Andrei Fursov: L’étendue du gouvernement secret

Andrei Fursov – sociologue, journaliste, politologue.

L’élite politique et l’oligarchie financière de l’Occident ont fusionné en un mécanisme unique de pouvoir secret qui gouverne le monde. Les citoyens savent que la politique publique n’a presque aucun effet sur leur qualité de vie, et ils perdent tout intérêt pour la politique. Ceci explique le fait que le taux de participation au vote dans les pays occidentaux est en baisse constante.

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L’influence de la franc-maçonnerie au sein du gouvernement français

Le président défunt François Mitterrand (1916-1996) était un membre présumé de la franc-maçonnerie. Ses réalisations architecturales en sont la preuve, même si ce sujet est peu débattu en France, et certains considèrent que Mitterrand cherchait à mettre en place les piliers d’un gouvernement mondial.

Aujourd’hui, on peut se demander quels sont les restes de cette influence dans le gouvernement actuel, étant donné que le président François Hollande, par exemple, a travaillé pendant de nombreuses années dans le gouvernement de François Mitterrand:

« L’accession de François Mitterrand à l’Élysée en 1981 lance la carrière de François Hollande. Il devient chargé de mission en charge de l’Économie et est envoyé en Corrèze pour défier Jacques Chirac lors des législatives. » (Skynet.be)

Et d’autres politiciens comme Jean-Luc Mélenchon (FDG) ont aussi travaillé dans le gouvernement de François Mitterrand, même si aujourd’hui celui-ci n’est plus socialiste. Ce revirement est néanmoins récent, car J-L. Mélenchon faisait encore partie du gouvernement socialiste en 2000-2002 et il n’a quitté le parti qu’en 2008 pour fonder le Front de Gauche.

En 1987, J-L. Mélenchon qui n’est que sénateur à l’époque, a personnellement soutenu la candidature de François Mitterrand à la présidentielle face à deux autres candidats potentiels, comme on peut le voir dans une interview (archives INA).

J-L. Mélenchon a également admis publiquement dans une biographie datée de janvier 2012 être membre de la franc-maçonnerie, tout comme François Mitterrand avec qui il a travaillé était supposé l’être.

On peut aussi rappeler qu’en 1987, la même année que J-L. Mélenchon a soutenu la candidature de François Mitterrand à la présidentielle, Mitterrand une fois qu’il a été élu a reçu à l’Elysée une délégation de 350 franc-maçons (archives INA) accueillis pour une conférence au titre évocateur: « La place de la franc-maçonnerie dans le monde moderne », un titre qui peut laisser supposer que François Mitterrand devait son élection aux membres de la franc-maçonnerie ou qu’il était peut-être déjà membre de leur société.

Les sociétés secrètes peuvent avoir une grande emprise sur la politique, mais il n’y a jamais eu de révélations à ce sujet en France.

Mais dans un monde de transparence politique, ces sociétés secrètes ne devraient plus exister au sein des gouvernements.

Vidéo inspirée: un groupe Anonymous aide un humain sans abri

Vidéo Anonymous postée le 4 juin 2014

« Son nom est Stephen, un homme sans-abri de Nottingham.

Vous pouvez supprimer les gens, mais jamais l’idée de l’humanité et de la liberté.

Passe une bonne journée, Stephen. »

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Le Conseil des droits de l’homme de Poutine a posté accidentellement les vrais résultats des élections de Crimée; Seuls 15% ont voté pour l’annexion

Forbes.com, Paul Roderick Gregory – 5 mai 2014

Le site du « Conseil de la société civile et des droits de l’homme du président de la Russie » a affiché un blog qui a été rapidement retiré, comme s’il s’agissait de déchets radioactifs toxiques. Selon le rapport du Conseil au sujet du référendum de Mars pour annexer la Crimée, le taux de participation était au maximum de 30%. Et de ce nombre, seulement la moitié ont voté pour l’annexion – ce qui signifie que seuls 15 pour cent des citoyens de Crimée ont voté pour l’annexion.

Le sort de la Crimée, par conséquent, a été décidé par les 15 pour cent de Criméens, qui ont voté en faveur de l’unification avec la Russie (sous l’œil vigilant des soldats portant une Kalachnikov).

Lire la suite: http://www.forbes.com/sites/paulroderickgregory/2014/05/05/putins-human-rights-council-accidentally-posts-real-crimean-election-results-only-15-voted-for-annexation/

Les blogs, un enjeu de liberté d’expression au Vietnam

Câble n°09HANOI378 – 22 avril 2009 – Confidentiel – Ambassade de Hanoi

TAGS: PHUM PREL PGOV ECON VM
Sujet: Les blogs et la dissidence politique au Vietnam

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RÉSUMÉ: L’Internet continue de révolutionner la communication politique et la dissidence au Vietnam. Les blogs fournissent régulièrement une voie alternative aux journalistes de presse pour publier des informations dont ils savent qu’elle n’irait pas au-delà des censeurs de l’État ou de l’autocensure d’un journal. Le GVN [Gouvernement du Vietnam] estime qu’il y a plus de 300 000 blogueurs vietnamiens ; les données de Yahoo suggèrent que le nombre est beaucoup plus élevé. En contraste de la situation en Chine, de nombreux militants politiques bien connus et des journalistes de grande envergure possèdent des blogs sous leur propre nom ou sous des pseudonymes à peine voilés qui ne sont pas bloqués par la censure Internet. Les dissidents les plus virulents du Vietnam postent régulièrement avec véhémence des opinions anti-gouvernement et anti-communistes qui les exposeraient à une arrestation à peu près certaine si elles étaient exprimées à travers d’autres moyens plus conventionnels. Les sites Internet Anti-GVN [Anti-Gouvernement du Vietnam], hébergés aux États-Unis, en France et en Allemagne, servent de chambres de compensation pour ces posts, ce qui permet à la Communauté vietnamienne en exil de se joindre à des dissidents locaux dans la critique du gouvernement. Comme le montre la liste suivante des éminents critiques en ligne basés au Vietnam, même dans l’environnement médiatique strictement restreint de cet Etat à parti unique, la dissidence trouve des débouchés pour s’exprimer. FIN DU RÉSUMÉ.

Source: http://wikileaks.org/cable/2009/04/09HANOI378.html

La philosophie deleuzienne de Julian Assange

Publié par pilkingtonphil, sur fixingtheeconomists.wordpress.com

Bien, je ne sais pas quel est votre avis – mais, je deviens vraiment malade de voir tout ce cirque qui a lieu autour d’Assange. Même les publications les plus sérieuses ont un intérêt pour ce qui est clairement une farce. Qui plus est, je vois maintenant des citations typiquement affectées de Hitchens, ce vieil importun et pseudo-intellectuel épuisé, qui apparaissent dans les différents articles que je lis (« Il appartient à Assange de considérer qu’en tant que membre de notre humble espèce et de notre auguste culture, il devrait faire preuve d’on ne peut plus de respect devant l’autel de notre royale et magnifique Civilisation qui continue de s’affirmer » – bon, ce n’est pas la citation exacte, en fait c’est probablement dans un style moins prétentieux et moins lourd de thésaurus que l’original… mais vous comprenez l’idée).

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Julian Assange: Géométrie de la politique

Donc, j’en ai marre – réveillez-moi quand ce sera bientôt la fin.

Pendant ce temps, penchons-nous sur une chose bien plus intéressante : la philosophie générale d’Assange, comme il l’a lui-même écrite. Et dont on peut trouver une ébauche dans ces pages – écrites en 2006.

La première chose qui surprend le lecteur est le chevauchement entre une vaste spéculation théorique et des observations extrêmement terre-à-terre. Voilà le gros morceau baroque de la haute théorie « Assangienne » :

« Nous utiliserons des graphes connexes comme moyen de maîtriser la capacité de raisonnement spatial du cerveau dans la compréhension d’une nouvelle approche des relations politiques. »

La complexité du raisonnement repose clairement dans le fait de voir pour tous – que le langage vient, en effet, des neurosciences cognitives – mais comparez-le maintenant à l’un des passages les plus terre-à-terre de la réflexion :

« Plus une organisation cultive le secret ou l’injustice, plus les fuites induisent la peur et la paranoïa dans son leadership et dans son cercle décisionnaire. »

Nous partons des pensées très élevées d’un homme qui est clairement très intelligent et cultivé (qui a reçu une formation en sciences-physiques — une sorte d’expert en neuroscience cognitive et en science de l’ordinateur, semble-t-il), pour en arriver à une observation extrêmement intéressante. Ce cocktail d’habileté analytique, précise et incisive, et d’appels à l’action pragmatiques et bien planifiés, sont la caractéristique de l’approche entière d’Assange.

Sa construction globale est également intéressante. Il prend comme point de départ le modèle de la conspiration. Non, je ne veux pas dire qu’Assange commence sur une quête paranoïaque pour trouver une cabale d’acteurs malveillants de la société qui manipulent les choses depuis le sommet. Au lieu de cela, il essaie plutôt de conceptualiser le monde contemporain – qu’il voit comme étant principalement contrôlé par des structures de gouvernement corporate (à savoir l’alliance de compagnies transnationales et de gouvernements nationaux) – comme étant une sorte de conspiration informelle. Assange le formule lui-même dans son style inimitable :

« Là où sont connus les détails sur les activités internes des régimes autoritaires, nous voyons des interactions conspiratrices au sein de l’élite politique, pas seulement pour une promotion ou une faveur à l’intérieur du régime, mais comme la méthodologie d’un planning primaire derrière lequel se maintient ou se renforce le pouvoir autoritaire. »

Ce que veut dire Assange, c’est que les pouvoirs modernes – qu’il considère fondamentalement comme des pouvoirs autoritaires, dans leur tendance à prendre des décisions derrière des portes closes – s’engagent de manière systématique dans un comportement conspirateur. Pour Assange, les pouvoirs modernes ne peuvent pas agir ouvertement, ils estiment donc nécessaire d’agir en secret. Est-ce que ce sont là les vociférations dérangées d’un lunatique obsédé d’ordinateur ? Si les câbles diplomatiques ont bien prouvé une chose, c’est qu’il y a certainement une forte tendance au secret du côté des pouvoirs modernes.

Je dois faire ici une digression – qui, j’espère, éclairera le point de vue d’Assange. Quand les fuites ont été publiées, beaucoup ont dit qu’elles ne révélaient rien de nouveau. L’argument avancé était que n’importe quelle personne intelligente et éduquée connaissait déjà leur contenu avant leur publication. Tout d’abord, ceci était évidemment faux dans certains cas (comme les fuites concernant la Chine et la Corée du Nord, ou les fuites sur Poutine et Berlusconi). Mais dans les cas où cela s’est avéré vrai, nous pouvons dire que cela a mis en lumière une caractéristique très importante du pouvoir des gouvernements et des corporations dans le monde d’aujourd’hui : à savoir que nous connaissons l’extrême opacité de ces pouvoirs ; et nous savons que ce qu’ils disent faire ne sont que des mensonges et que nous devons utiliser nos forces analytiques pour en arriver à comprendre ce qui se passe autour de nous. Je vous demande : est-ce que cela ne confirme pas le point de vue central d’Assange ?

Assange affirme que pour arriver à sortir de ce réseau de conspiration du pouvoir, les gens doivent interrompre la capacité des cerveaux gris à communiquer entre eux :

« Nous pouvons faire éclater une conspiration, réduire ou éliminer une communication considérable entre quelques liens de poids ou entre plusieurs liens de moindre envergure. »

Ou encore :

« Nous pouvons tromper ou aveugler une conspiration, en déformant ou en limitant l’information qui lui est disponible.

Nous pouvons affaiblir le pouvoir de conspiration dans sa totalité via des attaques non-structurées sur ses liens, en les étouffant ou en les divisant.

Une conspiration suffisamment engagée dans cette voie n’est plus capable de comprendre son environnement ni de planifier des actions solides. »

Assange voit le pouvoir de l’entreprise et du gouvernement comme quelqu’un qui analyse un réseau d’ordinateurs. Si ce réseau est incapable de communiquer efficacement avec lui-même, des erreurs apparaissent et il commence à tomber en panne. Une analogie similaire peut être esquissée avec le cerveau humain. Si différents centres du cerveau humain sont incapables de communiquer entre eux – par exemple, à cause de la destruction de certains centres nerveux dus à une lésion ou à un coup – alors, des défauts cognitifs vont apparaître et la personne constatera qu’ils sont, en quelque sorte, hors service.

Assange voit les fuites d’information comme des lésions ou des coups portés sur le cerveau géant de la gouvernance unifiée. Chaque fois qu’une fuite est révélée, il en résulte une panne de communication entre les différents acteurs sur la scène nationale ou internationale. Si on prend en compte la détérioration des relations diplomatiques après les fuites, est-ce que cela ne peut être considéré, dans le schéma d’Assange, comme une rupture de la communication entre plusieurs « conspirateurs » ?

Il faut noter que ceci semble être le but d’Assange. La liberté de l’information – la raison pour laquelle beaucoup de gens, dont moi-même, donnent leur soutien à Assange – ne serait que secondaire.

Assange voit les « conspirations » – encore une fois, je vous rappelle qu’il s’agit d’une métaphore – comme étant des « systèmes-clos ». Les systèmes-clos sont des systèmes qui n’ont aucune porte d’entrée depuis le monde extérieur – ce serait donc un groupe de gens qui font des plans entre eux (ce groupe est le « système ») et ils ne prennent pas la peine de recueillir aucune information en dehors de leurs sources, par exemple, en observant ce qui se passe de manière générale dans le monde (cette information serait la donnée « entrante »).

Assange prétend qu’en détruisant la communication entre les conspirations – à savoir, les systèmes-clos – des systèmes plus ouverts vont se constituer. Ces systèmes ouverts étant, bien sûr, des systèmes qui font entrer des données depuis l’extérieur – ou, pour continuer dans notre exemple, des groupes de gens qui regardent le monde autour d’eux quand il s’agit de décider d’une action à entreprendre.

C’est donc la teneur essentielle de la philosophie d’Assange – à présent, intéressons-nous à la forme.

Comme nous l’avons déjà démontré, Assange emprunte largement aux sciences de l’information – et plus spécifiquement, à la neuroscience cognitive et à la science informatique. Ceci est extrêmement intéressant car cela conduit sa philosophie à ressembler à certaines philosophies contemporaines post-structurelles – plus spécifiquement celle de Gilles Deleuze, philosophe français du 20ème siècle.

Deleuze emprunte aussi largement aux sciences de l’information pour appuyer ses théories – et il parvient, sans surprise, à des conclusions politiques très semblables à celles d’Assange. Deleuze voyait les organisations politiques – et les organisations en général – en des termes où il faisait référence à des « structures » et à des « multiplicités ».

Pour Deleuze, les « structures » étaient des systèmes-clos – clos sur eux-mêmes et résistant à tout élément étranger venant de l’extérieur – alors que les « multiplicités » étaient des systèmes ouverts, qui communiquaient librement avec le monde qui les entoure. A travers les deux ouvrages de Deleuze sur la théorie politique, L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux – tous deux écrits en collaboration avec le psychanalyste français Félix Guattari – il traite beaucoup d’idées semblables à celles qu’évoque Assange.

Deleuze, comme Assange, utilise des métaphores complexes dérivées des mathématiques et des sciences pour expliquer le monde qui l’entoure. Et comme Assange, il voit la solution au problème des « systèmes-clos » comme une tentative de percer les structures figées et de promouvoir la communication et la diffusion libre de l’information.

Je ne me laisserai aller à aucun jugement sur la politique d’Assange ou sur sa philosophie, autre que celui que j’apprécie sa délivrance de certaines informations et que je reconnais qu’il est un individu extrêmement intelligent. Mais je dirai que la philosophie d’Assange – et celle de WikiLeaks en tant qu’organisation – est peut-être l’une des plus pures manifestations d’un mouvement politique déleuzien qui ait jamais existé (Deleuze a fait référence à un tel mouvement politique comme étant une « Machine de Guerre »).

En dehors de cela, WikiLeaks est un chapitre fascinant de l’histoire des idées.

Source: http://fixingtheeconomists.wordpress.com/2010/12/19/the-deleuzian-philosophy-of-julian-assange/

Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Lemaillonfaible_jeu_televiseAlors que l’affaire des écoutes Sarkozy bouscule l’opinion publique française, la Turquie, quant à elle, est déjà la proie, depuis fin février, d’un vaste scandale politique qui concerne le 1er ministre Recep Tayyip Erdogan et le système de corruption mis en place dans le pays. Ces deux affaires qui n’ont pas de lien direct ensemble révèlent pourtant des problèmes identiques au sein de nos démocraties: que ce soit en Turquie, ou en France, la corruption au plus haut niveau du pouvoir menace l’équilibre des pouvoirs et peut gravement nuire aux règles fondamentales de la démocratie.

Affaire Sarkozy/Affaire Erdogan: mêmes méthodes, même style de révélations

Même si Nicolas Sarkozy et Recep Tayyip Erdogan ne sont pas accusés des mêmes choses, on peut comparer ces deux personnages dans le fait qu’ils sont tous deux soupçonnés de corruption. Mises en évidence de la même manière, à travers des écoutes téléphoniques diffusées sur Internet, les affaires sont devenues très médiatiques. La manière dont les écoutes Sarkozy sont apparues sur le web rappelle, en effet, l’affaire des écoutes Erdogan en Turquie, puisque là-bas aussi, les écoutes ont été mises en ligne du jour au lendemain dans les médias, sans pouvoir identifier la source exacte des enregistrements. La seule différence, c’est qu’en France, on sait que c’est le conseiller de Nicolas Sarkozy qui avait enregistré les conversations avec un dictaphone, mais néanmoins on ne sait pas qui est à l’origine de la fuite de ces enregistrements dans la presse. En Turquie, les révélations et les écoutes sont apparues sur Twitter, à travers des comptes anonymes, ce qui a conduit Erdogan à appliquer une censure du réseau social.

Nicolas Sarkozy et Erdogan rejettent chacun de leur côté les accusations de corruption, chacun à leur manière: Nicolas Sarkozy choisit de s’exprimer à travers une tribune du Figaro, en s’adressant au public français; tandis qu’Erdogan a rejeté les accusations de corruption portées contre lui  lors d’un meeting, le jeudi 20 mars, et lors d’un autre meeting à Ankara, le 22 mars, en accusant l’opposition politique de « complot contre le gouvernement« .

Sarkozy et Erdogan se débattent à leur manière

Les deux hommes politiques se débattent chacun à leur manière face aux accusations qui les concernent, mais leur méthode consiste notamment à décrédibiliser ces accusations, même si le public aura bien compris que les enjeux de ces affaires sont sérieux et que la mise sur écoutes d’un ex-président ou d’un 1er ministre ne se fait jamais sans raison. Erdogan accuse l’opposition de « comploter contre le gouvernement en coopération avec le mouvement Gulen qu’il a appelé d’organisation terroriste », mais qui pourrait croire la validité de ces paroles? Quel rapport entre la lutte anti-corruption et le terrorisme, M. Erdogan? Tandis que pour dénigrer les écoutes et les procédés de la justice, Sarkozy accuse un système comparable à la Stasi: « Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France. » Toutes ces techniques visent seulement à impressionner l’auditoire, à nous donner le sentiment que ces hommes politiques ont de bons sentiments à notre égard, envers la population, mais leurs paroles ne reposent pas sur des arguments solides.

Quand Sarkozy parle du droit à la « vie privée » dans sa tribune, on aurait bien envie de lui demander: « mais de quel droit à la vie privée, si la justice enquête sur des crimes et des accusations très graves de corruption? » De plus, ne croyez pas que Sarkozy va défendre les citoyens français contre l’espionnage de la NSA: il dénonce l’espionnage pour autant que cela le concerne, mais il n’a jamais pris la parole pour dénoncer l’espionnage massif pratiqué par la NSA, ou même pour défendre Edward Snowden. M. Sarkozy, si vous êtes tellement attaché à la vie privée, pourquoi n’avez-vous pas demandé l’asile politique pour Edward Snowden en France? Si vous êtes un militant de la vie privée, alors soyez plus convaincant aux yeux des français. Mais si vous utilisez le prétexte du droit à la vie privée pour empêcher la justice de faire son travail, alors c’est indigne de votre rôle et de votre passé politique.

Dans les deux cas, il y a visiblement de la mauvaise foi de la part des hommes politiques qui peinent à admettre que la justice puisse faire son travail et que le peuple ait droit à la vérité sur les affaires et les crimes commis dans nos pays respectifs. Rappelons que plusieurs affaires de corruption planent autour de Nicolas Sarkozy, et pas seulement le scandale des écoutes: « les sondages de l’Elysée, l’affaire Bernard Tapie, le financement libyen de la campagne de 2007, le volet financier de l’affaire Karachi », comme le rappelle le Figaro. De son côté, Erdogan est aussi impliqué dans plusieurs affaires.

Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Il est surprenant de voir à quel point des figures du pouvoir peuvent être affaiblies du jour au lendemain par ce genre de révélations retentissantes, alors que ces deux personnages sont plutôt caractérisés par une vision relativement autoritaire du pouvoir. En effet, Sarkozy a renforcé, du temps de sa présidence, les pouvoirs de la police et du parquet, et notamment le contrôle d’Internet, avec « à partir de 2008, des moyens colossaux d’écoute et de surveillance d’Internet, sans autre contrôle que celui du coordonateur du renseignement, un proche du chef de l’Etat », souligne Le Monde. De la même manière, le gouvernement islamo-conservateur dont fait partie Erdogan a aussi voté une loi de contrôle beaucoup plus strict de l’Internet. Même si le contenu n’est pas le même que celui de la loi française, on perçoit bien la volonté du pouvoir à vouloir contrôler la société, à partager une même volonté de contrôler l’information ou de mieux contrôler l’opposition politique, ce qui n’est pas toujours la meilleure des solutions pour améliorer la démocratie. Mais cette volonté de tout contrôler, y compris Internet, ne rend pas ces pouvoirs plus forts. Au contraire, elle en révèle la faiblesse et le manque de compréhension face aux vrais problèmes de la démocratie.

Erdogan, face au scandale de corruption qui a largement affaibli sa crédibilité, a récemment choisi la censure de Twitter, au mépris de tout respect de la liberté d’expression: « Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque des réactions de la communauté internationale », a-t-il déclaré, il y a quelques jours, lors d’un meeting électoral. Il n’a pas manqué d’ajouter: « Ils verront alors la force de la Turquie », comme si les accusations de corruption portées contre sa propre personne étaient un coup porté à la souveraineté de la Turquie. En censurant Twitter, il a conduit et révélé son propre isolement face à la population turque. De la même manière, Sarkozy, dans la décision de publier une tribune médiatique et en attaquant directement le fonctionnement de la justice, un des symboles de la démocratie, a révélé, au contraire, sa faiblesse politique et son isolement face à la population: l’ex-président a tenté de se raccrocher à l’opinion publique comme à une dernière bouée de sauvetage, mais cette tribune n’aura aucun impact sur les enquêtes de la justice. Tout le jeu des politiciens consiste, comme on le voit, à décrédibiliser les accusations portées contre eux, à en éloigner la perspective et en minimiser les conséquences, à essayer de nous faire oublier les fondements de l’accusation, à faire croire que ce sont des rumeurs ou des complots, à faire croire qu’à travers eux, c’est le peuple qui est menacé. Et tout en prétendant dans un langage parfois excessif que les accusations sont fausses ou qu’il n’y a pas de preuves, ils se débattent pourtant dans les médias comme s’ils avaient commis quelque chose.

Ainsi, en tant que citoyens, nous pouvons seulement conseiller à M. Erdogan et à M. Sarkozy de laisser la justice faire son travail. Laissez faire la justice qui, pour le bien de la démocratie, a besoin d’enquêter sur la corruption qui existe dans nos pays, et n’essayez pas de manipuler l’opinion publique, en vous appuyant sur de belles paroles. Les premières victimes de la corruption, c’est le peuple et les citoyens. Nous ne sommes donc pas là pour soutenir le droit ou non à la vie privée de M. Sarkozy et M. Erdogan. Nous ne sommes pas là pour les protéger de ce qu’ils ont pu faire dans l’exercice de leur pouvoir. Nous ne sommes pas là pour empêcher la justice de faire son travail, mais au contraire nous soutenons le droit à la vérité. Les citoyens ne croient plus à la rhétorique. Le temps des rhéteurs qui enseignaient l’art de persuader dans l’antiquité est fini. Il n’est plus question de charmer l’auditoire, mais de pouvoir apporter des preuves et des arguments véritables.

Cibler l’opposition est le but réel des programmes de la NSA

Ces programmes n’ont jamais concerné le terrorisme: ils concernent l’espionnage économique, le contrôle social et la manipulation diplomatique. Ils concernent le pouvoir.

– Edward Snowden

America - We're Number One - image by DonkeyHoteyLorsque le juge de la Cour suprême Antonin Scalia laissa brièvement tomber le masque au cours des dernières observations aux étudiants en droit à l’Université de Hawaï, ce fut un rare moment d’ouverture pour révéler la pathologie de la classe politique, ici, Au Pays. Lors d’un échange sur un cas de l’ère de la Seconde Guerre mondiale, impliquant des Américains d’origine japonaise qui ont été rassemblés et placés dans des camps d’internement, tels que le tristement célèbre Manzanar Scalia l’a déclaré: « vous vous leurrez si vous pensez que la même chose ne se reproduira pas » et  » En temps de guerre, les lois se taisent. » Les temps de guerre, comme la guerre permanente contre le terrorisme qui en est à sa treizième année consécutive et s’accélère encore, en particulier avec le déchaînement vers une guerre froide récemment redémarrée. Avec les ultimatums de Kerry et d’Obama, poussés par des médias corrompus avec une soif insatiable de sang et une menace néo-conservatrice résurgente, nous sommes maintenant au bord d’un grand péril, alors que l’appareil oppressif de la puissance du Léviathan qui a été exposé par le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden va trouver refuge dans le climat de paranoïa et de peur qui sera à nouveau déclenché. Le temps est compté et nous devons tous faire en sorte maintenant d’appliquer une pression immense pour s’assurer que les programmes illégaux de l’État de surveillance soient exposés avant que l’hydre soit autorisée à se reconfigurer derrière la guerre imminente pour mettre fin à toutes les guerres.

Lire la suite de l’article: http://www.opednews.com/articles/Targeting-Dissent-is-the-R-by-Donn-Marten-American-Facism_American-Foreign-Policy_Bush-Failed-Policy-International_Controlled-Media-140316-930.html

Le gouvernement secret, ou la constitution en crise

« Le gouvernement secret », PBS.

Cette vidéo est extraite d’un documentaire de 1987, où le présentateur américain de la chaîne PBS, Bill Moyers, soulève la question de l’existence d’un gouvernement secret en mettant en lumière les nombreux réseaux qui pourraient y être reliés: politiques, économiques, services secrets, etc. Un autre terme employé pour y faire référence est celui de « gouvernement de l’ombre » [shadow government], un terme qui indique l’existence d’une conspiration qui agit en marge du pouvoir officiel.

« Le gouvernement secret est un réseau fermé de fonctionnaires officiels, d’espions, de mercenaires, d’ex-généraux, de profiteurs et de super-patriotes qui, pour une variété de motifs, opèrent en dehors des institutions légitimes des gouvernements. Les présidents ont recours à eux quand ils ne peuvent pas gagner le soutien du congrès ou de la population, créant ce pouvoir sans surveillance tant redouté par les professionnels de notre constitution. Imaginez que le rêve de William Casey soit devenu réalité. Supposez que l’entreprise ait grandi jusqu’à devenir une organisation super-secrète, auto-financée, auto-perpétuée. Imaginez qu’ils décident seuls d’assassiner Gorbachev ou le leader de l’Afrique du Sud. Est-ce que le président pourrait les contrôler? Et qu’en serait-il si le président devenait l’ennemi public n°1 de l’entreprise — qui le saurait? qui aurait pu dire non?… » (Bill Moyers, PBS)

Aujourd’hui, on peut se demander si le rôle de la NSA, dans la surveillance quasi-totalitaire des communications de la planète, peut s’apparenter ou non au pouvoir d’un gouvernement secret: la NSA, comme l’a souligné Edward Snowden dans sa première interview, peut espionner n’importe qui dans le monde, n’importe quel leader politique de la planète, y compris le président des Etats-Unis. La NSA peut accéder à n’importe quel type de communications, n’importe quel contenu crypté ou non-crypté, sans véritable contrôle de la justice, et de ce fait, la NSA acquiert un pouvoir de contrôle humain et de contrôle sur la société entière.

Nous reposons à notre façon les questions de Bill Moyers: Et si des espions de la NSA, ou d’une agence partenaire de la NSA, aux Etats-Unis ou à l’étranger, décident d’assassiner un leader politique, un militant écologiste ou un défenseur des droits de l’homme, qui pourrait s’y opposer? Qui pourrait le savoir à l’avance, alors qu’il n’y a quasiment aucun contrôle sur les données stockées par les agences de renseignement? Le pouvoir quasi-totalitaire de la NSA sur les communications de la planète met-il en péril la démocratie? Des gouvernements ont-ils pu être déstabilisés grâce à ces informations? Si la NSA était infiltrée par une société secrète, cela pourrait-il aider un gouvernement secret à prendre le contrôle de la démocratie?

Transcription complète du documentaire PBS sur le gouvernement secret: http://www.wanttoknow.info/050423secretgovernment

Pourquoi WikiLeaks est peut-être un projet gouvernemental en faveur de la transparence politique

Nombreux sont ceux qui, au sein des gouvernements, et notamment au sein du gouvernement américain, accusent WikiLeaks de trahison et d’avoir porté atteinte à la sécurité des Etats. Pourtant, il n’y a rien de plus étrange que de porter de telles accusations, alors que la transparence politique est à l’origine une idée soutenue par les gouvernements occidentaux.

Open Data, Open Gov, ouverture des données publiques: tout ces concepts rejoignent l’idée de transparence politique. Il n’y a qu’à lire Wikipedia pour le comprendre: « En Europe et dans certains pays, des directives et lois imposent aux collectivités de publier certaines données publiques sous forme numérique. » (Article sur les « données ouvertes ») La transparence politique, c’est donc une idée gouvernementale. Le concept a aussi été développé en France et en Europe, avec des initiatives comme Démocratie Ouverte (traduction d’Open Gov). Mais l’organisation WikiLeaks, qui fait exactement la même chose que toutes ces organisations, en ouvrant des données au public, se fait bizarrement attaquer de tous côtés par le gouvernement américain et par d’autres acteurs du monde politique, alors que la transparence politique est une idée gouvernementale. On accuse WikiLeaks de trahison, alors qu’ils révèlent simplement les failles du système politique et que leur travail n’est pas différent de ces groupes qui, au sein des gouvernements, font la promotion de l’ouverture des données publiques.

Mais personne ne s’est jamais posé la question: et si WikiLeaks n’était qu’une émanation de ces programmes gouvernementaux qui défendent la transparence politique? et si WikiLeaks n’était qu’un outil parmi d’autres, pour lutter contre la corruption et améliorer le fonctionnement de nos démocraties corrompues et en pleine crise économique?… Comme le rappelle un article du Monde, L' »open data », un outil pour la transparence des administrations, il n’y a rien de mal à divulguer certaines informations collectées par les gouvernements: c’est un concept à la mode, un concept qui vient lui-même des Etats-Unis et qui est apparu en 2007 sous le nom de la loi « OPEN Government Act« . En 2009, Barack Obama lui-même relance le projet sous le nom d’Open Government Initiative. Pour résumer, les Etats-Unis, le pays qui déclare WikiLeaks comme un ennemi à la sécurité nationale (au même titre qu’Al-Qaïda), est en même temps le pays qui a inventé le concept d’Open Gov et qui a incité l’ouverture des données publiques. Si vous raisonnez de manière logique, vous auriez plutôt tendance à dire qu’en fait, WikiLeaks, loin d’être un ennemi des gouvernements, serait au contraire un outil très utile aux mains des Etats-Unis et des gouvernements qui ont enclenché des programmes d’Open Gov et d’Open Data.

Bien sûr, nous n’aurons pas tout de suite la réponse à cette question – de savoir si WikiLeaks est ou n’est pas au service des gouvernements en quête de transparence -, mais le mystère qui règne autour de l’organisation WikiLeaks est peut-être, en partie, une explication à ce problème. Si WikiLeaks était une organisation totalement indépendante des gouvernements, il y aurait sans doute beaucoup plus de facilité de contact. Or, on constate qu’il est très difficile de contacter cette organisation, qu’il n’y a pas d’email ni d’adresse officielle, et que les journalistes qui ont pu interviewer Julian Assange travaillent souvent pour des grands titres de presse, plus ou moins liés aux gouvernements. A partir de là, nous posons la question: est-ce que l’organisation WikiLeaks est si difficile à contacter, par mesures de sécurité, tout simplement parce que, derrière cette organisation, repose le travail de personnes liées à des services secrets et à des gouvernements impliqués dans le projet? est-ce que WikiLeaks est un projet gouvernemental an faveur de la transparence politique, mais un projet caché sous le nom d’une ONG « non-gouvernementale »? La réponse la plus évidente serait, en effet, que WikiLeaks a un rôle à jouer dans ces projets gouvernementaux concernant la transparence politique.

De plus, quoi de plus utile qu’une telle organisation pour réformer les systèmes de nos démocraties corrompues et vieillissantes? Les Etats-Unis devraient se réjouir du rôle de WikiLeaks qui, à travers l’affaire Manning, a révélé le dysfonctionnement de l’armée américaine et la déshumanisation de certains soldats, qui tirent aveuglément sur des victimes civiles ou des cibles terroristes. Les Etats-Unis devraient remercier l’organisation WikiLeaks de ce que ces révélations apportent à la démocratie américaine, à la prise de conscience de la population qui va peut-être permettre de changer les mentalités et de responsabiliser la classe politique face à leurs décisions et à leurs actions.

WikiLeaks est la meilleure des choses qui aient pu arriver aux Etats-Unis, le meilleur outil pour réformer le système politique, là où les Etats-Unis auraient dû dire, en soutien au travail de WikiLeaks: « si quelque chose ne va pas, nous allons le changer, heureusement qu’il y a des gens comme WikiLeaks pour révéler les failles de nos démocraties, car c’est grâce à eux que la démocratie américaine pourra continuer à exister ». Au final, les Etats-Unis ou plutôt une partie des responsables politiques ont attaqué et condamné WikiLeaks, ce qui est une réaction très décevante. Comme on peut le voir dans cette vidéo officielle, certains représentants aux Etats-Unis ont même appelé à l’assassinat de Julian Assange. Si les Etats-Unis avaient soutenu WikiLeaks dans ses publications, cela aurait donné un élan à la démocratie dans le monde et cela aurait redonné de l’espoir à beaucoup de gens déçus par la politique américaine. WikiLeaks était la meilleure des choses qui pouvaient aider à changer le système politique des Etats-Unis, malheureusement le gouvernement américain a pour le moment une attitude peu réceptive à l’égard de WikiLeaks, et comme on le voit aux réactions du Pentagone, l’escargot américain se replie dans sa coquille, au lieu de saisir la chance d’aller vers plus de démocratie.

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