant une simple recherche avec le mot-clé « wikileaks », un document intitulé « TRANSPARENCY AND INTEGRITY PROJECT » qui prend même les câbles Wikileaks pour appui dans une analyse politique (p. 46), précisant que le câble Wikileaks a donné « un détail pertinent ». On voit donc à quel point la fuite des câbles diplomatiques a pu servir le gouvernement des Etats-Unis et leurs services secrets pour justifier les accusations de corruption d’un régime en place, pour authentifier des propos ou des rumeurs, et pouvoir ainsi continuer leur politique de changement de régime, grâce à une organisation comme Wikileaks où personne ne peut pour autant prouver si elle dépend ou non du gouvernement américain.

Nous avons déjà longuement analysé les liens possibles de Wikileaks et du gouvernement américain, ou d’autres services secrets occidentaux, mais aussi les liens possibles avec l’ONU. Quand Wikileaks s’attaque à Google, ou à d’autres sociétés ou organismes dépendants du gouvernement américain, on ne sait pas très bien s’il cherche effectivement à dénoncer l’influence négative que les services secrets américains ont pu avoir dans certains pays, ou si, au contraire, Julian Assange fait déjà de la promotion pour des projets de transparence politique, ou bien s’il s’agit de faire la promotion d’un dernier livre qui parle encore de Google… En dehors de ça, toute ressemblance entre Google, l’USAID et Wikileaks serait donc fortuite.

Voir le tweet de @wikileaks: https://twitter.com/wikileaks/status/452625240854904832

Le plan US post-11 septembre: Wesley Clark dénonce les collaborateurs du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC)

Le plan US post 11/9: envahir 7 pays dont l’Irak, la Lybie, la Syrie et l’Iran, selon le général US Wesley Clark

Lors d’une conférence donnée à San Francisco le 3 octobre 2007, Wesley Clark, général 4 étoiles retraité des Forces armées des Etats-Unis, affirme que dix jours après le 11-Septembre, les invasions de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, de l’Iran et de plusieurs autres pays du Moyen-Orient avaient déjà été planifiées.

Rappelons que dans une précédente interview sur ABC, le 5 mars 2006, Wesley Clark avait exprimé ses doutes sur la thèse officielle du complot du 11/9. Il avait alors affirmé: « Nous n’avons pas achevé l’enquête sur le 11/9 ni vérifié si l’administration a en réalité fait mauvais usage des informations des services de renseignement dont elle disposait. Les preuves dans ce sens me semblent claires.»

Pour plus d’info: http://www.reopen911.info/

Matthew Dunn, ancien agent du MI6, parle des services secrets agissant en Libye en 2011

Vidéo mise en ligne le 26 août 2011

Texte de présentation sur youtube:

Tiré de la télévision néerlandaise – les extraits dans lesquels Michael Dunn parle sont en anglais. Dans le Paradigme Fantaisiste de l’OTAN, il est parfaitement normal d’avoir des services secrets en Libye qui travaillent pour lutter contre le méchant dictateur.

Dans le nouveau paradigme, c’est un autre exemple de la façon dont l’Occident fait tout son possible pour prendre le contrôle des biens de la Libye, en donnant un entraînement à l’opposition et en ignorant les nombreuses personnes en Libye qui ne veulent pas de l’OTAN et de leurs Rebelles. Il n’y a pas justification pour cela de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies, mais personne ne semble se faire de soucis du lavage de cerveau qu’ils ont avec le Paradigme de l’OTAN.

Dans une autre vidéo, vous pouvez entendre [des informations] sur le rôle des agents du MI6 et de la CIA dans la lutte contre les journalistes indépendants qui ne sont pas d’accord avec le Paradigme de l’OTAN.

Voici quelques extraits de l’interview de Matthew Dunne:

« Je suis Matthew Dunne, je suis un ancien agent de terrain du renseignement britannique du Mi6. J’ai passé 5 ans à voyager autour du monde typiquement dans des positions ennemies. Si j’avais été au tribunal, j’aurais été torturé et exécuté.

J’ai la permission de parler à un certain niveau, mais évidemment je dois être très courtois au sujet de ce que je dis. Mais oui, c’est la première interview à la télévision avec un ancien agent du Mi6. Oui, certainement pour ce qui est de ma génération.

Ce que je peux dire, et ceci sans trahir aucun secret particulier, c’est que la situation en Libye serait suivie de très près par le Mi6 et évidemment d’autres services secrets occidentaux. Tout le monde sait qu’ils auraient probablement placé des gens sur le terrain, et qu’il y aurait d’autres manières de contrôler la situation sur place. Beaucoup de ce qu’ils essaient de faire serait de recueillir du renseignement, des informations secrètes, pas uniquement au sujet des actions spécifiques qui sont menées, comme les combats à Tripoli, à Benghazi ou ailleurs en Libye, mais aussi d’essayer vraiment de comprendre les groupes d’opposition.

La situation en Libye est une situation inhabituelle. Une chose que je peux dire, car tout le monde le sait, c’est qu’un agent du Mi6 avec son équipe de protection de 12 hommes du SAS ont été attrapés, si je puis dire, en allant en Libye aux premières étapes du conflit avec le but de chercher à engager un dialogue avec les groupes rebelles sur place. Cette situation était assez inhabituelle pour un agent du Mi6, parce qu’il allait là, non seulement pour recueillir de l’information de leur part, mais il était aussi clairement un représentant du gouvernement britannique.

Les Britanniques, les Américains, les Européens ont tous appris dans le passé qu’envoyer de l’argent, des armes ou de l’aide dans une situation, peut parfois rendre une situation plus difficile, à moins de la cibler de manière spécifique et de comprendre les gens que vous ciblez. Est-ce que les gens qui vont utiliser cet argent, ces armes ou n’importe quoi d’autre, vont les utiliser de la bonne manière?

J’aurais pensé que de nouveau, avec la vitesse des événements, il me semble que les rebelles avaient renouvelé un sens de l’objectif, ils ont été rassemblés, ils semblaient être hautement motivés, et ceci a manqué pendant les derniers mois. Et je pense qu’il y a une force motrice, et que cela aurait pu venir du soutien du Mi6, aussi bien que d’autres organisations.

Vous devez comprendre que, chaque fois que des questions sont soulevées au sujet du Mi6, le commentaire sera toujours celui qui a été fait et il n’y aura en effet pas de commentaire, donc ce commentaire [officiel, selon lequel il n’y a personne sur le terrain] ne me surprend pas du tout. Il peut y avoir des conséquences sévères: des opérations peuvent échouer, mais aussi des vies peuvent être perdues.

Oui, c’est un risque pour tout le monde. Vous opérez à l’étranger, vous n’êtez pas en territoires sûrs: tout le business de l’espionnage est extrêmement sérieux et extrêmement dangereux. Beaucoup de gens qui font partie du personnel ne feraient jamais l’actualité, parce que clairement en tant qu’agent, vous faites des choses que vous espérez ne jamais voir dans l’actualité pour des raisons évidentes. Donc oui, j’y pense. Est-ce que cela me manque? Non. Mes conditions sont très différentes maintenant. J’aimais faire ce travail à ce moment, mais mes conditions ont désormais changé. Je pense que ce serait très difficile de revenir vers ce monde.

Je ne peux pas commenter sur ce que le Mi6 fait en ce moment, mais en termes de savoir si Kadhafi sera trouvé, oui, il sera trouvé. Il n’y a pas de doute sur cette question. Au moment où le pays aura tout un plan, où plus de soldats loyalistes rejoindront le côté des rebelles, que les populations dans les villes et les villages se rendront compte qu’ils ne peuvent plus être persécutés, alors Kadhafi n’aura plus nulle part où aller, et il pourrait être trouvé dans un village par un berger avec un fusil, ou piégé par des soldats spécialisés, des forces spéciales, ou des agents du renseignement. »

[Comme le prédit Matthew Dunne dans cette interview, Kadhafi a effectivement été capturé par la suite, le 20 octobre 2011, à Syrte, où il meurt suite aux échanges de tirs].

Edward Snowden et la théorie des dominos

Est-ce qu’un seul lanceur d’alerte peut, à travers ses révélations, provoquer la chute de tout le système mondial de l’espionnage? Réponse: avec l’affaire de la NSA, on pourrait en effet penser qu’Edward Snowden a enclenché, de manière plus ou moins évidente et irrémédiable, la chute de tout un système injuste élaboré par les services secrets américains et destiné à la collecte illégale des données privées des citoyens dans le monde entier. Il a suffi d’une personne et d’une seule révélation pour enclencher toute une série d’autres révélations sur la NSA, des révélations toutes plus fracassantes les unes que les autres, et qui s’emboîtent les unes après les autres, enchaînant pays après pays les scandales liés à l’espionnage, et on ne sait pas encore où cela s’arrêtera. Car, effectivement, le jeu du domino semble loin d’être terminé.

La théorie des dominos, qui est une théorie de géopolitique inventée par les Etats-Unis avec la Guerre froide, est appuyée elle-même sur la théorie de l’effet domino, autrement dit selon Wikipedia: « une réaction en chaîne » qui provoque « la chute séquentielle d’une file de dominos » les uns à la suite des autres. Wikipedia nous apprend que cette théorie a été mise en évidence et utilisée dans la lutte contre le communisme, que cette théorie a justifié l’invasion du Vietnam « pour prévenir une future domination communiste du sud-est asiatique », mais aussi que ceci aurait justifié l’invasion de l’Irak en 2002-2003 en vue de « la disparition des régimes autoritaires » dans tout le Moyen-Orient, l’invasion du Moyen-Orient n’ayant été qu’une sorte de porte ouverte aux événements du Printemps Arabe. En géopolitique, la théorie des dominos semble donc illustrer une propagation idéologique par contagion: la chute de la dictature irakienne a propagé l’idéologie de la chute des dictatures au Moyen-Orient, de même que la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 avait propagé une idéologie de la libération de toute l’Europe de l’Est et conduit à la chute des régimes communistes. Pour ceux qui n’ont toujours pas compris la théorie des dominos, voici une vidéo simple qui en explique le principe:

WikiLeaks avait déjà emboîté le pas sur les révélations de l’espionnage gouvernemental, notamment à travers les câbles diplomatiques fournis par Bradley Manning et les e-mails de la société de renseignement Stratfor transmis par le hacker Jeremy Hammond. Dans la suite de WikiLeaks, Edward Snowden a donc dévoilé au grand jour un autre aspect de l’espionnage mené par le gouvernement américain et certains de ses partenaires qui sont d’autres gouvernements ou d’autres services secrets. Avec les câbles diplomatiques, WikiLeaks avait déclenché une sorte d’effet domino dans les pays du Printemps Arabe, où on a pu voir la Tunisie servir d’exemple à d’autres pays arabes, avec des manifestations qui ont conduit en 2010-2011 à la chute de plusieurs gouvernements au Moyen-Orient, des régimes assimilés à des dictatures ou définis comme des régimes autoritaires. Il y avait alors une effervescence politique générale au Moyen-Orient, une effervescence qui a continué à travers des projets de constitution. La volonté démocratique des Tunisiens avait incité d’autres peuples du Moyen-Orient à réclamer plus de liberté. La théorie des dominos permet de comprendre tous ces événements historiques de manière beaucoup plus claire.

Avec l’affaire de la NSA, ce sont désormais les gouvernements occidentaux, et notamment les Etats-Unis, qui vont devoir rendre des comptes à la population, face aux accusations d’atteintes à la vie privée et face à la collecte illégale de données menée à travers le monde entier. Comme dans la théorie des dominos, le gouvernement américain n’est pas le seul à être fragilisé par ces révélations, car on apprend en effet que plusieurs gouvernements européens ont collaboré avec la NSA, comme la Suède et la France. Si le président Obama a récemment fait un discours sur la réforme de la NSA, personne n’a malheureusement encore entendu François Hollande s’exprimer sur le rôle des services secrets français vis-à-vis de la NSA. Mais on imagine bien que si le président américain a dû donner des explications, il en sera de même pour tous les services secrets qui ont collaboré avec la NSA, et qu’ils devront tous rendre des comptes aux citoyens.

Finalement, ce qu’il faut retenir dans cette histoire, et ce qui nous semblerait à tous plutôt drôle, c’est que la théorie des dominos est à l’origine une théorie américaine visant à lutter contre le communisme, mais on constate aujourd’hui que cette théorie forgée par les Etats-Unis se retourne contre leur propre perception du pouvoir politique. Car aujourd’hui, c’est le système occidental, et non le communisme, qui montre ses faiblesses démocratiques et qui menace de s’effondrer ou en tout cas de s’émietter un tout petit peu. Comme vous pouvez le voir dans la vidéo qui illustre le tour du monde des dominos, l’affaire de la NSA américaine contamine désormais tous les autres pays du monde. Si vous aimez la théorie des dominos, vous aimerez forcément l’affaire de la NSA. Mais il faudra être patient pour en voir la fin, car il paraît que Snowden a dérobé 1,7 millions de dominos contenant des informations secrètes, et seul 1% d’entre eux seraient publiés…

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Texte: CC BY-SA

Vidéo: youtube

Les opérations Anonymous, des opérations gouvernementales pour piéger les hackers?

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Depuis les années 80, les gouvernements livrent une bataille sans merci contre les hackers qui menacent leur ordre établi. Certains hackers ont eu des destins tragiques, certains sont morts et ont été assassinés, d’autres ont accepté de collaborer avec des gouvernements pour échapper à la prison ou pour rester en vie. On ne peut pas en vouloir à ceux qui ont dû travailler pour un gouvernement, si c’était une question de vie ou de mort. Néanmoins, cela montre à quel point les hackers sont menacés par les gouvernements, quels que soient leurs pays; à quel point ils sont les cibles des services secrets; et à quel point ils sont utiles au changement social, car même s’ils sont arrêtés, ils sont un moteur essentiel de la révolution dans le monde.

Les gouvernements préfèrent collaborer avec les hackers, plutôt que de les mettre en prison

Les hackers ont toujours eu des liens étroits, mais controversés, avec les gouvernements. Citons quelques exemples.

Tout d’abord, Julian Assange: avant d’être le fondateur de Wikileaks, Julian Assange a été un hacker, arrêté en 1991 lors de l’Opération Weather, condamné, puis relâché par la justice de son pays. Entre son arrestation en 1991 et son inculpation en 1994, avec 31 accusations criminelles, Assange n’aurait pas eu d’autre choix que de collaborer à l’époque avec les services secrets. Il a été libéré sous caution et n’a finalement obtenu qu’une simple amende, signe pour certains que Julian Assange a accepté de collaborer avec le gouvernement. Comme le souligne le journaliste Wayne Madsen, certaines attaques de hackers ont aussi servi à piéger les hackers et à infiltrer leurs groupes. On apprend dans le livre Underground (chap. 9) que la police australienne a demandé au personnel des universités visées par les attaques de hackers, de laisser les failles de sécurité afin de pouvoir surveiller à distance l’activité des hackers et les localiser en vue de leur arrestation. C’est ce qui aurait permis l’arrestation de Julian Assange. Wayne Madsen considère aussi que Julian Assange est toujours impliqué dans les activités du gouvernement australien et des services secrets, et que Wikileaks n’est que l’émergence de ce rôle.

De même, le hacker israélien Ehud Tenebaum n’aurait eu d’autre choix que de collaborer avec le gouvernement israélien après son arrestation en 1998.

Ce qui s’est produit dans les années 80 et 90 continue de se produire, et les hackers continuent d’être aujourd’hui piégés et recrutés par les gouvernements, notamment pour infiltrer « les systèmes des gouvernements étrangers« .

Dans l’affaire des mails Stratfor, publiés par Wikileaks, Jeremy Hammond a accusé le FBI d’avoir utilisé les hackers pour recueillir des informations sur les gouvernements étrangers et d’avoir été piégé par Sabu:

« Il est bien connu que Sabu a été utilisé pour monter des affaires contre un certain nombre de pirates, y compris moi-même. Ce que beaucoup ne savent pas, c’est que Sabu a également été utilisé par ses gestionnaires afin de faciliter le piratage de cibles de choix du gouvernement – y compris de nombreux sites web appartenant à des gouvernements étrangers (…)

Ce que les Etats-Unis n’ont pas pu accomplir par la loi, ils ont utilisé Sabu, et par extension, mes coaccusés et moi, pour l’accomplir illégalement ». (Hacker News Bulletin)

Jeremy Hammond a accusé le hacker Sabu, un informateur du FBI qui avait infiltré le réseau Anonymous, d’avoir permis au FBI d’arrêter un certain nombre d’autres hackers et d’avoir permis des procès contre eux. Sabu avait coordonné apparemment des attaques à la demande du FBI, il a aussi transmis les « Syria Files » à Wikileaks, mais il n’a jamais dit s’il avait fait cela à la demande du FBI.

On imagine bien qu’aux Etats-Unis, les peines contre les hackers sont très lourdes. Ceux qui ne négocient pas avec le gouvernement ont des risques de passer plusieurs années en prison, comme Jeremy Hammond.

Dernièrement, un hacker britannique de 28 ans, Lauri Love, risque l’extradition vers les Etats-Unis, ainsi que 10 ans de prison, pour avoir piraté des ordinateurs gouvernementaux.  Présenté comme « un hacker sophistiqué et prolifique » par les Etats-Unis, on imagine bien que son extradition pourrait intéresser les autorités américaines afin de pouvoir le recruter et de négocier sa peine en échange de ses services.

Tel est le destin des hackers, héroïque mais tragique quand on s’aperçoit que leur courage et leur intelligence sont utilisés parfois à de mauvaises fins par les gouvernements.

Anonymous Africa: après les guerres au Moyen-Orient, un projet contre les dictatures et la corruption en Afrique

Anonymous Africa, créé en juin 2013, est un exemple parmi d’autres de ces groupes de hackers qui peuvent être infiltrés par les gouvernements, soit en étant un groupe autonome indépendant d’un gouvernement, soit en étant un groupe soutenu et financé par un gouvernement sous une identité anonyme. Anonymous Africa est un site écrit dans un anglais parfait, faisant la promotion du logiciel TOR et qui ne semble pas avoir été vraiment revendiqué en Afrique. Les groupes Anonymous étant par définition anonymes et sans identité, il est d’autant plus difficile de savoir qui se cache derrière la multitude de groupes et de personnes qui appartiennent à ces réseaux.

Il est certain que lutter contre les dictatures en Afrique est difficile et qu’il vaut mieux rester anonyme quand on se lance dans ce genre de projets, et il est certain que c’est un projet noble de défendre la liberté d’expression, néanmoins la lutte contre la corruption et la lutte contre les dictatures ont souvent été jusqu’à présent soutenues par des gouvernements occidentaux. On s’en rappelle pour le Moyen-Orient, dont le projet de réforme et de démocratisation a été initié par George Bush. Il faut toujours percevoir l’agenda politique de ces groupes, car lutter contre les dictatures, c’est bien, mais si c’est uniquement pour servir les intérêts américains et les plans de guerre du Pentagone, ce n’est pas forcément servir la démocratie dans le monde.

Après la démocratisation du Moyen-Orient et le Printemps Arabe, où certaines attaques de hackers ont aussi ciblé des dictatures, la lutte contre les dictatures en Afrique pourrait bien apparaître, sous un certain angle, comme la continuité de ce projet occidental qui a été initié par les Etats-Unis: celui de la transparence politique et de la lutte contre la corruption dans des pays situés hors de la zone d’influence de l’Occident, en Afrique, au Moyen-Orient, en Russie ou en Asie. Le gouvernement américain a les moyens financiers et les capacités d’infiltrer ce genre de réseaux Anonymous, on comprend donc pourquoi c’est un outil facile à utiliser pour les gouvernements.

Les récentes attaques en Australie: quand Anonymous ne met pas tout le monde d’accord chez les hackers

Il y a quelques jours, Anonymous Indonesia a attaqué plusieurs sites australiens, le site de l’ASIS (les services secrets australiens) et 170 sites non-gouvernementaux. Il faut remarquer que certains groupes Anonymous ne sont pas toujours d’accord sur la cible des attaques informatiques. Bizarrement, alors que la majorité des hackers Anonymous ont pour projet de créer une société plus libre et plus égalitaire, le groupe Anonymous Australia a dénoncé les dernières attaques d’Anonymous Indonesia contre des sites australiens qui n’avaient pas de rapport direct avec les sites gouvernementaux. Alors, pourquoi dénoncer des attaques informatiques, quand on est un hacker?

« Ces sites que vous avez attaqué ne sont pas affiliés au gouvernement australien et doivent être laissés en paix » peut-on lire dans un communiqué. (The Australian)

On croirait presque lire un communiqué qui tente de dissuader sa population, comme pour dire « surtout ne faites pas la révolution ». Pirater, c’est pourtant le principe même qui permet aux Anonymous de protester virtuellement et de manifester leur présence en société. Les attaques contre des sites non-gouvernementaux sont donc des signes essentiels de cette protestation. Pourquoi Anonymous Australia tente-t-il de dénoncer ces attaques: est-ce qu’il dit cela avec sincérité, ou bien est-ce qu’il dit cela parce qu’il est infiltré ou qu’il agit au nom du gouvernement australien?

Y aurait-il deux voix différentes au sein d’Anonymous? Anonymous Australia défend-il vraiment la voix des hackers dans ce communiqué? Entre ceux qui défendent une révolution par les armes numériques, comme semblait le soutenir Julian Assange dans son livre, et ceux qui défendent des attaques ciblées, mais contrôlées, autrement dit des attaques sans danger fondamental pour l’ordre établi par la société – mais que veulent vraiment les hackers, la révolution ou pas?

Dans les années à venir, de plus en plus de hackers seront peut-être amenés à travailler pour des services secrets et pour des gouvernements, comme aux Etats-Unis, soit parce qu’ils y seront forcés, soit parce qu’ils auront été piégés dans des opérations de piratage, soit parce que certains d’entre eux auront reçu des offres financières suffisamment intéressantes de la part des gouvernements. Tandis que la France développe son budget de la défense, l’Union Européenne prévoit de créer un service comparable à la CIA. Avec l’affaire Prism, il y aura encore plus de surveillance et les gouvernements auront encore plus besoin de recruter des hackers. La seule question est de savoir comment les hackers utiliseront leurs talents: est-ce qu’ils sauront les utiliser en faveur de la démocratie? comment arriveront-ils à se libérer du pouvoir des gouvernements, malgré toutes les persécutions qu’ils subissent, et comment feront-ils pour réaliser jusqu’au bout leur idéal de révolution mondiale?

Ecrit par kimono

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