Les syriens dénoncent un plan global pour détruire l’économie de la Syrie à travers les groupes terroristes

« Alep: Daesh-al Nosra font des profits en pillant et revendant des biens aux régimes du Golfe et en Turquie »

Un reportage de Russia Today montre le pillage accompli en Syrie, ce qui a notamment été le cas à Alep. Les rebelles et les groupes terroristes sont accusés de piller l’économie syrienne.

Comme l’évoque le début du reportage, « la plupart des sites industriels sont gravement endommagés, les rebelles font encore profit de ce qui reste dans la ville ».

(Maria Finoshina) « Autrefois la plus grande capitale de Syrie, centre industriel et ville la plus riche, Alep aujourd’hui se bat pour évaluer les pertes après quatre années de guerre, et l’économie syrienne sombre avec elle.

Voici ce qui reste de Shaykh Najjar, la ville industrielle près d’Alep, elle abritait plus de 1200 usines et entreprises, 42 000 employés travaillaient ici. Eh bien, plus rien.

La ville est à 15 km du centre d’origine et a été prise par le groupe jihadiste al-Nosra, il y a plus de deux ans. Depuis, les affrontements ont plus ou moins continué. Mohammad dit qu’il ne peut même pas reconnaître ce qui était son entreprise familiale. Ce qui n’a pas été détruit a été pillé. Il croit que ce qui s’est passé fait partie d’un plan beaucoup plus large. »

Mohammad Djmoul: « Nous avions un marché énorme à Alep et il était compétitif, moins cher que les pays voisins, la main-d’œuvre pas cher, les ressources et capacités suffisantes. Tout cela affecte les marchés voisins. C’est pourquoi la mission des terroristes était de détruire la Syrie, à travers Alep, le moteur du pays. »

Tareq, qui possède une usine de textile, est l’un des très rares ici à revenir sur place. Il accuse également les militants pour ses pertes.

Tareq Jenanni: « Alep est connu pour l’exportation et je produisais aussi des choses pour l’export, vers tous les pays arabes. C’est pourquoi ils sont venus ici. Leur mission est d’arrêter l’exportation et détruire l’infrastructure, et d’affaiblir notre Etat. »

Nabil Antaki, Syrie: « Nous avons hâte que la guerre cesse »

Nous voulons remercier tous les amis qui nous soutiennent par leur amitié, leurs messages, leurs prières et leurs dons.

16 octobre 2013

Lettre d’Alep No 14
10 octobre 2013

Un statu quo précaire règne à Alep depuis quelques semaines, concomitamment avec la décision de suspendre les frappes aériennes qu’on devait nous infliger pour « punir » le régime d’avoir utilisé des armes chimiques. Vouloir « punir » le régime en tuant des jeunes conscrits (se trouvant sur les sites visés) ou des civils (par les bombes dites intelligentes qui manquent souvent leurs cibles comme on l’a vu ailleurs) et en bombardant une infrastructure déjà largement détruite par 2 années et demie de guerre ! Quelle bêtise. Les Alépins ont trouvé cette farce grotesque et, en d’autres circonstances, en auraient ri. Comme si la crise syrienne avait commencé avec les armes chimiques et prendrait fin avec leur destruction. Heureusement que l‘accord, qui a permis de sauver la face des va-t-en guerre occidentaux, semble être l’amorce d’un processus de paix négocié. Depuis donc cet accord, il n’y a presque plus d’action militaire en ville si ce n’est le bruit continu mais lointain des canons d’une part et les batailles à la campagne entre les bandes armées rebelles, le groupe islamiste le plus extrémiste prenant le dessus et exécutant les dirigeants de l’ASL.

Quant à la vie de tous les jours à Alep, elle est moins difficile qu’avant. Il y’a toujours un rationnement de l’eau, de l’électricité et du pain mais il semble que les Alépins se soient habitués à cet état et ont organisé leur vie en conséquence. Les déplacés qui s’étaient réfugiés dans les écoles, ont été évacués et les écoles ont ouvert leurs portes. Quant au blocus qui dure depuis maintenant 3 mois, il est devenu moins pénible grâce à un nouveau métier : le « maabarji » = celui qui traverse le maabar ou le point de passage entre les 2 zones. Les rebelles, qui ont imposé le blocus, laissent passer les piétons (par milliers tous les jours et dans les 2 sens). Ils leur permettent d’emporter avec eux autant de petits sacs noirs en plastique que peuvent porter leurs 2 mains (les marchandises en camion sont interdites de rentrer). Alors chaque personne rentre avec un sac de 1 kg de tomates, un autre de concombres, un 3eme de raisins etc.… Une fois dans Alep, le maabarji remet ses sacs à un associé et retraverse pour revenir avec d’autres sacs. Et comme 1 kg plus 1 kg peuvent faire des dizaines de kilo, tous les trottoirs d’Alep sont envahis par les étals de marchands, s’approvisionnant chez les maabarjis, qui vendent leurs produits à des prix exorbitants vu le nombre d’intermédiaire et le bakchich qu’on doit payer à ceux qui gardent le point de passage. Le ravitaillement est devenu, pour les bandes armées, un business très lucratif. Mais les 2 millions d’Alépins, déjà très appauvris par la guerre, payent les produits 5 fois plus chers que les mêmes produits se trouvant de l’autre côte du maabar. La majorité des habitants circulent à pied. La circulation des voitures est très difficile vu que les trottoirs sont envahis par les marchands, la chaussée par les piétons, et les voitures slalomant entre eux.

L’essence, le fuel et la farine sont toujours interdites de passage. J’ai pu remplir le réservoir de mon générateur de 1000 litres de fuel que le maabarji a fait passer, en plusieurs passages, dans 100 sacs de plastique transparent de 10 litres chacun les faisant passer pour du vinaigre !! Nous sommes restés sans téléphone pendant 3 semaines et sommes sans internet depuis 6 semaines et le blocus des personnes est en vigueur depuis 45 jours, personne ne peut entrer ou sortir d’Alep sans risquer sa vie. On nous promet une amélioration avec l’ouverture d’une nouvelle route qui contournerait les zones tenues par les rebelles et par laquelle sera acheminé tout ce qui manque et permettra le voyage des habitants.

Nos activités, avec les Maristes bleus et l’Oreille de Dieu continuent de plus belle. Nous avons décidé, début septembre, de loger en ville les familles déplacées de Djabal Al Sayde qui s’étaient réfugiées chez nous en fuyant leur quartier envahi le vendredi Saint par les rebelles. Et ce, pour 2 raisons : nous avons estimé qu’il était temps, pour ces gens, de vivre en famille alors qu’ils logeaient chez nous, depuis 5 mois, dans des dortoirs séparés et puis, la maison des Maristes étant loin des écoles de leurs enfants, nous avons jugé qu’avec la rentrée scolaire, il serait préférable qu’ils habitent près des écoles des enfants, le ramassage scolaire n’existant plus. Nous leur avons payé le loyer (pour 6 mois) des petits appartements meublés (rudimentairement) qu’ils avaient trouvés.

A partir du 1er octobre, nous avons organisé notre action et nos activités autour de 2 axes :

Les activités de secours :

Notre programme d’aide aux déplacés de Djabal Al Sayde se poursuit. Le 14ème Panier de la Montagne (Sallet al Djabal =panier alimentaire mensuel) a été distribué aux 300 familles vendredi 4 octobre. Une distribution de vêtements d’hiver (nos déplacés avaient quitté fin mars leurs appartement n’emportant avec eux que les habits de printemps qu’ils portaient) est prévue pour fin octobre. Début novembre, nous leur donnerons des chaussures et des bombonnes de gaz (indispensables pour la cuisine). Nous avons offert les fournitures ainsi que les livres scolaires aux enfants. Nous n’oublions pas nos protégés du quartier Midane qui reçoivent aussi un panier alimentaire mensuel. Nous distribuons tous les midis un repas chaud à 250 personnes dans le besoin. Et nous poursuivons notre projet des « Blessés de Guerre » pour traiter gratuitement les civils atteints par des actes de guerre et qui n’ont pas les moyens de se faire traiter à leurs frais.

Les activités pédagogiques

Maintenant que nos locaux sont redevenus disponibles avec le départ de nos déplacés et pour revenir à la principale mission des Maristes qui est l’éducation des enfants, surtout les plus défavorisés, nous avons développé nos activités pédagogiques pour répondre aux immenses besoins créés par la guerre. « Apprendre à Grandir » s’est agrandi et a maintenant un frère jumeau. Il s’occupe des enfants d’âge préscolaire, de 3 à 6 ans, par l’éducation, l’instruction et la santé. Le projet initial continue toutes les après-midi de 15h à 19h avec 55 enfants des familles pauvres ou déplacées. Le nouveau projet a lieu tous les matins de 9h à 12h30 avec 100 enfants des familles des déplacés des écoles. En parallèle, le matin, un nouveau projet « Je veux Apprendre » va démarrer et qui visera 50 enfants déplacés en âge scolaire de 7 à 13 ans, mais qui ne vont pas à l’école, pour leur apprendre au moins à lire, écrire et compter. Le programme « Tawassol » continue 4 matinées par semaine et vise à donner aux mamans, de 20 à 35 ans, des cours d’anglais, d’informatique, de pédagogie et de travaux manuels pour leur permettre, en plus de s’épanouir, de suivre les enfants dans leurs leçons ; L’anglais et l’ordinateur sont maintenant dans le programme scolaire depuis la 1ère classe. Enfin, le programme «  Skills School » est poursuivi certains après-midi pour les adolescents (tes). Leur nombre dépasse maintenant la cinquantaine.

J’aimerai souligner que nos différents programmes sont tous destinés aux familles défavorisées et/ou déplacées et sont entièrement gratuits. Nous avons encore d’autres projets que nous aimerions réaliser ; Mais, malgré les 42 bénévoles, les 6 salariés (chauffeur, responsable des achats…) et les neuf membres de notre équipe (3 frères maristes, 6 laïcs: 4 femmes et 2 hommes), nous manquons de moyens humains.

Voilà où on en est. Nous sommes un peu plus optimistes qu’il y a 2 mois mais nous avons hâte que la guerre cesse. Avec les Maristes du monde entier, notre devise pour cette année est: sème espérance. En terminant, nous voulons remercier tous les amis qui nous soutiennent par leur amitié, leurs messages, leurs prières et leurs dons.

Nabil Antaki
Pour les Maristes Bleus
Alep, le 10 octobre 2013

URL: http://www.silviacattori.net/article4967.html

Source : Anis el Abed

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