A écouter: Chris Hedges interviewe Julian Assange

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Posté le 5 mai 2013

Dans ces extraits audio de leur longue conversation à l’ambassade d’Equateur, Chris Hedges interroge Julian Assange au sujet de la stratégie juridique et les pensées du fondateur de WikiLeaks sur le Pfc. Bradley Manning.

Pour en savoir plus, y compris le commentaire approfondi de Hedges sur leur conversation, une chronologie interactive, des ressources et une illustration originale de M. Fish, visitez ce lien relatif.

Edition audio par Brittany Knotts. Transcription par Lucy Berbeo.

Interview, partie 1 (télécharger l’audio 1): Chris Hedges parle avec Julian Assange des stratégies légales de ses opposants.

Chris Hedges: Alors, qu’est-ce que vous, quand vous regardez tout ce genre de, vous savez, tout ce mouvement, que pensez-vous qu’ils essaient de faire? Comment veulent-ils essayer de vous faire sortir d’ici?

Julian Assange: Je pense que c’est un vrai désordre. Je ne pense pas qu’ils ont — il y a tellement de parties différentes avec des intérêts différents. C’est un vrai désordre. Le Royaume-Uni veut s’en dégager, mais il ne veut pas perdre son prestige par rapport à l’Equateur. La situation en Suède devient si difficile maintenant que… La Suède ne sera jamais contre les Etats-Unis. Aucun pays — ni le Royaume-Uni, ni la Suède, ne seront jamais contre les Etats-Unis. Mais dans ce cadre, la situation est si difficile maintenant en Suède —

CH: Que voulez-vous dire par si difficile?

JA: Politiquement, c’est — le chef de la Cour Suprême suédoise est sorti et a dit que l’affaire est un vrai désordre.

CH: Avez-vous eu aucun élément indiquant que les Américains ont essayé de manipuler l’affaire en Suède?

JA: Ils n’en ont pas besoin. … Nous avons quelques éléments. Le [L’] ambassadeur US d’alors, Louis Susman, a dit au début de 2011 qu’ils attendent l’après-affaire suédoise. The Independent [le journal] —

CH: Qu’ils attendent quoi?

JA: Quel est l’intérêt des Etats-Unis dans cette affaire? Il s’agit de mon extradition. Il ne l’a pas dit, mais c’est le contexte évident.

Assistante d’Assange: L’ambassadeur US du Royaume-Uni a donc dit, en début de —

JA: 2011

Assistante d’Assange: … début 2011, que les Etats-Unis attendaient de voir ce qui arrive avec l’affaire en Suède.

Michael Ratner, avocat d’Assange: Ils ne feraient pas les procédures en même temps, car alors il y aurait deux extraditions en concurrence — et alors, ils attendront jusqu’à —

CH: Oh, je vois. OK, je comprends.

JA: Sinon, il y en aurait eu un en attente, et l’autre serait venu, et alors le ministre de l’intérieur aurait eu comme sort de prendre une décision, une décision de cour révisable, une décision politiquement révisable, pour échanger le précédent avec ceux-ci.

MR: Donc ce qu’ils feraient, s’ils devaient le faire effectivement, si Julian avait gagné le recours contre l’extradition, ils seraient probablement à ce moment en train de déposer une demande d’extradition à la cour britannique.

JA: Oui, ou les droits à… si je vais en Suède. C’est donc ce qu’a dit l’ambassadeur, et également ce qu’a dit le correspondant diplomatique de The Independent à la fin de 2010, qu’il y avait déjà des discussions informelles entre la Suède et les Etats-Unis.

Assistante d’Assange: Le jour après, le jour après où tu es allé en prison.

JA: Oui.

CH: Des discussions informelles entre la Suède et les Etats-Unis. Donc vous — vous extrader en Suède et ensuite —

JA: Et les détails étaient que, je pense que dans cela il a dit que ce serait au terme, que ce serait à la fin de l’affaire suédoise. Et alors aux Etats-Unis, où je pense que l’équation politique est la plus intéressante. Vous avez des procureurs dans l’affaire [Pfc. Bradley] Manning qui sont clairement en train de se préparer pour un musical de Broadway long de 12 semaines, où ils ont leur diva étoile, qui est le mec de la Navy SEAL, et ils vont le faire chanter. Et c’est une si grosse machine — 141 témoins qu’ils ont énumérés pour la poursuite judiciaire. Et l’enquête du grand jury a été une si grosse entreprise; je veux dire, tellement de gens, tellement d’enregistrements, toutes sortes d’affaires devant les tribunaux à ce sujet; des choses n’ayant pas de rapport avec cela. L’EPIC [Electronic Privacy Information Center, ou Centre d’Information de la Vie Privée Electronique] a une affaire judiciaire en relation avec le FOI [Freedom of Information, ou Liberté de l’Information], ce qui est une information très intéressante, d’ailleurs, sur –

MR: Vous connaissez tout sur l’EPIC?

CH: Non.

JA: C’est une ONG située à Washington, l’Electronic Privacy Information Center [Centre d’Information de la Vie Privée Electronique]. Une sorte d’ACLU [American Civil Liberties Union] pour la vie privée. Et alors ils ont demandé tous les dossiers du FBI et du DOJ [Department Of Justice] concernant les listes des supporters de WikiLeaks. Ils font une attaque sous le principe des droits associatifs… Il y a eu une interférence, une potentielle interférence avec les droits associatifs. Mais de toute manière, dans le litige de cette affaire, la façon dont le FBI et le DOJ [Department Of Justice, Ministère de la Justice] défendent la chose, nous avons ces catégories de documents, et nous comptons le nombre de documents dans chaque classe, et ils forment des sortes de sections, comme la section du Ministère de la Justice qui a à voir avec l’extradition — c’est un point intéressant. Quoi qu’il en soit, vous pouvez voir qu’il y a vraiment une très grosse machine. Il y a, vous le savez, plus d’une douzaine de départements américains fortement impliqués. Mais cette machine est maintenant très difficile à arrêter, dans la mesure où il y a déjà des budgets prédéfinis. Par exemple, il y a eu un appel d’offres lancé par le Ministère de la Justice il y a environ un an pour un système informatique de gestion de l’affaire WikiLeaks. L’appel d’offres était de 1 à 2 millions de dollars pour ce système informatique, juste pour regarder les documents. Il y a toutes sortes d’intérêts professionnels de la part des procureurs, du FBI, et cetera, en gardant cette grosse affaire en marche. Ils veulent, vous savez, marquer des points. Maintenant, au niveau des avocats supérieurs, euh Eric Holder. En fait… en descendant juste d’un degré, Neil MacBride.

MR: Vous savez qui c’est?

JA: Le DA [Deputy Attorney, ou Procureur Adjoint] du Massachussets est devenu —

MR: Non, non. Neil MacBride, juste pour que vous le sachiez, c’est le procureur, le procureur américain pour le District Est de Virginie. … C’est un procureur fédéral américain.

JA: C’est celui qui est responsable des poursuites en matière de sécurité nationale et, en particulier, de la plupart des poursuites extraterritoriales des Etats-Unis. Il y avait un article hagiographique paru dans le Washington Post à son sujet, il y a peut-être quatre mois; cela vaut vraiment la peine de le lire pour comprendre l’aspect géopolitique de la partie juridique de l’affaire, que je n’avais en quelque sorte pas réalisé avant, mais il y a une sorte de combat juridique asymétrique qui se déroule au niveau de la loi américaine, pour appliquer le droit américain à autant de juridictions que possible. Et si vous avez le contrôle sur l’utilisation de la force dans une juridiction étrangère, cette juridiction fait partie par définition de votre Etat. Donc, il est impliqué dans ce projet d’amener le plus grand nombre possible d’Etats sous la loi américaine et de les remettre en route. Cet article dit qu’il y a quelque chose comme 60 territoires où ils arrêtent les gens et où ils les poursuivent à Alexandria, en Virginie. Il est également chargé de l’affaire Kim Dotcom.

JA: Il y a donc la question de savoir s’il existe déjà un acte d’accusation secret. S’il y a un acte d’accusation secret, nous le croyons à cause des nombreuses preuves à travers les fuites, mais surtout à cause du comportement du Ministère de la Justice et de Neil MacBride, et à travers les questions, qu’il existe un acte d’accusation secret.

CH: Qu’est-ce que cela veut dire, un acte d’accusation secret? En termes de, par exemple —

MR: S’il y a une mise en accusation et qu’ils ne donnent pas d’avis public à ce sujet —

CH: Pourquoi ne le feraient-ils pas?

MR: Eh bien, parce que dans ce cas, la personne est —

JA: C’est normal.

MR: Oui, c’est normal, si la personne est en dehors du pays —

JA: La personne n’a pas encore été arrêtée.

MR: Ils ne veulent pas télégraphier à cette personne, « vous avez été mis en examen. »

JA: Si la personne n’a pas encore été arrêtée, c’est normal. L’acte d’accusation est secret. Et aussi, du point de vue de la loi, c’est une infraction pénale pour tout responsable américain au courant de l’acte d’accusation secret de parler à toute personne, même à un autre responsable américain, de l’existence de l’acte d’accusation secret, sauf dans le cadre de l’exécution d’un mandat.

CH: Et pouvez-vous me dire s’il y a eu des indications publiques qui semblent faire allusion à l’existence d’un acte d’accusation secret?

JA: En vertu de leur propre procédure, si vous demandez « Êtes-vous un sujet, cible ou témoin d’une enquête du grand jury? », ils sont supposés vous le dire. Mais ils refusent de le faire.

MR: Vous ne pouvez pas aller au tribunal pour ça, mais leurs lignes de conduite disent —

JA: Leurs lignes de conduite disent —

CH: Si vous demandez donc est-ce que vous êtes un sujet, cible ou témoin du grand jury, ils devraient vous le dire.

JA: Ils sont supposés le faire. Les lignes de conduite, les principes de conduite des poursuites judiciaires sont qu’ils devraient vous le dire. Et ils refusent totalement de s’engager sur cette question.

CH: Vous leur avez posé la question?

JA: Oui, nous avons posé la question. Ils refusent de s’engager.

CH: Oh, c’est intéressant.

JA: Mais quand vous dites, « Avec qui devrions-nous parler à ce sujet? », ils disent « ce gars-là, ce gars-là » — vous savez, il y a un « gars » qui est chargé de répondre à cette question, mais il refuse de s’en mêler. Pourquoi? Eh bien, l’explication la plus simple est qu’il serait en violation de cette loi qui dit que vous ne le pouvez pas.

CH: Avez-vous une idée du moment où cet acte d’accusation secret a pu tomber?

JA: Il y a une fuite de Stratfor, qui était un mail interne de Stratfor, qui dit « merci de ne pas publier … il y a un acte d’accusation secret contre Assange. »

CH: Ah oui, je m’en souviens.

JA: Le vice-président.

CH: Je me souviens que —

JA: Il travaillait pour le Service de la Sécurité Diplomatique [des Etats-Unis], donc il a effectivement eu… d’autre part, c’est un gars qui est un peu rapide et imprécis avec les enregistrements, donc. …

CH: Avez-vous une idée du moment où cela est arrivé?

JA: Eh bien, si… cet email datait de 2011, début 2011. Quelqu’un a dit que, peut-être, ils avaient fait un acte d’accusation et qu’ils étaient tous prêts, parce que si je gagnais l’affaire ici, l’affaire d’extradition, alors ils avaient besoin d’agir rapidement. Ou bien il est possible qu’il s’agissait d’un projet de mise en accusation. Ils… ils ont toujours un projet de mise en accusation prêt à sortir au cas où ils en aient besoin. Alors peut-être que le projet de mise en accusation était toujours prêt à sortir et ils ne l’ont pas déposé avant la date prévue pour plus tard. Mais ce qui est très suspect, c’est que bien sûr, ils ont dit publiquement « l’enquête est en cours », mais ils refusent de suivre leur procédure et de confirmer mon statut, ce qui serait naturel s’il y avait un acte d’accusation secret.

Interview, partie 2 (télécharger l’audio 2): Julian Assange fait part de ses réflexions sur l’affaire Bradley Manning

Chris Hedges: Y a-t-il quelque chose qui vous a frappé, vous a surpris, dans la déclaration de Bradley Manning?

Julian Assange: Tout. [rires]

CH: Oh, vraiment? OK.

JA: Cela doit être ma réponse.

CH: Nous étions là-bas, et c’était très émouvant. Oh mon dieu, c’était tellement émouvant. Ca vous brisait le coeur. C’était vraiment —

Michael Ratner, avocat d’Assange: Incroyable.

CH: Oui, ça l’était vraiment. Et il était si posé.

MR: Oh, c’était remarquable!

CH: C’était vraiment remarquable, articulé.

JA: Je pensais que les médias traditionnels… ce que j’appelle — j’utilise différentes expressions pour cette bête. Je pense que cette semaine, je suis dans les « vieux médias ». La façon dont les vieux médias ont dressé son portrait consistait à lui enlever toutes les qualités héroïques. Et une qualité héroïque consiste à décider de faire quelque chose, contrairement à ce qui est une expression inconsciente et irraisonnée de la folie ou de la frustration sexuelle, ou quoi que ce soit d’autre. Personne ne peut vous suivre — vous ne pouvez pas suivre les pas de quelqu’un, à moins que la personne que vous suivez ait fait des choix, et vous pourriez peut-être —si elles [ces personnes] ont fait des choix et si elles ont accompli certaines choses, alors vous pourriez être en mesure également de choisir de faire la même chose. Mais si vous avez fait des choses parce que vous étiez un homosexuel fou, et personne ne peut choisir d’être un homosexuel fou. Alors, ils l’ont dépouillé — ils ont voulu le dépouiller de tout son raffinement.

CH: Vous savez, je sais très bien —

JA: Vous pourriez dire, regardez, c’est un événement rare. Pourquoi un événement rare se produit? Eh bien, que savons-nous? La plupart des gens ne sont pas capables de faire ça. Disons que peu importe qui était cette personne, si l’idée est que c’est Bradley Manning, alors que savons-nous au sujet de Bradley Manning? Nous savons qu’il a remporté trois prix scientifiques, autrement dit nous savons que ce mec est brillant. Nous savons qu’il était intéressé par la politique très jeune, et il était éloquent et franc, et il n’aimait pas le mensonge. Et nous savons qu’il était préoccupé par l’état du monde. Et nous savons qu’il était doué dans son travail d’analyste du renseignement. Et ces choses suggèrent que si vous allez dire, quoi, soyez prudent, que la combinaison des capacités et des motivations qui pourraient causer une action, alors voici les talents et les vertus qui pourraient perceptiblement donner lieu au phénomène. Mais au lieu de cela, les gens vont… ils regardent tout le, vous savez, ils disent: « Oh, c’est un homosexuel, c’est la réponse. » Dix pour cent, 10 pour cent de l’armée américaine sont des homosexuels; au moins 50 pour cent sont de familles brisées. OK? Vous prenez ces deux facteurs ensemble, ce qui vous ramène à 5 pour cent, on va dire; un pouvoir très instructif, il y a 5 millions de personnes avec des habilitations actives de sécurité, donc cela vous ramène à combien, 25? Non, cela vous ramène à 250 000 personnes. Vous devez maintenant descendre de 250 000 à un seul.

CH: Eh bien, disons que la manière la plus simple de survivre dans les médias, c’est d’adopter le stéréotype dominant et de courir avec, et si vous contestez le stéréotype — je parle juste comme quelqu’un qui a été à l’intérieur de cette organisation — vous, en tant que journaliste, vous allez prendre beaucoup de merde de vos éditeurs, mais surtout celle des autres journalistes qui colportent cette merde. Et ainsi c’est devenu, ils ont très habilement créé une sorte de fausse personnalité, complètement fausse, évidemment.

JA: C’est cette Côte Est — je pense que tout comme Freud est entré dans la Côte Est [rires] des Etats-Unis, ensuite ils ont commencé à travailler avec les fils et les filles des gens riches qui étaient perturbés. Et ensuite c’est devenu une icône de prestige d’avoir un psychiatre. Je veux dire, combien c’est absurde, combien c’est absurde que pour être une personne ayant correctement réussi, sur la Côte Est des Etats-Unis, en tant que femme, vous devez avoir un psychiatre, et en tant qu’homme, vous devez avoir un avocat?

Source: http://www.truthdig.com/avbooth/item/listen_chris_hedges_interviews_julian_assange_20130505/

JolPress: Jean-Luc Mélenchon rend visite à Julian Assange à l’ambassade d’Équateur

Réfugié à l’ambassade d’Équateur de Londres depuis plusieurs mois, Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a reçu la visite de Jean-Luc Mélenchon, jeudi 6 décembre. Le président du Front de gauche a affirmé que la situation de Julian Assange, recherché par la Suède pour viol et agressions sexuelles présumés et par les États-Unis pour l’affaire des télégrammes diplomatiques, était celle d’un « prisonnier ».

Assange - Mélenchon

Le co-président du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a rendu visite au fondateur de WikiLeaks, l’Australien Julian Assange, jeudi 6 décembre, alors que ce dernier est réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres, depuis juillet dernier.

Jean-Luc Mélenchon apporte son soutien a Julian Assange

L’ancien candidat à la présidentielle, qui n’avait jamais rencontré Julian Assange mais l’avait déjà invité à participer, par le biais d’une vidéoconférence, à l’un de ses meetings, a affirmé son soutien à celui qu’il qualifie de « prisonnier ».

Jean-Luc Mélenchon a également souligné « l’attitude très courageuse » de l’Équateur qui a accueilli Julian Assange comme un réfugié politique, « contrairement à beaucoup d’autres pays » qui « ont bel et bien laissé choir » le fondateur de WikiLeaks.

« La situation de Julian Assange est celle d’un prisonnier »

« Je suis un ami de la révolution citoyenne en Équateur et donc je me sens comme un devoir de venir au contact de mes amis, leur exprimer de la reconnaissance et de la solidarité », a affirmé Jean-Luc Mélenchon lors d’un point presse avec l’ambassadrice équatorienne Ana Alban.

« En réalité, la situation de Julian Assange est celle d’un prisonnier », a-t-il ajouté, renouvelant son soutien à celui qui est accusé d’agressions sexuelles en Suède et recherché aux États-Unis pour avoir rendu public les fameux télégrammes diplomatiques qui ont rendu WikiLeaks célèbre.

« Il est prêt à aller se défendre. On ne demande qu’une chose : que la Suède s’engage à ne pas livrer Monsieur Assange aux États-Unis d’Amérique parce que dans le cas où elle le ferait, son sort est connu d’avance, il suffit de voir comment est traité Monsieur Manning », a finalement affirmé Jean-Luc Mélenchon.

La peur de l’extradition vers les États-Unis

Interrogée sur l’état de santé de Julian Assange, l’ambassadrice Ana Alban a affirmé que rien ne nécessitait « un suivi médical » pour son hôte. Elle n’a cependant pas caché son inquiétude quant à une dégradation possible de son état de santé dans la mesure où Julian Assange réside dans un espace confiné. Ana Alban a affirmé qu’un médecin visitait régulièrement le réfugié politique.

Réfugié à l’ambassade d’Équateur depuis plusieurs mois, Julian Assange redoute d’être extradé vers la Suède, non pas pour les accusations de viol et d’agressions sexuelles qu’il nie mais pour l’éventuelle extradition vers les États-Unis qui suivrait ensuite.

Alors que l’Équateur a proposé deux alternatives pour résoudre le cas Assange : que le Royaume-Uni accorde un sauf-conduit à Julian Assange ou que la Suède s’engage à ne pas l’extrader vers les États-Unis, les autorités n’ont pas encore donné leur réponse.

Source: http://www.jolpress.com/international-jean-luc-melenchon-visite-julian-assange-ambassade-equateur-londres-extradition-article-815521.html

Le cofondateur de Pirate Bay face à de nouvelles, et quelque peu vagues, allégations de fraudes

Comme si sa nouvelle vie dans une prison suédoise – prétendument à cause du piratage de données fiscales de la compagnie suédoise Logica – ne suffisait pas, le cofondateur de The Pirate Bay, Gottfrid Svartholm Warg (alias “Anakata” pour ses amis pirates), fait face maintenant à des suspicions additionnelles de fraude aggravée et de tentative infructueuse de fraude aggravée. Bien qu’il ne s’agisse pour le moment que de « suspicions », et non d’ « accusations », cela est suffisant aux gens officiels pour détenir une personne de manière indéfinie, car c’est ainsi que cela se passe en Suède.

Sous la loi suédoise, les suspects peuvent être détenus pour des suspicions de crimes sans être a priori sous le coup d’accusations, aussi longtemps que le juge réexamine le dossier, toutes les deux semaines. Le juge décide alors si le suspect peut repartir libre ou non, mais prenant en compte le fait que Warg est en prison depuis septembre de cette année pour des accusations antérieures, il peut probablement s’attendre à être déçu de la décision du juge toutes les deux semaines.

La bonne nouvelle pour Warg est que sa détention actuelle ne peut excéder celle de sa sentence première de 10 mois, et que son incarcération en cours compte comme un temps qui sert celui de la sentence. La mauvaise nouvelle est que les prisons, même en Suède, sont renommées pour être des lieux pénibles où passer n’importe quelle période réelle de temps.

Traduit depuis l’anglais: http://www.geekosystem.com/pirate-bay-fraud/

Pour en savoir plus sur le début de l’affaire Anakata:

http://www.the-drone.com/magazine/le-co-gourou-de-the-pirate-bay-arr%C3%AAt%C3%A9-au-cambodge/

http://www.01net.com/editorial/572845/l-etrange-extradition-du-cofondateur-de-the-pirate-bay/

L’ancien ambassadeur britannique Craig Murray s’exprime sur Assange


L’affaire Assange

Par craig, 2 septembre, 2012, 11:32 dans Entrevues

Un grand merci en effet à “Me in Us” pour cette transcription.

00:12 ONN : Bonjour. Nous sommes ici aujourd’hui à la maison de Craig Murray, le lanceur d’alerte et ancien ambassadeur en Ouzbékistan. Craig, je vous remercie d’être ici avec nous sur ONN aujourd’hui. Le dimanche, vous avez parlé publiquement en défendant Julian Assange dans un discours devant l’assemblée équatorienne. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lever et d’être compté comme parmi ses partisans?

Craig Murray : Eh bien, la raison principale est que j’ai été moi-même un lanceur d’alerte, actif avec d’autres lanceurs d’alerte, et j’ai vu tant de lanceurs d’alerte soumis à de fausses accusations, et dès que quelqu’un donne l’alerte, en particulier sur les aspects, si vous voulez, de la politique étrangère et de guerre des néoconservateurs, vous allez être une cible et vous allez être diffamé avec de fausses accusations, et si vous êtes un homme, je pense que dans tous les cas ces accusations vont impliquer des allégations sexuelles. Alors je pourrais juste voir, si vous voulez, un déni de justice dans ce processus, et je voulais faire quelque chose que je peux pour aider à y mettre fin.

01:16 ONN : Vous avez dit que les personnes qui sont des lanceurs d’alerte ne sont pas accusées de délits politiques, ils sont accusés avec des délits criminels. Souhaitez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Craig Murray : Oui, certainement, et je vais vous donner quelques exemples. James Yee, qui était aumônier à Guantanamo Bay, il a dénoncé les actes de torture et de mauvais traitements de détenus à Guantanamo Bay. Il a d’abord été accusé d’espionnage et des actes d’espionnage au profit d’un pays étranger. Ensuite, ces accusations ont été abandonnées et il a été accusé d’adultère, ce qui, apparemment, en vertu du droit militaire américain est un délit, et il a été accusé d’avoir eu de la pornographie sur son ordinateur du gouvernement, au travail, et il a été reconnu coupable de ces deux choses, et puis plus tard la condamnation a été annulée.

La brigadière Janis Karpinski était la dame en charge de tous les prisonniers de guerre irakiens en Irak, et pas seulement à Abou Ghraib. Elle était en charge de toutes les installations militaires. Elle n’était pas vraiment à Abou Ghraib, et en fait, elle avait seulement été à Abou Ghraib une fois. Lorsque l’histoire a éclaté à propos de toutes les tortures à Abou Ghraib, elle s’avança et elle a dit qu’elle avait personnellement vu un document signé par Donald Rumsfeld détaillant les formes de torture qui devaient être utilisées à Abu Ghraib, y compris les positions de stress, y compris la menace de prisonniers nus avec des chiens. Elle a dit que ces techniques ont été détaillées dans le document qui a été signé par Donald Rumsfeld. Elle a été rappelée aux Etats-Unis, et le jour suivant son retour aux États-Unis, elle a été surprise en train de voler à l’étalage et accusée de vol à l’étalage.

Scott Ritter a été inspecteur d’armes irakiennes dans la même équipe ONU avec David Kelly. Il était capitaine dans la marine américaine. Il a déclaré qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive irakiennes. À son retour aux États-Unis, il a été emprisonné dans un piège de miel sexuel, via l’ordinateur, par un agent du FBI, et cela a été admis en justice, que c’était un agent du FBI qui l’a piégé.

03:51 ONN : Pour ceux qui ne connaissent pas, qu’est-ce que ce terme « piège de miel » signifie?

Craig Murray : Un piège de miel, c’est quand vous mettez, si vous voulez, un leurre sexuel dans le but d’attraper quelqu’un, pour inciter quelqu’un à un acte sexuel qu’il pourrait autrement ne pas avoir commis, si vous n’aviez pas mis une tentation sur son chemin. C’est un terme fréquemment utilisé dans les cercles d’espionnage et cercles diplomatiques, parce que c’est une technique bien connue des services de sécurité. Et Scott Ritter est tombé dans ce piège de miel et il a été en fait reconnu coupable de pédophilie, parce que même si l’agent concerné était une femme adulte, elle utilisait la profil Internet d’une personne mineure. Mais – et le cas de Scott Ritter est le seul où je pense qu’il peut y avoir une part de vérité dans ces allégations, et dans son cas, ça n’aurait pas eu lieu – tout cela ne serait pas arrivé si le FBI n’avait pas mis cette situation en place et sorti pour le chercher.

Et je dois dire que ce sont tous des gens que je connaissais personnellement. Deux d’entre eux sont des gens que je connaissais avant qu’ils soient accusés. Et cela arrive à tout le monde. Et la même chose m’est arrivé. J’ai sonné l’alarme sur la complicité britannique dans la torture, la complicité du MI6 dans la torture en Ouzbékistan et sur les restitutions extraordinaires. J’ai été immédiatement accusé d’allégations sexuelles, en effet avec l’extorsion sexuelle des demandeurs de visa. Il m’a fallu, vous savez, 18 mois de véritable enfer, pour être honnête, pour laver mon nom. Parce que, vous savez, je sais que lorsque les gens jettent ce genre d’allégations sur vous, cela ternit votre nom à jamais. Il est très facile de détruire la réputation de quelqu’un par des allégations sexuelles.

Donc, pour moi, la chose absolument extraordinaire, c’est que, vous savez, après que cela soit arrivé à James Yee, c’est arrivé à moi, c’est arrivé à Scott Ritter, c’est arrivé à Janis Karpinski, ils ont utilisé le même truc encore et encore, et maintenant, ils le font avec Julian Assange, et quiconque prend au sérieux ces accusations, cela m’étonne, parce que l’idée que les gens ne peuvent pas voir ce qui se passe dans le monde et la façon dont les lanceurs d’alerte sont persécutés, pour moi, c’est étonnant. Et le fait que rien de ce que je viens de vous dire, vous ne le trouverez pas dans les médias traditionnels, vous savez, cela devrait vraiment, vraiment alarmer les gens sur le genre de monde dans lequel nous vivons.

06:30 ONN : Oui, il semble y avoir un échec plutôt général des grands médias pour faire face à ces questions. Je veux dire, à votre avis, est-ce que les journalistes font leur travail correctement?

Craig Murray : Non. Je veux dire, il me semble qu’il y a très peu de journalisme réel dans ce qu’on pourrait appeler les médias payants. Et une partie de cela, bien sûr, tient à ce que, vous savez, les médias appartiennent à un très petit nombre de gens, et vraiment, les gens doivent écrire ce que leurs patrons veulent qui’ils écrivent. C’est très, très difficile de trouver la vérité dans les médias sur n’importe quel sujet que ce soit. Par dessus tout, bien sûr, les journaux, qui en réalité emploient beaucoup moins de journalistes qu’auparavant. Il y avait une époque où les journaux individuels dans la rue Fleet avaient 30 ou 40 correspondants à l’étranger par journal. Maintenant, il n’y a pas 30 ou 40 correspondants à l’étranger pour l’ensemble de l’industrie de la presse britannique.

Donc, leur nombre a baissé, et la plupart du temps ils passent leur temps, vous savez, à couper et coller des communiqués du gouvernement et en relâchant l’histoire, l’histoire que les gens qui possèdent les journaux veulent qu’ils entendent.

Il en va de même pour les médias audiovisuels, qui ont à nouveau exactement le même cercle restreint de propriétaires privés, sauf s’ils appartiennent au gouvernement. Quoique le gouvernement, bien sûr, est possédé par les mêmes personnes qui possèdent les journaux, il n’y a pas vraiment beaucoup de différence.

08:10 ONN : Alors, que pensez-vous des allégations réelles, la substance même des allégations formulées contre Julian Assange? Je veux dire, existe-t il aucune preuve du tout, que vous pouvez voir?

Craig Murray : Je veux dire, dans une certaine mesure, cela n’a presque pas d’importance parce que, comme je le dis, après avoir vécu cela moi-même et après avoir vu tous les lanceurs d’alerte que je connais subir la même chose, ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils le fassent à Julian Assange. Alors, la question de ce dont ils l’ont accusé ou quelles accusations ils ont réussi à falsifier, cette question est presque sans importance.

Je dirais, vous savez, que choisir des allégations de viol et allégations sexuelles est très intelligent. La CIA en effet sait ce qu’elle fait. Tout d’abord, parce que rien ne ternit votre nom de cette manière. Les gens pourraient vous pardonner d’être un voleur dans une banque, ils pourraient même éventuellement vous pardonner d’être un meurtrier, si vous avez dit que vous l’avez fait dans le feu de l’action, mais personne ne pourra jamais vous pardonner d’être un violeur ou un pédophile. Donc, le choix de l’allégation est très intelligent.

En outre, il divise la gauche. Si les Six de Birmingham avaient été inculpés de viol, ils seraient encore en prison aujourd’hui, parce que personne n’aurait jamais été autorisé dans une campagne publique à mettre en cause les preuves contre eux, parce que, malheureusement, à cause des problèmes réels avec le viol, le viol authentique, qui reste impunis dans la société, la réaction est que beaucoup de gens parfaitement honnêtes pensent que la seule façon de corriger ce déséquilibre est en supprimant, essentiellement, toute protection aux personnes accusées de viol. Et ce point de vue est profondément soutenu par des personnes réelles et honnêtes qui se préoccupent de la position des femmes dans la société. Mais une fois que vous avez l’acceptation sociale selon laquelle il ne devrait pas être autorisé dans le discours public de contester les gens qui font des accusations de viol, cela constitue l’outil idéal à utiliser pour un service de sécurité, car tout le monde a convenu à l’avance que c’est le seul crime où personne ne va s’engager contre le déni de justice pour contester les éléments de preuve ou pour contester les accusateurs.

Et, comme je le dis, vous avez tellement de gens à gauche dont la principale préoccupation politique est le féminisme, qui sont utilisés comme des «idiots utiles» par la CIA, qui ont été utilisés dans des attaques au vitriol contre Julian Assange, qui appellent les gens comme moi des apologistes du viol, tout simplement parce que la CIA a été très, très attentive à choisir la seule accusation qu’ils vont toujours maintenir, que ce soit vrai ou non. C’est ça le principal problème avec les allégations.

Mais, non, je veux dire, il faut bien étudier les détails à la fois des allégations elles-mêmes et des gens qui font les allégations et les procédures qui ont été adoptées. Parce que même si vous ne saviez pas tout le contexte que je vous ai donné sur la façon dont les lanceurs d’alerte sont toujours poursuivis avec ces allégations, même si vous ne saviez pas ça, rien qu’avec un examen attentif des preuves dans cette affaire, ce qui est largement disponible sur Internet, tout le monde concluera que cela a été une manipulation. Je ne vois pas comment on peut sérieusement étudier les faits de la cause et ne pas penser que c’est une manipulation.

11:46 ONN : Vous avez mentionné l’autre jour, vous avez donné une interview, et vous avez mentionné l’un des accusateurs d’Assange par son nom, Anna Ardin, et cela a provoqué un grand tapage. J’ai fait quelques recherches et j’ai découvert qu’elle est en fait une politicienne social-démocrate. Pensez-vous que ce sont des faits qui doivent être largement diffusés auprès du public? Maintenez-vous le fait que vous avez nommé Anna Ardin comme l’une de ses accusatrices?

Craig Murray : Tout à fait. Le point le plus important à cet égard est que Anna Ardin s’est nommée elle-même. Elle a donné de nombreuses interviews à la presse sous son propre nom accusant Julian Assange, la première que je peux trouver était en Août 2010. Mais j’ai trouvé au moins 30 entrevues avec les médias qu’elle a donné, où elle est signalée comme Anna Ardin portant ces accusations, maintenant l’idée et en disant qu’elle ne travaille pas pour la CIA. Il est intéressant qu’elle ait ressenti le besoin de le dire. La plupart d’entre nous ne vont pas se promener en disant qu’ils ne travaillent par pour la CIA. Et aussi dire, vous savez, qu’Assange est un misogyne et un violeur et Dieu sait quoi d’autre.

L’idée que vous pourriez faire de telles accusations devant les médias – je ne veux pas dire en privé au tribunal- que vous pourriez sous votre propre nom faire de telles accusations devant les médias et que personne ne devrait être autorisé à vous répondre et personne ne devrait être autorisé à utiliser votre nom, même si vous l’avez placé vous-même dans les journaux, est un peu kafkaïen. En fait, je ne peux absolument pas comprendre pourquoi je ne devrais pas être autorisé à l’utiliser quand elle le met ouvertement dans le domaine public elle-même.

Et il y a, vous savez, plus de 200.000 recherches Google avec son nom, et elle a été nommée dans les grands médias de chaque pays majeur que je peux trouver à l’exception du Royaume-Uni. Elle a été nommée dans le New York Times. Elle a été nommée dans le Times of India. Elle a été nommée dans Paris Match. Elle a été nommée dans La Repubblica. Elle a été nommée dans Der Spiegel. Le Royaume-Uni est en fait le seul pays où elle n’a jamais été nommée par les grands médias, ce qui est encore une fois très étrange.

Mais, non, elle est elle-même un personnage avec une histoire très, très intéressante et des liens très, très intéressants, des liens politiques, qui ne se rapportent pas seulement au Parti Social-Démocrate en Suède, mais ce réseau de personnes dans la police, le procureur et Anna Ardin qui sont tous reliés, qui travaillent tous ensemble sur cette affaire, qui ont tous des liens de partis, c’est une chose qui pourrait elle-même rendre l’affaire irrecevable devant toute juridiction décente. Mais elle a aussi une histoire qui se rapporte à du travail avec des organismes financés par la CIA à Miami, Cuba et Buenos Aires. Donc, plus les gens étudient Anna Ardin, mieux c’est.

15:04 ONN : Vous allez faire référence, bien sûr, aux Dames en blanc, une organisation féministe à Cuba et aussi basée à Miami. Est-ce vrai?

Craig Murray : C’est vrai. Regardez, elle a un parcours intéressant et varié de travail dans des causes qui, disons, où il y a une zone d’intérêt commune en Amérique du Sud avec la CIA.

15:33 ONN : Il est également intéressant maintenant que c’est l’Équateur qui s’est dégagé, qui a initialement accordé la protection à Assange au sein de l’ambassade et lui a accordé l’asile complet. Donc, s’il est extradé vers la Suède, que serait le sort, selon vous, qui attendrait Julian Assange là-bas?

Craig Murray : Eh bien, sa crainte est qu’il serait très rapidement extradé de la Suède vers les Etats-Unis, soit extradé soit restitué. Et les Suédois ont maintenant réellement une sorte de droit à des restitutions version légale pour des restitutions temporaires rapides aux États-Unis, comme on les appelle. C’est ce qui inquiète Julian Assange. Bien que je dois dire, je veux dire, mon expérience de la façon dont ils traitent les lanceurs d’alerte et mon expérience de ce que nous avons vu du processus en Suède, je dirais qu’il doit y avoir une aussi grande peur qu’il va être injustement reconnu coupable de viol, et je suis sûr qu’il ne l’a pas fait. Mais s’il arrive en Suède, il sera immédiatement mis en prison. Il n’y a pas de provision pour caution. Et la chose que la plupart des gens ne comprennent pas, c’est que les procès pour viol en Suède ont lieu entièrement en secret, que personne ne verra jamais aucune des preuves. La prochaine chose que nous allons entendre est le verdict. À mon avis, le scénario le plus probable est que celui-ci a été concocté à l’avance et que le verdict sera qu’il est coupable. Et il est très possible de le faire parce que non seulement le procès est tenu en secret, mais il n’y a pas de jury.

Maintenant, je ne suis pas de ceux qui croient que seul le système judiciaire britannique est correct. De nombreux pays ont des systèmes différents et souvent ces systèmes fonctionnent très bien. Mais ce que vous avez avec le système du jury est une situation où les hommes et les femmes ordinaires, en effet, ont cette chance de tenir tête aux autorités et de dire ce qu’ils croient d’être vrai. Cela peut ne pas être une chance qu’ils prennent très souvent, mais cette possibilité est là. Lorsque vous ne disposez pas de jury, comme en Suède, les chances du gouvernement de sérieusement influencer le résultat, s’il le souhaite, sont assez fortes.

18:15 : Je prends l’exemple de l’enquête de Jean Charles de Menezes, par exemple, au Royaume-Uni. Dans ce cas, le juge, qui est nommé par le gouvernement – et souvenez-vous qu’il s’agit essentiellement d’une décision du gouvernement non seulement quels juges se font nommer mais aussi l’affectation des juges aux cas particuliers. Dans ce cas, le juge, et malheureusement, son nom m’a échappé parce qu’il était une disgrâce complètement sanglante, il a donné un résumé qui était totalement tendancieux et dans lequel il dit que le jury ne serait pas autorisé à rendre un verdict d’homicide illégal, et il voulait seulement leur donner le choix entre deux verdicts, dont l’un était un verdict ouvert, et l’autre était que le meurtre avait été légal, mais il ne voulait pas laisser leur permettre d’apporter un verdict d’homicide illégal, qu’il prononcerait ce verdict hors de l’ordre, ce qui est encore une disgrâce complète. Il a fait très clairement le verdict qu’il voulait, et c’était qu’il était légal. Mais ce n’est pas arrivé. Le jury est revenu et a dit non, nous allons ramener un verdict ouvert. Et ils l’ont fait, au grand dam du juge.

19:37 : L’affaire Clive Ponting, quand il fuit le fait que le Belgrano avait effectivement navigué loin des Îles Falkland au moment où il a été détruit avec des centaines de personnes qui ont été tuées, il a été inculpé avec ça en vertu de la Loi sur les secrets officiels. Il n’y avait aucun doute sur le fait qu’il était coupable. Il était sans aucun doute techniquement coupable. Le juge l’a dit, plutôt bien, dans son résumé de l’affaire. Et le jury a essentiellement dit au juge d’aller se faire voir et l’a déclaré non coupable. Donc, il y a toujours cette possibilité avec un système de jury.

Assange n’aura pas de jury. Il sera jugé par un juge professionnel et deux assesseurs non professionnels. Et les assesseurs non professionnels sont en fait littéralement des nominations des partis politiques. L’un sera nommé par le Parti conservateur suédois et l’autre par le parti social-démocrate suédois. Le Parti conservateur suédois est très fortement aligné avec George Bush et les néo-conservateurs, et le Parti social-démocrate est précisément d’ou viennent Anna Ardin, le procureur, l’enquêteur de la police et l’avocat d’Anna Ardin. Donc, il y a toutes les chances pour que ce procédé secret se traduise par un coup monté complet.

Et je pense que c’est bien que les gens aient mis l’accent sur la crainte qu’il puisse être extradé de la Suède vers les Etats-Unis, et je pense que c’est vrai et je pense que c’est légitime, mon opinion personnelle est qu’il y a un danger encore plus grand, un procès secret où personne ne peut avoir accès aux preuves et où ils annoncent aux médias complaisants qu’il a été reconnu coupable de viol à la fin.

21:17 ONN : Et puis c’est un fait accompli et on ne peut pas l’éviter.

Craig Murray : Exactement. Ensuite, c’est un fait accompli et ils le jettent en prison pour 10 ans. Puis, quand à la fin de cette période, il sort, il est envoyé vers les Etats-Unis et jugé pour des accusations de terrorisme, et à ce stade, bien sûr, il est un violeur condamné dans la mesure où les médias sont concernés, et de toute façon 10 ans ont passé et personne ne s’en soucie plus.

21:40  ONN : Ce serait un résultat terrible. Que penseriez-vous, que pensez-vous que serait le résultat si William Hague réalisait sa menace de prendre d’assaut l’ambassade équatorienne à ce point?

Craig Murray : Eh bien, c’est une menace absolument étonnante. Je dois dire que je sais avec certitude de la part des collègues, d’anciens collègues au sein du Foreign Office, qu’en faisant cette menace, William Hague a été très étroitement poussé par les Américains. Il a été soumis à une forte pression des Etats-Unis d’Amérique pour envoyer Assange en Suède. Ce qui, encore une fois, vous savez, contredit plutôt ceux qui disent qu’il n’y aurait aucune crainte d’extradition s’il se rendait en Suède. Pourquoi les Américains sont si désireux de l’envoyer là-bas? Pourquoi sont-ils si intéressés?

Mais ce serait une menace étonnante, car tout le monde dans le monde, sauf peut-être les chefs de gouvernement du Royaume-Uni et des États-Unis, considéreraient cela comme un acte extrêmement illégal. Ce serait un scandale diplomatique absolu et ce serait, vous savez, un crime d’agression contre l’Equateur.
Les répercussions diplomatiques seraient étonnantes pour le Royaume-Uni. Tout d’abord, aucune ambassade britannique ne serait en sécurité dans le monde, car tout le monde dirait: « Eh bien, nous pouvons faire la même chose que vous, nous pouvons changer la désignation de votre ambassade, et entrer, et en prendre le contrôle. » Et d’autre part, nos relations avec non seulement l’Amérique latine, mais la plupart des pays en développement, seraient au moins très, très sérieusement, en retrait.

Et vous devez vous rappeler que nous avons déjà assez de problèmes en Amérique latine. Tout d’abord nous avons le chauvinisme fou, des deux côtés, à propos des Îles Falkland. Ensuite, vous avez le fait que nous ne voulions pas extrader Pinochet alors que nous sommes si désireux d’extrader Assange pour des infractions qui, même si elles étaient vraies, ne s’additionnent pas à un cent millième de ce que Pinochet a fait. Et puis vous avez, bien sûr, comme je l’ai dit plus tôt, la mort de Jean Charles de Menezes. L’idée que la police métropolitaine, ayant tué Jean Charles de Menezes, nous permettrait de lancer une attaque physique sur une ambassade latino-américaine, est une idée tout simplement étonnante.

Donc, vous savez que les répercussions seraient énormes. Et je pense que Hague a absolument fait une folie de lui-même parce qu’il a fait une menace qui serait totalement désastreuse, s’il venait à la réaliser.

24:24 ONN : Et que dire de la légalité d’une telle chose? Utiliser la loi des locaux consulaires diplomatique de 1987 est ce que Hague a dit… le projet de loi qu’il a dit qu’il utiliserait?

Craig Murray : Eh bien, ce n’est qu’une absurdité totale, car il ne peut pas l’emporter sur le droit international. Vous ne pouvez pas avoir une législation nationale en conflit avec le droit international, en particulier un traité international dont nous faisons partie. Nous étions en fait, je crois, le deuxième signataire de la Convention de Vienne de 1961, et c’est le traité international le plus signé dans le monde. Et curieusement, même la loi de 1987 elle-même dit que ses dispositions doivent être conformes au droit international, et en fait cela dit la même chose dans la loi de 1987. Eh bien, il serait tout à fait contraire au droit international pour Hague de faire ce qu’il a prévu de faire. L’article 22 de la Convention de Vienne, partie 1, stipule absolument sans détour, sans aucune qualification supplémentaire, que les locaux diplomatiques sont inviolables. Un point, c’est tout. Et ils le sont. Vous savez, vous n’êtes pas autorisé à entrer dans les locaux diplomatiques de n’importe quel autre pays.

Même dans le chaos de l’Afghanistan, la Grande-Bretagne a abandonné son ambassade en Afghanistan, elle a retiré tous ses diplomates. Je ne suis pas sûr de cela. Je ne pense pas que nous ayons été jeté dehors. Je pense que nous avons quitté volontairement les lieux. Mais au moment de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, la Grande-Bretagne s’est retiré, et notre ambassade est restée vide pendant des décennies, pendant l’occupation soviétique, pendant le régime des talibans en Afghanistan, et le bâtiment de l’ambassade n’a été ouvert – bien que finalement nous ayons déménagé dans de nouveaux locaux, ce n’est pas l’édifice où nous sommes maintenant – mais le bâtiment originel de l’ambassade a été seulement ouvert à nouveau après l’invasion en 2001, 2002. Mais il avait été… pendant 20 ans, il était resté là, vide, sous le régime soviétique et sous les talibans, et ni les Soviétiques, ni les talibans, ne sont entrés dans l’ambassade britannique. Même si il n’y avait personne, sauf un gardien résident afghan, ils ont accepté l’inviolabilité des locaux des ambassades et ils ne sont pas entrés, ni les Soviétiques, ni les talibans. Maintenant, William Hague nous propose d’agir bien pire que sous les Soviétiques ou les talibans, et cela me paraît tout à fait étonnant. Il faut le voir pour le croire.

27:18 ONN : Ok, juste une dernière question avant de conclure ici, sur ce qui a été, que pensez-vous des chances réelles pour Julian Assange de faire une course d’obstacles, pour ainsi dire, et de se rendre en Équateur en toute sécurité? Voyez-vous pour lui un moyen de quitter la Grande-Bretagne maintenant et de se rendre en Amérique du Sud en toute sécurité?

Craig Murray : Physiquement, ça va être très difficile. Les chances d’aller en Equateur depuis l’ambassade dans le centre de Londres sans l’accord des autorités britanniques sont limitées. Vous pouvez, vous savez, nous pouvons tous penser à des sortes de scénarios d’évasions physiques, mais ils ne sont pas faciles. Il va falloir trouver une solution diplomatique. Je dirais que cela prendra un certain temps, je pense d’ici six mois. Il n’y aura pas beaucoup de sensibilisation du public pour que quelque chose ait changé, bien que des discussions aient été poursuivies dans les coulisses.

La solution évidente pour les Suédois est de dire qu’ils ne vont pas l’extrader vers les Etats-Unis, mais les Suédois refusent absolument de faire cela, et les États-Unis refusent de dire qu’ils ne chercheront pas l’extradition, parce que franchement il n’y a aucun doute du tout sur le fait que les États-Unis ont convoqué un grand jury pour chercher à poursuivre en justice Assange et WikiLeaks, et qu’ils ont bien l’intention de l’extrader vers les Etats-Unis. Donc, tout cela est très, très difficile.

Vous pouvez voir une sorte de solution de Lockerbie. L’auteur présumé de Lockerbie, M. Megrahi, a été jugé à La Haye en vertu du droit écossais par des juges écossais, car ils ne voulaient pas l’envoyer en Ecosse et ils ont convenu de tenir le procès dans des locaux communs. Les Hollandais ont accepté qu’un procès à La Haye puisse se ternir en vertu du droit écossais pour la période du procès. Ce n’est pas le plus heureux des précédents, parce que je pense que le procès était lui-même un coup monté et un déni de justice, mais il crée effectivement un précédent pour quelqu’un, d’être jugé par un Etat sur le territoire d’un d’autre, donc il existe un précédent en droit international si les gens recherchent cela.

Maintenant, comme je l’ai dit moi-même, mon opinion personnelle est que la condition de tout procès doit être que cela devrait être public. Je pense que cette affaire est de si haut niveau que les gens ont le droit de savoir quelle preuve a été donnée, ils sont en droit de savoir ce qu’est la défense, et franchement la défense est si forte qu’il serait très, très difficile de faire un coup monté pour la condamnation. Donc, quelque chose dans cet ordre d’idées.

Je ne sais vraiment pas à ce stade ce qu’est le jeu final. L’espoir du gouvernement britannique est que le gouvernement équatorien va changer. Il y a une élection en Equateur qui approche dans un avenir pas si lointain. Les gouvernements britannique et américain comptent sur les adversaires du président Correa – et ses adversaires sont bien sûr soutenus par la CIA, de toute façon – ils vont réussir à gagner cette élection et ensuite annuler sa demande d’asile diplomatique et de le remettre, et c’est la fin du jeu dans la mesure où les Britanniques et les Américains sont concernés. Donc je suppose qu’ils vont attendre le résultat de l’élection équatorienne. Je ne pense pas qu’ils vont faire de compromis du tout jusqu’après l’élection équatorienne, dans l’espoir que le gouvernement de l’Équateur change et qu’ils obtiendront essentiellement une administration fantoche américaine en Equateur qui va tout simplement le lui remettre.

31:49 ONN : Eh bien, je vous remercie beaucoup pour avoir parlé avec nous aujourd’hui, M. Murray. Cela a été fascinant et très instructif. Et merci à nos téléspectateurs. Merci de regarder cette interview ONN. J’espère que vous avez apprécié. Ok.

Craing Murray : Merci.

————
La transcription originale sur le site de Craig Murray : http://www.craigmurray.org.uk/archives/2012/09/the-assange-case/

Sur le forum : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,15680.0.html

Amnesty International: La Suède doit donner l’assurance qu’elle n’extradera pas Julian Assange vers les Etats-Unis

Les autorités suédoises doivent donner l’assurance au Royaume-Uni et à Julian Assange que, s’il quitte l’ambassade de l’Équateur à Londres et accepte de se rendre en Suède pour répondre d’accusations d’agression sexuelle, il ne sera pas extradé vers les États-Unis dans le cadre de l’affaire WikiLeaks, a indiqué Amnesty International.

Alors que le cofondateur de WikiLeaks s’est adressé à l’ONU et que des discussions doivent s’ouvrir entre le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, et des responsables équatoriens, Amnesty International a ajouté qu’il était temps de sortir de l’impasse.

« Si les autorités suédoises sont en mesure de confirmer publiquement que Julian Assange ne finira pas par se retrouver dans un avion vers les États-Unis s’il s’en remet à l’autorité des tribunaux suédois, cela pourrait permettre d’atteindre deux objectifs : premièrement, de sortir de l’impasse actuelle et, deuxièmement, de faire en sorte que les femmes qui ont porté des accusations d’agression sexuelle ne soient pas privées de justice, a expliqué Nicola Duckworth, directrice générale chargée des recherches à Amnesty International.

« Il est vital que les États se montrent déterminés à prendre en compte les allégations de violence sexuelle et à respecter les droits des femmes qui portent plainte comme ceux de la personne accusée. »

Amnesty International ne dispose d’aucun élément prouvant que la Suède prévoit d’extrader Julian Assange vers les États-Unis. Toutefois, à n’en pas douter, les craintes relatives à cette éventualité ont fortement pesé dans l’impasse actuelle.

Amnesty International estime que le transfert forcé de Julian Assange vers les États-Unis dans les circonstances présentes l’exposerait au risque réel de subir de graves violations des droits humains, notamment de son droit à la liberté d’expression, et au risque d’être détenu dans des conditions qui bafouent l’interdiction de la torture et de tout autre traitement cruel, inhumain et dégradant.

PRE01/458/2012

Le cas Assange: Le record du mensonge

L’Expresso, Stefania Maurizi, 28 août 2012

Ces jours derniers, beaucoup de fausses nouvelles ont été publiées au sujet de WikiLeaks et de son histoire… quand ce n’étaient pas des mensonges… L’Expresso les contredit: une a une.

Une saga pleine de mensonges. Des informations inexactes, et des analyses sans fondement. La superficialité de la presse est une des démonstrations les plus étonnantes de la guerre qui est menée contre Julian Assange et WikiLeaks.

Mais que d’erreurs! Si l’organisation commençait à intenter des procès, elle pourrait devenir millionnaire et résoudre le blocage financier illégal qui écrase le groupe et qui a été mis en place par les cinq géants financiers: Visa, Mastercard, Bank of America, Western Union, et PayPal , dès que WikiLeaks a commencé de publier les télégrammes diplomatiques Américains.

L’épidémie de balivernes a impliqué les médias du monde entier, et Julian Assange a demandé et obtenu des douzaines de mises au point, du Royaume-Uni aux USA. Et en Italie? Dans un article sévère de La Stampa, Gianni Riotta a récemment esquissé ce qu’est la parabole de WikiLeaks pour lui: « Une mauvaise histoire qui va de mal en pis », écrit-il, dénonçant le fait que la valeur fondamentale de l’organisation, la transparence, est devenue de l’opacité.

Riotta a écrit que Assange insiste sur « l’affaire politique contre lui pour ne pas affronter un procès pour viol », et que « pour éviter le procès à Stockholm », il s’est jeté dans les bras de gens comme le Président de l’Equateur, Rafael Correa. Il y a un petit détail qui semble échapper à l’éditorialiste: il n’y a pas de procès pour viol, il n’y a pas de convocation à la barre du tribunal, Julian Assange n’a jamais été mis en examen, et toute cette saga judiciaire commencée en août 2010 n’est que l’étape préliminaire d’une investigation qui dure depuis deux ans parce que les procureurs suédois ont refusé toutes les demandes d’Assange d’être interrogé à Londres, plutôt que d’être extradé à Stockholm.

Telle est la controverse dont tout le monde parle: la Suède ne demande pas l’extradition d’Assange pour le juger ou parce qu’il doit purger une peine. Depuis deux ans, la Suède insiste pour obtenir l’extradition seulement pour l’interroger et pour établir si les accusations des deux filles sont vraies: Assange doit donc être jugé ou alors l’accusation doit être abandonnée, lavant ainsi le nom d’Assange de cette tache infamante qu’est le viol. Personne n’est au-dessus des lois, Julian Assange non plus. Il doit répondre devant les juges des allégations de ces femmes.

Et la Suède est entièrement dans son droit d’avoir ses propres lois qui punissent un comportement comme un viol alors que d’autres pays ne le considéreraient pas comme tel, (le fait d’avoir une relation sexuelle consentie, mais sans utiliser de préservatif malgré la demande du partenaire). Mais, ce que le reste du monde ne comprend pas, c’est pourquoi Stockholm persiste à extrader Assange, alors qu’ils pourraient l’interroger à l’ambassade de Suède à Londres, comme demandé par son équipe d’avocats depuis le début. De même, ils pourraient l’interroger à l’ambassade d’Equateur, où il est réfugié, comme l’Equateur l’a proposé il y a quelques semaines. Assange ne demande pas à être interrogé dans un pub ou une salle de bingo: il est immédiatement disponible pour être interrogé à l’ambassade de Suède, ou à Scotland Yard. Mais la Suède a toujours refusé toutes ces solutions sans explication.

Riotta accuse Assange de mélanger « son combat initial avec le procès pour agression sexuelle ». Il ne mentionne pas qu’Assange a été défini comme un terroriste High Tech par le vice-président des Etats-Unis Joe Biden. Que la candidate républicaine Sarah Palin a publiquement demandé qu’Assange soit traité « comme un membre opérationnel d’Al-Qaïda ». Que Bob Beckel (Fox TV) était d’avis de « buter illégalement cet enfoiré de fils de pute ».  Qu’un plan anti-WikiLeaks a vu le jour publiquement en février 2011 , et qu’il portait la marque de Palantir Technologies d’Alto Palo, une des plus inquiétantes compagnies High Tech en affaires avec le Pentagone, et soutenue par l’entreprise In-Q-Tel de la CIA.

Il n’y a pas de preuve pour affirmer que les accusations de viol contre Assange sont juste un coup monté. Mais il est intéressant de lire ce que l’agence privée de renseignements Stratfor pense de cela dans ses mails internes et privés (aussi publiés par l’Expresso) qui maintenant sont publics parce qu’un collectif Anonymous a attaqué ses serveurs, emportant 5,3 millions de mails. « C’est très rare que les accusations de violences sexuelles soient gérées par Interpol par une notice rouge, comme dans ce cas » écrit Stratfor en se référant au mandat d’arrêt émis par Interpol le 30 Novembre 2010 qui a fait d’Assange un homme recherché dans le monde entier. « Il n’y a donc pas de doute que cela a pour but d’empêcher la fuite des documents du Gouvernement par WikiLeaks ».

C’est un point de vue très intéressant, parce qu’il ne peut pas être suspecté de sympathie envers WikiLeaks. Sans aucun doute Stratfor n’aime pas WikiLeaks, au point que dans le secret de ses échanges internes, un analyste de l’agence écrit : « Le fondateur devrait être soumis au waterboarding ». Et aussi : « Je suis d’accord pour utiliser n’importe quelle accusation inventée pour faire disparaître cet homme et son site. Et je voudrais donner la putain de tête de ce soldat, Bradley Manning, aux chiens, ou peut-être lui faire subir les choses que les Iraniens font à nos sources en Iran ».

Pour Riotta, Julian Assange utilise « le génie des relations publiques qui le caractérise » pour mélanger l’affaire de Stockholm et celle de Washington, manipulant la situation à son avantage. Il n’y a pas d’espace pour la crainte d’Assange que l’extradition en Suède puisse être seulement le prélude à celle vers les Etats-Unis.

Ses détracteurs écartent cette crainte avec une rage qui étonne. D’où leur vient une telle conviction ? Ils assènent qu’il n’y a aucune preuve que les Etats-Unis veuillent l’extrader. Qu’est-ce qu’il leur faut ? Un SMS d’Obama? Toute l’affaire des dossiers secrets du Pentagone et du gouvernement des Etats-Unis relève de la Sécurité Nationale, donc, c’est secret.

Il y a des personnes en relation à des degrés divers avec WikiLeaks appelées à témoigner devant le Grand Jury d’Alexandrie, Etat de Virginie, à propos de la publication des télégrammes diplomatiques. En juin 2011, l’Expresso a rencontré l’un d’entre eux, ancien chercheur au MIT à Boston, David House.

« Si les investigations du Grand Jury ne sont plus en cours et ont été closes, pourquoi les Etats-Unis ne le déclarent pas sans ambiguïté, au regard du contexte diplomatique autour du cas Assange? » explique, à L’Expresso, Michael Ratner (Centre pour les droits constitutionnels de New York) qui assiste Bradley Manning et WikiLeaks. Il ne paraît étrange à personne que le Royaume-Uni en soit arrivé à menacer de violer l’immunité de l’ambassade d’Equateur, et ce, d’après les estimations publiées dans les journaux anglais, au moyen d’un siège des forces de police au prix de 50 000 livres par jour ?

Est-il jamais arrivé auparavant qu’autant de ressources et d’énergies aient été dépensées pour interroger un homme pour seulement des soupçons de viol? Le jour où l’Equateur a accordé l’asile à Julian Assange, l’ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, Craig Murray, a révélé cette information sur ​​son site: « Je suis venu en Angleterre aujourd’hui et j’ai appris avec consternation, de ma source au sein du bureau des Affaires étrangères, que le gouvernement britannique a vraiment décidé – après une forte pression  par l’administration Obama – d’entrer à l’ambassade de l’Équateur et d’arrêter Assange ». Pendant plus de 20 ans, Murray a été un membre du personnel diplomatique de Sa Majesté. Il ne manque pas de sources, bien sûr.

Riotta pense que Assange est coupable d’avoir demandé l’asile à l’Equateur, dont le président réprime les médias. « Si vous n’êtes pas d’accord avec Correa, vous ne pouvez pas parler à la radio ou à la télévision », écrit-il. Il mentionne des défections au sein d’experts informatiques de WikiLeaks, « déçus par les comportements égocentriques de l’ancien dirigeant ». Ce sont de vieilles histoires de deux ans et chaque journaliste qui travaille avec WikiLeaks peut dire qu’elles sont dépassées. Après la grande rupture entre Assange et l’ancien numéro deux de l’organisation, Daniel Domscheit Berg, WikiLeaks est stable aujourd’hui et si elle travaille moins, c’est parce que sa situation financière est bloqué du fait de l’affaire des cartes de crédit.

Les gens qui travaillent à plein temps pour WikiLeaks doivent être payés, mais comme l’argent fait défaut, WikiLeaks a dû se passer de techniciens expérimentés sur des projets cruciaux. L’embargo économique a causé des problèmes dévastateurs. Ce pourrait être un précédent dangereux, parce que cela affecte WikiLeaks aujourd’hui, mais cela pourrait affecter n’importe quelle ONG ou média  que les banques ou les groupements de cartes de crédit n’aiment pas.

WikiLeaks est une organisation parfaitement légale qui n’a jamais été condamnée, ni accusée d’aucun crime. Pourquoi Visa, MasterCard, Bank of America, Western Union et PayPal ont-ils bloqué les donations quand WikiLeaks a commencé à publier les télégrammes diplomatiques? L’éditorialiste de La Stampa voudrait égratigner Assange pour sa requête d’asile à l’Equateur, ennemi de la liberté de la Presse, mais ne mentionne pas cet embargo qui est une sérieuse atteinte à la liberté d’expression.

Mais la bête noire de tous les journalistes occidentaux, y compris Riotta, c’est Russia Today TV, le ventriloque du Kremlin. Julian Assange et WikiLeaks ont travaillé avec des douzaines de médias ces deux dernières années, journaux, radios et TV. De Asahi Shimbun au New York Times, du Monde à Der Spiegel, de Al-Akhbar au Liban à The Indu en Inde, du pakistanais Dawn à l’égyptien Al Masry Al Youm et au malaisien Malaysia Today. L’Expresso a collaboré avec WikiLeaks depuis 2009, quand l’organisation nous a donné un fichier audio sur le rôle supposé des services secrets italiens dans le scandale des poubelles de Naples.

Depuis lors, L’Expresso a travaillé sur toutes les publications, des dossiers Afghans jusqu’aux actuels fichiers syriens. Pendant ces trois années, il a vu la naissance et la mort d’accords entre WiKiLeaks et des médias des cinq continents. Et il a vu des attaques contre Assange pour n’importe quoi qu’il décide de publier, ou non. Le dernier projet, les fichiers syriens, a conduit la Pravda à publier un article délirant contre Assange pour avoir choisi de rendre publics ces documents sur la dictature d’Assad.

Mais actuellement, WikiLeaks est mis sur la croix pour sa collaboration avec Russia Today. La seule voix isolée a été Glenn Greenwald, chroniqueur du Guardian. Il a écrit: « Il y a apparemment une règle qui dit qu’il est tout à fait correct pour un journaliste de travailler pour un média détenu et contrôlé par un fabricant d’armes (GE / NBC / MSNBC), ou par les gouvernements américain et britannique (BBC / Stars & rayures / Voice of America), ou par Rupert Murdoch et le prince saoudien Al-Walid Bin Talal (Wall Street Journal / Fox News), ou par une société bancaire qui depuis longtemps possède des liens avec des gouvernements de droite (Politico)… », estime Greenwald. « Mais c’est une violation intrinsèque de l’intégrité journalistique de travailler pour un média appartenant au gouvernement russe ».

Personne n’avait rien à redire lorsque l’ancien directeur du New York Times, Bill Keller, a révélé le contexte de la publication des câbles dans son e-book sur WikiLeaks, intitulé « Open Secrets » (Secrets Ouverts). Keller a indiqué que, neuf jours avant le grand scoop, le rédacteur en chef du New York Times de Washington, Dean Baquet, avait averti la Maison Blanche. Immédiatement après, Baquet et deux journalistes ont été invités dans « une pièce sans fenêtre au Département d’Etat, où ils ont rencontré un groupe de personnes qui ne rigolaient pas du tout: les représentants de la Maison Blanche, du Département d’Etat, le Bureau du directeur des renseignements nationaux , la CIA, la Defense Intelligence Agency, le FBI, le Pentagone, se sont réunis autour d’une table. D’autres, qui ne se sont jamais présentés, étaient présents à la réunion, s’ adossant aux murs ». La réunion était hors procès-verbal (« off-the-record »), alors Keller n’avait pas révélé ce qu’ils ont dit. Mais il révèle cependant que, dans les jours suivants, les réunions ont été plus calmes avec la rédaction du New York Times de Washington qui « avant toute discussion, envoyait une série de câbles destinés à être publiés dans les prochains jours ». En d’autres termes, le journal le plus grand et plus puissant de l’Occident, l’icône mondiale du journalisme, a publié les câbles sous la supervision du gouvernement américain. Vive la liberté de la presse.

Traduit par Irien et Arduenna Silva

Lien vers l’article italien sur le Forum WikiLeaks : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14202.0.html

Lien vers la version anglaise sur le Forum WikiLeaks : http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,14292.0.html

Lien vers l’article original : http://espresso.repubblica.it/dettaglio/caso-assange-il-record-di-falsita/2189846//0

L’Avocat de Julian Assange: “Un homme innocent persécuté, et des crimes de guerre US impunis”

Interview réalisée le 10 septembre 2012, sur Actualidad RT.

Le Juge Baltasar Garzon, Avocat de Julian Assange

Baltasar Garzón est un habitué de la tension et des conflits inhérents au combat contre les injustices commises par les gouvernements. Dans une interview exclusive à RT (Russia Today), le juriste espagnol a expliqué pourquoi le fondateur de WikiLeaks et lanceur d’alerte Julian Assange “mérite d’être défendu”.

La bataille apparemment intraitable entre l’Équateur et le Royaume-Uni autour de Julian Assange a braqué un projecteur sur le sentier périlleux qu’empruntent les lanceurs d’alerte en exposant les abus de pouvoir des États.

Avec Assange cloîtré à l’intérieur de l’Ambassade équatorienne depuis juin, la décision du petit pays latino-américain d’accorder l’asile politique au fondateur de WikiLeaks est en lourd contraste avec le fait qu’il vive enfermé sous clé comme un fugitif, sous la perpétuelle crainte d’une arrestation.

Au milieu de cette impasse internationale, Garzón a longuement parlé avec la chaîne-soeur de RT, Actualidad RT, de la raison pour laquelle le Royaume-Uni ne faisait que bluffer lorsque les autorités britanniques ont menacé de faire un raid dans l’Ambassade équatorienne, de pourquoi il n’a aucun doute que les USA aient engagé une procédure contre son client, et de l’ironie du fait qu’Assange soit persécuté pour l’exposition de violations flagrantes des Droits de l’Homme, pendant que les auteurs de ces actes criminels restent libres.

Transcription:

RT: Vous avez dit que tout ce qui arrive à Julian Assange est d’une injustice extrême. Pourquoi cela?

Baltasar Garzón:  C’est de l’injustice, parce que les USA mènent une enquête criminelle contre WikiLeaks – ceci n’est que selon quelques sources, malgré tout très fiables. Cette affaire vise surtout Julian Assange, mais d’autres fondateurs de l’organisation sont aussi impliqués. À cet égard, il nous est absolument clair qu’une telle enquête et une telle procédure à l’encontre d’un journaliste qui, en tout et pour tout, ne faisait que son travail, violent la liberté d’expression aux USA, une nation qui s’enorgueillit de toujours défendre la liberté d’expression, une valeur fermement stipulée dans sa Constitution. C’est une grande préoccupation, et essentiellement la raison pour laquelle Julian Assange a décidé de chercher une protection vis-à-vis de la Suède à l’Ambassade équatorienne, parce qu’il savait qu’il pouvait s’en faire extrader vers les USA. C’est tout ce dont il s’agit. Et l’Équateur a pris cette responsabilité, et accordé l’asile diplomatique et politique à Julian Assange. Donc M. Assange et son équipe juridique n’ont pas à justifier cette décision – il a exercé son droit fondamental. Il est clair que l’asile politique fut accordé parce que Julian Assange était confronté à une terrible injustice. Et c’est ce contre quoi nous nous battons actuellement, et nous continuerons à nous battre et prouverons qu’il n’y a pas de raison de poursuivre M. Assange. Par ailleurs, Julian Assange est prêt à livrer sa déclaration, il est prêt à répondre à un interrogatoire en Suède, à se soumettre à d’autres procédures, mais uniquement s’il lui est garanti que cela ne mènera pas vers une affaire encore plus compliquée, où il serait privé de son droit à la liberté de parole et d’information.

Julian Assange (Photo AFP/Carl Court)

RT: Avant de parler de la possibilité de son extradition vers les USA, vous avez dit que Julian Assange n’évite pas l’accusation venant de Suède, mais qu’il évite l’extradition vers les USA. Vous avez aussi souligné que l’affaire suédoise contre Julian Assange ne repose sur rien, et que les accusations portées contre lui ne sont pas très claires. Qu’entendiez-vous par là?

BG: J’entends que, selon les informations dont nous disposons sur cette affaire – le témoignage de Julian Assange et quelques documents sur lesquels nous avons réussi à mettre la main – cette affaire ne repose sur rien. Lorsqu’il est venu au Royaume-Uni et que la Cour n’avait pas encore statué sur la demande d’extradition, Julian Assange affirma aux Procureurs suédois qu’il était parfaitement disposé à coopérer. Il l’avait également dit plus tôt, avant de quitter la Suède; il leur offrit même d’y retourner pour interrogatoire. Et il est toujours prêt à le faire, à la seule différence que désormais il demande au Procureur de venir au Royaume-Uni pour l’interroger. Ce n’est pas un comportement rebelle. D’un autre côté, nous respectons le système judiciaire de la Suède, nous n’avons aucune raison objective de ne pas lui faire confiance, mais nous pensons que leur approche est trop sévère – ils veulent que Julian Assange vienne en Suède pour y être interrogé.

RT: À votre avis, pourquoi la Suède a-t-elle pris cette approche, comme vous dites, sévère? Vous avez dit que vous pouviez accepter leurs termes à une seule condition. Mais y a-t-il un cadre légal pour cela? Comment un pays peut-il garantir qu’il n’extradera pas plus tard une personne vers un autre pays?

BG: Rien n’est impossible. Nous, de notre côté, nous faisons tout ce que nous pouvons. Il y a deux facteurs ici que nous prenons en considération. Premièrement, le Royaume-Uni est juridiquement obligé d’accéder à la demande de la Suède, parce que la Cour Suprême a rendu cette décision. Mais, nous pensons qu’il est aussi de leur devoir de protéger le droit de M. Assange à l’asile politique. Et nous pensons que ce droit à l’asile politique a besoin d’être préservé et, à ce stade, nous pensons qu’il prévaut. Je ne comprends pas pourquoi Julian Assange a besoin d’être présent en personne à cet interrogatoire. C’est là ce qu’ils réclament, mais personne ne peut nous expliquer pourquoi ceci doit avoir lieu en Suède, pas à Londres, surtout maintenant qu’il a reçu l’asile politique et qu’il est sous la protection diplomatique de l’Ambassade équatorienne.

RT: Les garanties doivent être déterminées, donc quelle chance y a-t-il que la Suède, consciente que la peine capitale a encore cours aux USA, extrade Julian Assange?

BG: Nous ne le savons pas. Nous ne savons même pas si la Suède acceptera d’extrader Julian Assange. Il y a une certaine procédure à respecter: quand n’importe quel pays, qui n’administre pas la peine capitale est requis d’extrader une personne, il doit être certifié par le pays demandeur que la peine capitale ne sera pas administrée, même si elle est prononcée. Ce n’est même plus une question d’administration ou non de la peine capitale, mais plutôt d’un droit reconnu, celui de l’asile politique et diplomatique. Il y a un pays, l’Équateur en l’occurrence, qui maintient que l’affaire est politique plutôt que criminelle. Donc nous ne pouvons pas vraiment discuter d’extradition vers les USA, puisque l’asile politique et diplomatique a été accordé à Julian Assange. Il n’y a aucune chance de satisfaction d’une requête en extradition. Le fait est que ceci est une affaire de grave infraction des Droits de l’Homme. La décision de l’Équateur d’accorder l’asile politique à Julian Assange, d’évoquer son droit à celui-ci, le droit qui a été garanti par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de l’ONU de 1951 relative au Statut des Réfugiés et d’autre traités internationaux, ainsi que dans de nombreuses constitutions, l’Équateur étant l’un d’entre eux. Ce n’est pas un droit per se, s’en devient un, une fois qu’il a été reconnu. En ce moment, Julian Assange est un réfugié politique, et ne peut pas être poursuivi pour les actes qui ont servi de base pour l’octroi de son asile politique au départ.

RT: Le problème est qu’il ne peut pas vraiment exercer son droit constitutionnel.

BG: En réalité, il l’exerce en ce moment-même. Il ne peut être ni attaqué ni arrêté. Pénétrer dans l’Ambassade de force est inconcevable, surtout après les déclarations faites par des organisations internationales telles que l’Organisation des États Américains, et avant cela par l’ONU, en accord avec la résolution de Conseil de Sécurité qui a condamné les attaques contre l’Ambassade britannique à Téhéran en novembre dernier, et qui a réitéré que les locaux des ambassades sont inviolables. Je pense que la Grande-Bretagne a fait une menace en l’air. Et oui, il exerce ses droits, mais d’une manière très limitée, comme il vit dans l’Ambassade et sous sa protection.

RT: Exactement, d’une manière très limitée. L’asile politique lui a été accordé, mais il est logé dans une petite pièce qui mesure 4 mètres carrés, et entre autres choses, ceci peut durer longtemps. Y a-t-il une chance qu’il soit tout simplement en train d’essayer d’épuiser les autorités britanniques?

BG: Il n’y a pas de limite de temps pour résoudre cette situation. Une solution diplomatique est possible. Je ne sais pas si c’est en discussion ni s’il y a là quelque progrès. Une solution juridique est également possible si les deux pays vont devant la Cour Internationale de Justice, dont ils doivent agréer la décision selon le Protocole de la Convention de Vienne. Tout bien considéré, Julian Assange et ses supporters sont impuissants face à une décision politique, diplomatique ou judiciaire. Nous pouvons exprimer nos opinions, nous pouvons contribuer au processus en fournissant de la documentation et de l’expertise, nous pouvons donner des conseils sur la marche à suivre, mais nous ne pouvons pas prendre la décision finale, parce que nous n’y sommes pas autorisés. Julian Assange a un droit à l’asile politique, celui-ci peut être contesté et défendu, mais ce n’est pas lui qui décide de l’issue de l’affaire.

Des officiers de la Metropolitan Police se tenant devant l’Ambassade équatorienne à Londres, avant l’allocution de Julian Assange aux médias, le 19 août 2012 (Photo AFP/Will Oliver)

RT: Vous avez dit qu’il y a peu de chances que la Grande-Bretagne fasse un raid sur l’Ambassade mais quand l’asile fut accordé les tensions devinrent très vives, et une fois que les autorités britanniques ont fait cette menace, certains diffuseurs médiatiques ont souligné que la loi britannique dispose de provisions pour la révocation du statut d’une mission diplomatique.

BG: Tout d’abord, c’était avant que Julian Assange n’obtienne l’asile politique; je crois que c’était le jour précédent. Je ne discuterai pas des actes de la Grande-Bretagne – ils étaient, en fait, politiquement motivés, mais je n’entrerai pas dans les détails des raisons sous-jacentes. De toute manière, comme je l’ai déjà dit, les menaces n’étaient pas réalistes. Mais il existe une telle loi. Elle fut adoptée en 1987 dans le sillage des événements concernant l’Ambassade libyenne. Une femme reçut un coup de feu, et le suspect de ce crime, qui était étiqueté de “terrorisme”, échappa aux poursuites. Donc en 1987, la Grande-Bretagne adopta cette loi qui fut citée comme base de la révocation de l’immunité diplomatique. Le cas de Julian Assange, toutefois, n’est en aucune manière similaire à la situation que je viens de décrire, et il concerne aussi un pays tiers qui reconnaît le droit à l’asile politique. Dans le cas de l’Ambassade libyenne, l’asile politique ne fut accordé à personne et, au bout du compte, les locaux de l’Ambassade ne furent pas violés. À mon sens, cette loi est inapplicable dans la situation de Julian Assange. Et jusqu’à maintenant rien de tel ne s’est produit, ce n’était que de la rhétorique. En fonction de cela, il me semble que nous devons engager un dialogue afin de trouver une solution diplomatique et politique, ou alors, attendre que le gouvernement équatorien prenne une décision.

RT: Vous affirmez que vous avez la preuve que les USA mènent une enquête secrète. Pensez-vous que ce soit légal de mener de telles investigations?

BG: Tous les pays ont une pratique de conduite d’enquêtes secrètes, bien entendu, s’il y a de bonnes raisons d’en faire. Nous ne savons pas si les USA ont de telles raisons dans cette affaire. Mais nous savons avec certitude que l’enquête a été ouverte – le gouvernement US a reconnu ce fait. Nous savons aussi qu’aucune accusation formelle n’a été portée contre M. Assange jusqu’à maintenant. Mais cela veut seulement dire qu’il n’est pas sous le coup d’une accusation pour le moment, ils peuvent très bien dans l’avenir l’accuser à n’importe quel moment. Nous savons aussi que les USA continuent de rassembler des informations sur cette affaire et, en théorie, cela pourrait être la source de l’accusation qui serait sensiblement utilisée pour émettre un mandat d’arrêt international. En concordance avec la loi US, nous avons envoyé une requête aux autorités US pour qu’ils confirment qu’ils mènent en effet une enquête sur ses activités. Si c’est le cas, pourquoi la défense de M. Assange n’y prend-elle pas part? Si la défense n’a aucun accès à l’affaire, alors de quelle manière la collection de preuves en cours est-elle consistante avec la législation US? Dès que nous aurons clarifié ce point, nous pourrons dire si cette affaire est en accord avec la loi. Jusqu’à maintenant, les déclarations faites par quelques politiciens états-uniens éminents laissent à penser qu’il pourrait être mis en accusation selon l’Espionage Act, une loi qui n’a pas été appliquée depuis la Guerre Froide. Je ne pense pas que M. Assange soit un espion. Il a simplement publié des informations qu’il a reçues de sources extérieures via WikiLeaks, informations qui étaient accessibles à des milliers de personnes. Tout ce qu’il a fait est d’exercer son droit à la liberté de l’information – il l’a reçue et l’a partagée. Je suis beaucoup plus surpris qu’il n’y ait eu aucune enquête sur les crimes flagrants et documentés dans ces fuites de rapports décrivant l’interférence US – par divers canaux d’information ou des agents dans divers États – avec des problèmes qui n’ont strictement rien à voir avec soit la sécurité nationale soit la sécurité des citoyens des USA ou la défense, mais plutôt indicatifs du désordre interne des États-Unis.

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange s’adressant aux médias et à ses supporters depuis le balcon de l’Ambassade équatorienne à Londres, le 19 août 2012 (Photo AFP/Will Oliver)

RT: Vous avez dit que la pression était exercée non seulement sur Julian Assange, mais sur ceux qui l’entourent, également. Avez-vous vous-même subi de quelconques pressions? Et, pourquoi avez-vous décidé de prendre cette affaire?

BG: Cette affaire mérite d’être défendue, et c’est précisément pourquoi j’ai rejoint l’équipe sans demander de rémunération. Des droits humains fondamentaux ont été violés ici. Un homme qui n’a commis aucun crime est persécuté. Je savais que cela en valait la peine dès la minute où j’ai pris l’affaire. Malgré les pressions, nous continuerons à faire ce que nous avons à faire et il s’agit de défendre les intérêts de notre client. Il est clair qu’il n’y a pas que M. Assange qui ait été exposé à la pression. Mais je n’entrerai pas dans davantage de détails tout de suite. Nous en parlerons plus tard.

RT: Je souhaite me tourner vers le processus de paix qui est en cours en Colombie entre le gouvernement et les rebelles du FARC. Vous avez appelé le Président Santos un homme courageux et dit que le processus allait être long et plein de risques et de défis. Pensez-vous qu’un demi-siècle de conflit armé approche de sa fin?

BG: Je pense qu’il est prématuré de parler du conflit comme approchant de sa fin. Je crois qu’il s’agit d’un pas des plus importants, qui a couronné six mois de négociations. Comme l’a dit le Président Santos, c’était la première fois qu’une déclaration conjointe préliminaire d’intention de poursuivre le dialogue et les négociations ait été signée. En effet, les deux côtés – le gouvernement et les forces de la guérilla – sont toujours en conflit. Ceci ne fait aucun doute. La raison pour laquelle je dis que le Président colombien est un homme courageux est qu’il s’est saisi de la tâche de trouver une solution à ce conflit, tout en maintenant sa lutte contre des militants et initié des négociations qui, si elles aboutissent, établiront la progression vers la fin du conflit. C’est en effet très risqué et un challenge mais, en tant que Président de son pays, il devait le faire. Cette initiative, qui requiert le plus haut degré de responsabilité, démontre son courage, son engagement à réussir la paix et une attitude de principe contre son usage à des fins politiques personnelles. C’est un long trajet, mais la feuille de route a été tracée et les objectifs sont clairs. Le Président l’a rendu très clair: au cas où ces objectifs ne puissent être atteints, l’État de Droit se perpétuera en dépit de la présence de forces de guérilla illégales.

RT: D’accord, mais de quelles fondations ce processus a-t-il besoin pour réussir?

BG: Ce qui est déjà en place est une volonté politique forte, ainsi que des étapes du processus qui ont été définies, tout comme les outils pour préserver le dialogue afin d’accomplir un rapprochement couvrant les thèmes politiques, économiques et sociaux ainsi que l’agriculture, et certainement les problèmes relatifs aux victimes du conflit. C’est la première fois qu’un accord de ce type a été conclu, qui s’adresse au problème du droit des victimes. Ils auront besoin de définir le cadre, les jalons et les buts et d’avancer par étapes comme prévu.

RT: Manque-t-il quelqu’un à ce dialogue? Le gouvernement et les FARC sont là tous les deux, devrait-il y avoir quelqu’un d’autre?

BG: Je pense que les parties prenantes dans ce processus sont exactement celles qui ont besoin d’y être. À tout le moins, ce sont les parties qui ont été désignées. Le Président a fait une déclaration publique que d’autres parties pourraient se joindre au dialogue au fur et à mesure de l’évolution du processus. Ils n’ont pas tous besoin d’y être engagés dès son initiation, mais le public et les victimes ont besoin de suivre ce qui est prescrit par la loi, et il peut également se trouver un moment pour eux de s’interposer.

RT: Je souhaite vous demander ce que sont vos nouveaux engagements professionnels. Si vous pouviez retourner à la Cour Nationale, où je crois que ce que vous y avez accompli et introduit est toujours en vigueur, et étant donné toutes ces choses que vous vouliez faire – donc si vous pouviez y retourner, le feriez-vous? Ou peut-être êtes-vous satisfait de ce que vous faites en ce moment?

BG: Je suis heureux avec ce que je fais actuellement, je ne peux pas m’en plaindre, je fais ce que j’aime faire, et rien que ce fait veut dire beaucoup de nos jours. Mais ceci ne veut pas dire que je délaisse mes droits légaux – et mes droits légaux sont définis par mes qualités de Juge et de Magistrat. Je continuerai d’exercer mon droit à la compensation pour ce que je crois être un mauvais verdict de la Cour Suprême, et je soumettrai tous les appels correspondants. Quand j’aurai obtenu ma compensation, mon acquittement, ma réhabilitation, j’aurai le temps de songer à ma volonté ou non d’y retourner. De toute manière, la vie continue et, comme l’a dit un philosophe grec il y a des siècles, vous ne pouvez pas deux fois croiser la même rivière.

RT: Merci beaucoup, M. Garzón.

Lien vers la transcription originale: http://rt.com/news/assange-lawyer-garzon-interview-789/

Traduit depuis le web par willsummer

« Ne tirez pas sur le messager! » Pétition Avaaz à signer!

publié le 28 août 2012

Lien de la pétition: http://www.avaaz.org/en/wikileaks/?bERgibb&v=17392

Les USA et leurs alliés essayent d’étrangler WikiLeaks et de déclarer la chasse ouverte sur les lanceurs d’alerte qui risquent tout pour rendre les démocraties transparentes — seule une montée aux créneaux inarrêtable de l’opinion publique mondiale peut renverser cette répression!

Après avoir secrètement rassemblé des preuves, l’administration Obama pourrait faire pression pour que le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, actuellement à Londres, soit extradé aux USA à tout moment — où il pourrait subir le même traitement inhumain que l’informateur présumé Bradley Manning. Assange est prêt à faire le voyage vers la Suède pour y être interrogé sur des accusations d’agression sexuelle, mais il est crucial que la Suède et le Royaume-Uni garantissent qu’ils ne l’expédieront pas aux USA. Ceci provoquerait un glaçant précédent mondial à l’encontre de ceux qui dévoilent courageusement la corruption et les violations des droits de l’homme.

Quoique nous pensions d’Assange en tant que personne, WikiLeaks a été un outil essentiel dans l’exposition de malversations gouvernementales et entrepreneuriales massives. Unissons-nous maintenant pour nous assurer que les puissants ne puisssent pas réduire au silence les voix dissidentes qui renforcent nos démocraties. Signez la pétition pour stopper la répression mondiale et appeler les gouvernements suédois et britannique à ne pas embarquer Assange aux USA, puis partagez ce message — nous livrerons notre voix de manière spectaculaire à travers une chaîne humaine de lanceurs d’alerte vers l’ambassade suédoise de Londres, lorsque nous aurons atteint 1 million de signatures.

Au Premier Ministre britannique David Cameron, au Premier Ministre suédois Fredrik Reinfeldt et au Président états-unien Barack Obama:

Nous en appelons à vous pour protéger les droits des lanceurs d’alerte et des plateformes de promotion de la transparence en cessant immédiatement la répression à l’encontre de WikiLeaks et en garantissant de ne pas extrader, poursuivre ou maltraiter Julian Assange pour de charges relevant de l’amélioration de la transparence. Nous en appelons à vous pour établir un précédent mondial de protection des dissidents et des activistes qui renforcent le gouvernement en mettant en lumière la corruption et l’injustice.

Lien de la pétition:   http://www.avaaz.org/en/wikileaks/?bERgibb&v=17392

Traduit depuis le web par willsummer

Quatre choses que les médias ne vous disent pas sur Assange

Manifestation en soutien à Julian Assange devant l’Hôtel de Ville de Sydney, le 10 décembre 2010 (photo: Wikipedia)

par Nicholas Mead, journaliste, le 19 août 2012

L’intérêt des médias pour l’affaire Julian Assange a encore atteint des hauteurs de fébrilité la semaine dernière avec la décision du gouvernement équatorien d’accorder l’asile politique à Julian Assange. Cependant, comme d’habitude, une bonne partie de la couverture médiatique continue d’ignorer les faites importants et le contexte, tournant l’histoire d’une manière qui seille à leurs agendas politiques et économiques ou simplement attaquer Assange ou quiconque est en désaccord avec eux. Il est important de souligner certains faits importants qui sont sempiternellement ignorés des médias concernant la situation actuelle du fondateur de WikiLeaks.

1. Assange a déjà une fois été questionné en Suède.

L’accusation est tout à fait dans ses droits de demander à ré-interroger Assange mais presque aucun diffuseur médiatique ne met la situation en contexte en mentionnant le fait qu’il a déjà été interrogé une fois en Suède et relâché sans suites. Peu de temps après, la transcription de l’entretien fuita mystérieusement vers la presse suédoise. Et aucun média ne souligne qu’Assange a attendu pendant 5 semaines avant d’obtenir la permission de quitter le pays et de continuer son travail sur les publications des War Logs et du CableGate avec le journal The Guardian au Royaume-Uni. Quelques journaux, surtout en Suède, ont plutôt dit qu’il avait « fui » le pays impliquant qu’il est en quelque sorte « en cavale » devant les accusations.

2. Assange a exprimé sa volonté de retourner en Suède mais les enquêteurs peuvent aussi l’interroger au Royaume-Uni.

Assange a déclaré son plein gré de retourner en Suède si une garantie légale est faite qu’il ne sera pas extradé vers les USA pour son travail avec WikiLeaks. Toutefois, il n’y a aucune obligation pour lui de se trouver ne Suède pour un interrogatoire. C’est usuel dans la pratique suédoise quand il n’y a pas d’accusation formelle et qu’une personne est voulue pour simple interrogatoire, et il peut être effectué dans n’importe quel pays du monde y compris par téléphone ou visio-conférence. Les procureurs suédois voyagent souvent vers d’autres pays comme ils l’ont fait récemment pour interroger un homme soupçonné de meurtre en Serbie. Par contre, dans le cas d’Assange, la procureure suédoise Marianne Ny insiste qu’Assange doit physiquement être en Suède pour être interrogé. Aucune raison n’a été fournie pour cette inflexibilité mais le journal suédois Dagens Nyheter le justifie en disant qu’il s’agit d’une question relative au prestige de la Suède.

3. Il y a une accumulation de preuves que les USA compilent un dossier de plainte criminelle contre Assange.

Il y en a suffisamment pour suggérer que les craintes de l’équipe de défense juridique d’Assange sont justifiées. Des câbles diplomatiques australiens diffusés au Sydney Morning Herald selon la loi [australienne] sur la liberté de l’information révèlent que le gouvernement australien a confirmé que WikiLeaks a été la cible d’une enquête du Département de la Justice US en Australie « sans précédent à la fois dans son étendue et sa nature ». Le gouvernement australien suggère également que les rapports des médias selon lesquels un grand jury secret a été convoqué à Alexandria en Virginie, étaient « sûrement vrais ». De plus, les publications par WikiLeaks des Stratfor Intelligence Files ont révélé que le vice-président de Stratfor Fred Burton a déclaré que: « Nous avons un acte d’accusation scellé contre Assange ». En sus de cela, prenant en compte le traitement atroce auquel a été soumis Bradley Manning actuellement dans une prison militaire aux USA pour avoir peut-être transmis à Assange des documents confidentiels, vous n’avez pas besoin de vous coiffer d’une passoire et de papier alu pour croie que les USA feront n’importe quoi pour mettre la main sur Assange et faire de lui un « exemple ».

4. C’est en réalité plus facile pour les USA de faire extrader Assange depuis la Suède que depuis le Royaume-Uni.

Beaucoup de gens rejettent les craintes d’extradition d’Assange du fait que s’ils le voulaient, il leur serait plus facile de l’avoir depuis le Royaume-Uni de toute façon. Mais en fait, il est considérablement plus difficile de l’extrader depuis le Royaume-Uni pour diverses raisons. Une est que le Royaume-Uni n’a pas l’accord d’extradition « d’abandon temporaire » (par lequel un suspect dans deux pays différents se trouvant dans l’un d’entre eux peut être ‘temporairement’ extradé vers l’autre, ndt) qui existe entre la Suède et les USA qui puisse outrepasser les accords internationaux d’extradition et effectivement donner aux USA des pouvoirs « immédiats » d’extradition. Un autre problème est  que si les USA devaient émettre une demande d’extradition pour Assange depuuis le Royaume-Uni vers les USA, cela mettrait le Royaume-Uni dans une position très difficile parce que normalement, la première demande d’extradition reçue de la Suède devrait être honorée en premier. Par ailleurs, la plus grande diversité médiatique et le plus grand soutien du public au Royaume-Uni sont des facteurs qui rendraient plus difficile encore pour les USA d’extrader Assange depuis la Grande-Bretagne. Et pour tous ceux qui pensent que le système judiciaire suédois est d’une quelconque manière le meilleur du monde, les archives de Human Rights Watch sur la Suède offrent de la lecture intéressante.

24-08-12: Il est depuis venu à mon attention que l’accord « d’abandon temporaire » existe aussi entre les USA et le Royaume-Uni ce qui est certainement quelque chose que beaucoup de supporters d’Assange ne semblent pas savoir. Cependant, le même problème s’appliquerait – puisque la Suède a déjà émis une demande d’extradition, cela mettrait assurément le gouvernement britannique dans une situation très compliquée. Il y a une discussion intéressante là-dessus ici.

Il y a plein d’autres exemples de faits et de mises en contexte régulièrement ignorés dans la couverture médiatique qui sont importants pour la compréhension de l’affaire Assange. Voici certains des plus importants mais alors que la guerre de propagande continue dans cette bataille juridique de plus en plus dramatique, ils ne seront certainement pas les derniers.

Postscriptum: Si vous voulez un éclairage réellement révélateur et dérangeant sur la façon dont les accusations de crimes sexuels contre Assange en Suède se sont déroulées, lisez le fil de commentaires du post original sur Assange publié [par l’auteur] il y a maintenant presque exactement deux ans.

Source: http://nicholasmead.com/2012/08/19/4-things-the-media-wont-tell-you-about-assange/

Traduit depuis le web par willsummer

Rappel des faits: Quand les préservatifs d’Assange deviennent un enjeu d’information – Viol, ou sexe par surprise?

Article initialement publié le 08/12/2010 – Gilles Klein, 12/08/2012

Son préservatif a-t-il craqué ? A-t-il refusé d’en remettre un ? Quelles sont les motivations de ses partenaires féminines ? La presse britannique, et quelques sites et blogs français, commencent à détailler les charges suédoises qui pèsent contre Julien Assange. Ces accusations à caractère sexuel ont été présentées le 7 décembre devant un tribunal londonien par les autorités suédoises, ce qui a conduit le juge Howard Riddle à placer le porte-parole de Wikileaks en détention à Londres jusqu’au 14 décembre, en attendant un jugement sur son éventuelle extradition.

Compte-tenu des enjeux géopolitiques de l’affaire, chaque détail de ces faits intimes va certainement devenir, dans les prochains jours, un âpre enjeu d’information.

Le Daily Mail du mardi 7 décembre raconte longuement de manière un peu confuse le parcours d’Assange en Suède (le journal avait déja résumé le 29 août dernier l’histoire d’Assange avec ces deux femmes).

Assange (39 ans) est arrivé le 11 août à Stockholm pour une conférence. Son point de contact était Miss A. qui ne l’avait jamais rencontré auparavant. Elle lui avait proposé de l’héberger dans son petit appartement de Stockholm. Là, ils auraient eu une relation sexuelle librement consentie, au cours de laquelle un préservatif se serait rompu.

Miss A. (de son vrai nom, Anna Ardin) a été une militante connue pour sa lutte pour l’égalité entre les sexes dans son université, certains la présentent comme une féministe convaincue (etLa Tribune de Genève rappelle que Miss A avait publié sur son blog un texte intitulé les 7 étapes de la vengeance légale après une rupture, en janvier 2010). Ardin a une trentaine d’années. Malgré l’incident de la nuit (préservatif rompu), Assange et Ardin restent en bons termes.

Au cours de son intervention publique, Assange remarque une autre personne, une jeune fille d’une vingtaine d’années, Miss W. au premier rang. Il déjeune avec elle, avant de l’accompagner au cinéma, où elle lui fait (librement) une fellation. Le soir, Assange participe à une réception chez Ardin (qui le loge toujours). Lundi 16 août, nouvelle rencontre à Stockholm avec la jeune Miss W. qui habite en dehors de la ville. Assange prend le train (aux frais de la jeune fille, car il dit ne pas avoir d’argent liquide et ne veut pas laisser de trace avec sa carte de crédit) et dort avec elle. Leur relation de la nuit se déroule avec préservatif (sans incident, apparemment). Mais le lendemain matin, il aurait eu une relation sexuelle avec elle sans préservatif alors qu’elle dormait Le mardi, Assange rentre à Stockholm. Miss W. (qui aurait payé son billet de retour) lui aurait demandé si elle pouvait le rappeler, il aurait répondu oui, mais n’aurait finalement jamais retourné ses appels. Miss W
Assange à la tribune, Miss W. (blonde queue de cheval) au premier plan visage flouté

Les deux femmes, qui se sont rencontrées lors de la réunion publique du samedi, se téléphonent et parlent de leur aventure respective avec Assange. Ardin aurait alors demandé à Assange de quitter son appartement pour dormir ailleurs. Il aurait refusé. Les deux femmes lui auraient demandé, en outre, de faire un test de détection de maladies sexuelles, mais il aurait également refusé. Le vendredi 20 août, les deux femmes se rendent au commissariat pour évoquer des rapports sexuels non protégés subis lors de leurs nuits avec Assange. C’est cette visite au commissariat qui déclenche l’enquête de la police suédoise, ainsi que le souligne le blogueur hébergé sur le site du Monde, Jean-Marc Manach. La déposition de Miss W devant la police suédoise est notamment diffusée en France sur Rue89.

Daily Mail

Daily Mail mardi 7 décembre 2010

Le Guardian raconte lui aussi les aventures de Miss A et Miss Wet ajoute que Ardin aurait travaillé pour l’ambassade de Suède aux États-Unis, qu’elle aurait fait une thèse sur « Cuba après Castro » financée par des anti-castristes, tous détails qui ne sont évidemment pas indifférents dans l’affaire.The Guardian mercredi 8 décembre 2010 Guardian

Guardian

The Guardian mercredi 8 décembre 2010

The Independent « Assange pourrait être jugé aux USA pour espionnage » titre The Independent, si la Grande Bretagne extradait Assange vers la Suède, et si la Suède recevait ensuite une demande d’extradition des USA.
« Le juge enferme Assange de crainte qu’il ne prenne la fuite. » titre la page 2. »Cette affaire ne doit pas faire oublier ce que Wikileaks nous a appris » titre la page 3 en faisant allusion aux échanges aux détails sur des bavures commises lors des guerres en Irak et en Afghanistan, avant de parler du cas Assange.

« La CIA est connue pour ses campagnes de rumeurs contre les personnes qui osent se mettre en travers de la machine d’Etat des Etats-Unis. Il est possible que les accusations contre Assange en soient un exemple supplémentaire. Mais il y a aussi une longue histoire d’hommes, par ailleurs admirables, qui sont des violeurs et il se peut aussi qu’il s’agisse d’un exemple supplémentaire. Tout ceci doit être vérifié devant un tribunal – et le procès devrait être surveillé de très près pour s’assurer qu’il ne s’agit pas de manipulations ou de menaces. » analyse The Independent en page 3

The Independent

The Independent mercredi 8 décembre 2010

« Mardi, devant la cour anglaise, la représentante des autorités suédoises a détaillé les quatre chefs d’accusation qui ont semblé assez sérieux outre-Manche pour refuser la libération sous caution de Julian Assange » explique Rue89
« • la contrainte sexuelle («tvang» en suédois): Assange est accusé par une première femme -«Miss A» – d’avoir usé du poids de son corps pour la maintenir couchée d’une certaine manière sexuelle, le 14 août; »
« • l’agression sexuelle : Assange aurait fait l’amour avec Miss A sans préservatif alors qu’elle avait exprimé le souhait d’en utiliser un. Selon Me Pernilla Dahlrot, avocate suédoise du barreau de Paris, cet acte peut être qualifié de viol en Suède; »
« • l’agression, encore, pour le «viol de son intégrité sexuelle» le 18 août, soit quatre jours plus tard; »
« • relations sexuelles avec Miss W, le 17 août dans sa maison de Stockholm, sans préservatif alors qu’elle était endormie. D’après l’acte d’accusation, la qualification retenue serait le viol. »
Rue89,

Rue89 cite aussi Christian Diesen, professeur de droit à l’université de Stockholm, interrogé par Libération : « «Aujourd’hui, les femmes en Suède considèrent qu’elles ont le droit de dire “non” à n’importe quel moment d’un rapport et qu’une relation forcée, même sans menace ou violence, est un viol qui doit faire l’objet de poursuites.»

En l’état actuel du dossier, sont donc reprochés à Assange d’avoir imposé des relations sexuelles non protégées (mais le point de savoir si la partenaire a effectivement demandé à Assange de remettre un préservatif sera certainement disputé) et une relation avec une femme endormie. Même si le code pénal suédois, sous réserve de vérifications, qualifie ces faits de viols, cette qualification peut-elle être utilisée par des médias appartenant à des pays dans lesquels le terme a une acception bien différente ?

Source: http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3591

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