La chasse aux sorcières en Turquie vise désormais le personnel turc de l’OTAN

natoLes officiers de l’OTAN venant de Turquie sont devenus des demandeurs d’asile apatrides

DW, Teri Schultz, 06/12/2016

Le régime d’Erdogan vise son propre personnel de l’OTAN, accusant les hauts fonctionnaires turcs d’être des comploteurs de coup d’Etat, leur ordonnant de rentrer chez eux. Une enquête exclusive par Teri Schultz de DW.

Des dizaines d’officiers militaires turcs de haut rang précédemment affectés au siège de l’OTAN à Bruxelles et au quartier général militaire du SHAPE à Mons comptent parmi les 125 000 personnes que le président Recep Tayyip Erdogan accuse d’avoir aidé à lancer un coup d’État contre lui en juillet. Erdogan les appelle des «soldats terroristes».

Plusieurs de ces officiers ont accepté de parler avec Deutsche Welle sous couvert d’anonymat.

Ils veulent savoir si un dignitaire en visite va demander au ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, des détails sur ce qui leur arrive, comment il va les rassurer sur l’alliance que tout aller très bien sans certains de ses spécialistes les mieux formés.

Ils sont majoritairement formés en Occident, certains avec des doctorats et plusieurs masters d’universités et d’institutions américaines, avec de nombreux exercices de l’OTAN à leur acquis. Tous disent qu’ils n’avaient rien à voir avec la tentative de renversement du gouvernement Erdogan, qu’ils l’ont dénoncé immédiatement et ont continué à travailler en tant que loyaux représentants militaires du gouvernement turc. Pourtant, un par un, leurs noms apparaissent sur l’une des presque 20 listes de suspects qui ont été distribués par Ankara aux missions de la Turquie à l’étranger, généralement le vendredi soir.

Lire la suite: http://www.dw.com/en/nato-officers-from-turkey-have-turned-into-stateless-asylum-seekers/a-36655693

La Turquie remplace ses officiers pro-OTAN par des conservateurs pro-russes https://fr.express.live/2016/12/13/turquie-remplace-officiers-otan-pro-russes/

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Turquie: WikiLeaks publie les emails du gendre d’Erdogan

220px-berat_albayrak_croppedLundi 5 décembre 2016, WikiLeaks publie une base d’archives catégoriques de 57 934 emails provenant de l’adresse email personnelle de Berat Albayrak, gendre du Président Recep Tayyip Erdoğan et ministre de l’Energie de la Turquie

Source: https://wikileaks.org/berats-box/

Communiqué: https://wikileaks.org/berats-box/article

Daesh et le pétrole : Wikileaks publie plus de 50 000 mails personnels du gendre de Recep Erdogan https://francais.rt.com/international/30185-turquie-wikileaks-erdogan-gendre-daesh

Julian Assange, agent du contre-terrorisme occidental?

Dans un article daté d’octobre 2012, publié sur le site du sénateur australien Scott Ludlam, on lit ce titre: « Julian Assange, journaliste ou terroriste? »

800px-Julian_Assange_(1)Cette question est justifiée par le travail journalistique de l’organisation WikiLeaks qui a été accusée par certains politiciens américains de porter atteinte à la sécurité nationale et de potentiellement avoir pu aider des groupes terroristes.

Au-delà de cette question, on peut bien évidemment se poser d’autres questions plus intéressantes, comme certains l’ont déjà fait, en disant par exemple que Julian Assange pourrait être un espion au service de la CIA ou de tout autre service secret occidental, russe, israélien, ou même un agent double travaillant pour plusieurs gouvernements.

Julian Assange serait-il simplement journaliste, ou… agent du contre-terrorisme occidental?

Les articles qui posent ces questions sont souvent assimilés à des théories complotistes. Et si nous nous intéressons à ces questions sur ce blog, ce n’est certainement pas pour décrédibiliser la cause de WikiLeaks, mais au nom de la transparence politique, car cela pourrait mettre en lumière les stratégies et les artifices utilisés par les services secrets.

Nombreux sont les soutiens de Julian Assange et de WikiLeaks qui travaillent, en effet, ou ont travaillé au sein des services de renseignement (CIA, NSA…), et pour certains dans des services consacrés à la lutte anti-terroriste, comme le célèbre John Kiriakou cité dans un discours de Julian Assange avec deux autres lanceurs d’alerte, et qui lui-même avait travaillé pour des opérations de contre-terrorisme et avait participé à l’arrestation d’Abu Zubaydah, accusé d’avoir aidé Ben Laden. Cela pose question.

Par la nature des documents publiés par WikiLeaks, on peut aussi se demander si certaines publications n’auraient pas pu servir indirectement la lutte anti-terroriste, comme l’a été le cas dernièrement des AKP Leaks, les emails du parti turc d’Erdogan. Pourquoi ces emails publiés par WikiLeaks auraient pu servir la lutte anti-terroriste? Un élément de réponse pourrait être que la Turquie a été accusée par certaines personnalités politiques de soutenir le terrorisme et l’Etat Islamique contre le régime d’Assad en Syrie. Ces derniers mois, beaucoup d’articles dans la presse occidentale ont porté sur ce sujet. La logique paraîtrait simple: publier des emails pour affaiblir Erdogan, revient à affaiblir celui qui est accusé de soutenir un groupe terroriste sanglant, et ainsi affaiblir indirectement l’Etat Islamique. Nous sommes bien dans une logique anti-terroriste.

Mais ces dernières années, d’autres publications de l’ONG WikiLeaks ont également pu servir cette lutte anti-terroriste. C’est le cas des fuites des documents sur les guerres en Irak et en Afghanistan, à une période où les Etats-Unis promettaient de tuer le terroriste Ben Laden. Celui-ci a bien été tué le 2 mai 2011. La vidéo militaire américaine publiée par WikiLeaks et connue sous le nom de « Collateral Murder » l’a été le 5 avril 2010, suivie par les documents sur l’Afghanistan le 25 juillet 2010, soit un an environ avant la mort de ben Laden, alors qu’on sait aussi qu’à la même période: « Le gouvernement pakistanais a tenté de négocier avec al-Qaïda, un an avant la mort de Ben Laden ». Peut-être que cette coïncidence est due au hasard, mais on pourrait aussi penser que WikiLeaks a participé indirectement à la lutte anti-terroriste, que cela ait été son intention réelle ou pas.

Ces derniers jours, on a aussi pu voir Julian Assange réagir à l’enquête du Monde concernant des taxes qui auraient été payées par le cimentier Lafarge au groupe de l’Etat Islamique en Syrie, et il a mis en avant les liens entre Lafarge et la candidate américaine Hillary Clinton. Cela a aussi probablement un lien avec le contre-terrorisme.

Tous ces éléments, toutes ces coïncidences étranges, peuvent laisser penser que WikiLeaks a un lien avec le contre-terrorisme occidental. Si tel était le cas, cela pourrait signifier que Julian Assange est en lien avec des personnalités relativement importantes au sein des gouvernements ou au sein des services secrets. Notre blog n’ayant pas accès à plus d’informations que ce qui est déjà publié sur Internet, notre question se limite donc à cette possibilité.

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L’Occident trahit les Kurdes et permet qu’on les massacre

peshmerga-turkey_3089797bUn convoi de véhicules peshmergas est escorté par des Kurdes turcs vers la frontière turco-syrienne à Kiziltepe

The Telegraph, Brendan O’Neill, le 28 juillet 2015

Un poignard dans le dos n’est pas pire que ça.

Pendant la dernière année, les dirigeants occidentaux ont reçu avec honneur les Kurdes du nord de l’Irak, en les louant comme une des rares forces assez courageuses pour affronter le culte de la mort de l’Etat Islamique (ISIL).

Maintenant, ces dirigeants ferment les yeux, ou pire encore, donnent un signe positif aux attaques de l’armée de l’air turque contre les Kurdes nord-irakiens.

Des héros pendant une minute; cibles légitimes pour le prochain massacre. Dans la longue liste des trahisons occidentales des anciens alliés étrangers, celle-ci semble particulièrement grotesque.

Vendredi dernier, après des mois de négociations avec Washington, la Turquie a lancé ses toutes premières frappes aériennes contre ISIL en Syrie.

Quelques heures plus tard, [le pays] a commencé à larguer des bombes dans le nord de l’Irak – pas sur l’Etat Islamique (ISIL), mais sur le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, avec lesquels la Turquie a été emprisonnée dans un conflit amer depuis 1984.

Lire la suite: http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/turkey/11768581/The-West-is-betraying-the-Kurds-and-allowing-them-to-be-massacred.html

Lire aussi: « Conflit turco-kurde: chaque puissance régionale a trahi les Kurdes, les bombardements turcs ne sont donc pas une surprise » (The Independent)

La preuve des liens de la Turquie et de l’Etat Islamique (ISIS) | L’objectif de la Turquie est de détruire les Kurdes (pas seulement les Kurdes du PKK)

Syrie:Turquie

Undercoverinfo, posté le 28 juillet 2015

La preuve d’une alliance informelle entre la Turquie et l’Etat Islamique (ISIS) constitue la toile de fond de l’escalade des raids aériens et terrestres contre les Kurdes. L’objectif de la Turquie est de saisir le territoire kurde en créant une zone dite de «sécurité», d’anéantir le PKK, puis d’attaquer d’autres groupes kurdes. Les États-Unis savent depuis des mois le lien avec l’Etat Islamique (ISIS), mais ils sont prêts à l’oublier si la Turquie fournit des bases aériennes pour les Américains. Lors de la réunion de l’OTAN d’aujourd’hui, hors de portée du public ou de la presse, ces questions ont été sans doute discutées. Tout cela donne plus de poids à la suspicion que l’attentat de Suruç a été arrangé pour donner à la Turquie le prétexte de commencer une nouvelle offensive contre le PKK et une excuse pour convoquer une réunion d’urgence de l’OTAN afin de chercher son soutien à l’initiative.

Lire la suite: https://undercoverinfo.wordpress.com/2015/07/28/evidence-of-turkeys-links-to-isis-turkeys-objective-to-destroy-kurds-not-just-pkk-kurds/

Le régime syrien prêt à accepter l’autonomie kurde, contrairement à la Turquie

Le régime d’Assad prêt à accepter l’autonomie kurde dans le Kurdistan syrien

Ekurd.net, 20 avril 2015

Kurdish-inhabited_area_by_CIA_(1992)BEYROUTH – Un ministre syrien a indiqué que le régime de Bachar al-Assad est prêt à accepter l’autonomie kurde au Kurdistan syrien dans le nord du pays déchiré par la guerre, où les forces kurdes ont été engagées dans de violents combats avec ISIS [Etat Islamique].

« La direction syrienne est prête à négocier sur le projet de l’auto-gestion », a dit le ministre de la réconciliation nationale, Ali Haydar, à l’agence d’informations kurde Rudaw, dimanche.

Les commentaires du ministre viennent après qu’il ait rencontré les autorités kurdes, le mois dernier, dans la ville frontalière du nord de la Syrie, Qamishli, pour discuter d’un éventail de sujets.

Lire la suite: http://ekurd.net/assad-regime-ready-to-accept-kurdish-autonomy-in-syrian-kurdistan-2015-04-20

Lire: Erdogan a toujours peur de l’autonomie kurde, plus que de l’Etat Islamique (ISIS) – la Turquie admet tacitement préférer voir Kobane aux mains d’ISIS que dans celles des kurdes (21 juillet 2015)

Turquie: Fuat Avni affirme qu’Erdogan est derrière l’attaque de Suruç pour semer le chaos dans la société

TodaysZaman.com, 24 juillet 2015

Drapeau de la TurquieLe lanceur d’alerte de Twitter, Fuat Avni, qui est connu pour faire des déclarations concernant les actions du gouvernement qui s’avèrent souvent vraies, a dit que le président Recep Tayyip Erdoğan est derrière l’attentat suicide meurtrier de lundi dernier à Suruç, affirmant que l’intention de M. Erdoğan est de semer le chaos dans la société pour ouvrir la voie au pouvoir au Parti de la Justice et du Développement (AKP) comme seul parti dans une élection anticipée.

Selon Avni, l’attentat-suicide dans la ville du sud-est de Suruç, lundi, a été mené sur les instructions de Hakan Fidan, le chef de l’Agence nationale de renseignement (MIT) de la Turquie dans le cadre du plan d’Erdoğan. « Les cellules d’ISIL [Etat islamique en Irak et au Levant] sous le contrôle de l’équipe malveillante de Fidan ont finalement été mises en action à Suruç, » a déclaré jeudi Avni, qui est supposé travailler au sein du gouvernement.

Trente-deux personnes ont perdu la vie et plus de 100 ont été blessées dans l’attentat de Suruç, une ville à majorité kurde dans la province de Sanliurfa à la frontière syrienne. Suite aux élections générales du 7 juin, Erdoğan a été très occupé avec un plan destiné à semer le chaos dans toute la société pour permettre à l’AKP d’arriver à nouveau au pouvoir comme parti unique, a déclaré Avni. Le kamikaze est soupçonné d’avoir des liens avec ISIL, comme cela a été dit mardi par le Premier ministre Ahmet Davutoğlu.

Lire l’intégralité de l’article: http://www.todayszaman.com/national_fuat-avni-claims-erdogan-behind-suruc-attack-to-sow-chaos-in-society_394545.html

Lire: Suruç : manifestation kurde à Paris pour dénoncer le « terrorisme de l’Etat turc » (Les Echos)

L’influence de la Turquie décline au Moyen-Orient

Drapeau de la Turquie

Ankara en désaccord avec les forces régionales

WSJ, par Yaroslav Trofimov

ISTANBUL-Il n’y a pas si longtemps, une Turquie confiante se comportait comme un leader naturel du Moyen-Orient, avec des régimes islamistes amis se multipliant au milieu des décombres du printemps arabe et son chef, Recep Tayyip Erdogan, assailli par une foule idolâtre à chaque fois qu’il mettait un pied sur le sol arabe.

Maintenant, juste au moment où les Etats-Unis ont le plus besoin de l’aide de la Turquie contre la montée de l’Etat Islamique en Irak, en Syrie et au-delà, l’influence régionale d’Ankara est tombée au plus bas.

Lire la suite: http://online.wsj.com/articles/turkeys-influence-in-middle-east-ebbs-1414711204?mod=e2tw

Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Lemaillonfaible_jeu_televiseAlors que l’affaire des écoutes Sarkozy bouscule l’opinion publique française, la Turquie, quant à elle, est déjà la proie, depuis fin février, d’un vaste scandale politique qui concerne le 1er ministre Recep Tayyip Erdogan et le système de corruption mis en place dans le pays. Ces deux affaires qui n’ont pas de lien direct ensemble révèlent pourtant des problèmes identiques au sein de nos démocraties: que ce soit en Turquie, ou en France, la corruption au plus haut niveau du pouvoir menace l’équilibre des pouvoirs et peut gravement nuire aux règles fondamentales de la démocratie.

Affaire Sarkozy/Affaire Erdogan: mêmes méthodes, même style de révélations

Même si Nicolas Sarkozy et Recep Tayyip Erdogan ne sont pas accusés des mêmes choses, on peut comparer ces deux personnages dans le fait qu’ils sont tous deux soupçonnés de corruption. Mises en évidence de la même manière, à travers des écoutes téléphoniques diffusées sur Internet, les affaires sont devenues très médiatiques. La manière dont les écoutes Sarkozy sont apparues sur le web rappelle, en effet, l’affaire des écoutes Erdogan en Turquie, puisque là-bas aussi, les écoutes ont été mises en ligne du jour au lendemain dans les médias, sans pouvoir identifier la source exacte des enregistrements. La seule différence, c’est qu’en France, on sait que c’est le conseiller de Nicolas Sarkozy qui avait enregistré les conversations avec un dictaphone, mais néanmoins on ne sait pas qui est à l’origine de la fuite de ces enregistrements dans la presse. En Turquie, les révélations et les écoutes sont apparues sur Twitter, à travers des comptes anonymes, ce qui a conduit Erdogan à appliquer une censure du réseau social.

Nicolas Sarkozy et Erdogan rejettent chacun de leur côté les accusations de corruption, chacun à leur manière: Nicolas Sarkozy choisit de s’exprimer à travers une tribune du Figaro, en s’adressant au public français; tandis qu’Erdogan a rejeté les accusations de corruption portées contre lui  lors d’un meeting, le jeudi 20 mars, et lors d’un autre meeting à Ankara, le 22 mars, en accusant l’opposition politique de « complot contre le gouvernement« .

Sarkozy et Erdogan se débattent à leur manière

Les deux hommes politiques se débattent chacun à leur manière face aux accusations qui les concernent, mais leur méthode consiste notamment à décrédibiliser ces accusations, même si le public aura bien compris que les enjeux de ces affaires sont sérieux et que la mise sur écoutes d’un ex-président ou d’un 1er ministre ne se fait jamais sans raison. Erdogan accuse l’opposition de « comploter contre le gouvernement en coopération avec le mouvement Gulen qu’il a appelé d’organisation terroriste », mais qui pourrait croire la validité de ces paroles? Quel rapport entre la lutte anti-corruption et le terrorisme, M. Erdogan? Tandis que pour dénigrer les écoutes et les procédés de la justice, Sarkozy accuse un système comparable à la Stasi: « Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France. » Toutes ces techniques visent seulement à impressionner l’auditoire, à nous donner le sentiment que ces hommes politiques ont de bons sentiments à notre égard, envers la population, mais leurs paroles ne reposent pas sur des arguments solides.

Quand Sarkozy parle du droit à la « vie privée » dans sa tribune, on aurait bien envie de lui demander: « mais de quel droit à la vie privée, si la justice enquête sur des crimes et des accusations très graves de corruption? » De plus, ne croyez pas que Sarkozy va défendre les citoyens français contre l’espionnage de la NSA: il dénonce l’espionnage pour autant que cela le concerne, mais il n’a jamais pris la parole pour dénoncer l’espionnage massif pratiqué par la NSA, ou même pour défendre Edward Snowden. M. Sarkozy, si vous êtes tellement attaché à la vie privée, pourquoi n’avez-vous pas demandé l’asile politique pour Edward Snowden en France? Si vous êtes un militant de la vie privée, alors soyez plus convaincant aux yeux des français. Mais si vous utilisez le prétexte du droit à la vie privée pour empêcher la justice de faire son travail, alors c’est indigne de votre rôle et de votre passé politique.

Dans les deux cas, il y a visiblement de la mauvaise foi de la part des hommes politiques qui peinent à admettre que la justice puisse faire son travail et que le peuple ait droit à la vérité sur les affaires et les crimes commis dans nos pays respectifs. Rappelons que plusieurs affaires de corruption planent autour de Nicolas Sarkozy, et pas seulement le scandale des écoutes: « les sondages de l’Elysée, l’affaire Bernard Tapie, le financement libyen de la campagne de 2007, le volet financier de l’affaire Karachi », comme le rappelle le Figaro. De son côté, Erdogan est aussi impliqué dans plusieurs affaires.

Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Il est surprenant de voir à quel point des figures du pouvoir peuvent être affaiblies du jour au lendemain par ce genre de révélations retentissantes, alors que ces deux personnages sont plutôt caractérisés par une vision relativement autoritaire du pouvoir. En effet, Sarkozy a renforcé, du temps de sa présidence, les pouvoirs de la police et du parquet, et notamment le contrôle d’Internet, avec « à partir de 2008, des moyens colossaux d’écoute et de surveillance d’Internet, sans autre contrôle que celui du coordonateur du renseignement, un proche du chef de l’Etat », souligne Le Monde. De la même manière, le gouvernement islamo-conservateur dont fait partie Erdogan a aussi voté une loi de contrôle beaucoup plus strict de l’Internet. Même si le contenu n’est pas le même que celui de la loi française, on perçoit bien la volonté du pouvoir à vouloir contrôler la société, à partager une même volonté de contrôler l’information ou de mieux contrôler l’opposition politique, ce qui n’est pas toujours la meilleure des solutions pour améliorer la démocratie. Mais cette volonté de tout contrôler, y compris Internet, ne rend pas ces pouvoirs plus forts. Au contraire, elle en révèle la faiblesse et le manque de compréhension face aux vrais problèmes de la démocratie.

Erdogan, face au scandale de corruption qui a largement affaibli sa crédibilité, a récemment choisi la censure de Twitter, au mépris de tout respect de la liberté d’expression: « Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque des réactions de la communauté internationale », a-t-il déclaré, il y a quelques jours, lors d’un meeting électoral. Il n’a pas manqué d’ajouter: « Ils verront alors la force de la Turquie », comme si les accusations de corruption portées contre sa propre personne étaient un coup porté à la souveraineté de la Turquie. En censurant Twitter, il a conduit et révélé son propre isolement face à la population turque. De la même manière, Sarkozy, dans la décision de publier une tribune médiatique et en attaquant directement le fonctionnement de la justice, un des symboles de la démocratie, a révélé, au contraire, sa faiblesse politique et son isolement face à la population: l’ex-président a tenté de se raccrocher à l’opinion publique comme à une dernière bouée de sauvetage, mais cette tribune n’aura aucun impact sur les enquêtes de la justice. Tout le jeu des politiciens consiste, comme on le voit, à décrédibiliser les accusations portées contre eux, à en éloigner la perspective et en minimiser les conséquences, à essayer de nous faire oublier les fondements de l’accusation, à faire croire que ce sont des rumeurs ou des complots, à faire croire qu’à travers eux, c’est le peuple qui est menacé. Et tout en prétendant dans un langage parfois excessif que les accusations sont fausses ou qu’il n’y a pas de preuves, ils se débattent pourtant dans les médias comme s’ils avaient commis quelque chose.

Ainsi, en tant que citoyens, nous pouvons seulement conseiller à M. Erdogan et à M. Sarkozy de laisser la justice faire son travail. Laissez faire la justice qui, pour le bien de la démocratie, a besoin d’enquêter sur la corruption qui existe dans nos pays, et n’essayez pas de manipuler l’opinion publique, en vous appuyant sur de belles paroles. Les premières victimes de la corruption, c’est le peuple et les citoyens. Nous ne sommes donc pas là pour soutenir le droit ou non à la vie privée de M. Sarkozy et M. Erdogan. Nous ne sommes pas là pour les protéger de ce qu’ils ont pu faire dans l’exercice de leur pouvoir. Nous ne sommes pas là pour empêcher la justice de faire son travail, mais au contraire nous soutenons le droit à la vérité. Les citoyens ne croient plus à la rhétorique. Le temps des rhéteurs qui enseignaient l’art de persuader dans l’antiquité est fini. Il n’est plus question de charmer l’auditoire, mais de pouvoir apporter des preuves et des arguments véritables.

Bahar Kimyongür: « La Syrie aiguise l’appétit de tous les ogres qui l’entourent »

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Le Temps d’Algérie, 4 octobre 2013

Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie, au Temps d’Algérie :

Bahar Kimyongür, né le 28 avril 1974 à Berchem-Sainte-Agathe, en Belgique, est un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes. Dans sa région d’origine en Turquie, proche de la Syrie, des affrontements ont également eu lieu entre des réfugiés syriens sunnites et des Turcs alaouites, dont certains ont pris partie pour Assad.

Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), qualifie les États-Unis de «pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie». Il est signataire d’un «appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci».

La Syrie étant, selon lui, «victime d’un complot». Dans cet entretien accordé au Temps d’Algérie, Bahar Kimyongür évoque la «manipulation» dans l’affaire de l’utilisation d’armes chimiques, le parti pris d’une partie de la presse mondiale dans le conflit en Syrie et les soutiens à Al Qaïda dans ce pays. Il évoque également ses démêlés avec Erdogan, le Premier ministre turc, les tentatives d’extradition dont il a fait l’objet, et parle d’une troisième voie dans l’attaque chimique d’Al Ghouta.

Le Temps d’Algérie : Présentez-vous à nos lecteurs.

Bahar Kimyongür : Je suis un Belgo-Turco-Syrien : Belge de naissance, Turc de papier et Syrien de cœur. Je suis, par ailleurs, un observateur indépendant du conflit syrien, un militant pour la paix et un anti-impérialiste convaincu. Bien que né en Belgique, j’ai grandi à la fois dans l’amour pour la Syrie souveraine, progressiste et multiconfessionnelle et dans la méfiance envers les moukhabarate (services secrets,ndlr) du régime de Damas.

Mes parents sont originaires d’Antioche, le chef-lieu du Liwa Iskandarone (Sandjak d’Alexandrette), une province historiquement syrienne offerte par la France coloniale à la Turquie kémaliste en 1938. Antioche est le fameux Hatay par où transitent les djihadistes qui se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement syrien. Depuis la nuit des temps, Antioche est « la porte de la Syrie ». Aujourd’hui, les mercenaires takfiris l’appellent « la porte du djihad ».

Pourquoi, selon vous, certains gouvernements et une partie de la presse mondiale refusent la « présomption d’innocence » au gouvernement syrien dans l’attaque chimique d’El Ghouta ?

Parce que ces gouvernements n’ont pas le moindre sens de la justice. Ils campent à la fois sur le rôle de juge, de procureur, de partie civile et de bourreau dans le conflit syrien. La Syrie aiguise l’appétit de tous les ogres qui l’entourent : l’empire yankee et l’ex-puissance mandataire française décadents, le colosse néo-ottoman au pied d’airain, l’entité sioniste soucieuse d’élargir son « lebensraum », les royaumes wahhabites du Golfe obsédés par leur hostilité envers l’Iran et les chiites et les coupeurs de tête d’Al Qaïda.

La Russie a présenté des preuves, dont des images satellite montrant que des missiles ont été tirés à partir d’un quartier occupé par les rebelles, accusant « l’opposition » d’être l’auteur de cette attaque. D’autre part, la Turquie a arrêté des djihadistes en possession du gaz sarin. Pourquoi ces faits sont-ils ignorés par certains gouvernements et une partie de la presse mondiale ? Les images satellite de la Russie, censées prouver que les missiles chargés de gaz Sarin ont été tirés depuis le quartier insurgé de Douma, ont été transmises au Conseil de sécurité des Nations unies. Elles demeurent inaccessibles. De toute façon, même la preuve la plus concluante de l’emploi d’armes chimiques par les rebelles ne pourrait convaincre les médias aux ordres.

Leur but est de servir des intérêts stratégiques et non des principes moraux. Quant aux agents chimiques découverts par la police turque dans un appartement occupé par des militants du Front al Nosra à Adana, il s’agirait de produits entrant dans la composition d’armes chimiques mais pas du gaz Sarin.

Il y a néanmoins d’autres éléments incriminant les rebelles : l’enquête de terrain réalisée par un collègue de la journaliste américaine Dale Gavlak, le témoignage de deux otages belges qui ont entendu des chefs rebelles s’attribuer la paternité de l’attaque chimique, les aveux du commandant rebelle Nadim Baloush, certaines images vidéos non authentifiées de rebelles munis de masques à gaz et tirant vraisemblablement des armes chimiques, le précédent de l’attaque au gaz survenue en mars dernier contre une position loyaliste à Khan Al Assel près d’Alep, des vidéos de terroristes gazant des lapins à titre expérimental et menaçant ensuite d’exterminer les alaouites.

Il y a, par ailleurs, de sérieux doutes sur la fiabilité de certaines vidéos de l’attaque chimique diffusées par les rebelles. L’expert en armes chimiques de l’Institut de médecine légale de Cranfield Stephen Johnson fait partie des sceptiques. Les gouvernements occidentaux, leurs alliés wahhabites et leurs médias font mine d’ignorer ces indices pour la simple raison qu’ils ne sont pas rentables.

Que pensez-vous de l’hypothèse selon laquelle l’utilisation d’armes chimiques profiterait aux djihadistes sévissant en Syrie et qui, par cet acte criminel, cherchent à obtenir une intervention militaire étrangère pour les sauver de l’avancée sur le terrain de l’armée syrienne ?

C’est, semble-t-il, l’hypothèse la plus probable, la plus logique aussi. Des opposants connus, comme Haytham Manna de la Coordination nationale pour le changement démocratique, et le leader du parti kurde de l’Union démocratique (YPD) Saleh Muslim, doutent également d’une implication du gouvernement syrien dans l’attaque chimique d’Al Ghouta.

Vous avez évoqué, pour les armes chimiques, « l’hypothèse d’une troisième force ». Pourriez-vous nous l’expliquer ?

Accuser le régime d’avoir déversé des gaz mortels sous le balcon du palais présidentiel paraît aussi invraisemblable que d’affirmer que les rebelles sont capables de tuer leurs propres familles. Un responsable sécuritaire de Damas, que j’ai contacté, doute lui aussi que les rebelles d’El Ghouta aient planifié un suicide collectif pour susciter une intervention militaire internationale. Il penche pour l’hypothèse d’une troisième force experte dans les opérations « false flags » liée à un service étranger. Rappelons que la Syrie est devenue une passoire, un terrain propice pour toutes sortes d’opérations barbouzardes. Des agents étrangers peuvent facilement prendre la forme de l’un ou l’autre des belligérants et organiser une provocation.

Le chef du renseignement saoudien et parrain du terrorisme international Bandar Ben Sultan est un champion en la matière. Les agences israéliennes comme le Mossad ou Aman sont elles aussi coutumières de ce type d’opérations. L’attentat contre Rafiq Hariri, en 2005, est un exemple éclatant du savoir-faire israélien en matière de false flag. Plus, l’accusé désigné comme tel par le vrai coupable aura des difficultés à prouver son innocence, plus l’action sera réussie. L’attaque chimique d’El Ghouta ressemble à une provocation qui, en définitive, ne profite ni à l’un ni à l’autre camp.

Des organisations djihadistes, sévissant en Syrie, s’entretuent. Treize parmi ces organisations ont déclaré ne pas reconnaître le gouvernement provisoire mis en place par « l’opposition ». Certains croient que cette situation est due à une guerre des services de renseignements et une guerre d’influence d’autres pays. Qu’en pensez-vous ?

Le confit syrien ressemble de plus en plus à une guerre de tous contre tous. Il arrive que les diverses milices s’entretuent pour le partage du butin mais leurs divergences sont souvent de nature idéologique. Par exemple, au Nord, les autonomistes kurdes du YPG s’opposent aux groupes armés syriens pour trois raisons : en tant que laïcs, ils rejettent le projet politique des djihadistes syriens et en tant que nationalistes, ils accusent ces mêmes djihadistes à la fois de nier l’identité kurde au profit de la suprématie arabe et de collaborer avec le régime d’Ankara farouchement opposé à l’établissement d’un Kurdistan syrien à ses frontières. A Azaz et Raqqa, les groupes rebelles ont été attaqués et chassés par l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), un gang ultraviolent lié à Al Qaïda.

L’EIIL accuse ses concurrents d’apostasie. Pourtant, les groupes visés par Al Qaïda sont généralement tout aussi anti-chiites et partisans d’un Etat sectaire appliquant la charia.L’autre fracture se situe entre, d’une part, les quelques brigades islamiques qui affirment encore leur loyauté envers le commandement de l’Armée syrienne libre et, d’autre part, les puissantes formations islamiques rivales.

Les seconds accusent les premiers de servir un agenda occidental. Pour autant, certaines formations djihadistes liées à des services de renseignement étrangers différents se coordonnent. Liwa al Tawhid, omniprésent à Alep, est lié aux services secrets turcs tandis que Liwa al Islam actif dans le gouvernorat de Damas est encadré par les moukhabarate saoudiennes. Pour le moment, il n’y a pas de rivalité apparente entre ces deux groupes. Mais, comme en Afghanistan, les alliances entre seigneurs de guerre se font et se défont selon les opportunités du moment. Amis un jour, ennemis pour toujours…

Vous avez annoncé qu’Erdogan vous persécute avec un dossier vide. Pouvez-vous nous en parler ?

Erdogan a fait de la chasse aux dissidents un sport national. Mes déboires judiciaires ont toutefois commencé avant l’arrivée de l’AKP au pouvoir. C’était, il y a 13 ans, suite à une manifestation pacifique au Parlement européen. J’ai chahuté un ministre turc venu chanter à Bruxelles les mérites de la démocratie turque devant un public acquis. Mon action n’a pas plu aux autorités turques.

Depuis, je suis accusé de terrorisme. A défaut de pouvoir me bâillonner, le régime d’Ankara a exercé des pressions considérables pour me faire condamner par la justice belge. Dans un premier temps, les autorités belges se sont comportées en janissaires du sultan Erdogan. Mais grâce à la résistance et à la solidarité de la société civile belge, le pouvoir a finalement abandonné les poursuites à mon encontre.

Il y aurait eu une tentative de votre extradition vers la Turquie ?

J’ai subi deux tentatives d’extradition, une fois en 2006 et une seconde fois cette année. Suite à mon action pacifique du 25 novembre 2000, le régime d’Ankara s’était empressé d’avertir Interpol pour me faire arrêter et extrader vers la Turquie. En tant que citoyen belge, j’étais à l’abri du mandat d’arrêt international car la Belgique n’extrade pas ses nationaux. Toutefois, en avril 2006, j’ai été arrêté aux Pays-Bas en vertu de ce mandat.

A l’époque, j’ignorais tout du signalement Interpol. Finalement, un tribunal néerlandais a jugé la demande turque irrecevable et m’a libéré après 68 jours de détention. J’ai pu rentrer chez moi, en Belgique, où m’attendait un tribunal d’inquisition qui a fini par m’acquitter en 2010, après quatre jugements et trois cassations, un record en Belgique. Malgré cette fin heureuse, je reste menacé par le même mandat d’arrêt international car une fois que l’on tombe dans le fichier d’Interpol, on n’en sort plus.

En juin dernier, j’ai été arrêté dans la cathédrale-mosquée de Cordoue en Espagne toujours selon le même motif : celui du chahut du ministre au Parlement européen, une action pacifique aujourd’hui vieille de treize ans. Comme il n’existe aucun tribunal permettant de se désinscrire du fichier d’Interpol, je reste à la merci de l’Inquisition néo-ottomane.

Entretien réalisé par Mounir Abi
4 octobre 2013


Bahar Kimyongür, né le 28 avril 1974 à Berchem-Sainte-Agathe, en Belgique, est un militant politique belge issu d’une famille arabe originaire de Turquie mais aux racines syriennes. Dans sa région d’origine en Turquie, proche de la Syrie, des affrontements ont également eu lieu entre des réfugiés syriens sunnites et des Turcs alaouites, dont certains ont pris partie pour Assad. Bahar Kimyongür, porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS), qualifie les États-Unis de « pourvoyeur de terroristes et fauteur de guerre en Syrie ». Il est signataire d’un « appel à faire cesser l’agression contre la Syrie et à refuser la participation de la France à celle-ci ».

Source: http://www.letempsdz.com/content/view/103112/186/