L’ex-chef technique de la NSA: Comment le 11 septembre a créé l’Etat policier

L’ancien directeur technique de la NSA, Brian Snow, examine les questions éthiques autour de l’utilisation de la surveillance de masse et raconte à Sophie Curtis pourquoi les citoyens doivent faire attention à ce qu’ils veulent.

World Trade Center, le 11 septembre 2001

The Telegraph, Sophie Curtis, 13 novembre 2014

Le programme de masse de surveillance électronique de la National Security Agency des États-Unis, connu sous le nom de PRISM, est encore largement considéré comme l’une des plus grands invasions de la vie privée de tous les temps, et ce sont les citoyens américains eux-mêmes qui avaient demandé à être gardés en sécurité à tout prix, selon un ancien directeur technique de la NSA.

Brian Snow, qui a travaillé pour la NSA pendant 34 ans avant de rejoindre la société britannique de sécurité des données PQ Solutions, a dit que, après les attentats du 11 septembre contre le World Trade Center, il y avait une pression massive sur le gouvernement de la part des citoyens américains pour faire tout ce qui était possible pour les protéger de nouvelles attaques terroristes.

« Mes voisins venaient à moi et disaient, Brian, gardez-nous juste en sécurité, faites ce qu’il faut. Ils se sentaient très menacés », a déclaré M. Snow. « Même à cette époque, je leur aurais dit, faites marche arrière, vous ne savez pas ce que vous êtes en train de demander. Ce n’est pas une ligne droite depuis la surveillance vers la liberté. C’est un processus très complexe, et il y a beaucoup d’autres chemins qui peuvent être pris qui peuvent ne pas avoir autant d’incidence ».

Lire la suite: http://www.telegraph.co.uk/technology/internet-security/11221287/Ex-NSA-technical-chief-How-911-created-the-surveillance-state.html

Julian Assange et la surveillance de masse

Julian Assange, Menaces sur nos libertés

Par Christophe Ventura, le 1 février 2013

Depuis sept mois, Julian Assange vit reclus à l’intérieur de l’ambassade de l’Equateur à Londres. La figure emblématique de « l’organisation médiatique à but non lucratif » WikiLeaks, fondée en 2007 [1], a bénéficié de l’asile « diplomatique » [2] du pays andin que préside Rafael Correa.

Julian Assange séjourne – ou campe pour être plus précis – dans une petite pièce d’un appartement victorien d’une centaine de mètres carrés occupé par la représentation diplomatique équatorienne dans le quartier de Knightsbridge. A deux pas du luxueux grand magasins Harrods, fournisseur officiel de la famille royale… L’exposition naturelle de la pièce à la lumière du jour a été condamnée pour ne pas l’offrir à la surveillance permanente de la police et des services britanniques postés autour du bâtiment. C’est dans un espace confiné d’environ 15 mètres carrés qu’il nous a reçu à la faveur d’une rencontre organisée le 6 décembre 2012 avec le dirigeant du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon.

(suite…)

Interview de John Cusack (2ème partie): « Qu’est-ce qu’un ‘Assange’? »

par John Cusack, le 14 janvier 2013

Il y a deux semaines et demie, j’ai eu le plaisir d’aider au lancement de la Freedom of the Press Foundation (Fondation pour la Liberté de la Presse, FPF, ndt), qui vise à promouvoir et aider à financer des organisations de journalisme indépendantes qui rapportent de manière offensive sur des thèmes que le le gouvernement US considère secrets. Vous pouvez lire sur ce sujet ici (et voir le post du co-fondateur de la FPF Daniel Ellsberg ici).

Ci-dessous se trouve la deuxième partie de ma conversation avec Jonathan Turley et Kevin McCabe. Vous pouvez lire la première partie ici.

Nous avions coupé alors que nous parlions de Julian Assange, d’éditeurs de presse et de journalistes – de définitions et de protection constitutionnelle en ce nouvel âge digital – et des zones grises qui semblent artificielles et commodes pour ceux qui sont au pouvoir – avec la réaction grandement passive des médias.

Jonathan Turley (JT): Le gouvernement le traite comme s’il était un hacker. En réalité, beaucoup de personnes insistent qu’il est clair qu’il n’est pas un hacker, qu’il a d’une manière ou d’une autre obtenu ce matériel d’une tierce personne.

John Cusack (JC): – Comme le New York Times obtint d’Ellsberg – il était la tierce personne.

JT: Je pense que s’il est un hacker, c’est difficile de le traiter comme un journaliste. Et il peut être difficile de le traiter comme un lanceur d’alerte.

Kevin McCabe (KM): Un autre élément qui s’y joint – selon ce que j’en comprends – c’est quand il négociait avec le Times, en ce qui concerne ce qui serait rapporté et donc vérifié et validé au travers du New York Times et du Washington Post – il a perdu toute possibilité d’entrer au sein du club, à cause de la manière dont il les approchés.

Apparemment, lorsque le Times a défini des paramètres, Assange est devenu difficile et a insisté sur une approche différente, le Times disait non, ce n’est pas comme ça que nous travaillons et Assange a perdu tout soutien institutionnel s’exprimant, dans la continuité, pour être considéré comme un journaliste parce qu’il ne voulait pas jouer selon ces règles. C’est donc juste une part intéressante de la dynamique, quand tu as dis si finement – c’est sui generis, mais de quoi? Il n’est ni torchon ni serviette, mais il est utile, et remplit un vide et rendant service au public en dévoilant et en rapportant des informations dont tout le monde devrait avoir connaissance.

JC: Donc Jon, sur ce même sujet – si tu me donnes de l’information et je décide de la diffuser sur, disons, Twitter, – et elle atteindra plus d’un million de personnes – suis-je dans la même catégorie qu’Assange – si quelqu’un m’envoie une vidéo d’un crime, et que je crois qu’un crime a été commis? Ai-je un droit ou une obligation morale à exposer la vérité… Et suis-je protégé?

JT: Hé bien, c’est un conflit que nous avons eu dans la communauté des libertés civiques avec le Congrès (aux USA, l’Assemblée+le Sénat, ndt) depuis longtemps. En fait, j’ai témoigné devant le House Intelligence Committee (Comité Parlementaire sur le Renseignement, ndt) il y a des années sur la motion de plusieurs membres de criminaliser la publication d’information classées confidentielles, que vous soyez journaliste ou qui que ce soit d’autre. Ils y incluaient donc tous les journalistes, comme les non-journalistes.

Et ceci avait le soutien des Républicains comme des Démocrates. Les membres du Congrès ont tendance à ne pas aimer les lanceurs d’alerte, ou les journalistes à fortiori, parce qu’ils les attrapent hors-script et quand ils sont le plus vulnérables. Ceci les rend moins contrôlables. J’ai précédemment témoigné devant à la fois des membres Démocrates et Républicains du Congrès au regard d’un mouvement désastreux vers le criminalisation de la publication d’informations dites confidentielles quelle que soit la manière dont vous la recevez.

La question de ta diffusion de la même information sur Twitter est intéressante. Étant donné ton statut, tu atteins en fait plus de personnes que presque tous les journaux quotidiens. Donc tu atteins plus d’un million de personnes avec un seul tweet que la plupart des journaux rêveraient chèrement de pouvoir reproduire.

JC: Nous bloguons et écrivons tous les deux en ligne – comme maintenant –

JT: Alors, nous en arrivons à cette question sérieuse de pourquoi tu n’es pas journaliste mais Chris Matthews l’est. Je veux dire, tu peux sans doute atteindre 100 fois plus de personnes que MSNBC ne le peut en n’importe quelle soirée grâce à ton statut.

JC: Une des grandes idées d’Arianna était de créer ce qu’elle appelle des journalistes citoyens pour participer et faire entendre vos voix, – et des gens ordinaires pourraient s’y associer – tout là-haut avec Hillary Clinton. Et bloguez, et elle rassemblera les informations. Elle a créé cette sorte de révolution à sa manière propre. Mais cela a à voir avec la connectivité et la mise en commun d’infos et l’idée du journaliste citoyen. Alors Assange est-il tout simplement un éditeur citoyen? Cela revient à la même question – quels sont les droits des gens à exposer la vérité? Quelles sont leurs protections?

JT: Je pense que c’est vrai. Et c’est là, je pense, que les médias ont décidé de devenir suspicieusement silencieux. Parce qu’il n’y a pas de doute que la diffusion de ces informations par Assange ressemble au genre d’actions qui ont valu des Pulitzers à des journalistes. Il a rendues publiques des informations qui lui sont parvenues, et des informations qui n’avaient été divulguées nulle part ailleurs, dans aucun forum. Ces informations traitaient directement de tromperie gouvernementale et de crimes potentiels.

Cela avait l’apparence et l’odeur d’une histoire journalistique. Mais ils ne veulent pas le dénommer journaliste.

JC: Et par conséquent, il n’a aucune protection?

JT: En tout cas, c’est ainsi que le gouvernement US s’en charge. Ils ont opté de façon assez transparente de le traiter comme suspect de hacking. Et ils vont le poursuivre sur ces bases. S’ils lui mettent la main dessus, je m’attends à ce qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent pour le garder en prison. Ils ont besoin de le clouer au pilori, ils ont besoin de rendre clair que vous ne pourrez pas vous en tirer si vous embarrassez le gouvernement et divulguez ce genre d’informations. Les administrations Bush et Obama ont toutes deux menacé des journalistes. Ils ne vont pas se retenir avec Assange s’ils ont déjà menacé de poursuivre des reporters.

JC: Comme l’homme a dit une fois – Vous avez droit à la liberté de parole – tant que vous n’êtes pas assez bêtes pour essayer de vous en servir. C’est donc une autre partie du verrouillage croissant sur les libertés civiques et la liberté de parole.

JT: En effet.

Le ministère de la justice (US, ndt) continue donc d’insister que les journalistes et autres qui reçoivent des informations classées confidentielles violent techniquement la loi s’ils savent qu’ils sont en possession d’informations confidentielles et la diffusent publiquement. c’est un vieil argument que nous connaissons depuis Nixon. Il y a une hostilité continuelle à l’encontre de journalistes faisant ce genre de choses. Je pense que c’est ce qui rend Assange une cible si tentante pour le gouvernement. Parce qu’ils savent qu’ils peuvent le poursuivre en justice et que les médias s’interrogent s’ils peuvent le soutenir, ou même essayer de l’expliquer au public.

En fait, la chose ahurissante est qu’après tout ce temps, Assange demeure autant un mystère qu’il l’était au premier mois. La question est pourquoi. Et les médias le traitent vraiment comme le gouvernement. Il n’est pas journaliste, il n’est pas lanceur d’alerte; il est un Assange. Il devient un nom à lui tout seul.

JC: Ouais, c’est vrai.

KM: Ce n’est pas l’un d’entre eux.

Laissez-moi vous poser une question – d’un point de vue légal, le fait que le gouvernement puisse prendre une approche très stricte, très calculée et presque singulière aux fuites, et aux individus qui font les fuites; et pourtant pour leurs objectifs politiques personnels ont rendus routinières des fuites à des diffuseurs qu’ils favorisent, afin de contrôler le message en politique?

JT: Tu as raison, il y a toujours eu cette hypocrisie –

JC: Et après l’autre entourloupe – la grande diversion que nous faisons? Nous commençons à diffuser des peccadilles et/ou des profils de personnalité qui nous font aimer ou mépriser une personne, et nous ne savons jamais vraiment ce qui est réellement factuel – Assange est vaniteux, il est messianique, un prédateur sexuel &c &c – aucun d’entre nous ne sait si c’est vrai ou non; nous n’en avons aucune idée.

JT: Correct.

JC: Mais l’argumentation se tourne alors vers les troubles peut-être feints de personnalité de l’individu, pas aux principes qui sont derrière ou au contenu intrinsèque de ce qu’ils font.

Bradley Manning a exposé des meurtres brutaux d’êtres humains… Daniel Ellsberg, également co-fondateur de la FPF, a même brandi une photo disant « j’étais Bradley Manning » et pourtant j’entends encore – « Ce n’est pas une comparaison valable. » – tout le temps – Pendant que les gouvernements divulguent fréquemment selon leurs propres avantages politiques –

JT: Bien, je pense – il faut vraiment porter des cuissardes pour passer au travers de l’hypocrisie sur ce sujet avec Washington.

Quand je témoignais au House Intelligence Committee, ces membres me sortaient, comme Claude Rains – qu’ils étaient ‘choqués, choqués’ que des gens divulguent des choses à Washington. Certains de ces gens prennent régulièrement leur téléphone pour divulguer des choses gênantes les uns sur les autres. Et c’est considéré comme faisant partie du jeu.

Mais je pense qu’ils partagent un certain désamour pour les journalistes et les lanceurs d’alerte qui le font.

KM: Quel est le standard légal? S’il y avait une dynamique comparable, un scénario comparable, pas Assange, quelqu’un qui se fait accuser d’être un « leaker » (divulgateur d’informations à caractère confidentiel, ndt) ou un hacker, ou une menace aux USA qui ne soit pas un lanceur d’alerte. Et ensuite, il y a une entité gouvernementale qui – soit sur commande ou de sa propre initiative – commence une enquête; d’un point de vue strictement légal, quelle est la protection pour l’individu qui initie l’action,  qu’elle soit bienveillante ou plus vénale; et que vous soyez un officiel du gouvernement ou un citoyen, ou même un non-citoyen – quels sont les standards juridiques pour affirmer – tu peux divulguer, mais toi tu ne peux pas?

Je ne parviens pas à croire que Leon Panetta aie le loisir d’appeler les médias mainstream et de dire – ne rapportez pas cette histoire, en voici une meilleure, et j’ai besoin de ceci, ou je ne sais quoi. Ils le font tout le temps. Mais si quelqu’un d’autre le fait, il peut finir sur la chaise électrique. Je ne capte pas.

JC: Ou les différences sont que puisque Seymour Hersh ne grille pas ses sources, il peut diffuser des informations confidentielles sur des attaques contre l’Iran ou des armes de destruction massives… parce qu’à part l’argument du hacker dont nous ne savons pas s’il est vrai – se reposent-ils sur la méthode par laquelle il est venu à diffuser ces informations? Ou est-ce une surgélation générale dans l’hypocrisie?

JT: Alors, je pense que le problème est le standard juridique. Si vous lisez la loi fédérale, il est bien clair que c’est considéré comme un crime que de posséder des informations classées confidentielles sans avoir une autorisation ou un besoin de détenir ces informations.

KM: Judith Miller fait-elle partie de ce monde, ou est-ce différent?

JT: Hé bien, c’est une chose qui peut être utilisée contre n’importe quel journaliste recevant des informations confidentielles comme les Pentagon Papers. Et le problème est que les tribunaux, particulièrement depuis le tribunal Rehnquist, ont graduellement réduit le privilège journalistique dans ce pays. Il y a une exception au privilège journalistique pour la fraude criminelle, ce qui explique pourquoi des journalistes peuvent être traînés devant des grands jurys ou jetés en prison pour n’avoir pas rendu de témoignage. Ceci n’est pas juste pour des affaires à nature confidentielle mais pour toute affaire criminelle.

JC: Mais cela ne s’applique pas uniformément au gouvernement. Donc quand Rove a divulgué l’identité de Valerie Plame, – hé bien, ils ont eu Scooter Libby, ils en ont donc lâché un.

JT: En fait, il y a beaucoup de ce genre de conflits. Je veux dire, il y avait Sandy Berger, qui aurait placé du matériel confidentiel dans sa chaussette et serait sorti d’un bâtiment sécurisé. Toute autre personne faisant cela aurait probablement été poursuivie, et il –

KM: Et l’a divulgué. Ce n’est pas comme s’il le ramenait chez lui pour mettre dans son album de souvenirs de fac.

JT: Ouais. Il y a beaucoup de ce genre de choses.

Les gens ne se rendent pas compte que l’administration Obama a été, s’il en fut, plus dure envers les lanceurs d’alerte que l’administration Bush. La raison en est en partie qu’ils savent que le bord de ceux qui soutiennent traditionnellement les lanceurs d’alerte se trouve être celui d’Obama. Et donc ils –

JC: Peux-tu un peu plus t’expliquer là-dessus? Je n’ai pas bien compris.

JT: Hé bien, que l’administration Obama, dans le domaine des lanceurs d’alerte, a rpsi exactement la même position que celle qu’ils ont adoptée sur les libertés civiques. c’est-à -dire, ils sont pleinement conscients –

JC: Institutionnalisant l’agenda de Bush, l’expansion massive du pouvoir de l’exécutif…

JT: Mais ils en ont plus que la capacité pour le faire, car ils savent qu’ils démarrent en divisant l’habituelle –

JC: Opposition.

JT: – communauté, oui –

JC: Compris.

JT: – qui soutient les lanceurs d’alerte. Et c’est la même chose avec les libertés civiques – ils savent qu’au moins la moitié des gens qui soutiennent d’habitude les lanceurs d’alerte ne diront rien si l’assaut vient du président Obama. Et cela fait partie de ce culte de la personnalité qui a saisi tant de gauchistes et Démocrates et progressistes.

JC: Ouais. Nous le voyons tous les jours.

JT: Mais la répression contre les lanceurs d’alerte est un exemple d’une réaction assez tiède. L’administration Obama est partie le mors aux dents contre les lanceurs d’alerte. Ils ont témoigné très peu de sympathie ou de retenue. Mais il y en eu très peu de couverture médiatique. Vous savez, j’avais pensé que la Convention Démocrate était révélatrice, quand vous compariez la platreforme entre 2008 et 2012. Des pans entiers des libertés civiques ont disparu entre ces deux conventions. Et même s’il est vrai que ces conventions sont plutôt vides de contenu, le refus de ne faire que mentionner le soutien de certains des principes de sa campagne de réélection a été vraiment frappant, depuis la détention indéfinie à la torture.

JC: Je sais.

JT: En fait, cela s’est évaporé. La même chose avec les écoutes sans mandat – les meurtres par drones – même des États-Uniens tués sans même un argument juridique cohérent ou –

JC: Mais il était sur « Jon Stewart » (un talk-show US, ndt), et il a bien dit que tuer des États-Uniens n’est pas optimal,

JT: Oui.

(Rires)

JC: – c’est un peu comme une reconnaissance de loin de certaines des affaires d’état louches et sales.

JT: Oui. C’est comme sortir sa décapotable par temps de pluie. Ce n’est pas optimal.

JC: Non, pas optimal. Parfois vous avez juste besoin de garder des gens en prison sans procès et de les assassiner. Mais c’est pas optimal.

JT: Cela montre vraiment la fascination qu’a cette administration pour les drones. Peu de gens savent que le président Obama s’est servi d’attaques de drones beaucoup plus de fois que Bush ne l’a jamais fait. Obama est hors catégorie en termes d’attaques de drones.

JC: – et ces actes de guerre, sur des nations souveraines, et des innocents se font tuer, pas vrai? Mais nous les appelons des terroristes suspectés, et les massacrons. En réalité nous ne savons pas qui ils sont – ou qui nous tuons – ou pourquoi.

JT: Ouais, c’est encore un autre exemple de ce genre de sens nuancé que nous trouvons chez l’administration Obama – qu’est-ce qu’une attaque de drone? Une attaque de drone est un assassinat. C’est cibler un individu pour le tuer.

JC: Cela devrait être souligné en sang – Comme tu a dit, ton droit à procédure te sert quand ta voiture explose –

C’est intéressant, parce que c’est comme un parallèle tordu de ce qu’est un Assange – qu’est-ce qu’un journaliste? Tout ce malaise profond – les gens ne semblent tout simplement pas vouloir le reconnaître et ce n’est même pas vraiment défendu – juste ignoré comme par routine – ce n’est pas juste que les excès de l’administration Bush n’ont pas été corrigés – il y a une escalade d’écoutes sans mandat, une escalade de drones, une escalade d’intimidation des lanceurs d’alerte. Ces choses augmentent exponentiellement. Est-ce que c’est un commentaire correct?

JT: Non, il est absolument juste. Mais ces leaders Démocrates ont grandement abandonné les libertés civiques. Ils livreront encore des envolées de rhétorique au sujet des libertés civiques. Mais ce sont quelques-unes des mêmes personnes pendant l’administration Bush qui apprirent des choses telles que les programmes de torture. Certains étaient les mêmes qui bloquèrent toute enquête parlementaire de ces programmes.

Ils sont donc lourdement investis dans ce système national de sécurité que nous avons. Et cela ne va pas changer simplement parce qu’Obama est dans son deuxième mandat. Le Congrès est toujours lourdement divisé. Ces politiciens vont tourner le regard vers les prochaines élections dans deux ans, et Obama aussi. Et ils vont poursuivre la même approche et le même script pour ce qui est des libertés civiques. Ils vont continuer à donner à la clique de la sécurité nationale tout ce qu’ils veulent.

JC: C’est tellement bizarre, parce que même quand nous parlons de libertés civiques, cela semble être un thème très marginal – un peu kitsch, un peu comme ce que font les collectionneurs de petites babioles. j’aime mes petites boîtes chinoises, j’aime ma liberté civique.

Ce que je ne comprends pas c’est – et c’est pourquoi je pense que c’est peut-être juste du racisme – peut-être parce que ce n’est encore arrivé à personne que nous connaissions, seulement ces Arabes ou personnes à la peau brune de pays ratés. Tant pis pour eux… Ce n’est pas grave s’ils peuvent jeter Bradley Manning en prison. Pas grave s’ils peuvent jeter n’importe quel Arabe en taule ou les assassiner, ou leurs familles à un mariage – Si le gouvernement peut simplement dire – nous soupçonnons cette ou ces personnes d’être des terroristes, nous pouvons les pulvériser – les oblitérer de la surface de la planète.

JT: Ou,plus important, tu auras la même division. Les gens ne vont toujours pas sentir qu’ils peuvent s’opposer à Obama, avec les Républicains encore plus barrés à droite.

Et donc tu vas avoir la même dynamique. C’est la même caisse de résonance qui a cours aujourd’hui. Et c’est pourquoi Obama a été si désastreux pour le mouvement des droits civiques. J’ai écrit une colonne il y a quelques années, au sujet de la mort du mouvement des libertés civiques, pour le LA Times. Et elle détaille combien Obama a été dévastateur pour le mouvement. Je ne pense pas que sa réélection aide, mais plutôt gêne la cristallisation d’un mouvement significatif. Il ne va pas prendre.

Je pense qu’il aurait pu prendre si Romney avait été elu, ironiquement. Je pense qu’il aurait pris si McCain avait été élu parce qu’il y aurait eu la sortie de cette figure très centripète, qu’est Barack Obama. Parce que beaucoup de gens ne peuvent pas se battre sur ces sujets de libertés civiques quand ils sont en train de se battre contre cette figure emblématique.

JC: Kevin, comment vois-tu la chose se dérouler, politiquement parlant? Vois-tu des bonnes nouvelles arriver par les tuyaux, ou est-ce que nous avons vraiment juste l’obligation de dire la vérité et de prendre les coups? Ou plutôt de regarder pendant que d’autres le font – en fait…

KM: Je pense que nous avons trop de problèmes en même temps: Un. Le Congrès – qu’il soit Démocrate ou Républicain, le Congrès, à la fois la Chambre (des Représentants, équivalent de l’Assemblée Nationale aux USA, ndt) et le Sénat, sont vendus et payés par « POLITIQUE/GOUV. Inc » qui les contrôlent. Les commerciaux, consultants/lobbyistes/leveurs de fonds/opérateurs – ils mènent la danse à Washington, DC maintenant. Vous avez donc très peu d’ouvertures pour quoi que ce soit de créatif, pour toute alternative, toute solution et le public globalement recherche des solutions.

Deux, Jon parle d’un point très important auquel je n’avais pas encore pensé.. Le fait est qu’il n’y a pas de partage 50/50. Il y a une sorte de partage différent. Et la raison pour laquelle Obama n’a pas été aussi bon qu’il l’aurait pu, c’est qu’il lui en est donné le pouvoir. Et tous les jours, il y a ce pouvoir – cette influence – qui est donné à des gens qui ont peur d’être considérés comme déloyaux -ooh, ne dites pas ça, vous ne pouvez dire ça, vous ne pouvez pas. C’est notre homme.

En fait, la réalité de l’histoire est que, politiquement, si tu n’as pas tes suporters te poussant vers un agenda, te poussant à t’améliorer, te poussant vers de nouvelles hauteurs… tu laisses tout à l’égo – ou à l’ego d’Obama, ou à sa vanité, son narcissisme, le nom que tu veux lui donner – nous n’en bénéficierons pas. Les gens globalement n’en bénéficieront pas, c’est à propos de lui, pas du peuple.

Il y a donc, je crois, cet octroi en silence de pouvoir, d’influence, involontaire ou tout à fait voulu en lui accordant un sauf-conduit. Et ce n’est pas juste les libertés civiques.

Ce qui m’effraie le plus c’est que tellement de gens qui sont sur les côtés de la route, qui devraient être activés – motivés et activés mour faire quelque chose, prennent tout pour acquis.

JC: Je vais bientôt voir Assange et revenir en parler…

Source: http://www.huffingtonpost.com/john-cusack/what-is-an-assange-part-2_b_2402236.html

Lire la 1ère partie de l’interview: https://wikileaksactu.wordpress.com/2013/01/06/interview-de-john-cusack-quest-ce-quun-assange/

Traduit depuis le web par Will Summer

Les lanceurs d’alerte américains : cibles de l’Etat policier

Le Chaos Communication Congress (29C3), que les organisateurs décrivent comme étant « une conférence annuelle durant quatre jours, ayant pour thème la technologie, la société et l’utopie » a débuté le 27 décembre. Hier, ce blog a retranscrit la présentation de Jacob Appelbaum,  développeur du projet Tor et activiste de Wikileaks. Dans la soirée, trois lanceurs d’alerte américains ont présenté leurs exposés, dans une vidéo qui devrait être considérée comme immanquable.

Jesselyn Radack, qui dénonça les violations éthiques dans l’affaire John Walker Lindh, alors qu’elle elle était conseillère en matière d’éthique pour l’avocat général John Ashcroft, décrit les raisons qui l’ont conduite à démissionner et devenir lanceur d’alerte.

Lindh fut interrogé et torturé. Des agents du FBI passèrent outre le manque d’autorisation formelle et ont tout de même effectué cette interrogation. Ashcroft a fait une déclaration publique quand une plainte criminelle fut déposée, disant que Lindh avait fait le choix de ne pas être représenté par un avocat et que ses droits avaient été « scrupuleusement respectés ». Radack savait que tout cela n’était que mensonge.

“Ce fut notre premier aperçu d’un cas de torture aux Etats Unis et personne n’a pipé mot. Il était nu, un bandeau sur les yeux, bâillonné, attaché à une planche avec du ruban adhésif. Il avait une balle dans la jambe, et fut dénié de tout traitement médical »,  déclare Radack. On l’a trouvé à moitié mort ; voici comment on traite un américain, ce qui vous donne une idée de la façon dont laquelle nous traitons ceux qui ont la malchance d’être arabe ou islamiste dans notre pays. »

Le point critique fut atteint pour elle quand elle se rendit compte que le Ministère de la Justice gardait secrets certains éléments de l’affaire. Un juge avait ordonné la délivrance de toutes les communications, mais ne fit passer que deux de ses mails. Elle fouilla dans une copie papier pour lire ses mails, qui contenaient son évaluation que le FBI avait commis des actes en violation avec les règles d’éthique durant l’interrogation et la torture de Lindh. Ces mails avaient disparu.

“J’ai perdu courage,” dit Radack. « J’ai littéralement eu envie de vomir. Ils tablaient sur la peine de mort pour cet homme, et les preuves n’atterrirent jamais sur le bureau du juge, des preuves qui auraient eu un effet sur la décision d’admettre ou non sa confession. »

Elle réussit finalement à retrouver les mails manquants. Elle fit parvenir les preuves de fautes professionnelles et de crimes au magazine Newsweek, sous couvert du Whistleblower Protection Act, qui en fin de compte ne la protégea absolument pas. Elle ne se doutait pas de ce qui était sur le point de lui arriver quand « tout le poids de la branche exécutive du gouvernement américain en entier » lui tomba dessus.

Radack perdit son emploi dans le cabinet d’avocats privé où elle travaillait, puis elle fut limogée d’un autre emploi quand le gouvernement contacta ses employeurs pour leur dire qu’elle était une criminelle. Elle fut placée sous garde à vue sans qu’on lui dise de quoi elle était suspectée et quoique nulle accusation formelle ne soit jamais portée contre elle. Elle fut sous le coup d’une exclusion du barreau régional sur les bases d’un rapport secret auquel elle n’a jamais eu accès (ce qui rendait sa défense plutôt difficile), et placée sur une liste d’interdiction de vol.

Cette expérience la conduisit à la décider à dédier le reste de son existence à représenter les lanceurs d’alerte.

En plus de partager son expérience, elle parle aussi du rôle de la technologie et comment elle peut aider le lanceur d’alerte. C’est cette technologie qui l’aida à récupérer des mails du Ministère de la Justice, qui à l’époque poursuivait Enron pour destruction de preuves et obstruction envers la justice.

Avant de se rendre à la conférence, elle rencontra le rédacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange. Elle déclare qu’il la convainquit qu’ « en tant que lanceur d’alerte et avocate représentant des lanceurs d’alerte, WikiLeaks est  le seul vrai moyen de disséminer de grandes quantités d’informations envers le public, de façon anonyme. Le gouvernement est conscient de ce fait et c’est la raison pour laquelle il se sent très vulnérable vis-à-vis de WikiLeaks. »

Puis, elle poursuit en disant:

« La guerre contre le terrorisme ne devrait pas être une guerre contre l’éthique, l’intégrité, la technologie et la loi. Stopper le terrorisme ne signifie pas terroriser les lanceurs d’alerte et les diseurs de vérité, ceux qui soulèvent des inquiétudes quand le gouvernement magouille afin de surveiller électroniquement, torturer et assassiner ses propres citoyens. Il n’est pas acceptable qu’un président s’octroie le droit de se poser en procureur, juge, juré et bourreau de n’importe quel humain sur cette putain de planète s’il lui en prend l’envie. »

Les employés ne devraient jamais avoir à choisir entre leur conscience et leur carrière, et certainement pas leur liberté, Radack conclut-elle.

Thomas Drake, qui dénonça les inconduites et irrégularités de l’Agence de la Sécurité Nationale (National Security Agency), prend la parole après Radack et décrit ce que fut la montée de l’Etat policier après les attaques du 11 septembre. Il la compare à la montée de la police secrète des Stasi en Allemagne de l’Est, dont la devise était : « Tout savoir ».

Durant la Guerre froide, tout était suspect. « De nos jours, dans cette ère post-Guerre froide, » dit Drake, « je me demande comment une démocratie ouverte et vive peut-elle exister au côté d’un Etat policier ? ».

Drake dut, dès le depart, faire face à la possibilité d’être condamné à la prison à vie s’il ne coopérait pas. Il fut condamné sous le coup de la Loi contre l’espionnage (Espionage Act), une condamnation faisant partie d’un effort du gouvernement visant à criminaliser les lanceurs d’alerte.

Dans les jours qui suivirent l’attentat du 11 septembre, « je fus contacté en privé par plusieurs personnes très préoccupées qui me disaient Tom, pourquoi est-ce qu’ils prennent l’équipement dont on se sert pour garder un œil sur les nations étrangères pour les rediriger vers nos propres citoyens ? », se souvient-il. Il apprit que le programme de surveillance secrète avait été autorisé par la Maison Blanche et, comme le dit un jour le Président Nixon : si le Président dit que c’est OK, alors c’est légal. »

Le gouvernement perdit complètement les pédales quand Eric Lichtblau et James Risen rédigèrent un article pour le New York Times à propos du programme d’écoutes téléphoniques illégales au sein de la NSA. Une enquête criminelle fut mise en route, dont il fut le principal suspect. Des agents du FBI descendirent sur sa maison et firent pression sur lui pendant deux ans afin qu’il se rétracte. Ce fut un cauchemar.

Il conclut en disant: “ J’ai peur pour le futur des Etats-Unis, mais j’ai aussi peur de la création d’un enregistrement universel de la vie de tout un chacun, de la possibilité d’avoir accès à une base de données et de pouvoir profiler n’importe qui, n’importe où, n’importe quand. »

En conclusion, William Binney, ancien directeur technique de la NSA, qui fut lui-même sujet des descentes de police et à des enquêtes criminelles, prend la parole.

En juin 2001, Binney démissionna de son poste, car il ne pouvait plus tolérer la corruption ayant lieu entre les employés et les entrepreneurs privés, cette relation incestueuse dans laquelle la sécurité est une affaire d’argent.

Binney eut vent d’un programme appelé “Stellar Wind”, qui permettait à la NSA d’espionner des citoyens américains. Il savait que ce n’était pas la peine d’aller voir les responsables de la NSA, car il connaissait ceux qui géraient ce projet. Il prit contact avec le Comité d’Information Nationale (House Intelligence Committee), puisque c’était cette organisation qui était sensée, selon la Loi sur la Surveillance Etrangère (Foreign Intelligence Surveillance Act) et d’autres lois américaines, surveiller et espionner les individus. Le comité dépêcha un employé pour parler à Michael Hayden, alors directeur de la NSA, et ce fut tout. Le président Porter Goss ne fit rien. Pelosi, un membre du comité, ne fit rien contre les violations commises car elle fut intégrée dans le projet et accepta de ne pas faire pression pour la mise en accusation du président Bush tant qu’elle serait tenue au courant des opérations secrètes.

Binney nous dit : « AT&T donnait au gouvernement 320 millions d’enregistrements par jour, d’américains contactant d’autres américains ». Il continue : « avec ça, on peut établir des rapports sur virtuellement n’importe qui dans le pays » Il n’y a pas de limites : cet état de fait se répandit au monde entier.

Il raconte aussi ce qui se passa lors d’une descente du FBI. Ils lui demandèrent s’il pouvait témoigner contre un crime. Ils voulaient des informations contre Drake, mais lui parla au contraire du projet Stelar Wind et que Bush, le Vice-Président Dick Cheney et le directeur de la CIA George Tenet étaient impliqués. Un seul des agents qui écoutèrent son récit était au courant du programme. Binney leur expliqua que c’était lui qui signait les mandats et que tout ce qu’il pouvait faire était de regarder par terre, alors qu’il énumérait les violations envers la vie privée de citoyens américains, etc.

“Ils voulaient que je me tienne tranquille”, dit Binney. « Ils ont pointé les armes sur moi et ma famille, afin de s’assurer que je reste tranquille. »

Il partage aussi avec nous une anecdote importante mettant en scène James Bramford, un journaliste réputé pour son travail sur la NSA. Bramford soumit une demande de renseignement sur des documents utilisés par le gouvernement contre Drake. Il reçut des documents parvenant de la NSA: on avait rayé au crayon le mot « Déclassifié » et estampillé « Top Secret » par-dessus. Ils lui passèrent ce document, et lui, le montra au juge, comme preuve que Drake était la victime d’un coup fourré, et que c’était un crime. Ils auraient dû être interpellés, mais l’affaire fut étouffée et personne ne fut poursuivi de quelque crime que ce soit.

Ce sont trois excellents conférenciers et je vous conseille vivement de ne pas rater un seul moment des 82 minutes que durent cette vidéo.

Traduction du Forum Wikileaks: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,17004.0.html
Source: http://dissenter.firedoglake.com/2012/12/29/us-whistleblowers-on-being-targeted-by-the-secret-security-state/

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