Le nouveau président français pourrait-il accorder l’asile politique à Edward Snowden, comme un signe de rupture face au gouvernement socialiste?

Nous sommes en mai 2017, un nouveau président vient d’être élu en France. L’affaire Snowden remonte au printemps 2013, et depuis le 23 juin 2013, Snowden est réfugié en Russie, à Moscou – alors qu’étrangement le monde occidental si prompt à défendre les opposants politiques russes, chinois, etc, dans les médias, devient soudain bien muet quand il s’agit de défendre politiquement des lanceurs d’alerte dénonçant les injustices du monde occidental et la surveillance de masse.

Nous nous rappelons que le gouvernement socialiste avait refusé de « donner suite » à la demande d’asile politique d’Edward Snowden en France — mais alors même que le candidat Emmanuel Macron a souhaité marquer une rupture face au parti socialiste et la politique qui a été menée par le gouvernement précédent, saura-t-il marquer également une rupture face à la manière dont le gouvernement précédent a traité les lanceurs d’alerte? Saura-t-il marquer son indépendance face aux Etats-Unis et face aux pressions politiques qui n’ont pas permis jusqu’à aujourd’hui qu’Edward Snowden puisse se réfugier en Europe, que ce soit en France ou dans un autre pays.

Il ne s’agit pas seulement d’avoir un président neuf qui est perçu comme une personnalité neuve, il ne s’agit pas seulement d’avoir un visage neuf en politique, il faut aussi avoir des idées neuves et que les choix politiques soient neufs et osent être plus indépendants que les choix qui ont été menés par le gouvernement de François Hollande.

Se démarquer d’un gouvernement précédent, ce n’est pas seulement changer de visage, comme on changerait un masque au théâtre en gardant les mêmes acteurs et les mêmes paroles pour accomplir le même jeu. Se démarquer, c’est savoir au contraire changer l’esprit du gouvernement français, ne pas commettre les mêmes erreurs commises dans les guerres multiples auxquelles notre pays a participé, c’est savoir renouveler la manière de penser la politique, c’est savoir être à l’écoute de la contestation sociale dans notre pays (et ne pas mépriser ceux qui défendent leurs droits), ou encore savoir renouveler notre vision des droits de l’homme dans un pays lui-même touché par la pauvreté et le chômage de masse, c’est savoir également accorder la première place aux lanceurs d’alerte et les accueillir si leurs droits sont menacés.

Si le nouveau gouvernement français qui a été élu accordait l’asile politique à Edward Snowden, cela serait une preuve concrète qu’il y a une forme de changement dans la politique menée par ce pays et une forme d’indépendance face aux Etats-Unis qui ont mené la « chasse aux sorcières », ces dernières années, contre les lanceurs d’alerte, en contradiction totale avec les valeurs démocratiques prônées par les sociétés occidentales et par nos gouvernements.

De plus, ces derniers mois ont vu apparaître des articles prétendant que la Russie pourrait envisager d’extrader Snowden vers les Etats-Unis, dans une démarche de rapprochement envers le président Donald Trump. Ce qui n’a pas été complètement démenti par la porte-parole des affaires étrangères de la Russie, Maria Zakharova, qui citée dans un article de Newsweek du 28 avril 2017, tout en assurant que Snowden pouvait rester aussi longtemps qu’il le souhaitait, « a refusé de fournir des commentaires supplémentaires sur la question de savoir si la Russie envisageait ou non de l’extrader vers les États-Unis où il serait jugé, en disant: «Cela ne relève pas de mon domaine» ».

En tant que citoyens français, nous devons continuer à rester vigilants et à considérer de quelle reconnaissance fera preuve le nouveau président français pour ces lanceurs d’alerte. Si rien n’est fait pour Edward Snowden, et si aucun soutien n’est apporté à d’autres lanceurs d’alerte comme Julian Assange qui est toujours réfugié dans une ambassade à Londres, alors seul le visage d’un président aura changé, mais les politiques menées par la France n’auront sans doute rien de neuf et nous verrons continuer la même histoire qui s’est écrite pendant ces dernières années, faite de scandales de surveillance de masse, de lanceurs d’alerte et de groupes Anonymous persécutés en Europe, voire extradés vers les Etats-Unis, etc.

Un tel monde n’est pas le nôtre et nous ne voulons pas d’une France qui refuse l’asile politique au lanceur d’alerte Edward Snowden, ni d’une France qui n’est pas non plus en mesure de dénoncer la manière dont Julian Assange est privé de sa liberté, menacé d’extradition vers la Suède ou les Etats-Unis, s’il sortait de l’ambassade où il s’est réfugié à Londres. Nous voulons une France qui défend tous les lanceurs d’alerte, que ceux-ci dénoncent des injustices commises par des régimes autoritaires ou des injustices commises par des pays occidentaux.

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CC BY-SA

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WikiLeaks: Quand Sarkozy disait son admiration pour George Bush

Avec l’actualité de l’affaire Buisson, qui ramène au devant de la scène politique française le personnage de Nicolas Sarkozy, ainsi que son entourage, nous avons retrouvé des documents qui parlent de l’ancien président français, dont le premier date de l’époque où celui-ci est encore ministre de l’Intérieur.

Extraits du câble diplomatique n°05PARIS5335, du 4 août 2005: « Allan Hubbard rend visite au ministre de l’Intérieur Sarkozy ».

Classifié par l’Ambassadeur Craig R. Stapleton

Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush et a déclaré qu’il attendait avec impatience l’occasion de s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux de la France avec la même franchise pour laquelle le Président est justement célèbre.

ADMIRATION POUR LE PRÉSIDENT BUSH —————————–

3. (C) Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush. Sarkozy a dit que, comme le président, lui aussi était engagé à tenir sa parole et à traiter avec honnêteté les vrais problèmes du pays, « contrairement au reste de ces politiciens ». Tout au long de la réunion d’une heure, Sarkozy est revenu à plusieurs reprises sur l’importance de s’aligner avec les gens. Il a illustré son propos en disant que « le peuple français doit entendre la vérité – et ils veulent l’entendre. » Il a ajouté que la plupart des politiciens, et en particulier le président Chirac, se contentent d’enfiler les gens avec leur « tergiversation constante. » La présentation du directeur du Conseil économique Hubbard sur la manière directe du Président de s’attaquer avec principes aux principaux défis domestiques de l’Amérique (les impôts, la sécurité sociale, l’éducation), a attiré le haut compliment de Sarkozy qui, lui aussi, souhaite s’attaquer aux mêmes problèmes, de la même façon, pour la France.

Ce câble diplomatique a été entièrement analysé dans un article du Monde, du 30/11/2010: « WikiLeaks: Nicolas Sarkozy, l’Américain »

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