Les espions missionnaires du Pentagone – L’armée américaine a utilisé une ONG chrétienne comme front pour l’espionnage en Corée du Nord

political art_corée du nordIllustration: carte postale de Corée du Nord (creative commons)

The Intercept, Matthew Cole, 26 octobre 2015

Le 10 mai 2007, dans l’East Room [salle Est] de la Maison Blanche, le président George W. Bush a présidé une cérémonie en l’honneur des dirigeants les plus accomplis des services communautaires de la nation. Parmi ceux qui ont reçu la distinction présidentielle pour les services volontaires cet après-midi se trouvait Kay Hiramine, le fondateur d’une organisation humanitaire de plusieurs millions de dollars située au Colorado.

L’ONG de Hiramine, le Groupe Humanitaire des Services Internationaux, ou HISG, a gagné l’éloge spécial du président pour avoir démontré comment un organisme caritatif privé pouvait intervenir rapidement en réponse à une crise. « Dans la foulée de l’ouragan Katrina, » dit la citation de Hiramine, « l’équipe de HISG a lancé un centre d’opération du secteur privé à Houston qui a mobilisé plus de 1500 bénévoles dans la zone de la catastrophe, un mois après l’ouragan ».

Mais alors que le chrétien évangélique Hiramine traversait la scène pour serrer la main du président Bush et qu’il recevait son prix, il cachait un élément essentiel à ceux qui étaient présents: Il était un espion du Pentagone, dont l’ONG était financée grâce à un programme hautement classifié du Département de la Défense.

Le lieutenant-général William « Jerry » Boykin donnant un discours à l’Université chrétienne du Colorado, le lundi 2 mai 2011

Le programme secret du Pentagone, qui remonte à Décembre 2004, a bien continué sous la présidence d’Obama. Il a été conçu par un haut fonctionnaire du renseignement appartenant au Département de la Défense de l’administration Bush, le lieutenant-général William « Jerry » Boykin. Boykin, un chrétien évangélique qui a été sous le feu de la critique en 2003 pour ses déclarations sur l’islam, a établi la ruse de l’ONG, alors qu’il était à la recherche de nouveaux moyens peu orthodoxes pour pénétrer la Corée du Nord.

Longtemps source de grande préoccupation pour les Etats-Unis et l’Europe occidentale en raison de son programme nucléaire, la Corée du Nord a été la cible la plus difficile du renseignement pour les Etats-Unis « Nous n’avions rien à l’intérieur de la Corée du Nord », m’a dit un ancien responsable militaire familier avec les efforts américains dans le pays. « Zéro ». Mais l’ONG de Hiramine, en offrant de l’aide humanitaire à la population désespérée du pays, était capable d’aller là où les autres ne pouvaient pas aller.

On ne sait pas combien de cadres de l’HISG au-delà de Hiramine connaissaient l’opération; Hiramine n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires et aucun de ses anciens collègues n’en a fait. Peu, sinon aucun, parmi le reste du personnel et des bénévoles de l’organisation n’avait de connaissance de son rôle comme un front du Pentagone, selon d’anciens employés de HISG et d’anciens responsables militaires.

La révélation que le Pentagone a utilisé une ONG et des bénévoles humanitaires à leur insu pour la collecte de renseignements est le résultat d’une enquête de plusieurs mois par The Intercept. Au cours de l’enquête, plus d’une dizaine d’actuels et anciens responsables de l’armée et du renseignement, de travailleurs humanitaires, missionnaires, fonctionnaires américains et d’anciens employés de HISG ont été questionnés. Les représentants du gouvernement des États-Unis qui étaient familiers avec l’opération du Pentagone et le rôle de l’HISG ont demandé l’anonymat parce qu’ils évoquaient des questions militaires et de renseignement qui pourraient les exposer au risque de poursuites judiciaires. Le Pentagone n’a fait aucun commentaire sur l’HISG ou les opérations d’espionnage en Corée du Nord.

Avant d’avoir été finalement démantelée en 2013, l’organisation de Hiramine a reçu des millions grâce au financement du Pentagone à travers un réseau complexe d’organisations destinées à masquer l’origine de l’argent, selon l’un des anciens responsables militaires familiers avec le programme, ainsi que d’après la documentation examinée pour cet article.

Lire l’intégralité: https://theintercept.com/2015/10/26/pentagon-missionary-spies-christian-ngo-front-for-north-korea-espionage/

La Russie sur le point d’interdire une ONG financée par le Congrès américain, la National Endowment for Democracy

La National Endowment for Democracy étiquetée d’«indésirable» en vertu d’une nouvelle loi

RT, le 28 juillet 2015

Les procureurs ont reconnu les activités de la NED [National Endowment for Democracy] en Russie comme indésirables et portant atteinte à la sécurité nationale, après que l’ONG américaine ait dépensé des millions dans des tentatives de remettre en question la légitimité des élections russes et de ternir le prestige du service militaire.

Selon le communiqué publié sur le site du Bureau du Procureur général, le chef de l’agence Vladimir Malinovsky a signé mardi la décision de reconnaître comme indésirables sur le territoire de la Fédération de Russie toutes les activités de l’organisation non gouvernementale étrangère de la National Endowment for Democracy. Le même jour, cette décision a été transmise au ministère de la Justice qui doit désormais inclure la NED dans la liste des organisations étrangères indésirables. […]

La National Endowment for Democracy, fondée en 1983 à l’initiative de Ronald Reagan, est sponsorisée par le Congrès américain et voit sa tâche principale dans l’aide aux institutions démocratiques partout dans le monde. Le Ministère de la Justice russe a reconnu plus tôt cette organisation comme étant le fournisseur le plus actif de diverses subventions en politique et dans les sphères liées à la politique, telles que la sociologie ou la recherche politique.

Lire la suite: https://www.rt.com/politics/310958-us-national-endowment-for-democracy/

Voir le communiqué de la NED: http://www.ned.org/national-endowment-for-democracy-statement-on-russian-undesirable-organizations/

La Pologne, un outil au service des Etats-Unis pour réformer la démocratie dans les anciens pays de l’Est

Europe de l'EstUn câble américain du 5 janvier 2010, publié sur le site Wikileaks (réf. 10WARSAW7), montre l’implication de la Pologne dans la transition et l’effort démocratique des anciens pays de l’Est. Le rôle des ONG y est notamment exposé. En 1999, avec l’entrée de la Pologne dans l’OTAN, ce sont les frontières géostratégiques de l’Europe qui se redessinent. C’est le renforcement de l’Occident et des Etats-Unis face à l’ancien ennemi de la Guerre froide, la Russie. Les câbles Wikileaks témoignent de l’effort constant et de la volonté continue des Etats-Unis d’étendre leur sphère d’influence sur l’Europe de l’Est, comme en Ukraine, ces dernières années. La Pologne apparaît ainsi comme un outil au service des Etats-Unis pour réformer la démocratie dans les anciennes républiques soviétiques.

(SBU: Sensible Mais Non-Classifié) RÉSUMÉ: Lors d’une réunion du 21 octobre, le vice-président, un groupe diversifié de représentants de la société civile polonaise, y compris des organisations actives dans la promotion de la transformation démocratique et l’autonomisation des femmes et des minorités, ont souligné les efforts de la Pologne pour partager son expérience de transformation réussie avec des pays en Europe de l’Est et dans le Caucase. Les participants ont souligné les forces uniques de la Pologne et les défis auxquels ils sont encore confrontés. Notant que la Pologne a bénéficié de l’aide du SEED et de l’USAID dans les années 1990, les participants ont déclaré que la Pologne souhaiterait l’assistance technique et l’expertise des États-Unis pour renforcer la capacité de la Pologne à fournir une aide au développement aux pays tiers. Ils ont exprimé leur confiance dans le fait que le partenariat américano-polonais – réunissant le savoir-faire et l’expérience de la Pologne avec les ressources et l’expertise de développement des États-Unis – soutiendrait les efforts pour renforcer les institutions et les processus démocratiques à l’est. Le vice-président a félicité la Pologne pour tout ce qui avait été accompli et a encouragé les Polonais à continuer de passer d’une pensée de ce que les États-Unis peuvent faire pour la Pologne à ce que les États-Unis peuvent faire avec la Pologne. Il a dit aux leaders de la société civile que la Pologne est un excellent exemple de transition réussie vers la démocratie, et les Polonais devraient avoir confiance en eux-mêmes pour délivrer des conseils. FIN DU RÉSUMÉ.

2. (U) PARTICIPANTS

Etats-Unis ————-
Le vice-président Biden
L’ambassadeur Feinstein [Lee A. Feinstein], ambassadeur américain en Pologne

Société civile polonaise ——————
Jolanta Kwasniewska, ancienne Première Dame de la Pologne et fondatrice de la Fondation Communication Sans Barrières
Bronislaw Misztal, Directeur Exécutif, Secrétariat Permanent de la Communauté des Démocraties
Eleonora Bergman, directrice de l’Institut Historique Juif
Jacek Michalowski, Directeur de programme, Fondation américano-polonaise pour la Liberté
Dorota Mitrus, Présidente de l’Institut Européen pour la Démocratie
Mirella Panek-Owsianska, Présidente du Forum des Entreprises Responsables
Paula Sawicka, Présidente de l’Association République Ouverte
Jacek Strzemieczny, Président du Centre pour l’Education de la Citoyenneté

Comme le souligne le câble Wikileaks, le vice-président américain « a souligné l’importance qu’il avait personnellement placé sur la Pologne en tant que sénateur des États-Unis, en particulier son leadership au Sénat pour l’adhésion de la Pologne à l’OTAN. » L’entrée de la Pologne dans l’OTAN apparaît bien comme faisant partie d’une stratégie américaine qui, dans la continuité de la Guerre froide, a cherché par tous les moyens à intégrer les anciens pays soviétiques et à contrer la puissance russe. Mais cela fait aussi partie d’une stratégie globale: les Etats-Unis semblent, en effet, intéressés par l’idée de dominer globalement, économiquement et politiquement, en Europe et dans le monde — un défi et un objectif pour les années à venir, comme le révèlent les paroles du vice-président Biden:

Une Europe « entière et libre » est l’une des deux bases de la construction d’un appareil de sécurité globale pour le 21ème siècle, et les pays d’Europe Centrale sont prêts à jouer un rôle de premier plan. (par. 3)

La Pologne apparaît également jouer un rôle dans le changement démocratique en Ukraine. Cette volonté des représentants polonais d’assister et d’aider les Etats-Unis est présentée comme une « obligation morale » par Jacek Michalowski, directeur de programme à la Fondation américano-polonaise pour la Liberté, qui travaille aujourd’hui au cabinet de la Présidence polonaise. Parce que les Etats-Unis ont aidé la Pologne à se libérer du communisme dans les années 80, les polonais se sentent « obligés » de continuer la bataille pour la démocratie dans les anciennes républiques soviétiques. Jacek Michalowski souligne aussi le rôle des ONG polonaises et il demande explicitement au vice-président américain d’encourager l’aide financière de ces ONG pour renforcer l’effort de transition en Europe de l’Est. Le paragraphe 6 du câble est plus précisément consacré à l’Ukraine. On apprend que:

Alors que les organisations polonaises font face à une rude concurrence pour les subventions et travaillent donc dur pour identifier des partenaires efficaces, ce n’est pas toujours facile, dit Michalowski. (par. 6)

Les protestations actuelles en Ukraine contre le gouvernement peuvent apparaître aujourd’hui comme le fruit d’efforts communs, ces dernières années, entre des groupes d’opposition et des ONG plus ou moins financées par les Etats-Unis, comme le démontre ce câble diplomatique. Les Etats-Unis se sont beaucoup impliqués pour obtenir un changement politique en Ukraine. Dorota Mitrus, présidente de l’Institut Européen pour la Démocratie, parle notamment du rôle de sa propre ONG pour organiser par exemple « des stages et des programmes d’échange pour les fonctionnaires du gouvernement ukrainien« . Si la Pologne a joué un rôle, d’autres pays ont certainement aussi joué un rôle dans la prise de contact et le renforcement des liens avec l’opposition ukrainienne. Ce câble n’offre qu’un petit aperçu des moyens mis en oeuvre par les Etats-Unis. De la même manière, le groupe des Femen présent en Ukraine a de fortes chances d’avoir été initié et soutenu par le gouvernement américain, dans le cadre de cette stratégie de réforme en Europe de l’Est. Ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine résulte donc de tout ce qui a été entrepris par les Etats-Unis pendant ces dernières années et par les efforts multiples qui ont accompagné les nombreuses prises de décision.

A la lumière de ce document diplomatique, on peut se demander, d’une part, où s’arrêtera la stratégie de démocratisation en Europe de l’Est. Le câble diplomatique cite les pays de l’Est et le Caucase, une région qui inclut la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Est-ce que les Etats-Unis vont ainsi continuer leurs programmes de démocratisation en ciblant ces pays, qui sont tous d’anciennes républiques soviétiques? C’est probablement ce à quoi on peut s’attendre pour les prochaines années. Ce sont les derniers actes de l’histoire de la Guerre froide, où les Etats-Unis vont symboliquement aux portes de la Russie comme s’ils s’emparaient des anciens territoires qui leur avaient été confisqués pendant le communisme. Les Etats-Unis ne cherchent pas seulement à apporter la démocratie dans ces pays, ils viennent aussi chercher une partie de leur orgueil perdu dans le passé face à l’empire communiste.

D’autre part, on peut aussi se demander si les guerres en Afghanistan et en Irak n’ont pas fait également partie, ces dernières années, de cette stratégie américaine qui a consisté à mettre en place des programmes pour la démocratie dans le but de contrer la Russie et d’affaiblir sa puissance. Si les programmes de démocratisation des pays de l’Est ont eu pour objectif d’amener les anciens pays soviétiques dans la sphère d’influence américaine, est-ce que les programmes de démocratisation au Moyen-Orient ont eu le même rôle? A savoir, les Etats-Unis ont-ils cherché avec les guerres au Moyen-Orient à étendre leur influence politique et idéologique dans le monde, par crainte de voir la Russie s’emparer de certaines richesses ou bien par crainte qu’elle puisse étendre son influence politique et idéologique? Ceci semble toujours évident, que derrière tout ce que les Etats-Unis nomment « programmes de démocratisation », se cache en fait la volonté de continuer une certaine forme de Guerre froide contre la Russie — une guerre à la fois politique, idéologique et stratégique.

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/10WARSAW7_a.html

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