Depuis Edward Snowden aux enlèvements récents des 5 éditeurs à Hong-Kong: les menaces contre la liberté d’expression en Chine et ailleurs – par Jean-Jacques M’u, éditeur d’ABC Editions

Menaces sur l’information: le casse-tête hongkongais

Blog Mediapart, JJMU, 13 janvier 2016

La capitale financière chinoise avait reçu en juin 2013 Edouard Snowden que les USA poursuivaient pour avoir diffusé des données « Top Secret ». En automne 2014, les manifestations étudiantes « des parapluies » étaient sévèrement réprimées par le régime de Pékin en dépit du principe “Un pays, deux systèmes”. Depuis octobre 2015, ce sont des éditeurs qui sont enlevés quand ils dénoncent…

Lire la suite: https://blogs.mediapart.fr/jjmu/blog/130116/menaces-sur-l-information-le-casse-tete-hongkongais

Voir le site de l’éditeur: http://www.abceditions.net/

« WikiLeaks et Cantona servent-ils à quelque chose ? » Interview avec Michel Collon, Investig’Action (2010)


Pourquoi ces fuites ? Un complot contre les USA? 

Moi aussi je me pose beaucoup de questions. Mais le plus important, c’est de  comprendre. A mon avis, c’est mon interprétation, qu’en fait, la classe dirigeante des Etats-Unis est totalement divisée. Economiquement, c’est un pays, une économie complètement affaiblie. Ils sont incapables de gagner la guerre en Irak, en Afghanistan, ou en Palestine, au Liban, avec Israël. Et ce qui arrive maintenant, c’est que cette classe dirigeante est complètement divisée. « Faut-il continuer la guerre, faut-il chercher une porte de sortie ? » Et comme ils se divisent entre eux, il y a des fuites qui sortent. On sait que ça vient des Etats-Unis, ces fuites. On sait aussi que les infos sont basées sur des mémos des diplomates US. Donc, pas étonnant, c’est pas des révolutionnaires. On sait d’où viennent les fuites. Et moi je ferais un parallèle avec ce qui s’est passé durant la guerre du Vietnam. Pour les plus jeunes, les Etats-Unis qui étaient alors au sommet de leur puissance ont attaqué le Vietnam avec une guerre vraiment féroce, cruelle. Les vietnamiens ont résisté de façon héroïque. Il y a eu un mouvement de solidarité dans le monde entier. Il y avait des manifs partout, quand j’étais jeune. Et à un moment donné, une grande partie de la bourgeoisie des Etats-Unis  s’est dit « Cette guerre, on peut pas la gagner ». Ils ont pas dit « c’est immoral de faire la guerre et d’attaquer un pays ». Ils ont juste dit « On va perdre ». Et à partir de ce moment-là, ils se divisent et comme ils veulent mettre fin à la guerre, il y a des fuites qui sortent. Ca prouve juste une chose : les Etats-Unis sont affaiblis et ça doit encourager les gens à aller plus loin et à se battre contre cette guerre. 

Les informations de WikiLeaks sont-elles des scoops ? 

Je pense que… Il faut bien voir de toutes façons qu’il y a aux Etats-Unis, dans leurs documents, plusieurs niveaux de secret. Et là, on n’a que le premier niveau, le plus bas. Il semble que énormément de gens aux Etats-Unis étaient au courant de ces informations, de ces mémos diplomatiques, et que des gens honnêtes et dégoûtés les ont divulgués. Donc effectivement, le plus important, je pense, pour les progressistes, c’est d’aller plus loin, et à partir de là, à partir du fait qu’énormément de gens dans le monde se posent des questions sur les mensonges des Etats-Unis, il faut aller plus loin et dire « mais c’est quoi les stratégies des Etats-Unis, leurs vrais mobiles, leurs vrais objectifs, dans toutes ces guerres qu’ils déclenchent » Et là, on a publié ces interviews de Mohamed Hassan qui explique effectivement quels sont les vrais objectifs des Etats-Unis, des Européens, quand ils attaquent un pays au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde. 

Quels sont les objectifs de guerre des USA ? 

Si on prend l’exemple de l’Iran, il y a une énorme hypocrisie des Etats-Unis, bien sûr, les politiciens mentent, mais tout le monde le sait, mais aussi des médias qui recopient ce que les politiciens nous disent sur les Etats-Unis, à savoir que : « oui, il faut attaquer l’Iran parce que c’est une menace ». En réalité, les Etats-Unis et l’Europe ont toujours attaqué tout pays arabo-musulman, tout pays du Moyen-Orient, pour contrôler le pétrole, pour empêcher qu’ils soient indépendants et autonomes. Il faut qu’ils restent dépendants, il faut que le pétrole continue à profiter aux Etats-Unis et aux Européens. Et Israël, comme on l’a expliqué dans le bouquin «Israël, parlons-en», est le flic du Moyen-Orient, le flic du pétrole. Ca, c’est les vraies questions que les médias devraient poser à partir de cette soi-disant nécessité d’attaquer l’Iran. Evidemment que les dirigeants arabes sont d’accord avec les Etats-Unis pour attaquer l’Iran. La plupart d’entre eux sont des marionnettes des Etats-Unis, et ce qui est important, c’est que la rue arabe, elle, elle dit le contraire. Si vous interrogez dans le monde musulman, la majorité des gens disent : « Les Etats-Unis, c’est la menace. Israël, c’est la menace.  D’ailleurs, il agresse tous ses voisins, il agresse Gaza, il agresse même les humanitaires. L’Iran, c’est normal qu’il essaie de se défendre préventivement contre Israël. » Si les médias posaient les bonnes questions, le débat serait déjà beaucoup plus avancé. 

Que pensez-vous des informations diffusées par WikiLeaks? 

Le problème, c’est pas les infos qui sont données, je rappelle, ce sont des diplomates US qui parlent, ils défendent un point de vue évidemment, et ce sont des choses que nous disions depuis des années. Mais le problème, c’est la manière dont les médias traitent ces infos, et en fait, les filtrent. On nous parle que des choses archi-secondaires. Or dans les révélations WikiLeaks, il y a des choses intéressantes. Par exemple, les Etats-Unis disaient toujours que le coup d’Etat militaire au Honduras, c’était pas un coup d’Etat, que c’était une bataille entre deux camps, et voilà. Et l’ambassadeur lui-même dit « c’est un coup d’Etat ». Donc on prouve qu’ils ont menti. Ou bien, il y a ce caméraman espagnol qui a été assassiné en Irak, parce qu’il montrait des choses que les Etats-Unis ne voulaient pas, et là, on apprend officiellement que les Etats-Unis ont tout fait pour saboter l’enquête. Et des bonnes révélations, il y en a plein. Donc la question que les gens doivent se poser, c’est « Pourquoi les médias ne nous ont pas dit ça avant ? Est-ce que les médias ne font pas d’investigation ? » Ben non, il ne font pas d’investigation. Les grands médias, les médias dominants à la télé, ne nous disent que les choses qui arrangent leurs gouvernements. Et donc, la 2ème question, c’est : Où alors, on doit aller chercher l’info ? 

Et l’affaire Cantona, alors ? 

Ce qui m’a frappé, c’est que tous les grands économistes, ministres, banquiers, ont dit : « Cantona est stupide, c’est un footballeur, il ne comprend rien à l’économie et aux banques ». Ca veut dire « les simples gens ne doivent pas essayer de comprendre ce qu’il y a là en dessous ». Je pense qu’en fait, c’est parce qu’il y a beaucoup à cacher. Et à mon avis, Cantona a très bien compris où était le problème, la plupart des gens dans la rue aussi. Et le problème, il est simple : les banques nous escroquent. J’ai lu ces dernières semaines deux informations très intéressantes. La première : cette année-ci, aux Etats-Unis, donc en 2010, 1,2 millions de familles américaines en plus vont perdre leur maison à cause de la crise bancaire sur la spéculation américaine immobilière faite par les banques. 1,2 millions de gens à la rue à cause des banques. Et l’info suivante, la semaine passée : « Les banques américaines, en cette fin d’année, vont distribuer 144 milliards de dollars en bonus et autres primes à leurs dirigeants, à leurs traders », donc à toutes les crapules qui ont fait cette spéculation sur les pauvres gens qui perdent leurs maisons. Et eux, les banques, qui ont été sauvées grâce à l’argent de l’Etat, c’est-à-dire à l’argent des contribuables, ils vont distribuer 144 milliards de dollars en primes pour que leurs dirigeants et leurs traders continuent les mêmes spéculations et les mêmes escroqueries. Donc, Cantona et les gens dans la rue peuvent très très bien comprendre que c’est pourri, ce système, qu’il faut faire quelque chose, et je pense que c’est très positif. Les gens doivent absolument se mêler de cette chose-là, de ce problème-là. 

Mais ça a fait un flop ? 

L’important, c’est pas là. Oui, c’est pas la solution, c’est pas le remède miracle. L’important, c’est qu’énormément de gens se sont posés des questions sur les banques, et il faut faire quelque chose. A partir de là, il faut aller plus loin. Je pense qu’il faut analyser en profondeur, étudier, et c’est pas si compliqué. Nous, on fait des articles, on fait des livres, on explique ce genre de choses. Simplement, pour monsieur et madame tout le monde, il faut comprendre comment c’est possible que dans ce système capitaliste et bancaire, il y a une poignée de gens qui s’enrichissent énormément, et les autres, ça va toujours de plus en plus mal, et à partir de là aussi, réfléchir qu’il y a des alternatives, qu’évidemment on nous les cache, et que, en fait, il faut qu’un débat citoyen s’engage sur ces questions-là.

Source: http://www.michelcollon.info/Wikileaks-et-Cantona-servent-ils-a.html

Pologne: Un document WikiLeaks relaie les rumeurs sur la mort du président Lech Kaczyński

Le Monde.fr | 09.03.2012 à 17h44 • Mis à jour le 16.03.2012 à 21h27

La rumeur sur une possible implication russe, dans les circonstances de la mort du président polonais Lech Kaczyński, est relancée par l’existence d’un mail dévoilé par WikiLeaks. C’est la radio polonaise « Polskie Radio » qui relaie l’information. D’après cet e-mail, les autorités russes aurait refusé de donner à l’avion l’autorisation d’atterrir pour l’empêcher de participer aux cérémonie du massacre de Katyn le 10 avril 2010 dans l’ouest de la Russie. Une commémoration qui devait débuter une heure seulement après l’atterrissage.

Dans ce message, un ancien officier du KGB recruté par les Américains explique qu’il pense que les Russes ont délibérément essayer d’empêcher l’atterrissage du président polonais à Smolensk. Les autorités du trafic aérien auraient indiqué que c’était trop dangereux à cause du brouillard épais.

Le mail dévoilé par WikiLeaks a été envoyé le 22 avril 2010, soit douze jours après la mort de Lech Kaczyński par Fred Burton, le directeur adjoint du contre-espionnage de la compagnie mondiale de renseignements Stratfor Forecasting Inc. à Reva Bhalla, le directeur des analyses de la société. Fred Burton reprend dans son mail les propos de l’ancien agent du KGB, appelé « Camarade J ».

« L’INTENTION N’ÉTAIT PAS DE LE TUER »

« Les russes ont résolument refusé que l’avion atterrisse, sachant que le président polonais aurait soit forcé le pilote à se poser (…) soit que l’avion serait reparti et n’aurait pas atterri à destination », écrit l’agent. Un autre responsable de la compagnie de renseignement, Marko Papic, répond par courriel, que « c’est aussi la théorie que l’un de ces contacts lui a donnée. Mais l’intention n’était pas de tuer Kaczynski, juste de le forcer à se poser à Minsk, et louper ainsi la cérémonie du massacre de Katyn, qui commençaient une heure après l’atterrissage. Mais les pilotes ont essayé d’atterrir malgré tout et le vol s’est crashé. »

Après trois tentatives d’approche infructueuses, l’avion présidentiel polonais, un Tupolev 154, heurte la cime d’arbres, manque son atterrissage et s’écrase à quelques centaines de mètres de la piste. Aucun des 96 passagers n’en réchappera.

L’e-mail publié par WikiLeaks va continuer d’alimenter les théories du complot, qui prétendent que la catastrophe de Smolensk n’était pas un simple accident mais une « vengeance » à l’encontre du président Kaczyński. Les relations entre la Pologne et le Kremlin étaient en effet tendues, depuis que Varsovie avait affiché son soutien à la Géorgie lors du conflit l’opposant à la Russie en 2008.

WikiLeaks a commencé à publier des fichiers sur le renseignement international, à la suite d’un piratage de plus de 5 millions d’e-mails au siège texan de la compagnie de renseignements privée Stratfor en février 2011.

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,9692.0.html
http://www.lemonde.fr/international/article/2012/03/09/wikileaks-relaie-les-rumeurs-sur-mort-du-president-kaczynski_1655712_3210.html

Des intellectuels et des personnalités mondialement connues proclament publiquement leur soutien envers la décision souveraine d’asile politique pour Julian Assange

Quito, le 29 août 2012

Au moins 270 intellectuels, musiciens, artistes et activistes de 32 pays différents ont signé une lettre ouverte de soutien à la décision souveraine par l’Equateur d’accorder l’asile politique au citoyen australien Julian Assange et pour l’inviolabilité des locaux diplomatiques. Parmi les signataires de la lettre, souscrits à ce soutien mondial par pays, s’affichent des personnalités telles qu’Eduardo Galeano, Pablo Gonzales Casanova, Nils Castro, Armand Mattelart, Ignacio Ramonet*, Frei Betto, entre autres. (Note du blog:*ex-Directeur du Monde diplomatique)

Aux personnes pré-citées se joint le soutien d’organisations de la société civile et d’organismes d’intégration régionaux, et du même hémisphère en faveur de la décision de l’Equateur d’accorder l’asile politique à Julian Asange et du rejet de la menace du Royaume-Uni d’intervenir à l’intérieur de l’ambassade équatorienne pour l’y arrêter.

Nous avons joint le texte de la lettre ouverte :

La liberté de l’information trouve en Julian Assange l’un de ses meilleurs défenseurs, aujourd’hui persécuté pour avoir montré au monde les vrais tréfonds des relations internationales. Dévoiler le vrai visage des jeux de pouvoir a mené Assange à se faire imputer la charge d’accusations absurdes, déclenchant dans le même temps la dynamique d’une surprenante violation de la loi internationale et des codes de conduite internationaux avec la menace de la Grande-Bretagne intervenant sur le territoire équatorien (Ambassade, voitures officielles, etc) pour empêcher la consommation du droit d’Assange à l’asile politique.

Pour la souveraineté de l’Equateur et le droit d’asile de Julian Assange, ont signé :

Allemagne: 
Rainer Schlittgen, Ricarda Schlittgen.

Argentine: 
Atilio Boron, Mabel Thwaites Rey, Claudio Katz, Stella Calloni, Susana Murillo, José Luis Tagliaferro, Patricio Echegaray, Marcelo F. Rodriguez, Manuel Bertoldi, Inés Izaguirre, Emilio Taddei, Carlos Ernesto Motto, Juan Manuel Karg, Enrique Elorza, Nestor Kohan, Jorge Boccanera, Beatriz Rajland, Mirta Clara.

Australie: 
Federico Fuentes, Robert Austin Henry.

Belgique: 
François Houtart, Eric Toussaint.

Bolivie: 
Alejandro Dausá, Hugo Moldiz, Ma. Bolivia Rothe, Victor Vacaflores, Anibal Garzón, Sonia Brito, Luis Oporto, Oscar Silva, Fernando Rodríguez.

Brésil: 
Thiago de Mello, Joao Pedro Stédile, Frei Betto, Fernando Morais, Virginia Fontes, Gabriel E. Vitullo, Rita Laura Segato, Carlos Walter Porfto-Gonalves, Chico Diaz, Maurício Vieira Martins, Elder Andrade de Paula, Demian Bezerra de Melo, Ildo Luís Sauer, Adelaide Gonçalves, João Márcio Mendes Pereira, Horacio Martins de Carvalho, Plinio de Arruda Sampaio Jr., Jose Vicente Tavares, Silvia Beatriz Adoue, Roberto Leher, Carlos Frederico María Luisa Mendonça, Marés de Souza Filho, Edélcio Vigna, Ana Laura dos Reis Corrêa, Roberto Malvezzi, Carla Luciana Silva, Gilberto Calil, Rui Portanova, Ayrton Centeno, Cebrapaz.

Canada:
Michael Lebowitz, Pierre, Mouterde, John M. Kirk.

Chili: 
Marta Harnecker, Eduardo Henríquez.

Colombie: 
Diego Otero Prada, Fernando Arelllano Ortiz, Hernando Calvo Ospina, Humberto Betancourt Rodríguez.

Costa Rica:
 Wim Dierckxsens.

Cuba:
 Silvio Rodríguez, Roberto Fernández Retamar, Fernando Martínez Heredia, René González Sehwerert, Aurelio Alonso, Fabio Grobart, Eloísa Le Riverend, Emilio Comas Paret, Natalia Revueltas, Juan Valdés Paz, Julio César Guanche, Francisco López Segrera, Carlos Tablada, Manuel E. Yepe, Ibrahim Hidalgo Paz, Niurka Pérez Rojas, Ileana Sorolla Fernández, Lino Borroto López, Ricardo Quizá Callejas, Armando Chaguaceda, Fausto Martínez García, Natalia 
Bolívar Aróstegui, Norma Balcazar Silva, Néstor García Iturbe, Isbel Díaz Torres, Jimmy Roque Martínez, Haroldo Dilla Alfonso, Marlene Azor Hernández, Noemí Crosas, Rosa Báez, Nelson Aboy Domingo, Reynaldo García Blanco, Mireya Suardíaz, Elisa Masiques, Manuel David Orrio del Rosario.

Equateur: 
Magdalena León, Alejandro Moreano, Raúl Pérez Torres, Irene León, Jorge Orbe, Sally Burch, Osvaldo León, Alexis Ponce, Mauro Cerbino.

Salvador: 
Roque Dalton Foundation, Juan José Dalton, Carlos Molina.

Espagne: 
Juan Carlos Monedero, Ximena de la Barra, Salvador López Arnal, Lois Pérez Leira, Carlos Fernández Liria, Antoni Puchalt Cea, Ángel Vale González, Montserrat, Ponsa Tarrés.

Etats-Unis: 
Immanuel Wallerstein, James Early, Saul Landau, Al Campbell, Agustín Lao-Montes, Arturo Escobar, Padre Roy Bourgeois, Lisa Sullivan, Father Luis Barrios, David Laibman, Eloise Linger, John Catalinotto, Javad Butah, Humbertto R. Brown, Bill Ryan, Al Campbell, Gregory Wilpert, Viviana Ramirez.

France:
 Armand Mattelart, Ignacio Ramonet, Samir Amin, Bernard Cassen, Jean Ortiz, Paul- Emile Dupret, Marielle Nicolas, Dominique Gautier, Annie-Lacroix Riz*(historienne), Salim Lamrani, Virgilio Ponce.

Grande-Bretagne: 
David Slater

Greece:
Costas Isychos,

Guatemala:
 Simona Yagenova, Héctor Nuila Ericastilla, Alba Estela Maldonado, Mayra Godoy, Silvia Beatriz Adoue

Italie: 
Francesco Vespoli, Marco Consolo, Marina Minicuci

Mexique: 
Pablo González Casanova, Miguel Concha, John Saxe Fernández, Enrique Semo, Ana Esther Ceceña, Enrique Leff, Carlos Fazio, John Holloway, Gilberto López y Rivas, Frida Modak, José Steinsleger, Beatriz Stolowicz, Ricardo Melgar Bao, Gudrun Lenkersdorf, Ana María Aragonés, Humanity Defense Network, Héctor Díaz Polanco, Diana Guillén, Angel Guerra, Hugo Aboites, Jaime Estay, Jerónimo Rajchenberg, Nayar López Castellanos, Julio Muñoz Rubio, Marcos López, Maricarmen Montes, Cristina Steffen, Efraín León, Ana María Rivadeo, Daniel Inclán, Aldo Rabiela, Miguel Socolovsky, Margarita Favela, Damián Camacho, Claudia Sandoval, Walter Martínez, Josefina Morales, Márgara Millán, Enrique Cortés, Carlos Prigollini, Camilo Pérez Bustillo, Leonor Aída Concha, Rebeca Peralta Mariñelarena, Teresina Gutiérrez-Haces, Arantxa Tirado, Rosa Barranco, Elizabeth Alejandre, Angeles González, Paz Carmona, Isabel Sanginés Franco, Ma. de Lourdes del Villar, Víctor García Zapata, Carlos Beas, Bertha Vallejo, Women for dialogue, Alfonso Anaya, Carmen Mendoza, Andrea Fernández, Leticia Gutiérrez, Marco Velázquez, Gabriela Hernández, Mirabel Mejía Rodríguez, Eréndira Mejía Rodríguez. 

País Vasco:
Katu Arkonada.

Panama: 
Nils Castro, Marco A. Gandásegui, Jorge Ventocilla.

Paraguay:
 Marielle Palau, Martín Almada, Gonzalo Deiró.

Perou:
 Javier Diez Canseco, Oscar Ugarteche, Linda Lema Tucker.

Portugal: 
Miguel Urbano.

Russie: 
Dmitri Prieto Samsónov.

Suède: 
Eva Björklund

Suisse:
 Raymond Muller.

Tunisie:
 Rashid Sherif.

Uruguay:
 Eduardo Galeano, Daniel Viglietti, Raúl Zibechi, Antonio Elías, Gonzalo Perera, Anahit Aharonian, Enrique Ortega Salinas.

Venezuela: Luis Britto García, Fernando Báez, Carmen Bohórquez, Paulino Núñez, Tamanaco de la Torre, Dayaleth Alfonzo, Rafael Uzcategui, Hindu Anderi, Itinerant Forum of Popular Participation, Andrés Bensart, Karen Silva-Aristeguieta.

COMMUNIQUE DE PRESSE No. 983

Source: http://www.mmrree.gob.ec/eng/2012/bol0983.asp

Traduit du web par willsummer

Affaire Assange : Le Royaume-Uni peut mener le monde à une grave crise diplomatique

Face à la réaction du Royaume-Uni, le droit d’asile pourrait être remis en cause à l’échelle internationale, en cas de non-respect de l’asile politique de Julian Assange en Equateur.

Briser la Convention de Vienne serait une atteinte à la diplomatie mondiale

Une première fois, le mercredi 15 août 2012, la police britannique a tenté d’envahir l’ambassade d’Equateur à Londres : enfreindre la Convention de Vienne de 1961 aurait été une atteinte grave à la diplomatie internationale, car cette convention a été signée par une grande majorité de pays dans le monde pour protéger les relations diplomatiques.

C’est ce qui assure actuellement la sécurité des ambassades et l’entente diplomatique entre des Etats. Hier, 24 août, prouvant la ténacité britannique à persister dans son erreur face à l’Equateur, un photographe, Lewis Whyld, révèle sur Twitter que la police a pour ordre d’arrêter Julian Assange quelles que soient les conditions de son asile politique, et ce même en cas d’immunité diplomatique, comme en témoigne la photo de Twitter (https://twitter.com/LewisWhyld/status/239016685175201792) – « dip immun » – ou en cas de trajet dans une voiture diplomatique – « dip vehicle ».

Ces clichés pris par hasard prouvent que le Royaume-Uni a bien l’intention de briser la Convention de Vienne, même si actuellement c’est l’un des traités les plus importants au monde. Cette crise qui concerne l’Equateur et le Royaume-Uni, et qui peut sembler mineure au regard de l’actualité internationale, peut s’avérer bien plus grave qu’on ne le pense.

L’attitude du Royaume-Uni est une menace envers l’entente des peuples et des nations

En agissant de la sorte, le Royaume-Uni n’a toujours pas compris qu’enfreindre le droit à l’asile politique est une atteinte grave et impardonnable aux fondements de l’entente entre les peuples, aux fondements de la diplomatie internationale et à la stabilité  politique du monde. Ce que les peuples ont bâti, des Etats n’ont pas le droit de le remettre en cause. Il n’appartient pas au Royaume-Uni de décider de la valeur d’une convention internationale. Le droit d’asile politique de Julian Assange est un droit fondamental, un droit international qui doit être respecté.

Le Royaume-Uni, à l’heure actuelle, campé dans sa fierté et dans le dédain total face à la décision de l’Equateur, présente une menace pour l’équilibre politique international, pour l’entente entre les pays et les nations, et pour la sécurité de la plupart des ambassades. Une intervention britannique à l’ambassade d’Equateur à Londres pourrait porter atteinte à la sécurité de tous les diplomates dans le monde et de tous les réfugiés politiques qui ont trouvé asile dans des ambassades, et dont le sort pourrait être compromis, du jour au lendemain, par le déni du Royaume-Uni. La stabilité du monde pourrait être remise en cause du jour au lendemain.

L’asile politique de Julian Assange nous concerne tous

La plupart des gens pensent que l’asile politique accordé à Julian Assange va régler tous les problèmes, mais c’est loin d’être le cas. Nous n’en sommes qu’au commencement de l’affaire. Il apparaît clairement que l’asile politique accordé par l’Equateur à Julian Assange, se trouve à l’entrée d’un grand combat politique, pour avoir le droit de clamer son existence et sa reconnaissance.

Mais ce combat est non seulement celui de Julian Assange, il devient aussi le combat pour défendre le droit d’asile et pour rappeler à tous les pays que ce droit est inaliénable. Aujourd’hui menacé par le Royaume-Uni, le droit d’asile politique pourrait être remis en cause pour n’importe quel citoyen dans le monde. Donc, quand nous défendons l’asile politique de Julian Assange, nous défendons aussi le droit de n’importe quel citoyen dans le monde, de n’importe quel réfugié politique, dont la vie est menacée par la répression d’un gouvernement.

L’affaire de Julian Assange nous concerne tous, car l’asile politique est un droit international, et si le Royaume-Uni remet en cause ce droit fondamental, alors tous les pays du monde seront concernés par cette atteinte. A travers la situation de l’Equateur, nous pouvons voir ce qui pourrait arriver à chaque pays dans le monde, si des démocraties décidaient de ne plus respecter le droit d’asile. Ceci serait très grave et porterait atteinte à nos libertés fondamentales.

Que peut faire l’Equateur pour se défendre contre le Royaume-Uni ?

L’Equateur, bafoué dans ses droits par les démocraties occidentales, fait face à une situation exceptionnelle et incompréhensible: comment se défendre face à des pays dits « démocratiques » qui se prennent pour les grands patrons du monde et qui veulent décider de tout en niant les lois qui existent ? Les Etats-Unis, la Suède, l’Australie et le Royaume-Uni sont les nouveaux délinquants et perturbateurs du monde occidental. Ces pays pensent que les lois ne les concernent pas. Vont-ils mettre à mal les Droits de l’homme en Occident et ailleurs sur la planète? Est-ce que les citoyens vont réagir ?

Si une ambassade venait à être envahie, ou si l’asile politique de Julian Assange était bafoué, ce sont toutes les ambassades et diplomates dans le monde entier qui pourraient se retrouver sans immunité du jour au lendemain. Le gouvernement britannique doit comprendre que son attitude menace non seulement la vie de Julian Assange, en l’exposant à l’extradition en Suède, puis à la torture et à la peine de mort aux Etats-Unis, mais aussi, le comportement du gouvernement britannique peut mettre à feu et à sang tous les pays du monde et ouvrir la voie à un déséquilibre international, qui mettrait à mal la plupart des ambassades et des gouvernements de ce monde.

Si la police britannique enfreint le droit d’asile politique de Julian Assange, toutes les ambassades du monde risquent de basculer dans une crise diplomatique générale. La situation est difficile pour l’Equateur, mais il faut que ce pays continue à faire prévaloir ses droits et qu’il affirme sa position et son indépendance face à des pays qui cherchent uniquement à l’intimider.

L’immaturité du gouvernement du Royaume-Uni est inacceptable

Ainsi, la question se pose : que veut le gouvernement britannique ? Veut-il la paix et l’entente entre les peuples ? Veut-il le respect des Droits de l’homme, du droit d’asile et de la liberté de chaque président à pouvoir accorder comme bon lui semble une nationalité à des citoyens qui le méritent ? Ou bien, le gouvernement britannique cherche-t-il uniquement à obéir aux Etats-Unis, à enfreindre les règles de la diplomatie, à rejeter les conventions qu’il a signées, se mettant à l’écart des autres pays, pour rejoindre le rang des plus sombres dictatures qui menacent et détruisent sans scrupules la liberté d’expression ?

Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le choix même du Royaume-Uni sur sa politique : veut-il rester une démocratie, avec un semblant de justice, ou bien veut-il passer définitivement du côté d’un Etat oppresseur ? Il n’est plus temps aujourd’hui d’interroger le Royaume-Uni sur sa bonne foi ou sur la défense des Droits de l’homme. Nous ne croyons plus à leurs discours. Il est évident que ce gouvernement britannique est immature et qu’il n’est plus en mesure de prendre des décisions démocratiques visant à assurer le bien-être des peuples.

Les hommes politiques au pouvoir en Grande-Bretagne menacent l’équilibre du monde, en remettant en cause des lois internationales sur le droit d’asile et sur la protection des ambassades. Il est urgent de mettre un terme à l’impétuosité britannique, à leur hypocrisie, à leur arrogance envers l’Equateur, et de soutenir et confirmer le choix libre du président Rafael Correa pour accueillir Julian Assange au sein de son pays, car il en va de notre bien à tous.

Ecrit par kimono

La Suède rejette l’invitation de l’Equateur d’interroger Julian Assange à l’ambassade londonienne

Par Anne Sewell – 31 juillet 2012

Londres – L’Equateur a demandé à la Suède d’envoyer des officiels pour interviewer Julian Assange à leur ambassade de Londres. la Suède répond non, ils ne feront pas ce voyage.

Digital Journal a rapporté le 29 juillet que le gouvernement équatorien avait informé les autorités suédoises qu’elles étaient bienvenues pour venir à Londres interroger le lanceur d’alerte à propos d’accusations de viol et d’agression sexuelle. Il y avait l’espoir que s’ils viennent bien à Londres, l’affaire pourra être réglée.

Assange espère éviter l’extradition vers la Suède, comme il y a des craintes qu’il soit par la suite envoyé aux USA sur des charges d’espionnage, pour la publication de câbles diplomatiques avec les fuites du Cablegate.

Selon le fil Twitter de WikiLeaks, la Suède a rejeté l’invitation et ne fera pas le voyage vers Londres pour y rencontrer Assange. Ils n’ont donné aucune « explication valable » pour ceci.

Le tweet lit:

« wikileaksusa ‏@WikileaksUsa

#Wikileaks: BREAKING: Sweden rejected Assange & Ecuador request to interview him in UK – without any meaningful explanation…  »

Assange vit retranché dans l’ambassade d’Equateur depuis six semaines maintenant. Comme l’ambassade est petite, et qu’il n’y a aucun espace extérieur, il se sent harassé par la situation, et selon sa mère, Christine Assange, il souffre.

Source: http://www.digitaljournal.com/article/329766

Traduit depuis le web par willsummer

Un célèbre juge espagnol défendra WikiLeaks

Nouveau coup de théâtre dans la saga judiciaire au cœur de laquelle se trouve le créateur de WikiLeaks : l’ancien juge espagnol ultra-médiatisé Baltasar Garzon va diriger l’équipe d’avocats qui défendront Julian Assange.

L’un est connu pour avoir été le tombeur d’Augusto Pinochet, le dictateur chilien, l’autre a défié l’intelligence américaine en rendant publics sur Internet des documents classés « Secret défense ». Le site WikiLeaks annonce que Baltasar Garzon sera le grand artisan de la défense de Julian Assange dans la procédure d’extradition vers la Suède qui le vise.

Depuis le 19 juin, Julian Assange s’est réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres afin d’échapper à son extradition pour une affaire de viol présumé. Clamant son innocence, il réclame l’asile politique à ce pays latino-américain. Le fondateur de WikiLeaks redoute en effet par dessus tout le scénario d’un retour en Suède qui pourrait ensuite entraîner une extradition vers les Etats-Unis où il risque la peine capitale pour avoir divulgué, via son site Internet, 250 000 télégrammes diplomatiques américains.

Dans ce feuilleton judiciaire qui dure depuis bientôt deux ans, Baltasar Garzon, ancien magistrat espagnol, va s’employer à « montrer comment des procédures secrètes américaines contre Julian Assange et Wikileaks ont compromis et contaminé d’autres procédures légales, dont la procédure d’extradition contre M. Assange », indique WikiLeaks. Toujours selon ce texte, le juge aurait récemment rencontré Julian Assange pour mettre en place sa nouvelle stratégie de défense.

Retour à la lumière

Baltasar Garzon revient ainsi sur le devant de la scène après avoir été condamné à onze ans d’interdiction d’exercer la fonction de magistrat dans son pays. Il aurait ordonné des écoutes entre des suspects incarcérés et leurs avocats dans le cadre d’une enquête sur un réseau de corruption qui avait éclaboussé la droite espagnole en 2009 .

Mais avant cette condamnation, Baltasar Garzon s’est également illustré sur la scène internationale comme un défenseur acharné des droits de l’homme. Avec des décisions particulièrement médiatisées telle que le mandat d’arrêt lancé contre Augusto Pinochet pour meurtre et tortures sur des citoyens espagnols dans les années 70 au Chili ou les poursuites pour génocide contre des militaires de la junte argentine durant la dictature de 1976 à 1983.

C’est donc un beau coup pour le clan Assange, tant sur le plan médiatique que juridique, qui en recrutant Baltasar Garzon s’adjoint les services d’un des plus grands spécialistes des libertés fondamentales au monde.

Source: http://www.metrofrance.com/info/baltasar-garzon-assurera-la-defense-de-julian-assange/mlgy!YLmqVcnMLjY/

« The World Tomorrow », épisode 6 – Julian Assange interviewe le Président équatorien, Rafael Correa

Publié le 22 mai 2012 par Russia Today


Même au point le plus bas de sa cote de popularité, selon un câble diplomatique US de Quito, Rafael Correa détenait « le… record de popularité de tous les présidents en Équateur depuis 1979 ». Correa est un président transformateur pour l’Équateur. Depuis sa prise de fonction en 2007, il a pris des mesures sans précédent pour révolutionner le petit pays latino-américain. En 2008, il a déclaré la dette nationale équatorienne illégitime. Son attitude de défi amena à une renégociation favorable de l’échéancier équatorien.
Alors qu’une nouvelle Constitution introduite pendant son mandat garantit les droits environnementaux, Correa a aussi ouvert l’Équateur à l’industrie minière chinoise. Son attitude envers les USA a été controversée : il a fermé une base militaire US à Manta, et a expulsé l’ambassadeur US après que, via WikiLeaks, des câbles du Département d’État aient révélé que l’ambassade exerçait une influence sur des membres de la police équatorienne.
Survivant à une tentative de coup d’état par la police en 2010, Correa fut critiqué par des médias privés en Équateur et contre-attaqua avec une suite d’actions en diffamation controversées dans les Cours équatoriennes – un geste pour lequel il a été internationalement brocardé par des groupements pour la liberté de la presse.
Populiste charismatique de gauche avec un doctorat en économie de l’Université de l’Illinois, Correa s’avère un personnage central de l’histoire équatorienne récente, et un porte-parole engagé de l’Amérique Latine du XXIè siècle.

Transcription
[00:07:41.12] JA:
Je suis en Angleterre en résidence surveillée depuis 500 jours, à la campagne

[00:07:48.05] RC:
500 jours? OK

[00:07:49.14] JA:
Oui, sans avoir été mis en examen

[00:08:02.13] JA:
Président Correa, je voudrais…Je souhaite que cette interview…vous savez, elle sera diffusée principalement en Anglais, et j’ai fait une interview avant avec des traducteurs, et ce n’est pas si…

[préoccupation audio de JA]

[00:09:24.16] JA:
Vous pouvez m’entendre en Anglais, n’est ce pas?

[00:09:28.22] RC:
Oui, monsieur, oui, oui, je vous entends, oui, en Anglais.

[Discussion au sujet de la traduction]

[00:12:22.07] JA:
Président Correa, si vous êtes prêt, nous pouvons commencer

[00:12:27.05] RC:
OK

[00:13:03.09] JA:
Président Correa, merci d’être là, d’abord, vous voyez, l’Équateur est un pays très intéressant. J’ai lu beaucoup de choses à son propos récemment, mais ce n’est pas le cas des autres gens….hors de l’Amérique Latine, les gens ne savent pas grand chose de l’Équateur, aussi, je me demandais si vous pourriez très rapidement nous présenter le contexte. Quels sont les aspects positifs et négatifs de l’Équateur?

[00:13:30.21] RC:
Hé bien, d’abord, cela me fait plaisir de vous voir, enfin de vous voir à l’écran, et je vous salue bien. Bon, l’Équateur est un pays merveilleux, vous savez. C’est le pays dans le monde qui concentre la plus grande diversité dans un petit espace. Vous pouvez trouver ici toutes sortes de climat, toutes sortes de régions. On peut trouver en Équateur, un très petit pays, toute l’Amérique Latine concentrée. Il y a des choses qui ressemblent au reste de l’Amérique Latine… c’est un pays inégalitaire, avec beaucoup de pauvreté, avec quelques personnes qui historiquement contrôlent le pays, et nous sommes en train d’essayer de le changer.

[00:14:13.21] JA:
Et donc, il se trouve que vous avez été élu en 2007, mais je veux sauter directement à…

RC:
Oui, monsieur…

JA:
Je veux me pencher sur un événement dramatique qui a eu lieu en septembre 2010, quand il y a eu un coup d’état policier. Vous aviez essayé de passer une loi qui modifiait les primes de la police, et d’autres fonctionnaires. Ils essayaient de changer leurs salaires, leurs primes…

[00:14:48.19] RC:
C’était… c’était… pardon, continuez, s’il vous plaît.

[00:14:52.10] JA:
Pouvez-vous nous en parler, parce que cela… cela s’inscrit dans une histoire plus large, liée à ce qui se passe avec les médias en Équateur, l’histoire des coups d’état en Équateur, et la nouvelle manière d’interagir entre le gouvernement, le peuple, les médias, le pétrole?

[00:15:13.13] RC:
Bien, tout le monde ici sait ce qui c’est passé, mais certains médias ont essayé de… tromper le peuple afin de… mettre le gouvernement dans la position qu’ils souhaitaient, mais pour tout le monde, c’est clair que c’était un coup d’état. L’instrument était… c’étaient certains officiers de police avec une très mauvaise information sur une nouvelle loi que maintenant tout le monde reconnaît comme étant une bonne loi. De toutes façons, ce n’était pas juste. Si vous voulez….les perturbations faites par la police, avaient le soutien de certains secteurs de l’armée, certaines parties de la société civile, quelques journaux, quelques partis d’opposition. Bon, ils ont essayé de déstabiliser le gouvernement, le gouvernement démocratiquement élu, mais ils ont échoué, à cause… grâce au soutien du peuple, du peuple équatorien.

[00:16:18.11] JA:
Que s’est-il passé ce jour là (si on regarde juste ce jour-là, en particulier) où il y avait une caserne de policiers en rébellion, et où vous êtes allé leur parler?

[00:16:30.12] RC:
Oui, en début de journée, de cette journée, … j’ai eu l’information qu’il y avait une… manifestation, une manifestation de policiers à cause de la nouvelle loi, alors, comme il y avait une grosse désinformation de certains médias, et de l’opposition, l’opposition politique à notre gouvernement, bon, j’étais là, je suis allé… au quartier général de la police pour expliquer à la police que cette loi était bonne pour eux et pour le pays. Mais je ne m’attendais pas… à ce qui se passait là-bas. C »était un autre genre de manifestation. Si vous voulez, une autre sorte de situation. C’était un mouvement politique dans le but de nuire au gouvernement. Ils ont commencé à crier… à soutenir d’autres partis politiques, d’autres leaders politiques, ils nous ont insultés, et donc, ils ne voulaient pas écouter nos
explications. Bien, après tout cela, quand nous avons voulu retourner au palais présidentiel, nous avons été retenus par des officiers de police et nous avons… nous avons… été agressés, ok ? On nous a tiré dessus, et pour cette raison, et plus encore, j’étais…

[00:18:21.19] JA:
Vous avez alors été emmené à l’hôpital ?

[00:18:24.22] RC:
J’ai eu… j’avais eu une importante opération chirurgicale à mon genou, dix jours avant, dix jours avant, donc, j’étais mal, si vous voulez, Je devais… il fallait me conduire à l’hôpital, l’hôpital le plus proche, (c’était l’hôpital de la police) mais là nous étions encerclés par ces forces policières rebelles et nous étions… nous avons été retenus toute la journée, plus ou moins douze heures, et les militaires ont réussi à organiser une mission pour nous sauver.

[Le traducteur corrige la prononciation de « sauver »] : sauver pardon, nous, de l’hôpital…

[00:19:12.00] JA:
Comment vous… comment vous sentiez-vous à ce moment? Il y a cette célèbre image de vous parlant depuis un balcon à ces forces de police qui étaient en train de se révolter, disant « Si vous voulez tuer le Président et que vous osez le faire, je suis là ». Vous avez dû vous sentir après cela, quand vous avez été emmené à l’hôpital, très effrayé par la situation dans laquelle vous étiez? Je veux dire vous étiez sous le contrôle, physiquement d’une force hostile, vous ne saviez pas… vous aviez une connaissance limitée de ce qui se passait. Qu’avez-vous pensé au moment où c’est arrivé, avez-vous pensé que vous vous en sortiriez vivant? Avez-vous pensé qu’il y avait un vrai risque pour votre vie?

[00:20:00.18] RC:
Bon, pour nous, le vrai risque, c’était de faire du mal au pays, vous voyez, parce que nous avons eu connaissance de nombreux problèmes, des violences dans plusieurs villes du pays, par exemple à Guayaquil, à cause de l’absence de forces de police dans les rues. Alors je leur ai dit « Bon, si vous voulez, vous pouvez tuer le Président mais ne faites pas cela au pays, s’il vous plaît » et plus tard, quand la situation s’est aggravée, pendant toutes ces violences contre nous, réellement, nous… sincèrement, nous n’avions pas peur. Nous étions très inquiets de ce qui arrivait dans les villes et dans le pays, et nous voulions réussir à y mettre fin.

[00:20:53.09] JA:
C’est… c’est très bien, et pensez-vous que vous avez fait une erreur, vous savez, descendre à la station de police ce jour-là… de ne pas comprendre le danger de la situation?

[00:21:15.20] RC:
On n’avait aucune manière de le savoir… aucun moyen de connaître le danger parce que nous pensions qu’il n’y avait qu’une protestation contre… contre une loi parce qu’ils n’avaient pas eu la bonne information sur cette loi, mais il y avait – en espagnol un « Truco », c’était une ruse. Il y avait quelque chose d’autre qui se passait, vous savez. En fait, plus tard, nous avons su que ceux du secteur de la police – parce qu’il y avait d’autres parties impliquées dans ce coup d’état – mais du secteur de la police, les principaux organisateurs des protestations, si vous voulez… étaient des officiers de police accusés d’… d’autres choses contre les droits de l’Homme et ils étaient en prison, à ce moment là, donc c’était une ruse. Nous ne le savions pas. Nous avons cru qu’il y avait juste une
protestation en raison de certains malentendus.

[00:22:32.12] JA:
Bon, maintenant, je veux parler des répercussions de tout cela, de ce qui est arrivé après. Évidemment, c’est une très… très sérieuse situation si la police peut se rebeller et se retourner contre… contre un gouvernement démocratiquement élu. Et votre gouvernement était, selon les États-Unis… selon les télégrammes diplomatiques depuis 2008: « Correa est le premier président depuis 1979 à bénéficier d’une popularité durable dans toutes les régions du pays, parmi le large éventail de classes et de groupes démographiques. À ce jour, Correa a su maintenir un soutien populaire en utilisant une combinaison de tactiques de confrontation, d’accords amiables pragmatiques, et de programmes d’aides aux pauvres ». Bon, c’est ce que même l’ambassade des États-Unis dit de vous, donc une rébellion de la police contre un gouvernement qui a un soutien populaire est évidemment une affaire sérieuse. Que fait votre gouvernement pour s’assurer qu’un coup d’état du même genre ne peut pas se reproduire contre lui?

[00:23:56.03] RC:
Bien avant tout, sur la confrontation, si vous voulez changer notre pays, si vous voulez changer l’Amérique Latine, vous devez aller à la confrontation. Vous même, vous êtes dans la confrontation [les deux rient] contre le pouvoir, le pouvoir des médias pour changer les choses, pour atteindre….

JA:
Oui, oui…

RC:
… la vraie liberté de parole, la vraie liberté, et tout simplement, nous faisons la même chose ici. En tout cas…

[00:24:21.11] JA:
Donc vous n’êtes pas timide avec cette description de la confrontation? Vous n’avez pas peur de… d’être décrit comme une personne qui pousse et qui se confronte à ces gens qui… qui ne veulent pas du changement que vous apportez à l’Équateur?

[00:24:42.22] RC:
Vous savez, pour changer notre Amérique, vous devez changer la relation au pouvoir parce que notre Amérique a été contrôlée historiquement par un petit nombre de gens, des élites, et ils ont discriminé la plupart du pouvoir de la population. Changer cette situation est très difficile, et vous devez vous y confronter. Nous ne cherchons pas la confrontation juste pour elle-même. Nous devons assumer la confrontation pour changer la relation au pouvoir et commencer un processus de développement équitable, juste, bon, pour la police, je dois préciser quelque chose. Nous avons plus ou moins 4000 officiers de police. Dans ce problème, étaient impliqués seulement environ 1000 policiers. Je suis sûr que la majorité des forces de police soutiennent le gouvernement, comme la plupart de la population équatorienne. Nous avons beaucoup, grâce à Dieu, beaucoup de soutien populaire, pour la raison qu’ils veulent que l’histoire de l’Équateur change. Avant cela, avec un autre gouvernement, les gens seraient descendus dans la rue pour soutenir le coup d’état. Ce jour là, les gens ont pris la rue, risquant beaucoup pour leur sécurité, pour leurs propres vies, pour soutenir le gouvernement, et le coup d’état a complètement échoué. Et, après cela, après cela, le soutien au gouvernement s’est accru et la démocratie s’est renforcée. Donc, je crois que c’était une expérience très, très difficile, une journée terrible pour le pays, mais au final, la démocratie s’est renforcée dans notre pays.

[00:26:53.08] JA:
Président Correa, voulez-vous passer à l’espagnol maintenant?

[00:27:00.14] RC:
Est-ce que vous voulez bien? Ce serait mieux pour moi. Je ne sais pas pour vous. [rires]

[00:27:03.16] JA:
Eh bien, j’aime l’anglais, mais… mais certaines personnes disent que vous aimez aussi l’espagnol, alors peut-être que ce serait bien pour le monde hispanophone.

[00:27:12.18] RC:
Ouais, j’aime un peu plus l’espagnol, vous savez.

[00:27:16.19] JA:
Ok. Donc, nous allons essayer… Voyons si nous pouvons le faire. Êtes-vous prêt?

[00:27:32.00] JA:
Président Correa, vous dites que la raison fondamentale pour laquelle cette tentative de coup d’état par la police, a eu lieu, est qu’il y avait de la désinformation qui était diffusée, et alors maintenant vous avez entrepris un projet de loi de réforme des médias, qui est très controversé.

[00:28:29.19] RC:
Il est clair que certaines des personnes de la police sont… ils font ces choix politiques afin de déstabiliser le gouvernement, et ce… la politique… donc… chaque fois avec ce genre de loi il semblera… Cela donnera l’impression que la loi est quelque chose de très mal, et ensuite ces gens sont mal informés, l’information est manipulée. Ils taisent des aspects de l’ information, et caetera. Et de cette manière ils ont généré ce contexte au sein de la police et de l’armée. Maintenant, tout le monde reconnaît que cette loi, non seulement est bonne, mais est une des meilleures en Amérique Latine, oui des meilleures d’Amérique Latine. Mais ils ont dit pis-que-pendre de cette loi, et ainsi ils ont manipulé certains secteurs de la police, mais c’étaient juste des instruments pour porter leurs plaintes. Au sujet de notre conflit avec les médias, depuis les tous débuts du gouvernement, le monde entier doit le savoir, ou au moins en Amérique Latine… Les médias privés sont de grandes entreprises avec des buts lucratifs. Ils ont toujours attaqué les gouvernements qui voulaient changer les choses. Ils défendent ouvertement des intérêts clairement privés. Pour le bien de notre démocratie, une réelle liberté d’expression, il est nécessaire de réguler et de contrôler cela. Un des moyens d’y arriver est de créer des médias publics, un service public des médias. En Équateur, la télévision existe depuis 50 ans… mais il y a seulement trois ou quatre ans que nous avons un service public de télévision. Et maintenant que nous l’avons, ils disent que nous sommes contre la liberté d’expression.

[00:30:27.03] JA:
Mais, président Correa, comme vous le savez WikiLeaks lutte depuis des années pour la liberté d’express…

[discussion hors caméra en espagnol]

[00:30:52.21] JA:
Président Correa, comme vous le savez, depuis des années je mène un combat pour la liberté d’expression, pour le droit des gens à communiquer, pour le droit de publier la vraie information. Nous ne sommes pas une organisation qui publie des opinions, aussi notre combat, n’est pas de savoir si nos opinions sont vraies, mais nous nous battons pour le droit de publier des documents qui eux sont vrais, provenant des gouvernements et des grandes entreprises. Et nous nous sommes battus contre des lois sur la presse qui sont de mauvaises lois, comme en Angleterre, où de gros hommes d’affaires peuvent empêcher la vérité d’être publiée. Il y a beaucoup d’ordres secrets, dans beaucoup de publications en Angleterre et ailleurs, comme aux États-Unis et en Suède, il y a beaucoup d’auto-censure, les journalistes ont peur de publier… publier au sujet des puissants, parce qu’ils seront attaqués. Donc, mon instinct a première vue sur ces changements dans les médias en Équateur est d’y être opposé, parce qu’à la base je vois des gouvernements qui tentent de nous empêcher de nous exprimer.
Mais alors j’ai… alors j’ai parlé à la SIP [1] – cette alliance des médias et on m’a dit à l’avance: « Oh, ces gens de SIP, ils sont vraiment… ils sont terribles, des gens terribles », et je me suis dit « Eh bien, je peux parler avec n’importe qui, vous savez, je peux trouver quelque… quelque point sur lequel nous serons d’accord – peut-être sommes-nous en désaccord sur dix points, mais nous pourrions nous entendre sur un seul, donc je dois parler avec eux », mais j’ai été horrifié de voir que SIP était une sorte de caricature. C’était… vous savez, comme le Washington Post qui était évidemment très proche du Département d’État, et cela a ensuite ouvert mon esprit à la compréhension qu’en fait les médias en Amérique latine, ou certains des médias en Amérique latine, sont vraiment un problème pour des réformes démocratiques en Amérique latine, et que… que c’est vrai, que c’est un fait, qu’il y a ces problèmes. Je voudrais donc vous entendre davantage à propos de cette tension… vous savez, tout le temps, nous voyons des gouvernements qui abusent de la censure – comment ferez-vous pour que vos réformes ne mènent pas à la suppression de la vraie information ?

[00:34:09.08] RC:
Bien, vous-même êtes un très bon exemple de ce qu’est la presse, Julian, et ces associations, comme la SIP, qui n’est rien d’autre qu’un club des propriétaires de journaux en Amérique Latine. Sur votre WikiLeaks, on a publié beaucoup de livres, le dernier est de deux auteurs argentins qui analysent pays par pays, et dans le cas de l’Équateur, ils montrent comment, ouvertement, les médias n’ont pas publié les télégrammes diplomatiques qui leur étaient nuisibles, par exemple ils font état des discussions entre des groupes de presse, et comment finalement ils ont décidé de ne pas laver leur linge sale en public pour ne pas nuire à leurs intérêts. Je lis la traduction en espagnol d’un des télégrammes WikiLeaks que la presse équatorienne n’a jamais publié. Plus important que les menaces et les procès contre des journalistes qui inquiétaient à l’époque le président Gutierrez, le président antérieur, est l’inquiétant effet des intérêts privés sur les médias, démontré dans le conflit entre la télévision TC qui appartenait à un groupe de banquiers , les Isaias, avec Teleamazonas, qui appartenait à un autre groupe de banquiers, les Eglas.
Et l’ambassade conclut, de par votre message WikiLeaks, sur le fait que la presse se sent libre de critiquer le gouvernement, mais pas un banquier fugitif et les affaires de sa famille, et c’est très révélateur d’où le pouvoir se trouve en Équateur. Ce sont les informations que WikiLeaks a publiées et que les médias équatoriens ont tus. Ainsi, vous pouvez voir à quel genre de choses nous sommes confrontés en Équateur, et en Amérique Latine en général. Nous croyons, mon cher Julian, que la seule limite à l’information et à la liberté d’expression est celle qui existe dans les traités internationaux, dans la convention internationale des droits de l’Homme, ou l’honneur et la réputation des gens, et la sécurité du Peuple et de l’État.
Tout le reste, plus de gens en sont informés, mieux c’est. Vous avez fait état de votre crainte, récurrente chez les journalistes de bonne foi, mais qui est dans ce cas un stéréotype, de la crainte que le pouvoir d’état limite la liberté d’expression. Cela n’existe quasiment plus en Amérique Latine. Ce sont des idéalisations, des mythes. S’il vous plaît, comprenez que le pouvoir médiatique, ici, était, et reste probablement, bien plus grand que le pouvoir politique, en fait normalement, il possède le pouvoir politique, en fonction de ses intérêts, et le pouvoir économique, et le pouvoir social, et par-dessus tout, le pouvoir de l’information. Et ce sont les grands électeurs qui….

[00:37:12.02] RC:
Et ce sont les grands législateurs, les gens qui maintenant nous jugent, qui ont créé l’agenda médiatique, ils ont soumis les gouvernements, les tribunaux. Il faut s’enlever de la tête cette idée des pauvres et courageux journalistes, des médias angéliques essayant de dire la vérité ; et des tyrans, des autocrates, des dictateurs essayant d’éviter cela. Non, ce n’est pas la vérité. C’est le contraire. Les gouvernements qui essayons de faire quelque chose pour le plus grand nombre, nous sommes poursuivis par les journalistes qui croient que, du fait qu’ils ont un encrier et un micro, ils peuvent transformer en événement même leur indifférence à votre sujet. Parce que, très souvent, c’est juste par antipathie qu’ils passent leur temps à injurier calomnier, etc… et ce sont des médias destinés à défendre des intérêts privés.
S’il vous plaît, je voudrais que le monde entier le comprenne : ce qui se passe en Amérique Latine. Quand je suis arrivé au gouvernement il y avait sept chaînes de télévision nationales, toutes privées. Cinq appartenaient à des banquiers. Vous vous imaginez, si je voulais prendre une mesure contre le monde bancaire pour éviter, par exemple, la crise et les abus qui se produisent en Europe, particulièrement en Espagne, j’avais une campagne de dénigrement à la télévision, pour défendre les intérêts de leurs patrons, des propriétaires de ces chaînes de télévision, qui étaient les banquiers. Qu’on ne se trompe pas. Qu’on s’enlève de la tête ces stéréotypes et ces idées fausses de gouvernements malveillants qui poursuivent des courageux et angéliques journalistes et des médias. Souvent, c’est la situation contraire, Julian. Ces gens déguisés en journalistes tentent de faire de la politique, de déstabiliser nos gouvernements pour éviter tout changement dans notre région, et éviter de perdre le pouvoir qu’ils ont toujours manifesté.

Finalement, vous me dites: pourquoi ce conflit ? Pour moi, le problème de fond, Julian est que… regardez, je suis économiste. Je suis un mec bien, mais je suis économiste. Si, en économie, demandez à l’économiste le plus orthodoxe… si vous voyez un marché avec cinq ou six entreprises qui le dominent, qui peuvent se mettre d’accord pour telle classe de produit… des cravates… envoyer sur ce marché ; et ce produit a souvent de grosses imperfections, des dysfonctionnements, des défauts, des cravates coupées, de mauvaise qualité, même l’économiste le plus orthodoxe vous dira tout de suite : il faut réguler ce marché par tous les moyens pour protéger le consommateur. Hé bien il se trouve que c’est le marché, entre guillemets des médias de communication, avec un élément aggravant, en plus d’être peu d’entreprises qui donnent une très mauvaise information, qui taisent ce qui ne leur convient pas et manipulent ce qui leur convient. En plus de ça, elles ne fournissent pas que des cravates. Elles fournissent un droit : le droit à l’information. C’est comme si le droit à la justice était fourni par des agents privés. Imaginez des juges privés, animés par des finalités financières, rendant la justice, dans un droit comme l’est l’administration de la justice….Ce serait une énormité, mais c’est parfaitement similaire à des officines privées fournissant un droit fondamental pour nos sociétés, qui est le droit à l’information. Dans le cas de cravates, si je dis il faut réguler ce marché, on me dira quel bon économiste. Si je dis, il faut réguler ce marché hégémonique des médias, on me dit atteinte à la liberté d’expression, çà, ce sont les contradictions que personne ne comprend.

[00:41:21.14] JA:
Président Correa, Je… je suis d’accord avec votre description capitaliste des médias. Nous l’avons vu encore et encore, ces gros organes de presse avec qui nous avons travaillé, comme le Guardian, El Pais, New York Times et Der Spiegel ont censuré nos informations, contrairement à nos accords, quand ils les ont publiées, pour des raisons politiques ou pour protéger des oligarques, comme Tymoshenko d’Ukraine, qui cachait ses richesses à Londres, ou de grosses compagnies pétrolières italiennes corrompues opérant au Kazakhstan. Nous en avons la preuve, parce que nous savons ce que les documents originaux contiennent et nous pouvons voir ce qu’ils ont imprimé, et ce qu’ils ont retiré du document. Mais il me semble que l’approche pertinente pour lutter contre les monopoles et les duopoles et les cartels sur un marché est de les casser, ou de faire que ce soit facile pour de nouveaux médias d’entrer sur ce marché. Ne pourriez-vous pas créer un système qui facilite l’entrée sur le marché de la presse, de façon à ce que les petits éditeurs ou les particuliers soient protégés et n’aient pas de régulation, alors que les gros soient cassés ou réglementés?

[00:43:04.11] RC:
C’est exactement ce que nous essayons de faire, Julian. Et vous avez mis en lumière quelque chose qu’il est important de se rappeler et que j’oubliais. S’il vous plaît, à l’attention des spectateurs européens et des États-Unis, ici les médias ne sont pas la propriété de milliers d’actionnaires comme en Europe, aux États-Unis, dans le monde développé, où au moins, la propriété est ainsi un peu démocratisée, au moins dans les moyens de communication. Ici, que l’on ne se trompe pas, les médias nationaux sont la propriété de sept familles. Ils les transmettent par héritage à leurs enfants, le fils arrive, et même s’il est complètement ignorant, il devient le directeur du journal.
Alors, cette dichotomie entre des sociétés privées à but lucratif et le fait qu’elles fournissent un droit fondamental de la société qui est l’information, pourrait être contrebalancée par une démocratisation de la propriété des médias avec beaucoup d’éthique et de professionnalisme, mais malheureusement ces valeurs sont ce qui manquent le plus en Amérique Latine et en Équateur ; et nous sommes en train d’essayer de changer cela. Cela fait plus de deux ans que nous discutons d’une nouvelle loi sur les communications, pour répartir les fréquences radioélectriques, c’est à dire les fréquences pour la radio et la télévision, afin que seulement un tiers soit privé à but lucratif, un autre tiers soit propriété associative ou sans but lucratif, et le troisième soit public, pas seulement aux mains du gouvernement central, mais aussi des autorités  locales, des mairies, des paroisses. Cela dure depuis deux ans, bien que ce soit uns disposition constitutionnelle approuvée dans les urnes en 2008, et ratifiée par le peuple équatorien lors de la consultation populaire de l’an dernier, mais malgré tout cela, cette nouvelle loi a été systématiquement bloquée par les grands médias. Ils l’appellent la « loi.gag », ils sont relayés par ces législateurs vendus qui tiennent l’assemblée nationale, qui servent ces intérêts privés. C’est cela que nous essayons de faire : démocratiser l’information, la communication sociale, la propriété des moyens de communication, mais évidemment nous avons la virulente opposition des propriétaires de ces médias, et de leurs serviteurs dans le paysage politique équatorien… mais, bon, celui qui ne doit rien ne craint rien, dit-on.

[00:45:32.08] JA:
Président Correa, quand Wikileaks a été… a commencé à publier des câbles sur l’Équateur nous l’avons fait à travers deux sociétés de médias équatoriennes pour commencer – El Universo et El Comercio. Le gouvernement équatorien s’est ensuite approché de nous et dit: « S’il vous plaît WikiLeaks, nous voulons que vous publiiez tous les câbles sur l’Équateur, tous les câbles ». Le gouvernement jamaïcain a également fait cela. Pourquoi est-ce que vous avez voulu que nous publiions tous les câbles?

[00:46:15.19] RC:
Parce que nous n’avons rien à craindre, nous n’avons rien à cacher. WikiLeaks nous a renforcé, en fait, parce que les grands reproches de l’ambassade étaient le nationalisme excessif et la défense de la souveraineté du gouvernement équatorien – et, bien sûr, nous sommes nationalistes et, bien sûr, nous défendons notre nat… la souveraineté nationale de notre pays. Au contraire, comme je l’ai démontré il y a une minute, beaucoup [sic] WikiLeaks ont parlé de… de tous les intérêts qu’il y a dans les médias en Équateur, des groupes puissants qui vont demander du soutien dans les ambassades étrangères, des contacts que l’ambassade possède. Ici, par exemple, l’un des contacts est Fundamedios, soi-disant une ONG, qui s’oppose au gouvernement et qui tout le temps nous défère à
la Commission inter-américaine des droits de l’Homme. Nous n’avons rien à craindre. Ils peuvent publier tout ce qu’ils veulent au sujet du gouvernement équatorien, mais vous verrez, il y aura beaucoup de choses qui sortiront sur des gens qui ont trahi et les intérêts acquis de nombreux partisans des adversaires de la révolution équatorienne.

[00:47:29.24] JA:
Vous… par la suite, vous avez expulsé l’ambassadrice américaine en Équateur à la suite de la publication des câbles par WikiLeaks. Pourquoi l’avez-vous expulsée? Il me semble qu’il serait plus facile de la jouer « Eh bien, j’ai des câbles de cette ambassadrice, je sais maintenant comment elle pense ». N’est-il pas préférable de garder le diable que vous connaissez?

[00:47:54.22] RC:
C’est ce que je lui ai dit, et elle a répondu avec arrogance qu’elle n’avait rien à répondre. C’était une femme totalement opposée à notre gouvernement, une femme d’extrême-droite qui était restée collée à un schéma de Guerre Froide des années 60; et la goutte qui a fait déborder le vase, fut WikiLeaks, d’après qui elle déclarait ce que ses contacts équatoriens lui avaient rapporté, que le chef de la police était corrompu, et que moi, je l’avais sûrement mis à ce poste en sachant qu’il était corrompu, pour le contrôler. On a appelé la Dame pour demander des explications, et avec superbe, arrogance, des grands airs, une attitude impériale, elle a dit qu’elle n’avait rien à expliquer, et comme ici on respecte le pays, nous l’avons expulsée.
Je veux vous dire qu’il y a un mois, ou quelques mois, le commandant Hurtado, faussement accusé dans ce télégramme WikiLeaks par l’ambassadrice, a été reconnu totalement innocent de toutes les accusations, totalement lavé de tous soupçons suite aux investigations qui ont été faites, mais cela démontre encore plus à quel point de mauvais fonctionnaires Nord-Américains, à cause de leur animosité envers les gouvernements progressistes racontent n’importe quoi sans preuves, se basant sur des rumeurs, des colportages de leurs informateurs, qui en principe sont des opposants des dits gouvernements.

[00:49:28.08] JA:
Un de mes amis qui est le directeur de la publication du Journal El Faro au Salvador, dit que quand quelqu’un dit « Je vais… au Salvador, quand ils disent je vais à l’ambassade, cela ne peut vouloir dire qu’une ambassade. L’ambassade des États-Unis au Salvador est tellement importante, tellement influente, et dominante, que quand les gens disent je vais à l’ambassade, tout le monde comprend naturellement qu’il s’agit de l’ambassade des États-Unis. Quelle est la position équatorienne sur les États-Unis, sur leur implication? Je ne vous demande pas une caricature des États-Unis, mais qu’est-ce que le peuple équatorien pense des États-Unis et de leur implication en Amérique Latine et en Équateur?

[00:50:31.01] RC:
Comme dit Evo Morales, le seul pays dont on peut être certain qu’il n’aura jamais de coup d’états, ce sont les États-Unis, parce qu’il n’y a pas d’ambassade états-unienne.

[JA rit]

[00:50:43.04] RC:
En tous cas, je voulais aussi que vous sachiez qu’une des causes du mécontentement de la police fut que nous avons cessé tout financement de nos forces de police par l’ambassade US. Avant notre gouvernement, et même un an et demi après l’arrivée de notre gouvernement, nous avons essayé d’y remédier, des unités entières, des unités-clés de la police, complètement financées par l’ambassade des États-Unis, les directeurs étaient choisis par les États-Unis, et payés par eux. A ce point, nous avons beaucoup augmenté les salaires des policiers, mais ces gens ne se sont même pas rendus compte que leurs traitements provenaient d’un autre endroit. Nous avons tout arrêté, et certains sont encore nostalgiques de cette époque, qu’ils ne reverront pas.
Au sujet des États-Unis, les relations ont toujours été de bonne amitié, mais avec un arrière-plan de respect mutuel et de souveraineté. Personnellement, j’ai vécu 4 ans aux États-Unis, j’ai deux titres universitaires de ce pays, j’aime et j’admire le peuple de ce pays. Croyez-moi, la dernière chose que je voudrais est d’être qualifié d’anti-américain, mais j’aime appeler les choses par leur nom, et, s’il y a une ingérence politique, mauvaise, pour notre pays comme pour l’Amérique Latine en général, je la dénoncerai ouvertement, et ne laisserai pas porter atteinte à la souveraineté de mon pays.

[00:52:20.17] JA:
Président Correa, votre gouvernement a fermé une base US récemment
Traducteur: Manta

[00:52:29.04] JA:
Malta? Manta. Votre gouvernement a fermé la base Américaine de Manta. Pouvez-vous me dire pourquoi vous avez décidé de fermer cette base?

[00:52:42.21] RC:
Accepteriez-vous une base militaire étrangère sur votre sol, Julian? Si la chose est si simple… si elle est si simple, comme j’ai dit une fois, il n’y a aucun problème à accepter une base militaire états-unienne en Équateur, mais alors, ok, parfait, nous l’autoriserons, s’ils nous permettent d’avoir aussi une base militaire équatorienne aux États-Unis. C’est comme ça, pas plus, pas moins.

|JA rit]

[00:53:22.09] RC:
Vous aimez bien mon interview.

[00:53:24.00] JA:
J’aime bien vos plaisanteries, oui. Hum, Président Correa, [rires] Pardon. Président Correa, vous… Président Correa, dans le développement de l’économie de l’Équateur, vous avez eu certaines batailles intéressantes. Vous avez du pétrole en Équateur, et du cuivre et d’autres ressources, et vous avez été critiqué par la gauche en Équateur pour avoir permis aux Chinois de construire une importante mine de cuivre. Vous avez dit au sujet de garder le pétrole dans le pays « Nous ne pouvons pas être des mendiants assis sur un sac d’or ». Que vouliez-vous dire?

[00:54:27.06] RC:
Pour nous développer, nous avons besoin de profiter, et d’utiliser, de manière responsable certes, mais nous avons besoin d’utiliser nos ressources naturelles qui sont non-renouvelables. Et voilà qu’arrivent des mouvements fondamentalistes. Cela n’a rien a voir avec les Chinois, laissons venir les Chinois, les États-Uniens, les Australiens, les Martiens… Ils veulent s’opposer à tout et pour tout, même à utiliser nos ressources naturelles non-renouvelables. Ce qui est une stupidité. Je veux vous dire que nous ne trompons personne. Lors de la dernière campagne électorale de 2009, nous avons dit clairement que nous voulions développer le potentiel minier du pays, et nous avons gagné au premier tour, ce qui est inédit dans l’histoire contemporaine de l’Équateur.
Il y a certains groupes, malheureusement souvent associés avec des ONG étrangères, de pays qui eux, tirent profit de leurs ressources naturelles, et ont de l’argent pour financer ces ONG, qui ont déjà le ventre bien rempli, et viennent nous dire à nous « N’exploitez pas, n’extrayez pas, ne produisez pas ». Et de quoi allons-nous vivre alors ? Nous savons que nous ne pouvons pas nous consacrer à une économie de l’extraction de richesses, mais précisément pour sortir de l’économie de l’extraction, nous devons profiter de ces ressources naturelles, mobiliser ces ressources pour générer de l ‘énergie propre, avec des centrales hydroélectriques, développer les secteurs du savoir, des services, du tourisme, etc, parce que il y a besoin de ces ressources pour ça. Dès lors, je maintiens : nous ne pouvons pas être des mendiants assis sur un sac d’or.

[00:56:13.23] JA:
Président Correa, comment avez-vous trouvé les Chinois dans la négociation? C’est un grand et puissant pays. Avez-vous échangé un diable contre un autre, en négociant avec les Chinois?

[00:56:36.05] RC:
D ‘abord, nous ne voulons pas… nous ne travaillons pas avec le diable. Si quelqu’un se présente, et que c’est le diable, nous disons simplement non, merci. Deuxièmement, vous voyez ici un peu le snobisme, la traîtrise, et même le néocolonialisme de nos élites et de certains médias. Quand 60 pour cent de notre commerce et une grande partie de nos investissements étaient concentrés aux États-Unis, et ils ne nous donnaient même pas 20 centimes pour le financement du développement, il n’y avait pas de problème. Maintenant, quand nous sommes le pays qui reçoit le plus d’investissements de la Chine, comme évidemment les Chinois ne sont pas des grands gars blancs aux yeux clairs, alors ce sont des démons, il y a des problèmes etc… Enfin, il faut arrêter un peu…! La Chine finance même les États-Unis! C’est très bien qu’elle finance aussi l’Équateur. C’est très bien qu’elle finance une extraction de pétrole responsable… des mines, de l’hydroélectricité… mais nous n’avons pas seulement un financement chinois, nous avons des capitaux russes, brésiliens, nous avons diversifié nos marchés et nos sources de financement, mais il y a des gens qui sont nés avec des œillères et qui veulent continuer avec la dépendance que nous subissions autrefois. C’est tout.

[00:58:00.18] JA:
Merci. Pouvez-vous m’en dire plus sur le cas étonnant Texaco/ Chevron ? C’est une histoire qui dure depuis 15 ans, qui représente des milliards de dollars et un problème écologique énorme. La pression sur l’Équateur et sur votre gouvernement a dû être… il y a dû y avoir des pressions? C’est une très très grosse entreprise…

[00:58:37.14] RC:
Oui, ce qui se passe, c’est que c’est une affaire privée, et Chevron détourne toutes les déclarations que je fais, pour tenter de dé-légitimer ce dossier et dire qu’il y a une influence du gouvernement sur la justice, mais c’est une affaire strictement privée, dans laquelle le gouvernement s’est abstenu d’intervenir, parce qu’il ne le peut pas, mais évidemment notre soutien va aux communautés indigènes d’Amazonie. Il est évident que quand l’exploitation pétrolière a commencé, et bien avant notre gouvernement, ici, les compagnies pétrolières faisaient ce qu’elles voulaient, y compris la compagnie publique. Mais certaines compagnies internationales, comme Texaco, à cette époque, avant qu’elle n’ait été rachetée par Chevron, ont fait des choses qu’elles n’auraient jamais fait dans leur propre pays, parce que, elles se seraient retrouvées directement en prison. Il n’y avait pas de technologie, elles décidaient des droits sur les rivières, etc. Alors, à juste titre, les communautés indigènes affectées ont entamé ce procès qui dure depuis non pas 50 ans, mais 20 ans. C’est un procès avec un enjeu de moult millions de dollars et il devra se régler en droit. Il est aux mains de la justice, c’est une affaire privée dans laquelle le gouvernement équatorien n’a rien à voir.

[00:59:57.04] JA:
Président Correa, hier l’Argentine a déclaré qu’elle allait nationaliser 51 pour cent de ses plus grosses compagnies pétrolières. Qu’en pensez-vous? Est-ce que vous soutenez cette mesure?

[01:00:16.12] RC:
Je n’ai pas assez d’informations sur cette affaire. Je ne veux pas en dire plus avant d’être plus amplement informé.

[01:00:27.09] JA:
Ok, Président Correa, vous avez parlé… Je voudrais parler un peu de leadership. Donc, j’ai une relation publique avec… le public, et je dois aussi diriger dans des domaines qui sont privés, et j’ai vécu cette tension entre ce que quelqu’un doit faire en public et ce que quelqu’un doit faire en privé. C’est assez intéressant. Je me demandais si vous pourriez parler un peu de votre philosophie du leadership. J’ai parlé au président tunisien récemment, et je lui ai demandé s’il était surpris du peu de pouvoir qu’a un président pour changer les choses. Avez-vous ressenti cela?

[01:01:19.14] RC:
Vous voyez, on a voulu diaboliser le leadership, mais une des grandes crises qu’a subie l’Amérique Latine dans les années ’90 pendant la longue et triste nuit néolibérale, était une crise du leadership. Qu’est ce que le leadership ? La capacité à avoir une influence sur les autres. Alors, il peut y avoir de bons leaderships, en utilisant cette capacité pour servir les autres et il peut y en avoir de mauvais, et hélas il y en a eu beaucoup en Amérique Latine quand on utilise cette capacité pour se servir des autres. Je ne peux pas nier que j’aie le leadership, mais vous pouvez avoir la certitude absolue que ce leadership-là est pour servir. Je veux faire tout ce que je peux pour servir mon peuple, pour en finir avec la pauvreté, conquérir l’égalité, accéder au développement pour mon pays. Et je pense que les
leaderships sont toujours importants, spécialement pendant les processus de changement. Imaginez l’indépendance des États-Unis sans les grands leaders qu’ils ont eu. Pouvez-vous imaginer la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale sans les grands leaders qu’ils avaient? Mais pour s’opposer à ces processus de changement, il y a aussi des mauvais leaderships, cela devient alors du « caudillisme » [2], du populisme, c’est mauvais… et puis le leadership est encore plus que cela…
[01:02:46.09] JA:
Président Correa…

[01:02:47.14] RC:
Laissez-moi finir, euh, Julian. Quand… quand… bien, nous n’administrons pas un système, nous changeons un système, parce que le système que nous avons eu pendant des siècles est un échec complet. Il a fait de nous la région la plus inégalitaire du monde, pleine de pauvreté et de misère, alors que nous avons tout pour…nous aurions pu être la région la plus prospère du monde. Ce n’est pas comme aux États-Unis. Quelle est la différence entre un Républicain et un Démocrate? Je pense, je pense qu’il y a plus de différence entre comment je suis moi-même le matin et comment je suis le soir, qu’il y en a entre eux.

[01:03:31.00] JA:
[Il rit] Vous pourriez avoir raison.

[01:03:31.11] RC:
Ici, nous changeons les choses et nous avons besoin de leadership, nous avons besoin d’un pouvoir démocratique légitime pour changer les structures et les institutions qui existent dans notre pays pour servir les grandes majorités de nos nations.

[01:03:49.02] JA:
Pensez-vous que Barack Obama soit un bon leader?

[01:03:57.22] RC:
Je pense qu’il est une bonne personne. Mais, bien sûr, nous nous attendions à beaucoup plus, un peu plus, en ce qui concerne les changements qu’il aurait pu faire. Nous comprenons qu’Obama est quelqu’un… il n’est pas aimé par les élites des États-Unis et les grandes puissances qui existent en eux. Je pense qu’Obama est une personne formidable, un être humain exceptionnel, mais je pense qu’il n’a malheureusement pas été capable d’introduire les changements qu’il espérait.

[01:04:24.18] JA:
Mails il me semble que le président Obama n’est pas capable de contrôler ces forces immenses qui sont autour de lui, et il représente vraiment ces forces. C’est – comme quelqu’un qui est intéressé par un compromis, qui croit que le compromis est une vertu, qui croit que… peut-être même que le compromis est l’objectif – qu’il représente simplement ce qui se passe aux États-Unis, comme un bouchon sur l’océan représente la hauteur de l’eau. N’est-ce pas vrai pour tous les leaderships, et comment est-ce que vous avez pu changer tellement de choses en Équateur? Est-ce un signe des temps? Est-ce votre leadership personnel? Est-ce votre parti? Quelle est la… quelle est la force vous permettant de faire quelque chose que Barack Obama n’est pas capable de faire?

[01:05:33.03] RC:
Permettez-moi de commencer par la fin – que l’engagement, le compromis, le consensus est souhaitable, mais ce n’est pas une fin en soi. Pour moi, ce serait la chose la plus simple du monde d’atteindre ce compromis, ce consensus. Faire des concessions, capituler… ferait beaucoup de gens heureux, mais cela ne changerait rien. Il rendrait heureux les pouvoirs des factions de ce pays, mais tout resterait tel quel. Parfois, il est impossible de parvenir à un consensus. Parfois c’est nécessaire de lutter contre la corruption, vous devez vous y confronter. Quand on abuse du public, vous devez vous y confronter. Les mensonges, vous devez vous y confronter. Vous ne pouvez pas faire des concessions à ces vices sociaux qui sont si graves pour nos pays.
Donc, il ne s’agit pas d’avoir un dialogue pour avoir un dialogue, mais attention… nos sondages… même l’opposition dit que nous avons entre 70 et 80 pour cent du soutien populaire. Nous n’avons jamais atteint un tel consensus dans ce pays, mais nous n’allons pas faire l’unanimité. Et je serais inquiet si, grâce à cela, nous allions parvenir à l’unanimité – cela signifierait que nous faisons quelque chose de mal, et de rendre heureux ces sortes de gens, cela signifierait que nous allons capituler. Ce que nous avons fait en Équateur ce n’est pas à cause de moi – ça, c’est une erreur. Les gens ont changé. Les pays changent, pas à cause d’un leader – peut-être qu’un chef coordonne – c’est à cause de la volonté de l’ensemble de la population et ce qui nous a porté au pouvoir était l’indignation du peuple équatorien après tant d’échecs, après tant de trahisons et tant de traîtres. Des années avant l’indignation dans le, vous savez, les pays développés, qui est un grand espoir, … parce que je pense que le système mondial – nous n’allons pas pouvoir le changer à partir du Tiers-Monde, les citoyens du monde développé vont le changer lorsqu’ils se rendront compte de tous les types de systèmes qui oppriment en faveur du capital qui leur ont été imposés. Le changement des gens n’est pas à cause de quelqu’un qui est éclairé, pas à cause d’un leader, c’est à cause de la volonté de tous, tout le monde.

C’est ce qui se passe en Équateur. Voilà pourquoi nous avons réussi tant de changements – en raison de la volonté de tant de gens, tout le peuple. Et aussi il y a un plus: nous connaissons aussi un peu d’économie, nous avons un grand nombre de personnes, nous avons beaucoup de politiques correctes. Nous avons, bien sûr, fait quelques erreurs, mais beaucoup plus importantes ont été les bonnes politiques que nous avons mises en œuvre. Je pense que c’est ce qui manque dans le… parmi les gens des États-Unis. Le président Obama aurait la capacité d’apporter des changements réels dans le pays. L’indignation et cette indignation, cet Occupy Wall Street, cette protestation des citoyens qui se lèvent contre le système, de sorte qu’ils deviennent plus forts, mieux organisés plus permanents, donne de la force, dans ce cas au président Obama, de sorte qu’il serait capable d’introduire les changements que le système américain nécessite.

[01:08:49.10] JA:
Président Correa, vous faites partie de quelque chose qui est appelé ALBA, qui est une union d’états en Amérique du Sud, qui comprend la Bolivie, Cuba, le Vénézuela. Pouvez-vous me dire, comment pensez-vous que l’ALBA va évoluer, et est-ce que l’ALBA peut se transformer en [RC parle par dessus JA: Quelques méchants de plus en Amérique]… en Amérique? [il rit]

[01:09:19.13] RC:
Des méchants garçons.

[01:09:20.23] Traducteur:
Nous sommes les méchants…

[01:09:29.07] JA:
Les méchants. Ouais, vous êtes les méchants. [Il rit] Où cela va-t-il, cela va-t-il se renforcer? Est-ce que ce sera un rival pour Mercosur? Comment voyez-vous… comment voyez-vous ce groupement régional? Vous savez, nous avons tous besoin d’amis pour survivre, nous avons tous besoin d’alliés pour survivre. Est-ce que l’ALBA fait partie de votre vision stratégique pour l’Équateur?

[01:09:53.12] RC:
Dites, j’insiste, au moins personnellement, je ne suis pas anti-quelque chose. Je suis une personne de gauche, de gauche moderne, pour moi ce serait la pire frustration de vivre seulement en opposition… Je vis pour emmener mon pays en avant, pour me battre pour une nouvelle manière de vivre pour mes concitoyens etc. En aucune manière, je ne suis anti-américain, mais c’est une erreur de penser que la proximité régionale est aussi une proximité d’intérêts, de valeurs, et tout ça. Avec, la Sibérie et l’Alaska s’uniraient parce qu’elles sont proches l’une de l’autre. Donc, c’est une erreur. Naturellement l’Amérique Latine est différente de l’Amérique anglo-saxonne, l’Amérique du Nord. Bien sûr, il est clair que ce pays a une certaine hégémonie, et ses politiques ont été souvent, vous voyez, nuisibles pour l’Amérique Latine. Nous avons eu des invasions, des ingérences,. Il est très clair que l’Amérique Latine a été la victime, sans cette idée que nous soyons moralement supérieurs aux États-Unis. Ceci est une erreur. Vu que nous sommes les victimes, alors nous sommes meilleurs que n’importe qui.
Parfois, nous avons été vaincus à cause de nos propres erreurs ; c’est à dire, nous sommes aussi responsables. Nous n’avons de suprématie morale sur personne, nous ne sommes pas plus éclairés que n’importe qui, mais il est évident qu’il y a eu des abus et que nous devons nous unir pour rassembler nos forces et résoudre nos problèmes. Dans l’unité, il y a une force. Il y a les leaders ou les fondateurs de nos nations, San Martin, Bolivar, Artigas, et plus récemment Alfaro, Jose Marti, tous les leaders de nos nations. C’est ce que nous cherchons à faire, une Alliance Bolivarienne des Amériques, dans l’esprit de Bolivar, qui rêvait d’un grand pays qui unirait tous les peuples d’Amérique Latine. Imaginez l’Union Européenne, 27 pays avec des histoires différentes, des religions différentes, des langues différentes, des cultures différentes des systèmes politiques différents, et ils sont parvenus à s’unir. Nous sommes… nous avons tout en commun, histoire, culture, systèmes politiques, tout en commun, une langue commune… nous avons fait le plus difficile, et nous ne sommes pas unis. Aussi, l’Équateur va soutenir tout processus d’intégration en Amérique Latine, en particulier quand il coïncide avec nos valeurs et nos missions. Avec les autres pays nous avons beaucoup de convergences sur les sujets de l’intégration, la vision de la souveraineté, la dignité dans les politiques économiques, la politique internationale etc,

[01:12:57.13] JA:
Président Correa, si on regarde vers l’avant…vous avez une… Est-ce l’année prochaine, les élections?

RC:
A peu près [le traducteur clarifie]… L’année prochaine, les élections sont l’année prochaine.

JA:
Vous avez des élections l’année prochaine, mais je ne veux pas parler de ce que vous attendez immédiatement après, je voudrais parler de votre vision de l’Équateur à long terme, et de l’Amérique Latine à long terme. Il semble, jusqu’à un certain point que… il y a beaucoup d’éléments positifs, vous voyez, cette plus grande intégration, le niveau de vie qui a augmenté, l’influence que les États-Unis et d’autres pays ont sur l’Amérique Latine baisse également, mais comment croyez-vous que les choses vont évoluer d’ici dix ans, vingt ans?

[01:13:52.19] RC:
Vous avez dit que nous réduisons l’influence des États-Unis. C’est un point positif. C’est pourquoi j’ai eu l’occasion de dire que l’Amérique Latine passe du consensus de Washington à un consensus sans Washington.

[01:14:11.03] JA:
Peut-être que ce sera le consensus de Sao Paulo.

[01:14:14.24] RC:
Un consensus sans Washington, exactement, ok? Un consensus sans Washington.

[01:14:19.05] RC:
Et c’est une bonne chose, parce que ces politiques qui émanaient du Nord ne fonctionnent pas, ne sont pas adaptées à… à nos besoins en Amérique Latine, mais servent leurs intérêts, et particulièrement le Capital, qui domine dans ce pays. Si vous examinez leurs politiques économiques, (et j’en sais quelque chose) il y a pu y avoir du bon ou du mauvais, mais elles ont un dénominateur commun: leur seule fonction est de défendre les intérêts du grand capital, en particulier le capital financier, et heureusement, c’est en train de changer ici, j’ai un grand espoir, je suis réaliste, je sais que nous avons fait un énorme progrès mais il reste beaucoup à faire. Je sais que ce changement n’est pas encore irréversible, tout peut être remis en question si les mêmes que d’habitude, vous voyez, reviennent diriger notre pays à nouveau. Mais nous sommes très optimistes. Nous croyons que l’Amérique Latine est en train de changer, et si cela continue dans cette voie, le changement sera définitif. Ce n’est pas une époque de changements, c’est un changement d’époque qui a lieu en Amérique Latine. Et, si on continue avec cette politique de souveraineté, avec des politiques économiques où le social domine le marché, et pas le marché qui domine la société et transforme tout en marchandise, la personne, les gens, même la vie….si on continue avec ces politiques de justice, équité sociale, en supplantant les énormes injustices vieilles de plusieurs siècles, en particulier pour nos groupes indigènes, nos descendants d’Africains etc, l’Amérique Latine aura un grand avenir, et c’est une belle vision d’avenir. Nous avons tout. Nous pourrions être la région la plus prospère du monde, si nous ne… le gâchons pas avec de mauvais leaders, de mauvaises politiques et de mauvais leaders, … et voilà, c’est cela qui est en train de changer en Amérique Latine aujourd’hui.

[01:16:24.20] JA:
Merci Président Correa.

[01:16:30.00] RC:
Je crois que ça a été un grand… c’était un grand plaisir de vous rencontrer Julian… et puis cette interview, vous voyez… Courage, bienvenue au club de ceux qui sont persécutés…

[01:16:46.09] JA:
Merci. C’est un…

[01:16:51.18] RC:
Et, prenez bien soin de vous… Et bonne chance !

[01:16:55.04] JA:
Merci Président Correa. Et bon… au revoir, faites attention. Ne vous faites pas assassiner!

RC:
Oui. Merci

[1]: SIP : Société Interaméricaine de Presse (esp. : Societad Interamericana de Prensa ; eng. IAPA: Inter American Press Association): Association regroupant les propriétaires de médias en Amérique Latine, fondée en 1926, effective en 1942.Ses objectifs sont de militer pour la liberté de la presse. On lui reproche de ne représenter les intérêts que des grands propriétaires de médias, et d’être orientée à droite :
https://en.wikipedia.org/wiki/Sociedad_Interamericana_de_Prensa (en)
http://www.sipiapa.org/v4/que_es_la_SIP.php?idioma=sp (esp)
[2]: Caudillismo (esp) traduit ici par « caudillisme », fait référence au titre de dictateur « Caudillo » tel que le portait le général Franco en Espagne. Ce mot a le même sens que « Duce » en italien par exemple.

Source : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12154.0.html et
http://worldtomorrow.wikileaks.org/episode-6.html

Traduit sur WikiLeaks par Irien et Arduenna Silva

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