Makaila Nguebla: « Mobiliser la jeunesse africaine contre les dictatures en Afrique »

Makaila NgueblaPhoto: Makaila Nguebla a reçu l’asile politique en France le 11 juillet 2013

Mercredi 24 juillet 2013, par Assanatou Baldé

Après avoir été expulsé du Sénégal, où il s’était réfugié depuis 2005, il a séjourné en Guinée. Le célèbre blogueur tchadien, Makaila, très critique à l’égard du régime d’Idriss Déby, a finalement obtenu son visa pour la France, où il a atterri vendredi 12 juillet. Dans son nouveau moment de répit, il raconte à Afrik.com son long périple pour la liberté.

« Makaila » peut désormais souffler ! Il en a fait du chemin avant d’atterrir en France, après avoir obtenu son visa. Vêtu d’une chemise bleu clair, assortie d’une veste bleu marine, il sort fièrement son récépissé de sa sacoche, qui contient une tonne de documents. « Vous voyez, c’est ce récépissé qui m’a permis d’être là aujourd’hui », dit-il fièrement, de sa voix posée. La bataille a été longue pour que le blogueur tchadien, honni par Idriss Déby qui veut toujours sa peau, puisse trouver sa nouvelle terre d’accueil. Il est encore marqué par son expulsion du Sénégal, où il s’était réfugié depuis 2005, pour fuir l’oppression du régime tchadien, qui le traquait, avant d’être conduit à Conakry. Encore ému, il tient constamment à remercier tous ceux qui l’ont soutenu. « Jusqu’en Espagne, des gens ont pleuré quand ils ont su que j’avais obtenu mon visa. Même au Sénégal, j’avais un solide comité de soutien. Des ONG comme Reporter sans frontières m’ont aussi prêté main forte. » Mais pas le temps de se dormir sur ses lauriers. Makaila pense déjà à ses projets: poursuivre coûte que coûte son combat pour un Tchad libre, qui briserait enfin la dictature installée par Idriss Déby, depuis bientôt un quart de siècle!

Afrik.com: Vous attendiez-vous à ce que la France vous délivre aussi rapidement un visa, sachant qu’elle entretient des liens très étroits avec le régime de Déby? N’est-ce pas paradoxal?
Makaila Nguebla:
Personne ne s’attendait en effet à ce que j’obtienne le visa aussi rapidement. J’ai été le premier surpris. Mais je pense que la France doit se racheter par rapport à sa politique tchadienne. Je pense que c’est ce qu’elle tente de faire. Je pense aussi que la France ne s’attendait pas à ce qu’un blogueur soit aussi médiatisé. C’est un message que la France a envoyé à Idriss Déby pour dire: « même si on te soutient, on est très regardant par rapport aux Droits de l’Homme et respect des libertés individuelles ». C’est un signal fort.

Afrik.com: D’autres pays aussi comme l’Espagne vous ont proposé l’asile politique. Pourquoi avez-vous choisi la France, alors que vous êtes très critique envers elle par rapport aux liens étroits qu’elle entretient avec le régime de Déby?
Makaila Nguebla:
Oui effectivement l’Espagne, où j’avais un très grand comité de soutien, était prête à m’accueillir. Mais ici en France aussi je dispose de beaucoup de soutiens, notamment des amis et un grand réseau. Sans compter que de nombreux responsables politiques comme le député Noël Mamère, Pascal Canfin, le ministre français délégué au Développement, Gilles Yabi, Patrick Farbiaz, ou encore l’ex-rédacteur en chef de la Lettre du Continent, Antoine Glaser m’ont tous soutenu et ont fait pression pour que les autorités françaises m’octroient le visa. Si la France s’obstinait à refuser de me donner le visa, cela n’aurait pas été bon pour son image, elle qui affirme défendre les Droits de l’Homme, sachant que j’ai été expulsé injustement du Sénégal. Et puis mon affaire a été tellement médiatisé, grâce à la pression des ONG et politiques qui m’ont soutenu, qu’au final, la France n’avait plus le choix que de me donner l’asile politique.

Afrik.com: Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est réellement passé au Sénégal où vous avez été violemment expulsé ?
Makaila Nguebla:
Mon blog très critique à l’égard d’Idriss Déby est à l’origine de ma mésaventure au Sénégal. Lorsque le ministre de la Justice du Tchad s’est rendu au Sénégal dans le cadre du partenariat entre les deux pays sur le dossier Hissène Habré, il a demandé à Macky Sall de se pencher sur mon cas pour me régler mon compte. A la suite de l’intervention du ministre de la Justice tchadien, j’ai été convoqué par les autorités sénégalaises. On m’a interrogé. Puis on a réceptionné tous les mails des gens qui étaient en contact avec moi, notamment de nombreux journalistes. Et on m’a accusé d’incitation à la violence au Tchad via mon blog. On m’a ensuite proposé de m’expulser vers le Mali sans même me conduire devant un juge. Je leur ai dit que ce n’est pas possible que je me rende au Mali, car l’armée tchadienne combat là-bas et que si elle met la main sur moi, elle pourrait me renvoyer au Tchad, où ma vie serait en danger. Finalement, j’ai atterri à Conakry, où une maman m’a vu en train de pleurer dans l’avion. Elle m’a consolé et proposé de m’héberger chez elle.

Afrik.com: Comment expliquez-vous cet acharnement des autorités sénégalaises à votre encontre ?
Makaila Nguebla:
Depuis l’intervention au Mali des troupes tchadiennes, l’aura de Déby s’est agrandi dans la sous-région. Il a tous les chefs d’Etat dans sa poche! Ce qui est regrettable dans cette histoire, c’est que le Président Macky Sall ait obéi aux ordres de Déby. Cette affaire a donné une mauvaise image au Sénégal qui est considéré comme un modèle de démocratie en Afrique. Idriss Deby a profité du déploiement des troupes tchadiennes au Mali pour redorer son image en Afrique. Le régime de Déby avait déjà approché Abdoulaye Wade sur mon cas, lui demandant de fermer mon blog en 2010. Mais Abdoulaye Wade a refusé, affirmant qu’il est juriste. Il a dit à Deby: « Makaila est venu au Sénégal légalement. Je ne fermerai pas son blog. Si tu veux le faire fais-le ailleurs, mais ce sera pas au Sénégal! »

Afrik.com: Que reprochez-vous au juste à Idriss Déby?
Makaila Nguebla:
Je lui reproche son éternité à la tête du pays. Cela va bientôt faire un quart de siècle qu’il est au pouvoir, c’est trop. Je dénonce aussi son accession au pouvoir par les armes, son maintien au pouvoir par les armes, sa gestion calamiteuse et clanique du régime. Idriss Déby a une gestion familiale du régime. Tout tourne autour de lui. Il utilise les richesses du pays comme bon lui semble, et les redistribue seulement à ses proches, alors que le peuple tchadien lui vit dans la misère. Je lui reproche aussi la confiscation des libertés, le déficit démocratique au Tchad. L’armée est clanisée. Le peuple est pris en otage car aucune manifestation n’est autorisée. Ceux qui osent manifester risquent la mort, car les forces de l’ordre peuvent intervenir à tout moment pour les réprimer. Il n’y a pas d’alternance dans le pays, les postes stratégiques sont gérés par la famille de Déby. Malheureusement les médias parlent très peu du Tchad, des violations des libertés dans le pays. Les puissances étrangères ne sanctionnent pas Déby, car ils se disent que le Tchad est le plus stable pays de l’Afrique centrale, donc tout va bien. Or, le peuple tchadien souffre beaucoup.

Afrik.com: Maintenant que vous avez recouvré la liberté, quels sont vos projets?
Makaila Nguebla:
Mettre en place une plateforme pour mobiliser toute la jeunesse africaine contre les dictatures et injustices en Afrique. Nous allons utiliser internet, car aujourd’hui l’Afrique est de plus en plus connectée. Beaucoup de personnes ont été arrêtées à cause de moi, après m’avoir apporté leur soutien. De nombreuses personnes, s’opposant au régime de Déby, sont emprisonnées dans des conditions effroyables au Tchad. Il est temps de mettre un terme à l’arbitraire et l’oppression en Afrique. Pour cela, les Africains doivent se mobiliser et lutter ensemble pour la liberté et la démocratie sur le continent.

Source: http://www.afrik.com/makaila-nguebla-mobiliser-la-jeunesse-africaine-contre-les-dictatures-en-afrique

Voir le blog de Makaila: http://makaila.over-blog.com/

Suivre Makaila sur Twitter: https://twitter.com/Makbololo

Makaïla, Dakar

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Snowden à Moscou: « Le lobby US a tout mis en branle pour le faire extrader »

Snowden à Moscou
Snowden à Moscou, par Israël Adam Shamir depuis Moscou.

Au milieu de son bref été, Moscou est frais et calme. Les trottoirs sont envahis par les tables des bistrots, les clients sont là, joyeux, et les encombrements diminuent quelque peu du fait des vacances. Le seul danger pour les hommes, ce sont les minijupes étourdissantes.

Dans quelques jours au plus tard, les charmes et les tentations de la ville seront à la portée d’Edward Snowden, qui va recevoir sa carte de réfugié lui permettant de marauder librement à travers toutes les Russies et de se familiariser avec les habitants.

Ce sera là un dépaysement bienvenu après l’aéroport international de Seremetyevo, où il a été longtemps relégué. C’est un vaste aéroport, et il y a là des malheureux, principalement des réfugiés sans papiers, qui y passent dix ans ou plus, en transit. On a cru un moment que notre héros serait retenu à jamais dans ces limbes. Les Russes et l’intrépide Snowden se regardaient en chiens de faïence, en maintenant les distances, jusqu’au moment où ils ont brisé la glace. Snowden est parvenu à rencontrer quelques représentants du public russe: des membres du Parlement (la douma, en russe), des militants pour les droits humains, des avocats prestigieux.

 Il leur a rappelé qu’il « était habilité à fouiller dans tous vos échanges, à lire vos messages et à entreprendre des poursuites, jusqu’à changer le destin des gens, sans avoir à se justifier. » Il a invoqué la Constitution US qui est constamment bafouée par les hommes de l’ombre, dans la mesure où celle-ci « interdit tous les systèmes de surveillance massifs et invasifs ». Il a rejeté très justement la ruse légale des tribunaux secrets d’Obama, car aucun secret ne saurait blanchir ce qui est impur. Il a rappelé le principe de Nuremberg: « les citoyens ont le devoir de violer les lois de leur pays pour  empêcher des crimes contre la paix et contre l’humanité ». Et ce système de surveillance totale est certainement un crime contre l’humanité, la pierre d’angle du régime implacable qu’ils projettent d’implanter sur toute la planète. Lorsque cette déclaration a été interrompue par les haut-parleurs annonçant mécaniquement  un vol imminent, il a eu un sourire exquis pour dire: « j’ai entendu cela si souvent pendant toute cette semaine ».

Les Russes l’ont adoré; ils se sont mis à le voir d’un autre œil, comme je le prévoyais quand j’ai lancé un appel pour cette rencontre dans les pages du principal quotidien russe, le KP  (Komsomolskaya Pravda). Et maintenant nous apprenons que les Russes ont décidé de lui donner le statut de réfugié et de lui garantir toute liberté de mouvement.

Pourquoi ont-ils hésité si longtemps?

 Snowden est un Américain, et les Américains, comme les Anglais, ont de forts préjugés contre la Russie, leur ennemi commun pendant la Guerre froide. Pour eux, c’est le pays du Goulag et du KGB. Les deux menaces se sont évanouies il y a plusieurs dizaines d’années, mais les traditions résistent, parfois sans fin. D’ailleurs le Goulag et le KGB n’étaient guère que des versions modernisées du knout des Tsars et de l’affreux régime des serfs au XIX° siècle, qui peut fort bien être remis à jour par la nouvelle mafia d’État brutale, telle que l’a mise à jour Luke Harding. Pour un Américain moyen, il est pratiquement impossible d’envisager un rapprochement avec la Russie. Surtout pour un Américain qui servait dans les rangs de la CIA et de la NSA, comme c’était le cas de Snowden. Et lui estimait que s’il choisissait d’embrasser la Russie, il perdrait son statut de lanceur d’alerte et serait considéré comme un agent ennemi, ce qui n’était pas du tout la même catégorie.

La même chose était arrivée à Julian Assange, en fait. Quand il fut proposé au créateur de Wikileaks de trouver refuge en Russie (ce qui techniquement était possible), il remit la proposition à plus tard, traîna des pieds et resta en Angleterre, se montrant de fait incapable de franchir le grand fossé qui sépare l’Ouest de l’Est, l’Orient de l’Occident.

Snowden ne cherchait pas à se retrouver sous les projecteurs, bien au contraire. Il souhaitait mettre un terme aux crimes commis par la NSA au nom du peuple américain, ni plus ni moins. Il espérait devenir une nouvelle Gorge Profonde, dont l’identité ne serait jamais révélée. Ses premières révélations importantes, il les avait faites par correspondance; il avait pris un avion pour Hong Kong parce que c’est une ville qu’il connaît bien, il parle couramment chinois, et projetait de rentrer ensuite chez lui à Hawaï. Il apparaît que c’est le Guardian (anglais) qui l’a poussé à révéler son identité. Même à ce stade il se croyait encore en sécurité, parce que Hong Kong relève de l’autorité souveraine de la Chine, et la Chine est un État puissant, qu’on ne bouscule pas facilement.

Les Chinois ont mis à profit les révélations de Snowden pour contrecarrer les accusations américaines d’espionnage électronique, mais ils n’allaient pas mettre à mal leurs relations avec les US pour ses beaux yeux, et ils se sont débarrassés de la patate chaude. Geste final délicat, ils ont eu la courtoisie de lui donner 24 heures pour déguerpir. Il était bien obligé de décamper, et il a sauté dans un vol d’Aéroflot pour Moscou en compagnie de Sarah Harrison, une exquise  lady anglaise qui fait partie du comité directeur de Wikileaks.

 Snowden a donc atterri à Moscou, mais n’avait jamais envisagé de demander asile à la Russie. Pour lui, c’était juste une étape vers un pays neutre, l’Islande ou le Venezuela, bref,  quelque part en Occident. Il prévoyait de s’envoler vers La Havane et d’y changer d’avion pour Caracas. Il n’avait pas réalisé que l’État profond aux US a le bras fort long, et qu’il était bien décidé à s’emparer de sa personne et à lui appliquer un châtiment exemplaire.

 Au début, les Américains ont exercé des pressions énormes sur Cuba pour que l’escale lui soit refusée. Ils ont menacé Cuba d’un débarquement assorti de blocus complet, et Castro a demandé à Snowden de se chercher un autre itinéraire. Il n’y a qu’Aeroflot qui aurait pu sortir Snowden de Russie, et sa ligne passe forcément par La Havane. D’où l’échec du premier projet.

 Le sommet gazier qui se tenait à Moscou lui offrait  une autre issue de secours: il y avait là les présidents  de la Bolivie et du Venezuela, qui étaient venus pour la conférence dans leurs avions privés capables de faire ce long vol. Le président bolivien Evo Morales était parti le premier; son avion a été forcé d’atterrir, et fouillé, ce qui constitue un précédent historique inédit jusqu’alors. Ceci a servi d’avertissement pour le président Nicolas Maduro, qui quittait bientôt Moscou sans embarquer Snowden.

Ce fut une découverte pour Ed Snowden: il a appris à ses dépens qu’il n’y a qu’un pays au monde qui soit hors d’atteinte de l’oncle Sam. Il n’y a qu’un pays qui soit une véritable alternative à l’Empire, le seul pays que ni les bataillons de la Navy ni les drones d’Obama ne bombarderont, le seul pays dont les avions ne peuvent pas être arraisonnés et fouillés. Il était donc prêt à chercher l’entente avec les Russes; il a renouvelé sa demande d’asile provisoire, qui va probablement  lui être accordée.

Les Russes aussi ont hésité. Ils n’avaient pas envie d’irriter les US, ils étaient conscients que Snowden n’avait pas cherché à se rapprocher d’eux, et s’était juste retrouvé piégé lors d’une escale. C’était la patate chaude, et bien des gens étaient convaincus qu’il vaut mieux suivre l’exemple chinois, et l’envoyer ailleurs.

Le lobby US a tout mis en branle pour le faire extrader. Il y avait des militants pour les droits de l’homme et des membres d’ONG parmi les employés du Département d’Etat. Les Américains mettent ces gens et ces organisation en avant, comme leur cinquième colonne.

Lyudmila Alexeeva  en est un exemple en Russie; c’était une dissidente anti soviétique, elle a obtenu la nationalité américaine, elle est revenue en Russie et a repris sa bataille pour les droits humains et contre l’État russe. Elle crie sur les toits que Snowden est un traître, ne le voit nullement comme un lanceur d’alerte ou un défenseur des droits humains. Et il devrait être renvoyé aux USA, a-t-elle averti. D’autres dissidents notoires  et combattants contre le régime de Poutine ont applaudi, et se sont démasqués, apparaissant sous leur vrai jour.

Il y avait aussi quelques  siloviki qui étaient contre Snowden. Ce sont des membres et ex-membres de la communauté des services secrets russes, qui ont endossé le concept de convergence entre services de sécurité, et ont collaboré avec les Américains et d’autres services, en particulier ceux d’Israël. Ils ont dit que la loyauté envers le service auquel on appartient est la vertu la plus importante, et qu’un traître ne saurait être cru. Ils ont souri devant les révélations de Snoden en disant qu’ils savaient tout ça depuis longtemps. Ils ont dit qu’on ne saurait prendre au sérieux son désaccord avec Washington. C’est également la ligne défendue par Konstantin Remchukov, important patron de média, le propriétaire de la  Nezavisimaya Gazeta, qui en a rajouté, traitant Snowden d’espion chinois.

 Enfin, on a entendu les conspirationnistes croasser que Snowden est un cheval de Troie, envoyé pour forcer les portes des secrets d’État russes. C’était de fait un agent double de la CIA, arguent-ils. Pas du tout, c’est un agent du Mossad, concluent d’autres encore. Et rendez-le donc aux Américains, assènent-ils. C’est bien là la pierre de touche qui a mis en lumière nombre d’agents américains, qu’ils passent pour des défenseurs des droits humains ou pour d’aussi fallacieux membres des services de sécurité.

Parmi ceux qui soutiennent Snowden en Russie, on trouve mon ami le poète Eduard Limonov, qui a qualifié Snowden d’annonciateur de l’effondrement du monde unipolaire. Mon journal, KP, a également embrayé. La télévision d’État a choisi une approche prudente, et n’accordait guère de poids aux découvertes de Snowden.

Le président Poutine a également joué avec précaution. Il a d’abord écarté les rumeurs envisageant la livraison de Snowden à Obama avec une formule laconique: « La Russie n’extrade personne, vers aucun Etat. » Puis il a offert l’asile à Snowden à condition qu’il cesse d’attaquer les US. C’est la condition habituelle que l’on pose aux demandeurs d’asile politique. Il a ajouté que Snowden n’accepterait probablement pas, parce qu’il veut continuer à livrer bataille, « exactement comme feu Sakharov », le célèbre dissident de l’ère soviétique. Il a aussi tenté de dissuader les Américains de poursuivre Snowden, comparant cette chasse à l’homme comme » la tonte d’un porcelet », qui déclencherait des hurlements et ne rapporterait guère de laine. La manœuvre a porté ses fruits: Snowden a accepté la condition préalable et a choisi de demander un asile provisoire en attendant que la route de l’Amérique latine s’ouvre devant lui; le président pour sa part a sauvé la face et a fait de son mieux pour éviter une bagarre avec les US et avec le puissant lobby pro-américain de Moscou. Je voudrais dire que malgré son image de macho autocrate, Poutine ne contrôle nullement les media russes libres, qui sont généralement propriété de barons tout-à-fait dévoués à l’Occident. Ses prises de position dans les débats nationaux sont à peine relayées.

Le dirigeant russe n’a pas cherché la confrontation. D’une façon générale, il ne cherche pas à semer la pagaille. Il se montre plutôt comme quelqu’un de circonspect et porté sur le conservatisme. Il préférerait probablement que Snowden s’envole sous d’autres cieux, d’autant plus que Snowden, qui est un patriote américain, ne partagerait pas les joyaux de la couronne avec les Russes. Il a fait traîner longuement son autorisation  protectrice pour que Snowden puisse rencontrer le public russe. Ce qui n’a pas empêche les Américains, tout au long de cette étape, de rajouter des listes entières de noms à la liste Magnitsky, liste secrète de Russes dont les propriétés et les comptes en banques peuvent être confisqués (« gelés » est le terme technique qu’ils utilisent). Les membres du Congrès ont pu déblatérer librement contre Poutine, et diffamer la Russie tout leur soûl. Attendez un peu, vous allez voir qu’Obama va téléphoner à Poutine ce soir et qu’il va nous renvoyer le paquet Snowden aussi sec, disait le porte-parole  de la Maison Blanche. Pendant ce temps-là, les US ont continué à échafauder leurs machinations contre la Syrie au Moyen Orient, et Israël a pu bombarder tranquillement les positions syriennes, probablement avec le soutien américain. Au lieu de lui manifester le moindre égard, Obama a essayé d’intimider Poutine. C’était une tactique erronée, et contre-productive.

Au même moment, la Russie a effectué un contrôle soudain de ses  disponibilités militaires, et n’écarte apparemment aucune option. Ce grand pays ne cherche pas la bagarre, mais ne bat pas en retraite non plus. Snowden est en sécurité ici à Moscou, où personne ne peut lui faire de mal, de sorte qu’il va pouvoir exposer devant le monde entier les crimes contre l’humanité commis par les services secrets américains. Et Moscou est un lieu de villégiature exceptionnel, particulièrement en été.

Israël Adam Shamir
Moscou, 21 juillet 2013

adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Source: http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

Edward Snowden: Amnesty International l’a rencontré à Moscou…

Jeune informaticien américain de 30 ans, Edward Snowden est inculpé, depuis le 22 juin 2013, d’espionnage, vol et utilisation illégale des biens gouvernementaux par les autorités américaines. Le motif : il a révélé des informations classées top secrètes de la NSA concernant la captation des métadonnées des appels téléphoniques aux Etats-Unis, ainsi que le système d’écoute sur Internet du programme de surveillance PRISM. En fuite, il se trouve à Moscou dans le terminal F de l’aéroport Cheremetevo. Il attend toujours la réponse des autorités russes à sa demande d’asile déposée le mardi 16 juillet.

Edward Snowden

Sergueï Nikitin est le chef du bureau moscovite d’Amnesty International. Vendredi 12 juillet, il a pu rencontrer le fugitif, Edward Snowden, le lanceur d’alerte le plus célèbre au monde. Il témoigne de cette rencontre insolite dans un couloir d’un aéroport moscovite. Entretien.

JOL Press : Vous avez rencontré Edward Snowden. Dans quel état d’esprit était-il ?

SergueÏ Nikitin : J’ai rencontré Edward Snowden vendredi après-midi à l’aéroport Cheremetevo de Moscou. Il m’a semblé aller bien et ne semblait pas particulièrement stressé. Je pense que dans sa position je me trouverais sans doute dans un état d’esprit bien différent. A peine, si son visage était un peu pâle.

Il a commencé la rencontre par une déclaration de 10 à 15 minutes, puis il a répondu aux questions des participants.

JOL Press : Qui participait à cette rencontre ?

Sergueï Nikitin : Des officiels russes et quelques représentants d’association de lutte en faveur des droits de l’Homme.

JOL Press : Que savez-vous de ses conditions de vie à Cheremetevo ?

Sergueï Nikitin : C’est une question que nous posions tous mais que nous n’avons pas été en mesure de lui poser. Il ne nous a donné aucun détail sur ses trois semaines dans l’aérogare.

Selon l’explication officielle, il résiderait dans une sorte d’hôtel au cœur de Cheremetevo, dans le terminal F. Pour preuve, sa déclaration préliminaire a été interrompue à plusieurs reprises par des annonces – du type de celles que l’on entend dans tous les aérogares – et il a fait remarquer qu’elles ne le dérangeaient plus car il s’y était habitué au cours des trois dernières semaines.

La rencontre n’a pas eu lieu dans une salle mais dans une partie d’un couloir de ce terminal F, une portion entourée de barrières et de rideaux. Nous n’avons pas vu de passagers passer derrière ces rideaux, c’était un coin isolé du reste du terminal.

JOL Press : Vous vous trouviez dans la zone sous douanes ?

Sergueï Nikitin : Oui, nous avons dû passer tous les contrôles de sécurité comme si nous allions prendre l’avion.

JOL Press : Vous avez rencontré Edward Snowden vendredi 12 juillet. S’attendait-il alors à ce que la Russie lui accorde l’asile politique ?

Sergueï Nikitin : C’était sa première apparition publique, la première fois qu’il rencontrait des représentants d’organisations, et la première fois aussi qu’il annonçait son intention de demander l’asile politique à la Russie.

Personnellement, je m’y attendais. Et cette intuition a été confirmée lorsque j’ai constaté qui participait à cette rencontre.

Un cocktail unique… Il y avait des membres de la Douma, l’ombudsman de la Fédération de Russie, un avocat pro-Kremlin, un autre avocat, célèbre défenseur des activistes militant pour le respect des droits de l’Homme, et deux représentants d’organisations non gouvernementales, dont moi-même pour Amnesty International. Un cocktail unique, des officiels de haut rang et des représentations de défenseurs des droits de l’Homme.

J’ai immédiatement pensé qu’il allait annoncer son intention de demander l’asile politique et que la présence d’ONG permettrait d’attester qu’il n’y avait pas été forcé, qu’il était totalement libre.

JOL Press : Vous pensez donc qu’il y aurait eu préalablement des négociations, lui garantissant un accueil favorable des autorités russes ?

Sergueï Nikitin : Une fois de plus, ce n’est que mon sentiment personnel mais j’imagine effectivement que cela avait fait préalablement l’objet de discussions. Les autorités russes ont-elles prodigué des conseils à Edward Snowden, je l’ignore. Mais comment autrement aurait-il pu, en trois semaines, devenir à ce point au fait des arcanes du pouvoir russe et savoir qui inviter en une telle occasion ?

JOL Press : Comment expliquez-vous qu’il ait fallu trois semaines avant d’arriver à cette solution ?

Sergueï Nikitin : C’est une réelle interrogation. Trois semaines semblent effectivement une bien longue période pour prendre une telle décision. Je n’ai pas d’explications.

Il est possible qu’à l’origine il ait eu d’autres intentions… Sans doute a-t-il été échaudé par la péripétie qui est arrivée au président bolivien dont l’avion a été fouillé à Vienne. Il a sans doute réalisé que s’il s’envolait vers l’Amérique latine – ce qui sera, à n’en pas douter sa destination à terme – son avion serait sans doute intercepté et sa sécurité mise en danger.

JOL Press : De votre point de vue, peut-on imaginer qu’il ait eu à « acheter » l’asile politique en s’engageant à fournir des informations aux Russes ou est-ce aller trop loin ?

Sergueï Nikitin : Je ne sais pas, mais c’est sans doute une possibilité. On peut tout imaginer et cela ne me surprendrait pas outre-mesure. Pour autant, je n’ai pas de preuves.

JOL Press : Quelles pourraient être les motivations des autorités russes dans cette affaire ?

Sergueï Nikitin : Si l’on se réfère à la déclaration des parlementaires et des officiels pro-Kremlin, juste après le meeting à l’aéroport, il est clair que les autorités entendent dénoncer l’attitude des États-Unis en matière de respect des droits de l’Homme. Pour elles, l’affaire Snowden est une preuve supplémentaire de la violation des droits de l’Homme dans un pays qui s’autorise à donner des leçons à la Terre entière. C’est un argument de plus pour la propagande russe dans sa longue lutte « froide » contre l’impérialisme américain.

Ironiquement, les autorités russes se retrouvent dans le même camp qu’Amnesty International, en première ligne dans la défense des droits de l’Homme. Nous n’oublions pas que la liberté d’expression est un sujet brûlant ici en Russie. Les droits de l’Homme et le respect de la liberté d’expression sont des questions universelles dont aucun pays ne peut s’affranchir.

JOL Press : Edward Snowden a-t-il réagi au refus de l’Union européenne et de ses membres – la France en particulier – de lui accorder l’asile politique ?

Sergueï Nikitin : Il s’est effectivement montré critique à l’égard de l’Union européenne et il a notamment lancé l’idée d’une pétition dénonçant l’attitude des Américains mais aussi des Européens. Avec Amnesty International, nous le soutenons.

Propos recueillis par Franck Guillory pour JOL Press

Source: http://www.jolpress.com/edward-snowden-amnesty-international-moscou-nsa-prism-cia-etats-unis-article-820863.html

Affaire Snowden: la France aphone, par Eva Joly

EDWARD-SNOWDEN

Eva Joly,
Députée européenne EELV,
ancienne candidate à la présidentielle de 2012

Publication: 15/07/2013 06h29

Alors que Edward Snowden vient de demander l’asile à la Russie de Vladimir Poutine, il convient de rappeler que l’aspect feuilletonesque des tribulations du lanceur d’alerte ne doit pas nous faire oublier l’essentiel: nous ne sommes pas dans une fiction, et cette affaire jette une lumière crue sur la réalité des relations internationales et sur le rang qu’y tient la France.

Notre vieille nation aime à croire qu’elle est une grande nation; influente sur le cours du monde parce qu’écoutée dans le concert des nations. Plaident pêle-mêle pour cette thèse notre Histoire, le rôle central que nous jouons dans la construction européenne, notre statut de membre du conseil de sécurité à l’Onu, notre rang économique, la place particulière que nous occupons sur le continent africain, la capacité de résistance que l’on prête volontiers à nos dirigeants et la réputation d’être le pays des droits de l’Homme.

A rebours de cette vision par trop optimiste, nombre d’esprits préfèrent entonner l’éternel refrain du déclin de la France. Rien ne me porte à rejoindre leurs rangs, car je connais la vitalité démocratique de notre pays, et ce, d’autant plus que parcourant le monde, je sais quels espoirs le simple mot de France peut susciter partout sur la planète. Mais je dois constater avec tristesse que la manière dont l’actuel gouvernement a agi dans sa gestion de l’affaire Snowden illustre une forme de renoncement à tenir notre rang qui ne présage rien de bon.

Je rentre du Brésil: le récent comportement du gouvernement français y a suscité doutes, interrogations, inquiétudes et déception. Comment expliquer que nous ayons pu interdire à Evo Morales de survoler notre territoire au motif, au demeurant erroné, que l’avion présidentiel aurait pu transporter Edward Snowden? Cette décision constitue une triple faute.

En premier lieu, elle est signe de faiblesse. Nous venons de donner l’impression que la France est devenue l’auxiliaire de police du gouvernement des Etats-Unis, et que celui-ci peut à sa guise nous dicter notre conduite. Rappelons quand même que nous venons de découvrir que la France faisait partie des pays espionnés par les Etats-Unis. De manière hallucinante, notre réponse ne fut pas de trouver une réponse à la hauteur du problème ni même de seulement tendre l’autre joue: elle fut de céder complaisamment aux demandes impérieuses d’un Etat qui n’était pourtant pas en situation d’exiger de nous une telle chose, au regard de son comportement inamical. Ce réflexe de soumission est dévastateur.

En second lieu, il s’agit d’une faute stratégique: pour faire plaisir à Barack Obama, nous venons d’envoyer un bien mauvais signal à l’Amérique latine. Nous fâcher avec les pays d’Amérique latine en humiliant inutilement le président bolivien est une erreur majeure. Quelle méconnaissance de notre histoire ! Alors que dans les années 70, la France fut terre d’accueil pour nombre de réfugiés politiques chiliens, argentins ou uruguayens, nous voilà aujourd’hui aidant à la traque d’un homme dont le seul crime, jusqu’à ce qu’on nous apporte la preuve du contraire, est d’avoir dénoncé des actes scandaleux de la part de son gouvernement. Pensons-nous que l’Amérique latine a oublié le tristement célèbre plan Condor et est disposée à accepter que nous nous fassions dicter notre politique par les Etats-Unis quand il s’agit d’agir pour les droits de l’Homme? Je gage que notre image est durablement écornée par le mauvais road-trip aérien que nous avons imposé au président d’une nation dont la dignité vaut bien celle des Etats-Unis d’Amérique.

En dernier lieu, je considère qu’il était moralement infondé d’agir de la sorte. Loin de participer à une chasse à l’homme, la protection des lanceurs d’alerte devrait au contraire être un objectif naturel d’un pays tel que le nôtre. Nous aurions dû offrir l’asile politique à Snowden au lieu de concourir, même de manière indirecte, à le pourchasser. Je crois à un monde multipolaire, et je milite pour un rééquilibrage des relations internationales. Les Etats-Unis sont nos alliés. En aucun cas nous ne devons admettre de devenir leurs vassaux. Entre les coups de menton cocardiers de l’ère Sarkozy et la génuflexion contrite du président Hollande, il existe une autre voie, qui est celle d’une France offensive dans la défense de ses valeurs et réaliste dans la défense de ses intérêts. Les choses sont parfois plus simples qu’on ne le croit. Quand on hésite sur le chemin à suivre, souvenons-nous que le courage peut servir de boussole. Sur la scène internationale, le premier acte de l’existence, c’est la résistance. Dans l’affaire Snowden, la France doit quitter les rivages du silence embarrassé, et faire enfin entendre sa voix. C’est une question de valeurs autant que de géopolitique.

Source: http://www.huffingtonpost.fr/eva-joly/affaire-snowden-la-france-aphone_b_3595768.html?utm_hp_ref=international

Lire aussi: « EELV demande à François Hollande d’accorder l’asile politique à Edward Snowden »
http://eelv.fr/2013/07/01/eelv-demande-a-francois-hollande-daccorder-lasile-politique-a-edward-snowden/

Snowden invoque le principe de Nuremberg lors de sa conférence de presse à Moscou

Edward Snowden à Moscou

Solidarité & progrès, samedi 13 juillet 2013

Le lanceur d’alerte Edward Snowden a rencontré le 12 juillet, à l’aéroport Sheremetyevo de Moscou, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, incluant Amnesty International et Human Rights Watch (HRW).

Avant la conférence de presse prévue pour l’occasion, l’ambassadeur américain à Moscou avait demandé à HRW de transmettre un message à Snowden, disant que le gouvernement américain ne le reconnaissait pas comme un lanceur d’alerte mais comme un simple criminel.

Voici les remarques faites par Snowden lors de la conférence de presse, au cours de laquelle il en a appelé à la Constitution américaine, à la déclaration des droits de l’Homme et au principe du tribunal de Nuremberg pour juger de la criminalité de l’administration Obama.

Bonjour,

Je m’appelle Ed Snowden. Il y a un peu plus d’un mois, j’avais une famille, un foyer au paradis, et je vivais dans un grand confort. J’avais aussi la capacité de faire des perquisitions sans mandat, de saisir et de lire vos communications. Les communications de quiconque, à n’importe quel moment. C’est-à-dire le pouvoir de changer le destin des gens.

C’est également une violation majeure de la loi. Les 4ème et 5ème amendements à la Constitution de mon pays, l’Article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ainsi que plusieurs traités interdisent de tels systèmes de surveillance massive et étendue.

Tandis que la Constitution américaine prescrit ces programmes comme illégaux, mon gouvernement prétend que des ordonnances de justice secrètes, que personne n’a le droit de regarder, confèrent une certaine légitimité à cette affaire illégale. Ces ordonnances ne font que corrompre les notions de justice les plus fondamentales. Ce qui est immoral ne peut être rendu moral par le recours à des lois secrètes.

Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’

Ainsi, j’ai fait ce que je croyais être juste et j’ai commencé une campagne visant à corriger ces méfaits. Je n’ai pas cherché à m’enrichir. Je n’ai pas cherché à vendre des secrets américains. Je ne me suis allié à aucun gouvernement étranger pour garantir ma sécurité. Au lieu de cela, j’ai pris ce que je savais pour le mettre à la disposition du public, afin que ce qui nous affecte tous puisse être discuté par nous tous au grand jour, et j’ai demandé au monde la justice.

Cette décision morale de dire au public comment cet espionnage nous affecte tous m’a coûté cher, mais c’était la bonne chose à faire et je n’ai aucun regret.

Depuis ce jour, le gouvernement et les services de renseignements des Etats-Unis d’Amérique ont cherché à faire de moi un exemple, un avertissement à tous les autres qui pourraient parler comme je l’ai fait. On m’a rendu apatride et on m’a pourchassé pour mon acte d’expression politique. Le gouvernement des Etats-Unis m’a inscrit sur une liste d’interdiction de vol. Il a demandé à Hong Kong de me renvoyer en dehors du cadre de ses lois, en directe violation des principes de non-refoulement – la Loi des nations. Il a menacé de sanctions les pays qui respecteraient les droits de l’Homme et le système d’asile de l’ONU.

Il a même pris l’initiative sans précédent d’ordonner à des alliés militaires de forcer l’atterrissage d’un avion présidentiel dans sa recherche d’un réfugié politique. Cet escalade dangereuse représente une menace non seulement à la dignité de l’Amérique latine, mais aux droits humains partagés par tout individu, toute nation vivant en liberté contre la persécution, et cherchant à bénéficier de l’asile.

Pourtant, confronté à cette agression hors de proportion d’un point de vue historique, des pays à travers le monde m’ont offert soutien et refuge. Ces pays, incluant la Russie, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l’Équateur, ont ma gratitude et mon respect pour être les premiers à tenir tête aux violations des droits humains perpétrées par les plus puissants plutôt que par les plus faibles. En refusant de compromettre leurs principes face à l’intimidation, ils ont gagné le respect du monde. J’ai l’intention de me rendre dans chacun de ces pays pour faire part de ma gratitude à leur peuple et à leurs dirigeants.

Je vous fais part aujourd’hui de mon acceptation formelle de toutes les offres d’asile que j’ai reçues et de celles qui peuvent m’être faites à l’avenir. Avec, par exemple, le droit d’asile qui m’a été accordé par le Président du Venezuela Maduro, mon statut de réfugié est maintenant officiel, et aucun autre Etat n’a le droit d’interférer dans mon droit de bénéficier de cet asile. Comme nous l’avons toutefois constaté, certains gouvernements en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord ont démontré leur volonté d’agir en dehors du droit, et leur comportement persiste jusqu’à ce jour. Cette menace illégale m’enlève la possibilité de me rendre en Amérique latine pour bénéficier du droit d’asile qui m’a été accordé là-bas, en accord avec les droits que nous partageons.

Cette volonté des Etats puissants d’agir en dehors du droit représente une menace pour nous tous, et nous ne devons pas lui permettre de triompher. Ainsi, je demande votre assistance dans ma requête de garanties pour un sauf-conduit à l’égard des pays concernés, afin que je puisse me rendre en Amérique latine, ainsi que dans ma requête d’asile en Russie, jusqu’à ce que ces Etats agissent selon le droit et que mes voyages légaux soient permis. Je vais soumettre ma requête à la Russie aujourd’hui, et j’espère qu’elle sera reçue favorablement.

Source: http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/article/snowden-invoque-le-principe-de-nuremberg-lors-de.html

Communiqué d’Edward Snowden aux groupes de Droits de l’homme à l’aéroport Cheremetievo de Moscou: http://wikileaks.org/Statement-by-Edward-Snowden-to.html

Communiqué audio intégral d’Edward Snowden à l’aéroport Cheremetievo de Moscou: https://soundcloud.com/frank-forrester-1/full-edward-snowdens-statement

Voir l’extrait vidéo du communiqué d’Edward Snowden: http://lifenews.ru/news/116311

Lettre d’Edward Snowden pour demander l’asile politique en Amérique Latine

Edward SnowdenLes médias du Nicaragua ont révélé la lettre du fugitif américain Edward Snowden, où il demande à Managua [capitale du Nicaragua] de lui accorder l’asile politique sur le motif qu’il pourrait faire face à un procès et traitement injustes aux Etats-Unis qui peuvent l’emprisonner à vie ou même le condamner à mort pour avoir publié les documents du renseignement. Une copie de la lettre a été publiée sur la page web de Radio Ya samedi soir. La demande date du 30 juin en provenance de Moscou. Elle est écrite en anglais et s’adresse aux représentants de la République du Nicaragua dans les mêmes termes que la lettre adressée aux représentants de Pologne.

Aux Représentants du Pays de la République du Nicaragua,

Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis d’Amérique, je vous écris pour demander l’asile à la République du Nicaragua, à cause du risque d’être persécuté par le gouvernement des Etats-Unis et leurs agents, en relation à ma décision de rendre publiques de sérieuses violations de leur Constitution de la part du gouvernement des Etats-Unis, plus spécifiquement de leur 4ème et 5ème amendements, et de plusieurs traités des Nations Unies qui sont l’obligation de mon pays. En conséquence de mes opinions politiques, et de mon désir d’exercer ma liberté d’expression, à travers quoi j’ai montré que le gouvernement des Etats-Unis intercepte la majorité des communications dans le monde, le gouvernement des Etats-Unis a publiquement annoncé une enquête criminelle contre moi.

Des membres éminents du Congrès et d’autres dans les médias m’ont accusé d’être un traître et ont appelé à ce que je sois emprisonné ou exécuté en conséquence d’avoir communiqué cette information au public. Certaines des accusations qui ont été présentées contre moi par le Ministère de la Justice des Etats-Unis sont liées à l’Espionage Act de 1917, l’une d’entre elles incluant la prison à vie parmi les sentences possibles.

Un précédent international pour accorder l’asile aux personnalités dans ma situation a déjà été établi, avec l’Equateur accordant l’asile au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, en relation à ce genre d’enquête de représailles. Mon cas est aussi très semblable à celui du soldat américain Bradley Manning, qui a rendu publiques des informations du gouvernement à travers les crimes de guerre révélés par WikiLeaks, qui a été arrêté par le gouvernement des Etats-Unis et a été traité de manière inhumaine pendant sa période en prison. Il a été placé en détention solitaire avant son procès et le représentant des Nations Unies contre la torture a jugé que M. Manning a subi des actes inhumains et cruels de la part du gouvernement américain.

Le procès contre Bradley Manning est en cours maintenant, et des documents secrets ont été présentés à la cour et des témoins secrets ont témoigné. Etant donné ces circonstances, je crois qu’il est peu probable que je reçoive un jugement équitable ou un traitement approprié avant ce procès, et je dois faire face à la possibilité d’une peine de prison à vie ou même la mort.

Edward Joseph Snowden,

Moscou, 30 juin 2013

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Source: http://inserbia.info/news/2013/07/nicaraguan-media-revealed-snowdens-request-for-asylum-photo/

WikiLeaks: Déclaration d’Edward Snowden à Moscou

Save Snowden:Save Freedom

Lundi 1er Juillet, 21:40 GMT

Il y a une semaine, j’ai quitté Hong Kong lorsqu’il est devenu clair que ma liberté et ma sécurité étaient menacées parce que j’avais révélé la vérité. Je suis toujours en liberté grâce aux efforts continus de vieux et de récents amis, de ma famille, et d’autres personnes que je n’ai jamais rencontrées et que je ne rencontrerai probablement jamais. J‘ai mis ma vie entre leurs mains et ils m’ont rendu cette confiance en mettant leur foi en moi et je leur en serai pour toujours reconnaissant.

Jeudi, le président Obama a déclaré au monde entier qu’il n’y aurait pas d’ »affairisme diplomatique »  à mon sujet. Pourtant, il est dit à présent qu’après avoir promis qu’il ne le ferait pas, le président a ordonné à son vice-président de faire pression sur les dirigeants des nations a qui j’ai demandé protection pour qu’ils refusent mes demandes d’asile.

Ce genre de tromperie  de la part d’un dirigeant mondial ne représente pas la justice, et il en est de même pour la peine additionelle extra-légale de l’exil. Ce sont de vieux, de mauvais outils d’agression politique. Leur but est de faire peur, pas à moi, mais à ceux qui voudraient  en faire autant.

Pendant des décennies, les Etats-Unis d’Amérique ont été l’un des plus ardents défenseurs du droit d’asile. Malheureusement, ce droit, énoncé et voté par les Etats-Unis et figurant dans l’article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, est actuellement rejeté par le gouvernement de mon pays. L’administration Obama a adopté la stratégie qui consiste à utiliser la citoyenneté comme une arme. Même si je ne suis reconnu coupable de rien, il a unilatéralement révoqué mon passeport, me laissant apatride. Sans aucune décision judiciaire, l’administration cherche maintenant à m’empêcher d’exercer un droit fondamental. Un droit qui appartient à tout le monde. Le droit de demander l’asile.

En fait,  l’administration Obama n’a pas peur des lanceurs d’alerte tels que moi, Bradley Manning ou Thomas Drake. Nous sommes apatrides, emprisonnés, ou impuissants. Non, l’administration Obama a peur de vous. Elle a peur d’un public informé et en colère qui demande le gouvernement constitutionnel qui lui a été promis – et elle devrait l’être.

Je suis invaincu dans mes convictions et impressionné par les efforts déployés par tant de personnes.

Edward Joseph Snowden

Lundi 1er Juillet 2013

Source: http://wikileaks.org/Statement-from-Edward-Snowden-in.html?snow

Traduction française par Mayya: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,20052.0.html

Honte à la France qui a rejeté la demande d’asile politique de Snowden!

Edward Snowden

La France vient de rejeter aujourd’hui la demande d’asile politique déposée par le lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden. Malgré le soutien de la population française, le Ministère de l’Intérieur a pris une décision qui est à l’encontre des principes et des valeurs que devrait représenter un pays comme le nôtre. Une fois de plus, l’Etat français décide à la place des citoyens et contre l’avis des citoyens qui l’ont massivement soutenu.

La population française est prise dans le filet des 1% de responsables politiques qui ne défendent pas, en France, les droits fondamentaux qui sont la base de toute démocratie. Edward Snowden est devenu un réfugié apatride, privé de ses droits fondamentaux, privé de son droit de voyager et privé de sa liberté, dans un monde où pourtant le continent européen clame la libre circulation des êtres humains. Pour avoir dit la vérité et pour avoir défendu l’intérêt du public, les droits de l’homme d’Edward Snowden ne sont pas respectés.

Manuel Valls a invoqué l’entente et la confiance entre les Etats-Unis et la France, « un pays ami avec lequel nous avons des relations », alors même que François Hollande nous faisait croire il y a quelques jours qu’il dénonçait la surveillance de la NSA. Visiblement, le discours de notre président n’avait rien d’authentique, puisque la France refuse d’accorder un droit fondamental à une personne dont la vie est menacée et qui a besoin de protection.

Soutenons Snowden, quelles que soient les pressions politiques exercées par nos gouvernements!

Source: http://www.interieur.gouv.fr/Presse/Les-communiques/Demande-d-asile-de-M.-Edward-Snowden

Lettre ouverte de Pierre Tartakowsky, président de la LDH, adressée à François Hollande au sujet d’Edward Snowden

Monsieur le Président,

La Ligue des droits de l’Homme souhaite attirer votre attention sur la situation de M. Edward Snowden, à qui nous devons les révélations concernant l’existence d’un programme américain collectant des renseignements sur les serveurs de différentes sociétés exerçant dans le domaine de l’Internet.

Grâce au courage de M. Snowden, le monde a appris que la National Security Agency (ci-après « NSA ») et le Federal Bureau of Investigation (ci-après « FBI ») disposent d’un accès direct aux serveurs de neuf sociétés américaines exerçant dans le domaine de l’Internet, soit Microsoft (depuis 2007), Yahoo (depuis 2008), Google, Paltalk et Facebook (depuis 2009), Youtube et Skype (depuis 2010), AOL (depuis 2011) et, enfin, Apple (depuis 2012).

C’est grâce à sa détermination que nous avons appris l’espionnage systématique dont faisaient les frais les citoyens et les institutions de l’Union européenne via le programme Prism.

Vous avez eu à cette occasion des mots forts pour dénoncer ces pratiques et exiger qu’elles cessent immédiatement. De leur côté, les autorités américaines, ainsi d’ailleurs que les grands acteurs privés directement impliqués, ont multiplié des déclarations qui vont du déni à la banalisation pure et simple d’un système d’écoute généralisé initialement présenté comme exclusivement destiné à lutter contre le terrorisme.

Mais corrélativement à ces déclarations, les lanceurs d’alerte tels que M. Snowden sont incriminés, poursuivis et traités de façon infamante. Juan Ernesto Mendez, rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, a déclaré, concernant le soldat Bradley Manning, soupçonné d’avoir été l’informateur de Wikileaks, qu’il avait subi « un traitement cruel » en étant tenu à l’isolement pendant des mois au cours de sa détention préventive aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, M. Snowden est légitime à penser qu’il ne bénéficierait pas d’une justice sereine et équitable sur le territoire des Etats-Unis qu’il a préféré quitter. Il est aujourd’hui demandeur d’asile, comme défenseur des droits et lanceur d’alerte. La France s’honorerait en lui offrant l’accueil qu’il mérite à ce double titre.

C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président, d’agir en ce sens en vous remerciant d’avance de l’attention portée à notre démarche et en vous assurant de l’expression de notre haute considération.

Pierre Tartakowsky
Président de la Ligue des droits de l’Homme

Source: http://www.ldh-france.org/Lettre-ouverte-de-Pierre.html

Image: wikimedia

La France doit accorder l’asile politique à Edward Snowden !

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A seulement 29 ans, Edward Snowden a risqué sa vie et celle de sa famille pour révéler au monde entier le scandaleux et dangereux programme PRISM mis en place par le gouvernement américain et permettant d’espionner les citoyens sur leurs réseaux sociaux, boîtes mails, moteur de recherche etc.

Il a, de plus, démasqué l’espionnage électronique de grande ampleur de l’Union Européenne par l’Agence National de Sûreté américaine (NSA).

La France est le pays des Droits de l’Homme, garantissant à ses citoyens des libertés privées inaliénables.

La France a compté parmi ses hommes et ses femmes des fondateurs et des inspirateurs de cette Europe Unie et Libre auxquels portent aujourd’hui atteinte les actes d’espionnage révélés par Edward Snowden.

La France se doit d’offrir au plus vite au courageux M. Snowden l’asile politique afin de lutter contre des actes barbares et portant atteintes à nos libertés commises par de soi-disant « alliés » politiques et commerciaux.

Signer la pétition française: http://www.avaaz.org/fr/petition/La_France_doit_offrir_lasile_politique_a_Edward_Snowden/?wQTZybb (542 signatures)

http://www.avaaz.org/fr/petition/La_France_doit_accorder_lasile_politique_a_Edward_Snowden/?sbc (803 signatures)

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/offrons-l-asile-politique-en-france-au-lanceur-d-alerte-edward-snowden#share (1594 signatures)

Signer la pétition internationale: https://secure.avaaz.org/fr/stop_prism_fr/

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